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Des évêques conciliairesdans les écoles de la Tradition

 

Deux évènements récents semblent marquer une étape nouvelle dans le processus de rapprochement entre l’Église conciliaire et la Fraternité Saint-Pie X [1].

 

Le premier évènement est une visite officielle de Mgr Egan, évêque de Portsmouth, à l’école Saint-Michael de la Fraternité Saint-Pie X (en Angleterre).

Mgr Egan a été invité par le directeur à visiter l’école le 8 mars 2019. Au cours de la visite, il a dirigé la prière du chapelet des enfants dans la chapelle. Les sœurs oblates [2] de l’école ont refusé de participer à cette prière.

Après la visite de Mgr Egan, le directeur a dit aux enfants que l’évêque de Portsmouth était un homme de bonne volonté, qu’il n’était pas méchant.

Il est possible que, comme personne privée, cet évêque soit « brave », mais il fait bien partie du système qu’on dénomme Église conciliaire.

Par exemple, il a rendu visite à la mosquée de Southampton le 5 juin 2017 pour se joindre à la prière du vendredi. Voici quelques extraits de son discours :

Au nom de tous les chrétiens catholiques de cette région, je vous offre aujourd’hui nos salutations et nos prières les plus sincères pour un joyeux ramadan. Ramadan Mubarak ! Ce matin à Rome, le pape François, notre pape, vient d’en­voyer un message spécial à tous nos amis musulmans du monde entier, afin de vous assurer de nos prières durant cette période de jeûne, de prière et de charité. […] Les musulmans et les catholiques croient que la Terre est sainte ; elle appartient à Dieu. C’est son œuvre et nous devons donc la traiter avec respect. Prions donc pour que la crise écologique à laquelle l’humanité est confrontée appelle tous les peuples du monde à une conversion intérieure profonde et à un soin renouvelé de la Terre, notre foyer commun. […] La Grande-Bretagne est une société très laïque. Pourtant, vous et moi, musulmans et chrétiens, nous sommes des gens de religion, de foi et de spiritualité. Nous croyons en Dieu et croyons que tout être humain est appelé à le connaître, à le servir et à l’aimer, à l’adorer, à le respecter et à trouver en lui le bonheur ultime. C’est notre tâche de témoigner de cela dans la société, afin que d’autres personnes, ceux qui disent ne pas avoir de religion, ceux qui disent qu’ils n’en sont pas sûrs, ceux qui sont perdus ou qui sont en marge, puissent le retrouver. […] Merci de prier pour moi et pour la communauté catholique de Southampton et de l’ensemble de notre diocèse [3].

Il est clair que cet évêque propage le modernisme de Vatican II et qu’il n’est pas inoffensif. Aussi cette visite a provoqué, entre autres, la démission de la supérieure des oblates, sœur Marie-Elisabeth. Elle envoya aux parents de l’école la lettre suivante pour expliquer son départ :

Jeudi 4 avril 2019

Chers parents,

Comme promis à certains d’entre vous, je voudrais vous donner un résumé de ce qui a motivé ma démission de la Fraternité Saint-Pie X, vingt-cinq ans après avoir reçu l'habit des sœurs oblates.

Depuis l’acceptation par la Fraternité, en avril 2017, de « l’accord sur les mariages » offert par le pape François, j’avais la conviction que la Fraternité ne protégeait plus ses membres de l'Église moderniste. On nous disait, de plus en plus, que l’Église catholique et l’Église officielle ne formaient qu’une seule et même chose, les deux étant visibles, alors que la profession de la vraie foi est le premier critère pour être membre de l'Église catholique, un critère auquel les évêques modernistes, par exemple, ne correspondent pas. J’ai commencé à me sentir très mal à l'aise d'appartenir à la Fraternité, car cela signifiait soutenir ces nouvelles idées que Mgr Lefebvre avait clairement réfutées et contre lesquelles il nous avait souvent mis en garde en langage clair.

On m'a conseillé d'attendre le prochain Chapitre général de la Fraternité, prévu en juillet 2018, avant de prendre une décision qui changerait ma vie, ce que j'ai fait. On entretenait l’espoir qu'un nouveau Supérieur Général inverserait l’orientation, vouée à l'échec, de la Fraternité.

Cependant, j’étais bien consciente que la mission du Supérieur Général est de mettre en œuvre les décisions du Chapitre. J'ai donc attendu la publication des Actes du Chapitre pour me décider. Le 18 septembre, nous avons reçu des extraits des Actes du Chapitre. Ils concernaient les mariages, les relations de la Fraternité avec Rome et la prélature. À la fin de cette lecture, tous mes doutes s’étaient évanouis et j'étais sûre de devoir quitter la Fraternité Saint-Pie X si je voulais rester fidèle à l’enseignement et aux recommandations de notre Fondateur. La demande de la délégation aux évêques modernistes pour les mariages était rendue obligatoire pour tous les prêtres de la Fraternité ; on nous recommandait de pratiquer une « attitude charitable » à l’égard de tout évêque, membre du clergé ou fidèle sans autre précision, du moment qu’il était “amical envers la tradition”. Cela ouvrait la porte à tout et n'importe quoi en termes de collaboration avec le clergé et les laïcs qui ne sont pas pleinement engagés dans la défense de la tradition catholique. Vous savez quels fruits ces notions délibérément vagues ont porté à Saint Michael’s School lorsque le directeur a invité l’évêque conciliaire diocésain pour diriger la prière des enfants dans notre chapelle, après avoir réuni pour lui un bouquet spirituel comme expression de «notre gratitude». Gratitude pour quoi ?

Pour avoir dit lors d'un forum interconfessionnel que « les chrétiens catholiques ne nient pas la liberté morale de choisir pour ou contre la Vérité de Christ [4] » ? En un mot, une proclamation de la liberté religieuse, en totale contradiction avec les paroles de Notre-Seigneur (Mc 16, 16).

Ou la gratitude d’avoir demandé aux musulmans de prier (qui ?) pour nous [5] ?

Mais pour revenir à la chronologie des événements, ce soir du 18 septembre, j’ai décidé de quitter la Fraternité. Cependant, ceci se passait à la fin de la première semaine de la nouvelle année scolaire et il était évident que partir à ce moment-là n'était pas une option. Alors, pour le bien des enfants et de vous, chers parents, j'ai décidé de rester jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Un jour de février, le directeur m'a dit qu'il avait invité l'évêque moderniste de Portsmouth pour venir visiter l'école. Il m'a demandé d'organiser un bouquet spirituel pour lui, ce que j'ai accepté de faire, n'ayant aucune idée que cela voulait dire « en gratitude ». J'ai néanmoins décidé de préparer les enfants à se méfier de l'évêque, leur disant qu’il avait besoin de prières et de sacrifices, ayant posé des actes comme dire la nouvelle messe et distribuer la Sainte Communion dans la main.

Lors de la réunion suivante du personnel, l’abbé Brucciani a dit au personnel que non seulement Mgr Egan visiterait l'école, mais qu'il dirigerait en outre les enfants dans la prière du chapelet dans la chapelle. J’ai levé la main et dit que je n'irais pas prier avec l'évêque diocésain dans notre chapelle. Bien que le directeur et le supérieur du district aient passé beaucoup de temps et d’énergie à essayer de convaincre les Sœurs qu’il n’y avait aucun problème dans leur projet, le 8 mars, aucune des Sœurs ne s’est rendue à chapelle pour le chapelet dirigé par l’évêque, chacune ayant décidé de son propre chef qu’elle ne pouvait pas, en conscience, assister à cet événement. Cette abstention devait déclencher plus de pression sur les sœurs.

Ceci aurait été quelque chose à offrir et je serais toujours à l'école si les choses en étaient restées là.

Cependant, après la visite de Mgr Egan, le directeur a dit aux enfants, dans un sermon du mercredi, que l'évêque de Portsmouth était un homme de bonne volonté, qu'il n'était pas mauvais. Évidemment, si vous dites à un enfant qu’une baie n'est pas mauvaise, il la mettra en bouche, car cela signifie que c'est bon, ou du moins sans danger. Mais un évêque moderniste n'est pas un prédicateur inoffensif (voir ci-dessus). Il apporte avec lui tout l'esprit nuisible de Vatican II, destructeur de la foi catholique. À ce stade, il m'est apparu clairement que la confiance des enfants était orientée au profit d’une personne qui ne la méritait pas, qui possédait tous les attributs d’un évêque catholique, mais pas la foi d'un évêque catholique. Comment les enfants peuvent-ils discerner la fraude ? D'autre part, comment les enfants, qui connaissent le problème de Vatican II, pourraient-ils comprendre qu'un de ses fidèles porte-parole avait dirigé leur prière dans notre chapelle catholique ? Comme l’abbé John Brucciani m’avait, un peu auparavant, donné l’ordre de ne pas parler de Mgr Egan aux enfants, je me suis rendue compte que je ne serais plus capable de protéger la foi des enfants de cet empoisonnement subtil de leur foi et de la lente subversion de leur confiance à la fois en leurs parents, leurs sœurs ou leurs prêtres, selon le choix que leur compréhension limitée les amènerait à faire.

Dans de telles circonstances, ma présence à l’école n’avait plus aucun sens car je n’étais pas là tout d’abord pour donner un enseignement académique, mais pour enseigner la foi catholique et nourrir la vie spirituelle et morale catholique dans mes jeunes élèves.

De plus, chaque jour de ma présence sur le campus, en habit d’Oblate de la Fraternité, était une approbation tacite de la direction de l'école, ce qui était devenu contraire à ma conscience.

En conséquence, j’ai décidé de quitter l’école pendant la Semaine Sainte pour avoir ainsi le temps de préparer mes très jeunes élèves et toute l'école primaire à mon départ. J'ai parlé officieusement au directeur de ma décision un peu avant sa réalisation afin que lui, aussi, ait un peu de temps (cinq semaines) pour préparer la transition pour du troisième trimestre.

Le 25 mars, j'ai transmis ma démission au Supérieur Général de la Fraternité.

Le 27 mars, le deuxième assistant du Supérieur Général est venu dans notre école pour écouter ce que j’avais à dire sur la situation dans notre école et notre paroisse en général et, plus spécifiquement, au sujet de «la crise Mgr Egan ». Il m'a proposé de retirer ma démission, ce qui était hors de question. Sa conclusion fut que je devais partir « le plus tôt possible ». Le lendemain matin, je n’ai pas été autorisée à me rendre à l’école afin d'éviter de créer des remous.

Le 30 mars, j'ai quitté l'école et la nouvelle Fraternité Saint-Pie X pour pouvoir observer fidèlement ce que j'avais promis d'observer le jour de mon engagement dans cette Fraternité bien-aimée, telle que fondée par Mgr Lefebvre.

En ce moment, je suis très bien accueillie par les fidèles de la Mission Saint-Grégoire de l’abbé King à Southport. Je peux assister à la messe tous les jours et préparer la prochaine étape de ma vie religieuse.

Je tiens à vous remercier du fond du cœur pour votre soutien vraiment merveilleux au cours des derniers jours de ma présence à Saint Michael’s School. Cela m'a aidé à traverser ces heures douloureuses. J'ai été frappée par le chagrin que beaucoup d’entre vous ont exprimé d’une manière ou d’une autre. Cela m'a rendu plus consciente du lien fort de la Charité qui nous unit en Notre Seigneur Jésus-Christ et que nous avons tissé ensemble au cours des quinze dernières années. Ce lien reste intact, il a peut-être même gagné en force alors que nous partagions la douleur d'une séparation brutale. Je vous garde tous dans mes prières, surtout pendant la Messe. S'il vous plaît, continuez à prier pour moi aussi !

Que Notre-Dame vous garde tous dans son Cœur Douloureux et Immaculé qui sera toujours notre point de rencontre.

Cordialement,

Sœur Marie-Elisabeth

Le deuxième évènement est la venue dans une école de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en Suisse de Mgr Vitus Huonder, ancien évêque du diocèse de Coire, pour y prendre sa retraite.

Vitus Huonder est né le 21 avril 1942 à Trun dans le canton des Grisons. Il a étudié à l’abbaye d’Einsiedeln puis à l’athénée pontifical Saint-Anselme à Rome, enfin à l’université de Fribourg à nouveau en Suisse où il a obtenu sa licence universitaire et en 1973 son doctorat en théologie.

Il a été ordonné prêtre le 25 septembre 1971 (donc dans le nouveau rite) par Mgr Johannes Vonderach et consacré évêque de Coire (ce diocèse comprend les cantons des Grisons et de Zurich) le 8 septembre 2007 par Mgr Amédée Grab. Dès lors se pose la question de la validité de son ordination et de sa consécration. On sait que Mgr Lefebvre n’hésitait pas à réordonner sous condition les prêtres ordonnés dans le nouveau rite. Quant aux évêques consacrés dans le rite de Paul VI, le seul exemple connu d’un évêque ayant rejoint la Tradition est celui de Mgr Lazo [6]. Ce retour à la Tradition s’est déroulé après la mort de Mgr Lefebvre, mais la Fraternité Saint-Pie X s’était gardée, par prudence, de lui demander d’assurer des fonctions épiscopales.

Jusqu’au 1er janvier 2011, Mgr Huonder a été président de la Communauté de Travail des Églises Chrétiennes en Suisse, où il céda la place à une « pasteure anglicane », Adèle Kelham, jusqu’alors vice-présidente de la CTEC [7]. »

Mgr Huonder a aussi été Délégué de la Conférence épiscopale suisse dans la Commission de discussion judéo/catholique-romaine de Suisse (JRGK, en allemand).

Sous sa présidence, cette Commission a conçu et préparé le premier Dies judaïcus (Jour du Judaïsme). Il a eu lieu en Suisse le 20 mars 2011, puis a été étendu à d’autres pays. On lit dans le message de Mgr Huonder à cette occasion :

Le deuxième dimanche de carême, le 20 mars 2011, la Conférence des Évêques suisses instaure le Dies Judaïcus, le Jour pour le peuple juif.

Cette journée a un double but. Elle doit nous rappeler les racines juives de la foi chrétienne. Elle doit par là même nous rendre conscients du lien particulier qui unit les chrétiens au peuple juif. […]

Si le premier objectif du Dies Judaïcus est de nous tourner vers le passé, en considérant le peuple aux douze tribus et l’origine de la foi chrétienne, la réalité effective de la solidarité avec le peuple juif veut nous rappeler la responsabilité permanente, toujours actuelle de l’Église à l’égard du peuple juif.

Les agressions effroyables envers ce peuple durant la Seconde Guerre mondiale ont amené l’Église à renouveler cette responsabilité et à faire ces déclarations que nous pouvons lire dans le document conciliaire Nostra ætate. […]

Devant la réalité effective qui fait que l’antisémitisme s’est de nouveau fortement propagé ces dernières années, l’Église ressent encore une fois le besoin d’en appeler, dans notre pays, à la solidarité avec le peuple juif. […]

Je voudrais mettre en évidence ici la parole de saint Paul, qui se réfère à nos frères et sœurs juifs : « Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11, 29 [8]). Si les dons et l’appel sont irrévocables de la part de Dieu, cela ne peut signifier qu’une chose : que le Dieu et Père de tous les hommes poursuit son plan de salut pour Israël. Dieu suit son plan du salut également aujourd’hui avec le peuple élu. Il ne laisse pas tomber ce peuple. Il le conduit aussi de nos jours, car il recherche le salut de tous les hommes : « […] Il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).

A partir de là, nous voulons prier pour que cette grâce et cet appel irrévocables accordés à Israël portent du fruit également de nos jours, qu’ils favorisent la justice et le respect mutuel, et qu’ainsi ils contribuent à l’unité et à la paix entre tous les peuples [9].

Mgr Huonder a participé en 2015 à des discussions avec les autorités de la Fraternité Saint-Pie X.

Nous publions ici un entretien de Mgr Huonder paru dans le Tagespost [10], un communiqué officiel signé par Mgr Huonder et par le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, et un extrait de la lettre de Mgr Huonder à ses anciens diocésains où il explique que « l’intention du pape François » dans cette opération est « d’intégrer » (la Fraternité Saint-Pie X).

 

Entretien de Mgr Huonder du 11 avril 2019

Un entretien de Mgr Huonder avec Oliver Maksan a été publié dans le Tagespost du 11 avril 2019. Nous en extrayons les passages qui concernent sa venue dans une école de la Fraternité-Saint-Pie X.

Le Tagespost Monseigneur, vous prendrez votre retraite dans une institution de la Fraternité Saint-Pie X. Avez-vous dû obtenir l’autorisation du Saint-Père pour vous installer dans une école de la Fraternité ?

Mgr Vitus Huonder : Non, car cela était formulé dans une lettre à la FSSPX de l’ancien préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Ludwig Müller. Et le préfet parle avec autorité et avec l’approbation du pape. Mais j’en ai informé le Saint-Père.

Le T. Vous devenez l’agent de liaison entre la Fraternité et Rome. Comment en êtes-vous arrivé à avoir ce rôle ?

Mgr V. H. : J’ai été impliqué dans le processus de dialogue entre Rome et la Fraternité depuis longtemps. Comme le siège de la FSSPX se trouve à Menzingen, en Suisse, c’est la raison pour laquelle on a pensé qu’un évêque suisse devait être impliqué. C’est pourquoi la commission Ecclesia Dei, chargée du dialogue avec la Fraternité, m’a fait cette demande. Ainsi, nous sommes entrés en contact constant avec des représentants de la Fraternité ici en Suisse. J’ai transmis les résultats à Rome.

Je vais continuer à effectuer cette tâche maintenant. Tout d’abord, je me préoccupe de l’unité de l’Église. Le clivage dans l’Église doit être surmonté. Nous ne devons pas oublier que la Fraternité Saint-Pie X a de nombreux fidèles.

Le T. Votre mission est informelle. Vous n’avez pas de pouvoirs concrets pour négocier, vous essayez donc d’être un pont par votre présence parmi eux.

Mgr V. H. : Oui, mon rôle est principalement informel. Mais cela a des effets. Ainsi par exemple, à l’occasion de l’Année de la Miséricorde, lorsque les prêtres de la Fraternité ont été autorisés à absoudre par le pape, j’ai participé à cela. J’avais suggéré au pape François qu’il devrait quand même exercer la miséricorde envers la Fraternité Saint-Pie X en leur procurant cette juridiction (ndlr : pour les confessions).

Un an plus tard, je l’ai rencontré à nouveau et il m’a dit qu’il acceptait ma proposition. Cela a renforcé ma détermination à travailler avec la Fraternité pour cheminer vers l’unité.

Le T. Ce cheminement dure maintenant depuis des années, sans accord définitif. Cela semblait aboutir avec l’ancien supérieur général Mgr Fellay. Sous le nouveau supérieur, M. l’abbé Pagliarani, on a l’impression qu’il y a de nouveau une période glaciaire, puisqu’il ne s’agit plus de questions pratiques d’incorporation à l’Église, mais de questions doctrinales ardues.

Mgr V. H. : C’est peut-être l’impression que cela donne à l’extérieur. Mais il y avait également des préoccupations doctrinales avec la Fraternité à l’époque de Mgr Fellay. Ces questions peuvent peut-être devenir un peu plus claires maintenant.

Je ne sais pas si nous sommes dans une nouvelle ère glaciaire. Mais nous devons d’autant plus travailler pour arriver à une bonne solution.

Le T. Comment ? Qu’est-ce que la Fraternité devrait faire maintenant, ainsi que Rome, pour arriver vraiment à un accord ?

Mgr V. H. : Avant tout, il faudrait en premier lieu reconnaître la mission des deux parties, même si l’on ne s’est pas encore unifié sur la théologie. La Fraternité devrait souligner plus positivement que c’est pour le Siège Apostolique une affaire sérieuse. Le Saint-Siège, à son tour, devrait honorer les efforts de la Fraternité et prendre ses préoccupations plus au sérieux.

Dans la Fraternité, on ne devrait pas avoir l’impression qu’elle serait simplement prise en charge pour pouvoir la circonscrire ultérieurement. Alors il serait plus facile de résoudre les problèmes théologiques qui existent parfois, en effet.

Le T. La Fraternité doit-elle accepter le Concile dans son intégralité ? Ou peut-il y avoir des formes de reconnaissance graduée, étant donné que les documents du Concile n’ont pas tous la même valeur ?

Mgr V. H. : C’est certain, on devrait s’appuyer sur ce principe. Tous les documents du Concile n’ont pas le même statut. Avant tout, les documents du concile Vatican II doivent être considérés davantage comme un développement de la période précédente.

De la part de la congrégation pour la Doctrine de la foi, il faudrait à nouveau s’appuyer sur le magistère préconciliaire pour aider la Fraternité à reconnaître le Concile. Il s’agit de mieux montrer la continuité de l’enseignement.

Lettre d’adieu de Mgr Vitus Huonderà ses anciens diocésains

Le 20 mai 2019 Mgr Vitus Huonder a écrit à ses anciens diocésains pour leur expliquer les raisons de son départ. Nous publions l’en tête de la lettre et le dernier paragraphe avec la traduction :


[…] Ich selbst nehme nun, wie bereits bekannt, meinen Wohnsitz im Wohntrakt des Priesterhauses im Institut Sancta Maria in Wangs/SG. Dieses Institut gehört zur Priesterbruderschaft St. Pius X. Im Sinne von Papst Franziskus werde ich mich bemühen, dort zur Einheit der Kirche beizutragen, indem ich nicht ausgrenzen, sondern unterscheiden, begleiten und integrieren helfen möchte.

Moi-même, comme cela se sait déjà, j’élis domicile dans le bâtiment des prêtres de l’Institut Sancta Maria, à Wangs (Saint-Gall), Institut appartenant à la Fraternité Saint-Pie X. Dans l’intention du pape François, je m’efforcerai d’y contribuer à l’unité de l’Église désirant aider, non pas à marginaliser, mais à discerner, accompagner et intégrer [11]. […]


Communiqué conjointde Mgr Huonder et de M. l’abbé Pagliarani «

Le 20 mai 2019

Ce lundi 20 mai 2019, le pape François a relevé Mgr Vitus Huonder de sa charge d’évêque du diocèse de Coire, en nommant un administrateur en vue de l’élection de son successeur.

Selon une volonté exprimée depuis longtemps, Mgr Huonder se retire dans une maison de la Fraternité Saint-Pie X. Le seul et unique but de cette démarche est de se consacrer à la prière et au silence, de célébrer exclusivement la messe traditionnelle, et d’œuvrer pour la Tradition, unique moyen de renouveau de l’Église.

La Fraternité Saint-Pie X apprécie la décision courageuse de Mgr Huon­der [12], et se réjouit de pouvoir lui fournir le cadre spirituel et sacerdotal qu’il désire si vivement. Puisse cet exemple être suivi par d’autres, afin de « tout restaurer dans le Christ ».

Monseigneur Vitus Huonder                                   Don Davide Pagliarani

Évêque émérite de Coire                                           Supérieur général FSSPX


[1]  — « Les parties, qui ont examiné certaines questions d’ordre doctrinal et canonique, ont convenu de procéder par paliers mais dans un délai raisonnable vers le dépassement des difficultés. Et ce dans la perspective désirée d’une pleine réconciliation. » (Communiqué du Vatican du 23 septembre 2014 suite à la visite de Mgr Fellay au cardinal Müller.)

[2]  — Les sœurs oblates ont été fondées par Mgr Lefebvre pour « accueillir et regrouper les religieuses ayant dû quitter leur couvent à cause de la crise et les personnes d’un âge [plus de 30 ans] qui ne leur permet pas d’entrer dans la société des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X, désireuses de quitter la vie séculière pour vivre de l’esprit de la Fraternité » (début des statuts).

[3]  — Voir : http://www.portsmouthdiocese.org.uk/enews/mosque-visit.php

[4]  — Voir 20171109-BoP-Talk-Interreligious-Dialogue sur www.portsmouthdiocese.org.uk. Le passage auquel la sœur fait allusion est celui-ci : « Without denying on the one hand the Truth of Christ, nor on the other, an individual’s moral freedom to choose for or against, Catholic Christians believe God wants everyone to be saved, and that He has a relationship with every person on earth, in a manner ultimately known only to Him. » Mgr Egan se réfère à Jean-Paul II, Dominum et Vivificantem 53 citant Gaudium et Spes 22.

[5]  — Voir les extraits de son discours cités plus haut.

[6]  — Voir sa belle profession de foi dans Le Sel de la terre 26, p. 162. Il disait entre autres : « Je ne suis pas la Rome maçonnique. Le pape Léon XIII a condamné la franc-maçonnerie dans son encyclique Humanum Genus en 1884. Je n’accepte pas non plus la Rome moderniste. Le pape saint Pie X a condamné le modernisme dans son encyclique Pascendi Dominici Gregis, en 1907. Je ne sers pas la Rome contrôlée par les francs-maçons qui sont les agents de Lucifer, le prince des démons. » – Mgr Huonder est-il prêt à faire une telle déclaration ?

[7]  — https://www.cath.ch/newsf/l-une-des-rares-femmes-a-remplir-une-telle-fonction-au-plan-mondial-elle-remplace-mgr-vitus-huonder/

[8]  — Voir à ce sujet : « Contre le détournement de Romains 11, 29 », dans Le Sel de la terre 58, automne 2006, p. 10-16. (Note du Sel de la terre.)

[9]  — http://www.bischoefe.ch/dokumente/botschaften/message-pour-le-dies-judaicus-20-mars-2011.

[10] —  Die Tagespost est un journal paraissant trois fois dans la semaine (mardi, jeudi, samedi). Connu autrefois sous le nom de Deutsche Tagespost, il a pour sous-titre Journal catholique sur la politique, la société et la culture. Il est publié à Wurtzbourg.

[11] —  Il est difficile de ne pas voir dans cette phrase une allusion au déplorable chapitre VIII de l’exhortation Amoris lætitia (19 mars 2016), qui exhorte à « un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux, qui tend toujours à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre, et surtout à intégrer. »

« — Source : FSSPX-MG / FSSPX.Actualités - 20/05/2019.

[12] —  Curieusement, l’évêque émérite de Coire signe cette appréciation louangeuse de son comportement.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 109

p. 184-188

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