Une rupture seulement pastorale ?
La Simandre, bulletin bimestriel de la Fraternité de la Transfiguration (Maison Saint-Joseph, “Le Bois”, 36220 Mérigny), a donné dans son numéro de novembre-décembre 2019 un avis très remarqué sur un livre récent de M. l’abbé Pierre-Marie Berthe (FSSPX). Nous le reproduisons ci-dessous, en le faisant suivre d’un commentaire de Christian Lassale paru sur le site Médias-presse-info.
Le Sel de la terre.
Est-il exact d’écrire que « la rupture [entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger en mai-juin 1988] intervient pour des raisons pastorales, mais non pour des motifs doctrinaux et liturgiques » (Les dimensions ecclésiales, un défi pour l’Église catholique, Cerf, 2019, p. 711) ?
Cette phrase rédigée par un prêtre semble rabaisser le conflit existant depuis Vatican II à un côté humain à « un manque de confiance réciproque ». Il est vrai que cette phrase en introduit une autre : « Elle [la rupture] laisse intact le Protocole d’accord qui constitue une base solide en vue d’une réconciliation future ».
Monsieur l’abbé, s’il y a eu rupture entre Mgr Lefebvre et les autorités romaines de l’époque, ce n’était pas pour des raisons psychologiques, mais bien pour des raisons doctrinales. Vous allez jusqu’à écrire que « le cardinal Ratzinger n’a pas su dissiper les craintes de l’archevêque ».
Le combat pour la messe de toujours et contre la nouvelle messe est doctrinal. J’ose espérer que vous en êtes convaincu. Mgr Lefebvre déclarait ce nouvel Ordo « équivoque » et « dangereux pour la foi ». Le combat contre les erreurs de Vatican II est doctrinal. Là aussi j’ose espérer que vous en êtes convaincu.
Alors de grâce, si vous ne voyez pas cela, ne vous prétendez pas fils spirituel de Mgr Lefebvre. C’est lui qui a ordonné les premiers prêtres de notre Fraternité et, tant que nous aurons un brin de lucidité, nous n’accepterons pas que l’on travestisse l’âme de son combat.
Peut-être serait-il préférable que vous quittiez votre communauté pour une reconnaissance rapide, que vous obtiendrez facilement, vu vos idées, dans un diocèse ou à Rome.
Ah ! ces canonistes qui veulent à tout prix un accord et qui sont prêts à tous les compromis, fussent-ils doctrinaux. Pour eux il n’y a pas de crise dans l’Église et, par là-même, pas d’état de nécessité.
U
[Extraits du commentaire de Christian Lassale sur le site MPI :]
Le 3 janvier 2020, fsspx.news nous informe qu’« en juin 2019 paraissait une étude remarquablement documentée de l’abbé Pierre-Marie Berthe ». Il semblerait que cet appui laudateur et sans réserve du rédacteur de l’organe officiel de la Maison Générale de la FSSPX soit une réponse-défense au non ferme et courageux de la Fraternité de la Transfiguration qui, dans La Simandre de novembre-décembre 2019, dénonçait « ces canonistes qui veulent à tout prix un accord et qui sont prêts à tous les compromis, fussent-ils doctrinaux ».
Il faut savoir que M. l’abbé Pierre-Marie Berthe, « archiviste paléographe (2004), docteur en histoire de l’université Paris-Sorbonne (2008) et docteur en droit canonique de l’université de Strasbourg (2018) » n’en est pas à son coup d’essai.
Déjà en 2012-2013, il a sévi comme professeur au séminaire international Saint-Curé-d’Ars et a été promptement « débarqué » au bout d’un an, tant il n’avait pu cacher sa théologie néo-moderniste – malgré le soutien explicite du Supérieur Général de l’époque à la ligne ouvertement libérale. Nous reviendrons plus longuement dans un prochain article sur les idées néo-modernistes de l’abbé Berthe, contenues tant dans son ouvrage que dans les cours scandaleux qu’il dispensa à Flavigny. […]
Le Barroux a son « Père Basile » avec La liberté religieuse et la Tradition catholique [1], la Fraternité Saint-Pie X a maintenant son équivalent en la personne du « Docteur Berthe » avec Les dissensions ecclésiales, un défi pour l’Église catholique. A chacun le sien, comme dirait l’autre…
[1] — Sur cet ouvrage, qui tente de justifier la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse, voir Le Sel de la terre 30, p. 202-207 et n° 56, p. 180-189. (NDLR.)

