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Figures contemporaines du combat de la foi


par Dom Thomas d’Aquin O.S.B.



Dom Thomas d’Aquin, supérieur du monastère bénédictin de Santa Cruz, au Brésil, vient de faire paraître un livre de souvenirs dans lequel il évoque quelques grandes figures du milieu catholique traditionnel de l’après Concile qu’il a personnellement connues et côtoyées.

Nous donnons ci-après, avec l’aimable autorisation de l’auteur, la traduction française des six premiers chapitres de cet ouvrage [1].

Le Sel de la terre.

 


1. Gustave Corção(1896-1978)


« Seuls les saints croient au mal. »
Gustave Corção [2]

 

GUSTAVE CORÇÃO fut certainement l’un des plus grands, sinon le plus grand polémiste catholique de notre histoire [brésilienne]. Ses articles, ainsi que son livre Le Siècle du néant [3], ont aidé un grand nombre de catholiques brésiliens et continuent de le faire. Sa plume valait une épée. Son attitude guerrière rappelle les Pères de l’Église qui écrivaient contre les hérétiques de leur temps. Corção a écrit dans plusieurs journaux, mais, à la fin de sa vie, c’est dans O Globo qu’étaient publiés ses deux articles hebdomadaires. 

Outre ses articles et ses livres – parmi lesquels La Découverte de l’autre [4] et Le Siècle du néant [5] ont été traduits en français –, Corção dispensait un enseignement oral traitant de divers sujets, dans des conférences hebdomadaires gratuites et ouvertes à toute personne qui voulait écouter. Mes parents y assistaient en compagnie d’amis.


Lorsque j’eus douze ou treize ans, ma mère m’emmena avec mon frère aîné Vicente à l’une d’elles ; c’était au Collège des Sœurs de la Charité, à Botafogo, Rio de Janeiro. Mon cousin Pedro et sa mère, Lucia, étaient également présents. Pour exprimer sa pensée, Corção a tracé sur le tableau noir un schéma, qui est resté gravé dans ma mémoire. Par ce schéma, le conférencier exposait le « Tout » de Dieu en opposition au « Néant » de la créature, et expliquait comment cette dernière est un mélange d’être et de non-être, tandis que Dieu est l’Être pur. A compter de ce moment, j’ai commencé à assister aux conférences de Corção.

Nous étions donc trois à assister à ce premier cours. Pedro était le plus âgé et, à nos yeux, le plus capable. Son père, l’ingénieur Cláudio Braga, était un brillant étudiant de Corção et père d’une grande famille. Après lui, venait mon frère Vicente, qui était également un élève brillant. Je ne sais pas quel effet cette conférence eut sur mes compagnons, mais je pense que l’enthousiasme était général. Corção était un « animal-professeur », comme il disait lui-même. Son don d’exposition était supérieur à tout ce que j’ai vu dans ma vie, même en France, lorsque j’eu la grâce d’y vivre pendant douze ans.


Ces conférences eurent lieu vers 1966, alors que le concile Vatican II était terminé. Pour Corção, d’après ce que j’ai pu comprendre à l’époque, le Concile ne pouvait pas être mauvais en soi, car c’était un concile de la sainte Église. Le mal ne pouvait résider que dans la mauvaise interprétation de ses décrets. Corção n’osait pas accuser le Concile, ni Paul VI, ni les responsables intellectuels tels que Jacques Maritain.


Une deuxième étape est venue lentement, accompagnée de beaucoup de souffrance. Je me souviens avoir vu Corção, les larmes aux yeux, parler de Maritain, son ancien maître et le maître de Paul VI : « C’est comme si l’on m’arrachait ma propre peau », avouait-il. Il avait compris que le mal résidait dans le Concile lui-même et dans ses auteurs.


En 1969, Corção réagit avec une extrême vigueur contre la nouvelle messe.




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[1]    — Dom Tomás de Aquino, Vencedores e vencidos, doze chefes da tradição que conheci, Nova Friburgo – RJ (Brasil), edições do Mosteiro da Santa Cruz, 2022.

[2]    — Sur Corção voir Le Sel de la terre [27, 119 ; 37, 1 ; 78, 41] (NDT).

[3]    — Paru en français sous le titre moins précis : Le Siècle de l’enfer, éditions Sainte-Madeleine, 1994 (NDT).

[4]    — Éditions Sainte-Madeleine, 1987.

[5]    — Voir la note ci-dessus (NDT).

Informations

L'auteur

Né à Rio de Janeiro en 1954, Miguel Ferreira da Costa a été disciple de Gustavo Corçao (1896-1978) avant recevoir l'habit bénédictin au monastère bénédictin de Bédouin, en France (1974), avec le nom de "frère Thomas d'Aquin". 

Il a fondé en 1987 le monastère de la Sainte Croix (Santa Cruz) au Brésil. 

Il a été sacré évêque le 19 mars 2016. 

Voir la présentation de Dom Thomas d'Aquin dans Le Sel de la terre 96.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 124

p. 144-172

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