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Un étrange phénomène pastoral : l’Opus Dei

 

par Nicolas Dehan

 

 

 

 

Le 17 mai 1992, une cérémonie grandiose sur la place Saint‑Pierre à Rome révélait et propulsait dans le monde le nom d’un homme et celui de son œuvre jusqu’alors presque inconnus du grand public.

Devant 46 cardinaux, 300 évêques et 300 000 pèlerins, Jean-Paul II célébrait la messe de béatification de José-Maria Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei.

Cette « œuvre de Dieu » travaille très discrètement depuis plus de soixante ans, si discrètement que certains de ses adversaires, car elle en a, l’ont qualifiée de franc‑maçonnerie cléricale.

José-Maria Escriva mort en 1975 a franchi les degrés des autels avec une rapidité étonnante : 17 ans. Les médias, bien sûr, se sont emparés du sensationnel de l’événement, du rarement vu dans l’histoire de l’Église, quand on songe au temps qu’il a fallu – 170 ans – pour définir l’héroïcité des vertus d’un authentique apôtre des foules comme Louis-Marie Grignion de Montfort.

La logique amène à penser qu’une nécessité a justifié l’urgence de l’introduction de la cause et l’accélération du procès de béatification dont l’ouverture, en 1981, eut lieu six ans après la mort.

Au cours de ces années de procès, l’Opus Dei, qui n’a pas d’antenne médiatique, conformément à son principe de discrétion, coopte ses affiliés dans les milieux intellectuels et professionnels, adresse annuellement un « bulletin d’information » à des cadres sélectionnés. Cette publication privée exalte la profonde vie intérieure et l’apostolat de ce prêtre espagnol, elle recense et commente son œuvre écrite et son œuvre sociale, elle informe de la progression de sa cause en cour de Rome et donne un aperçu succinct de l’expression et des réalisations internationales de l’Opus Dei. C’est peu, mais suffisant pour éveiller et retenir l’attention du destinataire curieux ou intéressé par la restauration d’un ordre social sur des fondements spirituels.

Rien de ce qui est écrit dans cette publication ne permet a priori de soupçonner une orientation s’écartant de l’enseignement traditionnel de l’Église. Le lecteur fidèle à cet enseignement est donc mis en confiance. Cette lecture est aussi une réminiscence pour qui a connu quelques décennies plus tôt l’apostolat et l’œuvre du révérend père Vallet, autre prêtre espagnol.

L’information porte à rapprocher ces deux œuvres, à les comparer et en déduire deux constatations :

1 — Une similitude, au moins apparente, de style d’apostolat entre l’œuvre du révérend père Vallet fondée en 1922, et celle de l’abbé Escriva en 1928.

2 — Une coïncidence de dates entre la suppression de l’œuvre du père Vallet, son expulsion d’Espagne sur l’ordre de la hiérarchie, et la naissance de l’autre, celle de l’abbé Escriva, à quelques semaines d’intervalle en la même année 1928 et soutenue par la même hiérarchie.

Le grand silence entretenu par l’Église sur l’œuvre missionnaire et sociale du jésuite François de Paule Vallet et la grande discrétion enveloppant, pendant de longues années, celle de l’abbé José-Maria Escriva sont propres à exciter la curiosité, à inciter à soulever le voile en recherchant toute documentation sur ces œuvres.

Commençons par celle que l’Église conciliaire exalte aujourd’hui.

 

 

Historique

 

L’histoire de l’Opus Dei peut être recherchée en diverses études parues en espagnol, en italien, en allemand, en français. C’est par le premier ouvrage en langue française destiné au public, écrit par un membre de l’Opus Dei et recommandé par le « bulletin d’information », titré L’Opus Dei [1], que peuvent commencer les investigations. L’auteur, Dominique Le Tourneau, docteur en droit canonique, diplômé ès-sciences économiques, brosse en 120 pages un portrait laudatif du fondateur, un exposé idéal de la spiritualité de l’œuvre, un bilan sans faille de ses activités et des fruits obtenus. Le tout sous Nihil obstat et Imprimatur de l’archevêché de Paris.

Le chapitre premier est consacré aux origines et à la vie de José-Maria Escriva, le fondateur : né en 1902 à Barbastro (Aragon), il se révèle un être de piété précoce, doué, généreux, abandonnant le projet d’être architecte pour entrer à 16 ans au séminaire. L’archevêque de Saragosse, en 1922, le nomme supérieur du séminaire ; il a 20 ans. A 23 ans il est ordonné prêtre. En 1927, il prépare à Madrid un doctorat de droit civil, tout en se livrant à une intense action charitable auprès des malades, des pauvres, des enfants abandonnés. Au cours d’une retraite en 1928, « l’abbé Escriva “voit” – c’est le terme qu’il a employé par la suite – ce que Dieu attend de lui. Il voit que le Seigneur lui demande de mettre toutes ses forces au service de ce qui deviendra l’Opus Dei ; qu’il doit pousser les hommes de tous les milieux – en commençant par les intellectuels pour arriver ensuite aux autres – à répondre à une vocation spécifique consistant à rechercher la sainteté et à faire de l’apostolat au milieu du monde, dans l’exercice de leur profession ou métier, sans changer d’état [2]. »

A la création de l’œuvre, l’abbé Escriva n’a que 26 ans. Son désir d’action est grand et son expérience courte, mais : « L’évêque de Madrid pleinement au fait de l’esprit, des fins et des moyens de l’Opus Dei avait encouragé le fondateur dès le premier instant et béni son œuvre [3]. »

C’est ce même évêque qui plus tard ordonnera au sacerdoce (juin 1944) les trois premiers prêtres membres laïcs de l’Opus Dei. Les disciples de l’abbé Escriva le disent « inspiré de Dieu », d’autres le pensent « mandaté par la hiérarchie ».

L’abbé prêche des retraites, recrute des membres, organise son œuvre. Il veut des prêtres pour l’œuvre afin d’encadrer ses disciples. Il dit avoir vu clairement, au cours de la célébration de sa messe, le 14 février 1943, la solution canonique : l’ordination de membres laïcs de l’Opus. Dès lors : « La société sacerdotale de la sainte Croix était née, elle représente dans l’Église un nouveau phénomène pastoral (des hommes diplômés et exerçant une profession…) et juridique [4]. »

L’abbé Escriva s’installe à Rome en 1946, est nommé prélat de sa Sainteté en 1947 et recevra diverses charges : membre de l’Académie pontificale de théologie, consulteur de la Congrégation des séminaires, etc. Il parcourt le monde, y prêche sa doctrine, « la sainteté par le travail », et meurt subitement à Rome le 26 juin 1975.

 

Le lecteur du « bulletin d’information » [5] découvre par les chiffres la croissance insoupçonnée de l’Opus, chaque bulletin donnant le bilan impressionnant de la diffusion mondiale de « la doctrine de Mgr Escriva », en particulier Camino (chemin), seul ouvrage publié du vivant de l’auteur, à Valence, véritable règle de l’Opus Dei. La première édition parut en 1934, sous le titre : Consideraciones espirituales. Depuis lors 250 éditions furent publiées en 39 langues avec un tirage de près de quatre millions d’exemplaires.

 

 

La spiritualité de l’Opus Dei : la sanctification par le travail

 

« Le 2 octobre 1928, l’abbé Escriva de Balaguer connaît la volonté de Dieu dans toute sa portée (…). La lumière reçue n’est pas une inspiration générale, mais une illumination précise et déterminée de sorte que l’entreprise n’est pas une entreprise humaine, mais une grande entreprise surnaturelle (…) ; le fondateur peut la décrire (…), il en présente toute la nouveauté : tout homme quel qu’il soit est appelé à la sainteté et à l’apostolat, “sans sortir du monde, pourvu qu’il surnaturalise les réalités temporelles auxquelles il est mêlé, le travail professionnel et les tâches familiales et sociales avant tout” [6]. »

Si la proposition n’est pas fausse, il est essentiel de savoir comment interpréter ce « pourvu qu’il surnaturalise les réalités temporelles avant tout ».

« C’est un véritable phénomène pastoral qui prend corps », écrit Dominique Le Tourneau. Dans les années 1920, le vent était favorable aux nouveautés et trouvait des échos à tous les échelons ecclésiastiques. Au début du siècle, le modernisme condamné ne fut que neutralisé. Réfugié dans la clandestinité, il agissait habilement, propageant un climat de retour ou d’accueil aux « idées nouvelles », au mouvement œcuménique, au mouvement liturgique, aux nouveautés pastorales, au mariage de l’Église et du siècle.

 

 

L’Opus Dei conteste 10 siècles de tradition

 

Le paragraphe suivant : « La conception religieuse » nous l’apprend :

« Très tôt dans la vie du peuple chrétien, le travail n’est pas recherché comme quelque chose de “bon en soi”, mais en tant que moyen ascétique permettant avant tout de combattre l’oisiveté (…). « Saint Jean Chrysostome, qui prête une grande attention au travail, est, parmi les pères de l’Église, le dernier des grands à parler de la sanctification de la vie ordinaire dans les mêmes termes que Vatican II. Après lui, on a l’impression que le chrétien moyen n’est pas appelé à vivre pleinement l’Évangile. Nous sommes au 5e siècle ; quant à l’apostolat, il ne semble pas faire partie des obligations du chrétien. Dans la règle de saint Benoît, c’est plus le monastère que le moine qui fait de l’apostolat [7] ! »

Après cette citation, qui fait naître l’étonnement et l’inquiétude, se profile l’horizon où l’on veut mener le lecteur :

« L’apparition des ordres mendiants met l’accent sur la prédication portée de ville en ville. Cela n’entraîne pas l’affirmation de la valeur du travail professionnel. Au contraire, il semble plutôt qu’on s’en éloigne encore plus (…). Les théologiens des ordres mendiants ne portent pas leur réflexion sur la dimension fondamentale du travail, ils affirment le caractère non obligatoire du travail manuel. Saint Thomas présente les occupations séculières comme un obstacle à la contemplation. Saint Bonaventure et bien d’autres soutiennent une opinion similaire. D’autres institutions plus directement présentes au monde (ordres militaires et confréries médiévales) ne fournissent pas davantage une préparation ascétique et doctrinale pouvant favoriser une prise de conscience du besoin de sanctifier le travail. « Au cours des siècles suivants, l’attention se détourne du travail. L’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ porte sur le travail un jugement plus négatif encore que celui des pères du désert. Mais l’opposition que ceux-ci dressaient entre oisiveté et travail subit une distorsion du fait que le travail est envisagé au sens restrictif de l’effort qu’implique la lutte ascétique. C’est la conception de Cisneros [8] dans son Exercitatorio et de saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels [9]. »

 

 

L’Opus Dei antenne nouvelle du libéralisme

 

Après avoir mis en coupe réglée la Tradition de l’Église, l’Opus Dei avance prudemment l’esprit de sa doctrine. La citation suivante du théologien de l’Opus la précise :

« Une certaine évolution positive est amorcée à la Renaissance par des hommes comme saint Thomas More [10] ou Erasme [11] (…). Cependant la théologie catholique de la Renaissance et de l’époque baroque [12] se laisse contaminer en partie par les idées d’une aristocratie qui méprise le travail manuel et par un moralisme étroit et mal inspiré (…) [13]. »

L’auteur, comparant la vocation religieuse dans les ordres traditionnels et la vocation de l’Opus, cite le fondateur :

« Le chemin de la vocation religieuse me semble béni et nécessaire dans l’Église, mais il n’est pas le mien, ni celui des membres de l’œuvre. On peut dire qu’en venant à l’œuvre tous et chacun d’eux l’ont fait à la condition expresse de ne pas changer d’état [14]. »

Précisant, avec le vocabulaire progressiste devenu officiel :

« La différence radicale peut s’exprimer par deux mouvements de signe opposé. L’un interpelle le monde de l’extérieur en allant vers lui et suscite une présence au monde : c’est l’évolution de l’état religieux. L’autre est un “être du monde”, il part du monde (…). Telle est la spiritualité séculière de l’Opus Dei (…). C’est ce qui faisait dire au cardinal Luciani, le futur pape Jean-Paul Ier, que, si saint François de Sales proposait une spiritualité pour des laïcs, Mgr Escriva, quant à lui, propose une spiritualité laïque [15]. »

Voilà une autre nouveauté !

Dominique Le Tourneau reste imprécis sur cette spiritualité de l’Opus, déclarée laïque sans ambiguïté par le pape éphémère. Une étude en espagnol d’une trentaine de pages, signée Juan Moralès [16], complète très utilement les documents jusque-là étudiés. L’auteur fonde sa critique sur sept ouvrages, tous parus aux éditions Rialp [17] de l’Opus à Madrid. Il n’hésite pas à écrire en son introduction que l’Opus Dei est « un vrai cheval de Troie au sein de l’Église ». Il montre par les textes tirés de ces ouvrages écrits par des membres de l’Opus Dei, et par les citations qu’ils font eux-mêmes de l’abbé Escriva, combien celui-ci avait l’esprit laïc au point de tenir des propos de mentalité foncièrement anticléricale.

Il cite du livre de Peter Berglar, Opus Dei : « Escriva content de faire ordonner ses trois premiers prêtres, mais très triste aussi de ne pas les garder laïcs [18]. »

Il cite de Salvador Bernal dans Monseigneur Escriva de Balaguer : « Pour nous le sacerdoce est une circonstance, un accident parce que, au sein de l’œuvre, la vocation des prêtres et des séculiers est la même [19] » et plus loin : « La manière de diriger les œuvres apostoliques organisées par l’Opus Dei (…), elles se projettent et se gouvernent avec une mentalité laïque (…), pour ce motif elles ne sont pas confessionnelles [20]. »

Juan Moralès rapporte les propos d’un autre auteur de l’Opus Dei, Ana Sastre dans Tiempo de caminar, qui, parlant des caractéristiques de l’Opus Dei, écrit :

« Le climat de sécularité et d’initiative personnelle dans lequel elle se meut porta son fondateur à être taxé de progressiste, d’hérétique et de fou [21]. »

Vasquez de la Prada, dans El fundator del Opus Dei, dit la même chose, reconnaissant que l’esprit de l’Opus qualifié autrefois d’innovateur et d’hérétique est aujourd’hui ratifié par le concile Vatican II. Il écrit : « Son collaborateur et successeur – Mgr Alvaro del Portillo – qui suivit en son sein même le concile, contribuant à son développement, fera ce commentaire : “En combien d’occasions durant l’approbation des documents du concile, les justifiant en parlant avec le fondateur de l’Opus Dei, je lui répétais : félicitations, parce que ce que vous avez dans votre âme, et que vous avez enseigné inlassablement depuis 1928, a été proclamé avec toute solennité par le magistère de l’Église” [22]. » Vasquez ajoute : « Cette doctrine qui trente ans auparavant était considérée comme sottise et hérésie est maintenant revêtue d’une solennité officielle. »

C’est un aveu sans ambages du chambardement de la doctrine traditionnelle de l’Église. Doctrine nouvelle de l’Opus, ratifiée hier par le concile, aujourd’hui glorifiée par la béatification. Car ne soyons pas dupes, la béatification est l’intégration des principes de l’Opus dans la doctrine de l’Église conciliaire.

Les membres de l’Opus reconnaissent sans complexe cette destruction de la Tradition. José Miguel Ceja dans le livre Estudios sobre camino fait, dans un chapitre intitulé « Une révolution silencieuse » ce commentaire : « La nouveauté des enseignements de Mgr Escriva ne consistait pas seulement en une nouvelle manière de porter à la pratique une tâche apostolique plus ou moins similaire à celle qui était soutenue en ces temps-là au sein de l’Église dans le concept et la pratique de l’apostolat (…), les pages de Camino représentaient une nouveauté quasi – et même sans quasi – scandaleuse [23]. »

 

 

Sur le « chemin » de la fantaisie, de l’utopie et de l’hérésie

 

Par ce sous-titre nous évoquons le jugement du révérend père Garrigou-Lagrange sur la « nouvelle théologie ».

Revenons à l’ouvrage de D. Le Tourneau.

Dans le paragraphe « Les grands principes » de l’Opus sur la sanctification du travail, l’auteur cite Mgr Escriva :

« Le travail est en effet pour nous un moyen spécifique de sainteté. Notre vie intérieure – contemplative au milieu de la rue – prend sa source et son élan dans cette vie extérieure de travail de chacun. (…) Mgr Escriva montre la portée du passage de la Genèse (2, 15) où il est écrit que l’homme a été créé ut operaretur, pour travailler [24]. »

Encore une nouveauté ! Cette interprétation de la Bible n’est pas celle de l’Église. Dom Calmet, Crampon, presque tous les exégètes traduisent ce verset 15 du chapitre II de la Genèse ainsi :

« Le Seigneur Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin des délices pour le cultiver et le garder. » Non, Dieu n’a pas créé l’homme pour travailler, mais « pour le connaître, l’aimer, le servir et obtenir ainsi le bonheur du ciel » comme le catéchisme l’a toujours enseigné. Les différents ordres religieux et les différentes spiritualités au sein de l’Église au cours des siècles ont poursuivi ce but unique par des chemins différents, et le travail peut en être un, certes, qui n’a pas à être érigé en règle absolue comme on tente de l’inculquer tout au long des 130 pages de ce code de l’Opus :

« Le travail professionnel devient le pivot autour duquel tourne toute la tâche de sanctification. Ce qui amenait le fondateur de l’Opus à résumer la vie sur terre en disant : qu’il faut sanctifier le travail, se sanctifier dans le travail et sanctifier par le travail [25]. »

Dominique Le Tourneau s’efforce de démontrer que les moyens du salut, de la sainteté pour tous, sont la découverte et l’apanage de l’Opus :

« La sainteté ne doit pas être réservée à quelques privilégiés, à ceux qui ont reçu le sacerdoce ou que la profession religieuse met à l’écart du monde. Le message du fondateur de l’Opus Dei se montre résolument optimiste et ouvert et même révolutionnaire au moment où il est proclamé : tous les hommes (…) peuvent et doivent rechercher la sainteté, comme le concile Vatican II l’affirmera trente-cinq ans plus tard [26]. »

A-t-on attendu l’abbé Escriva et le concile Vatican II pour proclamer que la sainteté n’est pas réservée à quelques privilégiés ? C’est la prédication constante de l’Église, de la Tradition, des missionnaires, des prédicateurs. C’est bien ce que se proposaient de faire les fondateurs des différentes œuvres d’Action catholique avant qu’elles ne soient happées par le monde. Le révérend père Vallet, lui, fidèle à l’enseignement des papes, bien avant 1928, pour faciliter et rendre accessible à tous la sanctification, prêchait la nécessité de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, autrement dit l’ordre social chrétien.

Le conseil de rechercher la sainteté n’a rien de révolutionnaire, il est parfaitement traditionnel dans la chrétienté. Ce qui est révolutionnaire, c’est l’esprit moderniste que l’Opus suscite en infiltrant les sociétés, comme nous allons le constater, pour créer une mentalité laïque, toute contraire à la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, mentalité qui est effectivement celle du concile Vatican II.

Suit un chapitre sur la liberté, le pluralisme, la compréhension des opinions d’autrui. Mgr Escriva parle :

« Avec notre liberté bénie, l’Opus Dei ne peut jamais être, dans la vie politique d’un pays, comme une espèce de parti politique. Il y a la place – et il y aura toujours la place – dans l’Opus Dei pour toutes les tendances que la conscience chrétienne peut admettre [27]. »

Il y a dans ce texte deux points contestables, qui sont des illusions, des utopies et des erreurs.

1 — « L’Opus Dei n’est pas une espèce de parti politique. » Si ! Et nous le prouverons plus loin.

2 — « Toutes les tendances que la conscience chrétienne peut admettre. »

Si la conscience en morale naturelle se définissait naguère : « Sentiment intérieur par lequel l’homme se rend témoignage à lui-même du bien et du mal qu’il fait » (Larousse), le vent libéral a singulièrement gauchi cette éthique dépassée. La conscience, se disant encore chrétienne, séduite par le monde, a vécu son aggiornamento : elle est maintenant élastique et permissive. Elle admet aujourd’hui ce qui était inadmissible hier. Les exemples abondent. Ainsi l’Opus donne un sens très large de la conscience chrétienne en admettant dans ses rangs et surtout dans ses « activités collectives d’apostolat » des hommes de toutes tendances, de toutes religions, même des non-croyants.

Le rédacteur du manuel précise :

« Pour le fondateur, la solution catholique aux différents problèmes du monde n’existe pas. Toutes les solutions seront chrétiennes si elles respectent la loi naturelle et l’enseignement évangélique. Il ne mettait donc pas l’accent sur la matérialité de la solution, mais sur l’esprit qui devait l’imprégner [28]. »

Ces phrases sont lourdes de sens, de puissance de destruction. Il faut s’y arrêter. La solution catholique est écartée. Par contre la porte est ouverte à toutes les solutions vaguement teintées de religiosité œcuménique.

Cependant, les documents pontificaux exposant la solution à la question sociale, aux problèmes du travail, à l’ordre de la société, ne manquaient pas au temps des premières années de l’Opus Dei. Les encycliques Mens nostra (20/12/1929) et Quadragesimo anno (15/05/1931) sont assez précises. La solution est catholique. Le pape Pie XI déclare, par exemple, que les exercices spirituels, en retraites, sont propres à résoudre la question sociale :

« Nous les avons déclarés très utiles pour tous les laïcs, pour les ouvriers (…). Dans cette école de l’esprit se forment au feu de l’amour du cœur de Jésus non seulement d’excellents chrétiens, mais de vrais apôtres pour les états de la vie [29]. »

Nous posons à nouveau la question : pourquoi, à l’heure de ces claires directives pontificales, détruisait-on l’œuvre du révérend père Vallet, si conforme à cet enseignement ? Pourquoi facilitait-on celle de l’abbé Escriva ? Une réponse logique : la désagrégation interne de l’Église était commencée. Les modernistes installés dans les dicastères traquaient – avec succès – les fidèles héritiers de saint Pie X, artisans de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le révérend père Vallet était de ceux-là, son œuvre était le moyen excellent pour « tout restaurer dans le Christ ».

L’œuvre naissante de l’abbé de Balaguer prenait une tout autre orientation sous l’impulsion, la protection de Mgr Eijo y Garay. Cette orientation, nous la trouvons définie au chapitre IV de notre ouvrage de référence. Le 4e paragraphe, sous le titre Les œuvres collectives d’apostolat, donne la nature de celui-ci :

« Un apostolat personnel d’amitié et de confidence. Cependant des membres de l’Opus, unis à certains de leurs amis, y compris non catholiques, voire non chrétiens, mettent parfois sur pied des activités collectives d’apostolat, toujours à caractère professionnel et civil, qui sont des foyers d’où rayonne l’esprit chrétien et qui contribuent aussi à résoudre des problèmes du monde contemporain. Ces œuvres ne sont en aucun cas, ni de près ni de loin, des œuvres officiellement ni même officieusement catholiques (…), elles sont réalisées et dirigées avec une mentalité laïque [30]. »

C’est aberrant ! c’est la mentalité dans l’apostolat condamnée par les papes Pie X, Pie XI, Pie XII.

« De plus, poursuit l’auteur, ces activités sont ouvertes à des hommes et à des femmes de toutes provenances, sans discrimination de situation sociale, de race, de religion ou d’idéologie. Ceci vaut aussi bien pour les bénéficiaires de ce travail que pour le personnel de direction (…). C’est dans la coexistence que se forme la personne [31]. »

Ce caractère professionnel et civil entre gens de religions et d’idéologies différentes, d’un même métier ou d’une même entreprise, dans une même association, ressemble à un syndicat d’intérêts, à un club sportif, à une troupe théâtrale, mais en aucune manière à une œuvre d’apostolat. C’est vraiment un tissu de contradictions, c’est désacraliser l’apostolat, c’est la négation de l’apostolat, de la propagation de la foi qui a pour mission la conversion, c’est pervertir le sens du mot.

Dans Entretiens avec Mgr Escriva de Balaguer, on lit sans étonnement : « Vivent les étudiants de toutes les religions et de toutes les idéologies [32]. » Il (Mgr Escriva) dit encore dans le même document : « Le pluralisme n’est pas craint mais aimé comme une conséquence légitime de la liberté personnelle. »

Sa passion pour la liberté le poussa à convertir des maisons de l’Opus en résidences interconfessionnelles. La liberté passe donc avant la vérité. La vérité est un obstacle. Escriva est bien le précurseur, l’inspirateur, le docteur du nouvel ordre mondial dont nous avons vu un tableau à Assise.

L’Opus Dei est la manifestation moderniste contemporaine tombant exactement sous le coup de la sentence prononcée et renouvelée par le magistère contre le modernisme, particulièrement par l’encyclique « Pascendi dominici gregis » de saint Pie X le 8 septembre 1907, et plus précisément par sa « Lettre sur le Sillon » du 25 août 1910, condamnant ses utopies :

« Effrayantes et attristantes à la fois sont l’audace et la légèreté d’esprit d’hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre la société (…) avec des ouvriers venus de toute part, de toutes religions ou sans religion, avec ou sans croyances, pourvu qu’ils oublient ce qui les divise (…). L’Église, qui n’a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n’a pas à se dégager du passé (…), il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine, car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires, ni novateurs, mais traditionalistes. »

Les textes de l’Opus Dei, similaires à ceux du Sillon, sont nombreux. En voici encore quelques échantillons sous la forme de nos informateurs patentés.

— De Berglar : « Quand en 1950 le fondateur obtint finalement du Saint-Siège la permission d’admettre dans l’œuvre (…) des non-catholiques et des non-chrétiens parmi les “coopérateurs” de l’œuvre, la famille spirituelle de l’Opus Dei se compléta [33]. »
— De Vasquez : « C’était quelque chose d’inouï dans l’histoire pastorale de l’Église, ce fait de tirer des verrous et d’ouvrir des portes complètement, intégrant les âmes des bienfaiteurs protestants, schismatiques, juifs, musulmans et païens [34]. »

Berglar, Vasquez, Sastre et d’autres donnent des détails sur les rapports d’amitié très fraternelle entre Escriva et ces coopérateurs d’autres religions, très bons agents de financement de l’œuvre ; c’était déjà un œcuménisme actif et politique. Escriva était effectivement un précurseur en tous domaines.

Mentalité, comportement qu’en son encyclique Mortalium animos Pie XI, justement en 1928, a condamnés, s’adressant à ceux qui :

« Se mettent à tenir des congrès, des réunions, des conférences, fréquentés par les infidèles de tous genres (…) et même ceux qui par malheur se sont séparés du Christ (…). De telles entreprises ne peuvent en aucune manière être approuvées par les catholiques puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que toutes les religions sont plus ou moins bonnes et louables (…). En vérité les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur mais de plus, en pervertissant la notion de vraie religion, ils la répudient et ils versent par étapes dans le naturalisme et l’athéisme (…) ; c’est s’éloigner complètement de la religion révélée. »

C’est pourtant le chemin, « la spiritualité que Mgr Escriva exposait de façon immuable depuis 1928 [35] », écrit D. Le Tourneau qui cite le cardinal Poletti : « C’est pourquoi il a été unanimement reconnu comme un précurseur du concile [36]. »

Et c’est bien pourquoi, si rapidement après sa mort le 19 février 1981, on introduit sa cause de béatification ; le 9 avril 1990 il est déclaré vénérable et le 17 mai 1992 il est béatifié. Il fallait un saint pour couvrir et justifier les actes du concile, pour les authentifier.

Si l’appréciation de la vie intérieure et des vertus de Mgr Escriva n’est pas de notre domaine, il est tout à fait licite et légitime de mettre en doute et de réfuter sa doctrine révolutionnaire. Vertu et piété ne confèrent pas automatiquement orthodoxie doctrinale et pastorale.

 

 

Organisation et vie interne de l’œuvre

 

L’Opus est organisé comme un ordre religieux, tout en comprenant prêtres et laïcs. L’entrée dans l’Opus est considérée comme une vocation il y a une règle et des vœux [37], quoique différents pour les membres mariés.

Voici comment naissent les vocations :

« Quand des membres de l’Opus Dei s’installent pour exercer leur profession, ils commencent leur apostolat personnel, se font des amis, organisent chez eux des causeries de formation [Quelle formation ?]. Les vocations naissant, un noyau se constitue peu à peu. Un prêtre de l’Opus vient prêcher (…). Il devient bientôt nécessaire de trouver un pied-à-terre qui se transformera en centre stable. Se trouve ainsi mise en pratique la recommandation du fondateur : il faut se répandre, se disperser par le monde dans toutes les tâches honnêtes des hommes, il faut s’ouvrir en éventail [38]. »

Le nombre des vocations n’a cessé de croître. En 1989 l’Opus Dei comptait 76 000 membres de 87 nationalités. En France 1 400 membres environ avec dix centres à Paris et une quinzaine en province. Des « activités collectives » y ont été créées, une école d’hôtellerie dans l’Aisne, des clubs de jeunes, des « centres de rencontres », des résidences pour employés de maison, etc.

L’Opus Dei, en ornant son action du mot « apostolat », fait dévier le sens générique du terme, entendu dans le catholicisme comme propagation de la foi. Ce qu’elle ne veut pas, ce qu’elle ne fait pas, elle s’en défend expressément. Elle se met en contradiction avec elle-même quand elle dit faire œuvre d’Église et ne pas faire de prosélytisme. Mais de quelle Église s’agit-il ? Église œcuménique ? De quel Dieu ? Celui d’Assise ?

L’Opus Dei est une œuvre qui se dit ouverte, en « éventail ». C’est exact, elle est implantée partout. Elle possède une université internationale réputée : L’Estudio général de Navarra à Pampelune, créée en 1952, qui comprend facultés de droit, de médecine, de philosophie, de lettres, de pharmacie, de sciences, de théologie, des instituts de langues, une école supérieure d’architecture, une école des sciences économiques et de l’entreprise, une école d’infirmières, etc. Depuis 40 ans, 30 000 étudiants ont terminé leurs études à l’université de Navarre. En 1988-1989, il y avait plus de 15 000 inscrits. Huit résidences d’étudiants colegios mayores, en Espagne, dépendent de l’université. La clinique universitaire qui en dépend dispose de 500 lits. En 1988, plus de 80 000 consultations y ont été données et 12 000 malades hospitalisés.

Ceci n’est qu’un petit aperçu des réalisations au plan universitaire pour l’Espagne. Il y a au Pérou et en Colombie des universités similaires. Nous ne dresserons pas le tableau des nombreuses œuvres mondiales de l’Opus (Amérique latine, Australie, Japon, etc.), mais la connaissance de ses structures permet de comprendre les raisons de sa discrétion, les causes de son efficacité et les moyens de sa réussite.

Recrutement des membres. Il se fait essentiellement dans les universités, écoles, camps de sports, clubs, cercles dirigés par l’œuvre, ouverts en théorie à tous ; il est en fait réalisé dans les couches intellectuelles et supérieures de la société, parmi les jeunes lycéens et étudiants, les cadres des activités universitaires, scientifiques, juridiques, militaires, médicales, financières, commerciales et politiques. C’est effectivement « l’éventail » de Mgr Balaguer.

Appartenance à l’œuvre. Elle comprend quatre degrés :

Les numéraires. Élite faisant des vœux – ou engagements – de pauvreté, chasteté et obéissance. Certains vivent en communauté et versent leurs revenus à l’œuvre qui assure leurs besoins. Ils sont prêtres ou laïcs.

Les agrégés. Ils font les mêmes engagements. Ils ne sont pas pourvus des mêmes moyens et pouvoirs intellectuels que les numéraires, ce sont des oblats.

Les surnuméraires. Les plus nombreux, beaucoup sont mariés. Leurs engagements sont moins contraignants.

Les coopérateurs. Ne prononcent pas de « vœux », mais participent aux « œuvres collectives d’apostolat ». Ils peuvent ne pas être chrétiens.

L’Opus, malgré sa doctrine libérale, a été et est l’objet de critiques, d’opposition, venant d’horizons différents. Elle a été traitée de franc-maçonnerie cléricale à cause de ses structures hiérarchiques et de la grande discrétion des agissements de ses membres. Elle s’en défend absolument. Elle est classée à droite, conservatrice, par les laïcistes, en raison de la piété de ses membres et du niveau social de ceux-ci. Elle s’en défend également. Elle est classée moderniste par les traditionalistes.

Sa doctrine et ses positions, qu’elle qualifie elle-même de « révolutionnaires », son éloignement des principes séculaires professés par l’Église, ses pères et ses docteurs, n’ont pas empêché plusieurs évêques espagnols, considérés comme conservateurs, d’apporter leur soutien à Mgr Balaguer et à son œuvre, tels, dans les années 1970, Mgr Gonzales Martin, primat d’Espagne, ou Mgr Garcia Lahiguera, archevêque de Valence, ou Mgr Lopez Ortiz, vicaire aux armées. D’autres, comme le théologien progressiste suisse Urs von Balthasar, l’accusent de pervertir l’Évangile par un conformisme aveugle, un intégrisme moderne conduisant à la théocratie. Les critiques des extrêmes ne sont pas pour lui nuire, au contraire elles le font bénéficier d’une réputation de modération, de juste milieu, de conciliation, de cohabitation. Et Rome, la Rome moderniste, qui a coopté sinon suscité l’Opus Dei, a bien besoin de cette position d’ouverture, mais dans l’ordre, pour tenter de satisfaire les uns, les progressistes, et de rassurer les autres, les conservateurs, après l’échec et les désordres engendrés par le concile.

Le clergé de l’Opus est formé exclusivement de prêtres issus des membres laïcs de l’Opus. Les prêtres dépendent uniquement du prélat. L’Opus a été érigé en prélature personnelle en août 1982 par Jean-Paul II avec juridiction sur les membres de l’Opus dans le monde entier. Le prélat actuel est Mgr del Portillo, un des premiers collaborateurs de l’abbé Escriva. Il est ingénieur des ponts-et-chaussées.

Il y avait en 1991 environ 1 400 prêtres de l’Opus. A titre d’exemples, voici quelques ordinations faites dans le passé :

1964 — 22 membres de l’Opus ordonnés à Madrid : journalistes, ingénieurs, magistrats.

1969 — 20, de dix pays.

1971 — 29 ordonnés à Barcelone par Mgr Gonzalez Martin : officiers de marine, ingénieurs, architectes, avocats, professeurs d’université.

1973 — A Madrid 51 numéraires espagnols, français, anglais, italiens.

Au cours de chacune de ces dernières années, environ soixante membres de l’Opus Dei reçurent l’ordination sacerdotale conférée par les plus hautes autorités : cardinal Kœnig, cardinal Oddi, cardinal Etchegaray, Jean-Paul II. Preuve de l’importance de plus en plus grande prise par l’Opus Dei dans l’Église du concile.

Les prêtres de l’Opus Dei sont tous agrégés à « une association de clercs qui répond aux incitations du concile Vatican II (…), ils cherchent à promouvoir la sainteté sacerdotale et la pleine soumission à la hiérarchie ecclésiastique [39] » du diocèse où ils sont incardinés, c’est la « Société Sacerdotale de la Sainte-Croix ».

La discrétion et le mystère qui enveloppent l’Opus Dei ne permettent pas de savoir qui sont et où sont les membres les plus importants et les plus influents. Ce qui est certain, c’est que leur crédit est grand par les importantes situations sociales et politiques qu’ils assument en tous pays, dans les capitales de la pensée et de l’action où règnent les penseurs et les technocrates.

Sans pouvoir affirmer leur appartenance à l’œuvre, on peut dire que quelques personnalités connues sont au moins sous la mouvance de l’Opus. En France des hommes politiques comme Maurice Schumann, Antoine Pinay, des membres d’académie comme Jean Guitton, le professeur Jean Roche de l’Institut, recteur de la Sorbonne, fait docteur honoris causa de l’université de Navarre en 1967, et le professeur Jérôme Lejeune qui reçut la même distinction de Mgr Escriva de Balaguer en 1974 [40].

Le 2 février 1947 fut une grande date pour l’Opus Dei. Rome publiait la constitution Provida Mater Ecclesia établissant les normes de création d’instituts séculiers ; le 24 du même mois, l’Opus recevait l’approbation.

Premier institut séculier, l’Opus fut la première association catholique à coopérer avec des non-catholiques et même des non-chrétiens. Pourquoi cet acte contraire à la doctrine, contraire à la pensée et à la volonté de Pie XII ?

Ce que nous savons aujourd’hui, par les archives qui s’ouvrent et par les révélations écrites des intimes ou des disciples de J.B. Montini [41], permet de donner une réponse à cette question. Nous savons comment le substitut de la Secrétairerie d’État trahissait les décisions et les actes de son supérieur, le Saint-Père. Comment ? En falsifiant ses lettres (en particulier celle à Blondel du 2 décembre 1944), en donnant des interprétations contraires aux directives de Pie XII (en particulier à Humani generis, en 1950), en prenant des contacts et des engagements compromettants et scandaleux à l’insu, mais au nom de Pie XII (entre autres les accords secrets Montini-Staline en 1942).

Vu le comportement déloyal de J.B. Montini en tant d’occasions maintenant connues, il n’est pas invraisemblable de penser, par exemple, que la décision de création d’instituts séculiers, dont l’Opus fut l’immédiat bénéficiaire, a été extorquée selon la pratique habituelle du serviteur félon.

L’immuable et traditionnelle doctrine de l’Église catholique changeait déjà sous Pie XII, près de 20 ans avant le « 89 de l’Église », par le canal de l’Opus Dei de Mgr Escriva, utile instrument entre les mains de J.B. Montini pour propager dans les rangs de l’élite internationale la « nouvelle théologie » condamnée par Pie XII.

 

 

La doctrine de l’Opus Dei

 

Nous avons déjà observé quelques-uns de ses aspects. La doctrine de l’Opus est surtout transmise oralement à ses membres. Elle est cependant écrite à l’usage de chacun d’eux comme un bréviaire, dans Camino, une somme de 999 maximes.

Camino exalte la dignité de la personne humaine indépendamment de la religion. Le successeur de Mgr Escriva commente dans Estudios sobre camino [42] :

« Cette dimension humaine de Camino explique la capacité, démontrée par le livre, de réunir les espoirs et les aspirations de n’importe quel homme ou femme qui sent vraiment sa propre dignité indépendamment de ses convictions religieuses, en offrant au lecteur l’impulsion pour avoir une vie humainement plus claire et plus noble. »

Dans le même document, il révèle comment se fit l’endoctrinement dès avant le concile. Quoique caché, cet endoctrinement fut massif, bien au-delà du cadre des initiés de l’Opus : « Camino a préparé en ce temps-là des millions de personnes pour entrer en harmonie et pour recueillir en profondeur quelques-uns des enseignements les plus révolutionnaires que trente ans après promulguerait solennellement l’Église dans le concile Vatican II. » Donc mission révolutionnaire protégée, puis intégrée par l’Église moderniste. Somme de la pensée du père de l’Opus très efficace dans l’autodémolition de l’Église.

Peter Berglar, déjà cité, nous apprend des choses très importantes pour la compréhension de l’incommensurable crise. Il écrit en qualité de porte-parole de l’Opus Dei : « Nous savons que Paul VI utilisait son livre Camino pour sa méditation personnelle. Jean XXIII pour sa part disait à son secrétaire “que l’œuvre est destinée à ouvrir dans l’Église des horizons inconnus de l’apostolat universel”. Pour les papes Jean-Paul Ier et Jean-Paul II, l’Opus Dei et son fondateur étaient déjà des faits historiques objectifs qui supposaient le commencement d’une nouvelle époque du christianisme. » Escriva sera-t-il le premier docteur canonisé de la nouvelle Église ?

La lecture de Camino est trompeuse, car, si l’Opus exalte la mentalité laïque, Camino étouffe le laïc :

— Maxime 61 : « Lorsqu’un laïc s’érige en maître de morale, il se trompe fréquemment, les laïcs ne peuvent être que des disciples. »

— Maxime 941 : « Obéir, chemin sûr, obéir aveuglément au supérieur. »

Principes autoritaires, à usage interne, qui pèsent beaucoup sur la vie spirituelle de ces « religieux-laïcs ».

Comparons-les avec des propos, parmi tant d’autres, destinés à l’extérieur – laissant libre cours à la fantaisie et aux errements de la pensée en matière de doctrine sociale. Nous en déduirons l’illogisme si typique à l’Opus Dei. Ainsi Mgr Escriva a déclaré lors d’un entretien accordé à un journaliste américain :

« L’attitude des directeurs de l’Opus Dei, sur ce terrain (des opinions), est le respect de la liberté d’option sur le plan temporel (…). Il s’agit de mettre chaque membre devant ses propres responsabilités en l’invitant à les assumer suivant sa conscience, œuvrant en toute liberté [43]. »

Le corps de doctrine sociale de l’Église, particulièrement riche, enseigné par Pie XII, ne semble pas la source du comportement temporel des membres de l’Opus. Même les directives pontificales de l’Église conciliaire ne sont pas prises en considération. Tel membre responsable de l’Opus Dei [44] interrogé sur l’avortement n’a-t-il pas déclaré à un journaliste du Courrier de l’Ouest au lendemain de la béatification :

« En Espagne, l’Opus Dei s’est toujours refusé de prendre officiellement parti dans la campagne contre l’avortement. Ce n’est pas son rôle. »

La comparaison entre certains principes écrits dans un style apparemment traditionnel et les directives données pour organiser les « œuvres collectives d’apostolat » fait éclater une fois encore la contradiction interne à l’Opus, ce qui porte à penser qu’elle a deux visages et permet à certains de ses adversaires de dire : c’est une franc-maçonnerie.

Le Tourneau ne cache pas ces accusations, il y consacre un petit chapitre où on lit : « Le fondateur avait aussi été dénoncé devant le tribunal militaire spécial de répression de la franc-maçonnerie, ses détracteurs qualifiant l’Opus Dei de “branche judaïque de la franc-maçonnerie”. Plus tard Mgr Escriva fut accusé devant le Saint-Office, après que le saint Siège eût pourtant accordé son approbation définitive à l’Opus Dei [45]. » Salvador Bernal rapporte l’événement dans les mêmes termes [46].

Les protestations de l’Opus Dei n’ont pas convaincu les plus informés.

Dominique Le Tourneau consacre un chapitre à la liberté vue et vécue par l’Opus Dei :

« Une des caractéristiques de l’esprit de l’Opus Dei, souvent rappelée par ses porte-parole et sur laquelle le fondateur a sans doute le plus insisté, est la mise en valeur de la liberté. Cet amour de la liberté est intimement uni à la mentalité séculière inhérente à l’Opus Dei qui fait que (…) chacun agit à sa place dans le monde selon ce que lui dicte sa conscience, droitement formée, en prenant sur soi toutes les conséquences de ses actes et de ses décisions. Il est amené non seulement à respecter, mais à aimer de façon positive et pratique le pluralisme véritable [47]. »

Voilà qui contraste avec les maximes de Camino et le caractère secret imposé aux membres de l’Opus Dei par ses « constitutions », et apporte beaucoup d’eau au moulin des contradicteurs de l’Opus. Ces constitutions, dont certains articles ont été modifiés par nécessité lors de l’érection de l’Opus Dei en prélature personnelle en 1982, sont la charte de gouvernement de l’œuvre. Rédigés en latin, voici la traduction des articles les plus probants :

— Article 189 : « Pour réaliser plus efficacement sa fin propre, l’institut en tant qu’institut veut vivre caché “occultum vivere” : aussi s’abstient-il de participer aux actes collectifs (…). Étant donné la nature de l’institut à qui il ne convient pas d’apparaître à l’extérieur comme une société, ses membres n’interviendront pas collectivement dans certains actes publics du culte, comme les processions. »

— Article 190 : « (…) Le fait même d’être membre de l’institut ne permet aucune manifestation extérieure ; et l’on cachera aux gens de l’extérieur le nombre des membres ; bien plus, nos membres n’en parleront pas aux gens de l’extérieur. »

— Article 191 : « (…) Que les membres numéraires et surnuméraires sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei, pas même pour l’extension dudit institut. »

Si la prudence est toujours un bien, le secret à ce point est-il licite pour une « œuvre de Dieu » destinée aux laïcs, est-il compatible avec une mission d’apostolat ? Voilà un comportement bien éloigné de l’esprit de l’encyclique Quas primas de Pie XI sur la royauté universelle du Christ.

 

L’étude approfondie du manuel présenté par Dominique Le Tourneau, LOpus Dei, que nous venons de recenser, laisse perplexe le lecteur qui ne sait finalement quelle page prendre pour situer l’œuvre, tant elles se contredisent. Il semble pourtant que Le Tourneau ait brossé l’authentique tableau de cette œuvre à deux facettes. Et nous posons, à ceux qui viennent de la mettre au pinacle en la personne de son inventeur, la question de saint Pie X : « Que cachent ceux qui craignent la lumière et la vérité ? »

Une étude critique de l’Opus Dei [48] rédigée par Arnaud de Lassus met en parallèle en un tableau ce qu’il appelle « les deux images de l’œuvre ». La première image étant celle de sa carte d’identité officielle, pour l’extérieur, la seconde image, celle du comportement réellement vécu, à l’intérieur de l’œuvre. Citons un exemple pris sur ce tableau :

• 1ère image : L’Opus Dei n’exige ni vœux, ni promesses (Mgr Escriva).

• 2e image : Engagement obligatoire sous forme :

— de vœux (jusqu’en 1982),

— de liens contractuels, avec célibat pour les numéraires et associés, depuis 1982.

A. de Lassus met en lumière le danger de l’« apostolat » trompeur de l’œuvre ; rapportons intégralement son texte :

 

« Deux remarques à propos de ces deux images de l’œuvre : — La seconde image basée sur les textes constitutifs correspond nécessairement à la réalité ; la première, la plus diffusée dans le grand public, se présente comme une apparence. On trouve donc à l’Opus Dei le contraste entre l’apparence et la réalité, qui constitue l’un des traits authentiques d’un grand nombre d’institutions du monde moderne. Il en résulte un malentendu sur la nature de l’œuvre dont peuvent témoigner de nombreuses familles. Se représentant l’œuvre selon sa première image, ces familles envoient leurs enfants dans les clubs de jeunes, les foyers d’étudiants, les camps de ski (…) créés à l’initiative de l’œuvre et dirigés par elle et n’y voient que cela. Quelques années plus tard, elles se rendent compte que leurs enfants sont entrés dans une structure de nature religieuse et y ont pris des engagements (d’après les statuts – article 20 – des engagements dans l’œuvre peuvent être pris à partir de l’âge de 17 ans), ces clubs de jeunes, foyers d’étudiants, camps de ski (…) ayant servi d’instruments pour les recruter pour l’œuvre. Et c’est alors que l’œuvre leur apparaît peu à peu sous sa seconde image. »

 

Ces pratiques de recrutement, révélées et dénoncées par des familles trompées, corroborent les révélations d’anciens numéraires de l’Opus Dei publiées dans des ouvrages mettant en lumière la face cachée de l’Opus Dei :

El Opus Dei anexo a una historia, éd. Textos, de Maria, Angustias Moreno, de nationalité espagnole.

Das Opus Dei, eine Innenansicht, éd. Benziger, de Klaus Steigleder, de nationalité allemande.

L’un et l’autre expliquent comment, entre autres méthodes déloyales, se fait le recrutement des numéraires dans les familles où sont encore vécus les principes traditionnels – car l’Opus Dei ne veut que des gens de bonne tenue et de bonne éducation en son sein ; comment les jeunes sont sollicités pour des activités saines et légitimes, puis endoctrinés et finalement embrigadés dans un milieu occulte et liés par des engagements à l’insu des parents mis en confiance du fait de la reconnaissance et de la garantie officielle conférée par l’Église à l’Opus Dei. Tout cela étant couvert par « le père », patron tout-puissant et vénéré.

 

 

Une opération de nécessité pour l’Église du concile

 

Ces contradictions, graves et nombreuses, relevées dans la vie de l’œuvre, cette doctrine erronée, ces malversations, dans quelle mesure étaient-elles suffisamment connues de ceux qui prirent la responsabilité de l’ouverture du procès de Mgr Escriva en 1981 ? Des incompatibilités ont dû apparaître entre la réputation de sainteté du fondateur et l’esprit de certains articles des constitutions rédigés par lui. Il y a toute raison de penser que les modifications apportées à plusieurs des articles de ces constitutions quelques mois après, en 1982, l’ont été afin de faire apparaître une adéquation entre les principes et les faits. Opération de mise en ordre indispensable pour ne pas contrarier la bonne marche de la cause.

Lors de l’approbation de l’Opus Dei comme « pieuse union » en 1941 par l’évêque de Madrid, l’œuvre portait le sceau du secret [49]. Les « constitutions » de 1950 rédigées en 47 articles confirment ce caractère secret, nous l’avons vu, et l’article 193 en impose la permanence :

« Ces constitutions, les instructions déjà promulguées et celles qui pourraient être promulguées à l’avenir, ainsi que les autres pièces relatives au gouvernement de l’institut, ne doivent pas être divulguées ; de plus, sans permission du père, on ne traduira pas en langue vulgaire celles qui sont rédigées en latin. »

Les rigueurs, les excès, les contradictions des articles de ces constitutions n’apparaissent pas dans les propos et les moyens d’approche des cadres de l’Opus en quête de nouveaux adeptes. Il a donc fallu, en 1982, modifier quelques articles et colmater l’hiatus entre apparence et réalité.

Avec ce changement d’écriture, y a-t-il eu changement d’esprit ? Ces constitutions se définissent elles-mêmes depuis l’origine « fondement de l’œuvre (…) ; elles doivent être considérées comme saintes, inviolables, perpétuelles [50] ». Les corriger, n’était-ce pas trahir le fondateur ? Son successeur, Mgr A. del Portillo, met les choses au point :

« Bien que le changement ait été seulement – je le répète – dans le vêtement juridique et que rien de ce qui est essentiel dans l’Opus Dei n’ait été modifié, je veux affirmer que nous avons fait un pas très important [51]. » En quoi réside exactement l’importance de ce pas ? La prélature ? Mgr del Portillo n’en dit rien. Dix ans plus tard, le cardinal Sébastiano Baggio, camerlingue de l’Église, le dira et l’explicitera dans l’homélie prononcée au cours d’une messe en action de grâces à Rome trois jours après la béatification [52] : « Pour le bienheureux José-Maria Escriva, l’unité avec l’Église n’est pas quelque chose d’extérieur mais de constitutif pour tout apostolat authentique. « De nouveaux motifs de reconnaissance envers Dieu nous viennent à l’esprit pour cette unité dans l’apostolat que, suivant le chemin tracé par le bienheureux José-Maria Escriva, l’Opus a vécu avec tant d’intensité depuis ses débuts. Une unité qui a trouvé son expression institutionnelle adéquate dans l’érection de l’Opus Dei en prélature personnelle et que l’ordination épiscopale du prélat a contribué à montrer comme ancrée à la source même de l’unité apostolique : le collège des évêques qui – cum Petro et sub Petro  – succède au collège des apôtres. »

Le « phénomène pastoral » est héritage des apôtres. Voilà ce qu’il fallait arriver à faire dire par l’autorité.

Dix années ont suffi à rassembler les moyens pour tenter de redorer à la face du monde l’effigie d’une Église conciliaire mise à mal par ses plus zélés artisans. L’opération ne pouvait pas évacuer toutes les contradictions, les distorsions et les abus de l’Opus Dei. Jusque sur la place Saint-Pierre où l’on glorifie celui qui inventa une doctrine : « Le travail, moyen spécifique où prend sa source la vie intérieure », Jean-Paul II, en son homélie, ressent à la fois la nécessité de louer le bienheureux « qui sut ouvrir de nouveaux horizons apostoliques à l’action missionnaire et évangélisatrice », et de corriger : « Le Christ invite tout le monde à se sanctifier dans la vie concrète de chaque jour. C’est pourquoi le travail est aussi un moyen de sanctification personnelle et d’apostolat quand on l’accomplit en union avec Jésus-Christ [53] ».

Le sens réel de cette spectaculaire opération n’a pas échappé aux observateurs perspicaces, à ceux, clercs et laïcs qui, instruits de saine doctrine catholique, n’ont pas oublié l’enseignement de Pie X : « Gardez la doctrine toujours vierge. »

Ici, là et ailleurs, ils ont dit ou écrit ce qu’il faut savoir. L’un d’eux l’exprime clairement : « Qui connaît un peu l’histoire de l’Opus Dei et son rôle dans l’Église aujourd’hui pensera qu’il est question de la béatification de l’Opus Dei (…). C’est l’Opus qui est ici mis en vedette parce qu’il offre à la politique du Saint-Siège un contrepoids aux fantaisies des modernistes (…). Les prêtres de l’Opus Dei (…) sont les conciliaires conservateurs dont le Vatican a besoin pour rééquilibrer l’Église qui sombre en bien des endroits dans la pire anarchie. Il paraît donc évident que la béatification du fondateur de l’Opus Dei a pour but de favoriser l’aile conservatrice et libérale du catholicisme conciliaire (…). L’Église issue de Vatican II avait besoin d’un modèle [54]. »

 

 

Rôle et puissance politiques de l’Opus Dei

 

Il est impossible de terminer cette sommaire étude sans évoquer le rôle qu’a joué l’Opus Dei dans la politique de l’Espagne depuis un demi-siècle.

Nous l’avons vu, la pénétration de l’Opus depuis la fin de la guerre d’Espagne n’a cessé de progresser dans l’élite espagnole. Par ses appuis, par ses méthodes, par ses moyens, par la psychologie de ses dirigeants, elle a formé moralement, intellectuellement, des hommes aptes à assumer toutes les responsabilités des structures de l’État. Ils ont accédé normalement, par leurs capacités, aux postes de direction de banques, d’entreprises industrielles et commerciales, dans les universités, la magistrature et l’armée.

Ces hommes, dans leur milieu professionnel, ont appliqué les méthodes internes et propres à l’œuvre. Ils ont coopté. Rien de plus naturel. Leur habileté à mener à bien les affaires, là où ils les détenaient, leur a fait une juste réputation.

La documentation nécessaire à la rédaction de ce chapitre sur l’Espagne ne sort pas d’ouvrages de librairie de l’Opus, l’objectivité de l’étude l’exige, mais de livres sur l’Espagne contemporaine et le régime franquiste. Les jugements qui y sont portés sont parfois partiaux et tendancieux tant à l’égard du franquisme, que de la monarchie, de l’Opus et du catholicisme.

Deux retiennent l’attention [55], ayant consacré de nombreuses pages à ce « cas » unique dans l’histoire moderne religieuse et politique. Mis à part les jugements des deux auteurs, l’intérêt de leurs travaux réside dans la riche documentation : citations, rapports d’enquêtes, extraits de délibérations ou de statistiques, décisions gouvernementales, etc.

Comment l’Opus Dei, cette œuvre « religieuse » qui se défend de faire œuvre politique, a-t-elle pu « orienter » aussi profondément, aussi radicalement, ce régime autoritaire ? La genèse de l’histoire et son développement, en quelques repères, sont instructifs.

En 1957, le général Franco forme son sixième gouvernement. Y entrent de nouveaux ministres, dont plusieurs ont la réputation de technocrates ; certains appartiennent à l’Opus Dei qui ne passe pas pour un soutien du régime. Pourquoi ? La raison en paraît simple. L’économie espagnole étant dans une mauvaise passe entre les mains de ministres issus du mouvement national et de la phalange, le Caudillo chercha des hommes efficaces ; il avait entendu vanter les mérites intellectuels et techniques de quelques hommes qu’il fit entrer au gouvernement, Fernando Castiella aux affaires étrangères, Alberto Ullastres au commerce, Navarro Rubio aux finances et Lopez Rodo au secrétariat général de la présidence du gouvernement contrôlant le fonctionnement de tous les ministères.

Les quatre sont technocrates, les trois derniers de l’Opus, Lopez Rodo est numéraire de l’Opus Dei. Ils entreprennent la réforme et commencent l’ouverture, à cadence rapide. Dès décembre 1957, Foster Dulles, conseiller du gouvernement des U.S.A. et négociateur, est reçu par Franco.

Plus l’influence des membres de l’Opus croît, plus celle de la phalange décroît, plus Franco confie les rênes aux libéraux. Deux groupes de « médecins » étrangers arrivent en Espagne, l’un par l’Organisation Européenne de Coopération Économique (O.E.C.E.), le second financé par le Fond Monétaire International (F.M.I.) en février 1953. Les deux groupes élaborèrent un « plan de stabilisation » et promirent que l’acceptation de celui-ci octroierait toutes sortes d’avantages : la peseta serait stabilisée, le gouvernement américain et les banques des U.S.A., le F.M.I. et l’O.E.C.E. apporteraient leur aide. Fermement soutenu par les économistes de l’Opus, le plan fut officiellement accepté par le gouvernement en juillet 1959. En décembre, Eisenhower est à Madrid.

Aussitôt, l’Espagne passa du rang d’associé à celui de membre actif de l’O.E.C.E. Le taux de la peseta passa de 40 à 60 par rapport au dollar américain, elle se plaça parmi les plus fortes monnaies du monde à son nouveau taux de change. Le déficit de 50 millions de dollars en 1958 se transforma en un excédent de 80 millions en 1959. Les marchandises abondèrent, mais les spéculateurs se retirèrent, des hommes d’affaires furent ruinés, des dizaines de milliers d’ouvriers réduits au chômage, l’agitation souleva la région industrielle des Asturies.

La situation nécessitait un homme d’ouverture. Le libéral Lopez Bravo, ingénieur naval, (39 ans, membre de l’Opus), est nommé ministre de l’Industrie le 20 juillet 1962. Entre avec lui dans le gouvernement, au ministère de l’Information et du Tourisme, Fraga Iribarne, qui n’est pas de l’Opus et jouera plus tard un rôle important contre l’Opus.

Certes l’Opus n’est pas un parti politique. L’Opus ne participe pas en tant que formation au gouvernement espagnol. Ce sont les hommes de l’Opus qui y sont, influents et agissants, y donnant l’orientation, l’impulsion dans l’esprit très conforme à la doctrine de l’Opus, comme la franc-maçonnerie clamant pourtant solennellement ne donner aucune consigne politique. Les méthodes de l’Opus ont investi les ministères, où les ministres cooptent, placent dans leurs services ces hommes cultivés, compétents, nombreux, prêts à servir, si bien formés à l’université de Navarre. Rien de plus humain, rien de plus naturel. Mais pourquoi s’en défendre ? puisque c’est l’évidence !

Lopez Rodo, le discret mais brillant membre important de l’Opus, a été nommé, par Franco, commissaire au plan quadriennal lors de la dernière réorganisation gouvernementale. Parfaitement secondé par plusieurs dizaines d’experts de ses amis, Lopez Rodo établit une véritable encyclopédie du développement économique et social exposé en trente et un volumes.

Les technocrates obnubilés par la productivité, la réussite matérielle à tout prix – ce sont des matérialistes à l’esprit socialiste – ont sacrifié la partie haute, noble, spirituelle de l’individu pour obtenir la réussite. Ils ont appelé les affairistes internationaux, les politiciens mondialistes. L’Espagne préservée – au moins officiellement par les lois – de la corruption morale, de la propagande subversive pendant 20 ans, a ouvert toutes grandes ses frontières, dans les deux sens, pour faire entrer l’argent.

Les technocrates ont encouragé les Espagnols à s’expatrier vers les marchés du travail des pays prospères : la France, l’Allemagne, l’Angleterre. L’envoi d’argent « au pays » fut très important et bien utile à l’économie de la Péninsule. La plus grosse réussite fut la migration contraire, la hausse considérable du commerce du tourisme à partir de 1961 pour atteindre en 1964 quelque 14 millions de touristes étrangers, près de la moitié de la population espagnole. Ces hordes occidentales portèrent sur les plages 1 000 millions de dollars et, en prime, les spectacles indécents et les ferments de corruption du « libéralisme avancé ». L’Espagne y a-t-elle trouvé le vrai profit ?

Au cours des années suivantes, les technocrates chrétiens poursuivent la réalisation de leur plan matérialiste. En octobre 1968, Franco reçoit Henry Kissinger, israélite allemand devenu américain, conseiller politique du gouvernement de Washington.

En 10 ans, les hommes de l’Opus ont donné un essor économique spectaculaire à la péninsule ibérique. La philosophie du travail chère à l’Opus a porté ses fruits matériels, mais : « sanctifier par le travail » ? — « se sanctifier par le travail » ? — « sanctifier le travail » ? L’Espagne y a-t-elle gagné la sanctification ?

En août 1969 éclate un scandale en Espagne, autour d’une importante entreprise industrielle : Maquinaria textil del norte (Matesa). Cette société fondée en 1956 à Pampelune (la capitale de l’Opus) s’est spécialisée dans la fabrication de métiers à tisser sous licence française. Elle est dirigée par Juan Vila Reyes, membre de l’Opus. L’entreprise est donnée par la presse comme un modèle de dynamisme commercial. Reyes est un vieil ami de Rodo, le commissaire gouvernemental au plan.

Des irrégularités financières ne peuvent pas échapper au contrôle du fisc. Cinq milliards de pesetas ont quitté l’Espagne et des dizaines de millions ont servi à subventionner des organismes bien étrangers à la fabrication des métiers à tisser, tels l’université de Navarre et l’Institut des Études Supérieures de l’Entreprise à Barcelone, créés et dirigés par l’Opus Dei. Cet empire commercial de 75 filiales espagnoles – et d’outre-mer et d’outre-Pyrénées – s’écroula.

Le scandale était causé par l’importance intrinsèque du délit : le détournement de fonds publics. De 1959 à 1969 Matesa reçut des crédits d’État à l’exportation, du Banco de credito industrial, pour un montant de 10 milliards de pesetas, en principe pour l’exportation des métiers à tisser, mais les machines n’ont pas quitté la Péninsule, ou ont été mises dans des dépôts de filiales étrangères. Grâce à des livraisons fictives, de nouveaux crédits sont alloués au nom du slogan technocratique du moment « exportez, exportez ».

Coïncidence gênante, les ministres des Finances et du Commerce et le gouverneur de la banque d’Espagne, Navarro Rubio, sont de l’Opus. Plusieurs personnalités sont compromises.

Fraga Iribarne, ministre de l’Information, profite de la situation pour faire payer le limogeage de ses amis ministres nationalistes en faisant orchestrer par la presse phalangiste et monarchiste une campagne anti-Opus sans citer nommément « l’œuvre », mais les « technocrates ». Elle atteint la réputation du gouvernement.

Franco accuse Iribarne de nuire au prestige de l’Espagne en exploitant « l’affaire Matesa » à des fins partisanes. Encouragé par Lopez Rodo et l’amiral Carrero Blanco, le chef de l’État, le 29 octobre 1969, forme son neuvième gouvernement d’où sont encore exclus des nationalistes, dont Iribarne, qui cède son ministère à un ancien ambassadeur au Vatican, Sanchez Bella, lui aussi dans la mouvance de l’Opus. Huit membres de l’Opus entrent au gouvernement. Le scandale Matesa n’a desservi que les franquistes. Ironie de l’histoire.

L’Opus Dei – il faut bien arriver à rendre à César ce qui est à César – l’Opus triomphe. Elle avait déjà remporté une grande victoire au cours de l’été 1969 puisque les ministres « technocrates », principaux artisans de « l’opération prince », avaient entendu Franco, le 22 juillet, désigner aux Cortès le prince Juan Carlos comme son successeur à la tête de l’État. Le lendemain, celui-ci prêtait serment.

Certes l’Opus en Espagne n’a pas les pouvoirs que n’ont plus les partis, mais elle a un pouvoir que n’ont jamais eu les partis. Le libéralisme gagne du terrain. Le ministre Lopez Bravo est à Moscou le 21 décembre 1969, il y signe des accords. La voie est ouverte au socialisme bien avant la mort de Franco.

Le rôle joué par l’Opus Dei en Espagne et dans le monde depuis 25 ans est considérable. Cette spiritualité déconcertante, cette doctrine socialisante ont fait leur chemin. Elles participent à l’instauration du nouvel ordre mondial. Pas à la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 

 

En face, une œuvre missionnaire proscrite

 

L’œuvre du père Vallet peut être mise en parallèle avec l’œuvre de l’abbé Escriva pour la similitude de leur champ d’action, de leur « clientèle », de l’époque de leur manifestation, de leur volonté de transformation de la société. Un parallèle qui s’arrête là. La confrontation prend essentiellement intérêt sur le sort réservé à ces deux œuvres, sur les sentences diamétralement opposées, portées sur les deux fondateurs.

Si la pensée, la doctrine, l’œuvre de l’abbé Escriva sont équivoques, difficiles à cerner tant elles manquent de clarté, l’esprit et l’œuvre du révérend père François de Paule Vallet sont très simples à décrire. La doctrine du père Vallet est sans ambiguïté, elle ne conteste pas l’apostolat immense des siècles de chrétienté, elle en est l’héritière. Elle est toute droite. C’est un canal de transmission, sans écluse ni tunnel, de la doctrine traditionnelle de l’Église. Il n’y a pas contradiction entre la pensée du révérend père et son action ; sa vigilance et sa clairvoyance ayant détecté les prémices du nouvel ordre mondial (oui, déjà), il les combattit de toute son exceptionnelle énergie et y opposa inlassablement la doctrine de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ définie par le magistère de l’Église.

Quel est ce prêtre à peu près inconnu en cette fin de siècle [56] ? Espagnol, né à Barcelone en 1884 dans une famille d’artisans, François de Paule passe par l’université, puis l’école d’ingénieur. Intellectuel curieux des sciences, des lettres, des arts, il écrit, il peint. Il fréquente des scientifiques, des écrivains, des artistes ; il déborde de vie et d’activités, loin des préoccupations spirituelles. Mais la société adonnée aux recherches d’intérêts, de conformismes, de mondanités le déçoit. Il fuit la ville et se retrouve par les voies de la Providence à Manrèse, là où Ignace de Loyola fut terrassé comme Saul. Il y « fait » les fameux exercices spirituels. Tout change pour lui, il découvre le plan divin sur la création, l’homme et la société.

Il quitte le monde pour se préparer à en faire la conquête. A vingt-quatre ans, il entre au noviciat de la compagnie de Jésus à Gandie. Les sciences sacrées le passionnent. Sondant les immenses possibilités des exercices spirituels pour mener les âmes à Dieu par la vie intérieure, il découvre combien ils peuvent avoir de puissance de transformation de la vie familiale, sociale et politique.

Le frère François de Paule Vallet est convaincu que ce ferment divin, jusqu’alors réservé aux religieux et à quelques privilégiés, doit être mis au service de tous, non seulement les catholiques, mais aussi et surtout les plus démunis, les indifférents, les incroyants, pour les amener à la foi, à la pratique des commandements, sur la voie du salut ouverte par Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est ce qu’il appelait l’apostolat, selon le sens unique et vrai que lui a toujours donné l’Église.

Pour lui, il n’y avait rien à inventer, mais à profondément labourer, ensemencer, moissonner le champ du Seigneur dans les structures existantes de l’Église. Enthousiasmé par le récit de l’extraordinaire épopée des retraites populaires du père Muñoz en Colombie transformant toutes les classes de la société et instaurant le régime social du Christ-Roi sur le pays, le novice François de Paule Vallet met tout en œuvre pour obtenir la permission de commencer immédiatement en Espagne cette thérapeutique spirituelle. Il parcourt la région de Valence, recrute ; lui, simple frère, prêche les exercices, dans les conditions matérielles les plus précaires, aidé de quelques pères du noviciat. La prédication s’adresse uniquement aux hommes : chefs de famille, chefs d’entreprise, chefs de la société. Les exercices y sont condensés en cinq jours, les rendant accessibles à tous. Les retraites se multiplient et bouleversent le pays.

Prêtre en 1920, le révérend père Vallet revient à Manrèse comme directeur des retraites. De là il va partir à l’assaut de la Catalogne, non pour créer une œuvre indépendante, mais pour redonner aux curés des paroisses des hommes convaincus, zélés, apôtres.

San Andrès, paroisse de la banlieue de Barcelone, devient le centre d’un rayonnement extraordinaire. Sans distinction de rang social, patrons et ouvriers, artisans et étudiants, intellectuels et paysans font et refont la retraite, recrutent. « Une course à la grâce, un feu de poudre qui se communique de proche en proche pour mettre en émoi la grande capitale elle-même, Barcelone », écrit Maurice Conat.

De 1923 à 1927 plus de douze mille hommes enthousiasmés se groupent en ligues paroissiales de persévérance, achètent un grand hôtel à Barcelone, l’organisent en « maison de l’exercitant » avec secrétariat, restaurant, hôtel, salles de réunions, chapelle.

La grande idée du révérend père Vallet : « Par les exercices spirituels rendre au laïcat le sens de sa responsabilité civique et l’engager vigoureusement dans l’œuvre d’une restauration sociale chrétienne effective. » Refus d’être une chapelle, un tiers-ordre. « On se veut à la fois d’Église et sainement laïcs. » L’objectif n’est pas de créer des journaux catholiques, un parti catholique, un syndicat catholique, une œuvre de charité. Le but est précis : multiplication de retraitants, « une armée de retraitants » agissant dans tous les milieux pour transformer et rendre catholiques les journaux, les partis, les syndicats, les œuvres existants. « On n’abattra pas la révolution, on la dissoudra par le dedans et par ses propres élites converties. »

Programme optimiste, réalisable s’il avait été encouragé, soutenu, défendu par la hiérarchie. Un évêque américain, Mgr Viola, dira plus tard de ce programme : « L’œuvre du vingtième siècle ».

Là réside toute la différence entre l’œuvre de l’abbé Escriva et celle du père Vallet.

Avec cet apostolat le révérend père Vallet fit des merveilles. On vit de virulents chefs de cellules communistes, des meneurs de syndicats, des agnostiques et même des catholiques sortir de retraite et le lendemain porter la bannière de la procession.

Le propos n’étant pas ici de raconter la vie du père Vallet, contentons-nous de dire que le succès n’a pas été payé. C’était l’époque de la revanche du modernisme condamné par saint Pie X. Rien ne devait subsister de ce qui fut le labarum de ce pontificat.

Certes, il y eut les belles encycliques Quas primas et Mortalium animos, mais dans la Rome de ce temps les libéraux avaient pris de solides positions, l’esprit du Sillon était bien représenté, le progressisme y prenait son essor. Ceux qui voulaient « tout restaurer dans le Christ » n’avaient plus droit de cité.

Et le père Vallet fut persécuté, expulsé de son pays. Il tenta en Amérique d’implanter son œuvre. Après maintes vicissitudes, et la création de l’institut des « coopérateurs paroissiaux du Christ-Roi », il trouve asile en France en 1934 où pendant dix ans, à contre-courant, il renouvela ce qu’il avait fait en Espagne. Le chaos de la libération le rejeta outre-Pyrénées. Il rappelait parfois le mot de saint Jérôme : « Si je m’étais contenté de tresser des corbeilles de joncs et de soigner mon estomac, je vivrais des jours tranquilles. Mais, parce que j’ai voulu rendre l’Écriture à la vérité hébraïque, tout le monde me déchire à belles dents. »

A soixante ans il est épuisé, mais rassemble ses dernières forces et va prêcher encore le Christ-Roi. Il va mourir, non dans son fauteuil à son bureau, mais en prêchant les exercices à Madrid. Ce fut enfin le silence sur cette puissance apostolique hors pair. On ne découpa pas sa soutane comme des reliques, mais dès lors son œuvre se propagea rapidement dans les pays francophones. Plusieurs dizaines de milliers d’hommes y découvrirent la doctrine de l’Église catholique.

Ce qu’on ne pardonnait pas au révérend père Vallet, c’est sa profonde psychologie, sa lumineuse clairvoyance et sa fidélité à l’immuable doctrine. Il ne se contentait pas de former des hommes pieux, fidèles au sanctuaire, mais aussi des hommes avertis, actifs et résolus, prenant position dans la cité en catholiques pour faire œuvre de politique catholique contre l’esprit du monde. Il affirmait que la question sociale aurait été réglée si les hommes n’avaient pas voulu construire une société étrangère à la volonté de Dieu. Il osait dire que les nations étaient marquées au front du signe de la mort pour avoir rejeté la royauté du Christ.

La seule fin de l’apostolat est la conversion.

 

Ce face à face montre l’antinomie entre ces deux hommes, entre ces deux œuvres.

Le modernisme régnant ne pouvait que bannir François de Paule Vallet pour glorifier José-Maria Escriva.



***


[1] — Dominique Le Tourneau, L’Opus Dei, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » nº 2207, 3e édition 1991, 21e mille (1ère édit. 1984), traduit en allemand, anglais, espagnol, italien, japonais, néerlandais, portugais. Il est intéressant de savoir que Dominique Le Tourneau a publié dans le numéro 57 de la Revue des sciences religieuses en 1983, un article dont le titre seul résume tout l’exposé  : L’Opus Dei, prélature personnelle, dans le droit fil de Vatican II.

[2] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 6, a mis en relief voit.

[3] — Ibidem, p. 9. L’évêque aurait-il « vu » aussi, pour être instantanément et pleinement au fait ?

[4] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 9. Nous soulignons « nouveau phénomène pastoral et juridique ».

[5] — Bulletin annuel publié par la vice-postulation de L’Opus Dei en France, 1991 – 5 rue Dufrénoy – 75116 Paris.

[6] — D. Le Tourneau, porte-parole de l’Opus Deii, insiste bien : L’abbé « connaît la volonté de Dieu », L’Opus Dei, ch. II p. 20.

[7] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 21.

[8] — Franciscain, cardinal archevêque de Tolède (1436-1517).

[9] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 22, 23. Notre sainte mère l’Église est réduite à peu de chose dans l’histoire : 15 siècles en léthargie, pas d’apostolat, la créature est abandonnée. Enfin, Balaguer vint !

[10] — Auteur de L’Utopie prônant un communisme idéal. Mis à l’index. (NDLR : Il fut canonisé pour son martyre et non pour ses idées).

[11] — Humaniste hollandais, prépara la réforme par son Éloge de la folie. Luther ne fit que proclamer tout haut et appliquer ce qu’Erasme avait insinué.

[12] — L’auteur ne dit pas : contre-réforme.

[13] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 23. L’auteur vise-t-il le concile de Trente et son catéchisme inspiré par saint Charles Borromée ?

[14] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 25.

[15] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 26.

[16] — Juan Moralès, El Opus Dei : su verdadera faz. Textos, citas y comentarios, décembre 1991. Disponible à l’adresse suivante : Casa San José, Carretera Navalcarrero a Griñon km 5, 28607 El Alamo, Espagne.

[17] — Plusieurs ont été publiés également en d’autres pays. On trouve auteurs et titres dans la bibliographie de D. Le Tourneau, in op. cité, p. 125 et sq.

[18] — Peter Berglar, Opus Dei, Rialp, p. 218. Publié aussi à Salzbourg, édition Otto Müller, 1983.

[19] — Salvador Bernal, Monseigneur Escriva de Balaguer, Rialp, p. 153. Publié aussi à Paris, SOS, 1978.

[20]Idem , p. 309.

[21] — Ana Sastre, Tiempo de caminar, Madrid, édition Rialp, 1989, p. 95.

[22] — Vasquez de la Prada, El fundator del Opus Dei, Madrid, édition Rialp, 1983, p. 336.

[23] — José Miguel Ceja, Estudios sobre camino, Publié à Madrid, édition Rialp, 1988, p. 100.

[24] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 27.

[25] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 28.

[26] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 33.

[27] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 37.

[28] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 41.

[29] — Pie XI, encyclique Quadragesimo anno, 1931.

[30] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, § 4, Les œuvres collectives d’apostolat, p. 89 et 90.

[31] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 91 et 92.

[32]Entretiens avec Mgr Escriva de Balaguer, édition française Fayard et édition espagnole Rialp (p. 126).

[33] — Peter Berglar, Opus Dei, Rialp, p. 244.

[34] — Vasquez de Prada, El fundator del Opus Dei, p. 258.

[35] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 51.

[36] — Décret d’introduction de la cause de béatification.

[37] — Jusqu’en 1982, puis remplacés par des « engagements ».

[38] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 16.

[39] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 79.

[40] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 48.

[41] — Cf. « Paul VI et le coup de maître de Satan », Courrier de Rome 148, juillet-août 1993, BP 156, 78000 Versailles.

[42] — Ouvrage collectif, éd. Rialp, Madrid, 1989, pp. 52 et 53.

[43] — Entretien avec Peter Forbach, in Time, 15 avril 1967 et publié dans Entretiens avec Mgr Escriva de Balaguer, recueil de 7 entretiens accordés de 1966 à 1968 au Figaro, New York Times, etc., 46 éditions, 3e édition française, Paris, 1987.

[44] — François Sartre, avocat parisien.

[45] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 39.

[46] — S. Bernal, Mgr Escriva de Balaguer, p. 280.

[47] — D. Le Tourneau, L’Opus Dei, p. 36.

[48] — A. de Lassus, L’Opus Dei, textes et documents, 44 pages, éd. A.F.S., Paris, mai 1992.

[49] — « Prenant en considération la réserve discrète qu’il faut garder (…), nous décidons que l’exemplaire de ces règlements, régime, ordres, coutumes, esprit et cérémonial se conservera dans nos archives secrètes. » Madrid le 19 mars 1941, Léopold, évêque de Madrid, cité par G. Rocca, in Opus Dei, édition Paoline, Rome, 1985.

[50] — Article 172 de la Constitution.

[51] — Mgr del Portillo, in Chercher Dieu au milieu des hommes, p. 38.

[52] — Le 20 mai 1992 en la basilique Sainte-Marie in Vallicella, in Bulletin d’information de l’Opus Dei, n° extraordinaire, p. 15, édition 1er trimestre 1993.

[53] — Jean-Paul II, Rome, 17 mai 1992, homélie pour la béatification, cité in Bulletin d’information, n° extraordinaire, pp. 7 et 8, édition 1er trimestre 1993.

[54] — Abbé P. Laroche : Un bienheureux de l’Église conciliaire, in Controverses, journal mensuel suisse, décembre 1992.

[55] — Edouard de Blaye, journaliste à l’agence France-Presse, Franco ou la monarchie sans roi, éd. Stock, 1974 (affaire Matesa, p. 255 et ss.).

Brian Crozier, Franco, 1ère éd. en anglais, Londres, 1967 ; traduction française éd. Mercure de France, Paris, 1969 (sur l’Opus, p. 470 et ss.).

[56] — A part des articles de revues, il n’a été publié en français qu’une biographie du révérend père Vallet, par Maurice Conat : Le magicien du règne, François de Paule Vallet, 1884-1947, 75 pages, édition du Val de Rhône, 1967. Ces quelques lignes lui doivent beaucoup.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 11

p. 125-153

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