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Les victimes françaises du fanatisme huguenot

au XVIe siècle

 

 

 

par Michel Feretti

 

 

 

Michel Ferreti [1] nous a communiqué cet article qu’il a déjà fait paraître dans De Rome et d’Ailleurs (numéro 154 de septembre-octobre 1998, c’est-à-dire le premier numéro de la nouvelle formule [2]). Nous le publions volontiers, légèrement revu et corrigé par son auteur, parce qu’il s’agit d’une question importante et généralement ignorée. Comme l’explique l’introduction, l’actuelle « vérité » historique repose sur deux dogmes forgés par la désinformation : le « massacre » de Wassy et la Saint-Barthélemy. On voudrait prouver, par ces deux événements « typiques », la culpabilité catholique et l’innocence protestante dont l’esprit de tolérance aurait été la victime du fanatisme papiste. Michel Feretti, documents à l’appui, ramène les choses à leur juste vérité.

Surtout, il ouvre le dossier accablant, et soigneusement occulté par l’histoire officielle, des innombrables tueries, destructions et sacrilèges huguenots perpétrés en France au XVIe siècle. Ce rappel de l’histoire est un acte nécessaire de vérité et de piété à l’heure où les autorités conciliaires prêchent une repentance impie et mensongère pour des crimes qu’auraient commis nos ancêtres catholiques – lesquels ont lutté, en réalité, pour que nous restions catholiques.

On notera, parmi les témoignages allégués par l’auteur, celui de Louis Réau et de son ouvrage magistral : Histoire du vandalisme. Ce livre, qui a été réédité en 1994 chez Laffont, fait l’inventaire des actes de vandalisme qui ont détruit les monuments de l’art français depuis le Haut Moyen Age jusqu’en 1958. Louis Réau montre que le vandalisme véritable, c’est-à-dire la destruction illégitime inspirée par le fanatisme, est apparu au XVIe siècle avec l’iconoclasme protestant et n’a été rejoint ensuite, dans sa fureur dévastatrice, que par le vandalisme révolutionnaire de la Terreur. Il faut noter, sur ce point, l’impartialité et l’honnêteté de Louis Réau qui était pourtant lui-même un protestant convaincu. Il ne s’était pas privé, dans son Iconographie de l’art chrétien (parue en 5 volumes aux Presses universitaires entre 1955 et 1958), de brocarder le culte médiéval des saints, au point de passer pour l’anti Émile Mâle. Il se rattrape ici et le fait mérite d’être signalé. Son témoignage n’en a que plus d’intérêt.

Le Sel de la terre.

 

 

*

  

 

 

« Parce que le souvenir du sacrifice suprême des catholiques s’est enveloppé de ténèbres et menace avec le temps de sombrer dans l’oubli, l’obligation s’impose de réagir [3]. »                                                                                 Abbé Victor Carrière.

 

 

Introduction

 

AU RAYON du prêt-à-penser historique, deux événements continuent de faire recette, surtout en l’année du quatrième centenaire de la rédaction de l’Édit de Nantes : le « massacre » de Wassy (1er mars 1562) et celui de la Saint‑Barthélemy (24 août 1572). Le premier, pour « prouver » que les catholiques furent les fauteurs des guerres civiles et religieuses du XVIe siècle ; le second, pour ériger les protestants en victimes innocentes du fanatisme catholique.

Mais, jamais, ne sont évoqués les pillages, les massacres et les sacrilèges perpétrés par les huguenots contre les catholiques. Leurs méfaits ont pourtant commencé bien avant l’incident de Wassy et ils dépassent amplement par leur nombre et par leur abomination ce que les protestants, injustes agresseurs, ennemis du trône et de l’autel, ont subi des catholiques persécutés et obligés de se défendre.

L’histoire officielle ment en faisant du duc de Guise et des fidèles catholiques les initiateurs des guerres de religion : en 1562, il y avait quarante ans que les huguenots hérétiques multipliaient leurs exactions.

L’histoire officielle commet encore un larcin honteux quand elle dérobe la palme du martyre aux milliers de victimes catholiques et la décerne aux quelques centaines d’hérétiques tués lors de la Saint-Barthélemy.

Non, contrairement à ce qu’a écrit Pierre Chaunu, la Réformation n’a pas été vécue comme « une nouvelle pentecôte, une réémergence du temps béni des apôtres » ; elle ne fut nullement « correction d’une dérive, appel à une continuité vraie contre une fausse continuité [4] ». Comme tous les fanatismes, elle est née et a grandi dans le sang, ainsi que l’attestent les travaux d’historiens du XIXe et du XXe siècle.

En effet, « ayant surtout présent à l’esprit que la première loi de l’histoire est de ne pas oser mentir, la seconde, de ne pas craindre de dire vrai [5] » le Révérend père Hello [6], l’abbé Carrière [7], Jean Guiraud [8], Louis Réau [9], Olivier Christin [10] et d’autres encore, ont recouru aux sources et, à partir d’études locales documentées et de témoignages contemporains – toujours consultables [11] –, ils ont prouvé que partout où les protestants se sont établis, « ils voulurent par la force anéantir la religion catholique et lui substituer le calvinisme [12] ».

A cette fin, ils tentèrent de contrôler puis de prendre le pouvoir politique, tout en saccageant les édifices religieux et tout en massacrant les fidèles catholiques.

 

 

Ambition politique des huguenots

 

« Ils faillent de renverser nostre empire

Et de vouloir par force aux Princes contredire »

Ronsard, Élégie sur les troubles d’Amboise, 1560, v. 49 et 50.

 

Jusqu’à l’édit du 19 janvier 1562

 

De 1525 à 1538 la « contagion luthérienne » s’étend rapidement dans le royaume de France et, mis à part la Bretagne et l’Auvergne, toutes les provinces sont touchées par les idées nouvelles. Le pouvoir royal sévit mollement et manifeste même quelque complaisance envers les hérétiques. Ronsard, s’adressant aux magistrats, s’en plaindra en 1563 dans sa Remontrance au peuple de France :

 

Si vous eussiez puny par le glaive tranchant

Le huguenot mutin, l’hérétique meschant,

Le peuple fust en paix : mais votre connivence

A perdu le renom et l’Empire de France.

 

Ce poète courageux apostrophera même directement les princes et les rois :

 

Vous, Princes, et vous, Roys, la faute avez commise

Pour laquelle aujourd’huy soufre toute l’Église,

Bien que de vostre temps vous n’ayez pas cogneu

Ni senty le malheur qui nous est advenu.

 

Les exemples ne manquent pas qui justifient l’accusation de ce contemporain clairvoyant. Alors qu’ils auraient dû être bannis, Mélanchton, successeur de Luther et auteur de la Confession d’Augsbourg, l’évangéliste [13] Lefèvre d’Étaples et ses disciples jouissent des faveurs de la Cour : « Lorsque la Sorbonne voulait défendre l’orthodoxie catholique, écrit Jean Guiraud, le roi lui imposait silence, supprimant les écrits du sorbonniste Jérôme d’Angest et du dominicain Lambert Campester. En revanche il appelait à la Cour des professeurs pénétrés de luthéranisme (Mélanchton), encourageait leurs discussions théologiques contre le catholicisme [14]. »

En 1532, François Ier signe un traité d’alliance avec la Ligue des princes protestants allemands de Smalkade [15] ; en 1534 il fait emprisonner plusieurs théologiens coupables d’avoir dénoncé les tendances hétérodoxes de sa sœur Marguerite.

Certes, après l’affaire des Placards [16], François Ier passe dans le camp des intransigeants et publie l’édit du 25 janvier 1535 qui stipule l’extermination des hérétiques. Six mois plus tard cependant, l’édit de Coucy (16 juillet 1535) rapporte les dispositions de l’édit de janvier et ordonne la mise en liberté des hérétiques...

A partir de 1538, François Ier tente de juguler un mouvement devenu de plus en plus audacieux. Mais la répression arrive trop tardivement et se montre encore bien timide [17] : la révolution religieuse continue de s’étendre.

Henri, fils de François Ier, comprend l’immense danger. Pour juger des cas d’hérésie notoire, il crée la Chambre ardente au parlement de Paris ; cette chambre prononça près de cinq cents arrêts en deux ans. Henri II promulgue encore plusieurs édits pour endiguer l’hérésie : l’édit de Châteaubriant (27 juin 1551) réglemente en 46 articles la chasse aux protestants ; l’édit de Compiègne (24 juillet 1557) établit une peine unique pour profession publique ou secrète d’hérésie : la peine de mort ; l’édit d’Écouen (2 juin 1559) prescrit le châtiment ou l’expulsion de tous les huguenots de France. Mais cet édit n’est pas appliqué en raison de la mort suspecte de Henri II, mortellement blessé par Montgomery, capitaine des gardes, que les calvinistes appellent « leur grand protecteur [18] ».

Malgré ces mesures répressives, en 1555, existe en France un solide réseau d’églises organisées, établies dans presque toutes les provinces du royaume, avec leur ministère, leur consistoire, leur liturgie, leur discipline [19]. Calvin surveille et dirige tout à partir de Genève [20]. D’Angleterre, Élisabeth Ire envoie des subsides.

Le calvinisme ainsi constitué cherche alors à s’organiser politiquement. A la fin de la décennie 1550, il gagne l’appui d’une partie importante de la noblesse qui, misérable transfuge, passe dans le camp des hérétiques ; parmi eux, Antoine de Bourbon et son frère le prince Louis de Condé en 1558, les trois frères Coligny-Châtillon en 1559, Renée de France, fille de Louis XII, en 1560...

En juillet 1559, le jeune François II monte sur le trône. Le parti huguenot uni autour des nobles passés au calvinisme cherche à s’emparer du jeune roi, conformément à la décision prise par une assemblée de gentilshommes tenue à Nantes le 1er février 1560 : c’est la conjuration d’Amboise (mars 1560). L’enlèvement du roi échoue et les protestants connaissent là un revers cuisant. Hélas, quelques mois plus tard, le 5 décembre, « atteint d’une maladie subite, François II meurt, au grand dam de la France, car ce tout jeune roi avait reçu une excellente éducation et, dès ses plus tendres années, il promettait de devenir un prince très chrétien [21] ».

En décembre 1560, lui succéde le très jeune Charles IX. Le roi a dix ans ; aussi un arrêt du conseil d’État (21 décembre 1560) confie la régence du royaume à Catherine de Médicis et à Antoine de Bourbon. Ce dernier, calviniste notoire, veille attentivement au sort de ses coréligionnaires : dès les États généraux d’Orléans de décembre 1560, la régente fait cesser les poursuites judiciaires contre les huguenots. Comptant sur la ruse, la Reine-mère, à l’instigation du chancelier de l’Hospital, joue des catholiques et des protestants les uns contre les autres, favorisant tantôt les uns, tantôt les autres [22]. Tant et si bien que, « devant les dispositions de la régente, les protestants crurent que leur règne était enfin arrivé, et que, maîtres du pouvoir, grâce à la reine et au chancelier, ils pourraient séparer la France de Rome et imposer une religion nationale, à base réformée [23] ».

Se sentant victorieux, les huguenots fondent des associations armées, persécutent et pillent en toute impunité. Ainsi la guerre civile déclarée par les huguenots, réellement commencée depuis les actes iconoclastes des années 1520-1530, débute militairement sous la régence de Catherine de Médicis (janvier 1561), et non à l’incident de Wassy (mars 1562).

Devant les violences redoublées des huguenots et dans le but « d’apaiser les troubles et séditions pour le fait de la religion » Charles IX signe un édit, l’édit de janvier 1562, dont la connaissance est indispensable à la juste appréciation de l’épisode de Wassy.

 

Wassy, échauffourée ou massacre ?

 

Comme les précédents édits de pacification, l’édit du 17 janvier 1562 se veut être une mesure provisoire. A la différence des autres cependant, il laisse aux huguenots une plus grande liberté puisque leur culte, interdit à l’intérieur des villes, est désormais autorisé au dehors durant le jour.

Nulle part ailleurs en Chrétienté n’existe alors une pareille tolérance à l’égard des hérétiques ; c’est pourquoi cet édit de janvier provoque l’opposition vigoureuse du parlement de Paris ; ses membres, gardiens de la paix publique, en appellent à l’histoire : « Toute l’histoire de l’Église depuis l’antiquité fut appelée à témoigner que la diversité des religions amène la ruine et subversion totale des royaumes [24]. » L’enregistrement a lieu cependant le 6 mars, « de l’urgente nécessité du temps, sans approbation de la nouvelle religion, et seulement par provision [25] ».

Deux semaines plus tard, pendant que les violences protestantes s’exercent d’une manière concertée et méthodique à travers tout le royaume de France, éclate l’affaire de Wassy...

Le dimanche 1er mars 1562, le duc de Guise, qui se rend de Joinville à Paris, passe par Wassy avec son escorte de gentilshommes. Il s’arrête pour y entendre la messe. L’église où il s’apprête à assister aux Saints Mystères est à une portée d’arquebuse d’une grange où les calvinistes de la ville et des environs avaient coutume de célébrer leur culte hérétique. Contrairement aux dispositions de l’édit de janvier, les huguenots avaient en effet bâti un temple à Wassy et s’y réunissaient même en plein jour… Sagement, le duc de Guise avait décidé de ne pas séjourner dans la ville, « voulant, disait-il, fuir les occasions que quelques-uns des miens pussent s’agacer et dire mots à ceux de la dite ville et qu’ils n’entrassent les uns et les autres en dispute de religion [26] ». Il comptait n’y rester que le temps d’entendre la messe. Mais, au moment où le duc entre dans l’église, ses hommes l’avertissent que les calvinistes, au nombre de cinq cents au moins, célèbrent leur culte de façon illégale dans la grange toute proche. Guise croit à une provocation de la part des hérétiques et sort de l’église pour leur rappeler les clauses de l’édit de janvier. Les réformés, interprétant mal cette démarche, croient qu’il vient les attaquer et, avant d’être l’objet de la moindre violence, ils « lancent des pierres au duc et à ses compagnons qu’ils voient s’approcher. Il y a des gentilshommes blessés et Guise lui-même reçoit une contusion. Son escorte accourt à l’aide, elle riposte aux coups de pierre par des coups d’arquebuse [27] ». Quand le duc de Guise arrête les violences, il y a vingt-trois morts et plus de cent blessés.

De cet incident, Jean Guiraud souligne quatre évidences :

 

1. — Ces scènes de violence ne furent pas préméditées par le duc de Guise. Il s’en montra même fort désagréablement surpris. 2. — Ce « massacre » fut plutôt une échauffourée qui éclata sur un malentendu, les protestants s’étant imaginés que Guise venait pour les attaquer et Guise croyant que ceux-ci le bravaient et assaillaient par traîtrise son escorte. 3. — Il n’y eut pas à Wassy un « massacre » de protestants ; il s’y produisit plutôt une bagarre sanglante, une échauffourée où il y eut des morts et des blessés des deux côtés, Guise lui-même étant blessé par les protestants. 4. — Guise se crut de bonne foi victime d’une agression protestante et il ne présenta nullement les événements de Wassy comme une victoire catholique [28]. »

 

Mais l’affaire fut grossie et exploitée par les protestants qui parlent désormais du « massacre de Wassy », comme pour justifier l’effroyable déferlement de violences et de massacres de l’année 1562. Pourtant, cet incident n’était ni le premier ni le plus meurtrier des affrontements entre les catholiques et les huguenots : six mois plus tôt, les 19 et 20 octobre 1561, huit cents huguenots avaient attaqué la ville de Montpellier et y avaient exterminé, selon les procès-verbaux, près de deux cent cinquante catholiques...

 

De Wassy à Saint-Denis

 

Plus que jamais, les huguenots veulent le pouvoir. La liberté de conscience qu’ils revendiquent est grosse de révolution politique, comme le fait remarquer Ronsard à Théodore de Bèze [29] :

 

Cela n’est qu’un appast qui tire la province

A la sédition, laquelle dessous toy

Pour avoir la liberté ne voudra plus de roy.

 

En 1567, l’armée de Condé tente de s’emparer par surprise de Charles IX et de sa mère. La cour a juste le temps de se réfugier derrière les murailles de Meaux. Ayant échoué dans cette tentative d’enlèvement, Condé assiège Paris avec ses troupes. Là encore sans succès.

En 1572, dans une assemblée générale tenue à Nîmes, les huguenots dressent le plan d’une république pour la France ; ils sont en effet persuadés que l’influence de Coligny sur le roi et le mariage d’Henri de Navarre avec la sœur de Charles IX leur assurent enfin et définitivement le pouvoir politique. Mais la Saint-Barthélemy remet en cause leurs projets de complot contre la couronne : les principaux chefs huguenots sont exterminés, excepté Henri de Navarre et Condé, qui, pour avoir la vie sauve, abjurent l’hérésie.

A peine remis de la secousse du 24 août 1572, les protestants du centre-Ouest et du Midi se réorganisent rapidement. Ils préparent une confédération, les Provinces-Unies du Midi, à l’imitation des provinces protestantes des Pays-Bas. En février 1573, à Anduze, une assemblée fixe la constitution de ces « Provinces de l’Union Protestante ” : le pouvoir est confié aux États généraux, assemblée représentative élue, composée des députés de chaque province ayant prêté serment à l’Union protestante. Les États généraux désignent un Protecteur, chargé des affaires militaires, et un Conseil permanent, responsable de l’exécutif. Condé et Henri de Navarre, partis de la Cour en 1576 après être retournés à l’erreur calviniste, deviennent les Protecteurs de cette république fédérale [30], véritable État protestant dans le royaume très chrétien.

Heureusement, Dieu veille sur sa Fille aînée et suscite de nombreuses générosités pour contrer héroïquement ces projets subversifs : pendant plus de quinze ans, les différentes Ligues catholiques luttent pour que la couronne ne passe pas aux mains des hérétiques ; Plus de 40 000 Parisiens meurent en 1590 pendant le siège qu’Henri de Navarre fait de leur ville : ils ne voulaient pas voir monter sur le trône de France le chef des sectateurs calvinistes.

Avant de devenir Henri IV par l’onction sainte du sacre, ce fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret devra abjurer à Saint-Denis (1593) et recevoir l’absolution pontificale (1595).

 

L’ambition politique des huguenots avait échoué : le trône et le royaume de France ne sont jamais passés sous la tutelle fanatique des hérétiques. Mais ces échecs répétés ont stimulé davantage encore leur rage de détruire et de massacrer.

 

 

L’iconoclasme huguenot

 

« Ils se disent enfants de Dieu, mais

En la dextre ont le glaive, et en l’autre le feu,

Et comme furieux qui frappent et qui enragent,

Vollent les temples saincts, et les villes saccagent »

Ronsard, Continuation du discours des misères de ce temps, 1562, v. 42 à 44.

 

Les fondements de l’iconoclasme huguenot

 

« Les huguenots se sont acharnés à détruire les “pierres de France” qui portaient témoignage de la foi de leurs ancêtres » déclare Louis Réau, membre de l’Institut, dans son ouvrage sur l’Histoire du vandalisme en France [31]. Des soixante pages que l’auteur consacre au vandalisme huguenot il convient de retenir trois points, déterminants dans l’appréciation des responsabilités :

— Seuls les protestants ont détruit, pillé, saccagé les édifices et les œuvres d’art :

Quand on parle du vandalisme des guerres de religion, qui mettent aux prises les catholiques et les réformés, on semble donner à entendre qu’il a sévi dans les deux camps. Mais cette expression équivoque est inexacte et devrait être rejetée par les historiens. En réalité, le vandalisme religieux de cette époque est unilatéral pour la raison majeure que si, pendant toute la durée du Moyen Age, le catholicisme avait créé des milliers d’œuvres d’art, il n’y avait pas d’art protestant. (…) Le seul terme qui convienne est donc celui de vandalisme huguenot. Comme, deux siècles plus tard, le vandalisme jacobin, il s’est étendu à presque toutes les parties du territoire de la France [32].

 

— L’ampleur des destructions est confirmée par tous les observateurs français et étrangers :

Un modéré, le juriste Étienne Pasquier, qu’on ne saurait accuser ni soupçonner de partialité, constate : « Où le huguenot est le maître, il ruine toutes les images, démolit les sépulcres, enlève tous les biens sacrés voués aux églises [33]. » Et l’ambassadeur de Venise, que sa qualité de diplomate étranger haussait « au-dessus de la mêlée », témoigne dans le même sens : « Les novateurs ont détruit les temples et autres édifices sacrés en si grand nombre que dix années de revenus de la Couronne ne suffiraient pas pour les rebâtir [34]. »

 

— Enfin l’auteur de l’Histoire du vandalisme en France remarque que les dévastations durèrent tout le XVIe siècle et connurent leur apogée en 1562 :

 

Les destructions s’étalent sur une longue période. Mais l’année fatale entre toutes pour l’art français du Moyen Age, plus calamiteuse encore que 1793 sous la Terreur révolutionnaire, fut 1562. Dans l’histoire du vandalisme en France, cette année néfaste doit être marquée d’un caillou noir : ce fut une sauvage hécatombe d’églises incendiées ou saccagées, de statues renversées ou décapitées.

 

Cette « sauvage hécatombe d’églises » était le fruit des prédications huguenotes, échos des enseignements de Luther et de Calvin qui, dans leurs prêches et leurs écrits, se lançaient en violentes diatribes contre les représentations de la Sainte Trinité, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints, invoquant l’autorité de plusieurs versets de l’ancien Testament par lesquels Dieu interdit aux hébreux de fabriquer des images d’homme ou d’animaux.

C’est ainsi que, sept siècles après que le concile de Nicée II (787) eut jeté l’anathème sur les hérétiques iconoclastes, Calvin ressuscitait leur doctrine fallacieuse, enseignant que « suspendre des tableaux ou placer des statues à l’intérieur des églises, c’est profaner le culte divin, commettre un crime ; représenter à l’aide du ciseau ou du pinceau les faits de l’histoire sainte était également répréhensible. » Dans son Institution de la religion chrétienne (Livre I, chapitre XI), il affirmait : « Des images en un temple sont une abomination, une souillure » ; et dans son Traité des reliques : « Le culte des reliques est un abus qui devrait être totalement abattu. » De même, Théodore de Bèze, zélé disciple de Calvin, avait les crucifix en abomination et il aurait voulu que les autorités en ordonnassent la destruction [35]. Zwingli, quant à lui, réclamait la démolition des églises : « Quand on détruit leurs nids, disait-il, les cigognes ne reviennent plus. » Zanchi prétendait que les autels, crucifix, tableaux et images, ornements sacerdotaux, calices d’or, encensoirs et autres objets liturgiques devaient être brisés sans pitié [36].

De telles maximes allaient agir dans les masses comme certains ferments vénéneux dont il est malaisé d’atténuer la virulente nocivité. « Iconoclaste dans sa théologie, le protestantisme luthérien, calviniste, ou zwinglien est donc directement responsable des dévastations immenses autant qu’irréparables commises par ses adeptes et c’est tout un livre qu’il faudrait pour décrire sommairement le vandalisme protestant et faire apprécier la valeur des œuvres d’art qu’il a détruites ou dispersées, sur l’ordre de ses prédicants et de ses pasteurs » conclut Jean Guiraud.

 

L’iconoclasme avant mars 1562

 

De fait, la naissance et l’extension du protestantisme en France se sont toujours accompagnées de manifestations iconoclastes. La protestante Jeannine Garrisson, que le parti-pris prive trop souvent d’objectivité, accorde elle-même qu’il y eut « des milliers d’actes iconoclastes dans la décennie 1520-1530 ». Ainsi, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1528, une statue de pierre de la Vierge fut mutilée à Paris. Au Parlement, le 6 juin, le président déclara que, dans un village des environs de la capitale, « avoient esté pris deux maraux rompans et brisans ung ymage (…) lesquels ont, entre autres choses, confessé qu’ilz ont rompu et brisé plusieurs ymages de Nostre-Dame et des Sainctz [37] ». La statue de Notre-Dame mutilée fut remplacée par une autre « couverte d’argent », et protégée par une grille. La statue fut volée en 1545. Remplacée par une statuette de bois, celle-ci fut brisée dans la nuit du 13 au 14 décembre 1551, date de l’entrée du légat du pape à Paris [38].

En 1548, les calvinistes de Nîmes brûlent dans la cathédrale un tableau représentant la Vierge Marie [39]. En 1553, les États du Languedoc signalent la destruction d’un grand nombre de croix dans toute la province. Le 29 septembre 1559, le pasteur genevois Guillaume Mauger et ses sectateurs profanent l’église Saint-Jacques du Capitole, à Nîmes. En janvier 1562, les protestants de Montauban détruisent l’église Saint-Louis ; le 8 février suivant, ceux de Montpellier, menés par Guillaume Mauger, pillent l’église Saint-Matthieu. Au mois d’avril, c’est le tour des églises Saint-Phabade et des Jacobins à Agen ; en août, profanation de l’église de Négrepelisse. Le 15 décembre, à Carcassonne, les calvinistes renversent et traînent dans la boue une statue de la sainte Vierge…

Jusqu’en 1560, ces actes de vandalisme étaient le fait de protestants isolés ou de groupuscules. Mais « au début des années 1560, les manifestations d’hostilité aux images prennent une nouvelle dimension, celle de l’iconoclasme de masse. Les réformés ne s’attaquent plus seulement à des œuvres singulières, statues ou croix isolées, mais à des ensembles beaucoup plus importants, trésors, groupes sculptés, mobilier d’églises, orgues, édifices. L’échelle des destructions change radicalement, comme le nombre des participants qui connaît une inflation significative : le temps des petits groupes déterminés ou des actions d’éclat personnelles est révolu ; celui des foules commence [40] ».

Ainsi en juillet 1561 [41], ce sont trois cents ou quatre cents personnes qui pénètrent à la suite du ministre Tartas dans l’église de Sauve pour y renverser les autels et briser les images [42]. A Montauban, le 13 du même mois, six cents huguenots marchent sur la ville et incendient toutes les églises. A Orange, à la Toussaint 1561, deux cents hommes en armes passent la nuit dans l’église des Prêcheurs ; le 21 décembre, plus de trois cents hommes entrent de force dans la cathédrale et brisent images, autels, fonts baptismaux et bénitiers. Le dimanche suivant, les groupes iconoclastes, toujours plus denses, brûlent les retables des couvents des Carmes et des Prêcheurs avec ceux de la cathédrale.

A Nîmes, le dimanche 21 décembre 1561, les huguenots, au nombre de deux mille, envahissent la cathédrale pendant l’office pontifical, renversent les autels, tuent tous les catholiques présents. Dans l’après-midi, ils allument un grand feu devant la cathédrale, brûlent les archives, les tableaux, les reliques, les saintes hosties. Il est fait de même dans toutes les églises de la région [43]. « Du 2 au 12 février 1562, le pasteur Viret préside un synode protestant de soixante-dix ministres ; ils décident la démolition de toutes les églises de la ville et du diocèse [44]. »

Le 1er décembre 1561, Agen subit à nouveau le vandalisme des huguenots : plusieurs églises sont dévastées. Le lendemain du pillage, Antoine Tholon, juge criminel, dresse le procès-verbal des destructions, à la requête de quatre des consuls. Apprenant alors qu’une foule se jette sur le couvent de l’Annonciade, il décide de s’y rendre sur-le-champ, mais il ne peut empêcher qu’il ne soit saccagé à son tour car, « voyant la furie desdits personnages, les tous à nous inconnus, et la pluspart portant des capes de Béarn blanches, nous nous retirâmes [45] ».

Dans une lettre adressée au roi et datée du 19 juin 1561, l’archevêque de Bordeaux peut faire le triste constat qu’en Guyenne, les hérétiques « ont abbatu les autelz des églises, brisé les ymages, bruslé les livres, missels et ornemenz (…) et sont tellement favorisez et authorisez par armes et autrement qu’il n’est plus en nostre puissance de les empescher [46] ». Les menaces royales restent inefficaces puisqu’à l’automne 1561, c’est Montpellier qui est pillée (24 septembre), puis Nîmes [47] (29 septembre), Vienne, Orange (novembre), Agen (décembre) Bazas, Foix, Pamiers, Castres, Villeneuve, Grenade, Annonay [48], etc.

Olivier Christin a donc raison d’écrire que « l’iconoclasme de masse débute bien avant le massacre de Wassy (1er mars 1562). Dès le printemps 1561, le Midi de la France connaît, un peu partout, des scènes de déprédations et de destructions d’une ampleur inaccoutumée [49] ». Avant Wassy, les protestants ont déjà ravagé la Provence, le Dauphiné, le comtat Venaissin, le Languedoc, le Berry.

 

L’iconoclasme après mars 1562

 

Mais ces ennemis de l’Église et du royaume de France s’emparent de l’incident de Wassy comme d’un prétexte pour violenter davantage encore les fidèles serviteurs de Dieu et pour détruire systématiquement les œuvres que nos pères avaient édifiées à la louange et à la gloire de Dieu. Ils se persuadent que l’homicide, le sacrilège et la guerre civile sont plus justes maintenant qu’ils sont accomplis par vengeance.

La destruction des images cesse de toucher presque exclusivement le Midi pour concerner désormais la plus grande partie du royaume de France, au gré de la marche des armées ou du fanatisme des communautés locales encouragées par l’exemple des grandes villes du Sud et du prince de Condé.

Le 27 mai 1562, Gabriel de Lorges, comte de Montgomery, s’empare de la ville de Bourges par surprise. Louis Réau raconte : « La meute se rue sur les autels. Les tableaux et les tapisseries sont lacérés, les bas-reliefs du jubé martelés, la châsse en orfèvrerie de saint Guillaume est brisée, ses reliques brûlées et jetées au vent. Stalles, châsses, vases sacrés, rien n’est épargné [50]… » Les soldats mutilent et renversent les statues de la façade ; ils forcent également le couvent des Annonciades et la Sainte Chapelle [51].

En avril, mais surtout en octobre, les troupes de Condé mettent à sac les églises de Romorantin et des environs, au point qu’il « ne demeure image de piété ni autel entier en la ville de Romorantin ni les villages circonvoisins », affirme Théodore de Bèze. Elles dévastent encore l’abbaye cistercienne de Noirlac [52] et de Germigny-des-Près. Les églises de Gien, de Blois, de Châtillon-sur-Loing perdent à leur tour leurs images et leurs autels. Début avril 1562, Saint-Gatien et Saint‑Martin de Tours subissent quelques dommages.

A Vienne, dans la nuit du 19 au 20 mars, des huguenots arrachent la statue de saint Maurice de la façade de la cathédrale, mutilent les figures des saints et brisent les croix d’autres églises [53]. A Montauban, à partir du mois d’août 1562 et pendant l’automne, ils entreprennent le pillage systématique des couvents et des églises de la ville et des environs : statues, peintures, bas-reliefs, stalles, autels, tout est détruit.

Les huguenots de Vendôme, assurés de la protection de Jeanne d’Albret [54], s’emparent de la collégiale Saint-Georges le 19 mai, y mettent en pièces tombeaux, statues et autels ; reliquaires et ornements sont vendus.

A Notre-Dame de Cléry, près d’Orléans, les calvinistes franchissent sans doute un pas de plus dans l’horreur de la profanation et du sacrilège : ils brisent le tombeau de Louis XI et brûlent ses os « en haine de ce qu’il honorait la Vierge Marie et portait son image au chapeau ». Avec un raffinement de haine, ces furieux renversent la statue du roi à genoux et, s’en prenant à son image « comme s’ils l’eussent tenu vif entre leurs mains, lui coupent les bras, les jambes et enfin la tête ». Après avoir violé sa tombe, les soudards s’amusent à jouer « à la courte boule avec la teste de ce roi des fleurs de lys, ointe de la Sainte Ampoule ». La sépulture de sainte Jeanne de France, fille de Louis XI, n’est pas traitée avec plus de respect au couvent des Annonciades de Bourges [55] ».

Parmi les villes de France auxquelles le calvinisme a fait le plus de mal, Orléans, que Jeanne d’Arc avait arrachée aux Anglais, mérite plus qu’aucune autre la palme du martyre : « Presque toutes les églises de la malheureuse cité, depuis la cathédrale Sainte-Croix jusqu’aux églises abbatiales ou paroissiales de Saint‑Aignan, Saint-Avit et Saint-Euverte, sans compter le monument votif érigé à la gloire de Jeanne d’Arc sur le pont de la Loire, figurent au nombre des victimes de l’iconoclasme huguenot. (…) Le nombre des édifices ruinés et les œuvres d’art détruites par les calvinistes dans cette seule région de l’Orléanais dépasse tout ce qu’on peut imaginer (…) [56]. » En 1568, avant leur départ, les troupes de Condé sapent les quatre piliers du transept de la cathédrale d’Orléans, provoquant ainsi la chute de la flèche ; les huguenots agiront de même en 1577 et 1578, dans la nef de la cathédrale de Bazas et, en 1581, dans la cathédrale de Mende.

Angers voit déferler ces monstrueuses impiétés au mois d’avril 1562. Le 6, les huguenots font irruption dans la cathédrale Saint-Maurice : « Pendant douze jours, ils la mettent à sac, renversent les autels, brisent les statues des saints, enlèvent les joyaux qui ornaient les châsses de saint Maurille et de saint René. Leurs ossements sont jetés dans le brasier où flambent les stalles. (…) La fureur de destruction des huguenots n’était pas apaisée. Le 22 avril, ils reviennent à la charge, saccagent l’abbatiale de Saint-Aubin dont il ne reste plus qu’une tour isolée, renversent les statues du portail de l’église de la Trinité [57]. » La célèbre abbaye de Fontevrault, où reposent les gisants des Plantagenêt, n’échappe pas au pillage. Saumur, Saint-Benoît-sur-Loire, Mehun ont à subir aussi les mêmes déprédations. Et Théodore de Bèze peut écrire, en mai 1562 : « En Anjou, l’on s’est porté avec une incroyable furie à la destruction des autels… Même si les catholiques étaient vainqueurs, ils n’en pourraient pas réparer en cent ans le dégât fait en deux heures… »

Dans la région parisienne, la cathédrale de Meaux est l’une des principales victimes du vandalisme huguenot. Dans l’année fatale de 1562, les huguenots saccagent la cathédrale, détruisent le jubé, la clôture d’albâtre du chœur, les stalles, les reliquaires. « A l’extérieur, déplore Louis Réau, la plupart des statues qui garnissaient les trumeaux et les piédroits des portails furent sauvagement brisées et mutilées. »

La Normandie, si riche en cathédrales et en abbayes, est beaucoup plus maltraitée que l’Ile-de-France. Les protestants de Rouen, Dieppe et Caen notamment, appuyés par Coligny et Montgomery, dévastent la cathédrale de Rouen (le 3 mai 1562), l’abbaye de Saint-Ouen, les églises de Caen (8-9 mai), de Caudebec-en-Caux. L’abbaye de Jumièges est mise à sac : les huguenots enlèvent « les châsses, les chapes, les chasubles, les aubes, les parements d’autel, l’argenterie, les meubles précieux, le plomb dont l’église et le cloître étaient couverts, les livres de la bibliothèque et les titres du chartrier. Ils ne respectent même pas les morts [58] ». Sont encore pillées les églises de Saint-Martin-de-Boscherville, Bayeux (20 mai), Elbeuf (juin), Barentin, Limesy (juillet), Coutances (10 août), Avranches, Sées, Saint-Lô, Saint-Wandrille, Tréport [59]. Quant à Dieppe, l’aveu du calviniste Théodore de Bèze est révélateur : « Le 19 avril [de l’année 1562], il ne fut plus possible de garantir les images auxquelles il restait si peu d’adorateurs qu’il fallait que les prêtres mêmes s’entraidassent pour dire leurs messes basses. (…) Quelques mariniers, entrés de nuit en deux églises, abattirent images et autels et brûlèrent plusieurs ornements. (…) Ils abattirent toutes les images, partout où ils passèrent et ainsi se passa le mois d’avril. » A Caen, toujours en 1562, les protestants saccagent les deux vénérables abbayes bénédictines des Hommes et des Dames, fondées au XIe siècle par Guillaume le Conquérant et la reine Mathilde. Suivant une habitude reprise par les jacobins en 1793, les huguenots violent les tombeaux des fondateurs.

Dans la vallée du Rhône, le baron des Adrets qui, selon Louis Réau, « a laissé dans cette région, à l’époque des guerres de religion, la plus horrible traînée de sang et de ruines [60] », saccage les églises de Valence et de Vienne en avril 1562, de Lyon et Grenoble en mai, de Valréas en juin, de Cavaillon en septembre, puis celles d’Aubenas, Bollène, Orgon, Marnans, Romans [61] et de la Grande Chartreuse (5 juin [62]). Il vient également prêter main-forte aux communautés locales qui, souvent, ne l’ont pas attendu pour s’attaquer aux églises et aux couvents. « C’est le 1er mai 1562 que la cathédrale Saint-Jean-Baptiste (Lyon), envahie par la soldatesque du baron des Adrets, subit le plus grand désastre de son histoire. Cinquante grandes statues de la façade sont renversées ou décapitées. (…) Les trois tympans des portails sont impitoyablement martelés, les figures d’anges et de patriarches des voussures décapitées. (…) A l’intérieur, le jubé du XIIIe siècle est démoli et le grand crucifix d’argent qui le surmontait est ignominieusement traîné sur les pavés dans les rues de la ville [63]. »

Les destructions de l’année 1562 ne s’arrêtent pas à ces quelques exemples ; les huguenots ravagent encore Le Mans, Angoulême [64], Poitiers [65]. Pour cette ville et sa région, Louis Réau écrit :

 

Peu de provinces étaient aussi riches en églises romanes que ce coin de France : ce n’est pas la faute des huguenots s’il en reste encore un si grand nombre. Poitiers eut particulièrement à souffrir des guerres de Religion. En 1562, des bandes venues de Gascogne, commandées par le sieur de Saint-Gemme, se livrèrent à un pillage effréné et mirent à sac tous les édifices religieux. Les huguenots firent le vide dans la cathédrale Saint-Pierre qu’ils laissèrent aussi nue qu’un temple protestant, en détruisant le jubé, les autels et les tombeaux. (…) A Sainte-Radegonde, le tombeau de la reine moniale, patronne de Poitiers, fut brisé et violé. Ses reliques furent livrées aux flammes « avec force livres et parchemins ». Ainsi s’explique la disparition presque totale des manuscrits enluminés du Poitou, dont il ne reste guère que la Vie de sainte Radegonde par Fortunat. La célèbre abbaye bénédictine de Saint-Savin-sur-Gartempe (…) fut saccagée en 1562 et 1568. Les huguenots mirent le feu à la charpente du clocher et aux stalles du chœur. Les grandes et les petites orgues subirent le même sort. L’image miraculeuse de Notre-Dame qui, avec le chef de saint Savin, était en grande vénération, fut jetée dans la rivière. 

 

Si nous regardons du côté des provinces de l’Est, limitrophes de l’Allemagne luthérienne où les huguenots trouvaient des alliés et des mercenaires, la liste des monuments saccagés s’allonge à perte de vue...

Quant à la riche Bourgogne qui avait échappé aux misères de la guerre de Cent Ans, eut à déplorer encore plus de pertes que la Champagne. Le 27 septembre 1567, les calvinistes s’emparent d’Auxerre. A la cathédrale Saint-Étienne, ils brisent les cloches, brûlent les stalles, crèvent plusieurs vitraux avec leurs piques, mutilent les images du jubé. A l’abbaye Saint-Germain, qui était un des chefs-d’œuvre de l’architecture monastique, c’est encore pire : « L’église, écrit Dom Fournier en 1714, fut réduite à telle désolation qu’il n’y resta ni couverture ni vitres, que le petit clocher, placé sur la croisée du transept, fut renversé et que les cryptes furent dépouillées de leurs ornements. Les cloîtres, les appartements de l’abbé, celui des hôtes, l’infirmerie et le dortoir devinrent la proie des flammes [66]. »

A Cluny, métropole du monachisme chrétien, les huguenots, commandés par le vicomte de Polignac, lieutenant du prince de Condé, font un premier raid en 1562, suivi de nouveaux pillages de 1567 à 1575. Les autels sont brisés, les tombeaux violés, le trésor de reliques et de reliquaires saccagé, les manuscrits de la bibliothèque lacérés par les reîtres [67] incultes qui, de l’aveu de Théodore de Bèze, les mettaient dans le même sac comme « estant tous livres de messe ». Presque toutes les abbayes clunisiennes de Bourgogne passeront par les mêmes épreuves que la maison mère.

La basilique de Vézelay, quant à elle, sert d’écurie ; la châsse de sainte Marie-Madeleine y est violée, le trésor qui contenait de précieux reliquaires donnés en 1267 par saint Louis est pillé [68]. Parmi les abbayes bourguignonnes qui sont saccagées et spoliées au cours des guerres de Religion, mentionnons encore l’abbaye de Saint-Philibert de Tournus, et celle de Moutiers-Saint-Jean.

D’autres vagues de destructions ont suivi celle, terrible, de 1562, notamment au cours des années 1567-1569. Olivier Christin témoigne :

 

Pendant l’été 1569, par exemple, à la tête de l’armée des vicomtes, Montgomery dévaste la Gascogne. De multiples bandes locales, comme celles de Vindrac, de Bousquet ou de Lavailh, profitent de la confusion pour s’emparer du produit des dîmes et mettre à sac les églises. Les témoins cités au cours de  l’enquête accusent ces trois bandes d’avoir, à elles seules, rançonné plusieurs dizaines de localités. Peu de régions ont échappé à ces grandes flambées, au point que toute description exhaustive ou chronologique se heurte à d’importants obstacles, d’autant plus que le rythme des destructions ne suit qu’approximativement la complexe alternance d’édits de pacification et de reprise ouverte des hostilités qui caractérise la période : un iconoclasme chronique, plus ou moins virulent, sévit au moins jusqu’au milieu des années 1580 [69], sinon plus tard. L’iconoclasme protestant ne disparaît pas avec le siècle : en 1621, les guerres de Rohan sont ainsi l’occasion d’une résurgence spectaculaire [70].

 

L’auteur de la Révolution symbolique a tenté un bilan des dévastations. Voici ses conclusions :

 

A défaut d’une étude statistique complète, plusieurs estimations partielles peuvent être envisagées, à condition de souligner les imperfections d’une documentation qui comporte trop peu d’évaluations chiffrées de la part des contemporains. En avril 1569, le père Samerius parle de plus de dix mille églises dévastées par les huguenots ; trois ans plus tard, Jean de Monluc, évêque de Valence, avance le chiffre de vingt mille, auquel il ajoute deux mille couvents [71]. Ces calculs paraissent avoir fait l’unanimité au XVIe siècle : De Thou, par exemple, les juge fondés. Il est malheureusement impossible de les confirmer intégralement ; quelques sondages nationaux ou régionaux montrent néanmoins l’importance des destructions et la poussée décisive que celles-ci connurent avec les guerres. La carte des chartreuses au XVIe siècle en témoigne clairement : si les chartreuses du royaume, à l’exception de celle de Glandier en Aquitaine, avaient traversé sans encombre la Réforme, à partir de 1562 elles ont ressenti, parfois durablement, le contrecoup des opérations militaires et des troubles civils qui les ont accompagnés. Peu d’entre elles y ont échappé [72]

 

Les profanations et les blasphèmes des huguenots

 

Toutes ces destructions se sont accompagnées, on s’en doute hélas, de sacrilèges et de blasphèmes exécrables. On hésite à en parler tant ils sont odieux et choquants pour l’âme chrétienne qui a su mesurer l’amour et la délicatesse de son Dieu. Il faut pourtant les connaître afin de ne pas être victime ni complice du complot que l’histoire officielle trame contre l’Église et la vérité. Tous ces forfaits déposent en faveur de la condamnation définitive du protestantisme : une religion qui produit dès sa naissance des fruits aussi infects ne saurait être qu’une invention de l’enfer.

En 1562, à Saumur, les réformés abattent les images et les autels de l’abbaye Saint-Florent en « huchant et bruyant en dérision » et emportent le corps de saint Florent en « chantant et se mocquant, usant de ces mots ou semblables “nous tenonds le gallant, nous luy battrons bien la teste” ». Dans Bourges, Montgomery fait « traîner dans les rues par dérision, une image qu’il avoit fait enlever de l’église de Notre-Dame de Salles, où il y avoit toujours un grand concours de peuple », avant de la faire brûler en pleine rue. Selon Olivier Christin, « les mêmes insultes reviennent fréquemment, tels le terme de galant, appliqué en général aux représentations du Christ, celui de marmouset ou encore ceux du répertoire scatologique et obscène [73] ». Les huguenots du Puy, par exemple, appellent la célèbre Vierge noire de la ville « ydole, tronçon de boys, massiarada, et ses ymages, faicts en papier, (…) des torche-(…) [74] ».

A Angoulême, au moment où l’on jette au feu un grand Christ arraché à une église de la ville, un certain Cambrois s’écrie : « Hé, qu’il est beau ! Si tu es Dieu, lève-toi pour faire miracle. » Avec les mêmes intentions, les huguenots traînent par terre le grand crucifix des Prêcheurs d’Orange, « disant telles paroles : “fais maintenant miracle et parle”, donnant des coups sur la tête tant du crucifix que des saints [75] ». Ceux de Béziers insultent la Vierge en criant : « Hou, Nostre Dame la bastarde, fay aré de miracle. » Un crucifix d’argent de l’église Saint-Étienne de Lyon est aussi l’objet de sarcasme des meneurs protestants et des plus exaltés qui affectèrent de plaindre le pauvre crucifix nu et transi, promettant de bientôt le réchauffer. Au Mans, les calvinistes abattent le grand crucifix du chœur, en se « mocquant de quoy il avoit les bras estendus, disant qu’on se donnast garde qu’il ne donnast un soufflet ».

Les profanateurs d’images s’ingénient à trouver pour les objets sacrés les usages les plus impurs et les destinations les plus scandaleuses. Ainsi ils jettent les hosties aux chiens [76], rôtissent les crucifix à la broche, se servent de l’huile sainte pour graisser leurs bottes, souillent les bénétiers de leurs excréments [77], lâchent des porcs dans les églises. Aux Jacobins de Guérande, l’autel de saint Avertin est transformé en auge. A Montpellier encore, les protestants utilisent des bénitiers comme fontaines dans des jardins privés ; un cordonnier nîmois entend, quant à lui, « tenir du froumage » dans le tabernacle dont il s’est emparé. Au printemps 1562, l’abbaye Saint-Florent de Saumur est occupée et dévastée par les huguenots. Les soldats menacent les religieux et les contraignent à faire la garde. Ils vont pendant ce temps profaner les hosties de l’église Saint-Barthélemy toute proche. L’un d’entre eux, Jonnault, brise une custode et se mouche dans les corporaux…

Dès 1560, les huguenots de Rouen pendent des images saintes aux gibets de la ville, la tête en bas. En février 1562, ceux d’Agen traînent un crucifix dans les rues de la ville avant de lui couper la tête sur la grand-place [78].

Olivier Christin commente ainsi cette liste d’abominables sacrilèges : « Les objets ou les lieux consacrés sont ainsi brutalement ramenés à un statut exclusivement profane (…) : l’hostie est une nourriture, le tabernacle devient par conséquent un garde-manger, l’huile sainte de la graisse, les bénitiers des vasques… [79] »

Les pillards s’amusent aussi des vêtements ecclésiastiques. A Lyon, « les soldats s’en revestirent en dérision de l’église catholique, et en faisoyent les gentilshommes, et en pourtoit chascun son escharpe ou en faisoyent jarretière pour monstrer qu’ils estoyent de la livrée des sacrilèges [80] ». Au Mans, l’avocat Jacques Favry tourne en dérision la messe, en revêtant les ornements sacerdotaux et la mitre, en tenant dans sa main un crâne d’animal pour donner de l’encens. Il profère surtout des blasphèmes, se dit évêque et multiplie les signes de croix. Les plus influents des notables huguenots assistent à ces réjouissances.

Mais les huguenots ne se sont pas contentés de détruire des pierres taillées ou de profaner les plus saints mystères de notre sainte religion ; « ils ont supplicié et assassiné, comme maints documents en font foi, des milliers de catholiques, ecclésiastiques ou laïcs. Le massacre de la Saint-Barthélemy, dont nous ne songeons nullement à minimiser l’horreur, n’a été dans ces années tragiques, qu’un “massacre” entre beaucoup d’autres. Les calvinistes ne sont pas les seuls Français qui aient été “géhennés et torturés”. (…) Il n’y a pas eu que des “abattis d’images”, mais des “boucheries de créatures humaines [81]”. »

 

 

Une « légion innombrable de martyrs »

 

Les massacres occultés

 

La guerre civile – qui éclata, rappelons-le, bien avant l’incident de Wassy – fit de nombreux martyrs puisque, souvent, les destructions huguenotes dégénéraient en massacres. La Guyenne, le Languedoc, le Poitou, la Saintonge ont été les premières provinces éprouvées. Mais, bientôt, Bourges, Mortagne, Meaux, Uzès, Béziers, Nîmes, Saint-Gilles, Montpellier, Orléans, Sully-sur-Loire, Pithiviers, Reims, Coutances, Caen, Montauban, Alès, Condom, Angoulême, Saintes, Périgueux, Sarlat, Mâcon, Auxerre… furent le théâtre de monstrueuses cruautés sur lesquelles les manuels scolaires et la plupart des livres contemporains gardent un silence gêné.

 

Plus d’un an avant l’échauffourée de Wassy, en 1560 et 1561, le calviniste Antoine de Mauvans ravage la Provence, incendie la cathédrale de Senez et l’église-collégiale de Barjols où il massacre sept chanoines qui tentaient de s’opposer à ses destructions et à ses sacrilèges. Dans les diocèses de Riez, de Glandèves et de Fréjus, après avoir démoli les églises, emporté les croix et les calices, « Mauvans fit toutes sortes d’indignités et de cruautés, tant aux ecclésiastiques qu’aux catholiques, jusques à la ville de Draguignan [82] ».

Plus de six mois avant l’incident de Wassy, le 15 août 1561, à Montauban, les protestants pillent l’église Saint-Jacques après avoir brisé les images et renversé les autels. Ils tuent les catholiques rassemblés dans l’enceinte sacrée. Le 19 octobre 1561, à la tombée de la nuit, une bande de huguenots de huit cents hommes attaque l’église Saint-Pierre à Montpellier. Prêtres et fidèles sont égorgés : près de cinquante morts. Le 20 au matin, ils se répandent dans la ville, pillent les soixante églises et chapelles que comptent Montpellier. Ils égorgent plus de deux cents catholiques, déterrent quarante cadavres et leur arrachent les entrailles.

En janvier 1562 le calviniste Théodore de Bèze écrit qu’on ne pouvait imaginer à quel degré était montée la fureur des huguenots dans le Midi : « Ces Aquitains, peut-on lire dans son Histoire des Églises réformées, ne seront contents que quand ils auront exterminé leurs adversaires. »

 

Après l’incident de Wassy, la fureur des huguenots ne connut plus de limites.

Le 1er mai 1562, les édifices religieux de Lyon sont détruits sur les ordres du baron des Adrets. La primatiale Saint-Jean est saccagée, les prêtres et les religieux sont massacrés. Tout exercice du culte catholique est interdit.

A Bayeux, le 20 mai 1562, une bande commandée par le sire de Colombières, lieutenant de Coligny, fond à l’improviste sur la paisible ville où tous les édifices religieux sont mis à sac. « Non contents de s’attaquer à des pierres auxquelles ils prêtaient une âme, ces forcenés martyrisèrent en outre, avec d’effroyables raffinements de cruauté, des centaines de créatures de chair et de sang, leurs compatriotes, dont le seul crime était de croire encore à ce qu’eux ne croyaient plus. Les habitants qui essayèrent de s’opposer à ces profanateurs furent impitoyablement massacrés ou précipités du haut des remparts dans les fossés [83]. »

A Pierrelatte, le 15 juin 1562, « la tradition veut qu’une seule maison ait été épargnée. (…) Les catholiques sont tués à coups d’épée ou d’arquebuse ou pendus. Beaucoup sont atrocement mutilés ou torturés avant de mourir : à ceux-ci on coupe le nez ou les oreilles ; ceux-là sont accrochés par le menton aux crémaillères des cheminées, à d’autres on fend la bouche d’une oreille à l’autre, à certains on ouvre le ventre… ; des outrages sans nom sont infligés aux cadavres [84] ».

A Bollène, le 22 juin 1562, les huguenots tuent, pillent, violent, rançonnent sans merci. Les moines sont tous massacrés en des supplices inimaginables.

A Saint-Marcellin, le 24 juin 1562, massacre des habitants et de la garnison laissée par Maugiron : trois cents morts. A Montbrison, le 13 juillet 1562, « de récits absolument authentiques et dignes de foi, il résulte que, dans moins de vingt-quatre heures, plus de huit cents personnes, tant soldats qu’habitants, furent massacrés [85] ».

Selon l’aveu même du calviniste Théodore de Bèze, dans son Histoire ecclésiastique des Églises réformées, la prise de Lauzerte-en-Quercy fit 567 victimes, dont 194 prêtres, en août 1562 [86]. Le même auteur confesse qu’à Sully-sur-Loire « furent tués d’abordée tous ceux qui se rencontrèrent par les rues, même trente-six prêtres outre ceux qui se  noyèrent dans la rivière [87] ».

Au mois de septembre 1567, les protestants décident de s’emparer des villes du royaume. Ils pillent et massacrent dans tout le Midi. Le 30 du même mois, ils font un grand carnage de catholiques, qu’on appela la Michelade en raison de la fête de saint Michel célébrée la veille. Ils s’emparent d’abord par surprise des portes de la ville ; puis, armés de pistolets et d’arquebuses, se répandent dans les rues ; les catholiques sans armes ont à peine le temps de se réfugier à l’évêché. Mais bientôt les huguenots s’emparent de l’évêché, mettant en arrestation tous ceux qui y ont demandé asile, pillent toutes les églises et jettent au feu les boiseries arrachées des sanctuaires, les archives ecclésiastiques, les vases sacrés et les objets d’art. A neuf heures du soir, commence un massacre horrible, sans pitié. On tue le premier consul de la ville, le prieur des Augustins et plusieurs chanoines, un vicaire général, des prêtres, des laïcs. « Les dépositions des témoins devant le parlement de Toulouse évaluent à une centaine le nombre de victimes ; un journal anonyme à 180 ; le vicomte de Joyeuse dit qu’il y en eut deux à trois cents [88]. »

La même année 1567 connaît d’autres assassinats de catholiques : à Alès, où sont tués sept chanoines qui chantent matines, deux cordeliers et plusieurs autres ecclésiastiques ; à Uzès, à Pont-Saint-Esprit, à Bagnols, à Viviers, à Rochefort… Ce sont cinquante villes environ qui, dans le Bas-Languedoc, tombent aux mains des protestants.

En 1568, mêmes scènes de massacres à Gaillac et dans plusieurs villes de l’Albigeois. Le 24 septembre, les huguenots entrent par surprise à Saissac et y assassinent tous les prêtres.

Le 24 août 1569, Jeanne d’Albret, hérétique fanatique « fit daguer tous les seigneurs catholiques prisonniers à Pau. Ce fut la Saint-Barthélemy du Béarn [89] ».

Dans la nuit du 14 au 15 novembre 1569, nouveau massacre dans la ville de Nîmes : plus de 125 victimes ; la plupart sont jetées dans le puits de l’évêché.

Ces quelques faits, ajoutés aux centaines d’autres, prouvent – s’il était besoin – que les victimes pendant les guerres de religion au XVIe siècle furent aussi et surtout catholiques.

 

Le nombre de martyrs

 

« On ne saurait faire fi des statistiques du XVIe siècle. Qu’elles soient sujettes à caution, nous n’y contredisons pas. Mais les chiffres sont des termes de comparaison facilement intelligibles et ceux que nous allons reproduire – relatifs au clergé – constituent sans conteste un élément d’évaluation morale du plus haut prix [90]. » Ainsi s’exprime Victor Carrière au moment d’évaluer le nombre des ecclésiastiques, et uniquement de ceux-ci, tués avant 1580 [91] ; son travail ne prend en compte ni les religieuses ni les séculiers.

La première statistique des ecclésiastiques victimes du fanatisme huguenot a été présentée par le cardinal de Lorraine au concile de Trente, le 23 novembre 1563. Huit mois après la première des huit guerres de religion, le cardinal annonçait aux Pères assemblés que les troubles récents avaient occasionné la mort de 3 000 religieux français, tous martyrisés à cause de leur attachement au Siège apostolique [92].

Une seconde statistique, relative aux victimes du clergé pendant les deux premières guerres civiles, est fournie par une lettre du père Samerius, datée de Verdun, le 20 avril 1569. L’auteur, un jésuite, paraît avoir mené une enquête sérieuse. Il a lu non sans discernement les relations publiées sur le sujet ; il a interrogé de nombreux témoins parmi les pères de la Compagnie. S’il n’a pas recueilli un à un tous les faits qu’il rassemble, le chiffre des victimes auquel il s’arrête, celui de « 5 000 et au-delà [93] », n’en revêt pas moins une autorité indéniable. C’est le chiffre, d’ailleurs, que reproduiront d’après lui Érasme Fend (Vendius) et, par la suite, Natale Conti (Natalis Comes) et Raynaldi (Raynaldus).

La statistique fameuse élaborée par Nicolas Froumenteau, en 1580, avance le nombre de 8 760 prêtres et religieux victimes [94].

A défaut des pièces elles-mêmes, qui eussent permis de refaire les opérations de détail, l’abbé Victor Carrière a voulu vérifier si les calculs de Froumenteau tombaient juste. En réunissant par catégories les chiffres épars dans le volume pour 92 diocèses, il obtint :

 

Chanoines, curés et prêtres............................. 3 190

Moines................................................................... 998

Jacobins, Carmes, Augustins............................. 677

Cordeliers.............................................................. 440

Total 5 305

 

De ces trois statistiques, ressort une évidence : le nombre des victimes, dans le seul rang des prêtres et des religieux, avant 1580, c’est-à-dire dix-huit ans avant la fin de la guerre civile, est au moins égal à 5 000. Ces victimes innocentes ont été martyrisées avec un raffinement satanique, comme nous allons le voir.

 

Les supplices des martyrs

 

• Les sources

 

La passion antireligieuse des huguenots en vint rapidement à la persécution violente : « Si force épisodes de nos guerres religieuses peuvent se réclamer d’une atrocité classique, il en est d’autres, par centaines, qui affectent un caractère de férocité spécifiquement huguenot. Nous avons là-dessus le témoignage des contemporains et non des moindres [95]. »

François de Guise écrit au duc de Wurtemberg : « Je voudrais qu’il m’eût coûté de mon sang et qu’eussiez vu la désolation et dérision de notable nombre de nos églises, la ruine qui est en aucunes de nos principales villes et la cruauté dont on a usé contre les prêtres et autres personnes de notre ancienne religion : je m’assure que les grosses larmes vous en tomberaient des yeux [96]. » Parlant des calvinistes : « Les nôtres, en Allemagne, sont tenus pour pire que les Turcs », écrit de son côté M. de Villers [97] au prince d’Orange.

Les protestants s’en prirent spécialement aux gens d’Église, « et ceux qu’ils trouvaient, ils les meurtrissaient des morts les plus étranges que oncques on ouït parler », raconte un viguier de Saint-Yrieix [98] en Limousin. Et Richard Verstegan, au terme d’une enquête sur les supplices appliqués en pays chrétien par les huguenots, concluait à bon droit que « les disciples de Calvin et de Bèze (qu’on appelle huguenots) sont les plus cruels et désireux du sang d’entre tous les hérétiques [99] ».

Les atrocités huguenotes, âprement dénoncées par les publicistes au cours de l’année 1562, avaient vivement ému le gouvernement royal. On craignait que de telles révélations ne fissent obstacle à la politique de pacification religieuse qui s’imposait après la paix d’Amboise (19 mars 1563). Aussi deux livrets, qui avaient provoqué dans le pays de véhémentes colères : le Discours de Claude de Sainctes sur le saccagement des églises [100] et l’Histoire de Georges Bosquet sur les troubles de Toulouse, ces deux livrets furent-ils interdits, le premier à la demande de Condé, l’autre sur un arrêt du Conseil privé du roi, le 18 juin 1563. Les calvinistes toutefois ne se montrèrent pas satisfaits de ces mesures. Aux accusations des écrivains catholiques, ils opposèrent la négation la plus formelle. « Faussetés exécrables, s’écrie Louis Micqueau en 1564, disant les prêtres avoir été par ceux de notre côté les uns écorchés, les autres crucifiés, les autres rôtis. ”

On peut toujours nier un mauvais cas. Ce qui est plus difficile, c’est de détruire le bien fondé d’une accusation. Or, non seulement ces accusations n’étaient que trop fondées, mais leur nombre s’amplifia avec le temps. Deux recueils de documents sont à cet égard du plus haut intérêt : les Illustria Ecclesiæ catholicae trophoea d’Érasme Fend ou Vent (Vendius), imprimés à Munich en 1573, et le Théâtre des cruautés des hérétiques de nostre temps, publié par Richard Verstegan à Anvers en 1588 [101].

Les Trophea ne constituent pas une œuvre originale. C’est la reproduction de trois mémoires historiques que leur nouvel éditeur, Érasme Fend, conseiller du duc Albert V de Bavière, présenta comme autant d’exemples fameux des fureurs exercées contre les catholiques en Angleterre, en Écosse et en France. « On est impressionné aux récits de ce florilège tragique, devant cette revue des victimes, des mutilés, des égorgés, des martyrisés qui ne sont que la représentation de centaines d’autres cas [102]. » Le dernier de ces mémoires est intitulé : Acta tumultuum Gallicanorum ab obitu Henrici regis, de anno nimirum 1569 usque ad memorabilem regis Caroli IX victoriam, anno 1570 [103]. Il résume les événements sanglants de la mort d’Henri II à la paix de Saint-Germain (8 août 1570).

Le Théâtre des cruautés des hérétiques de notre temps obtint, quant à lui, un grand succès. L’auteur, Richard Verstegan, est né à Londres vers le milieu du siècle et fut obligé de s’expatrier pour échapper aux « lois de sang » de la reine Élizabeth Ire. Il se réfugia à Anvers et publia en 1588 son Théâtre des cruautés, ouvrage franc et rude, emprunté à une réalité d’autant plus impressionnante que se mêlent au récit de nombreuses compositions illustrées. « Texte et gravures offrent “un échantillon des actes horribles que les calvinistes ont commis et perpétrés tant en Flandres qu’en Angleterre, mais particulièrement au royaume de France”. C’est horrible et hallucinant. (…) On touche ici au paroxysme de l’horreur tragique » constate Victor Carrière qui s’étonne que la valeur documentaire du recueil de Richard Vestegan ait été contestée au XIXe siècle alors que tous les témoignages contemporains prouvent la véracité des récits rapportés par le Théâtre des cruautés.

De nombreux exemples peuvent illustrer ces propos. Ainsi, les notices de Verstegan concernant la première Michelade de Nîmes du 30 septembre 1567 [104] correspondent parfaitement aux récits des Archives du Gard [105] qui possèdent les pièces originales du procès fait aux massacreurs par le parlement de Toulouse en 1568 [106]. Pareillement, les notices relatant les sauteries de Montbrison [107], qui illustrèrent le nom du baron des Adrets (15 juillet 1562), corroborent les témoignages de G. de Saconnay, dans ses Discours des premiers troubles advenus à Lyon (Lyon, 1569) et ceux rapportés par Étienne du Tronchet dans ses Lettres missives (page 314) écrites en 1587. De même, encore, le récit de l’assassinat en mer, près de Palma, par des calvinistes français que commandait le corsaire Jacques Sourie, de quarante missionnaires jésuites qui s’en allaient sur le vaisseau Saint-Jacques prêcher l’Évangile au Brésil en juillet 1570 [108] : les mêmes faits ont été rapportés par deux Portugais, témoins oculaires.

Victor Carrière conclut : « Toutefois, si parfaitement documenté qu’ait été l’auteur, ce qui le recommande plus particulièrement, c’est moins peut-être l’ampleur de son information que le fait supplémentaire d’avoir mis en scène les cas représentatifs d’une foule d’épisodes tout aussi abominables que certains. ”

 

• « La férocité spécifiquement huguenote »

 

« Ces épisodes tout aussi abominables que certains » rapportés par R. Verstegan et par de nombreux témoins oculaires doivent être mis sous les yeux du lecteur par souci de la vérité historique.

Les prêtres, les religieux et les religieuses sont les victimes privilégiées des huguenots [109]. La plupart meurent dagués, poignardés, arquebusés, égorgés, étranglés ou noyés dans les rivières. « Tout ce qu’une bestiale rage de meurtre peut inventer comme tortures est appliqué aux catholiques, coupables uniquement de vouloir rester fidèles à leur foi : on les enterre vifs, on les échaude dans l’huile bouillante, on leur arrache la langue, on retire les entrailles des corps vivants, et d’autres supplices plus atroces encore [110]. » Mais ce qui afflige plus cruellement la conscience humaine, ce sont les mutilations inutiles, les atrocités sans nom qui préludaient à l’assassinat de si généreuses victimes.

« Ce n’étaient plus des soldats, c’étaient des tigres que l’ivresse du sang mettait hors d’eux-mêmes » écrit le pasteur Puaux [111] en évoquant les sévices néroniens qu’exerça l’armée des Princes (Condé, Navarre, Coligny…) sur les habitants de l’Agenais dans les années 1569-1570. Une information officielle rédigée dans les jours qui suivirent leur départ (le 18 janvier 1570) révèle que les séditieux travaillaient « jusques aux pauvres laboureurs et leurs enfants, les tenaient prisonniers en grande détresse, pendus en l’air, ayant en l’entour de la tête une corde, et un billot au dernier pour leur faire rançonner or ou argent » ; à d’autres, ils mettaient « les gros pouces des mains dans les chaînes de leurs pistolets (à roue) » ou leur brûlaient la plante des pieds [112].

Les huguenots, qui l’ont appris des reîtres, usent spécialement de l’essorillement [113] à l’égard des ecclésiastiques. Ainsi les soldats de l’armée de Coligny, passant à Argentan le 17 mars 1563, massacrent plusieurs prêtres et, les ayant essorillés, ils en portent « l’évidence » en guise de bouquet à leurs chapeaux [114]. La chronique du couvent de Sainte-Claire d’Alençon signale l’impudence d’un gentilhomme du Poitou, seigneur de la Motte-Tibergeau, qui s’est acquis quelque renommée en tailladant ainsi les ministres de Jésus-Christ et qui s’affiche partout avec une bandoulière d’oreilles de prêtres en écharpe.

Les mutilations de la face sont assez souvent suivies de mort. Ainsi les Chroniques fontenaisiennes nous ont conservé le souvenir de la passion de Nicolas Moquet, ancien curé de Langon, martyrisé le 5 septembre 1568. Comme ce saint prêtre ne cessait de reprocher à ses tortionnaires leur apostasie, l’un d’eux, nommé Parent, lui enleva le nez, puis les oreilles et les deux yeux, après quoi il mit fin à ses jours en le jetant dans la rivière du Lay [115]. Pareillement, à Vire, un cordelier, Guillaume de Grandmont, eut les oreilles et le nez coupés avant d’être passé par les armes en 1568 [116].

Autre supplice fort en vogue chez les huguenots : la pendaison. Ils en usent souvent envers le clergé. Si la manière d’opérer est différente suivant les bourreaux, le lieu du supplice est à l’ordinaire choisi bien en vue, afin de terroriser les vivants :

 

A Gouaix, en Seine-et-Marne, les huguenots pendent à la fenêtre d’une maison où il s’était caché, messire Jean d’Argent [117], en 1567. A Casteljaloux, dans le Lot-et-Garonne, Pierre de Vérone et Jean Moret, tous deux franciscains, sont branchés à un arbre, face à la chapelle de la Vierge, en 1569. En la paroisse de Poix et à Moux, dans l’ancien diocèse d’Autun, les curés sont « pendus près le crucifix de leur église [118] ». A l’abbaye de Ferrières en Gâtinais, des moines sont contraints à pendre eux-mêmes leurs frères en religion, puis sont ensuite massacrés le 16 août 1569 [119].

 


 

« Cruautés des hérétiques », d’après une gravure du Théatre des cruautés des hérétiques 

de Richard Verstegan (Bibliothèque nationale, Imprimés).

 

Renouvelant les scènes de persécution des premiers temps de l’Église, les disciples de Calvin outragent en mille rencontres les prêtres de Jésus-Christ. Dans l’Avranchin, le 10 septembre 1562, César de Brancas est attaché par eux à une colonne et martyrisé à coups d’épées et de hallebardes [120]. A Casteljaloux, des moines sont flagellés avec des fouets garnis de plomb, d’autres sont crucifiés en l’année 1568. En Bourgogne franciscaine, Vincent Fort, prédicateur, est traîné à la queue d’un cheval pendant deux lieues et roué de coups ; il était couvert de sang lorsqu’on s’arrête à la porte du village où il est enterré vivant dans une fosse, en sorte cependant que la tête et les bras étendus en croix émergent seuls du sol. Le matin, comme il est toujours vivant, les huguenots lui fendent la tête d’un coup de hallebarde. Louis Réau rapporte que d’autres malheureuses victimes furent éventrées et que « leurs ventres ouverts, bourrés d’avoine, servirent de mangeoires aux chevaux de reîtres huguenots [121]. » Victor Carrière ajoute :

 

Sur le chapitre de l’horreur on serait intarissable : les cas typiques abondent où il faut à tout prix citer les faits particuliers. Pendant la deuxième guerre, près de Neuilly-Saint-Front, dans l’Aisne, les huguenots immobilisèrent un prêtre, bras et jambes liés, sur une pièce de bois et l’écorchèrent vif. Il respirait encore, lorsqu’ils l’abandonnèrent aux bêtes sur le bord de la route, après lui avoir recouvert le visage de la peau de son ventre détachée depuis le nombril. Vers le même temps, à Soissons, des gens qui s’en venaient de Coucy racontaient avoir vu à la lisière des bois deux prêtres attachés à des branches et suspendus par les parties viriles à quelques pieds de terre, les mains solidement liées derrière le dos [122].

 

Les ecclésiastiques n’étaient pas seulement aveuglés ou essorillés, mais encore châtrés. Verstegan cite un chirurgien des compagnies de François de Béthune, père de Sully, qui, après avoir fait l’opération d’Origène à un ecclésiastique du village de Florent, dans la Marne, « se vanta que c’était le dix-septième qu’il avait accoutré de cette façon ».

Des récits dignes de foi attestent que, dans le Béarn, ce furent de véritables chasses qui étaient lancées contre les prêtres catholiques. Dans le gouffre de Saint‑Sever, les calvinistes précipitèrent ainsi près de deux cents prêtres [123].

Le contemporain Claude Haton évoque à plusieurs reprises la férocité des réformés à l’encontre des séculiers ; s’emparant des riches marchands catholiques et des marguilliers, ils les « gehannoient et tourturoient par tourmens aultant et plus que cruels que jamais firent Turcs ni barbares à chrestiens pour leur faire déclarer où estoient les croix, calices et richesses des églises qu’ilz ne trouvoient pas [124] ».

A ces légions de saints martyrs, il convient d’ajouter le grand nombre de soldats des armées et des ligues catholiques, la multitude des civils, tombés sous les coups huguenots pour que la France reste chrétienne.

 

Honneurs que l’on doit rendre aux martyrs

 

Quand on considère la geste des martyrs catholiques du XVIe siècle, on s’étonne que tant de sang glorieusement répandu pour la cause de l’Église et de son Christ ait empourpré si peu de pages de nos martyrologes diocésains. Serait-ce que les populations aient été indifférentes à la valeur du témoignage des martyrs ? Ou bien faut-il croire que les dépositions recueillies au cours des enquêtes consécutives aux massacres n’établissent pas suffisamment la cause du martyre de tant de morts héroïques ? Ni l’une ni l’autre de ces raisons ne sont admissibles, écrit l’abbé Carrière [125].

 

Lorsque la persécution contre les catholiques prenait un caractère individuel et s’exerçait sur place par des cruautés isolées, des parents ou des amis s’empressaient tant bien que mal de rendre au martyr les derniers devoirs. La connaissance de l’héroïsme du martyr resta cependant locale. A Macheville en Vivarais, par exemple, quand Jacques de Chambaud eut fait massacrer les religieux du prieuré (3 mai 1587), des mains pieuses recueillirent les restes des martyrs et les déposèrent dans un caveau du cimetière, au-dessus duquel s’élève une chapelle dite des « Saints Os ». Les sept crânes des religieux ont d’ailleurs été retrouvés sous la chapelle en 1863 [126].

Lorsqu’il s’est agi de la mise en œuvre « méthodique d’un plan infernal d’annihilation totale » d’un village ou d’une ville, comme ce fut le cas au diocèse de Tarbes, de 1570 à 1574, où la ville épiscopale fut « prise, saccagée et brûlée jusques à trois reprises, à ce point qu’elle demeura déserte pendant plusieurs années [127] », à défaut des reliques des martyrs, on retint une date mémorable comme le jour de leur mort, et la tradition s’institua gardienne du lieu de l’exécution. Puis les fidèles vinrent en pèlerinage aux lieux témoins de leurs supplices. Ainsi à Orthez, tout au long de l’Ancien Régime, la commémoration des centaines de victimes de Montgomery noyées dans le Gave ramenait le clergé en procession au pont de la ville plusieurs fois l’année, au chant de l’hymne des martyrs. En plusieurs églises du Béarn, des images étaient exposées à la vénération des fidèles qui représentaient les bienheureux dominicains Auger de Montaut et Raymond du Plan, tous deux martyrisés à Morlàas, l’un le 3 avril 1569, l’autre le 21 juillet 1570. D’autres exemples montreraient qu’en maints diocèses s’est maintenue la tradition du culte des martyrs de la Réforme.

« Mais quand bien même arriverait-on à recueillir beaucoup de faits de même genre, atténuerait-on l’impression fâcheuse que motivent trois siècles et plus d’indifférence générale à leur égard ? » interroge l’abbé Carrière. On voudrait connaître le motif de cet injuste délaissement, à tout le moins présenter une excuse qui vaille.

L’abbé Carrière l’explique tout d’abord par le peu d’empressement des contemporains à répandre le culte des martyrs. Mais, dit-il, « une autre raison qui vint par la suite renforcer encore cette indifférence initiale, c’est, si je ne m’abuse, la politique d’apaisement et d’oubli qui prévalut au lendemain de l’Édit de Nantes ».

En effet, après chaque édit de pacification au XVIe siècle et plus spécialement après l’Édit de Nantes, le mot d’ordre imposait le silence autour des horreurs précédemment commises. Non seulement on ne poursuivait pas les coupables, mais toute recherche dans les greffes, voire toute enquête canonique sur les victimes semblaient une provocation, presque un crime. De nombreux gentilshommes huguenots, revenus au catholicisme, s’étaient rendu accessibles les faveurs du souverain. « S’imagine-t-on dès lors leurs fils ou petit-fils, devenus d’église, et investis par la grâce du roi d’un canonicat ou d’une prébende, soucieux d’enquérir sur le pillage ou les massacres dont leurs bénéfices avaient été le théâtre, dont peut-être ils étaient les bénéficiaires ?… Ainsi fut dérobée à la connaissance de la postérité l’ampleur du témoignage que les catholiques français ont écrit de leur sang au cours des luttes du protestantisme [128]. »

 

 

Conclusion

 

Il n’entre pas dans notre intention de mettre en avant la cause des martyrs du protestantisme français. Un jour viendra, sans doute, où les catholiques, moins indifférents à leur passé, voudront réparer l’injustice commise à l’égard de ces martyrs en glorifiant ouvertement tant de sang généreux versé pour la foi. Dans cette voie du souvenir et de la réparation, les catholiques anglais ont montré l’exemple en introduisant, dès 1874, le procès de béatification d’un grand nombre de martys de l’anglicanisme : par un décret en date du 9 décembre 1886, Léon XIII a confirmé le culte de cinquante-quatre martyrs anglais, dont dix-huit chartreux immolés sous Henri VIII. En 1889 et en 1895, soixante-neuf ont été béatifiés, deux cent cinquante-trois autres déclarés vénérables.

On peut certes regretter les quelques centaines de huguenots qui ont péri à Wassy ou lors de la Saint-Barthélemy, à l’unique condition de ne pas oublier les milliers de martyrs catholiques, d’établir avec équité les responsabilités, de ne pas confondre l’agresseur et l’agressé, le bourreau et la victime, le séditieux et le fidèle. Non, ce n’est pas à l’Église de demander pardon. Il est temps au contraire qu’elle tire de l’indifférence où ils sont ensevelis et honore enfin comme ils le méritent les milliers de martyrs du fanatisme protestant. Ce n’est peut-être pas dans l’air du temps, empesté d’œcuménisme. Mais c’est pourtant un rigoureux devoir de mémoire.

 


 

« Cruautés des hérétiques », d’après une gravure du Théatre des cruautés des hérétiques 

de Richard Verstegan (Bibliothèque nationale, Imprimés).

 

 

Annexes

 

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Récit de martyre

 

 

Le récit qui suit est extrait du livre du père J.-D. Levesque O.P., L’Ancien couvent des frères Prêcheurs d’Angers (Paris, Cerf, 1961, p. 108-110). Par ses circonstances, le martyre du dominicain angevin René Poyvet, tombé sous les coups des huguenots à Angoulême, annonce, avec deux siècles d’avance, le martyre du bienheureux Noël Pinot monté à l’échafaud avec ses ornements sacerdotaux, le 21 février 1794, en pleine Terreur.

Le Sel de la terre.

 

*

 

Frère René Poyvet, théologal [129] de l’église d’Angoulême, illustra le couvent par sa science et son martyre. Angevin, il commença sa vie religieuse au couvent Saint-Jacques [d’Angers], puis alla à Paris compléter ses études. Nommé Maître en théologie par le chapitre général d’Avignon, il se consacra à la prédication et prit place rapidement parmi les meilleurs prédicateurs du royaume ; les protestants le redoutaient. Prieur du couvent d’Angers en 1562 et 1563, il fut élu, l’année suivante, au priorat du couvent de Chartres. On gardait, dans cette ville, le souvenir de deux Carêmes et de deux Avents (1556 et 1561) qu’il y avait prêchés.

En 1567, le couvent d’Angoulême l’élut à son tour comme prieur. Décimé par les huguenots en 1562, ce malheureux couvent avait besoin d’une main ferme pour soutenir la lutte que la proximité des principaux foyers du protestantisme rendait inévitable.

Quelques mois à peine s’étaient écoulés que les huguenots, rompant la « paix boiteuse » de Longjumeau, s’emparaient de presque toutes les places du Poitou et de Saintonge. Angoulême tomba entre leurs mains et connut les pires atrocités.

Frère Poyvet prêchait alors le carême à Chartres dans l’église cathédrale. Quand il apprit les horreurs qui se déroulaient dans la ville, son couvent pillé et brûlé, plusieurs religieux sauvagement martyrisés et mis à mort, les autres dispersés, il revint en hâte à Angoulême. Sa présence obligea les huguenots à modérer leurs discours.

Prenant aussitôt l’offensive, Frère Poyvet invita les protestants à une discussion publique et, en attendant leur réponse, il commença à réfuter victorieusement leurs erreurs et leurs mensonges. Furieux de trouver sur leur route une fois de plus ce courageux défenseur de la foi, les hérétiques essayèrent d’abord de l’intimider. Pénétrant un jour dans les ruines du couvent, ils y traînèrent derrière eux Frère Michel Greslet, gardien des Cordeliers. L’amiral Coligny en personne présidait la scène. On fit venir Frère Poyvet ; après l’avoir accablé d’injures et de menaces, on le conduisit à la suite de la victime dans le jardin du couvent où l’on pendit sous ses yeux, à un mûrier, le malheureux gardien des Cordeliers.

On dit que le martyr, apostrophant l’amiral, prononça cette terrible prophétie que la suite des événements n’allait pas tarder à justifier : « Barbare seigneur, vous ne rougissez pas d’imiter la cruauté de Jézabel ; eh bien ! sachez-le, viendra un jour où vous serez traité avec la même cruauté ; votre cadavre sera foulé aux pieds et votre sang léché par les chiens [130]. » Dans la nuit de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), Coligny sera assassiné dans sa propre maison, son cadavre jeté par la fenêtre, piétiné, traîné par les rues de Paris et pendu au gibet de Montfaucon.

René Poyvet ne fléchit pas. Jeté en prison avec un de ses religieux, le Frère Jean Chauveau, vieillard de soixante-dix ans, il vit bientôt mourir son compagnon, épuisé par la faim et dévoré par les vermines. Trois des plus habiles ministres huguenots tentèrent alors de le faire apostasier en lui offrant de fortes récompenses ; Poyvet leur répondit en stigmatisant leur bassesse et en cherchant à les ramener à la vraie foi. Dès lors sa mort fut décidée.

Dépouillé de son habit de Prêcheur, nu jusqu’à la ceinture, on le promena sur une charrette à travers la ville. Deux gardes du corps le tourmentaient sans arrêt : « Ces furies d’enfer, disent les contemporains, lui brûlaient les chairs des flancs et de la poitrine avec des tenailles ardentes, tandis qu’un huissier, marchant devant la charrette, criait aux passants : “Voilà le grand prédicateur des faussetés du papisme ; voilà celui qui a séduit tant d’âmes, et qui apprenait à paillarder avec la messe”. »

Après avoir été ainsi promené à travers la ville, trompé peut-être sur le sort qui l’attendait et gardant toute sa sérénité, Frère Poyvet réitéra à ses gardiens la demande qu’il avait faite plusieurs fois pendant sa captivité, celle de pouvoir célébrer la sainte messe. On lui répondit par un grand éclat de rire : « Tu veux dire ta messe ? Eh bien ! tu vas la dire ! »

Ils l’affublèrent de vieux haillons en guise de chasuble, lui mirent en guise d’étole et de manipule des brides de cheval au cou et au bras, et le placèrent, ainsi équipé, sur le pont du faubourg Saint-Cybard, hors les murs de la ville. Un échafaud fut dressé en guise d’autel. Poyvet reçut l’ordre d’y monter et d’y célébrer les mystères du papisme.

Frère René gravit les degrés de cet autel qui allait être celui de son sacrifice ; puis, se tournant vers la foule, il lui adressa un discours si pathétique qu’un long frémissement d’approbation s’éleva dans l’assistance. Craignant de voir leur victime leur échapper et un mouvement populaire en sa faveur, les bourreaux se jetèrent alors sur elle, et après l’avoir assommée à coups de poing, la précipitèrent par-dessus le parapet du pont dans les eaux de la Charente. On était au cœur de l’été, le lit de la rivière était à peu près desséché, le corps se brisa sur les cailloux. Comme il respirait encore, ses bourreaux l’achevèrent d’un coup de mousquet ; c’était le 6 août [131] 1568. Le pape Pie V se fit raconter les moindres détails de ce martyre dont le dominicain Frère Nicolas écrivit le récit. Et le chapitre général de Rome (1569) voulut conserver le souvenir de ce glorieux défenseur de la foi.

 

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Extraits des actes des martyrs

dominicains du XVIe siècle

 

 

Les notules qui suivent sont tirées de : Année dominicaine ou vies des saints, des bienheureux, des martyrs et des autres personnes illustres ou recommandables par leur piété, de l’un et l’autre sexe, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, distribuées suivant les jours de l’année. Nouvelle édition revue et annotée par des religieux du même Ordre. Lyon, 1906, Bureaux de la Couronne de Marie.

 

*

 

• Le 10 novembre, année 1570 [132]. — Aux environs de Paris, le vénérable père Robert de Bellevue, martyr. — Il était profès du couvent de Saint-Gaudens, dans la Province de Toulouse, et fut désigné par le Chapitre général de Rome, l’an 1569, pour recevoir le titre de Maître en sacrée théologie. Éloquent prédicateur, très versé dans la controverse, il travailla longtemps à défendre la vérité catholique contre les erreurs des huguenots. Ceux-ci, ne pouvant souffrir les conversions éclatantes qu’il opérait, se saisirent de sa personne et lui firent subir le supplice que notre glorieux Patriarche saint Dominique avait tant désiré. Ils le coupèrent membre à membre, en commençant par les extrémités des pieds, et passant ensuite aux mains, jusqu’aux jointures des épaules ; puis ils écorchèrent vif ce qui restait du tronc. Le vénérable père conquit dans ce tourment la palme du martyre. (Acta Cap. gen, 1591. — Jean de Sainte-Marie, Glorieux martyrs de l’Ordre, ch. IX.)

 

• Le 18 novembre, année 1588 [133]. — Dans la Province de Toulouse, le martyre du vénérable père Pierre de La Coste. — L’hérésie, engendrée par le démon, est, par conséquent, fille du mensonge : le montrer telle qu’elle est, c’est la réfuter et la confondre. Voilà ce que faisait d’une façon victorieuse le V. P. Pierre de La Coste, en disputant avec les huguenots, devant le peuple, particulièrement sur le saint sacrifice de la messe. Après avoir résumé ses arguments dans un ouvrage volumineux et savant, il se rendait à Paris pour le faire imprimer. Les hérétiques en eurent connaissance. Redoutant un livre qui fût demeuré comme un accusateur permanent de leurs erreurs, alors que les plus solides sermons ne laissaient que des traces plus ou moins fugitives, ils arrêtèrent en route le saint religieux et le pendirent à un arbre, 1588. — (Jean de Sainte-Marie, Glorieux Martyrs, t. III, 602.)

 

• Le 30 novembre, année 1568 [134]. — A Castres, le martyre du bienheureux Pierre Guillot et de ses religieux. — On sait que le sang dominicain a coulé à flots dans le Midi de la France, à l’époque des guerres de Religion. Pierre Guillot et une quarantaine de ses Frères, dont il était le Prieur, reçurent la palme du martyre, à Castres, par la haine des sectaires calvinistes.

Ce père, dit Jean de Réchac, était de bonne naissance et porté grandement au bien. Avant que le fléau de l’hérésie vînt fondre sur la ville, en punition de ses désordres, il ne cessait d’annoncer du haut de la chaire les châtiments que méritaient les péchés du peuple. Sa parole ardente ne produisit aucune impression salutaire sur ces âmes rebelles, et bientôt, aux ruines accumulées et au débordement des vices, on put constater dans la ville de Castres, où l’hérésie fixa son siège, que le vénérable père avait été prophète. Les citoyens catholiques endurèrent les plus odieux traitements. Quatre cents d’entre eux furent enfermés dans le couvent, avec les quarante religieux qui composaient la communauté de Castres. Leur fermeté constrasta grandement avec la lâcheté d’un certain nombre de clercs, qui cédèrent devant la menace et donnèrent la main aux hérétiques. Le P. Guillot ne contribua pas peu à maintenir les catholiques dans leurs admirables dispositions. Sa patience, au milieu des souffrances, les fortifia plus encore que ses encouragements. Jeté dans une basse-fosse, il eut à soutenir les attaques envenimées des sectaires et à subir leurs procédés indignes. Un des catholiques les plus militants fut mis près de lui dans cette sorte de citerne ; une fois délivré, il raconta les assauts livrés à la constance du pieux dominicain, et son invincible fermeté à repousser les traits de ses ennemis. Vainement, ils s’étaient flattés de le conquérir à leur secte : ses ripostes et ses vives exhortations leur firent bientôt comprendre qu’ils s’étaient étrangement trompés. Maintes fois, dans les discussions religieuses, essaya-t-on de l’arrêter, quand il flagellait les doctrines impies des novateurs ; son zèle et l’amour de la vérité lui faisaient braver toute crainte. De guerre lasse on résolut de s’en défaire. Après l’avoir promené ignominieusement dans les rues de la ville, sous les huées d’une populace en délire, on le conduisit près de la rivière ; là, un forcené lui plongea son poignard dans la poitrine, et, le croyant mort, le jeta à l’eau. Mais le saint Prieur eut encore la force de lever le bras et de dire : Credo, Credo, Credo.

Après cet attentat, les calvinistes revinrent au couvent et massacrèrent les religieux et les catholiques qui s’y trouvaient prisonniers. Près d’un cent de ces derniers avaient été amenés de Bence, localité voisine. Les corps des martyrs, ainsi que celui du P. Guillot, furent jetés dans un puits que l’on combla si bien que, malgré toutes les recherches faites depuis, il fut impossible d’en découvrir la trace.

Dieu ne laissa pas impunies les atrocités commises contre ses serviteurs.

L’assassin du vénérable Prieur devint aveugle. Quand la communauté se reforma, on pouvait le voir à la porte, attendant son aumône. Il confessa humblement son crime et s’en montra repentant. A la suite de ces scènes de meurtres et de pillages, l’insigne relique de saint Vincent martyr, vénérée dans notre église de Castres, disparut avec les autres. (Cap. Gen. Romœ, 1569. — Pio, P.I.L. II, 314. — J. de Réchac, III. Glorieux martyrs, 600.)

 

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Les documents d’origine congréganiste * 

pour servir aux chercheurs en histoire

 

 

Les Congrégations et les corps religieux ont laissé des annales, relations ou nécrologes qui sont à consulter du point de vue régional et diocésain.

Les cordeliers, qui furent de tous les religieux mendiants les plus éprouvés, tiennent le premier rang des témoins par l’importance de leur contribution historique. Leur plus ancien martyrologe français appartient à l’année 1565. A cette date déjà, s’inscrivent sur la stèle de l’Ordre deux clarisses et plus de quarante-huit franciscains martyrs dont trente et un sont désignés par leur nom propre [135]. Quelques années plus tard, en 1581, François Gonzaga, depuis peu ministre général des Mineurs, pressait tous les provinciaux de sa juridiction de mener une enquête sur les frères martyrisés pour la foi et restés jusque là inconnus. Ces lettres encycliques, données à Naples, le 14 février 1581, sont à l’origine des récits qu’il publia six ans après dans son monumental ouvrage De origine seraphicæ religionis franciscanæ ejusque progressibus. Là, deux cent vingt religieux [136] sont nommément désignés, auxquels l’auteur a consacré souvent plus qu’une brève mention d’obituaire ; là aussi sont exposés par provinces les ravages commis dans les couvents de Frères Mineurs : province de France (pages 551-579), province de France-Parisienne (pages 581-601), province de Touraine (pages 667-683), province de Touraine-Pictavienne (pages 685-697), province d’Aquitaine ancienne (pages 721-733), province de Saint-Bonaventure de Bourgogne (pages 777- 791), province de Saint-Louis en Provence (pages 817-843), province de Flandre (pages 983-989), province d’Aquitaine nouvelle (pages 1025-1033), province de Saint-André (Nord, pages 1065-1073), une première édition in-folio a paru à Rome en 1587, une autre à Venise en 1602. La première se trouve à la Bibliothèque nationale, sous la cote H 1581.

L’ouvrage du père Jacques Fodéré, cordelier de Bourgogne, encore que publié en 1619, est cependant de rédaction antérieure au précédent. Il est intitulé : Narration historique et topographique des couvens de l’ordre de Saint-Francois et monastères Sainte-Claire, érigez en la province anciennement appelée de Bourgogne, à présent de Saint-Bonaventure... Cette province comprenait à l’époque les custodies de Lyon, de Dijon, d’Auvergne, de Dôle, de Vienne et de Savoie. Publié à Lyon en 1619 (Bibl. nat., 4° Ld24 33), le volume a été réimprimé dans les Mémoires de l’Académie de Clermont en 1861 (Bibl. nat., Lk2 215).

Luc Wadding, le grand annaliste franciscain, a résumé les deux précédents recueils dans son livre : Scriptores ordinis Minorum, quibus accessit syllabus illorum qui ex eodem Ordine pro fide Christi fortiter occubuerunt. L’ouvrage, publié à Rome en 1650, a été réédité en 1906 avec un supplément (en 1908) du père J. Hyacinthe Sbaralea : Supplementum et castigatio ad Scriptores trium Ordinum S. Francisci a Waddingio aliisve descriptos, cum annotationibus ad Syllabum martyrum eorumdem Ordinum (Bibl. nat., fol. Q 252). Le Syllabus  range la liste des martyrs par ordre alphabétique des noms de personnes [137]. Puisant à ces sources, le R. P. Antoine de Sérent a écrit des pages fort révélatrices sur les martyrs franciscains du XVIe siècle [138].

Les relations contemporaines de la ruine des couvents de saint Dominique en France par les huguenots sont en petit nombre et très laconiques. Le R. P. Mortier les a reproduites textuellement ou analysées dans son Histoire des Maîtres généraux de l’ordre des Frères Prêcheurs, tome V, chapitre III, pages 546-567 et 585-586 (Bibl. nat., 8° H 6577). C’est d’abord un état général des couvents de l’Ordre après le passage des calvinistes en Languedoc, à l’époque de la deuxième guerre civile, en 1567. Le texte est publié d’après l’original des Archives vaticanes (pages 556-557).

Un autre document est extrait des Actes du Chapitre général de 1569, dont la collection est aux archives de l’Ordre. Il fait connaître les noms de seize religieux mis à mort par les calvinistes. Ce nombre est un minimum. Le P. Mortier a remédié aux lacunes du document en intercalant dans sa narration (pages 558 à 561) le récit de Jean de Rechac, qui est presque un contemporain. On y relate notamment le massacre des dominicains de Castres, où quarante religieux et quatre cents catholiques furent massacrés et leurs corps jetés dans un puits (1569), à l’exception du prieur, le père Pierre Guillot, qui fut noyé. Le livre du père Jean de Rechac, que ne possède pas la Bibliothèque nationale, a pour titre : les Vies et actions mémorables des saints, bienheureux de l’ordre des Precheurs avec le triomphe des martyrs du même Ordre (Paris, 1645) [139].

Il n’apparaît pas que les bénédictins, les camaldules, les cisterciens, grands carmes et ermites de saint Augustin se soient préoccupés de recueillir à part des matériaux en vue de leurs martyrologes au temps de la Réforme. Non que ces religieux aient été épargnés des religionnaires ni que les chroniques de leur Ordre y soient restées indifférentes. Mais les préoccupations de leurs historiens se sont portées ailleurs [140].

 

 

 


 

« Cruautés des hérétiques », d’après une gravure du Théatre des cruautés des hérétiques 

de Richard Verstegan (Bibliothèque nationale, Imprimés).

 


[1] — Sous ce pseudonyme, se trouvent deux auteurs : un professeur de lettres et un professeur d’histoire.

[2] — Avec ce numéro, De Rome et d’Ailleurs, qui dépend maintenant des Éditions de la Vraie Presse, a inauguré une nouvelle formule particulièrement attrayante. Nous recommandons à nos lecteurs cette intéressante publication amie (De Rome et d’Ailleurs, Éditions de la Vraie Presse, Case Postale 123, CH-1635, La Tour-de-Trême, Suisse).

[3] — Carrière abbé Victor, Les Épreuves de l’Église de France au XVIe siècle, Paris, Letouzey et Ané, 1936, p. 390.

[4] — L’Aventure de la Réforme : le monde de Calvin, sous la direction de Pierre Chaunu, Paris, Hermé-Desclée de Brouwer, 1986, p. 14 et 15.

[5] — Léon XIII, Sæpenumero considerantes, 18 août 1883. (Voir le texte dans Le Sel de la terre 27, p. 164-165. NDLR.)

[6] — Hello père Henri S.V., La Saint-Barthélémy, Paris, Bloud, 1907.

[7] — Carrière abbé Victor, Les Épreuves de l’Église de France au XVIe siècle, Paris, Letouzey et Ané, 1936. Cet historien érudit, directeur de la Revue de l’histoire de l’Église de France, insiste dans son ouvrage sur la nécessité d’exploiter non seulement les relations, les mémoires, les récits biographiques, mais aussi et surtout les actes officiels des diocèses, les correspondances, les pièces d’ordre judiciaire et les actes des parlements jusque-là oubliés. Il regrettait amèrement que l’historiographie française des guerres de religion au XVIe siècle « accusât une lacune grave chez les catholiques ». Ses travaux historiques n’ont guère été poursuivis depuis ce triste constat. Mort en 1946, l’abbé Carrière ne put achever son œuvre et l’œcuménisme d’après 1945 a nui considérablement aux recherches en ce domaine. Un travail passionnant pour les étudiants en histoire…

[8] — Guiraud Jean, Histoire partiale, Histoire vraie, Paris, Beauchesne, 1912.

[9] — Réau Louis, Histoire du vandalisme, les monuments détruits de l’art français, Paris, Robert Laffont, collection « Bouquins », 1994.

[10] — Christin Olivier, Une Révolution symbolique, l’iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1991.

[11] — Voir aux Archives nationales, à la Bibliothèque nationale, dans les archives des diocèses de France, etc.

[12] — Hello Henri, La Saint-Barthélémy, Paris, Bloud, 1907, p. 15.

[13] — L’Évangélisme, mouvement théologique du XVIe siècle, portait l’empreinte de la Réforme en ce qu’il préconisait le retour à l’Évangile, et plus généralement à l’Écriture sainte considérée comme la seule source authentique de la foi. Pour rendre l’Écriture accessible à tous les fidèles Lefèvre d’Étaples la traduisit en français en 1530 ; sa traduction fut condamnée par la faculté de théologie de Paris, la Sorbonne.

[14] — Guiraud Jean, ibid., t. II, p. 378.

[15] — La Ligue de Smalkade fut fondée par les princes protestants qui refusaient d’appliquer l’édit de Worms par lequel Charles Quint ordonnait la destruction des ouvrages de Luther et la restitution des biens ecclésiastiques volés à l’Église.

[16] — Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, furent affichés dans plusieurs carrefours de Paris, Orléans, Tours, Rouen, Blois, et jusque sur les portes de la chambre du roi, à Amboise, des placards blasphématoires contre le saint sacrifice de la messe et la transsubstantiation. Le pamphlet rédigé à Neuchâtel, en Suisse, était l’œuvre d’Antoine Marcourt. A cette date, le luthéranisme se produisait donc au grand jour sous la forme la plus provocante. Il était devenu une force organisée, les affiches ayant été apposées presque simultanément dans les grandes villes du royaume.

[17] — L’exposition tenue à Nantes cet été sur le quatrième centenaire de l’Édit de Nantes livre à ce sujet une anecdote intéressante : on y voit une lettre de François Ier à la Faculté de théologie, datée du 27 octobre 1546, par laquelle il lui interdit de condamner une Bible imprimée par Robert Estienne ; à côté de cette lettre, une autre du 25 novembre 1548, adressée par Henri II à la même faculté et lui enjoignant d’inscrire la même Bible au catalogue des livres condamnés…

[18]Acta tumultuum gallicanorum ab obitu Henrici regis, de anno nimirum 1559 usque ad memorabilem regis Caroli IX victoriam, anno 1569, p. 14.

[19] — Romier L., Le Royaume de Catherine de Médicis, Paris, 1922, t. II, p. 151-179. – Crouzet Denis, Les Guerriers de Dieu, Champvallon, 1990, t. I.

[20] — « De Genève, Calvin anime la foi des protestants, les exhorte, leur envoie les pasteurs formés à Lausanne. Un peu partout en France, des communautés se forment. Une carte dressée vers 1550 montre que toutes les provinces, à l’exception de la Bretagne, sont touchées, les centres les plus nombreux se trouvant en Languedoc, en Poitou, en Normandie », Bennassar B. et Jacquart J., Le XVIe siècle, Paris, PUF, 1985, p. 192.

[21]Acta tumultuum, p. 15. François II était marié à Marie Stuart, fervente catholique et nièce des Guise ; ce jeune couple royal promettait un règne offensif contre l’hérésie.

[22]  — Le pape saint Pie V fit tout ce qui était en son pouvoir pour lutter contre l’hérésie en France. Ainsi pressa-t-il des princes italiens de prêter main forte aux troupes catholiques françaises ; les victoires de Jarnac et Moncontour sont en partie leur oeuvre. Dans son ouvrage La Politique de Saint Pie V en France (Paris, Bibliothèque des Ecoles Françaises d’Athènes et de Rome, fascicule CXX, 1922, p. 25-26), Charles Hirschauer dit : « Deux grandes idées dominaient les instructions de saint Pie V à ses nonces en France : La connexité entre la cause de la religion et le salut de l’État, la solidarité qui, dans leur intérêt, devait unir tous les peuples catholiques. Un roi ne pouvait attendre l’obéissance de sujets révoltés contre la discipline et le dogme de l’Eglise. (...) Si le calvinisme l’emportait en France, dans un royaume fortement centralisé et placé au coeur de l’Europe, rien ne pourrait plus arrêter son expansion. » Et plus loin : « Jamais il (saint Pie V) ne cacha son désir de détruire en France le protestantisme et il poursuivit son but sans relâche ; par l’exemple, par les conseils, il parvint à entraîner la plupart des princes catholiques à venir sur les champs de bataille français soutenir la cause de l’Église. Les Réformés, il est vrai, se relevèrent de ces coups, essayèrent même de reprendre l’offensive ; mais, combattus sans trêve par Pie V, ils virent leurs espoirs déjoués et ne parvinrent pas à s’emparer du pouvoir, qu’ils convoitaient, ni même à rompre par une guerre avec l’Espagne la paix catholique  dont le pape avait été l’infatigable artisan. » (p. 95-96.)

[23] — Guiraud Jean, Histoire partiale, Histoire vraie, Paris, Beauchesne, 1912, t. II, p. 400.

[24] — Lecler Joseph s.j., Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Paris, Albin Michel, 1994, p. 457.

[25]Mémoires de Condé, t. III, p. 92.

[26] — Cité dans l’Histoire de France de Lavisse, t. VI, p. 58-59. L’auteur est le protestant Mariéjol.

[27] — ID., ibid.

[28] — Guiraud J., ibid., t. II, p. 103.

[29] — Théodore de Bèze (1519-1605), gentilhomme nivernais, écrivain et théologien protestant qui succèda à Calvin à la tête de l’Académie preotestante de Genève. (NDLR.)

[30] — Voir la Revue des Questions Historiques, 1866, t. I, p. 19.

[31] — Réau Louis, Histoire du vandalisme, les monuments détruits de l’art français, Paris, Laffont, collection « Bouquins », 1994, 1240 pages.

[32] — Id., ibid, p. 78.

[33] — Pasquier Étienne, Recherches de la France, 1560-1621 ; Lettres, 1619.

[34]Relation des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 133.

[35] — Guiraud J., ibid., p. 347-348.

[36] — Voir les références dans Janssen, L’Allemagne et la Réforme, Paris, Plon, 1889-1905, t. VI, p. 8-9.

[37] — Cornette Joël, Chroniques de la France moderne, le XVIe siècle, Paris, Sedes, 1995, p. 109.

[38] — Les mêmes sacrilèges furent commis le 21 mai 1530. Rue Aubry Le Boucher, des statues de la Vierge, de saint Fiacre et de saint Roch eurent les yeux crevés.

[39] — Guiraud J., ibid., p. 391-392.

[40] — Christin Olivier, Une Révolution symbolique, l’iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1991, p. 68. Nous nous appuyons entre autres sur ce livre que nous recommandons à nos lecteurs.

[41] — Les faits rapportés sont tirés de l’ouvrage de Christin Olivier, p. 69-78.

[42] — Sauzet R., « L’Iconoclasme dans le diocèse de Nîmes au XVIe et début du XVIIe siècle », Revue d’histoire de l’Église de France, Paris, 1980, p. 5-15.

[43] — Voir Guiraud J., ibid., t. II, p. 360.

[44] — Id., ibid.

[45]Procès-verbal du pillage et incendie des Églises Cathédrale et Collégiale Saint-Estienne et Saint-Caprais et autres de la ville d’Agen, notamment des titres et documents des archives de ladite Église et Chapitre Saint-Caprais le 2 décembre 1561, s.l., s.d.

[46] — Christin Olivier, La Révolution symbolique, p. 70.

[47] — Cholvy C., Le Diocèse de Montpellier, Paris, Beauchesne, 1976, et surtout Guiraud L., Études sur la Réforme à Montpellier, « Mémoires de la société archéologique de Montpellier » 2e série, t. VI et VII, 1918-1919, notamment p. 192-213 du t. VI : « Les violences calvinistes ».

[48] — Devic Dom C. et Vaissète Dom J., Histoire générale du Languedoc, Toulouse, Privat, 1889, t. XI. Voir aussi Brun P., Les Églises de Gironde, Bordeaux, Delmas, 1957, p. 82.

[49] — Christin Olivier, La Révolution symbolique, p. 69.

[50] — Id., ibid., p. 104-106.

[51] — Binet A., La Cathédrale de Bourges, Paris, Éd. H. Laurens, s.d., p. 19-20.

[52] — Voir Aubert M., « Noirlac », Congrès archéologique de France, 94e session, Paris, Picard, 1932, p. 179.

[53] — Voir Blin L., Emery J. et Santschi C., Le diocèse de Genève. L’archidiocèse de Vienne en Dauphiné, Berne, Éd. Francke Verlag, 1980.

[54] — Jeanne d’Albret (1528-1572), protestante, épouse d’Antoine de Bourbon et mère du futur Henri IV. (NDLR.)

[55] — Voir Réau L., ibid, p. 93.

[56] — Réau L., ibid., p. 90-92.

[57] — Id., Ibid, p. 97.

[58] — Id., Ibid, p. 82.

[59] — Blin, Petit tableau des ravages faits par les huguenots de 1562 à 1574 dans l’ancien et le nouveau diocèse de Sééz, Avignon, 1888. Voir aussi Fallue L., Histoire politique et religieuse de l’église métropolitaine du diocèse de Rouen, Rouen, Éd. A. Le Brument, 1850, t. III, p. 242 sq.

[60] — Voir aussi : De Vaissiere P., Le Baron des Adrets, Paris, Firmin-Didot, 1930, p. 27-38.

[61] — Thirion J., « L’ancienne collégiale Saint-Bernard de Romans », Congrès archéologique de France, 130e session, 1972, Paris, 1974, p. 361-410.

[62] — De Pérussis Louis, Discours des guerres advenues en Provence entre les catholiques et les huguenots, Anvers, 1565.

[63] — Réau L., ibid., p. 117.

[64] — Voir Fourgeaud L., Origine et introduction du protestantisme en Angoumois : séjour de Calvin à Angoulême, son influence et ses résultats, ravages des protestants, Angoulême, Éd. Despujols, 1909.

[65] — Réau L., ibid., p. 98-99.

[66] — Réau L., ibid., p. 88-89.

[67] — Cavalier mercenaire allemand au service des huguenots français. (NDLR.)

[68] — Voir Challe A., « Histoire des guerres du calvinisme et de la Ligue dans le département de l’Yonne », dans le Bulletin de la Société des Sciences historiques de l’Yonne, année 1903.

[69] — Voir, par exemple, les entreprises du capitaine Merle (sac de Mende et d’Issoire à la fin des années 1570) dans Arniaud-Bellavaud G., Un chef huguenot : le capitaine Merle et les guerres de religion, notamment en Auvergne, Gévaudan et Vivarais, 2e édition, Uzès, Éd. H. Peladan, 1952. En avril 1586, le baron de Sus s’empare de Saint-Bertrand et pille la cathédrale ; voir Lestrade J., Les Huguenots en Comminges : documents inédits publiés pour la Société historique de Gascogne, Paris, 1900, p. 353-382. Voir également Le pillage d’Embrun par le connétable de Lesdiguières en 1585.

[70] — Christin Olivier, La Révolution symbolique…, p. 77-78.

[71] — Carrière Victor, Les Épreuves de l’Église de France au XVIe siècle, p. 389-390.

[72] — Olivier Christin précise : « les enquêtes locales, les visites pastorales, les archives de l’Agence générale du clergé fournissent, elles aussi, des données solides, plus facilement contrôlables car elles permettent de juger, à l’échelle d’une région ou d’une ville, de l’ampleur des dommages. Les ravages commis en 1569 dans le comté de Bigorre, par exemple, ont fait l’objet d’une enquête extrêmement détaillée qui fournit la liste des édifices touchés. Elle mentionne le prieuré de Madiran, les couvents des Carmes et des Cordeliers de Tarbes, la cathédrale et plus de cent cinquante églises du diocèse. Mais cette volonté exceptionnelle de chiffrer les dégâts (plus de trois cent mille livres pour la ville de Tarbes, deux cent mille pour l’abbaye de Tasque et le prieuré de Madiran, cent mille pour les maisons d’ecclésiastiques et la collégiale de Lourdes…) ne doit pas faire illusion. Les témoins sont appelés à se prononcer avec six ans de retard, en septembre 1575, et sur des estimations communiquées par le syndic. »

[73] — Christin Olivier, ibid., p. 142.

[74] — Texte d’Étienne Médicis cités par J. Pineaux, La Poésie des protestants…, p. 89, note 9.

[75]Chronique du notaire J. Perrat. Archives du Vaucluse.

[76] — De Saconnay Gabriel, Discours des premiers troubles advenus à Lyon avec l’apologie pour la ville de Lyon contre le libelle faucement intitulé la juste et saincte défence de Lyon, Lyon, Éd. Michel Jove, 1569, p. 281.

[77] — Davis, The Rites of violence : religious riot in sixteenth-century France, 1973, p. 51-91. Traduction française : Les Cultures du Peuple, rituels, savoirs et résistances au XVIe siècle, Paris, Aubier, 1979, p. 249-307.

[78] — Voir les Mémoires de Condé, t. II, p. 27.

[79] — Christin O., ibid., p. 144.

[80] — De Saconnay Gabriel, ibid., p. 280.

[81] — Réau Louis, Histoire du vandalisme, p. 127-128.

[82] — Bouche, Histoire de Provence, Aix, 1664, t. II, p. 628.

[83] — Réau L., ibid., p. 83.

[84] — De Vaissière Pierre, Le Baron des Adrets, Paris, Firmin-Didot, 1930, p. 51.

[85] — Id., Ibid.

[86] — De Bèze Théodore, Histoire ecclésiastique des églises réformées, Éd. Baum, t. II, p. 916.

[87] — De Bèze, ibid., t. II, p. 327-328.

[88] — Rouquette abbé, Les Saint-Barthélémy protestantes, p. 41.

[89] — Marion, Histoire de l’Église, Paris, Téqui, 1942, 11e édition, t. III, p. 341.

[90] — Carrière Victor, Les Épreuves de l’Église de France au XVIe siècle, p. 235.

[91] — Id., ibid., p. 493.

[92]Concilium Tridentinum, Éd. societas Gœrresiana t. IX, 1924, p. 1044. Voir aussi Le Mire Aubert, auteur de seconde main, qui donne le chiffre de 4 000 religieux ou religieuses : « Intra unius anni spatium religiosorum hominum sexus utriusque millia quatuor mactata » voir Rerum belgicarum Chronicon, Anvers, 1635, p. 417.

[93] — Poncelet Alfred, Lettre inédite du P. Henri Samerius dans les Analectes pour servir à l’histoire ecclésiastique de la Belgique, année 1912, tiré-à-part, p. 51.

[94] — Froumenteau Nicolas, Le Secret des finances, IIIe partie, p. 378.

[95] — Id., ibid., t. III, p. 495.

[96] — Lettre du 22 mai 1562 aux Archives du ministère des Affaires étrangères, Mémoires et documents, Espagne, nº 318, Archives de Simancas, 2e série, t. I, fol. 40.

[97] — Au mois de mars 1580. Voir Groen van Prinsterer G., Archives de la maison d’Orange-Nassau, 1ere série, t. VII, 1839, p. 272.

[98] — De Montégut H.B., Journal historique de Pierre de Jarrige, Angoulême, 1868, p. 55.

[99] — Verstegan R., Théâtre des cruautés des hérétiques de nostre temps, Anvers, 1588, p. 5.

[100]Discours sur le saccagement des églises par les hérétiques anciens et nouveaux calvinistes, en l’an 1562, Paris, Éd. C. Frémy, 1563, X, 100 fol. B.N. 8LB 3357 A.

[101] — Il faut rattacher à cette série d’ouvrages un poème manuscrit de 3 000 vers latins, divisé en quatre livres et illustré de trente neuf dessins coloriés à l’aquarelle. C’est l’histoire des guerres de religion et, sans chronologie précise, le récit des cruautés huguenotes depuis le tumulte d’Amboise (1560) jusqu’à la prise d’Issoire (1577).

[102] — Carrière V., ibid., p. 450.

[103] — Hauser Henri en a publié une traduction française dans la Revue historique, t. CVIII et CIX, (1911-1912). Cette traduction accompagnée du texte latin a fait l’objet d’un tirage à part. Les Acta tumultuum gallicanorum, Paris, 1912, 71 p. Cette traduction et les notes qui l’accompagnent ont été reprises et corrigées par le R.P. Poncelet dans sa publication de la Lettre inédite du P. Henri Samerius.

[104]Théâtre des cruautés, éd. 1588, p. 52.

[105] — Reg. 807 et 808.

[106] — Il en existe une copie à la Bibliothèque de Nîmes.

[107]Théâtre des cruautés, p. 50.

[108]Théâtre des cruautés, p. 54.

[109] — Il faut savoir que « la fréquence de certains supplices caractérise un état pathologique particulier aux tortionnaires de la secte : c’est le raffinement des cruautés et l’obscénité de leurs tortures à l’égard des prêtres et des moines » précise l’abbé Victor Carrière.

[110] — Pastor Louis, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Age, Paris, Plon, 1938, p. 421.

[111]Histoire de la Réformation française, t. II, Paris, 1859, p. 277.

[112] — Voir Archives historiques de la Gironde, t. XXIX, p. 72-73.

[113] — Action consistant à couper les oreilles. (NDLR.)

[114] — Blin abbé, Petit tableau des ravages faits par les huguenots dans le diocèse de Séez, p. 27-28, d’après la Description… de la ville d’Argentan de l’abbé de Courteilles (1693), maison de la bibliothèque d’Argentan. Voir de Bourgueville Charles, Les Recherches et antiquitez de la ville de Caen, p. 181.

[115]Archives historiques du Bas-Poitou, t. I, p. 113.

[116] — Gonzagua F., De origine seraphicæ religionis Franciscanæ, 1587, p. 589.

[117] — Bourquelot F., Mémoires de Claude Haton, t. I, p. 489.

[118] — Archives Nationales, G8* 1239, nº 101.

[119] — Voir Carrière V., ibid., p. 501.

[120] — Chamblay Dr et Duval L., « Documents historiques et religieux au couvent de Sainte-Claire d’Alençon » dans le Bulletin de la société historique de l’Orne, t. II, 1883, p. 138.

[121] — Réau L., ibid., p. 84.

[122] — Voir Journal de Dom Lépaulart, p. 81, in Carrière, ibid.

[123] — Poydavant, Histoire des troubles de Béarn, Pau, 1820, t. I, p. 381. Voir aussi de Boysson R., L’Invasion calviniste en Bas-Limousin, Paris, 1920, et Rouquette abbé, Les Saint‑Barthélemy calvinistes, Paris, 1906. Voir en annexe le martyre de plusieurs fils de Saint Dominique.

[124] — Haton Claude, Mémoires contenant le récit des événements accomplis de 1553 à 1582 principalement en Champagne et dans la Brie, F. Bourquelot (éd.), Paris, Imprimerie Impériale, 1857, 2 vol., t. I, p. 249. Voir également t. II, p. 445 et 491.

[125] Les Épreuves de l’Église de France au XVIe siècle, p. 503.

[126] — Tartary R., « Le Prieuré et l’église de Macheville », dans la Revue du Vivarais, 1902, p. 57-75.

[127] — Durier Ch. et de Carselade-Dupont J., Les Huguenots en Bigorre, p. 7.

[128] — Carrière V., ibid., p. 504.

[129] — Chanoine de l’église cathédrale chargé d’expliquer publiquement la sainte Écriture et la doctrine catholique, par commission de l’évêque (CIC 398, 399 et 400). (NDLR.)

[130] — Tel fut le châtiment de la reine Jézabel : 1 R 21, 24 et 2 R 9, 34-37. (NDLR.)

[131] — Date historique de la mort de saint Dominique. (NDLR.)

[132] — Novembre, t. I, p. 404.

[133] — Novembre, t. II, p. 639-640.

[134] Novembre, t. II, p. 867-868.

* — Ces sources sont extraites de l’ouvrage de l’abbé Victor Carrière.

[135]  — Le père Othon de Pavie a publié le texte latin de l’original d’après le Registrum Curiae Ultramontanæ des Archives romaines de Santi Quaranta (L’Aquitaine séraphique, t. III, p. 454-456).

[136]  — C’est le chiffre que donne le père Antoine de Sérent, les Frères Mineurs français en face du protestantisrne au XVIe siècle (Paris, 1930), p. 63.

[137]  — Mentionnons aussi le Martyrologium liranciscanum du père Arthur Dumoutier, récollet de Rouen, mort en l617. L’ouvrage a eu trois éditions (Venise, 1638 ; Modène, 1653 ; Venise, 1879) dont aucune ne se trouve à la Bibliothèque nationale. On y donne pour chaque jour les noms des martyrs des trois Ordres de la famille franciscaine. Ce martyrologe est sans valeur canonique.

[138]  — Antoine de Sérent père, les Frères Mineurs français en face du protestantisme au XVIe siècle, chapitres III et IV.

[139] — On consultera aussi L’Année dominicaine, ou les Vies des saints, des bienheureux et des martyrs... de l’ordre des FF. Prêcheurs. Cette collection est l’œuvre d’hagiographes successifs : le père Feuillet (janvier, 1678 ; février, 1679 ; mars, 1680) ; le père Souèges (avril, 1684 ; mai, 1686-1687 ; juin, 1689 ; juillet, 1691 ; août, 1693, 1696) ; le père Ch. de Saint-Vincent (septembre, 1702) ; le père Lafon (septembre, t. II, 1710 ; octobre, 1712-1715). Une édition nouvelle, entièrement refondue a paru à Lyon chez Jevain, en 18 volumes.

[140] — La Compagnie de Jésus compte trois martyrs mis à mort par les calvinistes de France au XVIe siècle : le père Martin Gutierez, espagnol, qui périt en Gascogne l’an 1573 ; le père Jacques Sales et le frère Guillaume Saultemouche, massacrés à Aubenas, le 7 février 1593, et béatifiés le 6 juin 1926.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 28

p. 124-161

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