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Machiavel Pédagogue ou Le ministère de la réforme psychologique

 

 

Constatant la progression accélérée de la révolution sociale en tous domaines et particulièrement dans l’éducation, Pascal Bernardin a voulu en connaître les sources, le programme et les artifices. En polytechnicien et professeur, il a mené avec méthode son enquête. Dans son livre, il nous révèle le résultat de ses prospections, nous dévoilant les arcanes du phénomène qui l’ont conduit de découverte en découverte, bien loin des vitrines ordinairement offertes au vulgum pecus. Les documents les plus importants émanent de théoriciens américains relayés par les antennes européennes.

La quintessence de son étude est toute dans les premières lignes de son introduction :

« Une révolution pédagogique basée sur les résultats de la recherche psychopédagogique est en cours dans le monde entier. Elle est menée par les spécialistes des sciences de l’éducation qui ont tous été formés dans les mêmes milieux révolutionnaires et ont ensuite investi les départements “Éducation” des différentes institutions internationales : Unesco, Conseil de l’Europe, Commission de Bruxelles et OCDE. Le ministère français de l’Éducation Nationale et les IUFM [Instituts Universitaires de Formation des Maîtres] subissent également leur influence. Cette révolution pédagogique vise à imposer une “éthique en vue de la création d’une société nouvelle [1]” et à établir une société interculturelle. »

 

En France, la mise en œuvre de ces décisions mondialistes a nécessité des réformes de structure des appareils du monopole de l’enseignement. C’est ainsi, entre autres, que les Écoles Normales, creuset du laïcisme depuis 1879, ont été remplacées en 1991 par les IUFM où le primat de la doctrine porte sur les sciences de l’éducation et de la psychopédagogie. La nouvelle mission confiée aux enseignants n’est plus la formation intellectuelle mais les enseignements non cognitifs et l’apprentissage de la vie sociale. « On veut ici, écrit Pascal Bernardin, modifier les valeurs, les attitudes et les comportements des élèves et des professeurs. On utilise pour ce faire les techniques de manipulations psychologiques (…). »

Il relève dans cette révolution pédagogique les principaux points clés : tests psychologiques, informatisation et fichage de toute la population scolaire, asphyxie ou annexion de l’enseignement libre, volonté d’annihiler l’influence de la famille, etc…

Pascal Bernardin n’extrapole pas. Ses références ou citations sont tirées des publications des penseurs de la « redéfinition du rôle de l’école », tel ce maître ouvrage : Educating for the New World Order [2] ; tirées aussi des rapports des commissions du Parlement européen ou des comptes rendus de conférences des ministres européens de l’Éducation, ou de la « Déclaration mondiale de l’Éducation pour tous » adoptée à l’unanimité par les délégués de 155 pays (New York, Unicef, 1990). L’offensive touche donc toute la planète.

Si la lecture est, en certaines pages, pesante, le grief est à mettre au compte du style progressiste des auteurs des citations, mais elle aura, nous l’espérons, pour grande utilité de sortir de l’ignorance et de la léthargie, des parents et des étudiants. Eux, mais aussi d’autres, y découvriront une vaste offensive révisionniste en cours, « l’histoire devra être récrite et réinterprétée », ainsi en a décidé l’International Symposium and Round Table (Unesco).

Les lecteurs de Pascal Bernardin apprendront beaucoup de choses, et parmi elles, combien les conceptions et les projets de François Bayrou sont alignés, avec nuance il est vrai, sur ce plan de révolution pédagogique.

 

A l’égard de ce travail méritoire de vraie information, il faut formuler quelques regrets en constatant deux faiblesses :

• La première, une lacune. Le libéralisme, cause fondamentale de la situation de l’enseignement, n’est pas rappelé. L’auteur pose pourtant la question : « Quelle est donc la raison de cette haine envers la culture authentique et l’intelligence, de ces agressions ininterrompues contre les facultés d’abstraction ? Voudrait-on bannir les transcendantaux et les universaux de l’enseignement français et de l’esprit des hommes ? N’aura-t-on de cesse qu’Aristote, Platon, saint Thomas et saint Augustin aient été rendus inaccessibles aux générations futures ? Voudrait-on leur interdire l’accès aux univers intellectuels ? »

Pour la réponse, l’auteur passe la plume à saint Luc : « Malheur à vous les légistes, parce que vous avez enlevé la clé de la science ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés » (Lc 11, 52).

La clé de la science ! Mais quelle science ? Pierre Bernardin ne se permet pas d'ajouter aux paroles de saint Luc. Consultons les éxégètes, tout particulièrement les grands commentateurs des saintes Écritures que sont dom Calmet, Fillion, dom Delatte ; ils nous éclairent en précisant pour ce verset de l'évangéliste : la science du salut. Pas d'équivoque.

 

• La seconde, une vue utopique en la conclusion de l’ouvrage :

« Le rôle de l’école est en train d’être “profondément redéfini” dans un processus antidémocratique » écrit Pascal Bernardin.

Ce processus n’est pas antidémocratique ! Il est la méthode courante de ceux qui, haut et clair, se déclarent démocrates. En ce domaine de l’enseignement, ne citons que quelques grands maîtres et experts en la matière : Jules Ferry, Émile Combe, Paul Bert, etc., légistes démocrates aux techniques radicales exercées sur l’enseignement, ainsi “profondément redéfini”.

Consterné par cette « oppression psychologique », l’auteur affirme : « Elle doit d’abord être démasquée et dénoncée pour ce qu’elle est : une dictature psychologique. Après seulement, quand les peuples auront pris conscience de la malignité des procédés employés à leur encontre pour modifier leurs valeurs et leurs psychologies, pour attenter à leur être même, ils pourront s’y opposer. » L’auteur dit bien. Comme saint Thomas. Ensuite, nous ne pouvons plus le suivre.

« Il s’agit naturellement, poursuit-il, d’une démarche politique qui doit, pour mettre toutes les chances de son côté, s’appuyer sur tous les partis attachés au respect de la démocratie, de la liberté et de la dignité humaine (…). »

Mais ils ne le veulent pas ! Ils ne le peuvent pas ! Nous avons l’exemple tout récent de l’inoubliable histoire des deux casquettes de madame Colette Codaccioni. Madame le ministre, de son rôle ministériel, avait enlevé la clé de la science du salut. Généralement, les politiques dits modérés ou dits catholiques ont deux casquettes, une pour la maison, et une pour les estrades. Les partis politiques du système n’ont pas la clé de la science du salut. La Constitution ne le leur permet pas.

 

Ces réserves nécessaires et exprimées, il faut remercier Pascal Bernardin. Ses capacités de recherche et d’analyse apportent au lecteur une exceptionnelle information à prendre en intelligente considération. Elles permettent d’espérer que, muni de la clé de la science du salut, il se livre, pour notre profit, à une prospective où les techniques du savoir aideraient à véhiculer, contre vents et marées, les moyens du salut.

N.D.

 

Bernardin Pascal, Machiavel pédagogue ou le ministère de la réforme psychologique, Cannes, Éd. Notre-Dame des grâces, 1995, 15 x 21,5, 185 p., 98 F. Disponible chez D.P.F. (Chiré-en-Montreuil) ; Duquesne-Diffusion (Paris) ; La Procure (Paris) ; Librairie Saint-Nicolas (Paris) ; Tradiffusion (Bulle, Suisse) ; Ulysse (Bordeaux).



[1] — Rapport de commission, Parlement européen, mars 1992.

[2] — Beverly K. Eakman, Educating for the new world order, Portland (Oregon, USA), Halcyon House, 1991.

Informations

L'auteur

L'abbé Jean-Marc Rulleau a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et professeur de théologie au séminaire d'Écône, avant d'embrasser la vie monastique.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 16

p. 196-199

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