« Le combattant exemplaire pour l’honneur de Jésus-Christ »
S. Exc. Mgr Antonio de Castro Mayer
25 avril 1991 – 25 avril 2001
IL Y A DIX ANS, un mois jour pour jour après Mgr Lefebvre, Dieu rappelait à lui Dom Antonio de Castro Mayer.
De même que nous avons voulu marquer le dixième anniversaire du décès de Mgr Lefebvre, nous désirons également honorer la mémoire de celui qui fut son plus fidèle collaborateur dans la lutte contre le néomodernisme conciliaire.
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Né le 20 juin 1904 à Campinas (État de São Paulo, au Brésil), il entre au petit séminaire du Bon-Jésus de Pirapora, dirigé par les Prémontrés, à l’âge de 12 ans.
Grand séminariste à São Paulo en 1922, on l’envoie finir ses études ecclésiastiques à l’Université grégorienne de Rome, d’où il sortira Docteur en théologie. Il est ordonné prêtre le 30 octobre 1927.
Revenu au Brésil, il est nommé professeur au séminaire de São Paulo : il y enseigne treize ans la philosophie et la théologie dogmatique.
Après avoir assumé diverses charges dans le diocèse, il est nommé vicaire général (1941), puis économe de la grosse paroisse de São José à Belém et professeur à l’université catholique pontificale de São Paulo (1945).
Le 6 mars 1948, le pape Pie XII le nomme évêque coadjuteur de Campos avec droit de succession. Sitôt investi de cette charge, il s’applique à réorganiser et à développer ce diocèse qui devient bientôt le sien (3 janvier 1949) et dont il restera le pasteur jusqu’en 1981, date de sa démission forcée. Il y ouvre notamment un grand séminaire en 1967.
Au concile Vatican II, Dom Antonio de Castro Mayer participe, aux côtés de Mgr Lefebvre, à l’activité du Cœtus Internationalis Patrum dont il est vice-président. Remarquable théologien, il travaille beaucoup à la rédaction des diverses études que ce groupe d’évêques fidèles à la Tradition diffuse auprès des Pères du Concile pour réfuter les schémas et les documents répandus par l’Alliance européenne progressiste.
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Le nom de Mgr de Castro Mayer restera fameux dans l’histoire de l’Église à cause, notamment, de ses « lettres pastorales » riches en doctrine et généralement consacrées à la dénonciation des grandes erreurs modernes. Ces lettres ont laissé une forte empreinte dans les âmes de ses diocésains et même bien au-delà des limites de son diocèse [1].
La plus célèbre est sans conteste celle du 6 janvier 1953 sur les « problèmes de l’apostolat moderne ». Elle se divise en trois parties : Après la lettre proprement dite, vient un Catéchisme des vérités opportunes qui s’opposent aux erreurs contemporaines et, en conclusion, une série de directives adressées au clergé de son diocèse.
Ce « Catéchisme des vérités opportunes » est un véritable Syllabus pour notre temps. Il est conçu selon une méthode très pédagogique. Les erreurs combattues sont résumées dans de courtes propositions en face desquelles les propositions correctes sont énoncées ; puis une explication appuyée sur les enseignements pontificaux vient étayer la réponse catholique. Cette lettre pastorale eut un grand retentissement au Brésil et ailleurs. Elle a été traduite et diffusée en France, en Italie, en Espagne, en Argentine et au Canada. Dans les pays francophones, c’est la Cité catholique qui en assura la diffusion [2]. Nous reproduisons, à partir de ce numéro du Sel de la terre, la traduction de ce Catéchisme, inconnue des jeunes générations et épuisée depuis longtemps.
Pour montrer l’étendue de l’enseignement contenu dans les lettres pastorales de Mgr de Castro Mayer, voici les thèmes des treize autres :
– La première date de 1950 ; elle est consacrée au dogme de l’Assomption de la très sainte Vierge (défini le 1er novembre de cette même année).
– Le 13 mai 1961 : Lettre pastorale mettant en garde les diocésains contre les pièges de la secte communiste, notamment en matière sociale. (Dom Antonio était lucide sur le communisme et très zélé pour le combattre.)
– Le 15 août 1963 : Chasteté, humilité, pénitence, caractéristiques du chrétien, fondements de l’ordre social.
– Le 8 décembre 1963 : Les documents conciliaires sur la sacrée liturgie et les instruments de communication sociale.
– Le 2 mars 1965 : Lettre sur l’Église et, plus précisément, sur la collégialité et l’inspiration moderniste du progressisme actuel.
– La lettre de 1966 (19 mars) traite de la crise dans l’Église, du philocommunisme et de la démocratie chrétienne selon Vatican II.
– La lettre du 2 février 1967, écrite à l’occasion du 250e anniversaire de la découverte de Notre-Dame « Aparecida » (patronne du Brésil) et du 50e anniversaire de Fatima, traite de la préservation de la foi et des bonnes mœurs.
– Le 12 septembre 1969 : Lettre sur le saint sacrifice de la messe dans l’esprit du concile de Trente. (C’est l’année du Novus Ordo Missæ.)
– Le 11 avril 1971 : Aggiornamento et Tradition [3].
– Le 15 août 1972 : sur la chrétienté (« Cursilhos de Cristandade »).
– 23 mars 1975 : Lettre sur l’indissolubilité du mariage.
– 8 décembre 1976 : sur la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
– 16 juillet 1978 : sur la médiation universelle de la très sainte Vierge.
On notera que, des quatorze lettres pastorales, la première et la dernière traitent de Notre-Dame et plusieurs sont datées de fêtes mariales. Ce n’est pas un hasard. Mgr de Castro Mayer avait une profonde dévotion envers la sainte Vierge. Il croyait fermement à la prédiction divine adressée au serpent infernal : « La Femme t’écrasera la tête. » Ipsa conteret était sa devise épiscopale. Aussi confiait-il toutes ses intentions à Notre-Dame et l’associait-il spécialement à son combat contre les erreurs modernes.
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Nos lecteurs trouveront ci-après plusieurs textes rassemblés en hommage à Mgr de Castro Mayer.
D’abord, trois textes antérieurs à 1980, se rapportant au Concile, à la nouvelle messe et à la liberté religieuse :
— le votum envoyé par Mgr de Castro Mayer au cardinal Tardini, le 20 août 1959, à la veille du concile Vatican II ;
— sa lettre envoyée à Paul VI le 12 septembre 1969 pour dénoncer la nocivité du Novus Ordo Missæ ;
— son étude sur Dignitatis humanæ adressée à Paul VI le 25 janvier 1974.
Puis quelques textes relatifs au combat mené avec Mgr Lefebvre depuis le Concile :
— la solennelle mise en garde de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer au pape Jean-Paul II, le 30 août 1985, avant la réunion du Synode extraordinaire de Rome ;
— la déclaration de Mgr de Castro Mayer à l’occasion des sacres du 30 juin 1988 à Écône ;
— un entretien accordé à un journal brésilien en 1989 ;
— un extrait de lettre que lui adressa Mgr Lefebvre quelques temps avant sa mort ;
— le communiqué de presse rédigé le 30 avril 1991, cinq jours après le décès de Mgr de Castro Mayer, par l’Union Sacerdotale Saint-Curé d’Ars de Campos et la Fraternité Saint-Pie X .
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Nous remercions vivement S. Exc. Mgr Licinio Rangel et les prêtres de l’Union sacerdotale Saint-Curé d’Ars pour les renseignements qu’ils ont bien voulu nous fournir sur la personne et l’œuvre de Mgr de Castro Mayer. Une biographie détaillée de Dom Antonio est parue dans Ontem Hoje Sempre, le mensuel de l’Union sacerdotale des prêtres de Campos (juin 1991).
Le Sel de la terre.
Le votum de Mgr de Castro Mayer
pour la préparation du Concile
Août 1959
Le 18 juin 1959, trois ans avant l’ouverture de Vatican II, le cardinal Tardini envoyait à tous les évêques du monde une lettre circulaire invitant chacun à lui adresser ses « vœux » (vota), c’est-à-dire la liste des points qu’il souhaitait voir aborder par le futur Concile.
Mgr de Castro Mayer répondit le 20 août 1959. Son votum traduit les préoccupations qui l’animaient à la veille du Concile, notamment la nécessité de dénoncer les erreurs du moment qui menaçaient la foi et les âmes. Les erreurs dont il fait l’analyse dans ce texte et dont il demande la condamnation sont précisément celles que le Concile allait encourager sous l’influence des évêques et des théologiens progressistes.
La traduction française de ce votum a été faite par nos soins. Nous donnons en dessous le texte original latin [4]. Nous ajoutons en regard des commentaires, notamment des passages de Vatican II pour mettre en lumière l’opposition entre ce que le Concile aurait pû être s’il avait suivi les vota des évêques fidèles à la Tradition, et ce qu’il a été [5].
Texte du votum
LES ERREURS, à savoir le naturalisme, le matérialisme, etc., d’où procède la crise dont souffre, aujourd’hui, la chrétienté, ont souvent été dénoncées et condamnées par l’Église. Toutefois, une nouvelle condamnation prononcée par un concile œcuménique réuni pour notre temps semble indiquée. Cette nouvelle condamnation sera en outre très efficace si le Concile dénonce en même temps l’existence d’une véritable conjuration contre la cité de Dieu. Car la conjuration antichrétienne (1) ne ré- |
Commentaires
(1) Relevons le choix de cette expression (elle revient six fois dans le votum) qui fait référence à l’étude magistrale de Mgr Delassus [6]. Mgr de C. M., qui lisait couramment le français, a sans doute connu l’ouvrage de Mgr Delassus au cours de ses études à Rome. Dom Licinio et ses prêtres précisent que la lutte contre la conjuration ennemie fut le fond de toute son action épiscopale : lettres pastorales, prédication, etc. Il s’agissait de préserver le troupeau, de l’instruire, de le former et de l’armer dans cette crise insidieuse et pernicieuse. Mgr de C. M. disait, à propos de La Conjuration antichrétienne de Mgr Delassus : « On reconnaît les prêtres qui l’ont lu et ceux qui ne l’ont pas lu. » |
sulte pas de la rencontre fortuite de plusieurs erreurs ou de ceux qui y tombent, elle jouit tout au contraire d’une unité de plan. On ne doit donc pas passer sous silence le lien intentionnel entre les différentes erreurs que l’ennemi du genre humain utilise comme moyen d’imposer son empire sur les esprits et les mœurs des hommes. Ainsi considérée, la conjuration antichrétienne apparaît sous son vrai jour, c’est-à-dire non pas un système doctrinal pur et simple, mais une véritable volonté d’instaurer une nouvelle conception de la vie, un mode de penser et d’agir qui se porte à l’encontre des principes chrétiens. |
(2) Le Concile, loin de dénoncer la conjuration antichrétienne et de promulguer un nouveau Syllabus, comme le demandait Mgr de C. M. a proclamé la réconciliation de l’Église avec le monde. Telle fut, en effet, l’orientation donnée par Jean XXIII dans le discours d’ouverture du 11 novembre 1962 : « Aujourd’hui, l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine » (Jean XXIII–Paul VI, Discours au Concile, Paris, Centurion, 1966, p. 65). Paul VI reprit cette orientation et lui donna encore plus d’ampleur dans son discours d’ouverture de la IIe session, adressé aux membres du Concile (29 septembre 1963) : « Vous avez voulu tout d’abord […] engager le dialogue non pas entre vous mais avec les hommes. Cela signifie que ce Concile se caractérise par l’amour. […] C’est cet amour qui nous soutient, car à regarder la vie des hommes telle qu’elle est aujourd’hui, nous aurions de quoi être épouvantés plutôt qu’encouragés, affligés plutôt que réjouis, portés à une attitude de défense et de réprobation des erreurs plutôt que de confiance et d’amitié. […] Pour le moment, l’amour remplit notre âme et l’âme de l’Église rassemblée en Concile. Nous regardons notre temps et ses manifestations diverses et contradictoires avec une très grande sympathie et un immense désir de présenter aux hommes d’aujourd’hui le message d’amour, de salut et d’espoir que le Christ a apporté au monde. […] Que le monde le sache : l’Église le regarde avec une profonde compréhension, avec une admiration vraie, sincèrement disposée non à le subjuguer, mais à le servir ; non à le déprécier, mais à accroître sa dignité ; non à le condamner, mais à le soutenir et à le sauver » (Ibid., p. 119 et 121).
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Cependant, l’efficacité de l’action antichrétienne réside dans la propagation, non pas tant de ces erreurs sur lesquelles elle s’appuie, que de certaines formules, inoffensives de prime abord, mais qui renferment en elles tout le venin pernicieux de la conjuration antichrétienne qu’elles introduisent dans les âmes, créant ainsi les artisans du règne de l’ennemi. Bien qu’il soit occulte, le venin de la conjuration antichrétienne donne vie à de nouvelles conceptions de l’art, à un certain nombre d’usages de la vie sociale et à d’autres comportements humains. C’est par ces seuls moyens que l’ennemi peut maintenir son empire sur les hommes. C’est pourquoi il semble très opportun que le Concile dénonce et condamne ces formules, conceptions et usages. Si je ne me trompe, le pape Pie IX n’avait rien d’autre à l’esprit quand il publia le Syllabus. A mon humble avis, il serait très profitable aux fidèles qu’on procède à une nouvelle condamnation des propositions du Syllabus, sur un mode plus solennel, après y avoir apporté les modifications et plusieurs ajouts que notre époque réclame (2). |
Enfin, Paul VI toujours, dans le discours de clôture de la IVe session, le 7 décembre 1965, eut ces mots fameux : « L’humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver ; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. […] Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. […] Mais il faut reconnaître que ce Concile, dans le jugement qu’il a porté sur l’homme, s’est arrêté bien plus à cet aspect heureux de l’homme qu’à son aspect malheureux. Son attitude a été nettement et volontairement optimiste. Un courant d’affection et d’admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne. Des erreurs ont été dénoncées ; oui, parce que c’est l’exigence de la charité comme de la vérité, mais, à l’adresse des personnes, il n’y eut que rappel, respect et amour. Au lieu de diagnostics déprimants, des remèdes encourageants ; au lieu de présages funestes, des messages de confiance sont partis du Concile vers le monde contemporain : ses valeurs ont été non seulement respectées, mais honorées ; ses efforts soutenus, ses aspirations purifiées et bénies. […] » (ibid., p. 248-249 ; tout serait à citer). |
Texte latin :
Errores, scilicet, naturalismus, materialismus, etc., unde procedit crisis qua hodie civitas christiana laborat, saepe ab Ecclesia denuntiati et damnati sunt. Conveniens tamen nova videtur condemnatio a Concilio Oecumenico temporibus nostris coadunato. Nova haec magnam acquiret efficaciam condemnatio, si Concilium verae coniurationis adversus civitatem Dei existentiam simul denuntiet. Coniuratio enim antichristiana non collatione fortuita plurium errorum vel errantium fit, immo vero unitate gaudet consilii. Nexus ergo intentionalis inter varios errores utpote media quibus Humani Generis inimicus utitur ad mentibus et hominum moribus imperium suum imponendum, praeteriri non debet. Sic considerata, coniuratio antichristiana apparet, sicut revera est, nempe non ut purum putumque systema doctrinale, sed ut vera novam instaurandi conceptionem vitae intentio, modum cogitandi et agendi se contrarium placitis christianis conferentem. Efficacia, tamen, antichristianae actionis sita est in disseminatione non tantum errorum illorum quibus nititur, quantum formularum quarumdam prima fronte innocuarum, virus vero nequam coniurationis antichristianae totum in se continentium quod in animas introducunt, sicque artifices imperii inimici creant. Quamvis occultum, virus coniurationis antichristianae novas artis conceptiones vivificat, plures usus in convivio sociali, aliosque modos se gerendi hominum. Tantum, his mediantibus, potest inimicus suum in homines servare imperium. Inde videtur valde opportunum Concilium illas formulas, conceptiones et usus denuntiare et damnare. Ni fallor non aliud in mente habuit R. M. Pius IX cum Syllabum edixit. Humili meo iudicio, perutilis fidelibus esset nova sollemniori modo data condemnatio propositionum Syllabi illis adaptationibus et pluribus augmentis peractis quae a nostris temporibus postulantur. |
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Quant aux questions qu’il est à propos de traiter au Concile en vue de restaurer la chrétienté, je pense qu’on peut proposer, entre autres, celles-ci :
Quae autem, iudicio meo, opportune Concilium explanabit in ordine ad civitatem christianam restaurandam, inter alia, haec proponi possunt :
La formidable tentative pour l’unification du genre humain
On remarque partout un effort considérable pour réaliser l’unification du genre humain (3). A cela, tendent plusieurs institutions internationales – en premier lieu l’UNESCO – qui se donnent pour but de supprimer même tout ce par quoi les hommes diffèrent entre eux. Selon les défenseurs de cette forme d’unité, rien ne concourrait plus à la béatitude du genre humain que l’abolition de toutes les différences qui distinguent les hommes et les nations et, par suite, les séparent. La vie des hommes sur la terre serait un paradis s’il n’y avait plus qu’un seul et même peuple, une seule race, une seule et même culture, un seul État (4). En soi, la volonté de rechercher sans cesse une plus grande union du genre humain n’a rien de répréhensible pourvu que, en toute prudence, elle ne néglige pas les droits de la nature et de la vérité révélée – ce qui, hélas ! ne semble pas être le cas. Car, même si elle n’est pas professée ouvertement, du moins, l’idée qui sous-tend l’activité visant à l’unité du genre humain, c’est que les religions dogmatiques divisent les hommes plutôt qu’elles ne les rassemblent. D’où un mouvement vers le syncrétisme religieux ou vers la conception de la religion des modernistes (5). Et cette conception s’affermit davantage de jour en jour, par la propagation d’associations qui recherchent le redressement moral de la société sans se préoccuper de la vraie religion ni même de religion tout court, comme le « Lion’s Club », le « Rotary Club », le « Réar- |
(3) De nombreux passages de Gaudium et spes (Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, 7 décembre 1965) encouragent ce que Mgr de C. M. réprouve ici. Par exemple : « L’Église reconnaît aussi tout ce qui est bon dans le dynamisme social d’aujourd’hui, en particulier le mouvement vers l’unité, les progrès d’une saine socialisation et de la solidarité au plan civique et économique. En effet, promouvoir l’unité s’harmonise avec la mission profonde de l’Église… » (n. 42, § 3).
(4) Le pape Paul VI n’a-t-il pas tenu ce même langage, le 8 octobre 1965, à la tribune de l’ONU ? « […] C’est comme un “expert en humanité” que Nous apportons à cette Organisation le suffrage de nos derniers prédécesseurs, celui de tout l’épiscopat et le Nôtre, convaincu comme Nous le sommes que cette Organisation représente le chemin obligé de la civilisation moderne et de la paix mondiale. […] Vous existez pour unir les nations, pour associer les États. Adoptons la formule : pour mettre ensemble les uns avec les autres. Vous êtes une association. Vous êtes un pont entre les peuples. Vous êtes un réseau de rapports entre les États. Nous serions tenté de dire que votre caractéristique reflète en quelque sorte dans l’ordre temporel ce que notre Église catholique veut être dans l’ordre spirituel : unique et universelle. On ne peut rien concevoir de plus élevé, sur le plan naturel, dans la construction idéologique de l’humanité. Votre vocation est de faire fraterniser, non pas quelques-uns des peuples, mais tous les peuples. […] Qui ne voit la nécessité d’arriver ainsi progressivement à instaurer une autorité mondiale en mesure d’agir efficacement sur le plan juridique et politique ? » (Paul VI, ibid., p. 323 sq.).
(5) D’innombrables textes seraient à citer, montrant à quel point cette idée est passée dans le magistère conciliaire. Citons juste le prologue de Nostra ætate (Décret sur l’Église et les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965) : « A notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers peuples augmentent, l’Église examine attentivement |
quelles sont ses relations avec les religions non chrétiennes. Dans sa tâche de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, et même entre les peuples, elle examine d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leurs destinées. »
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mement Moral » et autres du même genre ; elle s’affermit aussi par la faveur toujours croissante donnée à d’autres associations, comme celles qui désirent secourir les malheureux et les pauvres en prétendant que l’unique religion vraie et bonne est, bien sûr, celle qui est fondée sur la charité. De telles réalités, me semble-t-il, ne peuvent rester ignorées du Concile, alors qu’elles constituent des moyens spécieux et très efficaces de corrompre la notion authentique de chrétienté. |
Ingens conatus generis humani ad unitatem redigendi. — Ingens conatus unius generis humani obtinendi ubique notatur. Huc tendunt plures institutiones internationales, in primis Unesco, quae pro fine habent omnia quidem removere quibus homines inter se differunt. Secundum huiusmodi unitatis fautores nihil magis ad beatitudinem generis humani concurreret quam abolitio omnium differentium quae homines et nationes distinguunt et proinde separant. Hominum paradisus esset vita super terram si non amplius quam unus idemque populus, una stirps, una et eadem cultura, unus tantum Status exstaret.
In se, intentio maiorem generis humani semper prosequendi unionem, nil reprobandum habet, dummodo sapienter ne negligat iura naturalia et veritatis revelatae. Quod, proh dolor ! non videtur fieri. Idea, enim, quae, si palam non profertur, saltem subest activitati ad unitatem generis humani intentae, est quod religiones dogmaticae homines potius dividunt quam congregant. Inde motus in syncretismum religiosum, seu ad conceptum modernistarum religionis.
Qui conceptus magis in dies firmatur disseminatione coetuum qui erectionem moralem societatis intendunt quin de vera religione, vel simpliciter de religione, curent, ut « Lion’s Club, Rotary Club, Réarmement Moral » et ceteri huiusmodi, sicut etiam aestimatione, quae semper maior fit, aliorum coetuum, scilicet illorum qui miseris et pauperibus subvenire cupiunt, asserentes hanc unicam veram et bonam religionem quippe quae caritate fundatur.
Talia, videtur mihi, Concilium ignoscere non posse, cum subdola et efficacissima media constituant corrumpendi germanam civitatis christianae notionem.
Moindre mal ; thèse et hypothèse
La fausse conception et l’usage du principe qui consiste à tolérer le moindre mal, de peur qu’il n’en arrive un plus grand, entraîne des défections de fidèles dans le combat contre les maximes si nombreuses du siècle, et profite à l’édification de la cité antichrétienne.
En effet, le moindre mal est généralement considéré tout simplement comme un mal de moindre espèce, qu’on peut donc permettre pour une raison quelconque, par exemple pour éviter le conflit des esprits. Par suite, on se persuade que toute lutte est en soi mauvaise et qu’on doit donc toujours l’éviter au nom de la charité ou de la sollicitude apostolique. Enfin, à notre époque, le moindre mal est souvent tenu pour une situation normale, au moins implicitement. Par conséquent, on affaiblit ou on manque à la vigilance qui empêcherait le moindre mal – qui reste toujours un mal – de multiplier ses effets néfastes, et empêcherait l’amour comme le désir d’une situation normale, excluant tout mal, de s’évanouir. En d’au-
tres termes, la thèse est tout simplement abandonnée (6). On peut en voir un exemple dans la question de l’union de l’État et de l’Église. Pie IX, dans le Syllabus, a condamné la proposition affirmant que la séparation de l’Église et de l’État est licite et nécessaire. Pourtant, un certain nombre de catholiques minimisent l’union de l’un et l’autre pouvoir par des propos étrangers au catholicisme, au point, comme on le voit clairement, de déclarer qu’en droit, la condition normale de la chrétienté demande la séparation de l’État vis-à-vis de l’Église (7). |
(6) Thèse, hypothèse : Sur cette distinction du libéralisme, on se reportera au livre de Don Sarda y Salvany, Le Libéralisme est un péché (Publications du Sel de la terre, 1997, p. 189 sq.). La thèse est « le devoir absolu pour toute société et tout État de vivre conformément à la loi de Dieu… ». L’hypothèse « est le cas hypothétique d’un peuple ou d’un État dans lequel, pour des raisons d’impossibilité morale ou matérielle, on ne peut franchement établir la thèse, c’est-à-dire le règne exclusif de Dieu… » L’opinion libérale a alors tendance à renoncer purement et simplement à la thèse et à mutiler les droits de Dieu, sous prétexte de moindre mal, faisant de l’hypothèse la situation de droit.
(7) Ce que Mgr de C. M. présente ici comme l’opinion « d’un certain nombre de catholiques » est devenu la doctrine officielle de l’Église conciliaire à la suite de la Déclaration de Vatican II Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse (7 décembre 1965). Rome s’est appuyée sur cette Déclaration pour imposer la séparation de l’Église et de tous les États qui étaient encore officiellement catholiques. |
Minus malum ; thesis, hypothesis. — Defectiones fidelium a certamine adversus maximas saeculi quamplurimas causat, aedificationique civitatis antichristianae iuvat falsus conceptus et usus principii de tollerando malo minore ne maius accidat.
Generatim enim malum minus simpliciter consideratur ut malum diminutae rationis, quod ergo quacumque ex causa permitti potest, verbi gratia, ut contentio animorum vitetur. Inde persuasio quod omnis pugna in se mala est, ideoque semper vitanda, nomine caritatis vel sollertiae apostolicae. Tandem, nostris temporibus, saepe malum minus ut conditio normalis habetur, saltem implicite. Consequenter, extenuatur vel negligitur vigilantia ne malum minus – quod semper malum est – pravos effectus suos multiplicet, et amor ac desiderium conditionis normalis omnia mala excludentis evanescit. Aliis verbis, thesis simpliciter derelinquitur. Exemplum videri potest in quaestione de unione Statum inter et Ecclesiam. Pius IX in Syllabo damnavit propositionem affirmantem licitam et necessariam separationem Ecclesiae et Status. Unionem tamen utriusque potestatis nonnulli viri catholici peregrinis verbis ita extenuant ut clare appareat ipsos de iure indicare conditionem normalem civitatis christianae postulare separationem Status ab Ecclesia.
Adaptation et coopération
(8) Cette adaptation dénoncée par Mgr de C. M. est devenue l’« actualisation » et l’« inculturation », dont les discours romains officiels sont remplis et qui ont détruit les missions et tout esprit missionnaire.
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Certains prennent un malin plaisir à vouloir adapter l’Église aux mœurs du siècle, afin de faciliter l’accès des acatholiques au port du salut. Mais cette adaptation est habituellement conçue au détriment du bien, de sorte qu’elle est davantage une fuite par rapport au devoir de combattre, qu’un zèle pour les âmes (8). Il est donc expédient de définir à quelles conditions une |
adaptation aux mœurs d’aujourd’hui pourrait se faire sans danger. De peur, par exemple, que le principe à tenir ne périsse tout à fait pour cause d’adaptation, ou qu’on finisse par accomplir une adaptation générale qu’on ne pourrait conseiller que dans certaines circonstances de personnes, de régions, de temps, etc. S’il en était ainsi, l’organisation de la vie en société qui, parce que tirée de l’Évangile, a besoin d’être soutenue par tous les efforts, subirait un dommage (9). Par exemple, saint Jean Bosco exerçait parfois son apostolat dans les tavernes ; ce qui, accompli par ce saint, édifiait, paraîtrait un scandale si d’aventure d’autres le faisaient. On peut en dire généralement autant de ce qu’on appelle la « captatio benevolentiæ » puisque, loin de constituer l’œuvre de l’apostolat, elle n’en est qu’une part infime. On peut dire quasiment la même chose de la coopération avec les acatholiques ou les infidèles, très fréquente aujourd’hui. En pratique, selon l’idée reçue, on ne voit aucun danger dans le commerce des catholiques avec les infidèles, les hérétiques ou les pécheurs publics. S’il n’y a aucun danger, toute coopération est permise, dès lors qu’elle est utile ou, du moins, indifférente. On donne comme raison que, lorsqu’ils pèchent, les hommes agissent par ignorance ou par fragilité, mais jamais par malice ; et qu’à cause de cela, on amène facilement les acatholiques à suivre la doctrine et les commandements de l’Église : il est donc prouvé que vivre avec eux est une condition nécessaire pour les disposer à la conversion (10). |
(9) Le Décret Ad Gentes sur l’activité missionnaire de l’Église (7 décembre 1965) consacre cette adaptation mise en cause par Mgr de C. M. : « […] Il est nécessaire que, dans chaque grand territoire socio-culturel, comme on dit, une réflexion théologique de cette sorte soit encouragée, par laquelle, à la lumière de la Tradition de l’Église universelle, les faits et les paroles révélés par Dieu, consignés dans les saintes Lettres, expliqués par les Pères de l’Église et le magistère, seront soumis à un nouvel examen. Ainsi on saisira plus nettement par quelles voies la “foi”, compte tenu de la philosophie et de la sagesse des peuples, peut “chercher l’intelligence”, et de quelles manières les coutumes, le sens de la vie, l’ordre social peuvent s’accorder avec les mœurs que fait connaître la révélation divine. Ainsi apparaîtront les voies vers une plus profonde adaptation dans toute l’étendue de la vie chrétienne. De cette manière, toute apparence de syncrétisme et de faux particularisme sera repoussée [hypocrisie !], la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres – éclairées par la lumière de l’Évangile – de chaque famille des nations, seront assumées dans l’unité catholique » (n. 22).
(10) Très nombreux sont les textes de Vatican II qui font l’apologie du dialogue œcuménique et interreligieux. Par exemple, la conclusion de Gaudium et spes (n. 92) : « En vertu de la mission qui est la sienne d’éclairer l’univers entier par le message évangélique et de réunir en un seul Esprit tous les hommes, à quelque nation, race, ou culture qu’ils appartiennent, l’Église apparaît comme le signe de cette fraternité qui rend possible un dialogue ouvert et le renforce. […] Nous tournons donc aussi notre pensée vers tous ceux qui reconnaissent Dieu et dont les traditions recèlent de précieux éléments religieux et humains, en souhaitant qu’un dialogue confiant puisse nous conduire tous ensemble à accepter franchement les appels de l’Esprit et à les suivre avec ardeur. » |
Pour le même motif, il faut écarter de la prédication apostolique toutes les vérités susceptibles de causer des irritations, comme les arguments polémiques ou les parties les moins aimables de la doctrine catholique : l’enfer, la pénitence, l’obéissance et autres du même genre. Bien plus, on doit tout proposer sous un jour agréable et plaisant (11). |
(11) Rendre le catholicisme plaisant aux yeux du monde : c’est le fruit que le pape Paul VI attribue au Concile, le 2 avril 1969, dans son discours à l’audience générale : « On a fait remarquer à juste titre qu’à partir du Concile s’est répandue dans le monde une onde de sérénité et d’optimisme ; un christianisme réconfortant et positif, pourrions-nous dire ; un christianisme ami de la vie, des hommes, des valeurs terrestres, de notre société, de notre histoire. Nous pourrions pour ainsi dire voir dans le Concile une intention de rendre le christianisme aimable et acceptable, indulgent et ouvert, dépouillé de tout rigorisme médiéval, ne regardant plus avec pessimisme les hommes, leurs façons de vivre, leurs mutations et leurs exigences » (DC nº 1538, 20 avril 1969, p. 354). |
Adaptatio, cooperatio. — Voluptas quaedam adest apud quosdam adaptandi Ecclesiam moribus saeculi, ut facilius acatholici ad gremium salutis inducantur. Haec tamen adaptatio in detrimentum boni concipi solet, ita ut magis fuga a decertando sit quam zelus animarum. Inde conveniens definitio conditionum quibus adaptatio moribus hodiernis sine periculo fieri possit. Ne, verbi gratia, principium pereat omnino tenendum, adaptationis causa, vel generalis aliqua adaptatio evadat quae nonnisi quibusdam in circumstantiis personae, regionis, temporis, etc. suaderi valeat. Sicque detrimentum patiatur illa ordinatio convivii hominum quae utpote ab Evangelio orta omnibus viribus stabilienda est. Ita, v. g., sanctus Ioannes de Bosco interdum in tabernis apostolatus opera exercebat ; quae a sancto illo peracta aedificatio erat, ab aliis forte scandalum pareret. Idem generatim dici potest de eo quod vocant « captatio benevolentiae », cum potius quam opus apostolicum constituat, nonnisi pars eius minima sit.
Fere idem dicatur de cooperatione cum acatholicis vel infidelibus, hodie communissima. In praxi, conceptus admissus nullum periculum videt in convivio catholicorum cum infidelibus, hereticis vel publicis peccatoribus. Si nullum periculum, omnis cooperatio permittitur, cum vel utilis vel saltem indifferens sit. Ratio est quia homines cum peccent, id faciunt vel ex ignorantia, vel ex fragilitate, nunquam vero ex malitia ; ideo facile moventur acatholici ad doctrinam et praecepta Ecclesiae sequenda : cum ipsis convivere ergo conditio demonstratur necessaria ut eorum conversioni provideatur.
Ex eadem ratione omnes ab actione apostolica arceri debent quae irritationes causarent, ut argumenta polemica vel partes minus amabiles doctrinae catholicae, infernus, v. g. poenitentia, oboedientia, coetera huiusmodi. Porro omnia sub aspectu suavi alacrique proponi debent.
L’éducation, spécialement l’éducation
et l’initiation sexuelles
Presque toutes les institutions pour les enfants sont aujourd’hui viciées par le naturalisme. On déclare partout que la nature humaine est bonne ; on rejette le péché originel comme un mythe ; on accuse l’enseignement extérieur, comme la religion révélée, d’être nocif. Il semble opportun de donner une réponse à ces délires *. En effet, l’enfance n’est pas exempte des séquelles du péché d’origine, qui a jeté le désordre dans les facultés de l’homme. Cet âge contient donc en lui les germes de tous les vices, de sorte que si les adultes ne le retiennent pas avec
autorité et avec prudence, il rendra captifs de leurs passions les enfants qui ne sont pas sur leur garde. La correction doit se faire à temps, être raisonnable et procéder d’une vraie charité pour ne pas provoquer de perturbations malsaines (12). Tantôt par suite des mœurs, séductions, et complaisances de la société, tantôt par la diffusion des théories psychanalytiques, l’éducation et l’initiation sexuelles sont imbues d’une conception matérialiste et naturaliste de la vie, sans que les parents et les enseignants catholiques ne résistent suffisamment. En revanche, ce que la sacrée congrégation du Saint-Office a recommandé d’observer en cette matière, le 21 mars 1931, est pratiquement ignoré. Personne, pourtant, ne doute qu’une éducation et une initiation de cette sorte ne contribuent plus que tout à dépraver les mœurs et à détourner les esprits de la vérité chrétienne. |
(12) La Déclaration conciliaire sur l’éducation chrétienne (Gravissimum educationis momentum, promulguée le 28 octobre 1965) n’a pas un seul mot sur le péché originel, mais s’attarde longuement sur « le droit inaliénable à l’éducation que possède tout homme en tant qu’il jouit de la dignité de personne… »
* – Deliramentis : C’est le mot employé par Pie IX dans Quanta Cura (8 déc. 1864), citant Mirari vos de Grégoire XVI (15 août 1832), pour désigner la liberté de conscience et des cultes. |
Educatio speciatim educatio et initiatio sexualis. — Omnis fere puerorum institutio hodierna naturalismo vitiatur. Natura humana undequaque bona declaratur, peccatum originale ut mythum reicitur, disciplina externa, sicut religio revelata, nociva denuntiatur. Quae contraria sunt huiusmodi deliramentis *, opportunum videtur declarare. Pueritia enim non eximitur sequelis peccati originis quod facultates hominis turbavit. Aetas ergo illa germina omnium vitiorum in se continet ita ut nisi auctoritate et prudentia maiorum cohibeatur, passionibus incautos pueros captivabit. Correctio fiat oportet tempestiva, rationalis, vera caritate oborta, quin turbationes morbidas provocet.
Tum ex moribus societatis illecebris indulgentis tum ex doctrinae psychanaliticae diffusione, educatio et initiatio sexualis, vitae conceptu materialistico ac naturalistico imbuitur quin parentes et magistri catholici satis resistant. Immo quae a S. S. C. Sancti Officii die 21 martii 1931 in hac re servanda mandavit, fere ignorantur. Nemo tamen est qui dubitet huiusmodi educationem et initiationem maxime concurrere ad mores depravandos et a veritate christiana animos avertendos.
La formation du clergé
Que la formation du clergé tende en premier lieu à susciter des prêtres ardents à la lutte contre la conjuration antichrétienne qui sévit dans le monde et ruine tout à fait les âmes. Sinon, il est à craindre que les prêtres eux-mêmes ne soient infectés par les maximes du siècle et ne finissent par être inutiles pour restaurer la chrétienté (13). Malheureusement, les diverses modifications qu’on suggère d’apporter dans la vie ou la for- |
(13) Le Décret sur la formation des prêtres (Optatam totius Ecclesiæ renovationem, du 28 octobre 1965), n’évoque qu’en passant la lutte contre l’erreur, et dans un contexte très ambigu : « On les [les séminaristes] introduira à la connaissance des autres religions, particulièrement répandues en telle ou telle région, afin qu’ils découvrent mieux ce qu’elles ont, par une disposition divine, de vrai et de bon, qu’ils apprennent à en réfuter les erreurs et qu’ils puissent communiquer la pleine lumière de la vérité à ceux qui ne l’ont pas » (n. 16). Par ailleurs, on encourage les futurs prêtres à « tenir compte des recherches philosophiques contemporaines. […] Ainsi les séminaristes, com- |
mation des clercs, se ressentent presque toutes de l’esprit du siècle, et si jamais elles sont mises en pratique, tous les signes distinctifs qui, de droit divin, séparent les clercs des laïcs, seront supprimés et, peu à peu, s’introduirait dans l’Église l’égalité sous toutes ses formes que, dans la société civile, les libéraux et les communistes appellent de leurs vœux. Ainsi en serait-il de l’abrogation de la loi obligeant à porter la soutane, à poursuivre au séminaire l’étude des humanités, et à se garder du commerce avec les femmes. Cette dernière prétention, d’ailleurs, est viciée par le naturalisme, nuit à une juste éducation de la chasteté et ne tient pas compte du péché originel (14). |
prenant bien la mentalité contemporaine, seront-ils utilement préparés au dialogue avec les hommes de leur temps » (n. 15). Surtout, on insiste sur l’apprentissage de l’esprit pastoral : « on développera chez les séminaristes les aptitudes les plus importantes pour le dialogue avec les hommes, comme de savoir écouter les autres et de s’ouvrir en esprit de charité aux divers aspects de la condition humaine » (n. 19).
(14) Les recommandations du Concile concernant le célibat et la chasteté des clercs sont très vagues, alors que, parallèlement, le Décret sur l’apostolat des laïcs (Apostolicam actuositatem, du 18 novembre 1965) déclare : « Comme, de nos jours, les femmes ont une part de plus en plus active dans toute la vie de la société, il est très important que grandisse aussi leur participation dans les divers secteurs de l’apostolat de l’Église » (n. 9). |
Cleri institutio. — Cleri institutio in primis intendat sacerdotes creare pugnaces contra coniurationem antichristianam in mundo agentem quae animas funditus evertit. Secus timendum ne et ipsi sacerdotes maximis saeculi inficiantur, inutilesque evadant ad civitatem christianam instaurandam. Infeliciter variae quae suggeruntur modificationes in vita vel institutione clericorum, fere omnes spiritum redolent saeculi, et si aliquando ad praxim adveniant, omnia signa distinctionis quae, iure divino, clericos a laicis separant, auferunt, et pedetentim in Ecclesiam introduceretur aequalitas omnimoda quae in societate civili in votis est liberalium et communistarum. Sic abrogatio legis veste talari incedendi, item studia humanitatis in seminario peragendi, item de cavendo convivio cum foeminis. Haec ultima, quidem, naturalismo vitiatur, aeque castitatis formationi obest et peccatum originale negligit.
La cité chrétienne
Étant donné que l’organisation de la société civile peut grandement concourir au salut des âmes, ou bien, au contraire, y faire obstacle, l’action des fidèles sera plus efficace, tant pour combattre ceux qui conspirent contre l’Église, que pour édifier la société dans le Christ, si, dans la formation chrétienne, on propose aux intelligences une certaine définition de la cité catholique et la manière de l’établir dans tel ou tel pays et de nos jours. Ainsi, le but de l’action sociale catholique leur étant connu, les fidèles ne travailleraient pas privés de certitude, comme si l’Église était absolument indifférente à toute forme d’organisation de vie en commun. Il semble aussi tout à fait opportun que leur soit indiquée la méthode par laquelle ils pourraient atteindre ce but, à savoir, les moyens par lesquels la chrétienté pourrait enfin aujourd’hui être maintenue stable. Qu’on prenne exemple sur la manière d’agir des communistes. Si leur action se réduisait uniquement à
l’exposé théorique de la cité socialiste, ils ne réaliseraient que peu de choses ou rien. La force et l’efficacité de l’action par laquelle ils se sont rendus maîtres de la grande partie des hommes d’une certaine classe, vient de ce qu’ils ont proposé à leurs adeptes quelque chose de concret pour ainsi dire, non seulement en faisant ressortir les injustices qu’ils subissaient, mais surtout en flattant chez eux la convoitise des biens à acquérir dans l’avenir grâce à la victoire du socialisme, et en organisant méthodiquement leur action en vue de la fin poursuivie. Il me semble qu’on ne peut avoir réalisé pleinement la restauration de la cité chrétienne lorsqu’on ne fait que désigner et guérir un par un certains maux de la société, même nombreux. Il semble qu’on doive présenter aux hommes une certaine connaissance idéale de la cité chrétienne, c’est-à-dire quel est l’ordre des choses voulu par Dieu dans la situation présente, et aussi il faut absolument indiquer aux fidèles quels sont les moyens à employer pour instaurer un tel ordre dans le monde, afin de régler leur action, de la rendre plus efficace et qu’eux-mêmes se consacrent de grand cœur à l’action (15). |
(15) Mgr de Castro Mayer préconise une formation des laïcs à la politique chrétienne qui soit réaliste et pratique. Telle était aussi la préoccupation de Mgr Lefebvre, comme le montre sa lettre préface au livre de la Cité catholique, Pour qu’Il règne, écrite à la même époque (24 mars 1959) : « Votre ouvrage Pour qu’Il règne, répondra à ces derniers [détracteurs] par son souci d’être fidèle interprète de la pensée et des messages des souverains pontifes. Vous redites avec tous les papes et après Notre-Seigneur lui-même : “Que Votre règne arrive” ; vous voulez, avant tout, purifier les esprits de tout ce qui, en eux et autour d’eux, s’oppose à ce règne. Suivant les objectifs désignés par les successeurs de Pierre, vous vous efforcez de mieux connaître les graves erreurs qu’ils dénoncent, afin de les détruire ; et le moyen que vous préconisez est parmi les plus efficaces : travailler à faire la lumière dans les esprits par petits groupes, en indiquant d’une manière précise la vérité à comprendre et à affirmer, et l’erreur à combattre. “Redigere intellectum in obsequium Christi”, dit saint Paul. C’est le premier travail ; le second, c’est-à-dire l’action, en fonction de cette soumission, se fera d’elle-même. Notre-Seigneur règnera dans la cité, lorsque quelques milliers de disciples assidus de Notre-Seigneur et de l’Église seront convaincus par la grâce et par leur effort intellectuel, de la vérité qui leur est transmise et que cette vérité est une force divine capable de tout transformer. Aujourd’hui, c’est la vraie philosophie qui fait le plus défaut. Si, suivant les conseils de tous les papes du dernier siècle, les clercs et les laïcs eux-mêmes s’efforçaient de connaître la vraie philosophie thomiste, les vrais principes de l’éthique et de la sociologie, on ne ferait plus appel, dans les constitutions, aux sacro-saints principes de 89, qui ruinent les notions fondamentales du droit, de la justice, méconnaissant la loi divine qui détermine le bien et le mal. […] »
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Civitas christiana. — Cum ordinatio societatis civilis valde ad salutem animarum concurrere possit, vel, e contrario ei obesse, efficacior erit actio fidelium tum in pugna adversus conspirantes contra Ecclesiam, tum ad societatem in Christo instaurandam, si in institutione christiana mentibus proponatur descriptio quaedam civitatis catholicae prout his in terris et hodiernis diebus constitueretur. Sic, cognito scopo actionis socialis catholicae, non laborarent in incertum, quasi omnino indifferens Ecclesiae esset qualiscumque convivii humani ordinatio. Et methodus qua scopus ille attingi possit eis ut indicetur valde opportunum videtur, nempe quibus mediis tandem civitas christiana nunc stabiliri possit. Exemplum sumatur a modo agendi communistarum. Si eorum actio unice ad explanationem theoricam civitatis socialistae reduceretur, pauca vel nulla consecuti essent. Vis et efficacia actionis qua imperium in magnam cuiusdam hominum classis partem potiti sunt, ex eo procedit quod suis asseclis aliquid tangibile ut ita dicam proponebant, non solum extollendo iniustitias quas patiebantur, sed praesertim eorum cupiditatem alliciendo bonis in futuro obtinendis ex victoria socialismi, et eorum actionem methodice ordinando ad finem intentum. Ut mihi videtur, civitatis christianae restauratio obtineri nequit cum tantum quaedam noxa socialia, etsi multa, indicantur et singula sanantur ; idealis quaedam notitia civitatis christianae hominibus exhibenda videtur, nempe, quisnam sit ordo rerum in praesenti statu a Deo volitus, et quaenam media ad talem ordinem in mundo instaurandum adhibenda sint, fidelibus omnino ut indicentur oportet ut eorum actio ordinata sit, efficacior fiat et ipsi magno animo actioni se voveant.
Une nouvelle chrétienté
La nécessit é de définir ce qu’implique l’authentique cité catholique devient évidente quand on examine les notions bâtardes de la nouvelle chrétienté, privées de fondement dans la tradition catholique, ou mieux, quand on examine certaines d’entre elles qui, en la combattant, s’opposent ouvertement à cette même tradition (16). |
(16) Dans cette condamnation de la « nouvelle chrétienté », on reconnaît la thèse propagée par Maritain dans Humanisme intégral et dans ses œuvres de philosophie politique. |
Nova christianitas. — Necessitas definiendi quid authentica civitas catholica importet, evidens fit cum considerantur spuriae notiones novae christianitatis, fundamento in traditione catholica destitutae, immo quaedam propugnando quae huiusmodi traditioni aperte adversantur.
Face au communisme
Je voudrais que l’on fasse comprendre que la situation des fidèles face au communisme diffère totalement de ce qu’il est possible de faire, par ailleurs, face au libéralisme (17). En effet, en régime libéral, on a pu soutenir le principe de tolérance du moindre mal, ou même il a été possible d’admettre l’hypothèse sans nier la thèse. Autrement dit, sous un gouvernement libéral, des fidèles ont pu s’appuyer sur le droit commun en plusieurs domaines pour faire le bien sans avoir été forcés de commettre le mal ou de le proférer. Mais le régime des communistes, non seulement n’autorise pas à professer ce qui va à l’encontre des maximes communistes, mais impose les propres dogmes ou principes du communisme pour qu’ils soient explicitement admis. Sous ce régime, la coopération ou la simple coexistence pacifique des fidèles est donc |
(17) Vivant en Amérique latine, Mgr de Castro Mayer a vu de près les méfaits du communisme qui, entre 1945 et 1970, chercha à conquérir le Brésil avec l’appui de religieux catholiques (jésuites, franciscains et dominicains) et ne fut arrêté que par un coup d’état militaire en 1964. Il devait en sortir la fameuse théologie de la libération. (Voir l’introduction du livre Le Siècle de l’Enfer de Gustavo Corção, intitulée : « La grâce et le venin » [éditions Sainte-Madeleine, 1994].)
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impossible. Car, s’il concède une certaine liberté à l’Église, il faut savoir que c’est uniquement par tactique : c’est une étape, bien sûr, pour que, le moment venu, il impose mieux et plus sûrement, de manière tyrannique, l’organisation communiste de la société (18). |
(18) Le Concile ne condamna pas le communisme : les 450 pétitions des Pères conciliaires demandant la condamnation du communisme, réunies par le Cœtus Internationalis Patrum et remises le 9 octobre 1965 par Mgr Lefebvre et Mgr de Proença Sigaud, furent « oubliées » dans un tiroir (Voir R. Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre, Paris, éd. du Cèdre, 1973, p. 269-274). Gaudium et spes, le document qui traite de l’Église dans le monde de ce temps, n’a que quelques paragraphes hypocrites pour déplorer… « l’athéisme » ! (n. 19-21). |
Coram Communismo. — Vellem ut significaretur quod positio fidelium coram Communismo totaliter differt ab alia possibili coram Liberalismo. In regimine, enim, liberali teneri potuit principium de tolerando malo minori, seu possibilis fuit admissio hypothesis sine negatione thesis. Scilicet, penes gubernium liberale, fideles iure communi niti plura potuerunt bona facere quin cogerentur malum aut agere, aut profiteri. Regimen autem Communistarum non solum non permittit professionem placitis communistis oppositam, sed ipsa dogmata seu principia Communismi ut explicite admittantur imponit. Impossibilis ergo sub ipso, cooperatio vel simplex pacifica coexistentia fidelium. Quodsi aliquam libertatem Ecclesiae tolerat, hoc tactice tantum intelligendum est, nempe statio ut, tempore venturo, melius et securius omnibus tyrannice ordinationem societatis communistam imponat.
Face au socialisme
De soi, cette cité communiste séduit peu de gens. Ce qui conduit une importante masse d’hommes au communisme, c’est la constitution utopique de la cité défendue par les socialistes, c’est-à-dire une société fondée sur l’amour, dans laquelle il n’y aurait aucune misère, ni pauvreté, aucune rivalité puisque tous sont égaux, aucune controverse puisque même toutes celles qui naissent occasionnellement entre les hommes sont scientifiquement résolues. Une telle organisation de la cité, uniquement soutenue par l’amour du prochain, est présentée par un certain nombre comme la véritable organisation chrétienne des premiers siècles. Il suffirait donc de lui apposer le nom et les marques distinctives de l’Église pour qu’elle puisse désormais être défendue par les catholiques. Il me semble opportun de dissiper toute confusion (19), par exemple en déclarant que l’organisation de la cité rêvée par les socialistes ne repo- |
(19) Loin de dissiper la confusion que Mgr de C. M. demande au Concile de lever, Gaudium et spes l’a considérablement renforcée. D’abord par l’exaltation sans réserve de la dignité de la personne humaine et de son autonomie : « En effet, la personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions » (n. 25, § 1). Les conséquences naturalistes suivent : « De nos jours surtout, nous avons l’impérieux devoir de nous faire le prochain de n’importe quel homme, et, s’il se présente à nous, de le servir activement : qu’il s’agisse de ce vieillard abandonné de tous, ou de ce travailleur étranger, méprisé sans raison, ou de cet exilé, ou de cet enfant né d’une union illégitime qui supporte injustement le poids d’une faute qu’il n’a pas commise… » (n. 27, § 2).
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se que sur l’amour et le progrès scientifique, ce qui s’oppose à l’actuel dessein de la divine Providence, alors que l’inégalité entre les hommes, non seulement ne constitue en rien un mal, mais encore manifeste mieux les perfections de Dieu, par l’ordre hiérarchique actuel des choses et des hommes ; et ceci d’autant plus que, dans une égalité absolue de tous les hommes, certaines vertus chrétiennes très nécessaires au salut, comme l’humilité, l’obéissance, la miséricorde, etc., deviendraient presque impossibles. Le poids que les hommes subissent du fait de l’inégalité, est à prendre comme la peine du péché originel et comme le moyen par lequel doivent s’exercer les vertus (20). |
(20) Gaudium et spes (n. 29) ne tient pas le même langage et se fait le chantre de l’égalité : « § 2. Assurément, tous les hommes ne sont pas égaux quant à leur capacité physique qui est variée, ni quant à leurs forces intellectuelles et morales qui sont diverses. Mais toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu’elle soit sociale ou culturelle, qu’elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu […]. § 3. Au surplus, en dépit de légitimes différences entre les hommes, l’égale dignité des personnes exige que l’on parvienne à des conditions de vie justes et plus humaines. En effet, les inégalités économiques et sociales excessives entre les membres ou entre les peuples d’une seule famille humaine font scandale et font obstacle à la justice sociale, à l’équité, à la dignité de la personne humaine ainsi qu’à la paix sociale et internationale. » |
Coram Socialismo. — De se civitas illa communista paucos allicit. Quae magnam hominum classem ad Communismum adducit est utopica constitutio civitatis a socialistis propugnata, nempe, societas in amore fundata, in qua nulla miseria vel paupertas, nulla aemulatio cum omnes aequales sint, nulla controversia cum omnes etiam inter homines forte exortae, scientifice solvantur. Talis ordinatio civitatis in amore proximi unice stabilita a pluribus ut vera ordinatio christiana priorum saeculorum proponitur. Ei ergo sufficeret nomen et signa ecclesiastica affigere ut iam a catholicis propugnari possit. Mihi opportunum videtur omnem confusionem dissipare, v. g. declarando ordinationem civitatis a socialistis somniatam, in solo amore et progressu scientifico positam esse contra actualem Divinae Providentiae dispositionem, cum inaequalitas hominum non solum malum minime constituit, sed et melius in praesenti ordine hierarchico rerum et hominum manifestat perfectiones Dei ; eo vel magis quod in absoluta paritate omnium hominum quaedam virtutes christianae maxime ad salutem necessariae, ut humilitas, oboedientia, misericordia etc. fere impossibiles evaderent. Pondus autem quod ex inaequalitate patiuntur homines, consideretur ut poena peccati originalis et ut medium quo exerceantur virtutes.
L’intervention de l’État
Dans la confusion actuelle des esprits, l’entremise de l’État ou du gouvernement dans l’activité de la société dépasse ce que demande l’ordre des choses, et l’on commence déjà à la considérer comme une attribution normale de tout gouvernement. Ici encore, il paraît opportun d’établir de nouveau que le principe d’une intervention de l’État ne peut être admis, sinon pour suppléer à l’action des citoyens. Par conséquent, que les interventions, extraordinaires, légitimes dans l’ordre présent et la condition des choses, soient réglées en vue de rétablir l’activité normale des membres de la société.
D’ailleurs, les questions qui sont présentement agitées dans la société civile, comme toutes celles qui le sont en tout temps, ne sont résolues que par le rétablissement de la vie chrétienne des citoyens. Il s’ensuit qu’il faut veiller à ne pas trop se fier aux lois et aux institutions de l’État, comme si la meilleure organisation sociale ne dépendait que d’elles et comme si la solution de toutes les difficultés devait leur revenir.
Selon la disposition naturelle des choses, la vie sociale humaine – surtout si elle est chrétienne – a en elle-même la faculté de se reconstituer dans un certain nombre de cas. C’est pourquoi une intervention trop influente et trop insistante de l’État détruit l’ordre naturel plutôt qu’elle ne l’aide. Que l’action du gouvernement soit donc prudente et qu’elle ne s’exerce que lorsqu’aucune autre solution du problème, que doivent apporter les membres de la société civile, n’a pu être donnée.
Interventus Status. — In hodierna disiunctione spirituum, actio Status seu gubernii in activitatem societatis maior est quam ordo rerum postularet, et iam incipit considerari ut attributio normalis omnis gubernii. Videtur opportunum denuo statuere principium interventus Status nonnisi ad supplendum actionem civium adhiberi posse. Interventus ergo, extraordinarii, in praesenti ordine et rerum conditione legitimi, ordinentur ad restaurandam activitatem normalem membrorum societatis.
Ceteroquin, quaestiones quae modo in societate civili agitantur, sicut et ceterae omnes omnis temporis, nonnisi instauratione vitae christianae civium solvuntur. Inde cavendum ne nimis fidatur legibus et institutionibus Status, quasi ab ipsis tantum optima ordinatio socialis dependeret, et solutio omnium difficultatum repeti deberet.
Ex dispositione naturali rerum, convivium humanum sociale – maxime si christianum est – habet in seipso facultatem sese in pluribus recuperandi. Unde interventus nimis amplus et assiduus Status ordinem naturalem potius destruit quam iuvat. Actio ergo gubernii prudens sit et non exerceatur nisi cum nulla alia solutio problematis a membris societatis civilis procuranda, dari possit.
Le progrès matériel
Plutôt que de quitter l’Église, l’ennemi préfère toujours rester en son sein pour corrompre plus facilement les esprits, en semant le mal sous apparence de bien. Ainsi a procédé le jansénisme et, plus récemment et plus profondément, comme le notait saint Pie X, le modernisme. Ce que Pie XII également a condamné sous le nom de théologie et de morale nouvelles, n’est rien d’autre, visiblement, que du néo-modernisme. Aujourd’hui, les forces catholiques présentent souvent comme quelque chose de quasiment nécessaire au salut des âmes, l’alignement de l’Église sur le progrès matériel de la cité introduit par la « technique ». Mais un tel « progrès » est généralement animé par un esprit matérialiste. Une déclaration expresse paraît donc utile, savoir : même si l’Église approuve toutes les inventions de l’esprit humain, elle ne peut, le moins du monde, adhérer à l’esprit qui inspire fréquemment les partisans du progrès (21). |
(21) Les seules mises en garde du Concile relativement au progrès matériel concernent les injustices sociales qu’il entraîne (voir Gaudium et spes). Loin d’émettre des réserves précises, la Déclaration sur l’éducation chrétienne (Gravissimum educationis momentum) s’enthousiasme pour « les merveilleux progrès de la technique et de la recherche scientifique… » (Préambule).
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