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La passion de l'Église

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Informations

LE PÈRE CALMEL

Les thèmes

Grandes heures de la Tradition

Crise dans l'Église

Le Sel de la terre n° 12 bis

Le numéro

Printemps 1995

p. 61-96

Fr. Roger-Thomas  CALMEL O.P.

L'auteur

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Tout le numéro 12 bis du Sel de la terre est consacré à la figure du père Calmel.

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La passion

de l’Église

 

par le Fr. Roger Calmel O.P.

 
 
 
Lorsque nous pensons au pape de maintenant, au modernisme installé dans l’Église, à la Tradition apostolique, à la persévérance dans cette Tradition, nous en sommes de plus en plus réduits à ne pouvoir considérer ces questions que dans la prière, dans une imploration instante pour l’Église entière et pour celui qui, de nos jours, tient en ses mains les clefs du royaume des cieux. Il les tient en ses mains, mais il ne s’en sert pour ainsi dire pas. Il laisse ouvertes les portes de la bergerie qui donnent sur les chemins d’approche des brigands ; il ne ferme pas ces portes protectrices que ses prédécesseurs avaient invariablement maintenues closes avec serrures incassables et cadenas infrangibles ; parfois même, et c’est l’équivoque de l’œcuménisme postconciliaire, il fait semblant d’ouvrir ce qui, à jamais, sera tenu fermé. Nous voici réduits à la nécessité de ne penser à l’Église qu’en priant pour elle et pour le pape. C’est une bénédiction. (…)
Itinéraires 173, mai 1973, p. 41.

Prologue

 
Égarés par la grande chimère de vouloir découvrir les moyens infaillibles et faciles de réaliser une bonne fois l’unité religieuse du genre humain, des prélats, des prélats occupant les charges les plus importantes, travaillent à inventer une Église sans frontières dans laquelle tous les hommes, préalablement dispensés de renoncer au monde et à Satan, ne tarderaient pas à se retrouver, libres et fraternels. Dogmes, rites, hiérarchie, ascèse même si l’on y tient, tout subsisterait de la première Église, mais tout serait démuni des protections requises, voulues par le Seigneur et précisées par la Tradition ; par là même tout serait vidé de la sève catholique, disons de la grâce et de la sainteté. Les adeptes des confessions les plus hétéroclites, et même ceux qui refusent toutes les confessions, entreraient alors de plain-pied ; mais ils entreraient de plain-pied dans une Église en trompe-l’œil. Telle est la tentative présente du maître prestigieux des mensonges et des illusions. Voilà le grand œuvre, d’inspiration maçonnique, auquel il fait travailler ses suppôts, prêtres sans la foi promus théologiens éminents, évêques inconscients ou félons, sinon apostats déguisés, portés rapidement au comble des honneurs, investis des plus hautes prélatures. Ils consument leur vie et perdent leur âme à édifier une Église postconciliaire, sous le soleil de Satan.
Les dogmes, décidément frappés de relativisme par la nouvelle pastorale qui ne condamne aucune hérésie, ne proposent plus un objet précis et surnaturel ; dès lors il n’est pas besoin pour les recevoir, à supposer que le mot garde encore dans ce cas une signification, d’incliner l’intelligence ni de purifier le cœur. Les sacrements sont mis à la portée de ceux qui ne croient pas ; presque plus rien n’empêche de s’en approcher les incroyants et les indignes, tellement les nouveaux rites ecclésiastiques sont devenus étrangers, par leur instabilité et leur fluidité au signe sacramentel efficace de lui-même, divinement fixé par le Sauveur une fois pour toutes et jusqu’à ce qu’il revienne. – Pour la hiérarchie, elle se dissout insensiblement dans le peuple de Dieu dont elle tend à devenir une émanation démocratique, élue au suffrage universel pour une fonction provisoire. Grâce à ces innovations sans précédent on se félicite d’avoir abattu les barrières qui retenaient hors de l’Église celui qui hier encore, dans la période antéconciliaire toute proche, rejetait les dogmes, repoussait les sacrements, ne s’abaissait pas devant la hiérarchie. Sans doute, tels qu’on les entendait avant le concile, dogmes, sacrements, gouvernement, exigence de conversion intérieure donnaient à l’Église l’aspect d’une ville fortifiée – Jerusalem quæ ædificatur ut civitas [1] – avec portes bien gardées et remparts inexpugnables. Nul n’était admis à franchir le seuil divin qui ne se fût converti. Désormais cependant les choses changent sous nos yeux ; croyances, rites, vie intérieure sont soumis à un traitement de liquéfaction universelle si violent et si perfectionné qu’ils ne permettent plus de distinguer entre catholiques et non-catholiques. Puisque le oui et le non, le défini et le définitif sont tenus pour dépassés, on se demande ce qui empêcherait les religions non-chrétiennes elles-mêmes de faire partie de la nouvelle Église universelle, continuellement mise à jour par les interprétations œcuméniques.
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