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Mgr Laflèche, Un évêque canadien dans la crise catholique-libérale

Fr. Alain BOBAY O.P.

Informations

MGR LAFLÈCHE (1918-1998), UN ÉVÊQUE CANADIEN-FRANÇAIS CONTRE LE LIBÉRALISME

Les thèmes

Civilisation chrétienne
Nos maîtres
Histoire de l'Église et de la chrétienté
Restaurer une chrétienté
Le Sel de la terre n° 125

Le numéro

Été 2023
p. 77-127

L'auteur

Fr. Alain BOBAY O.P.

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Comment expliquer l'influence énorme de l'Église catholique au Québec pendant les 19e et 20e siècle ? Et cela malgré le recul général de l'Église en Occident ?

La vie de Mgr Laflèche (1818-1898), évêque de Trois-Rivières et figure de proue de l'Église catholique au Québec donne des clés de réponse et un exemple à suivre aujourd'hui.

Le succès de Mgr Laflèche est dû en grande partie à sa conception réaliste de la doctrine politique et sociale de l'Église catholique et à sa capacité à l'adapter à la situation concrète du Canada-français. Sa ligne d'action se heurtait à la politique de Mgr Taschereau et de Rome. Dans la lutte, c'est l'exemple de sa bonté vis-à-vis de tous qui lui remporta les coeurs.


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Mgr Laflèche


 I. La formation d’un champion de la foi(1818-1867)


Enfant de la Belle Province (1818-1844)


Louis-Laflèche, sixième enfant de Louis Laflèche et de Marie-Anne Boisvert, est né le 4 septembre 1818 à Sainte-Anne-la-Pérade, près de la ville des Trois-Rivières [1].

Agriculteur comme la plupart de ses ancêtres, le père du futur évêque avait réussi à s’établir avantageusement grâce à son sens des affaires. Il lègue à son fils pondération et clairvoyance qu’il montrera dans les événements cruciaux qu’il traversera. Son épouse, une métisse, née d’une Indienne de l’Ouest avait reçu de son éducation chez les Ursulines une profonde piété qui rejaillira sur l’âme de son fils. A plusieurs reprises, Mgr Laflèche reconnaîtra que l’éclosion de sa vocation doit beaucoup à sa mère.

Louis-François fait preuve d’une puissante vitalité de caractère et d’esprit, et d’une grande affabilité. Son tempérament enjoué et parfois espiègle lui vaut quelques soufflets de son instituteur « plus amateur de férule que de grammaire [2] ». Sa piété précoce n’en attire pas moins la bienveillante attention de son curé, qui lui enseigne les rudiments du latin.

Ainsi préparé et recommandé par son pasteur, le jeune élève rejoint à treize ans le Collège de Nicolet, sur l’autre rive du grand fleuve. Il ne pouvait tomber à meilleure école. Dès son origine, en 1806, le Collège avait été imprégné d’un esprit de foi profond et fermement contre-révolutionnaire par son fondateur, l’abbé Raimbault, chassé de France par la Révolution.

Le jeune écolier se distingue rapidement parmi les meilleurs élèves. Son admission dans ce petit corps d’élite qu’était alors la congrégation mariale montre qu’il avait une conduite exemplaire. Assez naturellement il prend la décision de consacrer sa vie à Dieu dans l’état clérical.

Si l’enseignement spéculatif est alors assez pauvre, faute de livres et de moyens, les futurs prêtres s’initiaient très tôt au ministère en donnant des cours ; ils se forment à la meilleure école en instruisant les autres et ils montent les degrés du sacerdoce par l’exercice même du ministère. Le séminariste doit donc assumer un poste dans l’enseignement, qui lui donne occasion de s’illustrer encore davantage. Tout indique qu’un brillant avenir lui est réservé dans la carrière professorale quand, brusquement, il y renonce pour se consacrer à la conversion des Indiens.


Missionnaire des plaines immenses (1844-1856)

• La vocation missionnaire (1844)

Ordonné prêtre à Québec le 7 janvier 1844 par Mgr Turgeon, il part en canot vers son nouveau poste. Il débarque à Saint-Boniface, chef-lieu de la mission, après un long et rude périple de 55 jours (plus de 3 500 km). Le sacrifice de la séparation a été grand, mais la grâce de Dieu le soutient :

De quelque nature que puissent être les épreuves que le ciel me réserve, je n’en suis point effrayé ; les marques que j’ai eues jusqu’à présent de sa bonté sont pour moi le plus sûr garant qu’il ne me laissera pas succomber.

Ah ! mon cher Thomas, que nous servons un bon maître, qu’il traite avec douceur, qu’il récompense avec générosité, même dès à présent, ses serviteurs ! Remercie-le donc pour moi de ne m’avoir pas laissé succomber sous les efforts qu’il m’a fallu faire pour rompre les liens de la chair et du sang, et surtout de l’amitié qui me retenaient encore si puissamment attaché, lorsqu’il m’a appelé à la vie de missionnaire. Je te l’avoue, j’ai eu de rudes assauts à soutenir, et je me voyais engagé comme malgré moi à la mission de la Rivière Rouge. Une force invisible m’y poussait contre ma volonté. Heureux de ne m’être point raidi contre son impulsion [3].


 
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