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La beauté liturgique et la théologie

R.P. Joseph DE TONQUEDEC S.J

Informations

CIVILISATION CHRÉTIENNE

Les thèmes

Civilisation chrétienne

Liturgie et sacrements

L'art chrétien

Le Sel de la terre n° 125

Le numéro

Été 2023

p. 146-156

R.P. Joseph DE TONQUEDEC  S.J

L'auteur

R.P. Joseph DE TONQUEDEC S.J

Connu pour ses travaux de philosophie, le père Joseph de Tonquédec (1869-1962) fut aussi pendant près de quarante ans l'exorciste officiel du diocèse de Paris.

Attentif aux menées de la subversion au-dedans comme au-dehors de l’Église, il écrivit, à la fin de sa vie, plusieurs articles contre le néo-modernisme, dont la publication ne fut pas autorisée, notamment parce qu’il critiquait la nouvelle théologie de ses confrères Bouillard, Daniélou et de Lubac. 

Il confiait alors ses appréhensions à son ami Louis Jugnet, qui a donné de nombreux détails sur sa vie dans la revue La Pensée catholique ( n° 84 [1963)], p. 24-43).

Il faut citer, parmi ses principaux ouvrages :

Immanence, essai critique de la doctrine de Maurice Blondel (Paris, Beauchesne, 1913) ;

La Critique de la connaissance (Paris, Beauchesne, 1929) ;

Les maladies nerveuses ou mentales et les manifestations diaboliques (Paris, Beauchesne, 1938) ;

La philosophie de la nature (Paris, Lethielleux, 1956).

La vie et l’œuvre du père de Tonquédec ont fait l’objet d’un colloque à l’Institut universitaire Saint-Pie X à Paris en 2022 (recension dans Le Sel de la terre 121).

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La beauté liturgique

et la théologie

par le père Joseph de Tonquédec s.j.

Le 14 mai 1919, le père jésuite et théologien thomiste Joseph de Tonquédec était invité par l’association d’artistes chrétiens nommée l’Arche à donner une conférence sur le thème des rapports entre la beauté liturgique et la théologie.

L’Arche, fondée en 1917 par l’architecte Maurice Storez [1], était un groupement d’artistes catholiques qui militaient pour le renouveau de l’art chrétien. Après les lois de séparation (1905) qui avait créé une rupture entre l’Église et l’État, le catholicisme devait trouver un nouveau souffle. La reconquête de son image passait par la production d’un art résolument militant, rompant avec le style « saint-sulpicien » de l’époque romantique dont l’expression sentimentale édulcorée ne correspondait plus aux attentes d’un art qui voulait retrouver ses racines médiévales. Parmi les membres de l’Arche se trouvaient le peintre Valentine Reyre (1889-1943), la brodeuse d’ornements Sabine Desvallières (1891-1935, fille du peintre George Desvallières), le dessinateur orfèvre Luc Lanel, les architectes Jacques Droz (1882-1955) et Maurice Brissart rejoints bientôt par Dom Bellot (1876-1944), les sculpteurs Fernand Py (1887-1949) et Henri Charlier (1883-1975). L’âme du mouvement (quoiqu’il n’en fasse pas directement partie) était sans conteste le peintre Maurice Denis (1870-1943), ami intime de Maurice Storez depuis 1914. Les artistes et les artisans de l’Arche contribuèrent largement à la (re)construction, l’aménagement et la décoration de plusieurs églises dévastées par la Grande guerre.

Dans un article de 1919 (« Ce qu’est l’Arche ? »), Maurice Storez expliquait la raison d’être du mouvement : « Pourquoi ce nom qui évoque l’ancien Testament à propos d’un groupement d’artistes catholiques qui ont quelques prétentions à la modernité ? Parce que l’Arche est le premier navire construit pour résister au Déluge ; or à nos yeux le Déluge, c’est le désordre et nous voulons passionnément l’ordre ; le Déluge, c’est l’anarchie, c’est l’individualisme, fruit du schisme du 16e siècle, qui, en séparant l’homme de Dieu pour en faire une nouvelle divinité, en instituant le subjectivisme comme critère du Beau et du Vrai, nous a plongés dans l’anarchie artistique dont nous souffrons tous [2]. »

Le Sel de la terre.

 

 

Mesdames, Messieurs,

 

NOUS ALLONS PARLER du rapport de la beauté liturgique, des arts liturgiques, avec la théologie. Commençons par définir nos termes.

Nous parlons d’art, de beauté liturgique. Il y a de l’art et de la beauté dans les formules liturgiques, dans les compositions en prose et en vers qui sont contenues dans le bréviaire, dans le missel, etc. Nous ne nous occuperons pas de cette beauté littéraire parce qu’elle n’intéresse pas les artistes que vous êtes. Nous laisserons de côté la beauté des paroles liturgiques, n’étant pas appelés à les composer, comme ferait celui à qui l’Église confierait le soin de rédiger un texte, tel saint Thomas d’Aquin pour l’office du Saint-Sacrement.

Il y a aussi de l’art et de la beauté dans ce que j’appellerai la chorégie liturgique, c’est-à-dire les gestes, les évolutions, les attitudes des célébrants, l’ordonnance d’une cérémonie. Les clercs y seraient intéressés et, si j’avais l’honneur de leur adresser la parole, je me permettrais d’attirer leur attention sur ce sujet, sur le point de vue artistique dans les fonctions de la liturgie. Certains cérémoniaires sont très épris d’exactitude dans l’exécution des rubriques, mais pas du tout de beauté, et l’on pense, en les voyant, à ces sous-officiers instructeurs que délecte par-dessus tout la précision mécanique du maniement d’armes.

La beauté dont nous parlons en ce moment n’est donc pas celle des gestes et des paroles. Nous nous occupons des arts plastiques et musicaux ; c’est-à-dire ceux qui façonnent la matière colorée : peinture, sculpture, broderie, ciselure, etc., ou la matière sonore : chant, musique. Ce sont les métiers des membres de l’Arche.

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