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Le Christ portant sa Croix, Peinture de Jean de Flandre

Louis MIARD

Informations

CIVILISATION CHRÉTIENNE

Les thèmes

Civilisation chrétienne

L'art chrétien

Le Sel de la terre n° 39

Le numéro

Hiver 2001-2002

p. 180-193

Louis MIARD

L'auteur

Louis MIARD

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Le Christ portant sa croix

 

de Jean de Flandre

Cathédrale de Palencia, Espagne, 1514

 

 

 

par Louis Miard

 

 


Le Christ portant sa Croix - Tableau de Jean de Flandre

 

NÉ EN FLANDRE vers 1465, le peintre hispano-flamand Jean de Flandre, Juan de Flandes en espagnol, n’est sans doute pas un maître très connu des Français [1]. Justement célèbre en Espagne [2], plusieurs de ses œuvres sont visibles à Madrid : au musée du Prado (Pentecôte, Adoration au Jardin des Oliviers, Ascension, et notamment la magnifique Résurrection de Lazare) ; au Palais Royal (fragments du Polyptyque de la Reine Isabelle la Catholique) ; au palais du Pardo (portrait célèbre d’Isabelle la Catholique) ; à la chapelle royale de la cathédrale de Grenade ; en diverses églises du Léon et de la Castille... En effet, Isabelle la Catholique était grande amatrice de peintures hispano-flamandes dont elle avait collectionné plusieurs centaines de tableaux qui furent, pour un grand nombre, dispersés, vendus aux enchères, après sa mort. C’est elle qui avait attiré en Espagne cet artiste, nommé Juan de Flandes, pour en faire, à peine arrivé en Castille, en 1496, son peintre de cour. Ceci explique que la production picturale de ce maître se compose à la fois de portraits des membres de la famille royale et de sujets religieux. Après le décès, en 1504, de la pieuse reine catholique, Juan de Flandes resta en Espagne, où les peintres flamands, nombreux alors dans la Péninsule, remportaient un très vif succès. Il travailla à Salamanque (à la chapelle de l’université et à la cathédrale ancienne) puis, à partir de 1506, à Palencia où il mourut en 1519. C’est dans cette dernière ville et autour, que l’on trouve le plus grand nombre de ses tableaux. En dépit de ses origines flamandes, de sa formation à Bruges où il reçut l’enseignement de Gérard David, cet artiste hispano-flamand, qui a si bien su s’inspirer de la lumière castillane et de l’esprit hispanique, est considéré comme l’un des grands maîtres de la peinture espagnole.

Le tableau intitulé Le Christ portant sa croix (Cristo con la cruz a cuestas [3]) est l’un des dix panneaux, sur un total de douze, représentant des scènes de la vie du Christ que Juan de Flandes avait été chargé de peindre pour garnir et orner le retable majeur de la magnifique cathédrale de Palencia. Ce retable plateresque, polychromé et doré, présentait des dimensions imposantes. Sa construction et ses sculptures venaient d’être terminées par Felipe Vigarny (le bourguignon Philippe Vaugarny, l’architecte, décorateur et statuaire qui s’était rendu célèbre par ses travaux d’embellissement des cathédrales de Burgos, Salamanque, Séville, Tolède et Grenade). Le tableau de Juan de Flandes qui nous intéresse est situé au bas du retable, dans ce soubassement que l’on appelle la prédelle, légèrement au-dessus de l’autel, à gauche du tabernacle, et fait pendant, dans une distribution toute symétrique, à une Mise au Tombeau, située à droite du tabernacle, du même artiste et d’égales dimensions. Ces dernières, stipulées par le contrat et imposées par l’architecture, les proportions et la richesse décorative de l’ensemble du monument, sont relativement importantes : 148 cm sur 115. Enfin, il s’agit d’une peinture à l’huile sur un panneau de bois [4].

Dans ce tableau, Jean de Flandre nous offre sa vision originale d’un thème biblique très connu et fréquent dans l’histoire de la peinture universelle : la montée au Calvaire du Christ portant sa croix. L’artiste a saisi l’instant précis où Jésus sort de Jérusalem, reçoit l’aide de Simon de Cyrène, rencontre sainte Véronique. La scène est multiple et pour autant d’une grande richesse interprétative. C’est un épisode notable de la Passion rédemptrice du Seigneur. C’est aussi les cinquième et sixième stations du chemin de croix. En Espagne, c’est encore l’un des ensembles iconographiques les plus fréquemment représentés et les plus populaires des processions de la Semaine sainte. Le peintre avait pour sources d’inspiration non seulement la tradition iconographique et picturale mais surtout une exacte connaissance des textes de l’Écriture sainte, en particulier des quatre Évangiles qui relatent, de façon presque identique, la Passion et la montée du Christ au Golgotha, le « lieu du crâne », pour y mourir cloué sur la croix qu’il a été obligé d’y porter [5]. Il n’était pas possible d’ailleurs à l’artiste de s’écarter du récit de l’Écriture, sous peine de voir ses tableaux repoussés par ses commanditaires, l’évêque de Palencia, Juan Rodriguez de Fonseca, et le chapitre de sa cathédrale. Respect de la doctrine et de la tradition obligent [6] ! En outre, toute œuvre d’art, et à plus forte raison un retable, a une fonction décorative mais surtout didactique. Il s’agit de transmettre par l’image la connaissance des mystères de la foi et, par là même, de créer et encourager la foi dans l’esprit des observateurs. L’artiste est donc contraint à une rigoureuse exactitude.

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