Mgr Viganò, Mgr Lefebvre et le sédévacantisme
par Dom Thomas d’Aquin o.s.b.
Le 5 juillet 2024, un communiqué du Vatican a annoncé que Mgr Carlo Maria Viganò – ancien nonce épiscopal aux États-Unis – avait été, la veille, excommunié pour schisme au terme d’une procédure extrajudiciaire menée par le dicastère pour la Doctrine de la foi.
A occasion de cette procédure, Mgr Viganò a déclaré le 28 juin qu’il estimait avoir des raisons fondées de considérer l’élection du pape François comme douteuse, « en raison du vitium consensus » ainsi que des « erreurs et hérésies auxquelles Bergoglio a adhéré avant, pendant et après son élection ».
Le bref communiqué dont nous donnons ici la traduction française, a été publié en portugais sur le site du Monastère Santa Cruz, au Brésil, le 27 juillet 2024 [1].
Le Sel de la terre.
Monseigneur Viganò s’est comporté en véritable héros dès qu’il a compris, ou commencé à comprendre la décomposition morale et doctrinale de l’Église conciliaire. Malheureusement, il semble pencher vers la position sédévacantiste. L’avenir nous dira quelle est sa véritable position.
Quant à Mgr Lefebvre, il avait déjà commencé ce combat contre l’Église conciliaire dans des circonstances plus décisives que celles d’aujourd’hui. Il avait gagné la confiance des fidèles du monde entier grâce à la solidité de sa formation et à la supériorité de sa prudence.
Sa prudence lui a permis d’éviter à la fois le ralliement des communautés Ecclesia Dei et l’erreur du sédévacantisme. Avec précision, il a montré comment Dom Gérard et d’autres suicidaient leurs œuvres en se plaçant sous l’autorité des modernistes, et comment les sédévacantistes, de leur côté, se plaçaient dans une position aussi incertaine que dangereuse, en affirmant davantage que ce que l’enseignement de l’Église permet d’affirmer.
Certains pensent que Mgr Lefebvre serait sédévacantiste aujourd’hui. Ce n’est pas mon avis. Je pense même le contraire. Je crois que les arguments qu’il a donnés de son vivant gardent leur force et leur pertinence aujourd’hui.
Ses arguments sont simples. Que devient l’Église si les papes de Jean XXIII à François ne sont pas papes ? Les cardinaux qu’ils nomment ne sont-ils pas des cardinaux ? Qui élira le pape ? Comment pourrons-nous avoir à nouveau un pape ? Cela semble mettre en péril l’existence même de l’Église. Le mieux est d’attendre le jugement que l’Église émettra un jour, pour régler et trancher cette question.
Face à la divergence d’opinions et d’attitudes au sein de la Tradition, je ne vois qu’une seule ligne de conduite raisonnable : garder et transmettre ce que nous avons reçu de Mgr Lefebvre, tant sur le plan doctrinal que sur le plan prudentiel.
Certes, beaucoup diront : la prudence doit tenir compte de l’évolution de la situation entre l’état de la crise à l’époque de Mgr Lefebvre et aujourd’hui. Oui, il y a des changements, mais ils ne sont pas essentiels. L’essence de la crise reste la même.
Comme la crise arienne, qui a duré environ soixante ans, cette crise se poursuit sans que l’essentiel ne change.
C’est pourquoi l’exemple de Mgr Lefebvre reste d’actualité.
Que Notre-Dame, qui a vaincu toutes les hérésies, nous accorde la grâce de vaincre les attaques du démon et des modernistes.
+ Thomas d’Aquin O.S.B.
[1] — https://www.mosteirodasantacruz.org/post/dom-viganò-dom-lefebvre-e-o-sedevacantismo.
Informations
L'auteur
Né à Rio de Janeiro en 1954, Miguel Ferreira da Costa a été disciple de Gustavo Corçao (1896-1978) avant recevoir l'habit bénédictin au monastère bénédictin de Bédouin, en France (1974), avec le nom de "frère Thomas d'Aquin".
Il a fondé en 1987 le monastère de la Sainte Croix (Santa Cruz) au Brésil.
Il a été sacré évêque le 19 mars 2016.
Voir la présentation de Dom Thomas d'Aquin dans Le Sel de la terre 96.
Le numéro

p. 158-159
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