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Une année Chopin

Par Pierre Charron

 

« Chapeau bas, messieurs, un génie… » C’est par ces compliments qu’en 1831 le compositeur Robert Schumann (1810 [1]-1856) présentait les variations pour piano et orchestre [2] de celui qui allait donner à la Pologne ses premières lettres de noblesse au piano. C’est aussi le titre du livre de Michel Pazdro, réédité [3] en cette année marquant le bicentenaire de la naissance du célèbre pianiste. Plusieurs manifestations et concerts se sont déroulés tant en France qu’en Pologne. Le commissaire général de « l’année Chopin », Alain Duault, a même écrit à Sarkozy pour faire entrer le musicien au Panthéon ! (Ce serait un « saint » de plus pour la très laïque république athée…). Aussi, suite aux nombreux articles élogieux (parfois trop) parus cette année, avons-nous cru utile de porter à la connaissance de nos lecteurs quelques notions sur ce compositeur et son œuvre en essayant de mettre en lumière quelques aspects moins connus de cet artiste à l’âme tourmentée mais au génie musical incontestable.

 

Biographie

Le 1er mars 1810, près de Varsovie, à Zelazowa-Wola, naît Frédéric-François [4] Chopin, fils de Nicolas Chopin, lorrain, et de Justyna Kryzanowska. Il est baptisé le 23 avril suivant à la paroisse de Brochow. Sa mère est la cousine de la comtesse Ludwika Sharbek. Nicolas, précepteur des quatre enfants de la comtesse depuis 1802, a rencontré chez elle sa future épouse et le mariage a eu lieu en 1806. Frédéric est le second de quatre enfants dont trois filles. L’année de sa naissance, la famille déménage à Varsovie où le père devient professeur dans un lycée. A la maison, on y fait de la musique ; le père joue de la flûte et du violon, la mère du piano. C’est elle qui initie son fils au clavier dès l’âge de cinq ans. L’année suivante, on confie sa formation pianistique au vieux Wojciech Zywny qui lui révèle Mozart et Jean-Sébastien Bach. A sept ans, le jeune élève compose sa première polonaise [5], et se produit en concert à huit ans. Vers 1820, Chopin, comme David avec sa harpe auprès de Saül, doit se rendre régulièrement auprès du grand-duc Constantin, frère du tsar Nicolas Ier [6]. Cet homme, redoutable par son caractère difficile et colérique, retrouve la paix en écoutant jouer le petit Chopin. En 1826, Josef Elsner (1769-1854), qui vient de fonder le conservatoire de Varsovie et qui le dirige, parachève la formation de Chopin pour la composition et le contrepoint. Pendant ses études, l’adolescent présente certains symptômes de la tuberculose qui le suivra toute sa vie. En septembre 1828, il fait un court séjour à Berlin et y entend, entre autres, plusieurs opéras italiens et le fameux Freischütz de Weber (1786-1826 [7]). En 1829, de retour dans sa ville, Chopin a la révélation de Niccolo Paganini (1782-1840) en concert, l’un des plus grands violonistes de tous les temps. L’exemple du virtuose italien incite le jeune Polonais à ne se consacrer qu’à un seul instrument : le « poète du piano » a fait son choix. Nous verrons qu’il touchera un peu l’orchestration. Cette même année, il entreprend avec des amis un voyage qui le mène dans la capitale de la musique, où il obtient ses premiers grands succès auprès du public viennois. Le 17 mars 1830, il triomphe par un concert [8] donné à Varsovie.

Il quitte brusquement sa patrie le 2 novembre 1830, alors qu’une insurrection de patriotes se prépare contre l’oppresseur russe. Il emporte avec lui dans une coupe d’argent un peu de cette terre polonaise sans se douter qu’il ne la foulera plus. Étant à Stuttgart, il apprend que l’insurrection a été écrasée par les troupes russes. Son patriotisme le pousse alors à vouloir regagner Varsovie, mais ses parents le convainquent que « sa mission est de servir sa patrie autrement que par les armes [9] ». Il obtient un passeport pour Londres mais fait une halte à Paris qui durera… 19 années ! Commence alors pour lui cette période « parisienne » qui est la plus féconde en compositions. Grâce à l’influence de son ancien maître Elsner, il se lie vite aux musiciens de la capitale : Liszt (1811-1886), Hiller (1811-1885), Mendelssohn (1809-1847), Berlioz (1803-1869), Bellini (1801-1835), Franchomme (1808-1884), Kalkbrenner (1785-1849), le fabricant de pianos Camille Pleyel, le peintre Delacroix. Il mène une vie mondaine dans la haute société, et en plus de quelques concerts [10] à succès, il joue dans des salons et donne des leçons privées ; celles-ci sont très recherchées. Après deux ans, il peut écrire à un ami : « Me voilà lancé ! Je me trouve introduit dans le grand monde, au milieu d’ambassadeurs, de princes, de ministres, je ne sais par quel miracle, car je n’ai rien fait pour me pousser. » Il retrouve ses compatriotes, en exil eux aussi, et fréquente l’hôtel Lambert qui, grâce au prince Adam Czartoryski, est le lieu de rendez-vous des nobles et artistes polonais. Entre 1835 et 1837, il s’éprend de Maria Wodzinska, qu’il avait connue dans son enfance, et qu’il revoit à Dresde, mais finalement le projet de mariage échoue. C’est pour lui, une fois de plus, une grande déception que l’on peut entendre dans sa Valse de l’Adieu, op. 69, nº 1.

C’est en 1836 qu’on lui présente George Sand (1804-1876 [11]) mais il confie à son ami Hiller après cette première rencontre : « Qu’elle est antipathique, cette Sand, est-ce bien une femme ? J’arrive à en douter. » Il aurait dû s’en tenir à ses premières impressions… L’abbé Louis Bethléem écrira de Sand : « Elle a chanté […] le droit pour l’individu de s’opposer, au nom de sa passion, aux conventions, aux convenances, au mariage bourgeois, à la société, à la famille, à Dieu, à tout. […] Elle est la prêtresse de l’esprit laïque, de l’incrédulité et du scepticisme modernes [12]. » De cette républicaine, communiste et féministe avant la lettre, Louis Veuillot dénoncera « et sans ambages, une profonde ignorance religieuse et une hétérodoxie inconsciente, une hostilité tenace contre Rome [13]. » Rajoutons qu’« au lendemain de la proclamation de la république, en 1848, […] ce fut à son instigation que le gouvernement porta, par la loi du divorce qu’il fit voter, un terrible “coup de marteau sur la base de la famille“. […] Il fallait, certes, que madame Sand ne fût pas “au plus mal avec les maîtres du monde“, puisqu’ils voulurent “la faire chevalier de la Légion d’honneur, académicien, premier homme de lettres français“ [14] ! » Le grand écrivain antilibéral en casserait sa plume s’il apprenait que Madame Sand a été devancée par une certaine académicienne, reçue cette année avec un si grand honneur [15] ! On a affirmé, à tort, qu’il y aurait eu dissemblance entre celle qui « portait une blouse grossière, des pantalons d’homme en drap rouge, des bottes de roulier et fumait continuellement la pipe ou le cigare » et « ce Polonais aristocrate dans l’âme et profondément catholique, […] soucieux de respectabilité, [et qui] s’affligeait de l’irrégularité sociale de cette union, […] qui devait subir les professions de foi démagogiques et panthéistes d’une plébéienne [16] ». Pour la profondeur de son catholicisme, nous verrons plus loin ce qu’il faut en penser. Quant à un Chopin, engagé malgré lui dans un concubinage qui durera près de 10 ans : « Il accepta d’affronter les qu’en dira-t-on suscités par sa liaison connue avec George Sand [17] ». Il avoue lui-même à Fontana : « Tu dois te rendre compte que je savais fort bien à quoi je m’exposais [18]. » Et l’auteur d’ajouter : « Et rien n‘autorise à penser, comme on l’a avancé, que des scrupules moraux et religieux mal apaisés l’auraient culpabilisé au point de rendre intolérable sa vie [19]. » Peut-être que « Chopin avait besoin d’une consolatrice qui fût aussi garde-malade [20] » ? Quelle vilaine fausse note dans la vie du musicien que cette liaison coupable !

Les dissemblances étant surmontées, le couple passe l’hiver de 1838 à Valldemossa, à Majorque, pour revenir en France et s’installer de 1839 à 1846 dans la résidence de campagne de Madame, à Nohant. Finalement, ils se séparent en 1847 suite à une dispute où Chopin défendit la fille de George, Solange, contre sa mère. Les deux dernières années de sa vie, Chopin, qui subit les douloureuses avancées de la phtisie, donne encore une série de concerts durant un voyage de sept mois en Grande-Bretagne. Organisée par une de ses élèves, Jane Stirling, cette tournée l’amène, entre autres, à jouer devant la reine Victoria. De retour en sa deuxième patrie, il y meurt le 17 octobre 1849 ; il n’a que 39 ans. Aux obsèques, qui ont lieu à La Madeleine, on y entend, selon ses dernières volontés, le Requiem de Mozart et une version orchestrée de sa Marche funèbre. Ses restes reposent au cimetière du Père-Lachaise, mais son cœur, comme il l’avait demandé [21], fut ramené en sa chère Pologne, à Varsovie, en l’église Sainte-Croix [22].

 

Le compositeur et le virtuose

Bien qu’il ait commencé jeune à composer, Chopin ne laisse que 74 numéros d’opus, dont neuf sont posthumes. C’est peu en comparaison d’un Mozart (1756-1791) ou d’un Schubert (1797-1828), tous deux morts dans la trentaine, laissant plus de 800 partitions [23] ! Il faut préciser, à sa décharge, qu’il travaillait quelquefois certaines œuvres des mois durant. Il fut très marqué par Bach [24] et Mozart, comme nous l’avons vu, mais son « influence essentielle était le chant de la terre nourricière, […] la musique populaire polonaise entendue au berceau et longuement remémorée dans l’exil [25] ». « Il a même précédé tous les nationalismes musicaux du 19e siècle [26]. » Il aurait été « un esprit classique dans une âme romantique [27] », mais « romantique, non révolutionnaire, qui n’a pas la désinvolture d’un Berlioz ou d’un Liszt en face des formes traditionnelles, [et qui] apporte au style pianistique un renouvellement qui servira d’exemple à ses successeurs [28] ». Bellini le marque aussi par le bel canto [29], car « une des caractéristiques du piano de Chopin est la primauté de la ligne mélodique, souvent très ornée avec des vocalises à la manière d’un air d’opéra [30] » ; « la mélodie est le principe générateur de son œuvre [31] ». Et « le résultat n’est plus seulement une mélodie accompagnée, mais un instrument tout entier mélodique et transparent qui entre en vibration comme un être vivant [32] », il fait « chanter à merveille son clavier [33] ». Il enseigne à ses élèves : « Il vous faut chanter si vous voulez jouer du piano [34]. » Le musicien insiste lui-même sur la simplicité. « La dernière chose, c’est la simplicité, après avoir épuisé toutes les difficultés, après avoir joué une immense quantité de notes et de notes, c’est la simplicité qui sort avec tout son charme, comme le dernier sceau de l’art [35]. »

Dans le domaine des formes musicales [36] traitées par l’artiste, il n’apporte pas de grandes innovations ; ce sont « des formes traditionnelles fécondées par la richesse de l’inspiration [37] ».

—     Il fait de la ballade un genre purement instrumental,

—     de la valse à être dansée, il a fait une valse pour être écoutée (Valses op. 64 nº 1 et 2 et op. 69 nº 1),

—     il traite le scherzo, qui est normalement un mouvement constitutif de la sonate, en genre indépendant (Scherzo nº 2, op. 31),

—     ses nocturnes s’apparentent à ceux du compositeur irlandais John Field (1782-1837) inventeur de cette forme (Nocturne op. 9 nº 2, op. 15 nº 2),

—     le charme de ses 58 mazurkas [38] réside dans la finesse et la souplesse du rythme, la diversité de la mélodie,

—     en chacun de ses 24 préludes, il résout avec maîtrise un problème technique particulier (op. 24, les nº 6, 8, 15, 17 et 19),

—     un cycle de 24 études : « Une étude bien conçue doit faire part à peu près égale à la musique et à la virtuosité : c’est le cas de Chopin [39] » (op. 10 nº 12 « Révolutionnaire [40] »),

—     parmi ses Polonaises, la nº 6 (op. 53 dite l’Héroïque),

—     il laisse trois sonates (dont la 2e, op. 35 avec sa « Marche funèbre »),

—     il traite aussi les formes classiques suivantes : en composant pour l’orchestre des variations, des rondeaux, deux concertos,

—     et terminons avec la Fantaisie-Impromptu, (op. 66), la Berceuse (op. 57) et la Barcarolle.

Pour sa technique, laissons Chopin parler une fois de plus : « Autant de différents sons que de doigts ; le tout, c’est de savoir bien employer les doigts, c’est de savoir bien doigter [41]. » Le sculpteur Auguste Clésinger a laissé le moulage des mains de Frédéric. « Sa main couvrait un tiers du clavier comme une gueule de serpent s’ouvrant tout à coup pour engloutir un lapin d’une seule bouchée [42]. » On a beaucoup écrit sur son rubato. Ce terme désigne un « délicat assouplissement du rythme et de la mesure [43] », « la partie d’accompagnement reste immuable, tandis que la ligne mélodique se libère de toute rigueur rythmique au profit d’une interprétation expressive [44] ». Et d’une manière plus poétique, à la Franz Liszt : « Regardez ces arbres : le vent joue dans les feuilles, les fait ondoyer ; mais l’arbre ne bouge pas. Voilà le rubato “chopinesque”. » Il aura, pour finir, « perfectionné l’art du piano par l’emploi de la pédale : il avait atteint là une telle maîtrise absolue, utilisant la pédale avec beaucoup de modération et, selon Marmontel, avec un tact merveilleux [45] ».

Terminons ce bref survol de l’œuvre de Chopin en émettant des réserves sur l’époque romantique dans laquelle il a vécu. Il arrive en France lorsque le romantisme musical est à son apogée (1830-1850), au début de ce siècle où le libéralisme se répand dans toutes les couches sociales et pénètre les arts. « La conception “romantique“ de la musique rejoint les vues de l’idéalisme allemand, pour qui l’art prend en quelque sorte la place de la religion. […] Hegel, dans Esthétique, rédigé vers 1820, estime de la musique que : “Sa tâche consiste, non à reproduire les objets réels, mais à faire résonner le moi plus intime, sa subjectivité la plus profonde, son âme idéelle [46].“ […] Dans ce siècle de laïcisation croissante, l’artiste apparaît en somme comme l’intermédiaire entre Dieu et l’Univers [47]. » Côtoyant les Delacroix, Balzac, Sand et bien d’autres, Frédéric aura baigné dans un milieu malsain. Sa musique, qui atteint des sommets, reste quand même entachée de ce romantisme, qu’il l’ait ou non voulu. Ce jugement assez sévère, du musicologue belge Fétis, peu d’années après la mort de Chopin, est bien différent de ce que nous entendons aujourd’hui : « Parfois, ses compositions ont le style élégant et gracieux ; mais le plus souvent le sombre, le mélancolique, le fantasque, y dominent [48] ».

 

L’homme

« Toute sa personne est empreinte de la galanterie française [49]. » Nous avons plusieurs portraits du compositeur qui montre un visage aux traits fins mais qui ne dissimule pas la mélancolie : « Le regret du pays le consume [50]. » Avec ses cheveux châtains, son élégance, qui lui donne un air « de jeune prince en exil [51] », il traîne toujours avec lui une santé faible. « Il n’aimait pas être sans compagnie », dira son ami Delacroix [52]. « Celui-ci a d’ailleurs noté, sans le lui reprocher, qu’il ne portait pas davantage d’intérêt à la peinture et à la littérature. […] Hormis quelques opéras italiens, il était indifférent, sinon hostile, à la musique de ses contemporains [53]. » Il y a donc chez lui, jointe à une timidité, une nette indépendance. Cette phrase résume bien l’homme : « La nostalgie de l’amour et la nostalgie de la patrie perdue. Il souffrit toujours d’un double chagrin d’exilé [54]. » En matière de foi, Liszt avouera qu’« il gardait ses croyances sans les témoigner par aucun apparat ». Sa « fidélité au catholicisme semble plus redevable à une pratique familiale dont il garde le souvenir attendri qu’à des convictions personnelles arrêtées [55] ». Et s’il faut en croire une lettre de George Sand du 11 novembre 1849 à Étienne Arago :

Mon pauvre malade est mort dans les mains des prêtres et des dames dévotes. Il aimait les dévots et ne croyait pourtant à rien. Je n’ai jamais connu de poète plus athée ou d’athée plus poète. Il croyait qu’il croyait à une sorte de divinité et d’immortalité fantastique. Au fond, c’était le vague du génie et le néant de la réflexion [56].

Il aura donc fallu à Chopin un revirement complet pour en arriver à être le pieux moribond que nous a dépeint son ancien ami, l’abbé Jelowicki. Nous n’avons pas à juger de la sincérité de cette conversion in extremis, mais il faut souligner que, en dépit du fait que Chopin ait bien reçu les derniers sacrements, la relation assez longue qu’en fit l’abbé aurait été, pour certains, enjolivée. Nous en donnons quelques extraits. Nous sommes le 13 octobre 1849. Après avoir repoussé l’abbé, Chopin finira par l’accueillir :

— Crois-tu ? lui demandai-je. — Je crois, répondit-il. — Crois-tu comme ta mère te l’a enseigné ? — Comme ma mère me l’a enseigné, répondit-il encore.

Et les yeux fixés sur l’image de son Sauveur, il se confessa en versant des torrents de larmes. Puis il reçut le saint viatique et le sacrement de l’extrême-onction, qu’il réclama lui-même (…) il ouvrit alors les yeux, et, voyant ceux qui l’entouraient, il demanda : « Que faites-vous donc ici ? Pourquoi ne pas prier ? » Et, avec moi, tous se mirent à genoux, et je récitai à haute voix les litanies des saints, auxquelles répondirent les protestants eux-mêmes. Parfois, il disait avec une grande émotion aux personnes qui l’entouraient : « Ma chère bonne sœur, ne pleure pas ! Et vous tous aussi, mes amis, ne pleurez pas ! Je suis heureux ! Je sens que je meurs. Priez pour moi. Au ciel, nous nous reverrons ! »

Le 14 octobre, trois jours avant sa mort, il avoue à son entourage : « C’est une faveur rare que Dieu fait à l’homme en lui dévoilant l’instant où commence son agonie ; cette grâce, il me l’a faite. Ne me troublez pas. »


 

Conclusion

Frédéric Chopin aura suivi, à un moindre degré peut-être, bon nombre de ses contemporains qui, avec le génie artistique, ont tenté de concilier une vie morale pitoyable. Malheureusement, s’il avait été patriote jusqu’au bout, se rappelant cette devise Polonia semper fidelis, il ne se serait pas éloigné pendant longtemps, « comme chacun le savait [57] », de toute pratique religieuse. Sans toutefois recommander toute son œuvre musicale, qui se ressent, comme nous l’avons fait remarquer, d’une époque et d’un milieu imprégnés du courant romantique, on peut l’écouter, mais en sachant garder la modération qu’impose, surtout à un catholique, tout ce qu’ont produit les arts du 19e siècle. Il était : « Romantique, non révolutionnaire [58] », mais romantique quand même !




[1]  — Ce bicentenaire aura été éclipsé, du moins en France, par celui de Chopin… Ne pas confondre le compositeur avec l’homme d’État français, démocrate chrétien, Robert Schuman (1886-1963).

[2]  — Il s’agit des Variations, opus 2, sur « La ci darem la mano » de l’opéra Don Giovanni de Mozart.

[3]  — Nouvelle édition, Gallimard, Paris, 2010.

[4]  — En polonais, Fryderyk Franciszek.

[5]  — « Cette forme musicale, dont l’origine remonte à une ancienne danse de Cour, plaisait particulièrement aux Polonais dont elle traduisait les profonds sentiments patriotiques. » Tom Prideaux, Les Grands Maîtres de la musique, Canada, Éd. Time-Life, 1981, p. 7.

[6]  — Mais devant le tsar lui-même, Chopin n’acceptera jamais de jouer. Il faut savoir que la pauvre Pologne était démembrée depuis 1732 par la Prusse, l’Autriche et… la Russie.

[7]  — L’œuvre pour piano, peu connue, de ce compositeur allemand, rappelle Chopin.

[8]  — Il y jouera son Concerto n° 2 en fa mineur, dont le 2e mouvement, l’adagio, qu’il affectionnait particulièrement.

[9]  — Michel Pazdro, Frédéric Chopin : Chapeau bas, messieurs, un génie, Gallimard, Paris, 1989, p. 46.

[10] — Au cours de sa vie, il ne donnera au total que 30 concerts.

[11] — De son vrai nom Aurore Dupin, romancière, elle épouse le baron Casimir Dudevant, avec lequel elle a deux enfants, et le quitte en 1831 pour mener une vie des plus scandaleuses.

[12] — Abbé Louis Bethléem, Romans à lire et romans à proscrire, Paris, éd. de la Revue des lectures, 9e édition, 1925, p. 59.

[13] — G. Bontoux, Louis Veuillot et les mauvais maîtres de son temps, éd. Delacroix, 2004,    p. 127.

[14] — G. Bontoux, Louis Veuillot et …, p. 145.

[15] — Simone Veil, tristement célèbre par la mortifère loi de 1975 qui porte son nom, promue Grand officier de la Légion d’honneur en 2009, occupe, depuis le 18 mars 2010, le fauteuil de Racine !

[16] — Émile Vuillermoz, Histoire de la musique, Librairie Arthème Fayard, 1949, p. 210.

[17] — Marie-Paule Rambeau, Chopin : l’enchanteur autoritaire, Paris, L’Harmattan, 2005,    p. 460. Ce livre, de 966 pages, fait autorité.

[18] — Marie-Paule Rambeau, Chopin, p. 476.

[19] — Marie-Paule Rambeau, Chopin, ibid.

[20] — Lucien Rebatet, Une Histoire de la musique, Paris, Bouquins, Robert Laffont, réimpression de 1985, p. 431.

[21] — La veille de sa mort, il aurait jeté sur un billet ses dernières volontés : « Comme cette terre m’étouffera, je vous conjure de faire ouvrir mon corps pour que je ne sois pas enterré vif ! »

[22] — Il y est conservé dans un pilier où l’on peut lire cette citation : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). Rien à voir avec la très romantique tombe au Père-Lachaise.

[23] — Plus précisément : 965 pour Schubert (dont 600 lieder), et 893 pour Mozart selon la dernière édition du catalogue Köchel.

[24] — Avant chaque récital, il se jouait pour lui-même un morceau du maître.

[25] — Roland-Manuel, Plaisir de la musique, t. 3, Seuil, 1951, p. 47.

[26] — Lucien Rebatet, Une Histoire de la musique, Paris, Bouquins, Robert Laffont, réimpression de 1985, p. 434. Nous pensons ici à la Russie avec le Groupe des Cinq, à la Norvège (Grieg), la Finlande (Sibelius), l’Angleterre (Sir Elgar), l’Espagne (Albéniz), les Tchèques, etc.

[27] — Adélaïde de Place, Guide de la musique de piano, Fayard, 1987, p. 210.

[28] — Paul Druilhe, Histoire de la musique, Paris, Hachette, 1966, p. 98.

[29] — De l’italien, beau chant, expression qui désignait autrefois les voix harmonieuses. Depuis le début du 19e siècle, le bel canto est le style lyrique caractéristique de l’opéra italien. Selon Sandelewski (congrès de Varsovie, 1960) sa caractéristique principale est « la graduelle émancipation de la mélodie à l’égard de la déclamation, et la tendance à agir sur l’auditeur par le son et par le charme de la mélodie même ».

[30] — C. Helffer et C. Michaud-Pradeilles, Le Piano, Que sais-je ?, nº 263, PUF, 2e édition 1997, p. 60.

[31] — Roland de Candé, Dictionnaire des musiciens, Paris, éd. Seuil, collection Microcosme, 1964, p. 55.

[32] — C. Helffer et C. Michaud-Pradeilles, Le Piano, p. 61.

[33] — Lucien Rebatet, Une Histoire de la musique, p. 436.

[34] — Adélaïde de Place, Guide de la musique de piano, p. 210.

[35] — Adélaïde de Place, Guide de la musique de piano, ibid.

[36] — Nous avons suivi l‘analyse d’Arlette Zenotti, Grande encycopédie Larousse, vol. 5, 1973.

[37] — Nous avons mis entre parenthèses les œuvres « phares », les plus connues.

[38] — La mazurka est une danse à trois temps dont l’accent principal tombe sur les temps faibles, plus particulièrement sur le second.

[39] — André Hodier, Les Formes de la musique, Paris, Que sais-je ?, nº 178, PUF, 1969,       p. 38.

[40] — Parce qu’elle aurait été écrite en septembre 1831, lors de la chute de Varsovie.

[41] — Adélaïde de Place, Guide de la musique de piano, p. 210.

[42] — Stephen Heller, rapporté par Guy de Pourtalès, Chopin ou le poète, Paris, Gallimard, col. « Livre de poche », édition 1940, p. 155.

[43] — Émile Vuillermoz, Histoire de la musique, librairie Arthème Fayard, 1949, p. 214.

[44] — Adélaïde de Place, Guide de la musique de piano, p. 211.

[45] — Adélaïde de Place, Guide de la musique de piano, p. 211. En le citant une dernière fois, nous conseillons à ceux qui veulent découvrir le monde du piano ce guide très bien fait.

[46] — Adjectif, qui se rapporte à l’idée ou qui n’existe que dans l’idée.

[47] — Ulrich Michels, Guide illustré de la musique, vol. 2, Librairie Arthème Fayard, 1990, p. 437.

[48] — François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens et biographie générale de la musique, Tome 2, New York, États-Unis, Elibron, réimpression de 2006, p. 285.

[49] — Clara Schumann (1819-1896), épouse de Robert.

[50] — D’après son ami Ferdinand Hiller.

[51] — Lucien Rebatet, Une Histoire de la musique, p. 431.

[52] — De qui Chopin déteste les peintures. On peut le comprendre, quand on sait son attachement à la ligne mélodique.

[53] — Lucien Rebatet, Une Histoire de la musique, p. 433.

[54] — Émile Vuillermoz, Histoire de la musique, p. 231.

[55] — Marie-Paule Rambeau, Chopin, p. 24.

[56] — Marie-Paule Rambeau, Chopin, p. 27.

[57] — Marie-Paule Rambeau, Chopin, p. 869.

[58] — Paul Druilhe, Histoire de la musique, Paris, Hachette, 1966, p. 98.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 74

p. 187-195

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