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Éditorial

 

Chiens, loup et peau de brebis

 

 

DOMINI CANES : le jeu de mot rapprochant les fils de saint Dominique (Dominicani) des chiens du Seigneur (Domini canes) a-t-il été approuvé – voire suscité – par le Ciel lui-même ? La façon dont le fondateur des Prêcheurs fut annoncé à sa mère, en songe, sous la figure d’un petit chien, pourrait le laisser supposer. Cela souligne en tout cas l’originalité d’un Ordre religieux qui dut sa naissance à une hérésie, celle des Albigeois, et fut spécialement fondé pour lui répondre.

Comme un chien de berger, Dominique a prêché :

Ramenant au sentier les brebis égarées

Et sachant aboyer lorsque le loup rodait [1].

Domini canes ou Traditionis custodes ?

Mais si le 8e centenaire de son entrée au ciel (6 août 1221) a fourni une belle occasion d’évoquer saint Dominique – on trouvera, dans ce numéro du Sel de la terre, quatre sermons prêchés à cette occasion – une actualité brûlante a rattrapé cet anniversaire. Cet été, dans l’Église, bien plus que de Domini canes, on a parlé de Traditionis custodes : titre sarcastique d’un motu proprio signé par le pape François le 16 juillet, alors que le texte latin en était encore inconnu – il l’est toujours – et n’était sans doute même pas rédigé. Détail mineur, par rapport au fond de la question, mais révélateur du cynisme toujours croissant de la Rome conciliaire.

Il fut un temps où elle essayait de garder les formes. Depuis le 13 mars 2013, elle affiche de plus en plus ouvertement son machiavélisme.

 Quand François colle ce beau titre latin à un texte qui méprise autant le latin que la Tradition, quand il invoque la collégialité pour imposer ses idées personnelles, quand il proclame à son de trompe qu’il veut rétablir l’autorité liturgique des évêques mais ne leur accorde, en fait, que le droit d’interdire la liturgie traditionnelle et leur dénie celui de l’autoriser plus largement, personne ne peut être dupe. Des mensonges aussi manifestes ne cherchent même pas à être crus. La situation gagne au moins en clarté.

Le loup et la peau de brebis

Depuis 2007, telle une peau de brebis, la distinction posée par Benoît XVI entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire de l’unique rite romain [2] masquait la réalité. François déchire ce faux-semblant. Un lien indissoluble unit Vatican II, la nouvelle messe de Paul VI et la nouvelle morale de François (qui ne fait qu’appliquer logiquement les principes du Concile). C’est la nouvelle religion [3]. Le loup conciliaire est à nu.

Mgr Lefebvre en avait perçu la voix dès 1965 :

Cette constitution pastorale n’est ni pastorale, ni émanée de l’Église catholique […] jamais l’Église n’a parlé ainsi. […]. La voix du Christ, notre Berger, nous la connaissons. Celle-ci, nous l’ignorons. Le vêtement est celui des brebis ; la voix n’est pas celle du Berger, mais peut-être celle du loup [4].

Les ralliés face au réel

Quand le berger se change en loup, la résistance est un devoir :

Quand le berger se change en loup, c’est à tout le troupeau de se défendre. Selon la règle, sans doute, la doctrine descend des évêques aux fidèles ; et les sujets ne doivent pas juger leurs chefs sur le plan de la foi. Mais dans le trésor de la Révélation, il y a des points essentiels, dont chaque chrétien, par le fait même d’être chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligatoire [5].

Depuis cinquante ans, Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, le père Calmel et beaucoup d’autres ont donné l’exemple de cette résistance, en dénonçant clairement les erreurs de Vatican II (sans cependant s’autoriser à juger puis récuser les chefs de l’Église, comme veulent faire les sédévacantistes). — Depuis trente ans, les ralliés ont essayé de trouver une voie intermédiaire, en gardant la liturgie traditionnelle sans refuser Vatican II. Mais le pape lui-même dissipe leurs illusions, en arrachant la peau de brebis. François lui-même détruit la fameuse herméneutique de la continuité, laborieusement édifiée par Benoît XVI.

Les ralliés sont au pied du mur. Vont-ils faire le choix de la cohérence ? Vont-ils récuser Vatican II, comme Mgr Vigano ou Mgr Schneider ?

Nous devons prier à cette intention.


[1]    — Cantique en l’honneur de saint Dominique.

[2]    — Benoît XVI, motu proprio Summorum pontificum (7 juillet 2007).

[3]    — Voir la synthèse de l’abbé Calderon, résumée dans Le Sel de la terre 111, p. 36-79.

[4]    — Mgr Lefebvre, 9 septembre 1965. Voir Le Sel de la terre 59, p. 1-2.

[5]    — Dom Prosper Guéranger, L’Année Liturgique, temps de la septuagésime (fête de saint Cyrille d’Alexandrie), Tours, Mame, 1922, 15e éd., p. 340.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 117

p. 1-2

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