Le Saint Suaire
et le radiocarbone
Preuves de la dérive des taux de radiocarbone
dans la retaille prélevée sur le Linceul en 1988
par Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche
Madame van Oosterwyck, docteur ès sciences, agrégée de l’enseignement supérieur et professeur des universités [1], s’intéresse de près au Saint Suaire depuis plusieurs années. Elle a notamment participé aux deux congrès du C.I.E.L.T. [2] en 1989 à Paris et en 1993 à Rome.
Pour expliquer la datation aberrante de 1988 par le C14, Madame van Oosterwyck pense que l’incendie de Turin en 1532, au cours duquel le Saint Suaire fut soumis à une température élevée en présence de vapeur d’eau, a provoqué à une modification des taux isotopiques des fibres de lin.
Sa thèse, qu’elle étaye par des preuves expérimentales, dérange les milieux scientifiques officiels, car elle remet en cause l’infaillibilité de la méthode de datation par le C14. Nous lui avons proposé l’hospitalité de notre revue, pensant qu’il est utile et même nécesaire que le public soit informé sur cette question si importante.
Certains de nos lecteurs, peu habitués à des articles scientifiques, éprouveront peut-être un peu de peine à lire celui-ci. Nous les encourageons à faire un effort. Nous avons donné des explications rendant la lecture plus facile. Et le sujet est d’importance.
On trouvera plus de détails sur les thèses de Madame van Oosterwyck dans son livre, Le Radiocarbone face au Suaire, qui paraîtra prochainement aux éditions F.-X. de Guibert.
Le Sel de la terre.
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CETTE étude a pour objet le prélèvement fait sur le Saint Suaire le 21 avril 1988 et les prétendues preuves fondées sur les substitutions d’échantillon [3]. Pour commencer, je voudrais revenir sur quelques acquis du symposium de 1993, dont il me semble qu’on n’a pas suffisamment tenu compte.
La solution de l’âge aberrant
Dans ma communication, j’avais déjà présenté la reconstitution de la retaille par une spécialiste en textiles, Miss Leynen (fig. 1a et b). Toutefois le temps limité (vingt minutes) m’empêcha de m’étendre sur les conditions du prélèvement de 1988.
Cette reconstitution montre que les âges radiocarbone assez chaotiques mesurés par les trois laboratoires A.M.S. [4] sur le Linceul de Turin et publiés dans la revue Nature (1989) présentaient une dérive caractéristique (fig. 2 c).
J’avais aussi expliqué que les taux de C14 des tissus de lin s’écartaient souvent de l’âge archéologique et qu’en particulier les conditions hydrothermales qui avaient prévalu en 1532 pouvaient les modifier, comme je l’avais pressenti dès 1989 [5]. (J’insiste sur les conditions hydrothermales, c’est-à-dire le chauffage en « bombe calorimétrique » en présence de vapeur d’eau sous pression, car des tissus simplement chauffés en l’absence de vapeur d’eau par Moroni et Bettinelli n’ont pas été modifiés [6].)
De fait les expériences de Moscou, réalisées afin de contrôler mon hypothèse, avaient montré qu’un tissu de lin chauffé en présence de vapeur d’eau voyait ses taux de C14 augmenter dès 140° [7]. – Plus tard, les chercheurs russes vont montrer que dans leurs conditions expérimentales, et toujours en présence de vapeur d’eau, les taux augmentent jusqu’à 300°, pour diminuer ensuite légèrement (la température de pyrolyse [8] du lin est de 220°) [9]. Ils étaient toutefois restés bien en deçà de la température atteinte en 1532, qui avait été de 960° (fusion de l’argent).
Les premiers résultats positifs présentés à Rome avaient été également obtenus sur un tissu synthétique moderne qui avait échappé à l’incendie d’un supermarché et qui, comme le Linceul, avait été mis au contact d’eau à température très élevée. Ce tissu synthétique, préparé à partir d’hydrocarbures pauvres en C14, avait évidemment un âge radiocarbone « vieilli », de l’ordre de 6 000 ans B.P. [10], ce qui montre le caractère relatif de ces âges.
Ce drap présentait, comme le Linceul, des marques noires, au niveau des anciens plis, qui étaient enrichies en isotopes lourds du carbone. Leurs taux de C13 et de C14 – analysés à Moscou – se révélèrent plus élevés respectivement de 30 et de 20 % que les zones blanches voisines. Ce fait démontrait à lui seul que les taux de C14 pouvaient, dans ces conditions, se modifier de façon significative et ceci, comme pour le Linceul, sur quelques centimètres à peine. Rappelons qu’il n’en fallait que 17 % pour passer du Ier au XIVe siècle (fig. 3).
La solution de l’âge aberrant produit sur le Linceul avait donc été trouvée.
Ma communication, difficilement acceptée par le comité scientifique du C.I.E.L.T., ne fut pas comprise ni exploitée comme je l’espérais. La seule réaction fut celle d’une personnalité du C.I.E.L.T. qui fit des objections sur des points sans relation avec mes arguments, n’ayant, de son propre aveu, pas lu ma communication (Salet, 1995). Les figures 1 et 3 que j’avais présentées à Rome et qui avaient servi à étayer mon argumentation ne parurent pas dans les Actes. Ma communication, semble-t-il, avait dérangé un certain consensus prétendument scientifique qui vise avant tout à protéger le mythe de l’infaillibilité du C14. Elle avait de surcroît rendu inutile la thèse du « sosie médiéval », présentée comme seule explication logique de l’âge C14 mesuré par les laboratoires, et que le C.I.E.L.T. défendait.
Les études statistiques
Le second point très important, insuffisamment mis en lumière, concerne les conclusions des études statistiques de van Haelst (1995) et de Jouvenroux (1995), présentées au symposium de Rome, qui ont continué et complété celles de van Haelst (1989) et Bourcier de Carbon (1990) au symposium de Paris de 1989.
Ils ont montré que les dates mesurées par les laboratoires A.M.S. sur le Linceul étaient hétérogènes et que la probabilité pour en déduire un âge médiéval était voisine de zéro.
Les conclusions de Nature [11] avaient tout simplement été inversées : la seule véritable conclusion était que les laboratoires n’avaient pas mesuré l’âge médiéval qui avait fait le tour du monde [12] et n’avaient mesuré aucun âge précis d’ailleurs.
Mais les conclusions des statisticiens en 1993 sont allées plus loin encore.
En particulier, Jouvenroux, statisticien professionnel, y a démontré que le calcul de Nature reposait sur des bases erronées et qu’il avait été volontairement biaisé pour parvenir à des dates connues d’avance, tant celle du Linceul – et forcément « médiévale » – que celles des témoins qui, sans ce calcul, auraient été vraisemblablement aberrantes elles aussi.
Il avait notamment écrit à propos de ce calcul hors norme (qui reposait de surcroît sur des données brutes restées sous le boisseau, on le sait, le professeur Tite ayant refusé de les divulguer) :
« En l’état actuel des choses, personne ne saurait plus accepter les conclusions de Nature sur les bases statistiques retenues par cette revue. Ni les calculs partout entachés d’erreur, ni les méthodes, toutes critiquables du fait d’hypothèses fausses ou invérifiables, ne peuvent apporter la moindre crédibilité dans les conclusions apportées. » En particulier, la « fourchette » des âges du Linceul ne s’étendait pas sur 130 ans (1260-1390 ans AD) mais bien sur quelque 2 000 ans, mettant ainsi un point final au « verdict de la science » et au caractère prétendûment scientifique du trop fameux « âge médiéval ».
Les expériences thermiques
Les expériences de Moscou, bien que financées par M. Berthault, furent réalisées sous ma direction dans le but de contrôler mes hypothèses. Il faut souligner que les nombreux laboratoires contactés jusqu’alors avaient refusé de les faire. Toutefois la présentation des premiers résultats positifs à Rome sous forme de « scoop » par Kouznetsov, avant même que le symposium eût ouvert ses portes, conduisit à de nouvelles confusions. Je n’eus pas la possibilité de faire entendre ma voix : je disais notamment que, contrairement à ce qu’il avait proclamé alors, Kouznetsov n’avait pas recréé les conditions de l’incendie de 1532 ni retrouvé l’âge du Ier siècle à partir de ses corrections, bien qu’il eût prouvé que les taux isotopiques s’étaient altérés à 140° (température de son expérience).
Plus tard, de nouvelles expériences thermiques à 300° lui feront dire – mais à tort, une fois de plus – qu’il avait recréé les conditions de l’incendie et retrouvé l’âge du Ier siècle, dans un nouveau « scoop » produit en février 1996 en Italie [13]. Mais, devant les critiques qui s’accumulèrent à ce propos, Kouznetsov affirmera sans complexe, dans la B.S.T.S. Newsletter, s’être trompé dans ses évaluations et n’avoir jamais retrouvé l’âge du Ier siècle, ni en 1993, ni en 1996 [14]. Dans la B.S.T.S. Newsletter de 1996, il admettait encore avoir bâclé ses étalonnages comme Jull et al. [15] (1996) le lui avaient reproché.
Quelles que soient les interprétations du docteur Kouznetsov à propos d’une découverte qui n’est finalement pas la sienne, que, sans doute, il n’a pas entièrement comprise et qui devrait être contrôlée par d’autres laboratoires (ici je lance un appel aux personnes compétentes), il reste qu’il a réellement mesuré des enrichissements en C14 dans ses lins traités. L’observation porte un coup fatal au « chronomètre » de
