Défense de la vraie
science historique
A l’heure où, en fait d’histoire, la Rome occupée multiplie les actes de repentance pour de prétendues fautes impliquant la sainte Église, le texte qui suit, tiré des documents pontificaux du pape Léon XIII, donne une réponse énergique et autorisée.
Cet extrait est comme la charte de l’historien catholique. Puisse Dieu susciter de tels historiens qui renversent le mensonge et la désinformation actuelles et nous enseignent la véritable histoire, magistra vitæ – maîtresse de vie – comme dit l’ancien adage.
Le Sel de la terre.
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« Il est hautement important d’empêcher à tout prix qu’on ne transforme le très noble métier d’historien en fléau public et domestique des plus graves. Il faut que les hommes de cœur doctement versés en ce genre d’études se dévouent à écrire l’histoire de telle sorte qu’elle soit le miroir de la vérité et de la sincérité ; et que les accusations insultantes, depuis trop longtemps accumulées contre les Pontifes romains, soient dissipées doctement et convenablement ; à de maigres narrations, qu’on substitue des investigations laborieuses et conduites à maturité ; qu’on oppose aux arrêts téméraires un jugement prudent ; aux opinions frivoles, une critique savante.
Il faut énergiquement s’efforcer de réfuter les mensonges et les faussetés, en recourant aux sources ; ayant surtout présent à l’esprit que la première loi de l’histoire est de ne pas oser mentir ; la seconde, de ne pas craindre de dire vrai ; en outre, que l’historien ne prête au soupçon ni de flatterie, ni d’animosité. Il faut, pour l’usage des écoles, des manuels qui, laissant la vérité sauve, écartant tout danger des jeunes gens, honorent et étendent l’art de l’historien. (…)
Si donc de la science historique l’Église, à toute époque, a bien mérité, à elle de mériter encore, d’autant mieux que la raison des temps lui impose cet honneur. Car, ainsi que nous l’avons dit, puisque l’ennemi puise surtout ses traits dans l’histoire, il faut que l’Église combatte à armes égales, et là où plus violente est l’attaque, qu’elle redouble d’efforts pour repousser plus vaillamment l’assaut.
(…) Plaise à Dieu qu’en foule accourent ceux qui aiment la recherche du vrai, pour recueillir des monuments dignes de mémoire. Toute l’histoire crie qu’il y a un Dieu, modérateur, par sa Providence suprême, du mouvement varié et perpétuel des choses humaines, et qui, malgré les mortels, fait tout concourir à l’accroissement de l’Église ; l’histoire encore proclame que, malgré les combats et les assauts violents, le Pontificat romain est toujours resté victorieux, et que ses adversaires, déçus dans leur espérance, n’ont fait que provoquer leur perte. L’histoire, non moins évidemment, atteste ce qui a été divinement prévu dès l’origine de Rome, c’est qu’elle donnerait au successeur du bienheureux Pierre une demeure et un trône, pour gouverner d’ici, comme d’un centre, indépendant de toute puissance, l’universelle république de la chrétienté. Nul n’a osé s’opposer à ce plan divin de la Providence, que, tôt ou tard, il n’ait senti sa vaine entreprise échouer. »
Léon XIII, Sæpenumero considerantes, 18 août 1883.

