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La sainte Tunique

d’Argenteuil

 

 

 

par Anne Breton

 

 

 

Présentation

 

LA BASILIQUE d’Argenteuil, située à une dizaine de kilomètres à l’Ouest de Paris conserve, depuis le IXe siècle une insigne relique : la sainte Tunique de Notre‑Seigneur Jésus-Christ.

Celle-ci est soigneusement enroulée et le visiteur ne peut en apercevoir qu’une partie à travers la façade en verre de la châsse, elle-même renfermée dans un reliquaire en bronze (voir photographie A).

 

 

Photographie A

La précieuse tunique n’est déployée désormais que tous les cinquante ans (voir photographie B) : la dernière ostension eut lieu en 1984, la prochaine est prévue pour 2034, ceci afin de réduire au maximum l’influence de la lumière et éviter ainsi le risque de l’abîmer davantage.

 

 

Photographie B

Dans la basilique

 

A l’intérieur de la basilique, deux plaques de marbre inscrites en belles lettres gothiques, retracent l’histoire de la sainte Tunique. En voici le texte :

 

La sainte Tunique a été tissée en laine et teinte de la pourpre sombre orientale. Elle est marquée de nombreuses et larges taches de sang surtout dans le dos et sur les épaules. Les savants les plus qualifiés ont reconnu qu’elle était de l’époque et du pays du Christ, par sa confection et sa teinture. Ils admirent la régularité remarquable de l’ouvrage : hommage à la très sainte Vierge.

Les premiers, ils ont découvert et attesté la présence de taches de sang contempo­raines de l’étoffe, ensanglantée pendant la passion, partagée avec les autres vêtements de Notre-Seigneur, recueillie, soit des mains des soldats, soit de celle de Pilate.

La sainte Tunique a été conservée pieusement avec ses taches de sang comme le saint Suaire de Turin. Gardée par les empereurs en Orient, elle est restée à Galatha d’a­près les historiens Grégoire de Tours (539-593) et Frégédaire (658), alors qu’une autre sainte Tunique était donnée, dès le IVe siècle, par sainte Hélène à la ville de Trèves.

L’an 800, elle fut donnée par Charlemagne à sa fille Théodrade pour le prieuré d’Argenteuil, fondé en 660. La Tradition est unanime et constante sur cela : point capi­tal. Elle est appuyée par de nombreux témoignages historiques qui affirment que Char­lemagne l’avait reçue d’Irène, l’impératrice de Constantinople.

 

*

 

La notice d’Hugues d’Amiens, archevêque de Rouen, relate qu’en 1156, une re­connaissance officielle a été faite par cet archevêque de la sainte Tunique et des lettres indiquant son origine, en présence de l’archevêque métropolitain de Sens, de l’évêque du diocèse, Thibault de Paris, de nombreux évêques, d’abbés et du roi Louis VII.

Le document, d’après le savant Léopold Delisle, est, à coup sûr, de cette époque : XIIe siècle. Il est confirmé à cette même époque par les chroniques de Robert de Thorigny et de Raoul de Dicet, ainsi que, un peu plus tard, par Mathieu Paris et Ni­colas Trivet.

Saint Louis vint à Argenteuil en 1255 et 1260, il y vénéra la sainte Tunique. Des écrits de 1445 et 1496 signalent toujours que cette insigne relique est à Argenteuil. On l’apporta en procession en 1529 et en 1554 à Saint-Denis, à Pontoise et à Paris. Les rois Henri III, Louis XIII, les reines Marie de Médicis et Anne d’Autriche, les cardinaux de Bérulle et de Richelieu sont venus à Argenteuil la vénérer. D’après les documents conservés de 1647, 1663, 1680, 1683, 1793, 1795, d’après les brefs des papes Paul V, Innocent X, Clément X, Innocent XI, Innocent XII, Clément XI, Clément XII, Gré­goire XVI, il est facile de constater le culte persévérant de la sainte Tunique, au cours des siècles. En 1804, le cardinal Caprara, légat du pape, en ordonna et en approuva la reconnaissance par Mgr Charrier de la Roche, évêque de Versailles.

La foi du pèlerin, aidée par la science, l’histoire et la tradition, vénère ici la tunique du Sauveur.


La Tunique et la sainte Écriture

 

Si nous ouvrons notre missel au Vendredi saint, nous trouvons l’allusion à la sainte Tunique, dans l’Évangile de saint Jean (19, 23-24) :

 

Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements (ta imatia) et en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique (o Chitôn) ; c’était une tunique sans couture (araphos), d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Et ils se dirent : ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. C’était afin que s’accomplît cette parole de l’Écriture : ils se sont partagés mes vêtements et ils ont tiré ma tunique au sort. Voilà ce que firent les soldats.

 

En fait, saint Jean reprend le psaume 21, messianique :

 

Eux m’observent, ils me contemplent ; ils se partagent mes vêtements et tirent au sort ma tunique (Ps 21, 19).

 

Des quatre évangélistes, saint Jean est le seul témoin oculaire de la cruci­fixion. Son témoignage distingue la tunique des autres vêtements, ce que nous ne trouvons pas dans les récits des autres qui n’étaient pas présents à ce moment-là : « Quand ils l’eurent crucifié, ils partagèrent ses vêtements en les tirant au sort » (Mt 27, 35) ; « Et, ayant partagé ses vêtements, ils les tirèrent au sort » (Lc 23, 34).

Une coutume de l’époque consistait à laisser aux bourreaux les vêtements des suppliciés. Mais, si certains d’entre eux pouvaient être partagés ou découpés, ce n’était pas le cas de la sainte Tunique de Jésus, sous peine de la rendre inutili­sable. En effet, elle avait été tissée sans couture, ne formant qu’une seule pièce, c’est pourquoi elle est dite « inconsutile » (araphos) par saint Jean ; les soldats la tirèrent donc au sort.

La sainte Écriture est toujours riche en significations : dans cette tunique sans couture, il nous faut voir le symbole de l’unité indéfectible de l’Église dans son gouvernement, son culte et sa foi, unissant tous les fidèles dans un seul corps mystique dont le Christ est la tête.

 

Que représentait au juste cette tunique au temps de Notre‑Seigneur ?

L’Évangile rapporte un épisode qui nous éclaire sur la nature de ce vête­ment. Le Christ, après la résurrection, se montra à ses disciples sur le rivage du lac de Tibériade :

 

Les disciples ne savaient pas que c’était Jésus. Et Jésus leur dit : « Enfants, n’avez-vous rien à manger ? » — « Non », répondirent-ils. Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez. » Ils le jetèrent ; et ils ne pouvaient plus le tirer à cause de la grande quantité de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Simon-Pierre, ayant entendu que c’était le Seigneur, mit sa tunique et sa ceinture, car il était nu, et se jeta à la mer. (Jn 21, 4-8.)

 

La tunique (Chitôn en grec ; sadîn en hébreu, Is 3, 22) était donc un vête­ment de dessous, une sorte de chemise que les juifs portaient à même la peau, sous une robe (le chetoneh) qui était une tunique de dessus plus longue et plus ample, en lin pour les riches et en laine pour les gens du peuple [1]. L’habillement comportait encore un caleçon allant « des reins aux cuisses » (Ex 38, 42) et un manteau (le simba en hébreu).

La relique d’Argenteuil correspond à ce vêtement de dessous ; de taille moyenne, elle descendait au niveau des genoux et ses deux manches ne cou­vraient que la moitié des bras (voir photographie C)

 

 

 

Photographie C

 

 

Histoire de la relique

 

Du VIe au XIIe siècle

 

Le plus antique témoignage au sujet de la relique, remonte au VIe siècle. C’est celui de Grégoire de Tours :

 

L’Évangile nous parle de la Tunique qui couvrit le corps bienheureux par excel­lence et qui, n’étant pas cousue mais tissue [sic] par une trame ininterrompue, fut tirée au sort suivant cette parole du prophète David, qui dit : Ils se sont partagés mes vête­ments et ils ont tiré ma robe au sort.

Je ne saurais passer sous silence ce que j’ai appris de quelques personnes, touchant cette tunique de l’Agneau immaculé. Elle est, dit-on, conservée à Galatha, dans la basi­lique des saints archanges. Galatha se trouve à environ 150 miles de Constantinople. Dans la basilique il y a une crypte très cachée, où se trouve un coffre de bois qui ren­ferme ce vêtement. Il est l’objet d’une vénération profonde de la part de pieux fidèles et il en est digne, puisqu’il contient le vêtement qui a mérité de toucher et de voiler le corps du Sauveur [2].

 

Plus tard, l’historien Frégédaire confirme la présence de la sainte Tunique en Orient et évoque sa translation triomphale à Jérusalem par plusieurs évêques, après un jeûne de trois jours.

Mais, en 614, la cité sainte est prise par les Perses et de nombreuses re­liques sont emportées. Le silence alors entoure la précieuse tunique pendant près de deux cents ans.

La tradition certifie qu’en l’an 800, la sainte Tunique est remise à Charle­magne par Irène de Byzance, impératrice d’Orient. Celle-ci est alors en butte à l’iconoclasme, et l’Islam menace de s’étendre de plus en plus sur ses territoires. Afin d’apaiser ses craintes légitimes et, probablement, dans l’intention de favori­ser la réunion des empires d’Orient et d’Occident, comme le désire le pape Léon III, l’impératrice n’hésite pas à offrir ce présent de valeur au nouvel empe­reur des Francs.

Charlemagne confie la relique à sa fille Théodrade (voir annexe), religieuse bénédictine à l’abbaye d’Argenteuil. Jusqu’après la Révolution, les cloches du monastère tinteront trois fois, chaque jour, à une heure de l’après-midi, en sou­venir de l’heure à laquelle le don a été fait.

Les Vikings envahissent Argenteuil en 850 et les moniales ont juste le temps de cacher la sainte Tunique avant de fuir.

En 1003, l’épouse d’Hugues Capet fait restaurer le monastère et l’église est consacrée sous le vocable de « Notre-Dame d’humilité ».

 

Le Moyen Age et les guerres de religion

 

Mais il faut attendre 1156 pour que les moines bénédictins retrouvent la sainte Tunique, à l’occasion de gros travaux de restauration dans l’abbaye tombée en ruines. Une charte est alors établie par Hugues d’Amiens, archevêque de Rouen, confirmant la présence de « la cape de l’Enfant Seigneur Jésus » (voir an­nexe). Il expose publiquement la Tunique au dehors afin qu’elle soit vénérée de façon solennelle par les fidèles. C’est la première ostension de la relique, honorée de la présence du roi Louis VII.

A sa suite, plusieurs monarques viendront à Argenteuil la vénérer : saint Louis, François Ier, Henri III, Louis XIII. Les processions publiques se multiplient.

En 1534, alors que le protestantisme s’agite et répand ses erreurs, la robe inconsutile ainsi que d’autres reliques de la passion (un morceau de la vraie croix, la couronne d’épines, le fer de lance) sont solennellement portées dans Paris afin d’attirer les faveurs de Dieu sur le royaume de France.

Cependant, en 1567 (ou 1565 ?) les Huguenots prennent Argenteuil et rava­gent la ville : des églises sont livrées aux flammes, la vénérable église de la Tu­nique est saccagée de fond en comble et incendiée, et le curé du bourg, l’abbé Lucas, est pendu à sa fenêtre après le pillage des ornements sacrés.

Au début du XVIIe siècle, naît la Confrérie de la sainte Robe, qui est bénie et approuvée par les papes. Au cours des processions, une coutume consiste à faire encadrer la sainte Tunique par douze personnes, de préférence choisies parmi les pauvres et habillées en apôtres.

En 1680, la duchesse Marie de Lorraine offre une châsse de vermeil doré et, en retour, un fragment de la Tunique lui est remis à sa demande.

 

La Révolution

 

La Révolution abolit le culte catholique en 1793 et les biens du clergé, confisqués, doivent être remis aux communes.

Le curé d’Argenteuil, l’abbé Ozet, qui a prêté un peu inconsidérément le serment à la Constitution civile du clergé, craint que la sainte Tunique subisse un sort fatal. Il l’ôte de sa châsse, prend le parti de la couper en plusieurs morceaux, en confie quelques-uns à des fidèles de confiance et, de nuit, enterre le reste, c’est-à-dire les deux plus grands morceaux, dans le jardin de son presbytère. Peu de temps après, ayant rétracté son serment, il est arrêté et jeté en prison. Ce n’est que deux ans plus tard, lorsque les églises sont rendues aux fidèles, qu’il revient dans sa paroisse et déterre, le jour de l’Ascension 1795, les morceaux enfouis. Malheureusement, il ne peut rassembler tous les fragments dispersés, dont plu­sieurs – une grande partie du devant – sont perdus à tout jamais.

 

Les XIXe et XXe siècles et les études scientifiques

 

A la demande de l’évêque de Versailles, en 1842, Dom Guéranger compose un office liturgique en l’honneur de la sainte Tunique.

Celle-ci est déposée dans un nouveau reliquaire, le 12 août 1844. C’est l’actuel reliquaire en bronze doré qui est exposé dans la basilique.

En 1892, vu l’état de vestusté et la fragilité de la Tunique (on s’aperçoit qu’elle se désagrège lentement), on décide de la coudre sur une étoffe de soie blanche, ce qui permet de réunir les différents morceaux et de s’assurer qu’elle est bien sans coutures. Deux parcelles sont alors détachées afin d’être soumises à l’analyse scientifique.

Après expertise en laboratoire, les directeurs des teintures des manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais font leur rapport. Ils notent que le tissu est uniquement composé de laine fine (conformément à la loi juive qui défendait le mélange, dans un même vêtement, de la laine et du lin ou d’un autre textile). Par ailleurs, le tissage a été réalisé fort habilement sur un métier à tisser primitif. La régularité de la grosseur des fils est d’autant plus remarquable qu’ils ont été obtenus par tissage à la main, au fuseau, et non au moyen d’un rouet (encore in­existant à l’époque). N’est-il pas convenable d’admirer ici le minutieux et régulier ouvrage de la mère de Jésus, que sa modeste condition obligeait à tisser elle-même les vêtements de la sainte Famille ? D’autre part, les savants confirment l’âge de la tunique : l’analogie est complète entre ce tissu et les anciens tissus coptes retrouvés dans les tombeaux chrétiens des IIe et IIIe siècles, tant pour la matière que pour les procédés de fabrication.

La couleur de l’étoffe est rouge-brun. On parvient à déterminer son ori­gine : elle provient d’une teinture ordinaire à la garance, comme celle que les gens pauvres avaient l’habitude d’utiliser à l’époque de Jésus.

Les analyses chimiques ont aussi identifié, sans l’ombre d’un doute, de nombreuses et larges taches de sang, difficiles à discerner à l’œil nu, mais nette­ment perceptibles au toucher, en particulier sur la partie dorsale de l’étoffe et au niveau de l’épaule.

Comment ne pas se rappeler les passages de l’Évangile, racontant, après l’agonie sanglante et la cruelle flagellation, la montée au Calvaire du Rédemp­teur ?

 

Après s’être moqué de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre et lui remirent ses vêtements, puis ils l’emmenèrent pour le crucifier (Mc 15-20).

Jésus, portant lui-même sa croix, arriva hors de la ville au lieu nommé Calvaire, en hébreu Golgotha (Jn 19, 17).

 

L’identification du groupe sanguin n’a pas encore été réalisée. Elle est sou­haitable. Elle permettrait une comparaison avec le Linceul de Turin et le Suaire d’Oviedo (L’examen des taches de sang de ces deux reliques ont permis d’identi­fier le groupe sanguin du Christ : groupe AB).

En revanche, la localisation des taches de sang a été soigneusement étudiée et mise en relation avec celles observées sur le Linceul de Turin. Tout récem­ment, en 1997-1998, André Marion, ingénieur spécialiste du traitement numérique des images, a isolé et confronté les images des taches sanguines des deux re­liques, après leur numérisation sur des ordinateurs très sophistiqués [3]. Les résul­tats de cette comparaison sont frappants et permettent de conclure que c’est bien le même homme, portant les mêmes blessures, qui a revêtu la Tunique d’Argen­teuil et a été enseveli dans le Linceul de Turin. L’étude des taches de sang de la Tunique d’Argenteuil a permis notamment de préciser certains aspects mal connus du portement de la croix.

 

Aujourd’hui, la sainte Tunique est déchirée en maints endroits, mais le tissu reste toutefois dans un bon état de conservation. Des parties manquent, spécia­lement dans la région antérieure. La relique a une hauteur cumulée de 1,51 mètre, entre les deux extrémités de l’avant et de l’arrière (mais il manque les bordures inférieures) et une largeur de 0,90 mètre. Les manches mesurent envi­ron chacune 10 centimètres.

La chaîne et la trame sont sans interruption, même à la jonction des manches, ce qui montre bien « l’inconsutilité » de la Tunique. L’apôtre saint Jean avait fait la même observation : « La tunique est sans couture et d’un seul tissu en sa totalité » (Jn 19-23).

 

Les grâces

 

Enfin, mentionnons plusieurs miracles attribués à la relique. Plus de cin­quante témoignages de guérisons extraordinaires ont été regroupés après une enquête réalisée en 1676 par l’archevêque de Paris, sans compter les faveurs sans nombre obtenues par l’invocation de la sainte Tunique.

De nombreuses plaques de marbre sont fixées dans le transept de la basi­lique et rendent grâces : « J’ai prié devant la sainte Tunique et j’ai été exaucée. »

 

 

Conclusion

 

En somme, l’histoire de l’authentique tunique de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ nous invite à ranimer notre foi.

Imitons la femme affligée de l’Évangile qui avait entendu parler de Jésus :

 

Elle disait : « Si je touche seulement ses vêtements, je serai guérie. » […] Au même moment, Jésus connut en lui-même qu’une vertu était sortie de lui, et, se retournant au milieu de la foule, il dit : « Qui a touché mes vêtements ? » […] Alors cette femme lui dit toute la vérité. Jésus lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton infirmité. » (Mc 5, 28-34.)

 

Approchons-nous de la sainte Tunique avec la certitude que nous obtien­drons des grâces.

 

En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent, vous n’avez rien demandé en mon nom : Demandez, et vous recevrez ; afin que votre joie soit parfaite (Jn 16, 23-25).

 

La sainte Tunique reste une relique : ne nous suggère-t-elle pas d’entourer les vrais corps, sang, âme et divinité de Jésus-Christ, présents dans la sainte eu­charistie, d’une confiance redoublée et d’en retirer des bienfaits toujours crois­sants ?

 

Bibliographie

 

de Nanteuil Hugues, La Sainte Tunique d’Argenteuil, Éd. Téqui, 1983.

Le Quéré François, La Sainte Tunique d’Argenteuil - Histoire et examen de l’authentique Tunique sans couture de Jésus-Christ, Paris, Éd. F.X. de Guibert, 1997.

Marion André, Jésus et la science. La vérité sur les reliques du Christ, Paris, Presses de la Renaissance, 2000.

 

 

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Ancienne image de la confrérie de la sainte Tunique

 

 

 

Le 13 janvier 1613, le pape Paul V approuve la Confrérie de la sainte Tunique. Elle est enrichie d’indulgences par les papes Innocent X, Clément X, Innocent XI, Grégoire XVI. De nombreux miracles ont eu lieu à la suite de l’institution de cette confrérie.


Documents

 

 

Arrivée de la sainte Tunique à Argenteuil (12 août 800)

 

 

 

La Tunique sans couture que Notre-Seigneur Jésus-Christ porta au calvaire fut conservée en Orient jusqu’à la fin du VIII siècle. Elle fut donnée à Charlemagne par Irène, impératrice de Constantinople. Charlemagne la remit, le 12 août de l’an 800, à sa fille Théodrade, qui fut ab­besse du prieuré d’Argenteuil jusqu’en 830.

Cette cérémonie est représentée dans la basilique d’Argenteuil par une fresque qui se trouve dans la chapelle de la sainte Tunique. Argenteuil conserve la Tunique que Notre-Seigneur porta directement sur le corps. D’après l’opinion commune, elle était recouverte d’une robe vénérée à Trèves (Allemagne).

 

La charte de 1156

par Hugues, archevêque de Rouen

 

A tous les Pères révérendissimes de l’Église catholique, Hugues, humble prêtre de l’église de Rouen, salut et grâce de la propitiation divine.

Nous voulons faire parvenir à la connaissance de tous que nous étant rendu, sous l’impulsion divine de la bonté suprême à Argenteuil, et beaucoup d’autres personnes non suspectes et vénérables s’étant adjointes à notre humilité ; à savoir : l’archevêque de Sens, les évêques saints de Paris, Théobald, de Chartres, Robert, d’Orléans, de Troyes, d’Auxerre, de Chalons, d’Évreux, de Meaux, de Senlis ; ainsi que des abbés vénérables : Odon, abbé du Bienheureux-Denys, Théobald de Saint-Germain, Godefroi de Latignac (près Paris) ; les abbés de Ferrières, de Saint-Maur-les-Fossés, de Saint-Faron (Meaux) de Saint-Maximin (Troyes), de Saint-Magloire (Paris), de Pontoise, de Morigny (Étampes) et encore d’autres personnes en grand nombre : [4]

La Cape de l’Enfant Seigneur Jésus, qui était déposée depuis les temps anciens avec les honneurs convenables dans les trésors de ladite église, a été vue humblement par nous et tirée publiquement au-dehors pour le salut des fidèles : et en rendant par une vénération solennelle la révérence due à sa magnificence, nous l’avons exposée, sous l’impulsion de la piété, au désir et à la dévotion des peuples.

La suréminente et sublime présence de l’illustre Roi des Francs, Louis, était là avec les premiers et hauts dignitaires du Palais, une très grande affluence de peuple leur fai­sant cortège.

A cause donc de ce monument insigne de la grâce céleste, à savoir ce vêtement dont la sagesse faite homme a daigné se vêtir, et à cause de la très sainte présence des susdits pères, Dieu étant favorable, il a été décrété, par une disposition salutaire, que tous ceux qui viendraient en ce lieu implorer la grâce et la miséricorde d’en Haut auraient pour récompense et fruit de leur dévotion l’indulgence du pardon.  

En conséquence, tous ceux qui, durant l’année présente, viendront offrir en l’hon­neur du vêtement du Seigneur leur propre servitude et dévotion, nous, mettant notre confiance en la plénitude de la clémence céleste, nous leur faisons grâce d’un an de péni­tence s’ils sont liés par de graves et très grands péchés.

A tous ceux, par ailleurs, qui sont liés par des péchés légers, c’est-à-dire véniels, nous leur remettons la moitié de la pénitence.

Pour les péchés oubliés, nous faisons une condonation semblable.

Chaque année, à partir de la fête du très saint Denys et durant l’Octave, nous re­mettons et accordons quarante jours de leur pénitence à ceux qui viendront pieusement voir et vénérer cet endroit et le très sacré vêtement.

En ce qui concerne les enfants qui, étant baptisés ou qui, sans avoir reçu le bap­tême, sont morts avant l’âge de sept ans par la négligence des parents, nous remettons à leurs parents toute leur pénitence à l’exception du vendredi de chaque semaine. Et ce même jour, en allant à l’église comme pénitents, le prêtre pourra leur faire la charité et eux la recevoir comme elle leur sera faite.  

S’il s’agit d’un infirme ou d’une femme enceinte ou d’un débile qui ne puisse jeû­ner, que la personne dise sept fois Pater noster et qu’elle fasse par quelque œuvre pie le bien qu’elle pourra.

A tous ceux qui observeront ces choses et toutes les choses qui sont justes, soient la paix et le salut de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Fait en l’année de l’incanation du Verbe 1156, Adrien IV, heureusement régnant, étant pape.

 

 

 

Le prieuré Notre-Dame d’Humilité à Argenteuil, avant le pillage des Huguenots


La sainte Tunique et la science

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La sainte Tunique est sans couture

 

 

 

Un examen approfondi, fait à plusieurs reprises, montre que la sainte Tunique n’a de couture ni sur les côtés, ni à l’endroit où commencent les manches. La photographie, prise à la naissance de la manche gauche, montre clairement que cette manche fait partie du vêtement par tissage et sans couture.

Les flèches indiquent l’endroit où commence la manche.

C’est bien la Tunique sans couture dont parle saint Jean dans son Évangile, au récit de la passion.

 

 

 

 

 

Comparaison de la sainte Tunique

avec les tissus des premiers siècles de l’ère chrétienne

 

MM. Guignet et David, directeurs des teintures aux Manufactures nationales des Gobelins, ont déclaré en 1893 que « le tissu de la sainte Tunique était identique aux anciens tissus coptes trouvés dans les tombeaux chrétiens des IIe et IIIe siècles de l’ère chrétienne ».

Voici, pour constater cette ressemblance, la comparaison de ces divers tissus grossis au microscope.

1. — Tissu de la sainte Tunique dans les endroits bien conservés.

2. — Tissu de la sainte Tunique dans les endroits détériorés.

3. — Tissu du manteau d’un anachorète copte vivant dans la Thébaïde (primitive Église). Ses restes sont au musée Guimet à Paris.

4. — Tissu copte provenant des fouilles d’Antinoé, qui fut capitale de la Thébaïde.

Les procédés de teinture de ces divers tissus sont aussi les mêmes.

(Documents publiés avec l’autorisation du président de l’association du Vieil Argen­teuil.)

 

 

 

 


[1] — On conserve, à Trèves, la relique d’une autre « sainte Tunique » du Christ. Plusieurs chercheurs pensent qu’il s’agit précisément de la robe de dessus, en lin fin, parce que sa forme et ses dimensions font penser à ce vêtement de dessus. Voir Marion André, Jésus et la science, Paris, Presses de la Renaissance, 2000.

[2] — Cité par François Le Quéré dans son ouvrage La Sainte Tunique d’Argenteuil, p. 23 (voir bibliographie en fin d’article).

[3] — Voir son ouvrage, Jésus et la science, répertorié dans la bibliographie en fin d’article.

[4] Voici le texte latin :

Universis catholicae Ecclesiae patribus reverendissimis Hugo Rothomagensis Ecclesiae humilis sacerdos, salutem et gratiam divinae propitiationis. Ad omnium volumus notitiam pervenire quod nos supernae pietatis instinctu apud Argentoilum convenientes adjunctis humilitati nostrae multis autenticis et reverendis personis archiepiscopo Senonensis, Theobaldo Parisiensi, Roberto Carnotensi, Aurelianensi, Trecensi, Antisiodorensi, Cathalaunensi, Ebroacensi, Meldensi, Silvanectensi, episcopis sanctis ; abbatibus quoque venerabilibus Odone abbate beati Dionysii, Theobaldo sancti Germani, Godefrido Latiniacensi, Ferrariensi, Fossantensi, sancti Pharonis, sancti Maximini, sancti Maglorii, Pontisiarensi, Mauriniacensi, aliis etiam quam pluribus ; cappam pueri Domini Jesu quae in ejusdem thesauris ecclesiae a temporibus antiquis honore condigno reposita erat ; ad fidelium salutem humiliter inspeximus, et palam eduximus et veneratione sollemni debitam ejus magnificentiae reverentiam exibentes, illam desiderio et devotioni populorum studio pietatis obtulimus. Aderat ibidem supereminens et sublimis praesentia illustris regis francorum Ludovici cum proceribus et optimatibus pa1atinae dignitatis maxima consistente frequentia vulgi. Ob insigne igitur gratiae coelestis illud videlicet indumentum quo sese humanata induere sapientia dignita fuit ; et ob sanctissimam praescriptorum patrum praesentiam ; Deo propitio salubri dispositione decretum est ut omnibus ibidem venientibus supernae miserationis gratiam poscentibus merces et fructus suae devotionis in indulgentia veniae compensetur. Quicumque igitur hoc praesenti anno in loco praenominato in honorem dominicae vestis propriam servitutem et devotionem obtulerint nos omnibus illis de clementiae coelestis plenitudine confisi, si peccatis gravibus et maximis impliciti fuerint, unius anni poenitentiam relaxamus. Qui vero levibus id est venialibus detinentur, medietatem poenitentiae remittimus oblita peccata modo simili condonamus. Annis vero singulis a festivitate sanctissimi Dionysii usque ad octavas ejusdem loci ipsius et sacratissimae vestis venerationem pie invisentibus : XL dies suae poenitentiae remittimus et indulgemus. De parvulis qui baptizati vel sine baptismi remedio infia VII annos per negligentiam parentum mortui sunt ; totam poenitentiam parentibus eorum remittimus excepta feria VI in hebdomada in qua etiam die si ad ecclesiam poenitens perrexerit, qualem ei caritatem presbyter dederit talem habeat. Si vero infirmus fuerit aut mulier pregnans vel debilis quae jejunare non possit ; dicat septies Pater noster et opere pio bonum exerceat quod potuerit. Omnibus autem haec et quae justa sunt conversantibus ; sit pax et salus Domini nostri Jesu Christi. Amen. Actum est anno Verbi incarnati M° C° LVI felici memoriae Adriano papa IIII° feliciter.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 34

p. 135-148

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