top of page

Mgr Laflèche, Un modèle de pasteur

Amaury DESMOUTIER

Informations

MGR LAFLÈCHE (1918-1998), UN ÉVÊQUE CANADIEN-FRANÇAIS CONTRE LE LIBÉRALISME

Les thèmes

Vie spirituelle
Nos maîtres
Modèles de sainteté
Le Sel de la terre n° 125

Le numéro

Été 2023
p. 128-143

L'auteur

Amaury DESMOUTIER

3,50 €

Acheter le fichier ici :

Un modèle de pasteur

par Amaury Desmoutier


Organe du parti libéral en la ville de Québec, Le Soleil s’était souvent opposé au second évêque des Trois-Rivières, Mgr Louis-François Laflèche. Il avouait pourtant au lendemain de sa mort (14 juillet 1898) :

Il n’y a pas un homme qui ait tant fait parler de lui dans tout l’épiscopat de cette province […]. Ce qui fortifiait sa position, c’était son incontestable talent et sa réputation de sainteté […].  Quoique nous n’ayons pas partagé toutes les idées sociales de l’illustre défunt, nous nous inclinons devant sa tombe, et, au nom de tous nos lecteurs, formulons le regret de voir disparaître un évêque si bien intentionné et si dévoué à ses ouailles. 

Si Mgr Laflèche fut un lutteur exemplaire, il se montra d’abord un modèle de pasteur, tout dévoué à ses diocésains, qui le considéraient comme un saint. Il expliquait ainsi sa mission :

Les rapports du prêtre avec les fidèles peuvent se rattacher à ces trois fonctions principales : enseigner, sanctifier, diriger. Enseigner les intelligences, les éclairer de la lumière véritable que le Verbe de Dieu est venu apporter à la terre, et qui éclaire tout homme venant en ce monde. « Erat lux vera quae illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum » (Jn 1, 9). Sanctifier les cœurs par l’administration des sacrements, dont le baptême est le premier et comme la porte qui conduit à tous les autres. Diriger et conduire les âmes dans l’accomplissement de tous les préceptes du Seigneur. […]

Dieu, qui nous a donné une intelligence pour le connaître, un cœur pour l’aimer et une volonté pour le servir, a voulu que ces trois facultés supérieures de l’homme fussent soumises dans leur tendance vers la fin dernière à la direction des pasteurs de son Église. […]

Dans l’ordre surnaturel, le prêtre est véritablement le père du fidèle qu’il a engendré au Seigneur dans les eaux du baptême. Cet enfant spirituel, il est chargé de le nourrir de la parole de Dieu qui éclaire l’esprit et fortifie le cœur ; « car l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », et il doit le diriger dans la voie des préceptes divins, et le conduire sûrement à sa fin dernière, au bonheur éternel ! Aussi les fidèles se font-ils un devoir de lui donner le doux nom de père [1].

Mgr Laflèche s’est conformé à ses paroles. À l’image de Notre-Seigneur, il a rayonné sur les intelligences par son enseignement ; il a entraîné les cœurs et les volontés par le zèle ardent de sa charité pastorale.


Enseigner


Dès le séminaire, l’abbé Laflèche fut chargé d’enseigner. Ce fut même la raison de son retard aux ordres, car on voulait le garder le plus longtemps possible à ce poste. Après ses douze années de missions (1844-1856) il fut de nouveau professeur de séminaire. Très pédagogue, il était chéri par ses élèves, grâce à la qualité de son enseignement. Il avait l’art de rattacher chaque chose à ses principes directifs et de revenir sans cesse aux idées maîtresses avec une conviction et un enthousiasme communicatifs.

Son talent de professeur était rehaussé par le prestige mais aussi l’expérience du missionnaire. L’habitude d’expliquer sous une forme familière les vérités les plus hautes développa le talent d’exposition qui caractérisait sa prédication. Vivant ce qu’il enseignait, il ne pouvait prêcher sans y mettre toute son âme. Son cœur vibrait à l’unisson de ses paroles. Lors du solennel départ des zouaves pontificaux, il fut incapable d’achever son sermon, parce que sa voix manqua de force, paralysée par l’émotion.

O soldats chrétiens ! fût-il jamais une cause plus belle, plus grande, plus sainte ! On a tiré l’épée pour soutenir l’injustice et propager l’erreur, vous la tirerez pour défendre le droit et la vérité ; on l’a fait par avarice et par orgueil, vous le ferez par reconnaissance et par abnégation ; on s’est servi de la force pour pervertir et renverser, vous vous en servirez pour guérir et conserver ; enfin, on a constamment combattu pour des intérêts vils et terrestres, vous combattrez pour des intérêts spirituels et célestes [2].

Approchant de ses quatre-vingts ans il prêchait encore tous les dimanches. « Monseigneur est toujours bien quand il prêche et quand il voyage » disaient les fidèles. Après sa mort, un journaliste nota :


 
bottom of page