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Le triomphe du Coeur Immaculé de Marie

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Informations

LE PÈRE CALMEL

Les thèmes

Grandes heures de la Tradition

La Vierge Marie

Le Sel de la terre n° 12 bis

Le numéro

Printemps 1995

p. 329-345

Fr. Roger-Thomas  CALMEL O.P.

L'auteur

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Tout le numéro 12 bis du Sel de la terre est consacré à la figure du père Calmel.

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Le triomphe du cœur immaculé de Marie

 
 
Elle qui écrase le dragon par sa conception immaculée et sa maternité virginale, elle qui est glorifiée jusque dans son corps et qui règne dans le ciel auprès de son Fils, elle domine en souveraine tous les temps de notre histoire et particulièrement les temps plus redoutables pour les âmes : les temps de la venue de l’Antéchrist ou ceux de la préparation de cette venue par ses diaboliques précurseurs.
Itinéraires 139, janvier 1970, p. 205.

Le cœur immaculé de Marie et la paix du monde

 
NOUS réfléchirons ici sur les paroles de la sainte Vierge à Fatima. Quand il s’agit de commenter les paroles de Notre Seigneur, tout chrétien qui fait attention à ce qu’il dit ou écrit ne peut se défendre d’une certaine crainte révérentielle. Ce qu’il dit ou écrit ne passera-t-il pas à côté de la vérité divine ? Fera-t-il au contraire pénétrer, ne serait-ce qu’un petit peu, à l’intérieur d’une parole qui est d’abord un mystère ? Cette appréhension le saisit également lorsqu’il s’agit de commenter les paroles de Notre Dame. Pourtant il est aussi normal de commenter la parole divine que de réfléchir et de méditer. Encore que le silence de l’amour soit l’hommage le plus digne (en attendant l’éternel matin de la vision), il est impossible de ne pas dérouler notre discours, de ne pas amener notre faculté discursive au-devant de la vérité divine. Une telle attitude a toujours été encouragée par l’Église qui est théologienne aussi profondément qu’elle est mystique. Que la confiance l’emporte donc sur la crainte et que notre réflexion essaie de pénétrer dans le message que la Reine du rosaire faisait entendre à ses humbles privilégiés [1], à Jacinthe et François et surtout à Lucie.
 
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Une des premières idées qui nous viennent à la lecture de ce message, c’est que la paix du monde, la paix politique, est un don de Dieu et du cœur immaculé de Marie. « Récitez le chapelet pour obtenir la fin de la guerre. » La paix est donc suspendue à l’intercession de Notre Dame et à la Toute Puissance de celui que nous saluons aux matines de Noël comme Princeps pacis [2]. On ne doute pas que ce soit vrai de la paix surnaturelle, celle qui réside dans le secret du cœur, qui procède de l’amour de Dieu, à l’intérieur de la sainte Église qui est la Beata pacis visio [3]. Comment en effet une paix de cet ordre, proprement céleste, une paix de cette qualité, proprement divine et surnaturelle, ne serait-elle pas un don de Dieu et un fruit de l’intercession de la Vierge rédemptrice ?
Par contre un certain naturalisme politique pourrait amener à penser que la paix des empires, des nations, des peuples et des langues, puisqu’elle est une réalité d’ordre naturel et périssable, est à la portée de la nature abandonnée à elle seule. Il n’est pas douteux que certains chrétiens aient glissé sur cette pente. C’est une pente d’erreur. Et cela pour deux raisons : d’abord en vertu du principe tout à fait général que nulle réalité bonne ne commence, ne se poursuit et ne vient à terme sans la bienveillance du Tout-Puissant et si Dieu ne lui accorde sa bénédiction ; ensuite pour une raison tout à fait particulière et qui tient à l’essence même de la paix politique. Elle est en effet un fruit de justice, opus justitiæ pax ; or il n’est pas de justice solide et intégrale sans une conversion du cœur et donc sans la grâce surnaturelle, c’est-à-dire sans une faveur divine. La paix est la tranquillité de l’ordre juste ; or cet ordre juste ne saurait se passer de la volonté des hommes ; si les chefs et le peuple se laissent aller ordinairement à l’injustice, comment obtenir la tranquillité de l’ordre ?
On dira peut-être : mais de justes institutions ne suffisent-elles pas pour préserver de l’injustice, quelque forme du reste que prenne celle-ci : comme de méconnaître ou de combattre l’autorité de l’Église ; de développer un impérialisme économique effréné ; d’opprimer des nations plus faibles ? Certes des institutions appropriées peuvent et doivent remédier à ces crimes. Mais les institutions bonnes, encore qu’elles soutiennent les personnes dans le bien, sont d’abord suscitées et soutenues par la justice des personnes. Or cette justice est bien faible et bien courte sans la grâce de Dieu. De sorte que, sans la grâce, les institutions les meilleures ne suffisent pas à garantir la paix. Sans doute il serait grotesque d’interpréter le message de Fatima dans un sens de surnaturalisme et de méconnaître que la paix du monde est un effet politique à partie liée avec les causes politiques. Par contre il est normal d’interpréter le message de Fatima comme un rappel de cette vérité fondamentale que la politique ne se suffit pas à elle-même : que les effets politiques sont en dépendance de personnes humaines blessées et rachetées ; si les personnes ne se laissent pas guérir par la grâce divine, les effets politiques ne suivront pas. C’est parce qu’elle le sait très profondément que la sainte Église compte d’abord sur le Seigneur pour obtenir la paix. Pensons plutôt au commentaire du Libera nos a malo que la liturgie développe à la fin du Pater aussitôt avant la communion ; pensons également aux prières du Vendredi Saint et au chant de l’Exsultet. Toujours la paix nous est présentée comme un don de la miséricorde divine. Cette leçon de la liturgie est aussi la première leçon de Fatima.
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