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Éditorial

Faut-il encore parler du communisme ?


Faut-il encore parler du communisme, officiellement mort et enterré depuis la chute du mur de Berlin en 1989 et la disparition de l’URSS ?

Il le faut. Trois raisons, au moins, l’exigent.

Étudier la science du mal

D’abord, il nous faut connaître la science du mal.

L’abbé Joseph Lémann (1836-1915) explique qu’elle est nécessaire à une vue théologique de l’histoire, à cause de l’antagonisme entre Notre-Seigneur Jésus-Christ et son adversaire  :

Qui ne tient pas compte en histoire non seulement de la Providence mais de l’enfer, n’aura jamais que des vues indécises, et ne fournira que des explications incomplètes. Dieu et Satan se disputent le cœur de l’homme, chacun de nous le sait ; mais ils se disputent également la direction de la société, de ses développements et de ses phases […]. L’histoire de ces dix-huit siècles laisse visiblement apercevoir, par-dessus nos querelles de cités, de pays, de nations, de races, le spectacle de ces deux forces géantes en combat : la malice infernale dévastant la société, et la grâce divine la réparant, la soutenant et la faisant toujours avancer [1].

Jean Vaquié (1911-1992), dans son Abrégé de démonologie, relève que le mot diable se trouve trente-quatre fois dans le nouveau Testament et le mot Satan trente-trois fois, et il commente :

L’Écriture contient, non seulement la science du bien, c’est à dire la science de Dieu, mais encore la science du mal, c’est à dire la science de l’ennemi de Dieu, qui est aussi l’ennemi du genre humain. Et cette science du mal nous est aussi nécessaire que la science du bien puisqu’elle nous enseigne la nature et les œuvres des ennemis invisibles contre lesquels nous avons à combattre au cours de notre périlleux chemin sur la terre. 

L’Écriture, répercutée par les Pères, la liturgie et le magistère, nous révèle non seulement le Verbe Incarné, mais aussi son adversaire ; révélation qui nous est absolument indispensable. Et si on lui enlevait tout ce qui concerne le démon, on lui ôterait la moitié de ce qu’elle contient [2]

Le communisme est un des sommets du mal. On y remarque, à un degré rarement atteint, deux des principales caractéristiques du diable : l’homicide et le mensonge.

Vous avez le diable pour père [disait Notre-Seigneur aux pharisiens], et vous voulez accomplir les désirs de votre père.  Il a été homicide dès le commencement, et il n’est pas demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui.  Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur, et père du mensonge [3].

Le communisme a atteint des sommets de violence homicide – soixante-six millions de morts pour la seule Russie bolchévique – et une sorte de perfection dans l’usage du mensonge : La Pravda, mot qui signifie « vérité », était le nom du journal chargé de répandre les mensonges officiels [4].

En nous faisant mieux connaître l’adversaire, l’étude du communisme nous apprendra les moyens d’y résister, notamment par la force d’âme contre la violence et l’amour de la vérité contre le mensonge.

Le communisme se mue en mondialisme

Deuxième raison : le communisme se mue en mondialisme. Ce dernier paraît moins violent – physiquement –, mais il véhicule les mêmes erreurs : athéisme, immoralisme, destruction ou paupérisation des familles, emprise de l’administration sur la vie privée, assassinat – sous forme de l’avortement et de l’euthanasie –, mensonge par le moyen des media.

Comment expliquer ce passage du communisme au mondialisme ?

D’abord, on peut constater que le mondialisme est mis en place par les néo-conservateurs dont certains sont d’anciens communistes dissidents passés à l’Ouest.

Le premier théoricien néo-conservateur à avoir adopté ce mot et qui est considéré comme le fondateur de cette idéologie est Irving Kristol, père de William Kristol et fondateur du think-tank « néo-conservateur » Project for the New American Century. Irving Kristol a été un militant trotskyste actif pendant sa jeunesse [5].

Norman Podhoretz avoue clairement :

Nous étions un groupe relativement petit d’intellectuels affiliés à la gauche qui, à la fin des années 60, a rejoint les rangs conservateurs [6].

A un autre niveau, les « banksters » qui ont installé le communisme sont ceux qui mettent en place le mondialisme [7]. Le mondialisme est la synthèse du capitalisme et du communisme opérée sous l’influence de la haute finance. Il faut lire à ce sujet l’interrogatoire de Christian Rakovsky [8], qui a eu lieu dans le cadre d’un procès stalinien, à une date célèbre : dans la nuit du 25 au 26 janvier 1938. En cette fameuse nuit éclairée par une lumière inconnue qui, d’après la prophétie de la sainte Vierge à Fatima (13 juillet 1917), annonçait la deuxième guerre mondiale, Rakovsky avouait :

Cet important révolutionnaire [Weishaupt], décida, ou peut-être reçut l’ordre de fonder une organisation secrète qui devait provoquer la Révolution Française et la pousser bien au-delà de ses objectifs politiques, afin d’en faire une révolution sociale pour établir le communisme. […] Ce qui est moins connu, ce sont les relations de Weishaupt et de ses successeurs avec les premiers des Rothschild.

[Trotsky] dit que le Komintern est une organisation conservatrice par rapport à la bourse de New York, il désigne les grands banquiers comme étant les inventeurs de la révolution. […] Ils sont révolutionnaires objectivement et subjectivement, de manière tout à fait consciente. […] La révolution d’Octobre ? Ce sont eux qui la financèrent.

En fait, il n’existe qu’un but, un seul, c’est le triomphe du communisme ; ce n’est pas Moscou qui imposera sa volonté aux démocraties, mais New York. Ce n’est pas le Komintern, qui l’imposera, mais le Kapintern. […] Une seule force le peut, et c’est l’argent. L’argent est puissance et c’est l’unique pouvoir.

A Moscou, il y a le communisme, à New York le capitalisme : c’est la thèse et l’antithèse. Analysez alors l’un et l’autre. Moscou, c’est le communisme subjectif mais aussi le capitalisme objectif, le capitalisme d’Etat. New York, c’est le capitalisme subjectif, mais le communisme objectif. La synthèse personnelle, réelle, la vérité : c’est la finance internationale, le capitalisme-communisme, eux [9].

Le communisme n’est pas mort

Enfin, même s’il se métamorphose en mondialisme sur une grande partie de la planète, le communisme avoué n’est pas mort. 

Le 9 juillet 2015, le pape François a reçu, enchanté, un crucifix communiste offert par le président bolivien Evo Morales, comme pour rappeler la connivence entre le communisme et l’Église conciliaire. Mgr Lefebvre remarquait dans son Itinéraire spirituel :

Il ne faut pas avoir peur d’affirmer que les autorités romaines actuelles depuis Jean XXIII et Paul VI se sont faites les collaboratrices actives de la franc-maçonnerie juive internationale et du socialisme mondial. Jean-Paul II est avant tout un politicien philo-communiste au service d’un communisme mondial à teinte religieuse. Il attaque ouvertement tous les gouvernements anti-communistes, et n’apporte par ses voyages aucun renouveau catholique [10].

Autre exemple : en 2017, pour la première fois en France depuis de nombreuses années, le communisme a fait un meilleur score aux élections que le socialisme. Jean-Luc Mélenchon a obtenu 7 059 951 voix, tandis que Benoît Hamon n’en a eu que 2 291 288, soit trois fois moins.

Troisième exemple : le communisme est toujours vivant en Chine et dans plusieurs autres pays, réduisant à l’esclavage une bonne partie de la population du monde. Citons ici Patrick Saint-Paul :

Mao les avait glorifiés. La Chine moderne leur doit son miracle économique.

La première puissance mondiale en devenir s’est hissée sur les épaules de ces millions de paysans transformés en ouvriers. S’inscrivant dans la plus grande migration humaine de l’histoire, cette masse laborieuse a quitté les campagnes. A Pékin, ils sont plus d’un million à peupler les sous-sols insalubres de la capitale. Enchaînant les petits boulots en attendant de trouver mieux, les Mingongs – les ouvriers migrants – sont forcés de vivre sous terre. Venu des quatre coins du pays, issu de minorités ethniques diverses, ce peuple avance sans états d’âme à la recherche d’une vie meilleure. Il a fini par adopter le surnom dont il a été affublé : les Shuzu, la « tribu des rats » [11].

U

Ces trois raisons nous ont pressés de réaliser un dossier sur le communisme, réparti sur plusieurs numéros du Sel de la terre. Rappelons qu’il n’y a eu aucun procès officiel du communisme. Ni dans les pays qui l’ont officiellement quitté, comme la Russie, ni dans ceux qui furent officiellement ses adversaires, mais sous la direction de la franc-maçonnerie, son allié objectif.

Parmi les grandes instances, seule l’Église catholique, jusqu’à Pie XII inclus, a dénoncé l’intrinsèquement pervers. Mais cette voix s’est tue depuis Vatican II. Il est donc nécessaire de continuer, autant que nous le pouvons, à faire voir le communisme tel qu’il est : hideux et pervers, effrayante préfiguration de l’Antéchrist.

 


[1]  — Abbé Joseph Lémann, L’entrée des Israélites dans la société française, Paris, éd. Avalon, 1987, p. 205-206.

[2]  — Jean Vaquié, Abrégé de démonologie, Éditions Saint-Rémi, 2011, ch. 1. Notons que cet antagonisme ne met pas les deux adversaires au même niveau : Dieu est toujours vainqueur, même s’il laisse au démon une certaine liberté de le combattre, pour le bien des élus.

[3]  — Jn 8, 44.

[4]  — On retrouve ces deux caractéristiques dans l’islam (sous forme du djihad et de la takyia). Voir l’article de l’abbé Guy Pagès, « Le mensonge dans le communisme et l’islam », Le Sel de la terre 102 (automne 2017), p. 143.

[5]  — Wikipedia, « Néo-conservatisme », citant Irving Kristol, Neoconservatism : the autobiography of an idea, New York, Free Press, 1995, p. 3-4

[6]  — Voir l’article de Christian Lagrave, « La ploutocratie et le communisme » dans Le Sel de la terre 102, p. 97-122. Voir aussi, dans le même numéro (p. 201), la sentence célèbre sur la ténébreuse alliance du capitalisme libéral et du socialisme apatride qui s’opposent l’un à l’autre en apparence, mais se ménagent l’un l’autre en secret.

[7]  — Entretien avec Norman Podhoretz, père fondateur du Néo-conservatisme, leblogdrzz.over-blog.com/article-19638099.html, consulté le 30 avril 2008.

[8]  — Christian Rakovsky (1873-1941), ami de Léon Trotsky, ambassadeur de l’URSS à Londres et Paris, fut emprisonné puis exécuté par le NKVD pendant la Seconde Guerre mondiale.

[9]  — Cité par José Landowsky, Sinfonía en Rojo Mayor, Madrid, 1952, traduction par nos soins.

[10] — Mgr Marcel Lefebvre, Itinéraire spirituel à la suite de saint Thomas d’Aquin dans sa Somme théologique, Éditions Iris, 2010, prologue.

[11] — Patrick Saint-Paul, Le Peuple des rats – Dans les sous-sols interdits de la Chine, Grasset, 2016, 4e de couverture.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 103

p. 1-5

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