Éditorial La guerre de cent ans n’est pas finie
Il y a cent ans, en septembre 1896, la guerre entre la « nouvelle théologie » et la théologie traditionnelle s’engagea avec un article du père M.-B. Schwalm O.P. : « Les illusions de l’idéalisme et leurs dangers pour la foi », paru dans la jeune Revue thomiste. Honneur à lui ! Nos lecteurs trouveront dans ce numéro du Sel de la terre la reproduction intégrale de cet article historique. Ils verront que dès le début, la guerre se déclencha avec violence autour des mêmes positions clefs, et notamment du fonctionnement de notre connaissance : sommes-nous capables de connaître avec certitude les êtres qui existent indépendamment de nous, ou bien, pour atteindre la certitude, faut-il se contenter de ce qui est à l’intérieur de notre conscience ? Selon la manière de répondre à cette question, on deviendra moderniste ou non.
En cent ans les idées n’ont pas changé : la vérité reste la vérité, l’erreur reste l’erreur. Mais, en revanche, la quasi-totalité des personnes et des institutions ont été gangrénées : il y a grande pitié dans la sainte Église de Dieu.
Il suffit pour le mesurer de se reporter à ce que nous disons dans ce numéro sur le père Marie-Dominique Philippe et sur le congrès Communio. D’un côté comme de l’autre, nous sommes en présence de la partie conservatrice de « l’Église officielle », mais des deux côtés on retrouve la croyance en la rédemption universelle professée par Jean-Paul II lui-même [1]. Or cette doctrine n’est que la conséquence logique et ultime de l’immanentisme : en creusant dans votre conscience, vous y trouverez le Christ, car le Christ s’est uni à chaque homme.
Désormais le subjectivisme et l’immanentisme ont tout envahi. De la même façon, au moment où Dieu suscita sainte Jeanne d’Arc, l’Anglais occupait la quasi-totalité du sol national, à l’exception d’Orléans et de quelques places fortes.
Il faudra certainement une intervention spéciale de Dieu pour délivrer son Église, et rendre à son vicaire sur la terre l’exercice normal de son autorité : l’Église est fondée sur Pierre, et elle ne pourra se redresser que le jour où Rome se redressera, de même que la France ne pouvait vaincre l’Anglais que si le roi était sacré à Reims.
En attendant l’intervention de Dieu, les bons Français priaient et faisaient pénitence. Mais ils agissaient aussi. Sans les Baudricourt et les Dunois, qui tenaient tête à l’ennemi, la situation aurait été définitivement perdue.
Il nous faut donc prier et faire pénitence, mais aussi lutter. Et nos armes, ce sont la connaissance et la diffusion de la vérité catholique, et notamment de la philosophie et de la théologie thomistes.
Que nos lecteurs veuillent bien nous aider dans ce combat, particulièrement en faisant connaître la revue autour d’eux : n’hésitez pas à offrir des abonnements [2]. Et demandons à Dieu de nous donner de rester fidèles et de persévérer jusqu’à la fin.
[1] — Voir Le Sel de la terre 16, p. 186 et sq.
[2] — Rappelons qu’un abonnement d’essai de six mois (deux numéros) ne coûte que 100 F.

