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Catéchisme des vérités opportunes qui s’opposent aux erreurs contemporaines

 

 

 

par S. Exc. Mgr Antonio de Castro Mayer

 

 

 

Nous commençons avec ce numéro la réédition du Catéchisme des vérités opportunes, publié en français par la « Cité catholique » en 1962 (Verbe, La Cité catholique, Québec, tiré à part du nº 103).

Nous donnons ci-après la première partie, relative à la liturgie. On notera que ce catéchisme a été écrit en 1953, soit seize ans avant la promulgation de la nouvelle messe. Pourtant, tout s’y trouve : la « participation active » des fi­dèles, le « sacerdoce des laïcs », la suppression de l’autel au profit d’une table, la messe face au peuple, l’élimination des images des saints, le mépris de la piété populaire, etc. Cela nous montre que l’hérésie liturgique conciliaire couvait depuis longtemps, attendant son heure. L’intérêt du Catéchisme de Mgr de Castro Mayer, c’est qu’il remonte aux principes des erreurs qu’il dé­nonce. Pour reconstruire solidement, il nous faut faire de même : revenir aux principes catholiques et ne pas se laisser séduire par une réforme des réformes qui ne ferait que ratifier les déviations fondamentales.

Dans les tableaux, le signe désigne l’erreur condamnée, et le signe q indique la vérité catholique correspondante. En plusieurs endroits du texte, nous avons corrigé la traduction. Les références aux documents du magistère ont été mises à jour et complétées.

Le Sel de la terre.

 

 

 

I. – Sur la liturgie

 

 

— 1 —

 

Lorsque le fidèle assiste à la sainte messe et prononce avec le célébrant les paroles de la consécration, il coopère à la transsubstantia­tion et au sacrifice.

q Le fidèle est incapable de « concélébrer » avec le prêtre en coopérant à la transsubstan­tiation, parce qu’il lui manque le sacrement de l’Ordre qui communique ce pouvoir.

 

Explication :

Seul, le sacrement de l’Ordre confère le pouvoir et la capacité d’opérer la transsubstantiation dans le sacrifice de la nouvelle loi. Le simple fidèle est donc incapable de le faire.

Cette proposition renouvelle l’hérésie des protestants condamnée par le concile de Trente (sess. 23, cap. 4) et de nouveau proscrite par Mediator Dei [20 novembre 1947] de Sa Sainteté Pie XII (Acta Apostolicæ Sedis, année et vo­lume 39, page 556 ; Documents Pontificaux de Solesmes, La Liturgie, nº 570).

 

— 2 —

 

m Le fidèle « concélèbre » avec le prêtre le saint sacrifice de la messe

q Le fidèle participe au sacrifice de la messe.

 

Explication :

Ces deux propositions demandent une explication. Jamais on ne peut dire que le fidèle « concélèbre » avec le prêtre, car l’expression « concélébrer » se ré­fère, dans l’Église, aux messes de plusieurs célébrants. Tous concourent alors ac­tivement à l’offrande du sacrifice et à la transsubstantiation. Par exemple, les messes d’ordination sacerdotale dans lesquelles les nouveaux prêtres concélè­brent avec l’évêque la messe au cours de laquelle ils sont ordonnés.

De même, la proposition dans laquelle il est dit que les fidèles participent au sacrifice de la messe demande une explication. Beaucoup la comprennent dans ce sens que les fidèles « concélèbrent » le sacrifice. Ce serait la répétition de l’erreur étudiée au § 1. D’autres l’entendent comme si le prêtre n’était qu’un man­dataire du peuple, dont les actes sacerdotaux n’auraient de valeur qu’en tant qu’il représente le peuple. Ce n’est pas ainsi qu’il faut l’entendre, selon l’enseignement de Mediator Dei (AAS 39, pages 555-556 ; Solesmes, nº 569).

En fait, le prêtre n’est pas un délégué du peuple (Mediator Dei, AAS 39, page 538 ; Solesmes, nº 533), car il est choisi par vocation divine et engendré par le sacrement de l’Ordre (Mediator Dei, ibid., page 539 ; Solesmes, nº 535). Cela ne veut pas dire que le prêtre, en un certain sens, ne représente pas le peuple. Il le représente en tant qu’il représente Jésus-Christ, tête du Corps mystique, dont les fidèles sont les membres (Mediator Dei, ibid., page 538 ; Solesmes, nº 533) et, quand le prêtre offre à l’autel, il le fait au nom du Christ, prêtre principal, qui offre au nom de tous les membres de son Corps mystique. En sorte que, dans un certain sens, le sacrifice est offert au nom du peuple. C’est pourquoi, il doit parti­ciper au sacrifice. De quelle manière ? Mediator Dei le dit : « Parce qu’il unit ses vœux de louange, d’impétration, d’expiation et d’action de grâces aux vœux ou intentions mentales du prêtre, et même du Souverain Prêtre, afin de les présenter à Dieu le Père dans le rite extérieur même du prêtre offrant la victime » (ibid., page 556 ; Solesmes, nº 570).

Il y a donc un sens réel à l’expression « participer » qui pourra être utilisée si l’on prend soin d’en exclure tout autre sens moins exact.

 

— 3 —

 

m Le fidèle qui suit la messe avec un missel participe à la messe : le fidèle qui suit la messe de quelque autre manière y assiste seulement.

q La participation du fidèle au saint sacrifice de la messe consiste dans l’union aux inten­tions du Souverain Prêtre, Jésus-Christ, et du prêtre célébrant. Toute méthode (missel, chape­let, méditation) qui procure efficacement cette union est parfaite.

 

Explication :

La maxime réfutée renouvelle l’esprit janséniste contenu dans la proposition de Quesnel, condamnée par Clément XI, dans la Bulle Unigenitus du 8 septembre 1713 : « Ravir au simple peuple la consolation d’unir sa voix à la voix de toute l’Église est un usage contraire à la pratique apostolique et au des­sein de Dieu » (prop. 86, DS 2486).

En soi, c’est une conséquence de la doctrine erronée selon laquelle le fidèle « concélèbre » avec le prêtre la sainte messe et doit alors prononcer avec lui les paroles liturgiques. Celui qui ne prononcerait pas ces paroles ne « participerait » pas à la messe, il y « assisterait » seulement, dans une attitude purement « passive ». Mediator Dei insiste, au contraire, sur l’union aux intentions de Jésus-Christ et du célébrant, et donne pleine liberté aux fidèles sur la méthode à appli­quer pour atteindre ce but. Nous sommes loin, pour autant, de déconseiller l’attention que l’on doit porter à tout ce qui se dit à la messe, et aussi à la connaissance du missel, des prières et cérémonies du saint sacrifice, etc.

Autant il faut éviter la confusion – propre aux réformateurs du XVIe siècle – entre fidèle et prêtre, autant il est nécessaire de respecter la liberté de l’Esprit‑Saint qui, compte tenu de l’obéissance que les fidèles doivent à la sainte Église, les oriente par ses grâces selon son ineffable bon plaisir : « Spiritus ubi vult spirat – L’Esprit souffle où il veut » (Jn 3, 8).

 

— 4 —

 

m On ne doit assister à la messe qu’en sui­vant les paroles du missel. On doit exclure pendant le sacrifice les oraisons privées, telles que cha­pelet, méditation, etc. Seule, la messe dialo­guée et « versus populum » s’harmonise avec la condition du fidèle dans le saint sacrifice.

q L’usage du missel, la récitation du chapelet, la méditation et autres oraisons appropriées sont toutes des méthodes excellentes pour as­sister au saint sacrifice de la messe. Le fidèle a donc la liberté de choisir ce qui contribue le mieux à son union aux intentions de Jésus-Christ et du prêtre qui célèbre. Toutes les mé­thodes d’assistance à la messe approuvées par la sainte Église s’harmonisent avec la condi­tion du fidèle dans le saint sacrifice. Tout exclusivisme, sur ce point, est répréhensible.

 

Explication :

La proposition réfutée est intimement liée aux faux principes du sacerdoce formel des fidèles, comme nous l’avons montré ci-dessus. L’encyclique Mediator Dei approuve et soutient le vrai mouvement liturgique. Tout ce qui porte les fi­dèles à connaître et à aimer la sainte liturgie ne peut que mériter les applaudis­sements. Le mal commence toutes les fois que de fausses interprétations théolo­giques vicient l’esprit avec lequel se propage la piété liturgique. C’est sur cette observation que se fonde Mediator Dei pour censurer et condamner les extrava­gances qui surgissent dans le domaine de la piété liturgique.

 

— 5 —

 

m L’autel doit être en forme de table pour rappeler la Cène eucharistique.

q « Il est en dehors de la voie droite celui qui veut restituer à l’autel son antique forme de table » (Mediator Dei).

 

Explication :

Il convient de souligner la cohérence doctrinale qui existe entre les mul­tiples propositions jusqu’ici réfutées. Elles procèdent du faux présupposé qui af­firme que les fidèles participent au sacerdoce de Jésus-Christ de la même manière que les prêtres y participent, bien que, peut-être, à un moindre degré. Il y a, pourtant, une différence spécifique entre ces deux participations, que le Saint-Père [1] ne craint pas de comparer à la différence qui existe entre un païen et un fidèle. De même que le païen est séparé de l’union au Corps mystique du Christ, et qu’il est, de ce fait, incapable de tout acte propre à ce Corps, de même le simple fidèle est en dehors du sacerdoce, propre aux prêtres, et il est fondamen­talement incapable de tout acte spécifiquement sacerdotal (voir Mediator Dei, AAS 39, page 539 ; Solesmes, nº 535). L’erreur réfutée est une nouveauté protes­tante que les jansénistes s’efforcèrent de maintenir au sein de l’Église, poussés par le même esprit de réforme à l’intérieur de l’Église, afin que, de société mo­narchique et aristocratique, elle devînt une société démocratique.

Que l’on prête attention à l’une des propositions du Synode de Pistoie condamnées par la Bulle Auctorem fidei de Pie VI (28 août 1794) : « La proposi­tion qui déclare : “Le pouvoir a été donné par Dieu à l’Église pour qu’il soit communiqué aux pasteurs qui sont ses ministres pour le salut des âmes”, si on la comprend en ce sens que le pouvoir du ministère ecclésiastique et du gouver­nement dérive de la communauté des fidèles aux pasteurs, est hérétique » (prop. 2, DS 2602).

 

— 6 —

 

m La communion extra missam, les visites au très Saint-Sacrement, le culte rendu aux saintes espèces, l’adoration perpétuelle, la bé­nédiction du très Saint-Sacrement constituent des formes extra-liturgiques de piété et, comme telles, doivent être, peu à peu, supprimées.

q Toutes les formes de culte envers le très Saint-Sacrement constituent des formes pré­cieuses de piété et, comme telles, doivent être encouragées. Bien que l’on doive conseiller la communion intra missam, la réception de la sainte eucharistie en dehors de la messe est un moyen de participer normalement au sacrifice eucharistique (Mediator Dei).

 

Explication :

La maxime réfutée présuppose que toute forme de piété privée est super­flue, ce qui constitue une erreur condamnée par Mediator Dei (AAS 39, pages 565-566 et 583 ; Solesmes, nº 588 et 628). Elle renouvelle aussi l’esprit des propositions condamnées par le concile de Trente dans les canons 5, 6 et 7 de la session XIII (DS 1655-1657).

 

— 7 —

 

m La célébration simultanée de plusieurs messes rompt l’unité du sacrifice communau­taire.

q La simultanéité de plusieurs messes ne rompt pas l’unité du sacrifice communautaire de l’Église.

 

Explication :

« Quelques-uns même affirment que les prêtres ne peuvent en même temps offrir la divine hostie sur plusieurs autels, parce que, par cette manière de faire, ils divisent la communauté et mettent son unité en péril. » Cette phrase est ré­prouvée par Mediator Dei (Solesmes, nº 571). La raison en est évidente : le sacri­fice de la messe n’a de valeur que par sa relation intrinsèque avec le sacrifice de la croix, qui fut unique et valable pour tous les temps. En sorte que, bien qu’il y ait plusieurs messes, l’unité essentielle du sacrifice demeure en fait. La maxime réfutée rappelle l’erreur janséniste condamnée par la Bulle Auctorem fidei de Pie VI, le 28 août 1794, sous le nº 31, où il est dit : « La proposition du Synode qui énonce que, pour l’ordonnance des offices divins et selon la coutume an­cienne, il convient que dans chaque église il n’y ait qu’un seul autel et qu’il lui plaît que cet usage soit rétabli, est téméraire, injurieuse pour un usage très an­cien, pieux, en vigueur et approuvé depuis de nombreux siècles dans l’Église, en particulier latine » (DS 2631).

 

— 8 —

 

m Il ne doit y avoir sur les autels aucune autre image que celle du crucifix.

q Il n’y a pas le moindre inconvénient à ce qu’il y ait sur les autels d’autres images que celle du crucifix, du moment qu’elles n’occu­pent pas la place réservée à ce dernier.

 

Explication :

L’habitude de mettre des images sur l’autel est en plein accord avec la doc­trine catholique touchant le culte qui leur est dû.

La maxime réfutée est contraire à l’esprit conseillé par Mediator Dei, qui re­commande l’exposition des images des saints dans les églises pour l’édification des fidèles et qui réprouve ceux qui voudraient retirer ces images (AAS 39, pages 582 et 546 ; Solesmes, nº 625 et 549).

La préoccupation exprimée dans cette maxime se rattache facilement à l’erreur protestante voulant un seul et unique Médiateur et ne tolérant aucun mé­diateur secondaire.

 

— 9 —

 

m Lorsque le fidèle récite l’office divin, il fait oraison liturgique.

q L’oraison liturgique qui est faite au nom de l’Église selon les termes et les rites proposés par elle, ne peut être faite que par les prêtres ou les religieux à qui elle incombe. L’oraison du simple fidèle est toujours une oraison pri­vée, que son texte soit liturgique ou extra-liturgique.

 

Explication :

« L’office divin est la prière du Corps mystique du Christ adressée à Dieu, au nom et pour l’avantage de tous les chrétiens, par les prêtres et les autres mi­nistres de l’Église ainsi que par les religieux, délégués par elle à cet effet » (Mediator Dei, AAS 39, page 573 ; Solesmes, nº 601).

 

— 10 —

 

m Il suffit que le fidèle, pour sa vie spirituelle et son union à Jésus-Christ, participe aux actes liturgiques, en récitant les textes offi­ciels.

q La vie spirituelle du fidèle se compose né­cessairement, non seulement de la participa­tion à la sainte messe et aux sacrements, mais aussi d’actes de piété privée, sans lesquels le salut est impossible.

 

Explication :

La maxime réfutée fut ainsi proscrite par Mediator Dei : « Certains concluent de ces profonds arguments que toute la piété chrétienne doit se renfermer dans le mystère du Corps mystique du Christ, sans aucune considération “personnelle” ou “subjective” ; ils estiment donc qu’il faut négliger les autres pratiques de reli­gion non strictement liturgiques et accomplies en dehors du culte public. […] Tout le monde remarquera pourtant que ces conclusions sur les deux sortes de piété sont tout à fait fallacieuses, insidieuses et dommageables » (AAS 39, page 533 ; Solesmes, nº 526 [sur les nouvelles théories de la “piété objective”]).

D’ailleurs, pour les prêtres eux-mêmes, capables d’oraisons proprement li­turgiques, le code du Droit canon recommande une fervente piété privée (Can. 125, § 2).

 

— 11 —

 

m C’est être d’un moralisme rétrograde que de défendre aux fidèles la fréquentation des bals, dancings et piscines. Nourris par la piété li­turgique, ils peuvent fréquenter ces milieux sans danger et y pratiquer l’apostolat de l’infiltration en rayonnant le Christ par leur présence.

q Aucune spiritualité n’immunise l’homme contre le danger des occasions prochaines et volontaires du péché, dont on doit s’abstenir. L’apostolat exercé avec un risque prochain à l’encontre du salut est téméraire et ne peut compter sur les bénédictions du Seigneur.

 

Explication :

La proposition erronée serait vraie s’il existait une union (sacramentelle et vitale) avec Dieu obtenue par la liturgie, non seulement supérieure, mais même étrangère à l’union morale ; ou, selon une autre hypothèse, si la vie de la grâce était telle qu’elle dispensât de la coopération de l’homme. Mais, pour qui pro­fesse une authentique doctrine catholique, aucune de ces suppositions ne peut être acceptée. Aujourd’hui, comme toujours, le Saint-Siège et les moralistes pré­munissent les fidèles contre les tentations qui constituent des occasions pro­chaines de péché.

La maxime réfutée rappelle le quiétisme condamné par Innocent XI, le 28 août et le 27 novembre 1667. Parmi les propositions condamnées, se trouve celle-ci : « Si, par ses propres fautes, on scandalise les autres, il n’est pas néces­saire d’y réfléchir dès lors qu’il n’y a pas volonté de scandaliser ; et ne pouvoir réfléchir à ses propres défauts est une grâce de Dieu » (DS 2210). Ainsi, la maxime réfutée suppose une sanctification automatique, sans aucun concours de la volonté humaine.

 

— 12 —

 

m L’état de mariage doit être exalté au-dessus de l’état de chasteté parfaite, parce qu’il est sanctifié par un sacrement.

q Le degré de perfection d’un état de vie se mesure par la plus grande union à Dieu, qui, normalement, s’obtient par la grâce sancti­fiante et la charité. C’est pourquoi l’état le plus parfait suppose une plus grande abnéga­tion de celui qui l’embrasse et doit lui fournir de plus grands moyens de sanctification. Aussi l’état de perfection par excellence est-il l’état religieux, et l’état de chasteté parfaite est plus élevé que celui du mariage.

 

Explication :

On ne peut affirmer que tout état qui est constitué par un sacrement soit, par là-même, plus parfait qu’un autre. Ainsi, bien qu’il n’y ait pas de sacrement spécial pour l’état religieux, on sait que Notre-Seigneur présenta la pratique des conseils évangéliques comme le sommet de la perfection.

Quant à la supériorité de la virginité sur la continence matrimoniale, on lira, à ce sujet, le chapitre septième de la Première Épître aux Corinthiens et, dans la Somme théologique de saint Thomas, la II-II, q. 152, a. 4, ainsi que la II-II, q. 40, a. 2, ad 4. D’ailleurs, la virginité peut être considérée comme le fruit du sacre­ment de l’eucharistie qui la rend praticable aux mortels.

La maxime réfutée fut plusieurs fois censurée par l’Église. Ainsi : – dans le Syllabus de Pie IX, le Nota bene après la proposition nº 74 (DS 2974) ; – dans l’allocution aux religieuses de Pie XII, le 15 septembre 1952, où le Saint-Père blâme les prêtres, laïcs, prédicateurs, orateurs et écrivains qui « n’ont plus un mot d’approbation ou de louange pour la virginité vouée au Christ ; qui, depuis des années, malgré les avertissements de l’Église et à l’encontre de sa pensée, accor­dent au mariage une préférence de principe sur la virginité ; qui vont même jusqu’à le présenter comme le seul moyen capable d’assurer à la personnalité humaine son développement et sa perfection naturelle » (Aux Supérieures géné­rales des Ordres et Congrégations religieuses de femmes, Solesmes, Les Instituts de vie parfaite, nº 811). – On trouve les mêmes pensées dans l’allocution du 23 avril 1952 à un groupe de jeunes filles, dans laquelle il répète que la vocation religieuse restera toujours un état plus parfait que celui du mariage.

Il n’est pas nécessaire d’insister sur le mal immense que ces idées font dans notre diocèse, dans lequel la propagande protestante contre le célibat est l’une des armes avec laquelle les hérétiques assouvissent leur haine contre tout ce qui vient de l’Église de Dieu.

 

— 13 —

 

m La paroisse étant une communauté, le maintien de la vie communautaire exige que tous les paroissiens participent ensemble au même sacrifice, reçoivent les grâces du même père spirituel et unissent leurs prières dans un même temple. Le fait, pour les fidèles, de fré­quenter d’autres paroisses ou églises non pa­roissiales rompt l’unité de vie communautaire.

q La paroisse est la cellule du diocèse et, comme telle, il est nécessaire que tous les pa­roissiens maintiennent un vif contact avec le curé et soient sous sa direction. Un tel contact et une telle direction sont entièrement compa­tibles avec le fait que les fidèles reçoivent les sacrements et assistent à la sainte messe dans d’autres églises. C’est pourquoi ces pratiques ne doivent pas être interdites ou déconseillées.

 

Explication :

Si, par vie communautaire, on entend la participation des fidèles aux mêmes mystères surnaturels, elle ne perd rien de son intensité du fait que les pa­roissiens participent à ces mystères dans des églises différentes. Si, par vie com­munautaire, on entend une vie en commun, naturelle, édifiante, une telle vie est également possible pour les fidèles dans une autre église que la paroisse. Le fait pour une personne de fréquenter une église de monastère, par exemple, en ayant commerce avec des fidèles édifiants de sa paroisse ou d’autres paroisses, ne peut que lui être très bienfaisant, et les avantages spirituels qu’elle reçoit ainsi ont nécessairement une influence bénéfique sur sa propre paroisse.

L’action des religieux et des recteurs d’églises non paroissiales, qui instrui­sent les fidèles sur leurs devoirs envers la paroisse et le curé, et qui sont toujours sollicités pour aider les curés en tout ce qui se rapporte à la vie paroissiale, sera très efficace pour l’exacte compréhension de cette question.

Comme on perçoit en général, dans toutes ces erreurs, un relent janséniste, nous rappellerons ici que ce fut l’intrigue des jansénistes qui mit en vogue cet esprit paroissial, esprit qui régna à Paris au XVIIe siècle, et qui prépara les curés au serment constitutionnel de la Révolution française. Ce fut aussi le même esprit qui, à Pistoie, dicta les règles restrictives concernant la vie des religieux, heureu­sement condamnées par Sa Sainteté Pie VI.

Cependant, le paroissien qui méconnaîtrait complètement son curé serait blâmable. Car celui-ci doit être mis au courant de l’accomplissement des devoirs de tous ses paroissiens. C’est ce qui ressort du code du Droit canon qui, au ca­non 859, § 3, conseille aux fidèles de faire leurs Pâques dans leur propre paroisse et demande, s’ils ne font pas ainsi, d’en avertir leur curé.

La maxime réfutée serait valable si l’on concevait la « communauté parois­siale » comme un tout ontologique, dans lequel, pour la participation aux fonc­tions liturgiques, on tenterait d’absorber les paroissiens dans un seul tout essen­tiel d’ordre supérieur : le Christ mystique et communautaire. La communauté on­tologique paroissiale se continuerait également dans le domaine temporel, en fai­sant de la paroisse un ensemble dans lequel pourrait se fusionner complètement ou presque complètement les familles et les propriétés, dans une participation quasi biologique à toute sorte de biens. Même dans l’ordre temporel, les per­sonnes individuelles se fondraient alors en une seule personne collective.

Mais, si nous comprenons la communauté non comme un fait ontologique, mais comme un fait moral, quoique surnaturalisé par la grâce, la maxime erronée devient sans fondement.

(à suivre)

 

 

 

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[1] — Il s’agit de Pie XII. (NDLR.)

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 37

p. 54-62

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