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Le manifeste Aux communeux

« Nous revendiquons notre responsabilité dans ces actes justiciers »

En juin 1874, trente-trois communards réfugiés à Londres se regroupaient sous le nom de « Commune révolutionnaire » pour publier un manifeste intitulé « Aux Communeux ».

Après avoir développé leurs idées politiques et essayé de justifier leur athéisme, les trente-trois signataires revendiquaient avec fierté les incendies et même les assassinats commis par la Commune.

Ce communiqué – dont Édouard Vaillant semble avoir été le principal rédacteur – n’est pas l’œuvre de l’ensemble des communards, mais du courant le plus antireligieux, inspiré par Blanqui. Il n’en est pas moins signé par quelques noms importants [1].

Maxime Du Camp, qui en fournit le texte intégral, commente :

« Ceux qui ont signé ce manifeste ne furent point de minces personnages pendant les mois d’avril et de mai 1871. Toutes les hautes fonctions civiles, administratives, militaires sont représentées […]. Cournet, Viard et Vaillant ont été membres de la Commune ; Eudes, général, membre de la Commune, a fait partie du dernier Comité de salut public ; Huguenot, Sachs, Breuillé, Dacosta ont été les substituts de Raoul Rigault […] ; Gois a présidé la cour martiale ; le colonel Ledrux a été gouverneur du fort de Vanves ; Goullé a été chef d’escadron d’état-major ; Mortier, du Comité central, était délégué à la mairie du XIe arrondissement ; A. Moreau était secrétaire général à l’inspection des ambulances ; Constant Martin a été secrétaire général à la délégation de l’enseignement, et Granger a fourni les fonds à l’aide desquels Blanqui organisa le complot de la Villette qui permit à Émile Eudes de se faire connaître [2]. »

Nous reproduisons ici deux extraits de ce texte.

Le Sel de la terre.

[…]

Nous sommes athées, parce que l’homme ne sera jamais libre, tant qu’il n’aura pas chassé Dieu de son intelligence et de sa raison.

Produit de la vision de l’inconnu, créée par l’ignorance, exploitée par l’intrigue et subie par l’imbécillité, cette notion monstrueuse d’un être, d’un principe en dehors du monde et de l’homme, forme la trame de toutes les misères dans lesquelles s’est débattue l’humanité, et constitue l’obstacle principal à son affranchissement. Tant que la vision mystique de la divinité obscurcira le monde, l’homme ne pourra ni le connaître ni le posséder ; au lieu de la science et du bonheur, il n’y trouvera que l’esclavage de la misère et de l’ignorance.

C’est en vertu de cette idée d’un être en dehors du monde et le gouvernant, que se sont produites toutes les formes de servitude morale et sociale : religions, despotismes, propriété, classes, sous lesquelles gémit et saigne l’humanité.

Expulser Dieu du domaine de la connaissance, l’expulser de la société, est la loi pour l’homme s’il veut arriver à la science, s’il veut réaliser le but de la révolution.

Il faut nier cette erreur génératrice de toutes les autres, car c’est par elle que depuis des siècles l’homme est courbé, enchaîné, spolié, martyrisé.

Que la Commune débarrasse à jamais l’humanité de ce spectre de ses misères passées, de cette cause de ses misères présentes [3].

Dans la Commune il n’y a pas de place pour le prêtre : toute manifestation, toute organisation religieuse doit être proscrite. […]

Nous revendiquons notre part de responsabilité dans ces actes justiciers qui ont frappé les ennemis du Peuple, depuis Clément Thomas et Lecomte jusqu’aux dominicains d’Arcueil ; depuis Bonjean jusqu’aux gendarmes de la rue Haxo ; depuis Darboy jusqu’à Chaudey.

Nous revendiquons notre part de responsabilité dans ces incendies qui détruisaient des instruments d’oppression monarchique et bourgeoise ou protégeaient les combattants.

Comment pourrions-nous feindre la pitié pour les oppresseurs séculaires du Peuple, pour les complices de ces hommes qui depuis trois ans célèbrent leur triomphe par la fusillade, la transportation, l’écrasement de tous ceux des nôtres qui ont pu échapper au massacre immédiat. […]


[1]    — Outre Édouard Vaillant (1840-1915), on y remarque notamment Alfred Breuillé (1847-1929), Frédéric Cournet (1837-1885), Anatole Dérouilla (1830-1878, initié à la loge Union parfaite de la Persévérance), Émile Eudes (1843-1888, initié à la loge l’Écossaise 133), Émile Gois (1829-1888), Albert Goullé (1844-1918), Ernest Granger (1844-1914), Antoine Huguenot (né en 1845 et membre, à Londres, de la loge des Philadelphes), Louis Ledrux (1840-1921), Constant Martin (1839-1906), Henri Mortier (1843-1894), Benjamin Sachs (né en 1849 à Berlin) et Auguste Viard (1836-1892). — En revanche, Henri Gausseron (1845-1913) protestera plus tard que son nom avait été ajouté aux signatures sans son accord.

[2]    — Maxime Du Camp, Les Convulsions de Paris, t. 4, La Commune à l’Hôtel de ville, Paris, 1881 (5e éd.), p. 313. Le texte du communiqué est fourni auparavant (p. 305-312). On peut également le trouver chez plusieurs auteurs marxistes ou révolutionnaires.

[3]    — Engels, qui se montra assez irrité par la maladresse de ce manifeste, et en publia immédiatement une critique (dans Der Volksstaat n° 73, 26 juin 1874), note ironiquement : Dieu inexistant serait une cause ! (NDLR.)

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 116

p. 216-217

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