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Les passions dans la vie morale

par le frère Pierre-Marie O.P.



Les passions influent sur l’acte humain, en bien ou en mal. Saint Thomas d’Aquin, connu pour son réalisme, ne pouvait ignorer cette influence. Nous résumons ici son traité des passions, un des plus originaux sortis de la plume du Docteur commun [1].

Le Sel de la terre.

 

 

Introduction

La place de ce traité dans la morale

 

lA SECUNDA PARS, c’est-à-dire la partie morale de la Somme théologique, commence par le traité du bonheur, celui-ci étant la fin dernière de toutes nos actions humaines et les motivant toutes.

Nous avons résumé ce traité dans un article précédent intitulé « En marche vers le bonheur » [2].

Mais il ne suffit pas de considérer la fin vers laquelle nous nous dirigeons – où nous allons –, il faut encore trouver les moyens d’atteindre cette fin – comment y aller –. Saint Thomas le dit expressément dans son prologue à la Secunda Pars :

Ce que nous avons d’abord à considérer, c’est la fin ultime de la vie humaine. On devra se demander ensuite par quels moyens l’homme parvient à cette fin ou s’en détourne ; car c’est d’après la fin qu’on doit se faire une idée des moyens qui y conduisent.

Comment allons-nous vers notre fin dernière ? Nous y allons « à pas d’amour (passibus amoris) », comme le dit saint Grégoire le Grand [3].

Autrement dit, nous progressons vers notre fin, vers le but pour lequel nous avons été créés, par des actes méritoires, des actes qui sont inspirés, ou informés, par l’amour de Dieu.

La Secunda Pars de la Somme théologique est une étude des actes humains et des conditions pour les rendre méritoires, pour en faire des « pas d’amour ».

Cette Secunda Pars est elle-même divisée en deux parties :

La Prima-Secundae étudie les principes généraux qui gouvernent les actes humains. Elle comprend cinq traités :

—    Les actes humains proprement dits (comment l’intelligence et de la volonté interviennent dans les actes humains) : q. 6-21.

—    Les actes communs à l’homme et à l’animal – les passions –, actes humains par participation : q. 22-48.

—    Les habitus, vertueux et vicieux, principes intrinsèques ou intérieurs des actes humains : q. 49-89.

—    La loi (q. 90-108) et la grâce (q. 109-114), principes extrinsèques ou extérieurs des actes humains.

La Secunda-Secundae, la partie la plus longue de la Somme, entre dans le détail : elle étudie les sept vertus – les trois théologales et les quatre cardinales –, puis elle se penche sur trois cas particuliers de personnes, notamment sur la distinction entre vie contemplative et vie active, et sur la vie religieuse.

Le traité des passions s’insère donc dans le cadre de la morale, dans la mesure où ces actes de notre sensibilité peuvent nous aider ou nous gêner dans notre marche, à pas d’amour, vers notre fin dernière.

Ce traité, peu connu, est pourtant très important pour la vie morale

Du fait du lien de l’âme et du corps, les passions interviennent dans tous les actes humains.

Elles sont, en outre, la matière des deux vertus cardinales de force et de tempérance.

Les deux grandes vertus morales de la force et de la tempérance auront pour objet la parfaite ordination des passions. Rien donc ne saurait être plus utile, pour l’homme, et rien ne lui est plus indispensable que la connaissance aussi parfaite que possible des mouvements appelés passions, qui sont ou peuvent être en lui [4].


Un traité original

Il était réservé à saint Thomas d’Aquin d’analyser en détail les onze passions de l’homme.

Sans doute il en est question depuis que l’homme existe, notamment dans la littérature. La pensée classique avait déjà découvert qu’il y a quatre passions principales : Hinc metuunt, cupiuntque, dolent gaudentque [5].

Mais une analyse systématique des onze passions, de leurs parties, de leurs rapports mutuels, aucun philosophe, aucun théologien ne l’avait entrepris avant saint Thomas.




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[1]    — Voir : Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Les Passions de l’âme, t. 1, I-II, q. 22 à 30, 296 pages, traduction française et notes explicatives du père M. Corvez O.P., Éditions de la Revue des jeunes, Desclée et Cie, Paris/Tournai/Rome, 1949.

[2]    —  « En marche vers le bonheur » dans Le Sel de la terre 124, neuvième article de cette série dont les précédents ont été : « Pourquoi et comment lire la Somme théologique » dans Le Sel de la terre 115 ; « La Doctrine sacrée » dans Le Sel de la terre 116 ; « Où est Dieu ? » dans Le Sel de la terre 117 ; « Quel est le nom de Dieu ? », dans Le Sel de la terre 118 ; « Dieu est-il vivant ? », dans Le Sel de la terre 119 ; « Dieu est-il aimant ? », dans Le Sel de la terre 120 ; « Dieu est-il la cause finale de tout ? » dans Le Sel de la terre 121 ; « L’homme, image de Dieu » dans Le Sel de la terre 122.

[3]    — PL 75, 758 ; PL 76, 1219 ;  PL 79, 1032 et 1271. On lui attribue aussi l’expression « gressibus amoris », qui a le même sens, mais nous ne l’avons pas trouvée dans ses œuvres.

[4]    — Commentaire du père Pègues.

[5]    — « Voilà pourquoi les âmes éprouvent crainte et désir, douleur (tristesse) et joie » (Æneid., lib. 6, v. 733).

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 126

p. 32-57

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