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La lecture de l'Écriture sainte

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Informations

LE PÈRE CALMEL

Les thèmes

Écriture sainte

Grandes heures de la Tradition

Le Sel de la terre n° 12 bis

Le numéro

Printemps 1995

p. 53-60

Fr. Roger-Thomas  CALMEL O.P.

L'auteur

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Tout le numéro 12 bis du Sel de la terre est consacré à la figure du père Calmel.

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La femme adultère (Jn 8, 1-11)

LES commentaires que l’on peut lire sur l’épisode de la femme adultère n’en parlent pas toujours d’une façon satisfaisante. Ou bien ce sont des élévations apparemment mystiques, mais d’une sentimentalité plus ou moins trouble et mystifiante ; ou bien l’auteur mentionne simplement le fait et se détourne avec pudeur. On aime beaucoup mieux cette attitude ; mais on peut craindre qu’elle n’esquive le mystère.
Le mystère est celui d’une miséricorde divine parfaitement claire ; c’est le mystère de la pureté de la pitié. Le Fils de Dieu s’est trouvé, pendant sa vie publique (et sûrement aussi pendant sa vie cachée), en contact réel avec les péchés réels des hommes et des femmes. C’est ainsi par exemple qu’un jour les pharisiens lui ont amené une femme adultère prise sur le fait. Il est fort désobligeant que les choses se soient passées de la sorte ; mais il n’empêche que c’est bel et bien ce qui est arrivé.
Qu’a fait le Seigneur ? Dans sa bonté, dans sa juste bonté, il a voulu laisser aux uns et aux autres, aux pharisiens et à cette femme, le temps de se reconnaître et de se repentir. Mais il a réprouvé le péché des uns et des autres avec une netteté qui ne laisse place à aucune illusion. Aux pharisiens, il a dit : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ; et à la femme : Va et ne pèche plus.
On entend dire quelquefois que le Seigneur aurait excusé cette femme sous prétexte que son péché était une faiblesse charnelle. Or on ne trouve aucune trace d’excuse. On ne sait pas non plus si c’était faiblesse ou malice. Car les fautes charnelles aussi peuvent être des fautes de malice. D’ailleurs, comment celui qui déclarait digne de l’enfer éternel le péché d’adultère, même commis dans la seule pensée, aurait-il pu témoigner la moindre complaisance quand il se trouvait devant une pécheresse ? Aussi bien, les paroles et l’attitude du Seigneur sont-elles d’une fermeté catégorique : Va et ne pèche plus.
Pas une seule fois le Seigneur n’a enseigné ou même insinué que les catégories de péchés qui constituent en même temps une infraction sociale ne devaient pas subir de réprobation et de punition sociale. Pas une seule fois il n’a enseigné ou même insinué que le dévergondage public ne devait pas être publiquement châtié. Seulement il s’est toujours placé au-dessus de la société civile, de ses sanctions et de son autorité, car son royaume n’est pas de ce monde [1] ; et il a voulu communiquer la sainteté à tous : à celui qui subit le châtiment de la société comme à celui qui l’inflige.
Dans le cas de la femme adultère, il est évident que le Seigneur est en présence d’une situation où le péché éclate de part et d’autre : chez les accusateurs et chez l’accusée ; et de part et d’autre le péché constitue une infraction sociale ; chez l’accusée c’est l’évidence même ; mais chez les accusateurs il n’en va pas autrement ; en effet ils manœuvrent avec perfidie afin de parvenir à justifier leur volonté d’homicide contre Notre Seigneur. La loi de Moïse, le péché et la honte de cette femme ne comptent pas à leurs yeux ; c’est atroce, mais c’est ainsi ; la loi de Moïse, le péché et la honte de la pécheresse ne sont qu’un prétexte pour arriver à condamner à mort celui qui est plus grand que Moïse et qui enlève les péchés.
Péché de part et d’autre. Infraction aux justes lois de la cité de part et d’autre. Que fait Jésus ? Au lieu de demander une impossible application des justes lois de la cité, à la fois contre celle qui a commis l’adultère et contre ceux qui préparent son meurtre, au lieu de se placer dans le civique et dans le temporel, il se place dans le divin et dans l’éternel, et il essaie d’y élever les uns et les autres. C’est en les introduisant dans ce royaume qu’il voudrait leur faire trouver l’ordre et la paix.
Et, s’ils acceptaient de l’écouter, nul doute que l’ordre ne serait également rétabli dans le civique et le temporel. En tout cas, à tous il donne le temps de se reconnaître et de se repentir ; à tous, il donne la lumière pour se reconnaître et se repentir ; il amène les pharisiens à convenir que ce n’est pas l’amour de Dieu ni l’horreur du péché qui les excitait à punir le péché et qu’il leur importe de se repentir de leur propre péché. Il amène la femme coupable à reconnaître que, si Dieu est d’abord miséricorde, cependant il prescrit la conversion et l’observation des préceptes : Va et ne pèche plus.
De cet Évangile nous essaierons de recueillir dans son intégrité la leçon qu’il renferme. Non pas une leçon d’anarchie sociale, mais une leçon d’ordre surnaturel. Un tel ordre ne supprime par l’ordre temporel ; il tend au contraire à le promouvoir, mais il demande la charité dans son accomplissement. – Les dévergondés et les voleurs ont droit à un châtiment social ; mais le juge et le bourreau ont le devoir strict d’agir par justice et par charité. – Le juge pèche gravement si l’exercice de sa justice sert d’alibi à sa haine ou à sa volonté de vengeance : qu’il se garde de ce péché. – Le dévergondé et le voleur ne doivent pas oublier que, lorsque la loi humaine punit, Dieu ne demande qu’à faire grâce. – Mais Dieu fait grâce, non pas en excusant la violation de la loi divine et humaine, mais en communiquant l’amour qui préserve de la violation de la loi et fait accomplir toute justice.
Ayez pitié de nous, Seigneur, qui avez converti les femmes pécheresses et Paul le pharisien.
 

L’apparition du soir de Pâques

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