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Valeurs, principes et symboles de la République sans Dieu

 

 

Si vous voulez obtenir la nationalité française quand vous êtes né à l’étranger, la République vous fait passer un entretien – il serait mieux de dire un interrogatoire – pour s’assurer que vous êtes un bon citoyen, que vous connaissez les principes fondamentaux de la République et que vous adhérez à ses valeurs (laïcité, citoyenneté, lutte contre toutes les formes de discrimination, etc.).

C’est que, en effet, selon les termes même de la constitution de la Ve République, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », qui a une langue, le français, un drapeau, le drapeau tricolore, un hymne national, La Marseillaise, une devise : « Liberté, Égalité, Fraternité », un principe : « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Vous vous dites peut-être : c’est le bla-bla officiel. Eh bien, non ! Voici, noté sur le vif, un extrait de l’interrogatoire subi en 2023 par un jeune religieux brésilien ayant entrepris les démarches administratives pour acquérir la nationalité française.

Le Sel de la terre.

 

 

Question : — Avez-vous lu le cahier du citoyen ?

Réponse : — Non, madame. Je n’ai rien reçu.

Q : — Connaissez-vous un emblème de la France ?

R : — Le drapeau tricolore.

Q : — La devise de la République française ?

R : — Liberté, Égalité, Fraternité.

Q : — Qu’entendez-vous par liberté ?

R : — D’abord physique, de se déplacer dans le pays, liberté de pratiquer la religion, liberté de choisir son métier, de fonder une famille …

Q : — Oui, d’accord, mais quel autre genre de liberté avons-nous en France qui n’existe pas dans d’autres pays ?

R : — La liberté des religions ? La liberté d’acquérir des biens immobiliers ?

Q : — Non. C’est la liberté d’expression !!! Avez-vous entendu parler de Charlie Hebdo, « l’affaire Charlie Hebdo » ?

R : — Oui, mais je ne me rappelle pas très bien.

Q : — C’est une revue satyrique. Ils font des plaisanteries sur tout, des caricatures. Qu’en pensez-vous ?

R : — Attendez, on n’a pas le droit d’insulter les autres. Imaginez, dans la rue, ou vous insulte … par exemple à cause de cet habit que je porte… Cela est déjà arrivé plusieurs fois.

Q : — Oui, je comprends. Mais ne saviez-vous pas qu’en France on a le droit au blasphème ?

R : — Ah bon ? Je ne savais pas !

Q : — D’ailleurs, à Charlie Hebdo, on n’avait insulté aucune personne en particulier. Et quant à la laïcité de l’espace public ? Acceptez-vous qu’on ne doive pas porter ou afficher des symboles religieux, de faire du prosélytisme ?

R : — C’est aujourd’hui l’état des choses, je ne peux pas le changer.

Q : — Mais acceptez-vous que l’État soit laïque, qu’il n’ait aucune religion ?

R : — Mais les origines de la France sont chrétiennes, elle doit toute sa grandeur et sa gloire au temps où elle était chrétienne. C’était la grande puissance de l’Occident et le modèle des nations.

Q : — Donc vous n’acceptez pas la laïcité.

R : — Pour moi, la France est celle qui était chrétienne. Voyez l’état où l’on en est actuellement. C’est le bazar, c’est le désordre ! La France n’est plus rien dans le monde aujourd’hui ; autrefois le modèle de la vie dans les autres pays était français, aujourd’hui plus rien ! Elle a tout perdu.

Q : — D’accord, je note. Répétez-le moi s’il vous plaît. Vous dites que…

[…]

Q : — Égalité. Qu’entendez-vous par ce mot ?

R : — Pour la République, cela veut dire que nous sommes tous égaux devant la loi.

Q : — Oui, et pourquoi ?

R : — Parce que Dieu a créé l’homme, le premier homme et nous sommes tous ses descendants et…

Q : — Très bien, monsieur, mais si vous ne mettez pas Dieu dans la question : comment sommes-nous tous égaux devant la loi ?

R : — Je ne sais pas ! Comment définir ? je ne peux pas définir cela sans Dieu.

Q : — Eh bien ! Les femmes, par exemple, ont conquis le droit de voter au début du siècle dernier. Cela manifeste l’égalité des hommes et des femmes. Êtes-vous d’accord avec cela ?

R : — Pour avoir le droit de vote il faut participer, être engagé dans la vie publique, or autrefois la femme était la maîtresse de la maison, la mère de famille et n’avait pas de vie publique.

Q : — C’était autrefois, aujourd’hui, ce n’est plus comme avant. Et vous pensez que les femmes à la maison ne sont pas au courant des actualités par la télévision et l’internet ? Quand même !

Avez-vous déjà entendu parler de Simone Veil ?

R : — Oui, mais je ne la connais pas.

Q : — C’est une femme qui a survécu à un camp d’extermination. C’est grâce à elle que les femmes ont pu avoir le droit d’avorter. Acceptez-vous cette loi ?

R : — Comment pourrai-je l’accepter ? Pour moi la vie humaine commence à la conception. On n’a pas le droit de tuer un bébé dans le sein de sa mère.

Q : — Même dans certains cas, par exemple, en cas de viol ?

R : — Ce n’est pas possible ! Je connais des personnes qui sont nées après avoir échappé à un avortement. L’une dont la mère est devenue enceinte après un viol et ne voulait pas avorter, mais sa mère la forçait. Alors elle a fui la maison maternelle et a pu sauver son enfant.

[Ici la dame est interdite et passe à une autre question.]

Q : — Et quant à la loi qui permet aux personnes de même sexe de se marier. Acceptez-vous cette loi ?

R : — Non ! Je ne peux pas l’accepter ! Le mariage se fait entre un homme et une femme pour constituer une famille, pour avoir des enfants, pouvoir les éduquer, etc.

Q : — D’accord, je note.

[Suivent des questions sur l’histoire contemporaine : avant la chute de la Bastille il n’y avait rien de bon… Et des questions sur la géographie.]

Q : — Quelles personnes ont marqué la France au siècle dernier ? Pouvez-vous me donner quelques noms ? […]

Q : — Quel est le côté le moins agréable de la vie en France, à votre avis ? […]

Q : — Quels en sont les points positifs ? […]

 

[Encore quelques questions sur les élections, sur la démocratie, les droits et devoirs… Une fois l’interrogation finie, elle dira :]

 

Q : — Vous avez une drôle de vue sur la France ! Si c’est comme vous le dites, pourquoi alors demander la naturalisation ? Quel est l’intérêt de devenir français ? À quoi bon venir vivre en France, si les choses vont si mal. On n’a plus qu’à retourner dans son pays !

R : — Mais, c’est partout comme cela aujourd’hui, madame.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 126

p. 126-128

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