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Le Gaullisme, maladie sénile de la droite 


LE GAULLISME maladie sénile de la droite ! Il fallait un titre aussi provocateur pour répondre à cette question si nécessaire : Qu’est-ce que le gaullisme ? On en parle beaucoup, on s’y réfère parfois, on le critique aussi, selon le camp dans lequel on se trouve, mais au fond, nul ne sait ce que c’est, puisque personne ne l’a dit de manière explicite et honnête. C’est à cette tâche que s’est attelé Gérard Bedel qui, jusque-là, s’était plutôt intéressé aux héros méprisés par l’histoire officielle.

Dans un style bien à lui, à la fois sobre et pointu, l’auteur, avec force citations et références, fait comme il le dit dans sa magistrale introduction : un « travail plus politique qu’historique ». L’inverse aurait été scandaleux, Gérard Bedel affirmant que De Gaulle n’est pas encore un personnage historique et donc, que le gaullisme est une simple tendance récente vouée à disparaître avec le régime d’où elle découle.

Seulement, pour comprendre le gaullisme, il fallait comprendre De Gaulle, un homme dont la stature « héroïque » s’est cristallisée dans les livres scolaires, les revues d’histoire et les documentaires. C’est la France bourgeoise, c’est un Français impeccable avec ce petit rien de théâtralité dans les intonations qui évoque cet autrefois regretté… C’était mieux avant… Quand la République était digne ! Digne comme le fermier qui laisse la porte de son poulailler ouverte. Est-ce lui qui a invité le renard ? Peut-on le tenir responsable du carnage ? Le tout est de savoir si son acte est délibéré.

Sans jamais le dire, mais en donnant toutes les clés au lecteur pour le comprendre, Gérard Bedel, chapitre après chapitre, s’en prend à l’histoire gaullienne, du début à la fin, de la naissance de l’homme, plutôt de sa formation politique et militaire, jusqu’à la liste non exhaustive de ses héritiers politiques. Au passage, toutes les grandes étapes de l’existen­ce du premier président de la Ve République sont passées au crible, de ses succès littéraires à ses victoires politiques, en passant par ses prétendus succès militaires et ses très longs discours radiodiffusés.

Et Gérard Bedel, sans plus de haine que de pitié, détruit le mythe. Mais, au lieu d’abattre le colosse en l’abordant par les pieds, il attaque au front. Sagement, méthodiquement, posément, il déconstruit, couche après couche, mensonge après mensonge, de la fausse victoire de Montcornet au faux Appel et à l’Algérie… pour révéler le néant. Car le gaullisme au fond, ce n’est rien, ce n’est qu’une idée, une certaine idée de la république ; c’est la raison pour laquelle nul ne s’était risqué à le définir.

En effet, De Gaulle n’a pas fondé un régime ou une dynastie, comme Napoléon, pas plus qu’il n’a installé un système, comme Mussolini, entre autres. Non, il a fondé un écran de fumée qui a pris son nom à défaut d’autre chose. C’est donc une idée fumeuse, celle de tout le monde et dont chacun profite à l’approche d’une élection, qu’il soit de droite, de gauche ou de prétendue extrême droite.

En achevant le livre, je repensais au célèbre western L’homme qui tua Liberty Valance… C’est lui, c’est De Gaulle, dont la carrière politique repose sur le mensonge ; De Gaulle, le père fondateur d’un sous-régime, la Ve République, cinquième comme cette funeste colonne qui détruisit la France.

Comme le livre lui-même, qui parle finalement plus de De Gaulle que du gaullisme, puisque le gaullisme c’est De Gaulle, nous avons plus parlé de De Gaulle que du livre, ce qui prouve que l’ouvrage est une vraie réussite, tant il sait s’effacer devant son sujet.

 

Laurent Causte

 

 

Gérard Bedel, Le Gaullisme, maladie sénile de la droite, Chiré-en-Montreuil, Éd. de Chiré, 2018, 320 p., 23 €.


 

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 106

p. 201-202

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