+ L’Amitié de Jésus-Christ
QUEL DOMMAGE qu’en 1914, Dieu ait rappelé à lui si jeune (43 ans) ce fils du Primat anglican, converti à l’Église catholique en 1903 et ordonné prêtre en 1904 ! Dans son livre L’Amitié de Jésus-Christ, Robert Hugh Benson use d’un style profond et vivant pour exposer les plus belles vérités du catholicisme.
Signalons que les éditions « Le Laurier » (qui dépendent de l’Opus Dei) ont publié, en 2001, une traduction française qui ne comprend que sept chapitres sur quatorze.
Les chapitres font en moyenne quinze pages, d’un petit format et en gros caractères. Ils sont, de plus, divisés en deux ou trois parties. Voilà qui aide beaucoup ceux qui veulent méditer un quart d’heure par jour (sur les quatre-vingt-seize quarts d’heure que compte une journée), et prendre un peu de temps pour réfléchir aux mystères de la grâce chrétienne, ces mystères qui font le bonheur du chrétien du ciel et devraient faire, au moins en partie, le bonheur de celui qui est sur terre.
Notons d’emblée que le livre n’intéresse pas seulement l’âme chrétienne prise individuellement. Il est traversé d’un fort sens politique et social, car l’auteur sait que l’homme ne se sauve qu’en société (familiale, paroissiale, scolaire, communale, professionnelle, nationale), même si les âmes ne vont au ciel qu’une par une.
Nous vivons en des jours pleins de terreur et de menaces. L’Église régna une fois dans l’Europe ; elle fut acclamée comme « venant au nom du Seigneur » elle passa en faisant le bien, offrant et donnant la fontaine de vie, offrant et distribuant le pain de vie. Et maintenant, devant nos yeux elle suit sa voie douloureuse. Elle gravit la colline ; elle est suspendue à la croix… Le monde a triomphé, une fois de plus – il a triomphé comme il triomphe sur le Calvaire. Les hommes ne permettent plus à l’Église de les aider ; ils ne lui permettent même plus de s’aider elle-même. Ils l’ont clouée aux emblèmes du gouvernement séculier, lui ont enlevé sa gloire et l’ont raillée, disant qu’elle ne pouvait être le sauveur des autres puisqu’elle ne pouvait se sauver elle-même.
Quel espoir reste-t-il ? Comment des mains clouées pourront-elles bénir ? Comment des pieds attachés pourront-ils aller chercher ceux qui sont perdus ? Comment des lèvres meurtries et desséchées de désolation pourront-elles prêcher la bonne nouvelle de divine liberté ?
Mais, dans sa souffrance, elle peut encore crier pour elle-même. Elle peut ne point s’arrêter de pousser cris sur cris – en France, pour le droit d’étancher la soif qui sera sa mort si elle n’est pas satisfaite ; en Italie et au Portugal, pour le simple droit d’exister au milieu d’une société qu’elle a élevée et nourrie jusqu’à la maturité… [p. 194 et 195.]
Les quatre premiers chapitres traitent de l’amitié intérieure, en particulier dans les voies purgatives et illuminatives. On discerne que l’auteur parle de son expérience dans l’anglicanisme qui, à son époque, copiait tellement le catholicisme, que certains pouvaient se croire d’authentiques mystiques. Le converti leur répond :
Toute hérésie, toute secte qui a jamais porté atteinte à l’unité du Corps du Christ a d’abord pris naissance dans l’âme illuminée de quelqu’un de ses amis de choix. Pratiquement tous les grands hérésiarques ont joui d’un haut degré de science intérieure, sans quoi ils n’auraient pu séduire les simples amis de Jésus. Donc ce qui est absolument nécessaire pour que cette vie illuminative ne finisse pas dans la désunion et la mort, c’est que cet accroissement de vie intérieure et spirituelle soit doublé dans l’âme d’un accroissement de respect et de soumission envers cette voix extérieure par laquelle Dieu parle dans l’Église. Rien n’est, en effet, si difficile à discerner que les inspirations du Saint-Esprit d’avec nos aspirations ou imaginations personnelles. Il est presque impossible aux non-catholiques d’éviter cette exaltation du moi, cette confiance absolue dans l’expérience intérieure personnelle. C’est cela qui fait vivre le protestantisme, et cependant divise à l’infini ses énergies, car il ne reconnaît nulle voix extérieure capable de contrôler ses propres expériences. [p. 58-59.]
A partir du chapitre cinq, Mgr Benson aborde « une autre forme de l’amitié de Jésus, d’autres dons qu’il nous confère » (p. 63).
L’Eucharistie (chapitre cinq) est le premier de ces dons. A l’objectant qui note que « la dévotion explicite à l’habitant du Tabernacle s’est, nous le savons, développée relativement tard », le converti répond finement :
Par le fait, en cela comme en bien d’autres points, la vie eucharistique de Jésus offre avec sa vie naturelle sur la terre une ressemblance merveilleusement suggestive. Lui, la toute-puissance et la sagesse infinie, il « croissait en sagesse et en âge » (Lc 2, 52), c’est-à-dire qu’il manifestait graduellement les caractéristiques de la divinité, la vie et la science, ces propriétés de sa personne depuis le commencement. Lui qui travaillait dans la boutique du charpentier, il était cependant Dieu depuis le commencement. Ainsi en est-il de sa vie eucharistique. Ce sacrement, dont la doctrine actuellement définie a toujours été entièrement vraie, ce sacrement, dis-je, a graduellement développé sa propre expression et épanoui ce qu’il avait toujours été. [p. 65 et 66.]
L’Église est le deuxième don. La démonstration est facile au converti :
Voilà la seule conciliation possible entre ces deux faits : que, d’une part, Jésus habite l’âme et lui parle, que, d’autre part, il est extrêmement difficile à cette âme de reconnaître avec certitude, même en matière de vie ou de mort, si c’est la voix de Jésus qui parle ou si c’est quelque impulsion purement humaine ou même diabolique. D’après la doctrine catholique, il y a donc une autre présence de Jésus-Christ, à laquelle aussi l’âme peut être admise et à laquelle il a promis des garanties qu’il n’a jamais promises à l’individu. En un mot, il a promis sa présence sur la terre dans une société ou corps mystique. [p. 81.]
Le chapitre sept est une exaltation du prêtre en tant qu’alter Christus (autre Christ), donc ami des hommes. Mgr Benson qui a été prêtre uniquement sous le pontificat de saint Pie X, lance une pique aux modernistes :
Il est donc utile de remarquer ici que le prêtre, pour autant qu’il cherche à être original dans la substance de son message, est infidèle à sa mission. Jésus-Christ charge son ambassadeur, non d’inventer des traités de réconciliation, mais de transmettre le traité divin. On dit parfois que l’Église catholique est l’ennemie de la pensée, qu’au brillant explorateur des régions de la vérité elle n’offre aucun encouragement, mais plutôt le contraire, qu’elle impose silence à ses ministres ou les désavoue dès qu’ils commencent à parler d’eux-mêmes. Cela est absolument vrai en ce sens que l’Église ne croit pas que la révélation divine soit susceptible d’être perfectionnée même par la plus brillante intelligence humaine. Elle ne rebute pas ceux de ses ministres qui cherchent l’originalité dans la forme de leur message tant que le message n’est pas obscurci par cette originalité, elle n’impose pas silence à ceux qui exposent d’anciens dogmes dans un langage nouveau, mais elle repousse péremptoirement ceux qui, à la manière de quelques récents penseurs, cherchent à présenter de nouveaux dogmes sous le couvert d’anciennes expressions. [p. 94 et 95.]
Dans le chapitre huit qui présente l’amitié de Jésus-Christ dans les saints, l’auteur, parlant de sainte Marie, Mère de Dieu, précise : « Dans l’esprit catholique, la pensée de Marie est unie à la pensée de Jésus aussi inséparablement que le sont les deux natures en Jésus-Christ, car, après tout, une de ces deux natures est venue d’elle. » (p. 107).
Mgr Benson en profite pour réfuter les protestants et, par avance, l’Église conciliaire qui est gangrénée par eux :
Naturellement les critiques protestants nous disent que c’est là précisément que nous sommes dans l’erreur ; que, tandis que Jésus-Christ est venu pour appeler tous les hommes directement à lui, on a laissé Marie usurper sa place. Il est inutile de répondre, à cela du moins, car tout catholique sait parfaitement que le culte et l’honneur rendus à Marie lui sont rendus dans le seul but d’unir le fidèle au « fruit béni de ses entrailles » (Lc 1, 42), qu’elle nous présente dans chacune de ses images, soit comme l’enfant de joie, soit comme l’homme de douleur. Ceux qui doutent ou qui n’ont qu’une doctrine vague sur l’absolue divinité de Jésus-Christ sont les seuls qui puissent concevoir pour un chrétien intelligent la possibilité de confondre Jésus-Christ avec sa mère, ou de supposer la compétition même la plus éloignée entre le Créateur et la créature. Quant à la question de savoir si nous n’apprenons pas plus à connaître Jésus avec Marie que sans elle, c’est là précisément le sujet en discussion. [p. 107 et 108.]
Au sujet des saints, l’auteur montre avec bon sens que
des milliers d’âmes ont appris d’abord à connaître, puis à aimer Jésus-Christ, en voyant son intimité avec ses chers amis, leur sacrifice d’eux-mêmes pour l’amour de lui, la manière dont son image a été reproduite dans leurs vies, traduite des termes de son humanité sacrée dans les termes de leur humanité déchue. Car comment peut-on devenir l’ami des amis de Jésus sans chercher aussi cette divine amitié qui les a inspirés ? [p. 111-112.]
L’amitié de Jésus-Christ dans le pécheur est émouvante (chapitre 9). Pour Mgr Benson, elle constitue « un des suprêmes témoignages de sa divinité » (p. 119). Il ose affirmer : « Reconnaître Jésus-Christ dans le pécheur est la condition indispensable pour pouvoir aider le pécheur. » (p. 124). Mais comment faire ? L’auteur indique d’abord comment ne pas faire : « Nous avons une néfaste aptitude à nous cantonner dans notre religion personnelle, à laisser à eux-mêmes les pécheurs, à tirer le rideau, à faire de petites remarques méprisantes » (p. 125 et 126). Puis vient la solution :
Regardez le crucifix. Puis, tournez vos regards vers le pécheur. Tous deux sont en eux-mêmes rebutants et horribles aux yeux d’une perfection froide et athée ; tous deux sont aimables et désirables, car Jésus-Christ est en tous deux ; tous deux sont infiniment attirants, car en tous deux « celui qui ne connaissait pas le péché » a été fait péché (2 Co 5, 21). Car le crucifix et le pécheur ont cette ressemblance profonde, et non pas seulement superficielle, que tous deux sont ce que la propre volonté rebelle de l’homme a fait de l’image de Dieu, et doivent donc être l’objet de la plus humble dévotion de la part de tous ceux qui désirent voir cette image restaurée dans la gloire, de tous ceux qui prétendent même à la moindre sympathie pour celui qui non seulement est l’ami des pécheurs, mais a voulu s’identifier lui-même avec eux. [p. 126 et 127.]
Dans le chapitre 10 sur le prochain, l’auteur remarque finement que, lors du jugement dernier, les élus aussi bien que les damnés n’ont pas souvenir d’avoir donné ou refusé à manger, à boire, etc., au Sauveur qui se contente de leur répondre que, l’ayant fait ou pas fait au plus petit, c’est lui, Jésus-Christ, qui était visé. Pour Mgr Benson, cette ignorance des élus comme des damnés n’est pas véritable :
Car, c’est un fait d’expérience universelle que nous nous sentons vis-à-vis de notre prochain des liens naturels auxquels nous ne pouvons nous soustraire sans un sentiment de culpabilité morale. Il se peut que, par ignorance ou par un volontaire rejet de la lumière, un homme ne puisse comprendre la paternité de Dieu et les droits de Jésus-Christ, ou qu’il ne puisse y croire. Il se peut même que, de bonne foi, il se croie intellectuellement justifié en niant explicitement ces vérités. Mais, jamais aucun homme n’a vécu entièrement toute une vie égoïste, jamais aucun homme n’a délibérément refusé d’aimer son prochain et de reconnaître la fraternité humaine, sans être conscient, au moins à quelque moment, qu’il outrage ses plus nobles tendances. [p. 131-132.]
L’auteur donne deux moyens pour « vérifier constamment nos progrès par les résultats pratiques » (p. 137). D’abord,
il m’est de plus en plus facile d’adorer Jésus-Christ dans le tabernacle ; m’est-il aussi de plus en plus facile de servir Jésus-Christ dans mon prochain ? Car sans cela je ne fais aucun vrai progrès. C’est-à-dire que je n’avance pas sur toute la ligne : j’avance sur un point aux dépens du reste ; je ne développe pas mon amitié avec Jésus-Christ, mais plutôt ma propre conception de son amitié – ce qui est chose totalement différente. Je tombe dans le plus fatal de tous les pièges intérieurs. [p. 137 et 138.]
Ensuite,
à mesure que, par la connaissance de moi-même, je pénètre de plus en plus jusqu’aux profondeurs de mon âme, apprenant de nouveau, à chaque découverte, combien l’amour-propre la pénètre toute, combien elle a peu de zèle pour la gloire de Dieu et quelle grande diligence à rechercher sa propre gloire, combien ses meilleures actions sont empoisonnées par les pires motifs – et que cependant Jésus-Christ condescend encore à en faire son tabernacle et à luire dans un cœur aussi sombre que le mien –, il me devient plus facile de comprendre qu’il peut encore plus aisément demeurer caché sous l’extérieur de mon prochain, que je trouve si antipathique, mais dont je ne puis connaître l’indignité aussi sûrement que je connais la mienne. [ p. 139.]
Enfin, l’amitié de Jésus dans celui qui souffre est son septième don. Mgr Benson est profondément humain quand il parle de la douleur :
Il faut d’abord remarquer que si l’intelligence n’arrive point à analyser ce grand problème, la meilleure raison en est qu’elle n’est pas faite pour cela. Il serait aussi fou d’essayer de mettre sous un microscope l’amour d’une mère ou de sonder l’univers au télescope dans l’espoir d’y trouver Dieu. Car la douleur est un fait universel et capital, qui ne doit être analysé que par l’homme tout entier, par son cœur, sa volonté, son expérience, aussi bien que par sa tête. A strictement parler, l’intelligence n’est adéquate qu’aux seules sciences exactes, c’est-à-dire aux abstractions intellectuelles que nous tirons du domaine des faits concrets. Je peux bien additionner infailliblement deux et deux, parce que « deux et deux » est une abstraction que mon intelligence emprunte au monde qui m’entoure. Mais ce que je ne puis pas, c’est placer deux personnes à côté l’une de l’autre et calculer exactement l’effet qui serait censé en résulter pour leur vie ultérieure ou, si l’on veut, pour moi-même. Si le problème de la douleur doit être résolu, il doit l’être par l’homme tout entier, et non pas seulement par l’une de ses facultés. [p. 145 et 146.]
Allons directement à la réponse chrétienne envers celui qui souffre :
Ces affligés sont donc une extension de lui-même [Jésus] sur la croix, aussi bien que les prêtres sont ses agents. Ce qu’il a fait sur le calvaire, cette mystérieuse expiation, dont l’humanité unie à Dieu fut la victime, est reproduite, comme nous l’avons vu, dans le saint sacrifice de la messe. Et maintenant nous voyons comment une fois de plus, bien que d’une tout autre manière, Jésus offre ce même sacrifice sous les espèces du sang et des larmes de ceux qui lui sont unis. « Ce qui manque aux souffrances du Christ, je l’achève », dit saint Paul (Col 1, 24). Celui qui souffre peut dire : « J’achève en ma propre humanité cette expiation qu’il a offerte en la sienne. Je suis le ministre de Jésus-Christ comme l’est son prêtre en un sens, son saint en un autre et son Église tout entière en troisième. Que celui qui souffre soit, oui ou non, conscient de ce qu’il fait, cela ne change rien à la chose, car c’est en vertu de l’humanité commune à lui-même et à Jésus-Christ que sa souffrance a de la valeur. Le prêtre à l’autel peut être infidèle ou en proie à de violentes distractions, cependant il consacre le corps du Seigneur ; de même, le fiévreux peut se révolter et se répandre en plaintes amères, c’est cependant le patient Jésus qui souffre en lui. [p. 148 et 149.]
Bien sûr, l’idéal est que « cette âme affligée, voyant Jésus au-dedans d’elle-même, aspire à joindre sa douleur à la sienne ou plutôt à offrir sa douleur comme l’instrument de son expiation, car Jésus seul peut porter les péchés du monde ! » (p. 150).
Mgr Benson prolonge ces onze chapitres par une méditation profonde de cinquante-trois pages sur « Les sept paroles de Jésus-Christ, notre ami crucifié ». Ces sept méditations, qui peuvent servir pour le chemin de croix par exemple, sont elles-mêmes divisées en deux ou trois parties. Glanons quelques perles :
La douleur est un magicien étrange, quand la grâce l’accompagne ; elle est un initiateur à certains secrets, un grand prêtre qui manie et dispense des mystères inconnus à ceux qui n’ont pas souffert.
Toujours savons-nous qu’enfin le larron parla – par un plus grand miracle que l’âne de Balaam ! Un assassin reconnut le Maître de la vie, un menteur proclama la vérité, un révolté se soumit au roi. « Seigneur souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume. » [p. 166 et 167.]
A propos de la charité fraternelle à laquelle, à juste titre, Mgr Benson tient tant :
Sans cesse, et la chose est effrayante, on voit ceux qui prétendent jouir de la plus intime amitié de Dieu, se distinguer par l’égoïsme et le manque de charité envers leur prochain. Souvent aussi et plus que les autres, ceux qui vivent ce qu’on nomme des vies « incomprises » osent alléguer leur « règlement de vie » ou les exigences de leur piété, comme des arguments pour n’avoir pas le temps ni la force d’être bons pour leurs serviteurs ou leurs connaissances. « Elle est à ses prières, il ne faut donc pas la déranger. Il se prépare aux sacrements, il est donc naturel qu’il soit un peu maussade ou préoccupé. »
Rentrez donc et finissez-en, une fois pour toutes, avec cette sotte querelle : rentrez et excusez-vous simplement et sincèrement de vos torts dans cette discussion où l’autre fut peut-être même plus blâmable que vous. Il est intolérable que les amis de Jésus Crucifié – que même ceux qui aspirent à être ses amis – puissent croire admissible d’être en paix avec Dieu, s’ils ne sont en paix avec femme, mari ou parents. [p. 179.]
Voici encore une définition de la religion, la vraie, l’unique :
La religion n’est pas un des domaines de notre vie – cela serait de la religiosité –, mais la religion, c’est ce qui pénètre tous les domaines, le tissu sur lequel doivent être brodés tous les projets, ou d’art, ou de littérature, ou d’intérêt privé, ou de récréation, ou d’affaires, ou d’amour humain. Autre chose n’est pas la religion telle qu’elle doit être. [p. 187.]
Le « Consummatum est » a droit in fine au commentaire suivant :
Jésus-Christ a-t-il achevé son œuvre seulement pour que la société ne dégénère pas davantage ?… Que Dieu nous prenne en pitié ! Quand nous examinons ce qu’on appelle aujourd’hui la société chrétienne, il semble que Jésus-Christ n’ait même pas commencé encore.
Cependant, un abondant fleuve de grâce coule du calvaire, et c’est le fleuve qui devrait réjouir la cité de Dieu. C’est là cet immense réservoir de grâce, jaillissant dans chacun des sacrements, pénétrant le terrain où nous marchons, rafraîchissant l’air que nous respirons. Et nous, dans l’odieux de notre fausse humilité, nous parlons encore comme si la perfection était un rêve, et la sainteté, le privilège de ceux qui voient Dieu dans la gloire.
Au nom de Jésus-Christ, commençons. Car Jésus-Christ a achevé. [p. 203 et 204.]
Le dernier chapitre du livre, le treizième, intitulé « Pâques, Jésus-Christ, notre ami justifié », met en scène sainte Marie-Madeleine dans les trois grands moments de sa vie, « moments tels que leur impressionnante émotion ne peut être dépassée », selon Mgr Benson (p. 216). Et l’auteur, en neuf pages, communique cette émotion au lecteur attentif.
Remercions le traducteur et l’éditeur d’avoir fait connaître cet excellent petit livre de vraie spiritualité chrétienne qui n’a rien de mièvre, mais suscite la réflexion, la passion, et même la conversion à notre seul vrai ami, Jésus-Christ.
Frère Innocent-Marie O.P.
Robert Hugh Benson, L’Amitié de Jésus-Christ, Paris, Éditions de l’Homme nouveau, 2011, 233 p., 13 €.

