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Deux textes de Mgr Viganò 

 

 

CET ÉTÉ, MGR VIGANÒ A PUBLIÉ deux textes importants sur la situation actuelle. L’un intitulé « Lapides clamabunt », daté du 28 juillet, concerne le motu proprio du pape sur la messe traditionnelle, Traditionis custodes ; l’autre intitulé « Libera nos a malo », daté du 28 août, concerne la crise covidienne et le Great Reset. Nous allons en donner ici un bref résumé, avec quelques commentaires, en commençant par le texte le plus récent [1].

Libera nos a malo

Le Great Reset

Mgr Viganò remarque que la crise covidienne suscite de nombreuses interrogations. Après les avoir énumérées, il conclut qu’on ne peut trouver d’explication rationnelle à ce qui se passe qu’à la condition d’admettre que la crise est conçue comme un moyen de franchir une nouvelle étape dans la Révolution commencée en 1789.

Cette nouvelle étape est appelée par ses promoteurs la grande réinitialisation ou Great Reset. Elle consiste à établir un gouvernement mondial, à modifier profondément l’économie et la finance, à modifier le système de santé publique, les conditions de travail et d’éducation, en un mot à instaurer un néo-communisme. La sainte Vierge nous a prévenu à Fatima en 1917 que, tant qu’on n’écouterait pas ses demandes, les erreurs nées en Russie continueraient de se répandre dans le monde.

Toute cette première partie est un résumé actualisé d’une étude approfondie du Great Reset, « Stat Veritas » en date du 30 mai [2].

Alliance entre l’État profond et l’Église profonde

Mgr Viganò signale la connivence de l’Église conciliaire avec ce programme des élites mondialistes, la révolution de Vatican II constituant le pendant religieux du Great Reset.

A titre d’exemple, Mgr Viganò évoque un des principaux agents de la révolution conciliaire, Mgr Helder Camara, archevêque de Recife au Brésil, qui fut un des organisateurs du « Pacte des Catacombes », signé par une quarantaine d’évêques ultra-progressistes le 16 novembre 1965. Ce pacte contient le plan de réforme de l’Église appliqué par le pape actuel. On savait déjà que Helder Camara avait fréquenté dans son jeune âge les écoles de Moscou chargées de former les révolutionnaires. Il y a appris la théologie de la libération, qu’il a ensuite mise en œuvre dans son pays. Mais ce qu’ajoute Mgr Viganò, c’est que le même Helder Camara a été repéré par Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial et théoricien du Great Reset. Helder Camara a en effet été invité au forum de Davos, en 1974, pour discuter avec les plus grosses fortunes de la planète du projet du nouvel ordre mondial. Comme quoi la Haute Finance et le communisme sont bien deux compères dans la Révolution.

Dans cette nouvelle étape de la Révolution, il y a une nouvelle alliance entre l’Église et l’État : non pas entre l’Église de Jésus-Christ et l’État tels que Dieu les a conçus, mais entre ce que Mgr Viganò appelle justement l’État profond et l’Église profonde, c’est-à-dire entre les formes dégénérées de ces deux institutions.

La guerre à la vraie messe

Le 16 juillet dernier, trois jours après que le président de la République a annoncé aux Français l’instauration du passe sanitaire, le pape a publié un motu proprio restreignant la célébration de la messe traditionnelle.

Pourquoi cette guerre à la vraie messe ? Tout simplement parce qu’elle gêne la mise en route du nouvel ordre mondial.

Priver l’Église de la Messe Apostolique représente une aide aux ennemis du Christ et au diable lui-même. C’est comme si, en pleine bataille, le commandant d’une armée ordonnait à ses soldats de combattre les chars d’assaut à l’aide de lance-pierres, mettant de côté les armes les plus efficaces qui permettraient de vaincre l’adversaire [3].

L’origine diabolique du Great Reset

Mgr Viganò montre ensuite que la Révolution qui se déroule sous nos yeux est d’origine diabolique.

Sur la Révolution de 1789, Mgr de Ségur écrivait :

La Révolution a pour devise, comme le démon, la fameuse parole : Non serviam. Elle est satanique dans son essence ; et, en renversant toutes les autorités, elle a pour fin dernière la destruction totale du règne du Christ sur la terre. La Révolution, qu’on ne l’oublie pas, est avant tout un mystère de l’ordre religieux ; c’est l’antichristianisme [4].

Il citait ensuite le pape Pie IX :

La Révolution est inspirée par Satan lui-même. Son but est de détruire de fond en comble l’édifice du Christianisme et de reconstituer sur ses ruines l’ordre social du paganisme [5].

Objectif confirmé par les révolutionnaires eux-mêmes :

Notre but final, dit l’instruction secrète de la Haute-Vente, notre but final est celui de Voltaire et de la Révolution française, l’anéantissement à tout jamais du catholicisme et même de l’idée chrétienne [6]

Pendant environ deux siècles, la Révolution s’est employée à détruire le christianisme et la civilisation construite sur le christianisme. Maintenant elle passe à la 2e étape : la construction d’une nouvelle cité, d’un nouvel ordre mondial, le novus ordo seclorum. Mais c’est toujours le démon qui est à la manœuvre.

Le règne social de Lucifer

La civilisation chrétienne était bâtie sur la conviction que Notre-Seigneur Jésus-Christ est le vrai Dieu, et que les hommes tant au niveau individuel qu’au niveau social doivent servir Notre-Seigneur Jésus-Christ.

La nouvelle civilisation se fonde sur la doctrine maçonnique selon laquelle Lucifer est le dieu du bien, tandis que le Dieu des chrétiens, qu’ils appellent Adonaï, serait le dieu du mal.

Dans un discours prononcé en France le 14 juillet 1889, discours adressé aux hauts dignitaires de la franc-maçonnerie, Albert Pike, un de chefs de la maçonnerie, disait :

La vraie et pure religion philosophique est la croyance en Lucifer, l’égal d’Adonaï ; mais Lucifer, Dieu de la Lumière et Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu des Ténèbres et du Mal.

Satan sait qu’il ne peut détruire complètement l’Église de Jésus-Christ, aussi il cherche à la neutraliser en constituant une nouvelle religion mondiale à son service, dans laquelle il enrôlera les représentants de la hiérarchie catholique.

Citons encore Albert Pike :

Le chrétien, le juif, le musulman, le bouddhiste, l’adepte de Confucius et de Zoroastre peuvent s’unir comme des frères et unir leurs prières au seul dieu qui est au-dessus de tous les autres dieux.

Le « seul dieu qui est au-dessus de tous les autres dieux » c’est évidemment Lucifer.

En 2021, après toutes les réunions interreligieuses organisées par le Vatican depuis Assise (1986), après l’introduction de la Pachamama, l’idole de la terre-mère dans la basilique Saint-Pierre, solennellement portée par trois évêques en présence du pape, on comprend que Mgr Viganò écrive :

Le pape s’acquitte de la tâche que lui a confiée l’élite mondialiste, qui veut faire de lui le liquidateur de l’Église catholique et le fondateur d’une secte philanthropique et œcuménique d’inspiration maçonnique destinée à constituer la Religion universelle à l’appui du Nouvel Ordre. Que cette action soit menée en toute conscience, par peur ou sous le coup d’un chantage, rien n’enlève à la gravité de ce qui se passe, ni à la responsabilité morale de ceux qui la promeuvent.

Lapides clamabunt

Faillite des Ecclesia Dei

Quant au motu proprio Traditionis custodes, la première remarque à faire est qu’il « infirme la pieuse illusion de l’herméneutique de la continuité, en déclarant que la coexistence du Vetus et du Novus Ordo est impossible parce qu’ils sont l’expression de deux approches doctrinales et ecclésiologiques irréconciliables [7] ». Autrement dit, c’est toute la politique du « ralliement » prônée par Benoît XVI et acceptée naïvement par de nombreux instituts, qui est déclarée abolie.

On sait que douze supérieurs des communautés Ecclesia Dei ont publié un communiqué le 31 août, pour « redire leur amour de l’Église et leur fidélité au Saint-Père » : ils y réaffirment leur « adhésion au magistère (y compris à celui de Vatican II et à ce qui suit) » et ils s’appuient à deux reprises sur Amoris Lætitia pour réclamer un vrai dialogue.

Ils auraient mieux fait d’écouter l’avertissement de Mgr Viganò :

En fait, chacun de nous sait que l’indulgence d’Amoris laetitia à l’égard du concubinage et de l’adultère publics serait impensable pour ces personnes « rigides » contre lesquelles Bergoglio lance ses flèches dès qu’il en a l’occasion.

Mgr Viganò est-il sédévacantiste ?

On a soupçonné Mgr Viganò d’être sédévacantiste. Les propos qu’il tient sur le pape François ne permettent plus de doute à ce sujet. Sa position est celle de Mgr Lefebvre, dans un style énergique :

Le double rôle [de François] de pape et de liquidateur de l’Église catholique lui permet d’une part de la démolir au moyen de décrets et d’actes de gouvernement, et d’autre part d’utiliser le prestige que lui confère sa fonction pour établir et répandre la nouvelle religion sur les décombres de l’ancienne. […]

Le problème est que nous ne sommes pas confrontés à une sorte de fuite de la papauté, comme cela pourrait se produire en présence d’un Pontife malade ou très âgé ; mais à une action constante, organisée et planifiée qui est diamétralement opposée à l’essence même de la papauté. Non seulement Bergoglio ne condamne pas les erreurs du temps présent – il ne l’a jamais fait ! – en réaffirmant avec force la Vérité catholique, mais il travaille activement à les répandre, à les promouvoir, à encourager leurs partisans, à diffuser leurs maximes et à accueillir leurs événements au Vatican, tout en réduisant au silence ceux qui dénoncent ces erreurs. […]

Nous en sommes arrivés au point où même les gens simples, peu au fait des questions doctrinales, ont compris que nous avons un pape qui n’est pas catholique, du moins au sens strict du terme. Cela pose d’importants problèmes de nature canonique, qu’il ne nous appartient pas de résoudre, mais qui devront l’être tôt ou tard.

Une remarque intéressante sur la Fraternité Saint-Pie X

La Fraternité Saint-Pie X garde un silence « prudent » sur Mgr Viganò, et ne diffuse guère ses textes. Mgr Viganò, pour sa part, semble la voir d’un bon œil, tout en souhaitant qu’elle se garde du « serpent romain [8] ».

Et si le pape se montre prêt à faire des concessions et à entretenir des relations de « bon voisinage » avec la Fraternité Saint-Pie X, il ne fait preuve d’aucune compréhension ni d’aucune humanité envers les pauvres prêtres et fidèles qui doivent endurer mille humiliations et chantages pour mendier une messe en latin. Ce comportement n’est pas fortuit : le mouvement de Monseigneur Lefebvre jouit de sa propre autonomie et de son indépendance économique, et pour cette raison n’a aucune raison de craindre des représailles ou une mise sous séquestre par le Saint-Siège, tandis que les évêques, les prêtres et les clercs incardinés dans les diocèses ou les ordres religieux savent que sur eux pèse l’épée de Damoclès de la destitution, du renvoi de l’état ecclésiastique, de la privation des moyens mêmes de subsistance.

Il ne fait que confirmer ce qu’il disait déjà le 14 juin dernier dans un entretien avec l’abbé Barthe :

À l’égard de la Fraternité Saint-Pie X nous assistons à une opération plus subtile : Bergoglio entretient avec elle des rapports « de bon voisinage » et tout en reconnaissant d’une part à ses supérieurs quelques prérogatives prouvant qu’il les considère comme des membres vivants de l’Église, d’autre part il pourrait vouloir troquer leur complète régularisation canonique contre l’acceptation du magistère conciliaire. Il est évident qu’il s’agit d’un piège insidieux : une fois signé un accord avec le Saint Siège, l’indépendance dont jouit la Fraternité en vertu de sa position de légalité incomplète disparaîtrait, et son indépendance économique avec. N’oublions pas que la Fraternité dispose de biens et de ressources qui garantissent la subsistance et le financement des aides sociales de ses membres : dans un moment de crise financière extrêmement grave pour le Vatican, nombreux sont certainement ceux qui sont attirés par ces biens, comme nous l’avons vu dans d’autres cas, à commencer par les Franciscains de l’Immaculée et la persécution du père Mannelli.

L’expérience de la messe tridentine dans la vie d’un prêtre

On trouvera dans le texte de Mgr Viganò une belle apologie de la messe traditionnelle, où, après avoir confessé « sa prise de conscience relativement récente de l’apostasie et de la crise dans laquelle nous nous trouvons », il encourage les prêtres en cheminement à célébrer la messe traditionnelle où règne « une harmonie parfaite que les mots ne peuvent exprimer, et que les fidèles ne peuvent comprendre que partiellement, mais qui touche le cœur du Sacerdoce comme seul Dieu peut le faire. »

Ce sont les paroles de l’Épouse à l’Époux divin, les paroles de l’âme qui vit en union intime avec Dieu, de l’âme qui se laisse habiter par la Sainte Trinité. Ce sont des paroles essentiellement sacerdotales, dans le sens le plus profond du terme, qui implique dans le sacerdoce non seulement le pouvoir d’offrir le sacrifice, mais de s’unir par l’oblation de soi-même à la Victime pure, sainte et immaculée.

Vision réductrice de la libéralisation de la messe

Après cette belle apologie de la liturgie traditionnelle, le prélat proteste contre l’affirmation du pape François selon lequel le motu proprio Summorum Pontificum a été promulgué il y a treize ans uniquement « dans le désir de résorber le prétendu schisme de Mgr Lefebvre ».

On sent chez Mgr Viganò un attachement à la personne de Benoît XVI et le désir de le défendre quand il peut (et il ne peut pas toujours [9]). Aussi, malgré l’existence de « quelques éléments incongrus dans ce document [Summorum Pontificum], comme la coexistence des deux formes du même rite, […] avec le lourd fardeau de Vatican II et la mentalité sécularisée désormais répandue, même la simple licéité de célébrer la Messe tridentine sans autorisation peut être considérée comme un bien indéniable ».

On accordera à Mgr Viganò que le motu proprio de Benoît XVI a permis « la diffusion de la forme extraordinaire », mais avec une ambigüité, ambigüité qui est maintenant levée par le motu proprio de François : le diable porte pierre.

Autres incohérences de Traditionis custodes

Mgr Viganò, en bon logicien, repère les incohérences du document de François, notamment « le prétendu “usage instrumental” du Missale Romanum de 1962, de plus en plus caractérisé par un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du concile Vatican II [10] », qui n’est qu’un prétexte inventé par François pour aboutir au véritable objectif : « l’abolition de la messe tridentine ».

Où est donc cette utilisation instrumentale du Missale Romanum ? Devons-nous plutôt parler de l’usage instrumental du Missel de Paul VI, celui-ci – pour paraphraser les propos de Bergoglio – se caractérisant de plus en plus par un rejet croissant non seulement de la tradition liturgique préconciliaire, mais de tous les conciles œcuméniques antérieurs à Vatican II ?

Nous ne pouvons ici tout résumer, nous encourageons ceux qui le peuvent à lire le texte entier pour découvrir les autres incohérences de Traditionis custodes, sa nature tyrannique, l’analogie entre l’Église profonde et l’État profond (que l’on retrouve souvent dans les analyses de Mgr Viganò), la volonté du pape de « faire taire tout mouvement de dissidence en créant la division au sein de l’Église et en isolant les prêtres et les fidèles »

Pour cette raison, les clercs diocésains sont laissés à la merci des Ordinaires, tandis que les Instituts Ecclesia Dei sont placés sous l’autorité de la Congrégation pour les Religieux, comme un triste prélude à un destin déjà scellé.

Mgr Viganò, termine en invitant à « une résistance sereine à un tel abus » et à crier au Seigneur avec les pierres de nos églises :

 « Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 28-40). Depuis soixante ans, les pierres de nos églises crient, auxquelles le Saint Sacrifice a été refusé deux fois [11].


[1]    — Ceux qui veulent le texte complet des études de Mgr Viganò peuvent le trouver sur notre site http://www.dominicainsavrille.fr/, ou nous envoyer une enveloppe timbrée (format A5) avec leur adresse pour que nous le leur fassions parvenir.

[2]    — Disponible sur notre site, ou à nos bureaux (voir note précédente).

[3]    —  Cette citation et les suivantes (sauf mention contraire) sont tirées du texte de Mgr Viganò, « Libera nos a malo ».

[4]    — Mgr Louis-Gaston de Ségur, La Révolution, 2e éd., Paris, Tolra et Haton, 1861, p. 15.

[5]    — Encyclique du 8 décembre 1849, citée par Mgr de Ségur, La Révolution, p. 15-16.

[6]    — Mgr Louis-Gaston de Ségur, La Révolution, p. 16.

[7]    — Cette citation et les suivantes sont tirées du texte de Mgr Viganò, Lapides clamabunt.

[8]    — L’expression n’est pas de Mgr Viganò, mais de Mgr Lefebvre.

[9]    — Dans Libera nos a malo, Mgr Viganò reconnaît loyalement : « Il faut également rappeler, avec un certain embarras, que certaines déclarations de Ratzinger suggèrent une tentative de « christianiser » le projet mondialiste, sans le condamner comme antichristique et antichrétien. […] Ces paroles confirment malheureusement le caractère fallacieux de la pensée hégélienne, qui a influencé le professeur de Tübingen jusqu’au Trône. »

[10]  — On a cité plus haut la déclaration des supérieurs des communautés Ecclesia Dei qui affirment au contraire leur « adhésion au magistère (y compris à celui de Vatican II et à ce qui suit) ».

[11]  — Mgr Viganò fait allusion aux dispositions de Paul VI et à celles de François.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 117

p. 163-170

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La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

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