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Courrier des lecteurs

 

 

 

Nous avons reçu la lettre suivante qui corrige une erreur historique répandue, dont une note de l’article « Les portes de l’enfer » s’est fait l’écho.

 

*

 

Ce 27 d’avril 2000

Mon Révérend Père,

 

(…) Ensuite, ayant commencé à lire le numéro 32 de votre excellente revue, toujours zélée, profonde et variée dans la défense de la vérité catholique, me permettez-vous de faire remarquer une erreur à la note 4 de la page 147, dans l’article de M. Charles Gerrin sur « Les portes de l’enfer », erreur dont il n’est pas responsable et que l’on trouve chez beaucoup d’auteurs, parce qu’ils ne sont pas allés vérifier aux sources ?

« Dans sa lettre à l’évêque de Troyes, Mgr de Boulogne, datée du 29 avril 1814, Pie VII se plaint amèrement du projet de nouvelle Constitution du Royaume, acceptée par Louis XVIII », etc…

Je passe sur le terme de « constitution » employé par le pape, qui ne correspond pas à la Charte, laquelle, de par la volonté de Louis XVIII, de par celle de la Commission qui l’a rédigée, de par le titre de « Charte constitutionnelle », de par le contenu de son préambule, de par le contenu même de la Charte (où ne sont pas abordés divers points fondamentaux pour une constitution, et notamment la succession au trône), n’est pas une constitution : la constitution demeure l’antique Constitution orale du Royaume, la Charte n’est qu’un acte de franchises concédées par le Roi sous la pression des circonstances pour régler le déroulement de nouvelles ou anciennes institutions, c’est donc un acte volontairement infra-constitutionnel. Le pape cependant, voyant de Rome et donc à distance une situation très troublée (en 1814), dans laquelle il ne se trouvait pas, pouvait bien ne pas faire la distinction, et je ne m’attarderai donc pas sur le terme.

En revanche, si l’on continue l’analyse du texte, l’on ne peut qu’être pris de doute.

En effet, pour qui connaît le texte de la Charte, l’analyse par le pape de la « liberté des cultes et de conscience » qui se trouve dans la constitution, ne correspond pas au texte de la Charte, qui rappelle la religion catholique de l’État (avec diverses conséquences) et ne parle que d’une liberté limitée de culte (et non de conscience) due aux circonstances (cas de la tolérance pour éviter un plus grand mal que serait la poursuite de la Révolution et de la guerre civile), laquelle n’est (comme pour l’Édit de Nantes) qu’une concession royale révocable par le roi (cf. le préambule). L’expression est parfois timorée ou maladroite, mais ce n’est nullement cette grande liberté dont parle le pape Pie VII.

Si, ensuite, l’on se reporte effectivement au texte de la Charte, l’on s’aperçoit en plus que l’article 22 (dont parle Pie VII) ne concerne dans la Charte en rien la religion ou le culte.

Alors, si l’on se reporte à la date de la Charte (4 juin 1814), l’on se rend compte qu’elle est parue plus d’un mois après la lettre du pape, qui ne pouvait donc la connaître.

Le pape pourrait-il cependant avoir eu connaissance des projets en discussion ? Non, car le roi Louis XVIII a constitué la commission de rédaction de la Charte par déclaration du 2 mai 1814, soit plusieurs jours après la lettre du pape. Il n’y avait donc alors aucun projet.

Quelle est l’explication de cette énigme ? Le sénat impérial avait, en avril, publié une constitution qu’il prétendait imposer à Louis XVIII et faire ratifier par le peuple. C’est cette constitution dont le pape Pie VII avait eu connaisance, constitution entièrement inspirée par les principes révolutionnaires, qui a provoqué la réaction de Pie VII dans une lettre écrite à Mgr de Boulogne, le 29 avril 1814.

Cependant, dès le 2 mai 1814, Louis XVIII, après avoir pris connaissance de cette constitution, la refusait par une déclaration publique, enrobant par les fleurs de divers compliments la pilule amère d’un refus très net, contre lequel le sénat n’osa insister. C’était trois jours après l’écriture de la lettre papale, qui n’était donc pas encore connue en France (même pas probablement par son destinataire, Mgr de Boulogne).

Je ne me suis permis de vous signaler cette erreur que parce qu’elle est très répandue, et j’espère que vous ne m’en voudrez pas de cette marque d’amitié surnaturelle.

Lettre signée.

 

 



 

Nous avons reçu le courrier suivant :


 

41, rue Barrault, 75013 Paris, France

LE SEL DE LA TERRE

Couvent de la Haye aux-Bonshommes

49240 Avrillé

 

Paris, le 25.01.2000

Messieurs,

 

Nouvelle Ecole est une revue théorique à caractère universitaire qui touche essentiellement les milieux intellectuels. Elle traite des sujets suivants : histoire des idées, politique, économie, histoire, philosophie, sociologie, droit, psychologie, sciences humaines, physique, etc. Nous serions heureux d’établir un échange en service de presse entre votre publication et la revue Nouvelle Ecole et attendons la confirmation de votre accord. Avec nos remerciements anticipés et nos meilleurs sentiments,

 

                                                                                            Alain de BENOIST,

                                                                                            rédacteur en chef


Parution trimestrielle. Diffusion : 13 000 exemplaires.

*

 

Notre réponse :

 

 


14/04/2000

Couvent de la

Haye-aux-Bonshommes

49240 Avrillé

Téléphone : 02 41 69 20 06

Télécopie : 02 41 34 40 49

 

Monsieur,

 

Votre lettre du 25 janvier a retenu toute notre attention.

Après avoir prié et réfléchi, nous pensons qu’il n’est pas utile de faire l’échange de revues que vous sollicitez.

En effet votre revue a un caractère anti-catholique affirmé. Voici ce qu’on lit sous la plume d’un de vos proches collaborateurs Pierre Le Vigan dans le nº 72 de Éléments :

 

Comme le note Alain de Benoist, « en inventant l’idée d’une histoire ayant un début et une fin absolus, il [le christianisme] s’est mis en position d’être soumis à la même loi : ayant commencé, qu’on lui assigne une fin, et que le monde continue sans lui ».

 

Vous souhaitez que le monde continue sans le christianisme, et nous souhaitons au contraire rendre « toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ » (2 Co 10, 5).

Vous comprenez que dans ces conditions il nous est difficile de collaborer, même matériellement, avec votre œuvre.

 

Puisque l’occasion m’est donnée de vous écrire, je me permets de vous inviter à réflechir qu’en luttant ainsi contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et son œuvre, vous vous préparez une éternité bien malheureuse pour vous-même et ceux que vous aurez influencés à faire comme vous.

En vous assurant de mon religieux dévouement,

 

                                                                                                                      fr. Pierre-Marie +

 

 

 

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 33

p. 239-241

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