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Recension de Yves MOREL et Godefroy DE VILLEPOLET, En finir avec l'école républicaine

Jeanne-Marie DE CONDE

Informations

RECENSIONS

Les thèmes

Religion des droits de l'Homme

Le Sel de la terre n° 102

Le numéro

Automne 2017

p. 202-204

Jeanne-Marie DE CONDE

L'auteur

Jeanne-Marie DE CONDE

 0,00 €

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En finir avec l’école républicaine


Un livre de plus sur le problème scolaire…, mais cette fois d’une originalité certaine. Bref, et d’une lecture facile, cet ouvrage jette une lumière nouvelle sur la controverse qui, depuis une quinzaine d’années, oppose les théoriciens des méthodes pédagogiques modernes et les défenseurs de l’« école républicaine ». On se doute, compte tenu du titre choisi par nos deux auteurs qu’il ne s’agit pas ici d’un énième plaidoyer en faveur de la bonne vieille et « méritocratique » école républicaine, garante du bon fonctionnement de « l’ascenseur social » ; et les deux auteurs ne sont pas des émules de Pena Ruiz, Brighelli ou Fanny Capel, loin de là. Pour autant, ils ne défendent pas le pédagogisme des Legrand, Oury, Meirieu et autres Cohn-Bendit.

 

En fait, Yves Morel et Godefroy de Villefollet s’emploient à démontrer dans ce petit livre alerte et précis, que, loin d’être séparées par des conceptions diamétralement opposées de l’école, ces deux grandes tendances ont une origine commune. Ils montrent qu’en dépit de l’acerbité du conflit les opposant, les partisans de la réalisation d’une démocratie égalitaire par l’école et les tenants de l’élitisme républicain, appartiennent au même camp. Cette origine commune réside dans la promesse républicaine de l’instauration d’une démocratie égalitaire grâce à une école monopolistique d’État chargée de l’éducation de tous les jeunes Français, garante de leur dignité d’homme fondée sur la raison formée et affinée par la connaissance, elle-même identifiée aux seuls savoirs académiques, et propre à assurer la promotion des plus humbles et la ventilation des situations sociales sur le seul critère de l’aptitude à réussir aux examens scolaires. Ainsi, les Français ont fait de l’école la base même de toute la société, et ont considéré qu’ils y jouaient non seulement leur avenir, mais leur dignité même. D’où les revendications permanentes en faveur des études pour tous, puis du droit au succès aux examens scolaires et universitaires au moyen de l’institution d’une pédagogie censément adaptée à tous les élèves, individualisée autant que possible. Et ainsi, l’école républicaine a engendré tout naturellement l’école pédagogiste, laquelle se présente comme une tentative de lui faire tenir ses promesses égalitaires. « L’école pédagogiste est la fille à la fois naturelle et légitime de l’école républicaine, et Philippe Meirieu est le descendant direct et légitime de Jules Ferry ».

 

En outre, la démocratisation de l’école a été entendue non comme l’adaptation de celle-ci aux besoins économiques et techniques du monde moderne et à l’apparition des classes moyennes, mais comme l’extension à tous, à titre de revanche sociale, des études les plus longues, les plus élitistes et les plus aristocratiques, donc les plus prestigieuses en même temps qu’elles offraient le moins de débouchés professionnels. Toutes les réformes entreprises au nom de la démocratisation de l’enseignement ont visé non à adapter l’institution scolaire et universitaire aux besoins d’une société différente de la société d’ordres de l’Ancien Régime, en diversifiant les cursus, parcours et filières, afin d’offrir à tous les jeunes des débouchés conformes à leurs affinités et à leurs possibilités réelles, mais, à toute force, à mettre à la portée de tous, les études les plus exigeantes, les plus aristocratiques, les plus gratifiantes, et les seules propres à attester de la dignité d’un homme et à assurer son épanouissement. D’où le marasme actuel et l’échec complet de notre système éducatif.

 

Ces deux caractères de la conception française de l’école ont donc engendré une massification des études, tout spécialement dans les sections littéraires, et ont entraîné une baisse phénoménale de leur niveau, la dévaluation des diplômes pléthoriquement distribués, et donc le marasme scolaire actuel (aggravé par les égoïsmes catégoriels enseignants et la bureaucratie) et la « galère » des jeunes, victimes de l’échec scolaire. Comment ce marasme a-t-il pu se produire sans qu’aucune tentative sérieuse pour en arrêter le développement ait été faite ou est pu réussir ? La réponse siège, selon Yves Morel, « dans le rapport littéralement pathologique que les Français entretiennent avec l’insti­tution scolaire ».

 

La seule solution consiste selon Godefroy de Villefollet, en une désétatisation de l’enseignement à tous les niveaux, et en la diversification des approches pédagogiques et la redécouverte de certaines réussites éducatives du passé. Godefroy de Villefollet insiste sur l’extra­ordinaire inventivité des Jésuites et surtout des Frères des écoles chrétiennes sous l’Ancien Régime.

Il voit également dans la construction européenne – une fois n’est pas coutume – une chance pour une réforme radicale de notre système scolaire sous réserve que l’Europe ne soit pas contaminée par l’égali­tarisme mondial ambiant.

Pour nos deux auteurs, le moment est donc venu « d’en finir avec cette « école républicaine », vache sacrée improductive, stérile et encombrante, fruit d’une double tradition mortifère jacobine et égalitaire d’ins­piration idéologique, qui nous a conduit au marasme actuel ».

 

Ainsi le remède implique non la réforme, mais le démantèlement de l’école républicaine, boîte de Pandore de tous les maux actuels en matière d’enseignement. Ce n’est pas le ver (pédagogiste) qui est dans le fruit, c’est le fruit qui est vénéneux.

 

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