Notes de direction
par le cardinal Raphaël Merry del Val, secrétaire d’État de saint Pie X
Préface
LE PÈRE LACORDAIRE nous a rapporté la confidence qu’il reçut un jour de Mgr de Quélen, l’archevêque de Paris : « On nous envie beaucoup, quand on nous regarde dans ces beaux appartements, mais on ne sait pas tout ce qu’on quitte pour devenir évêque. C’est le commerce des âmes qui est la vraie, qui est la seule consolation du prêtre : on en trouve de si belles ! »
Si le cardinal Merry del Val a connu ce propos, il y a reconnu sans aucun doute l’expression de ses propres sentiments, comme peut le faire maint prélat dont le public, qui ne connaît que son activité officielle, est bien loin de soupçonner le fécond apostolat caché.
Quand il fut élevé au cardinalat et, presque aussitôt après, chargé des importantes et écrasantes fonctions de secrétaire d’État, le cardinal Merry del Val dut renoncer au confessionnal ; mais il continua à se dépenser pour les âmes autant qu’il le pouvait, à donner des conseils de vive voix ou par correspondance, à diriger qui lui demandait de ne pas l’abandonner et lui semblait avoir besoin de son aide.
L’une des personnes qui fut dirigée par lui pendant plus de trente ans, comprenant la grâce dont elle était la bénéficiaire, garda avec grand soin toutes les lettres qu’elle reçut de son directeur, nota exactement, dès sa première confession, toutes les paroles qu’il prononça, comme celles qu’il lui adressa au cours des audiences qu’il lui accorda par la suite. Ayant beaucoup de mémoire, elle peut affirmer que tout ce qu’on trouvera dans ce volume, où paraît ce qui n’est pas trop exclusivement personnel, rend avec exactitude et fidélité la pensée même du cardinal.
Celui-ci se trouve en présence d’une âme de bonne volonté, qui cherche Dieu, qui le cherche sincèrement, mais qui, comme tant d’autres, regardant sa misère, se prend à manquer de confiance, se laisse envahir par la crainte, retombe sur elle-même ou renonce à lutter contre les difficultés qu’elle rencontre. Elle sait, d’autre part, qu’elle doit se vaincre ; elle entend le faire et, comme il arrive souvent en pareille circonstance, elle s’embarrasse dans des conceptions trop humaines, et les efforts inutiles qu’elle fait la fatiguent.
Elle a besoin d’un règlement ; elle le sait, son directeur le lui a dit et il lui en impose un : c’est un secours qui lui est offert pour qu’elle marche, sans s’égarer, sur le chemin où elle rencontrera la volonté de Dieu que nous indiquent les mille petits devoirs quotidiens de la vie ordinaire, pour lui en faciliter l’accomplissement souvent ennuyeux. Se présente-t-il quelque événement imprévu, auquel elle n’aurait qu’à se soumettre pour faire la volonté de Dieu : si cette soumission l’oblige à donner une légère entorse à son règlement, elle ne sait plus où est son devoir et elle se trouble. Le cardinal la rassure ; il lui montre de nouveau le chemin à suivre, avec autant de fermeté que de patience, de bon sens naturel que de prudence surnaturelle.
A la suite du Maître, il lui répète, sans se lasser, les conseils les plus simples, mais qui nous déroutent par leur simplicité même ; il la remet sur la seule voie qui conduise à la perfection les enfants de Dieu, que leur vocation les appelle loin du monde ou qu’ils soient destinés à vivre plus près de lui : l’oubli de soi, l’acceptation de la croix, l’imitation de Jésus-Christ et l’union avec lui.
Qu’elle s’oublie, qu’elle se renonce, qu’elle se purifie, il l’y encourage ; mais il la garde en même temps contre cette tendance, trop fréquente chez ceux qui la pratiquent, de prendre la pénitence pour une fin et non point pour un simple moyen, et il lui rappelle que la moindre des croix involontaires acceptée généreusement est d’un prix bien plus excellent et permet de donner à Dieu une plus grande preuve d’amour.
Mais il arrive qu’une âme délicate – et c’est ici le cas – n’ose pas s’ouvrir à cet amour, ne sachant comment unir en son cœur ce sentiment avec la crainte que lui inspire la vue de la sainteté divine et de sa propre misère.
Il l’exhorte donc à la confiance envers le Seigneur de toute miséricorde qui l’aime plus qu’elle ne sait le faire elle-même, comme un ami, comme un père, comme une mère, mais à qui l’on ne saurait faire de plus cruelle blessure que de manquer d’abandon avec lui ; il la ramène sans cesse à la pensée de cette Toute-Puissance trouvant mille moyens, qui nous sont inconnus, d’exercer sa miséricorde à l’égard de ses créatures, et l’engage à espérer contre toute espérance.
Il l’entraîne ainsi auprès du Christ, l’assurant qu’elle est tout près de son divin Cœur, dans lequel elle puisera la force de l’imiter et de s’unir à lui, comme l’ont fait les saints dont elle doit demander l’intercession et suivre les exemples.
En notre temps, où tout se fait souvent si sombre, où la vie est angoissante même pour ceux qu’on a coutume de nommer les heureux de ce monde, et où l’on voit tant d’entre eux chercher dans le confort et le plaisir l’oubli de leurs inquiétudes, il est réconfortant d’entendre ces leçons de sagesse tombées de si haut, et nous devons chaudement en remercier celle dont la générosité nous a permis de le faire.
M.-S. Gillet, O. P., Maître général des Frères Prêcheurs
Règlement de vie
LE CARDINAL me dit au début de sa direction : « Prenez une règle de vie et soyez-y fidèle comme une religieuse l’est à sa règle ».
Vous savez la ligne de conduite qui vous a été tracée, vous savez par quel chemin vous devez marcher ; suivez-le et vous trouverez Jésus.
Visons haut.
Qu’il n’y ait en vous rien de petit, de mesuré envers Dieu ; mais que votre cœur soit élargi et dilaté par l’amour et l’abandon entier à Jésus.
Vivez dans le présent et non pas dans l’avenir.
Pour plaire à Dieu et obtenir les grâces, il faut accomplir nos devoirs.
Ne faites pas légèrement des promesses qu’ensuite vous ne pouvez pas tenir, car le démon se glisse dans ces choses pour faire perdre la paix. Tout ce qui vient de lui trouble et enlève la paix.
Lorsque nous avons fait à Dieu des promesses que nous savons être sa volonté et qu’il a acceptées, il faut y demeurer fidèle, sans hésiter, même si un ange nous parlait autrement.
Ayez autant que possible un temps fixe et déterminé pour vos exercices de piété et ne changez pas par caprice, tout en supportant avec patience les circonstances indépendantes de votre volonté qui viennent entraver vos habitudes. Remettez à plus tard.
Toute règle que je vous donnerais devrait céder aux exigences prévues ou imprévues de votre vie de famille. Il vous faut un peu adapter vos pratiques de piété aux circonstances où vous vous trouvez. Votre genre de vie ne peut nécessairement pas avoir une très grande uniformité dans la forme : ce qui importe surtout, c’est que le fond ne change jamais.
Souvenez-vous que les circonstances qui ne sont pas de votre création, sont les messagères du bon Dieu : elles viennent vous dire mille fois le jour les différentes manières de lui montrer un peu votre amour. Vous ne vous plaindriez pas, je pense, si votre ange gardien faisait entendre sa voix d’une façon humaine et vous disait tantôt : « Viens ici », « Fais cela », tantôt : « Change tout ; ce n’est plus cela, le Maître veut autre chose. »
Eh bien ! entendez cette voix dans les circonstances de chaque heure, quand elles ne dépendent pas de vous et que vous n’êtes pas libre de les modifier. Quand, au contraire, vous pouvez les régler, oh ! alors, hâtez-vous à reprendre énergiquement votre ligne de conduite uniforme ; retournez, sans perdre un instant, à ce que vous vous étiez prescrit, et que tout rentre dans l’ordre ; mais, lorsque tout est bouleversé à l’improviste et malgré vous, ayez ce que je voudrais appeler « une grande élasticité » et, sans rien faire paraître, allez au-devant des circonstances en emportant le bon Dieu avec vous. Si, au lieu d’une prière ou d’une pratique de piété, il vous faut faire autre chose d’ordre mondain ou profane, faites-le pour Dieu. Vous demanderez à Dieu de sanctifier ce qui n’est pas saint en soi, et soyez en paix, car vous vous montrerez une servante fidèle.
Il vous faut comprendre et accepter comme principe arrêté que toute indisposition ou maladie chez vous est une manifestation évidente de la volonté de Dieu, meilleure que toute autre direction, et qui vous indique, tant qu’elle dure, la manière précise dans laquelle vous devez le servir et l’aimer. Quand vous êtes indisposée, toute obligation, ou promesse, ou pratique acceptée, reste en suspens. Vous ne devez pas vous croire obligée alors à quoi que ce soit. Le bon Dieu se charge lui-même de vous indiquer l’œuvre qu’il daigne accepter de votre part, à savoir l’indisposition ou la maladie que vous êtes appelée à supporter avec patience et dont vous devez chercher à vous guérir par tous les moyens que Notre-Seigneur met à votre portée. La patience et la soumission à sa volonté et l’usage des moyens qu’il vous donne pour guérir, tout cela est bien plus parfait, alors, que toute autre pratique ou résolution que vous avez pu prendre en d’autres circonstances. Cette promptitude à changer votre manière d’agir selon les indications de la volonté divine est un acte de vertu solide et une preuve que vous préférez sa volonté à la vôtre.
Omettre certaines pratiques de piété lorsque cela est utile à la santé est alors plus parfait que de les accomplir, car c’est suivre la volonté de Dieu qui se manifeste par l’impossibilité où il nous met, dans ce moment, de suivre avec prudence notre désir de la manière que nous aurions préférée.
Les soins qu’exige la santé sont une frontière indiquée par Dieu même et qu’il ne faut pas franchir.
Vous me dites que vous avez le sentiment de ramer à contre-courant, mais n’est-ce pas là un signe que vous êtes sur le bon chemin ? Si vous ne ressentiez pas de résistance et marchiez avec le courant, il y aurait beaucoup à craindre. La vertu est toujours à contre-courant. « Vous feriez peu de cas de l’effort si vous pensiez que cela serve à quelque chose. » Mais vous pouvez non seulement l’espérer, vous pouvez en avoir la certitude. L’effort en lui-même est déjà un succès, pourvu qu’il soit généreux et persévérant. Le succès véritable ne vous appartient pas. Laissez cela au bon Dieu. Rien ne sera oublié : en temps et lieu, il vous fera voir le résultat de chaque soupir, de chaque action. Votre récompense, pour le moment, doit être de savoir que vous faites ses volontés.
Oui, pendant votre absence, je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous alliez moins souvent vous confesser tout en continuant vos communions. Vous ferez bien aussi de donner un peu de temps au travail pour les pauvres, surtout quand vous êtes avec d’autres. Cela vous servira de remorque et vous aidera à éviter les petites chutes.
Gardez une certaine indépendance et ne négligez pas, par respect humain, d’accomplir vos pratiques de piété.
N’agissons jamais en vue de plaire au monde. Ayons le courage de supporter les critiques, la désapprobation du monde ; n’ayons pas de respect humain ; pourvu que Dieu soit content, qu’importe le reste ?
Il ne faut pas faire le bien pour le motif de gagner l’estime du monde ; mais aussi on ne doit pas éviter d’accomplir une bonne œuvre par crainte d’être remarqué. Agissez avec simplicité et indifférence, pour Dieu seul, sous son regard, sans vous préoccuper d’autre chose.
Vous ne devez pas cesser de faire une bonne œuvre par crainte des pensées de vaine gloire qui peuvent survenir : c’est une tentation qu’il faut repousser. Formez au commencement de vos actions une intention d’offrande à Notre-Seigneur et ainsi, vous vous garderez bien de finir pour Satan une action commencée pour Jésus. L’intention du commencement suffit, à moins d’une autre intention formelle qui viendrait ensuite enlever ce qui a déjà été offert à Notre-Seigneur.
Il ne faut pas prendre pour règle de choisir toujours ce qui nous répugne davantage ; qu’une chose nous plaise ou ne nous plaise pas, n’a pas d’importance en soi : ce qui est nécessaire, c’est de savoir où est la volonté de Dieu, sa gloire, le devoir, et par là, nous décider.
Entre deux devoirs et deux droits, il faut choisir celui qui est le plus conforme à la volonté de Dieu.
Soumission à la volonté de Dieu
VOUS M’AVEZ parfaitement compris en ne faisant qu’une simple promesse, mais tâchez d’obtenir la force de vous mettre entièrement entre les mains du bon Dieu et de désirer, avant tout, l’accomplissement de sa volonté quel que soit le sacrifice qu’il pourrait demander à votre générosité. « Vouloir tout ce que Dieu fait, faire tout ce que Dieu veut », voilà ce qui peut vous rapprocher du cœur de Notre-Seigneur, et ce qui doit être votre devise dans les grandes et dans les petites choses. Oh oui ! soyez reconnaissante envers lui, et montrez-lui une confiance sans bornes. Songez qu’il vous aime d’un amour dont vous ne pouvez comprendre toutes les tendresses, qu’il aime votre sœur et votre mère bien plus que vous ne pouvez les aimer. Priez sans cesse, car il veut nous faire arriver ses grâces par l’entremise de notre pauvreté. Mais quand nous avons prié, beaucoup prié, laissons là nos désirs, nos craintes, nos peines.
Il sait mieux que nous ce qui convient, et il nous faut nous asseoir à ses pieds, et nous réjouir s’il daigne venir nous montrer que nous nous sommes trompés, et faire servir ces efforts et ces prières de notre faiblesse à quelque chose de plus grand encore. Courage ! — A quoi bon prier ? — Pour donner à Dieu ce que son amour exige de nous, pour en faire la base de ses bienfaits et d’une couronne éternelle.
N’oublions pas non plus que la prière n’est pas seulement un devoir, mais une nécessité, mais un acte de vertu, et, qu’elle soit exaucée ou non de la manière que nous souhaitons, elle reste et restera toujours un acte de vertu qui sera un jour la source de notre bonheur.
Notre patrie n’est pas de ce monde : après quelques années passées ici-bas, nous devons quitter cette terre pour suivre Notre-Seigneur, si nous lui avons été fidèles.
Quelle folie, quelle erreur de s’attacher aux choses d’ici-bas en dehors de la volonté de Dieu et de manière à l’offenser, faisant ainsi servir d’obstacle ce qu’il nous donne pour être un moyen de parvenir à la vie éternelle !
La vie ici-bas n’est pas la vraie vie. La mort ne la fait pas cesser, mais elle est la vraie porte qui s’ouvre à la vie éternelle. L’amour de Dieu veut pour nous la vie, qui est le bonheur en lui. Il veut nous sauver de l’enfer, qui est la vraie mort.
Voyez Notre-Seigneur dans tous les événements de la vie ; dans chaque chose, voyez une disposition de sa volonté, de sa tendresse, et alors vous serez toujours en paix.
Il faut accepter, avec promptitude et une entière soumission, les dispositions de la Providence, voyant en tout la volonté de Dieu. Il sait mieux que nous ce qui est pour notre bien, et changera en une grâce plus grande encore celle dont il semble nous priver.
Faites votre possible, et laissez le reste à Dieu. Il ne vous demande pas la réussite, mais la bonne volonté.
Prenez, jour par jour, heure par heure, ce que le bon Dieu vous réserve et vous donne comme matériel de vos sacrifices et de votre mérite. Ne cherchez pas à avoir autre chose que ce que Notre-Seigneur vous donne, et donnez-lui votre volonté : c’est le secret de la sainteté, et une source de joie et de paix divine.
S’efforcer d’avoir une grande pureté de conscience, éviter toute faute volontaire, car alors nous pourrons mieux entendre la voix de Dieu, correspondre à ses grâces.
Priez, demandez les grâces que vous voudrez, mais formez, jour par jour, la résolution de vous abandonner à la volonté de Dieu, à sa conduite, avec une grande confiance dans son amour pour vous.
Laissez agir le bon Dieu, n’anticipez pas sur les événements, ne vous préoccupez pas avec agitation de ce qui peut vous arriver. Laissez tout à Dieu. Vous n’avez qu’à vous soumettre et à obéir.
Mais aussi il ne faut pas s’attendre à avoir une intervention du ciel pour nous faire connaître en tout la volonté de Dieu. Il la manifeste parfois par les circonstances les plus ordinaires de chaque jour ; il faut alors le reconnaître, le voir dans les événements permis par lui et qui sont en-dehors de votre volonté, et être docile à suivre ainsi, en tout, le divin vouloir.
Lorsqu’une action a été commencée pour Dieu, en vue de lui plaire, ne pas se troubler si ensuite la crainte vient d’un retour sur soi-même, d’un motif humain. Laisser tomber ces peines, les mépriser ; l’intention première, qui a eu Dieu pour objet, suffit.
Il faut servir Dieu par amour et non pas par crainte. Notre-Seigneur, en apparaissant à ses Apôtres, leur donna la paix, et lorsqu’il les quitta, c’est encore la paix qu’il leur laissa.
L’amour de Dieu doit être dans notre volonté, non pas dans le sentiment seul. Les sentiments que notre cœur éprouve ne dépendent pas de notre volonté. Ce qui est nécessaire est de préférer Dieu à tout le reste, d’être prêt à tout sacrifier, plutôt que de consentir au péché, cela est la disposition de la volonté que nous devons avoir.
Dieu n’a pas voulu nous forcer à l’amour. Il veut le libre don de notre amour. Nous devons à Dieu la première place dans notre cœur, c’est la seule qui puisse lui convenir ; nous ne devons jamais permettre que rien lui soit préféré, ni même égalé. Ne souffrons jamais aucune idole dans le sanctuaire de notre cœur et si, en faisant un retour sur nous, nous voyons qu’il y a quelque chose que nous préférons à Dieu, oh ! détruisons tout ce qui nous sépare de lui, brisons les idoles qui nous séparent de lui.
La volonté est comme un rocher au milieu de la mer. Les vagues peuvent l ’atteindre, les flots le submerger, mais il est là toujours inébranlable, et la mer, se retirant après l’orage, le laisse intact. Telle, notre volonté peut rester ferme, malgré tout ce que nous pouvons ressentir.
Les pensées qui sont comme une impulsion de la crainte, ne sont pas des péchés. Il faut un acte libre de la volonté pour commettre un péché. Il y a péché lorsqu’on repousse Dieu, lui préférant volontairement quelque chose.
Lorsque nous avons une décision à prendre, et que nous n’avons pas la possibilité de demander conseil, prions d’abord, demandons à Dieu ses lumières, réfléchissons, attendons, mettons-nous dans l’équilibre, pensons à ce que nous voudrions avoir fait au moment de la mort, et seulement alors, décidons-nous.
Nul ne se perd que par sa propre faute. La grâce de Dieu ne saurait nous manquer pour nous sauver.
Cherchez la présence de Dieu dans l’accomplissement de vos devoirs. Laissez-le disposer de vous selon sa volonté.
Ayez confiance. Dieu arrangera tout pour le mieux. Nous ne voyons qu’une seule page du grand Livre qu’il écrit pour nous. Il sait tout. Il peut tout. Il vous aime. Fiat.
Vous devriez vivre dans une paix constante, car Notre-Seigneur est là et cela suffit. Laissez-le vous parler et vous guider, mais n’écoutez pas le fracas de vos craintes qui étouffent sa voix et ne soulevez pas cette poussière fantastique qui obscurcit ses lumières. Bon courage !
Il faut laisser faire Dieu, ne pas vouloir agir trop par vous-même, car alors, vous ne pouvez pas sentir l’effet de la grâce que Dieu vous donne, voulant tout faire par vous-même. Ceci est tout aussi important, peut-être même plus important, que les efforts que vous voulez faire pour vous vaincre au sujet de la difficulté particulière de ce moment.
Tout est dans la volonté et non pas dans le sentiment ; la volonté peut rester ferme et inébranlable malgré tout ce que l’on peut ressentir.
Ne vous étonnez pas de ressentir en vous-même une opposition, des répugnances : c’est la lutte entre la nature et la grâce, elle est inévitable, et s’il n’y avait pas d’effort, il n’y aurait pas de mérite : pourvu que la grâce triomphe toujours, tout est pour le mieux.
Il faut vous habituer à ce que votre âme soit un champ de bataille, où nous devons lutter et vaincre pour l’amour de Notre-Seigneur.
Ne vous arrêtez pas aux pensées qui vous découragent : dans vos lectures, sautez, par obéissance, celles qui affaiblissent votre espérance.
Laissez la grâce agir dans votre âme. Ce n’est pas vous qui devez agir, mais Notre-Seigneur en vous.
Il faut ouvrir les fenêtres. Dilatez votre cœur avec la liberté des enfants de Dieu. Il faut avoir une conscience large et dilatée, non pas serrée et étroite. Ayez une confiance sans bornes dans le Cœur de Jésus.
Donnez à Notre-Seigneur une large part dans votre cœur, donnez-lui votre cœur tout entier par un complet abandon. Ne soyez pas de ceux qui ne veulent pas le recevoir, disant qu’il n’y a pas de place pour lui.
Il faut avoir une conscience délicate, mais se garder des scrupules. Le scrupule consiste à voir le péché où il n’est pas. Là surtout, il n’y a de sûreté que dans l’obéissance.
Vous devez être détachée de tout ce qui n’est pas Dieu, acceptant en tout son bon plaisir, sans vous troubler, sans chercher des satisfactions dans les créatures.
Nous ne devons jamais nous laisser émouvoir par quoi que ce soit, même de très parfait, mais qui est en opposition avec la volonté reconnue de Dieu pour nous, individuellement.
Lorsque le bon Dieu demande des sacrifices, il le fait avec douceur, et les inspirations qui viennent de lui ne troublent pas.
Ce n’est pas l’Esprit de Dieu qui agite. Le Saint-Esprit donne la paix.
Jésus donne la paix, Satan le trouble. Lorsque Dieu nous appelle, il nous donne la sécurité de son aide.
Gardez-vous des scrupules, mais ayez de la vigilance.
Ayez plus de calme dans les tentations ; distrayez-vous ; laissez tomber. Il ne peut y avoir de péché là où il y a de la douleur.
Ne vous tourmentez pas pour les pensées passagères : ce sont comme des fantômes qu’il faut mépriser.
Pendant des jours de souffrance, il peut arriver que vous soyez assaillie par toutes sortes de pensées et d’impressions. Vous devez les regarder comme des vagues qui passent, vous tenir tranquille. Laissez cela passer, et vous verrez que ce n’était rien, que cela ne laisse pas de traces et que cela ne vous a rien fait perdre.
Dieu donne toujours la grâce nécessaire pour le salut. Il donne souvent une surabondance de grâces, et aussi parfois il comble l’âme de manière qu’elle est contrainte, comme par force, vers lui. Cependant on ne peut compter sur ces grâces spéciales qui sont des dons gratuits de Dieu et qui sont des exceptions. Ce qui est positif est la grâce nécessaire au salut avec la coopération de notre volonté.
De tout ce qui vous trouble, rien ne vient de Dieu.
Repoussez avec énergie les pensées d’orgueil, de vaine gloire ; accordez-leur aussi peu d’attention qu’au bruit de la rue. Tout ce qui trouble vient du démon.
Luttez contre toutes les pensées qui vous agitent, comme on lutte contre un vent impétueux, sans leur donner plus d’importance que cela.
Déposez vos peines au pied du Tabernacle, et, au lieu de vous troubler et de vous plaindre, vous devriez vous réjouir de tout ce qui s’accomplit, car c’est par la permission et la volonté du cœur d’un Dieu.
Laissez-vous conduire doucement par la grâce ; abandonnez-vous à la conduite de Dieu, vous reposant en lui de la conduite journalière de votre vie, sans faire vous-même tant d’efforts pour agir de votre propre initiative.
Priez pour demander à Dieu qu’il vous accorde la sainte indifférence, la grâce de connaître la volonté de Dieu, et de l’accomplir. La mesure de notre indifférence est la mesure de notre confiance.
Dans vos craintes et lorsque vous prévoyez des peines, dites tout de suite : « Très bien, j’accepte. »
L’offrande formulée par l’Apostolat de la Prière contient, il me semble, toute offrande agréable à Notre-Seigneur : elle exprime une parfaite union de notre volonté à la volonté divine, et c’est ce qu’il faut chercher à atteindre dans toute la mesure de nos forces.
Voici la formule de cette offrande :
Seigneur Jésus, en union avec la divine intention avec laquelle vous avez vous-même, sur la terre, rendu louange à Dieu par votre très sacré Cœur et la lui rendez maintenant sans interruption, jusqu’à la consommation des siècles, par tout l’univers, dans le sacrement de l’eucharistie ; moi, pendant ce jour tout entier, sans en excepter la moindre partie, à l’imitation du très saint Cœur de l’Immaculée Vierge Marie, je vous offre avec joie toutes mes intentions et mes désirs, toutes mes œuvres et mes paroles.
Litanies de l’humilité
(Composées par le cardinal Merry del Val)
V⁄. Ô Jésus, doux et humble de cœur,
R⁄. Rendez mon cœur semblable au vôtre.
Du désir d’être estimé, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être affectionné,
Du désir d’être recherché,
Du désir d’être honoré,
Du désir d’être loué,
Du désir d’être préféré,
Du désir d’être consulté,
Du désir d’être approuvé,
Du désir d’être compris,
Du désir d’être visité,
De la crainte d’être humilié,
De la crainte d’être méprisé,
De la crainte d’être rebuté,
De la crainte d’être calomnié,
De la crainte d’être oublié,
De la crainte d’être raillé,
De la crainte d’être soupçonné,
De la crainte d’être injurié,
De la crainte d’être abandonné,
De la crainte d’être refusé,
Que d’autres soient plus aimés que moi, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient plus estimés que moi,
Que d’autres grandissent dans l’opinion et que je diminue,
Que d’autres soient loués et que je sois oublié,
Que d’autres soient employés et que je sois mis de côté,
Que d’autres soient préférés en tout,
Que d’autres soient plus saints que moi, pourvu que je le sois autant que je puis l’être, accordez-moi, Seigneur, de le désirer.
Informations
L'auteur
Secrétaire d'État du pape saint Pie X, le cardinal Rafael Merry del Val y Zulueta Wilcox (1865-1930) fut aussi son émule en piété.
Le numéro

p. 144-154
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