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La culture chrétienne

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Informations

LE PÈRE CALMEL

Les thèmes

Éducation

Civilisation chrétienne

Grandes heures de la Tradition

Restaurer une chrétienté

Le Sel de la terre n° 12 bis

Le numéro

Printemps 1995

p. 307-328

Fr. Roger-Thomas  CALMEL O.P.

L'auteur

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Tout le numéro 12 bis du Sel de la terre est consacré à la figure du père Calmel.

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 La culture chrétienne

 
Il est sûr que depuis une quinzaine d'années un mouvement qui croît toujours s'est développé en France et au dehors pour rendre aux chrétiens le sens du sacré dans le temporel lui-même. On poursuit vaillamment l'étude de la royauté du Christ sur les diverses institutions, son fondement et ses conséquences. Cet effort proprement intellectuel est indispensable et il aidera, si Dieu veut, à redresser les esprits, à déraciner les préjugés et les faux dogmes d'un laïcisme diffus ou doctrinaire. Pourtant les imaginations et les sensibilités ont besoin de purification autant que les intellects. Et si la sensibilité – j'entends d'abord la sensibilité spirituelle – n'est pas convertie et purifiée, pour justes que soient les idées elles ne parviendront pas à déterminer un style de vie ; car un style de vie est affaire de sensibilité spirituelle autant que d'idée pure. C'est pourquoi le service que peut nous rendre Péguy est inappréciable pour nous acheminer à sentir chrétiennement au sujet de l'ordre temporel, pour nous permettre de retrouver ainsi des coutumes et des mœurs de chrétienté.
« L'Ève de Péguy », Itinéraires 51, mars 1961.
 
 

La vraie théologie 

 
IL est facile de dire qu’une synthèse théologique offre peu de résistance lorsque des lames de fond déferlent sur une liberté désemparée – comme par exemple les appels immenses d’un messianisme terrestre tel que le marxisme ou la rage du nihilisme et du désespoir. On nous objecte : dans ces heures suprêmes où l’être humain décide de sa vie pour le salut et la damnation, mais aussi dans les heures moins graves, de quoi servirait la doctrine sans la prière ? Il est vrai ; c’est beaucoup plus que l’intellect qui est en cause, c’est la source même de la liberté. Seulement il n’y a pas de coupure absolue entre la prière et la réflexion, entre la liberté et le raisonnement. Ce qui importe d’abord, c’est de tomber à genoux sans condition et d’embrasser le crucifix. Mais qui oserait dire que la réflexion sur le mystère divin, la considération habituelle, aimante et avide, de la révélation de Dieu ne vient pas aider et soutenir cette prière jaillie du fond de l’âme ? L’agenouillement est chose d’âme plus que d’esprit, mais de même que l’âme aura su plier l’esprit (ce qui est le départ de la considération théologique), de même un jour arrive où c’est l’esprit qui aide l’âme à se plier.
Entendons-nous : la vraie théologie est autre chose qu’un exercice cérébral du baptisé sur un sujet divin ; elle est une contemplation : c’est dire qu’une passion d’amour est à l’origine et que l’amour va croissant, à mesure que l’intelligence découvre et s’émerveille. Une théologie ainsi comprise, c’est-à-dire argumentative dans son essence, aimante dans son principe et son terme, n’est aucunement étrangère à la prière et aux décisions suprêmes de la liberté ; elle y est d’un grand secours. En vérité, la question : « Que pourrait la doctrine sans la prière ? » suppose une coupure entre l’une et l’autre. La seule question bien posée est celle-ci : « Comment la prière pourrait-elle ne pas faire désirer la doctrine, et comment l’application de l’esprit au mystère de Dieu ne profiterait-elle pas à la prière et aux choix décisifs, qui se forment dans notre cœur au niveau de la prière ? » Lorsque nous prétendons que la théologie est d’un grand secours pour la prière du chrétien, pour l’orientation de ses choix décisifs et pour le préparer au combat au milieu d’un monde pervers, dont il faut se garder et qu’il faut aider à se convertir, c’est d’une théologie ainsi comprise que nous voulons parler.

La supplication de Priam  (Iliade, XXIV)

 
Priam se prépare à partir pour demander
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