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Les « accords » de Campos

 

 

 

Le 18 janvier dernier, à six jours du renouvellement du scandale d’Assise, l’Union Sacerdotale Saint-Jean-Marie Vianney, dirigée par Mgr Licinio Rangel et regroupant les prêtres qui ont reçu l’héritage de Mgr de Castro Mayer, a été accueillie dans « la pleine communion ecclésiale » de l’Église conciliaire au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée dans la cathédrale de Campos, en présence notamment du cardinal Castrillón Hoyos, du nonce, de l’évêque du lieu, de l’évêque de Nova Friburgo (connu pour encourager les occupations illégales de propriétés [1]) et de l’ancien évêque de Campos (qui a chassé tous les prêtres traditionalistes de leurs paroisses).

Pour aider nos lecteurs à se former une opinion sur cet événement, nous leur donnons ces quelques documents, accompagnés de commentaires.

Le Sel de la terre.

 

*

  

 

 

Lettre des prêtres de Campos au pape *

 

                                 Très Saint-Père,

 

HUMBLEMENT prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous prêtres de l’Union Sacerdotale Saint-Jean-Marie Vianney du diocèse de Campos, état de Rio, Brésil, désirons présenter une demande au Vicaire du Christ et lui exprimer notre gratitude.

Nous n’avons aucun titre à mettre en avant ; nous sommes les derniers prêtres de Votre presbyterium ; nous ne possédons ni distinction, ni qualité, ni mérite. Mais notre état, d’ailleurs honorable, est de faire partie des brebis de Votre troupeau et cela est assez pour retenir l’attention de Votre Sainteté. L’unique titre que nous revendiquons avec honneur est celui de catholiques apostoliques et romains.

Et, au nom de notre foi catholique apostolique et romaine, nous nous sommes efforcés de garder la sainte Tradition doctrinale et liturgique que la sainte Église nous a léguée et, dans la mesure de notre faible force et soutenus par la grâce de Dieu, de résister à ce que Votre prédécesseur d’illustre mémoire le pape Paul VI a appelé l’« autodémolition » de l’Église. C’est de cette manière que nous espérons rendre le meilleur service à Votre Sainteté et à la sainte Église [2].

 

Très Saint-Père,

Nous avons toujours considéré être dans l’Église catholique, dont nous n’avons jamais eu l’intention de nous séparer malgré la situation de l’Église et les problèmes qui ont affecté les catholiques de la ligne traditionnelle, que Votre Sainteté connaît, et qui, nous le croyons, remplissent Votre cœur comme les nôtres de douleur et d’angoisse : cependant juridiquement nous avons été considérés comme vivant en marge de l’Église [3].

Voici donc notre demande : que nous soyons acceptés et reconnus comme catholiques [4].

Venant au devant de notre désir, Votre Sainteté a chargé Son Éminence le cardinal Dario Castrillón Hoyos, Préfet de la sacrée congrégation pour le Clergé, de procéder à la reconnaissance juridique de notre position de catholiques dans l’Église. Que nous en sommes reconnaissants à Votre Sainteté [5] !

Nous demandons, officiellement, à collaborer avec votre Sainteté dans l’œuvre de la propagation de la foi et de la doctrine catholique [6], avec zèle et pour l’honneur de la sainte Église, « signum levatum in nationes » [signe élevé pour les nations (Is 11, 12)] ; dans le combat contre les erreurs et les hérésies qui menacent de détruire la barque de Pierre, inutilement puisque « les portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle ».

Nous déposons dans les augustes mains de Votre Sainteté notre profession de foi catholique : nous professons une parfaite communion avec la Chaire de Pierre dont Votre Sainteté est légitime successeur [7]. Nous reconnaissons Votre primauté et Votre gouvernement sur l’Église universelle, pasteurs et fidèles. Nous déclarons que, pour rien en ce monde nous ne voulons nous séparer de la Pierre sur laquelle Jésus-Christ a fondé son Église. Et si par hasard dans la chaleur de la bataille pour la défense de la Vérité catholique nous avons commis quelque erreur ou causé quelque déplaisir à Votre Sainteté, en dépit du fait que notre intention ait toujours été de servir la sainte Église, nous implorons humblement Votre pardon paternel [8].

Nous renouvelons l’expression du plus profond sentiment de vénération envers l’auguste personne du Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, et sollicitons pour nous et pour notre ministère le bienfait précieux de la bénédiction apostolique.

Nous sommes de Votre Sainteté, les fils humbles et obéissants [9],

Campos de Goytocazes, État de Rio de Janeiro, Brésil, le 15 août 2001, fête de l’Assomption de la très sainte Vierge Marie. (Suivent les signatures de Mgr Rangel et de tous les autres membres de l’Union Sacerdotale Saint-Jean-Marie Vianney.)

 

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Réponse du souverain

pontife Jean-Paul II * 

 

 

Venerabili Fratri Licinio Rangel dilectisque Filiis Unionis Sancti Ioannis Mariæ Vianney Camposinæ in Brasilia.

A MON VÉNÉRÉ FRÈRE Licinio Rangel et aux bien-aimés fils de l’Union Saint-Jean-Marie Vianney de Campos au Brésil.

Ecclesiæ unitas est donum, quod nobis præbet Dominus, Pastor et Ca­put Mystici Corporis, quodque eodem tempore certam postulat responsio­nem uniuscuiusque eius membri, ac­cipientis instantem Redemptoris ora­tionem : « Ut omnes unum sint, sicut tu, Pater, in me et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint: ut mundus cre­dat quia tu me misisti » (Io 17, 21).

L’unité de l’Église est un don qui nous vient du Seigneur, Pasteur et Chef du Corps mystique mais qui, dans le même temps, demande la réponse effective de chacun de ses membres, qui accueille la prière pressante du Rédempteur : « Qu’ils soient un, comme vous, Père, vous êtes en moi et moi en vous, qu’ils soient eux aussi un en nous : afin que le monde croie que vous m’avez envoyé » (Jn 17, 21) [10].

Maximo cum gaudio recepimus vestras litteras, datas die XV mensis Augusti hoc anno, quibus universa Unio redintegravit suam fidei catho­licæ professionem, plenam cum Petri Cathedra significando communio­nem, agnoscendo « ipsius Primatum et regimen super universalem Eccle­siam, pastores et fideles », declarando quoque « nullam prorsus ob rationem se velle separari a Petra, super quam Iesus Christus suam fundavit Eccle­siam ».

C’est avec une joie suprême que Nous avons reçu [11] votre lettre du 15 août de cette année, à travers laquelle l’Union tout entière a renouvelé [rétabli [12] ?] sa profession de foi catholique, se déclarant en pleine communion avec la Chaire de Pierre, reconnaissant « son Primat et son gouvernement sur l’Église universelle, sur les pasteurs et sur les fidèles », en décla­rant également que « pour rien au monde, nous ne voulons nous dissocier de la Pierre sur laquelle Jésus-Christ a fondé son Église ».

Summo cum gaudio pastorali acce­pimus vos cooperari velle cum beati Petri Successore in propagatione Fi­dei et Doctrinæ Catholicæ, honori studentes sanctæ Ecclesiæ – quæ est levatum signum in nationes (Is 11, 12) – atque adversus eos certantes qui inaniter conantur quassare Petri Na­vem, quia portæ inferi non prævale­bunt adversum eam (Mt 16,18).

Avec une vive joie pastorale, Nous avons pris acte de votre désir de collabo­rer avec le Siège de Pierre à la propaga­tion de la foi et de la doctrine catholique dans l’engagement pour l’honneur de la sainte Église – qui est un signe levé pour les nations (Is 11, 12) – et dans la lutte contre ceux qui tentent de détruire la barque de Pierre, inutilement, car les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle (Mt 16, 18) [13].

Gratias agimus Domino Uno et Trino propter tam bonos animi sen­sus !

Nous rendons grâce au Seigneur un et trine pour ces bonnes dispositions [14] !

His omnibus consideratis et præ oculis habentes gloriam Dei, bonum sanctæ Ecclesiæ necnon hanc legem supremam quæ est salus animarum (cfr can. 1752 CIC), consentientes ex animo vestræ petitioni ut admitti possitis ad plenam communionem cum Ecclesia Catholica, canonice agnoscimus vos ad eam pertinere.

En considérant tout cela et en tenant compte de la gloire de Dieu, du bien de la sainte Église et de la loi suprême, qui est le salut des âmes (voir le canon 1752 du code de Droit canonique), acceptant avec affection votre requête d’être ac­cueillis [litt. de pouvoir être accueillis] dans la pleine communion de l’Église ca­tholique [15], Nous reconnaissons canoni­quement votre appartenance à celle-ci.

Eodem tempore certiorem te faci­mus, Venerabilis Frater, paratum iri documentum legislativum, quod for­mam iuridicam approbationis vestra­rum rerum ecclesiasticarum consti­tuet quo confirmabitur observantia vestrarum peculiarium rerum.

Dans le même temps, Nous te commu­niquons, vénéré frère, qu’est actuelle­ment en préparation le document légis­latif qui établira la forme juridique de re­connaissance de votre réalité ecclésiale, par laquelle sera confirmé le respect de votre particularité [16].

Hoc documento Unio canonice eri­getur tamquam Administratio Apos­tolica personalis, quæ erit immediate subiecta huic Sedi Apostolicæ et ha­bebit suum territorium in dioecesi Camposina. Agetur de iurisdictione cumulativa cum Ordinario loci. Eius regimen concreditum erit tibi, Vene­rabilis Frater, tuæque providebitur successioni.

Dans ce document, l’Union sera cano­niquement érigée comme Administration apostolique, à caractère personnel, dé­pendant directement de ce Siège aposto­lique et avec un territoire dans le diocèse de Campos. Il s’agira d’une juridiction cumulative avec celle de l’ordinaire du lieu. Son gouvernement te sera confié, vénéré frère, et ta succession sera assurée [17].

Confirmabitur Administrationi Apostolicæ facultas celebrandi Eu­charistiam et Liturgiam Horarum se­cundum Ritum Romanum atque dis­ciplinam liturgicam ad Nostri Deces­soris sancti Pii V præscripta, cum accommodationibus inductis ab eius Successoribus usque ad beatum Ioan­nem XXIII.

On confirmera à l’Administration apos­tolique la faculté de célébrer l’eucharistie et la liturgie des heures selon le rite ro­main et la discipline liturgique codifiés par Notre prédécesseur saint Pie V, avec les adaptations introduites par ses successeurs jusqu’au bienheureux Jean XXIII [18].

Maxima quidem lætitia, ut certa reddatur plena communio, declara­mus remissionem censuræ de qua agitur in can. 1382 CIC quoad te, Venerabilis Frater, simulque remis­sionem omnium censurarum atque veniam omnium irregularitatum in quas inciderunt alia membra istius Unionis.

C’est donc avec une joie profonde que, pour rendre la pleine communion effec­tive [19], Nous déclarons la levée de la cen­sure dont il est question au canon 1382 du Code de Droit canonique [20], en ce qui te concerne, vénéré frère, ainsi que la le­vée de toutes les censures et la dispense de toutes les irrégularités commises par les autres membres de l’Union [21].

Non fugit Nos singularis dies quo datæ sunt litteræ vestræ, sollemni­tate videlicet contingente Assump­tionis BMV. Eidem sanctæ Matri Dei et Ecclesiæ committimus hoc ac­tum cum voto, quod fit oratio, una­nimioris in dies convictus inter cle­rum et fideles eiusdem Unionis ac dilectæ dioecesis Camposinæ, ad re­novatum fervorem authentice missionarium Sanctæ Ecclesiæ.

La date significative à laquelle ta lettre a été signée, c’est-à-dire la solennité de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, ne Nous a pas échappé. C’est à elle, la sainte Mère de Dieu et de l’Église, que Nous confions cet acte, avec le vœu, qui devient prière, d’une coexistence toujours plus harmonieuse entre le clergé et les fidèles de cette Union et du bien-aimé diocèse de Campos, afin que la sainte Église retrouve une nouvelle vi­gueur authentiquement missionnaire [22].

Omnibus membris Unionis sancti Ioannis Mariæ Vianney imo ex corde largimur peculiarem Apostolicam Benedictionem.

Du plus profond de Notre cœur, Nous donnons à tous les membres de l’Union Saint-Jean-Marie Vianney, une bénédic­tion apostolique spéciale.

Ex Aedibus Vaticanis, die XXV mensis Decembris, in sollemnitate Nativitatis Domini, anno MMI, Pontificatus Nostri vicesimo quarto.

Du Vatican, le 25 du mois de dé­cembre, en la solennité du Noël du Sei­gneur, en l’année 2001, vingt-quatrième de Notre pontificat.

ioannes paulus pp. ii.

Jean-Paul II.



 

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Déclaration conjointe de Mgr Rangel

et de l’évêque du lieu, le 14 janvier

 

LE DIOCÈSE de Campos et l’Union Sacerdotale Saint-Jean-Baptiste-Marie Vianney ont la satisfaction de communiquer à tous les prêtres, fidèles catholiques, et autres personnes en général, que notre Saint-Père, le pape Jean-Paul II, a signé le document d’accueil dans la pleine communion ecclésiale des prêtres de Campos, membres de l’Union sacerdotale Saint-Jean-Marie Vianney, ainsi que des fidèles catholiques assistés par eux. Ils sont de ce fait considérés comme parfaitement insérés au sein de la sainte Église catholique, apostolique et romaine [23].

Cet accueil sera officialisé par une cérémonie solennelle célébrée, au nom de notre Saint-Père le pape, dans la basilique cathédrale du Saint-Sauveur par Son Éminence le cardinal Dario Castrillon, préfet de la sacrée congrégation pour le Clergé, le 18 janvier 2002, en présence de Son Excellence le Nonce apostolique, Mgr Alfio Rapisarda, ainsi que d’évêques de la région, avec la participation des prêtres du diocèse de Campos et de l’Union Sacerdotale Saint-Jean-Baptiste-Marie Vianney.

La cérémonie consistera en la lecture des documents officiels suivie du chant du Te Deum, hymne officiel d’action de grâces. Suivra un moment marial, un hommage à Notre-Dame dans l’église du Cœur Immaculé de Notre-Dame du Rosaire de Fatima (P. Fernando [24]), à laquelle assisteront les prêtres de l’Union Sacerdotale.

Des détails supplémentaires seront donnés par Son Éminence le cardinal Castrillon au cours de la cérémonie.

Nous nous souvenons, de plus, de l’appel du Saint-Père, le pape Jean-Paul II.

« Tous les pasteurs et les autres fidèles doivent aussi avoir une conscience nouvelle non seulement de la légitimité mais aussi de la richesse que représente pour l’Église la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d’apostolat. Cette diversité constitue aussi la beauté de l’unité dans la variété : telle est la symphonie que, sous l’action de l’Esprit-Saint, l’Église terrestre fait monter vers le ciel ». (Motu proprio Ecclesia Dei adflicta [25]).

C’est donc avec une joie intense que nous faisons part à tous de ce geste de bonté de Notre Saint-Père le pape, en formant le vœu de voir s’accroître l’union entre les catholiques, « l’unité dans la variété [26] », comme le demande le Saint-Père lui-même, dans la même foi et la même charité, pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de la sainte Église.

Campos dos Goytacazes, 14 janvier 2002,

            † Mgr Roberto Gomes Guimarâes – évêque diocésain de Campos.

            † Mgr Licinio Rangel – évêque supérieur de l’Union Sacerdotale.

 

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Déclaration de Mgr Rangel du 18 janvier 2002

 

 

Declarção do Exmo Sr. Bispo dom Licinio Rangel, Bispo titular de Zarna, administrador apostolico da administração apostolica pessoal « São João Maria Vianney »

DÉCLARATION de Son Excellence Mgr Licinio Rangel, évêque titulaire de Zarna, administrateur apostolique de l’Adminis­tration apostolique personnelle Saint-Jean-Marie Vianney.

Declaro, juntamente com os Sacer­dotes da Administração Apostolica « São João Maria Vianney » de Cam­pos, Brasil, o seguinte:

« Je déclare, en union avec les prêtres de l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney de Campos, Brésil, les points suivants :

– Reconhecemos o Santo Padre, o Papa João Paul II, com todes os seus poderes e prerrogativas, prometendo-lhe nossa obediência filial e offére­cendo nossa oração por ele.

– Nous reconnaissons le Saint-Père, le pape Jean-Paul II, avec tous ses pouvoirs et prérogatives, lui promettant notre obéissance filiale et offrant nos prières pour lui [27].

– Reconhecemos o Concilio Vati­can II como um dos Concilios Ecu­mênicos da Igreja Catôlica, accitando-o à luz da Sagrada Tradição

– Nous reconnaissons le concile Vati­can II comme l’un des conciles œcumé­niques de l’Église catholique, l’acceptant à la lumière de la sainte Tradition [28].

– Reconhecemos a validade do No­vus Ordo Missæ, promulgado pelo Papa Paulo VI, sempre que celebrado corretamente e com a intenção de ofé­recer o verdadeiro Sacrifício da Santa Missa.

– Nous reconnaissons la validité du Novus Ordo Missæ, promulgué par le pape Paul VI, chaque fois qu’il est célé­bré correctement et avec l’intention d’of­frir le véritable sacrifice de la sainte messe [29].

– Empenhamo-nos em aprofundar todas as questões ainda abertas, le­vando em consideração o cãnon 212 do Codigo de Direito Canónico com um sincero esperito de humilidade e de caridade fraterna para com todos. In principiis unitas, in dubiis liber­tas, in omnibus charitas (S. Agos­tinho).

– Nous nous engageons à approfondir toutes les questions encore ouvertes, prenant en considération le canon 212 du code de Droit canon [30] et avec un sincère esprit d’humilité et de charité fra­ternelle envers tous. In principiis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas [31] (Saint Augustin) [32].

Campos, Brésil, le 18 janvier 2002.


 

 

Le dimanche 18 janvier, à la cathédrale de Campos.

 

 

 

 

 

Mgr Rangel signe les « accords », sur la « table » servant à dire la nouvelle messe, sous l’œil du cardinal Castrillón Hoyos.


      *

 

 

Cardinal Hoyos : « Je vous ap­porte les bras grand ouverts de Jean-Paul II… Ce sont des bras qui, comme la colonnade de la place Saint-Pierre, s’ouvrent dans une étreinte univer­selle… »

Le père Rifan (photo) et les prêtres de Campos sont-ils en train de s’ouvrir à cette étreinte œcuménique  universelle ?


Une invitation à l’unité,

à la communion et à la mission * 

 

Paroles du cardinal Castrillón Hoyos,

président de la commission pontificale Ecclesia Dei.

 

Le vendredi 18 janvier, dans la cathédrale du Très-Saint-Sauveur de Campos, au Brésil, a eu lieu l’acte d’érection de l’Administration apostolique personnelle Saint-Jean-Marie Vianney. Au cours de la célébration, le cardinal Dario Castrillón Hoyos, préfet de la congrégation pour le Clergé et président de la commission pontificale Ecclesia Dei, a remis au nouvel administrateur apostolique, S. Exc. Mgr Licinio Rangel, le texte de la lettre pontificale (que nous publions ci-dessus) par laquelle Jean-Paul II a accueilli l’évêque brési­lien dans la pleine communion ecclésiale. Nous publions ci-dessous le texte de l’allocution que le cardinal Hoyos a prononcée à cette occasion :

 

1.

DANS l’indicible réalité du Corps mystique du Christ qu’est l’Église, grand est le Seigneur qui, au plus profond de sa miséricorde, a préparé ce moment de sainte joie.

J’aime à penser que la sainte Vierge, qui a avancé l’heure du Seigneur à Cana de Galilée (voir Jn 2, 1-5) et qui a été le cœur ecclésial du Cénacle en se montrant Mère et Reine des apôtres (voir Ac 2, 14), a suivi ce chemin, attentive comme toujours.

Il n’a pas échappé au Saint-Père que la lettre par laquelle le cher frère Mgr Licinio Rangel, avec les prêtres de l’Union Saint-Jean-Marie Vianney, s’était adressé à lui, portait la date de la solennité de l’Assomption de la très sainte Vierge Marie, le 15 août 2001. Le pape du Totus Tuus ne pouvait, le cœur dé­bordant de joie, qu’accepter la requête que vous avez avancée d’être accueillis dans la plénitude de la communion et de recevoir la reconnaissance juridique de votre réalité, en tant que catholiques au sein de l’unique Église [33].

Je vous apporte donc le cœur paternel du Vicaire du Christ, pasteur univer­sel, Pierre sur laquelle le Christ a voulu bâtir son Église. Je vous apporte les bras grands ouverts de Jean-Paul II, Pierre d’aujourd’hui ; ce sont des bras qui, comme la colonnade de la place Saint-Pierre, s’ouvrent dans une étreinte universelle qui est, en même temps, une invitation pressante à l’unité, à la communion et à la mission [34] !

2. Il est vrai que nous vivons des temps difficiles, il est vrai que le navire de l’Église doit traverser des eaux houleuses sous des vents et des idéologies parfois antihumaines, et précisément pour cela, antichrétiennes. Il est vrai que certaines brèches dans les aspects historiques et humains peuvent laisser s’infiltrer l’eau à l’intérieur de la barque, comme ce fut déjà le cas quand, sur le lac de Génésa­reth, les apôtres, effrayés et angoissés, se sont adressés à un Christ qui semblait dormir : Domine, salva nos quia perimus ! (Mt 8, 25).

C’est vrai, mais au-dessus de toutes nos angoisses, de tous nos doutes, de nos perplexités et de nos peurs s’élève une voix souveraine, « la » voix : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » (Mt 8, 26) « Tu es Petrus et su­per hanc petram ædificabo Ecclesiam meam et portæ inferi non prævalebunt » (Mt 16, 18). Oui, la barque de Pierre peut se trouver dans des eaux houleuses, mais elle bénéficie de la sécurité de l’assistance divine « semper fluctibus agitata, et semper victrix » comme avait l’habitude d’affirmer avec foi saint Alphonse-Marie de Liguori.

Le Seigneur Jésus-Christ est sur la barque ; Pierre, principe durable et fon­dement visible de l’unité de l’Église (cf. concile œcuménique Vatican I, Const. dog. Pastor Æternus), tient le gouvernail. La Vierge Immaculée continue, dans l’histoire, à écraser la tête du serpent et ce, jusqu’à la fin des temps (cf. Gn 3, 15) [35].

Telle est la foi qui a gagné le monde, telle est la foi que nous nous glori­fions de professer !

3. Avant d’accomplir tout ce qui a été établi par le Saint-Père Jean-Paul II, je désire adresser un remerciement véritablement fraternel et cordial aux vénérés frères Mgr Roberto Guimarâes, évêque de ce diocèse, pour la généreuse et cor­diale collaboration offerte et à Mgr Licinio Rangel pour la bonne volonté et le courage pour le pas accompli. J’adresse un remerciement sincère également au père Fernando Rifan, interlocuteur patient et généreux. Un remerciement chaleu­reux va aux prêtres de l’Union Saint-Jean-Marie Vianney et aux prêtres du dio­cèse de Campos, qui à partir d’aujourd’hui, sont réunis dans le cœur du bon Pasteur.

Mais c’est un « remerciement » ému que je dois adresser ici, en présence du Seigneur, à tous ceux, laïcs, religieux, religieuses, prêtres, qui partout, ont suivi, soutenu et souvent entouré de leur prière ce chemin et qui continuent à soutenir la cause sainte de la tunique sans couture du Christ.

Pour cette sainte cause, pour laquelle le Sauveur a prié (voir Jn 17, 6-26), toute peine sera toujours vécue avec joie et je crois qu’aucun de nous ne refusera jamais le travail [36].

4. « Ubi caritas et amor, Deus ibi est ! » (liturgie). Que, par l’intercession de Marie pleine de grâce, la charité et l’amour soient toujours plus florissants dans ce diocèse de Campos et dans cette Administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney érigée aujourd’hui, réalisant ainsi l’exhortation du pape saint Léon le Grand : « Notre unité ne pourra rester solide si le lien de l’amour ne nous a pas étreints d’une force indissoluble » (Lettre 14, 1-2.11 à l’évêque Anastase). Tel est mon vœu qui se fait prière.

 

      *

 

Un pas en avant en faveur de Vatican II 

 

Père Cottier : ils ont accepté le Concile qui représente bien plus qu’un rite.

« La tradition en soi ne contredit pas la constitution Sacrosanctum Concilium »

Giorgio Bernardelli.

 

L’agence Zenit (org/Avvenire du 19 janvier, org/german du 21 janvier) a publié une interview du P. Georges Cottier O.P., théologien de la Maison pontificale, par Giorgio Bernardelli. En voici la traduction effectuée par nos soins. Le titre et le sous-titre sont ceux de Zenit.

Ce texte montre que, dans l’esprit des conciliaires, le geste de Campos est une acceptation du Concile et de la légitimité des réformes. Peu à peu, on leur demandera davantage.

Le Sel de la terre.

 

 

« U

NE bonne nouvelle. Une fracture qui se guérit justement dans la semaine de prières pour l’unité des chrétiens ».

Le père Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale, commente ainsi le retour de la communauté lefebvriste du Brésil à la communion avec le pape. Un pas, explique-t-il, qu’il serait faux d’interpréter comme un pas en arrière du concile Vatican II. « Dès le début, – rappelle le père Cottier – on prévoyait, dans quelques cas (par exemple pour des prêtres âgés) la possibilité de continuer à célébrer selon le rite de Pie V. Après le schisme de Lefebvre, on donna la permission à la Fraternité Saint-Pierre de maintenir vivante cette tradi­tion. De plus, le pape avait demandé qu’il y eût, au moins dans les grandes villes, un lieu où la messe serait célébrée en latin, quelquefois aussi dans le rite de Pie V. »

— GB : Où est alors la nouveauté de cet événement ?

— P. Cottier : Derrière le schisme de Lefebvre il y a beaucoup plus : le re­fus du Concile, de l’œcuménisme, du principe de la liberté religieuse. Un refus global dont la liturgie était seulement le cheval de bataille, même si, ensuite, beaucoup de personnes sont allées chez Lefebvre précisément pour ce motif. Depuis la rupture jusqu’à aujourd’hui nous avons déjà eu d’autres partisans qui sont revenus à la pleine communion avec l’Église catholique. Mais la condition première a toujours été la pleine reconnaissance de l’autorité du concile Vati­can II. Et c’est cela que le groupe principal, celui d’Écône, n’a jamais, jusqu’à maintenant, accepté.

— GB : La constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie est, cepen­dant, une des colonnes de Vatican II.

— P. Cottier : C’est un des plus beaux textes du Concile. Mais on ne doit pas l’identifier avec toutes les manières employées pour appliquer la réforme li­turgique. Nous ne pouvons pas oublier que dans les premières années, surtout dans quelques pays, il y a eu un grand désordre. Donnons un exemple : le gré­gorien. Dans une certaine phase, il avait été violemment rejeté. Et pour le rem­placer par quoi ? Parfois par des chants qui ne sont guère religieux. Ou bien par une liturgie de « caquet » où il n’y a plus d’espace pour le silence. Certaines per­sonnes ont souffert de cela. Et quelques fidèles se sont retrouvés avec Lefebvre, probablement, néanmoins, sans bien voir le problème qui se posait.

— GB : D’accord. Mais étendre l’usage du rite de Pie V, cela ne risque-t-il pas d’augmenter la confusion ?

— P. Cottier : Les différences ont toujours été admises. Moi je suis domini­cain : jusqu’au Concile nous avions la liturgie dominicaine, qui était une variante du rite romain. Mais l’unité n’était pas pour autant compromise. On peut très bien accepter la Constitution Sacrosanctum Concilium en maintenant, toutefois, une spécificité propre. Du reste, rappelons-nous que le même Concile ne pensait pas à la célébration entière en langue courante : le Canon aurait dû rester en latin. La réforme liturgique a fait un pas de plus. Et si on regarde la majorité des catho­liques, ce choix a été le bon. Mais cela ne signifie pas que le désir de retrouver dans la tradition un sens plus profond de l’intériorité, du silence, de la beauté, soit en lui-même inadmissible.

— GB : Comment concilier cette spécificité avec une communion effective avec toute l’Église ?

— P. Cottier : Beaucoup de lefebvristes tiennent que « notre » messe de Paul VI ne serait pas valide. Maintenant ce groupe, au moins, ne pourra plus penser une chose semblable. Peu à peu il faudra prévoir des pas supplémen­taires : par exemple, qu’ils participent aussi à la concélébration dans le rite ré­formé. Mais nous ne devons pas précipiter. La chose importante est que dans leur cœur il n’y ait plus ce rejet. La communion retrouvée dans l’Église a son dy­namisme interne qui mûrira.

— GB : Avec le geste d’hier la réalisation du Concile a-t-elle fait un pas en avant ou en arrière ?

— P. Cottier : Certainement en avant. Au concile Vatican II, il n’y avait au­cun désir de créer des ruptures. Son intention a été d’accorder l’Église aux exi­gences pastorales, à la mission, au culte divin même. Le Concile a un sens très aigu de la place centrale que tient la liturgie dans la vie de l’Église. Et s’il y a un lieu privilégié de la communion, c’est bien avant tout l’eucharistie. Nous devons nous réjouir de cette réconciliation. J’espère qu’elle aplanira la voie pour d’autres. Dans ce processus, la communion avec le successeur de Pierre est fondamen­tale ; et cela vaut aussi pour la liturgie. Jusqu’à présent, dans la messe que célé­braient les lefebvristes, il n’y avait pas cette « communication » avec le pape. Maintenant, au moins au Brésil, il n’en sera plus ainsi.

 

      *

 

Les accords entre Campos et le Vatican

 

par le Révérend père Thomas d’Aquin O.S.B.

 

L

A POSITION du Monastère de la Sainte-Croix devant ces accords ne saurait être que la réprobation car il s’agit d’un acte qui comporte en soi une grave équivoque et un grand danger.

L’équivoque consiste à faire croire à plusieurs que la vérité peut tolérer l’erreur, que le progressisme et la foi catholique peuvent coexister pacifiquement, qu’un accord pratique est possible sans « accord » doctrinal, ou mieux, sans que « la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome éternelle » (Déclaration de Mgr Lefebvre du 21 novembre 1974). Com­ment obtenir une union en dehors de la vérité, comme le rappelait Mgr Fellay dans la Lettre aux amis et bienfaiteurs du 5 mai 2001 ? D’ailleurs, ce climat équivoque et ambigu se fait remarquer par les affirmations de la presse qui parle de « la fin du schisme » (qui n’a jamais existé) et de « la levée de l’excom­munication de Dom Licinio Rangel » (qui, elle non plus, n’a jamais existé), et qui emploie d’autres expressions du même genre qu’on rencontre aussi dans les textes officiels. Il est à remarquer que Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer continuent d’être toujours considérés comme rebelles, proscrits, morts dans le schisme, etc., alors que c’est tout le contraire qui est vrai.

Après l’équivoque, vient le danger. Ce danger consiste, ni plus ni moins, dans la diminution de la foi, à cause du contact avec les progressistes, du silence imposé par les bonnes relations avec le Vatican, silence qui ne peut amener qu’à un affaiblissement du témoignage que les prêtres et les fidèles ont le devoir de rendre. Or on court toujours le danger de perdre ce qu’on ne défend plus, comme une propriété envahie et mal défendue.

A ces deux maux, nous pouvons ajouter une troisième raison de refuser tout genre d’accord semblable à celui qui vient d’être conclu : la légitime mé­fiance que nous avons vis-à-vis des autorités romaines. Cela fait plus de trente années que ces mêmes autorités persécutent les catholiques fidèles et protègent, habituellement, les modernistes, les prêtres marxistes, progressistes, charisma­tiques, etc., sans parler des éloges décernés à Luther, des honneurs cardinalices accordés à Kasper et autres absurdités. Comment avoir confiance en ces prélats ? Comment ne pas penser (eux-mêmes commencent d’ailleurs à le dire) qu’ils ne cherchent pas, tout simplement, à assimiler, dévorer, éliminer ce qui reste de ré­sistance aux erreurs modernes, déjà condamnées par notre Mère la sainte Église contre laquelle « les portes de l’enfer ne prévaudront jamais » ? L’agence Zénit n’a-t-elle pas rapporté l’interview du R.P. Cottier O.P., théologien du pape, qui dit que Rome n’est pas pressée, mais qu’elle désire un jour voir Campos concélébrer la nouvelle messe ? Comment donner notre confiance à ces modernistes ? Et que dire d’Assise, « ce péché public contre l’unicité de Dieu, contre le Verbe incarné et son Église », comme en parlaient Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer en 1986, et comme en parle non moins énergiquement Mgr Fellay aujourd’hui.

Entrer dans leur jeu, c’est s’exposer à être pris dans le dynamisme propre de la communion avec les fauteurs d’erreurs. Ce dynamisme conduit peu à peu aux pires conséquences.

Que Notre-Dame suscite à Campos une salutaire réaction pour que ce mal­heureux accord soit rompu, grâce à une prise de position intransigeante des prêtres et des fidèles formés par Mgr Antonio de Castro Mayer. C’est le miracle que nous osons demander dans nos prières.

 

      *

 

Campos est tombé

 

par S. Exc. Mgr Richard Williamson

 

Nous traduisons ici la Lettre aux amis du séminaire Saint-Thomas d’Aquin (Winona, USA), publiée par Mgr Williamson le 1er février 2002.

Cette chute de Campos ne nous réjouit pas. Nous vient au contraire à l’esprit le chant funèbre que composa David sur la mort de Saül et de son fils Jonathas, et qu’il ordonna d’enseigner aux enfants de Juda :

 

« La splendeur d’Israël a-t-elle péri sur tes hauteurs ?

« Comment sont tombés les héros ?

 

« Ne l’annoncez pas à Geth,

« Ne le publiez pas dans les rues d’Ascalon,

« De peur que les filles des Philistins ne s’en réjouissent,

« De peur que les filles des incirconcis ne sautent de joie !

 

« Montagnes de Gelboë,

« Qu’il n’y ait sur vous ni rosée ni pluie,

« Ni champs de prémices !

« Car là fut jeté bas le bouclier des héros.

 

« Le bouclier de Saül n’était pas oint d’huile,

« Mais du sang des blessés, de la graisse des vaillants ;

« L’arc de Jonathan ne recula jamais en arrière,

« Et l’épée de Saül ne revenait pas inactive.

 

« Saül et Jonathas, chéris et aimables

« Dans la vie et dans la mort, ils ne furent point séparés,

« Ils étaient plus agiles que les aigles,

« Ils étaient plus forts que les lions.

 

« Filles d’Israël, pleurez sur Saül,

« Qui vous revêtait de pourpre au sein des délices,

« Qui mettait des ornements d’or sur vos vêtements !

« Comment les héros sont-ils tombés dans la bataille ?

 

« Jonathas a été percé sur tes hauteurs !

« L’angoisse m’accable à cause de toi, Jonathas mon frère.

« Tu faisais toutes mes délices ;

« Ton amour m’était plus précieux que l’amour des femmes.

 

« Comment les héros sont-ils tombés ?

« Comment les guerriers ont-ils péri ? » (2 Rois 1, 19-27.)

 

Le Sel de la terre.

 

                           Chers amis et bienfaiteurs,

 

E

T ALORS, Campos est tombé. Les deux douzaines de prêtres qui, du lointain Brésil, pendant vingt ans, avec leur propre évêque, étaient les encourageants compagnons d’armes de la Fraternité Saint-Pie X dans sa défense solitaire de la Tradition catholique, sont retournés à la Rome conciliaire. Que s’est-il passé ? Que va-t-il arriver ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Ce qui s’est passé peut être résumé brièvement à la manière de Shakes­peare : les circonstances ont imposé la grandeur aux prêtres de Campos. Mainte­nant, ils ont déposé le fardeau.

L’histoire de l’arrivée du diocèse de Campos au premier plan de la Tradi­tion catholique après le concile Vatican II, est connue des nombreux lecteurs du livre The mouth of the lion, du docteur David White [37]. Avant le Concile, le dio­cèse brésilien de la cité côtière de Campos, à trois heures de route au Nord de Rio de Janeiro, avait à sa tête un véritable évêque catholique, S. Exc. Mgr Antonio de Castro Mayer. Comme il ressort clairement de son magnifique Catéchisme des vérités opportunes opposées aux erreurs contemporaines [38], écrit pour son diocèse dans les années 1950, Mgr de Castro Mayer avait parfaitement compris le danger de l’hérésie moderniste. Toutes les erreurs pernicieuses dévastant l’Église catho­lique à cette époque et jusqu’à aujourd’hui, y sont dévoilées avec leur charme mortel. A l’opposé, l’évêque présente la vérité catholique, qui n’a pas tout ce charme, mais qui est libre de poison. Plus profondément, il explique où le poi­son se trouve caché et pourquoi l’enseignement de l’Église catholique est la vérité.

Cet évêque, conscient ou non du désastre qu’allait entraîner Vatican II, en tout cas par son insistance à prêcher la vraie doctrine, comme le montre le doc­teur White, prémunit à l’avance son diocèse contre le tremblement de terre. Lorsque celui-ci arriva avec le Concile (1962-1965), ses prêtres et ses fidèles étaient préparés, de telle sorte que la plupart gardèrent la vraie foi ; et quand la nouvelle messe fut introduite (1969), tandis qu’un petit nombre de prêtres l’ado­ptèrent et changèrent de diocèse, la plupart de ses prêtres continuèrent, avec sa permission, à célébrer la messe traditionnelle.

Non que l’évêque se défiât de Paul VI, ou qu’il ne tînt pas compte des pressions exercées par le pape pour introduire la nouvelle messe. Mais il avait écrit une lettre très respectueuse au pape [39], lui demandant d’éclaircir un certain nombre de problèmes doctrinaux que lui posait le nouveau rite de la messe, et puisqu’il ne reçut absolument aucune réponse du pape, s’appuyant sur ce qu’il savait être la bonne doctrine, il donna à ses prêtres la permission de garder le rite qui était sûr.

Aussi son diocèse, prêtres et laïcs, le suivit-il pour une large part jusqu’à sa soixante quinzième année, âge de sa retraite obligatoire, en 1981. L’Église offi­cielle désigna pour lui succéder un évêque qui allait, par la violence, arracher au diocèse sa religion traditionnelle, et en faire un membre « normal » de la nouvelle Église. Mais les prêtres formés par Mgr de Castro Mayer résistèrent, presque comme un seul homme, et les fidèles suivirent leurs bons prêtres. Aussi, lorsque ces prêtres furent bien sûr expulsés de leurs paroisses, les meilleurs fidèles de Campos se groupèrent-ils derrière eux, et construisirent dix splendides églises pour y continuer la splendide religion traditionnelle. Pourtant, ce n’est pas un diocèse riche ! J’en crois à peine mes oreilles lorsque j’entends qu’aucun des fi­dèles (ou prêtres) de Campos ne proteste de voir remises entre les mains de Rome ces églises construites expressément et à tant de frais pour résister à cette même Rome, mais c’est ce qu’on nous dit. Les prêtres ont-ils dit toute la vérité à leurs fidèles ?

Mais revenons à notre récit. Lorsque Mgr de Castro Mayer dut démissionner et que la nouvelle Église le remplaça par un destructeur, pendant dix ans le mouvement de résistance fut florissant. Son âme en fut l’Union sacerdotale Saint-Jean-Marie Vianney. Mais, en 1991, un mois jour pour jour après la mort de Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer décédait. A la demande de l’Union sacerdotale, trois évêques de la Fraternité Saint-Pie X consacrèrent Mgr Licinio Rangel, afin que les catholiques de Campos pussent continuer à recevoir les confirmations et les ordinations. Cependant, comme nous le savons maintenant, remplacer Mgr de Castro Mayer pour confirmer et ordonner était facile. Ce qui était difficile, était de remplacer le chef antilibéral. Et nous revoilà dans le mystère du néo-moder­nisme, cette incroyable corruption de l’intelligence capable de toucher les esprits les plus catholiques.

Car il ne peut y avoir aucun doute sur l’orthodoxie catholique des prêtres et des fidèles de Campos, que Mgr de Castro Mayer avait laissés derrière lui. Au moins jusqu’à l’été 2000, il n’y avait aucune trace de déviation (à ma connais­sance), par rapport à la ligne de défense de la Tradition catholique établie par les deux grands évêques (Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer) dans les années 1970 et 1980. Mais, à partir du pèlerinage de la Tradition à Rome en août 2000, peut-être que de discrets contacts entre Campos et Rome furent rétablis (ou forti­fiés ?). En tout cas, l’année dernière, émergea le récent accord, rendu public dans tous les médias de la nouvelle Église au milieu de janvier 2002.

Cet accord, par lequel les traditionalistes de Campos sont « de nouveau ac­cueillis dans l’Église », a les apparences d’une excellente affaire pour les prêtres et les fidèles de la Tradition catholique. En échange de la fin de leur résistance, on leur accorde ce que l’on appelle une « administration apostolique », ce qui signifie plus ou moins un diocèse personnel directement en dessous du pape, et ne dé­pendant que de la personne de leur seul évêque, présentement Mgr Rangel. On leur permet de garder la liturgie tridentine, en d’autres termes, ils peuvent conti­nuer à célébrer la vraie messe. Cela semble trop beau pour être vrai.

Et c’est bien sûr trop beau pour être vrai. Par exemple, comme chacun sait, et Rome mieux que quiconque, Mgr Rangel est atteint d’un cancer, et ses jours sont comptés. Les prêtres de Campos doivent croire qu’il sera remplacé, mais si Rome tient les choses en mains à sa mort, qu’est-ce qui empêchera Rome, ou de choisir le plus libéral des prêtres du groupe [40], ou de déclarer que l’évêque [diocésain] actuel de Campos est suffisant pour tous les catholiques, conciliaires ou traditionnels, maintenant que tous sont réunis ? Déjà, le théologien du pape à Rome, le père Cottier, rassure les conciliaires alarmés par les apparentes conces­sions de Rome à Campos : « Petit à petit, nous devons attendre d’autres pas, par exemple qu’ils [les prêtres de Campos] participent aussi à des concélébrations dans le rite réformé. Cependant, nous ne devons pas nous précipiter. Ce qui est important, c’est que, dans leurs cœurs, il n’y ait plus de rejet. La communion re­trouvée dans l’Église a par elle-même un dynamisme interne qui va mûrir » (Interview du 20 janvier).

Un autre exemple classique de « dynamisme interne », de « communion qui mûrit » dans l’Église de Vatican II, a été fourni récemment par la parution à Rome, en novembre dernier, d’un petit livre intitulé « Le peuple juif et les saintes Écritures dans la Bible chrétienne », rédigé par la Commission biblique pontificale et préfacé par le cardinal Ratzinger, pas moins. La thèse de ce livre est que « l’attente des juifs pour le Messie n’est pas vaine » : énoncé typiquement ambigu et qui peut signifier à la fois que le Messie viendra à la fin du monde une se­conde fois (ce qui est parfaitement vrai), ou bien pour la première fois (ce qui est affreusement faux).

Interrogé sur cette ambiguïté, le porte-parole du pape, le Dr. Navarro Valls (membre de l’Opus Dei), répondit : « Cela veut dire que ce serait mal pour un catholique d’attendre le Messie, mais pas pour un juif ! » En d’autres termes, il est vrai et il n’est pas vrai que Jésus de Nazareth était le Messie promis dans l’ancien Testament ! C’est-à-dire qu’il n’y a pas de vérité objective. La vérité change selon les personnes.

Aussi les prêtres de Campos sont-ils en train, eux aussi, de laisser cor­rompre leur intelligence. Ils mettent leur confiance dans les Romains pour proté­ger la vérité absolue de la Tradition catholique, alors que ces Romains ne croient à rien de tel. A quoi croient les Romains ? A ce qui fait que nous nous sentions tous bien. Et c’est là-dedans qu’entrent les prêtres de Campos. Ils revendiquent de continuer le combat pour la Tradition à l’intérieur du courant dominant de l’Église. Mais quelle chance ont-ils en face de la folie de Rome qui continue, comme, par exemple, avec cette nouvelle réunion à Assise, clairement condam­née par Mgr Fellay dans le texte ci-joint [41] ?

Les pauvres prêtres de Campos ! Ayant abandonné la santé de leur intelli­gence pour rentrer dans l’Église officielle et ne plus être dans le froid (la margi­nalisation), à partir de maintenant ils vont presque certainement suivre tout ce que disent les Romains, plutôt que d’avoir à retourner dans le froid de l’« excommunication », du « schisme », etc. Comme la Fraternité Saint-Pierre, ils au­ront payé si chèrement (au prix de la santé et de l’intégrité de leur intelligence) leur acceptation par Rome, qu’ils payeront par la suite n’importe quoi pour ne pas la perdre. Rome le sait bien, et l’exploitera à fond, mais « petit à petit », comme le dit le théologien du pape.

Incroyable. Mais, ne jetons pas la pierre. La confusion aujourd’hui est uni­verselle, et elle vient d’en haut – « Je frapperai le pasteur et les brebis du trou­peau seront dispersées » (Za 13, 7 ; Mt 26, 31). Dans une guerre, les balles sif­flent, des camarades tombent. On passe une demi-minute à essuyer une blessure ou une larme avec son mouchoir, et la guerre continue. Plutôt que de jeter la pierre, pensons à nous-mêmes. Les prêtres de Campos qui tombent aujourd’hui dans la folie et la trahison de Rome, ont pourtant eu la vraie messe, le bréviaire et les prières traditionnelles pendant les vingt dernières années, et ils sont tombés. Alors qui est à l’abri ?

Je pourrais dire que les prêtres de Campos sont tombés parce que Mgr de Castro Mayer leur a ménagé un passage trop facile de la période d’avant le Concile à celle qui a suivi, de telle sorte que leur cas est un cas tardif de cin­quantisme [42]. Mais, comme nous avons dit plus haut, ils ont été prémunis contre le tremblement de terre avant le Concile, et après ont dû tout reconstruire à partir de zéro. Cela n’était-il pas assez pour les vacciner contre l’esprit néo-moderniste ? Apparemment non. Vraiment, si ces jours ne sont pas raccourcis par une inter­vention de Dieu, nous risquons tous de perdre la santé de notre intelligence. Ky­rie eleison. Mais « Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance approche » (Lc 21, 28).

Chers fidèles, sans que nous le recherchions, Dieu nous a imposé la gran­deur de ne pas tomber au milieu de la folie qui nous environne. Pour l’amour de Notre-Seigneur et de sa Mère des douleurs, ne déposons pas le fardeau. « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 10, 22).

Avec ma bénédiction en Notre-Seigneur.

 

[Fin de la traduction de la Lettre aux amis du séminaire de Winona.

Le texte a été revu et corrigé par l’auteur.]

 

      *

 

Ich hatt’ einen Kameraden –

J’avais un camarade

A propos de nos anciens

compagnons d’armes de Campos

 

Nous publions ici deux extraits de la Lettre hebdomadaire du Séminaire de Zaitzkofen (séminaire de langue allemande de la Fraternité Saint-Pie X) du 13 et du 27 janvier 2002, sous la signature de M. l’abbé Matthias Gaudron, directeur du Séminaire, traduits en français par les soins du Bulletin du Prieuré Marie-Reine nº 39 de février 2002. Le titre est de la rédaction du bulletin.

Le Sel de la terre.

 

1) Chers fidèles. […] Un accord entre les prêtres du diocèse de Campos et Rome est imminent. Il pourrait avoir déjà été signé.

Que des amis qui ont combattu à nos côtés jusqu’à présent fassent cavalier seul ne nous réjouit pas, parce que la Tradition va s’en trouver affaiblie. Nous es­timons aussi que cet accord manque énormément de prudence, car il est apparu toujours plus clairement au cours des négociations de l’année passée qu’il n’est pas dans l’intention de Rome de rendre justice à la Tradition – Rome ne cherche qu’à intégrer l’œuvre de la Tradition dans le système moderniste de l’Église conciliaire. […]

2) Chers fidèles. […] L’accord entre Rome et les prêtres traditionalistes du diocèse de Campos au Brésil a été signé lors d’une cérémonie le 18 janvier der­nier dans la cathédrale de Campos. Par ce fait même, il est reconnu par Rome que Mgr Rangel est bien un évêque catholique, placé à la tête d’une administra­tion apostolique personnelle nouvellement érigée en faveur des prêtres et des fi­dèles traditionalistes de ce diocèse.

Les prêtres de Campos n’ont fait aucune concession substantielle au niveau doctrinal et affirment vouloir poursuivre le combat en faveur de la Tradition. Seul l’avenir nous dira quelle tournure prendra maintenant leur œuvre [43].

Quelques points nous laissent cependant sceptiques. Tout d’abord, les marques excessives de reconnaissance envers le pape et l’évêque conciliaire du lieu manifestées à présent par les prêtres de Campos nous semblent bien étranges. Ce n’est pas à la Tradition de présenter des excuses aux pasteurs mo­dernistes, mais bien plutôt l’inverse. Le pape et les évêques modernistes se sont montrés injustes envers la Tradition, ce qui n’est pas le cas des prêtres traditiona­listes qui ont maintenu l’intégrité de la foi.

Par ailleurs, certains points importants de l’accord ne semblent pas être ré­glés définitivement, comme par exemple la succession de Mgr Rangel et le statut juridique exact de l’administration apostolique. En l’occurrence, c’est agir avec beaucoup de légèreté.

En effet, Rome, qui n’a pas hésité à violer les promesses qu’elle avait faites à la Fraternité Saint‑Pierre, n’hésitera pas davantage envers les prêtres de Cam­pos. Ainsi, dès le lendemain de l’accord a paru un entretien avec le théologien de la Maison pontificale, le père Georges Cottier, dominicain, dans lequel celui-ci exprimait qu’il était insuffisant que les prêtres de Campos reconnaissent la validité de la nouvelle messe, mais que l’on devait les amener à la célébrer : « Nous devons nous attendre peu à peu à d’autres actes de rapprochement : par exemple, la participation à des concélébrations dans le rite réformé. Mais il faut encore faire preuve de patience. Il est essentiel que leurs cœurs ne s’y refusent pas plus longtemps. L’unité retrouvée au sein de l’Église renferme en elle-même une dynamique interne qui portera ses fruits. »

La nouvelle rencontre d’Assise ne contribue pas à augmenter notre confiance envers Rome, mais provoque au contraire « notre profonde indignation et notre réprobation » comme l’écrit Mgr Fellay dans un communiqué de presse du 24 janvier 2002. […]

 

      *

 

 

La visibilité de l’Église et la situation actuelle

 

 

Voici de larges extraits d’une conférence de Mgr Lefebvre publiée dans Fideliter 66 de novembre-décembre 1988, p. 27-31. Monseigneur répondait aux arguments théologiques de Dom Gérard développés dans sa déclaration publiée par le journal Présent le 18 août 1988 et en démontrait la faiblesse. Il répondait à l’avance aux arguments qu’on avance pour essayer de justifier la position de Campos.

Le Sel de la terre.

 

                          Mes chers amis,

J

E PENSE que vous qui êtes sortis des séminaires, qui êtes maintenant dans le ministère et qui avez voulu garder la Tradition, vous avez la volonté d’être prêtres pour toujours, comme l’ont été les saints prêtres d’autrefois, tous les saints curés et les saints prêtres que nous avons pu connaître nous-mêmes dans les paroisses. Vous continuez, et vous représentez vraiment l’Église, l’Église catholique. Je crois qu’il faut vous convaincre de cela : vous représentez vraiment l’Église catholique.

 

L’Église visible

 

Non pas qu’il n’y ait pas d’Église en dehors de nous; il ne s’agit pas de cela. Mais ces derniers temps, on nous a dit qu’il était nécessaire que la Tradition entre dans l’Église visible. Je pense qu’on fait là une erreur très, très grave.

Où est l’Église visible ? L’Église visible se reconnaît aux signes qu’elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique.

Je vous demande : où sont les véritables marques de l’Église ? Sont-elles davantage dans l’Église officielle (il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes ?

 

Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Église officielle. Un évêque croit à ceci, l’autre n’y croit pas, la foi est diverse, leurs catéchismes abominables comportent des hérésies. Où est l’unité de la foi dans Rome ? Où est l’unité de la foi dans le monde ? C’est bien nous qui l’avons gardée.

 

L’unité de la foi réalisée dans le monde entier c’est la catholicité. Or, cette unité de la foi dans le monde entier n’existe plus, il n’y a donc plus de catholicité pratiquement. Il y a bientôt autant d’Églises catholiques que d’évêques et de dio­cèses. Chacun a sa manière de voir, de penser, de prêcher, de faire son caté­chisme. Il n’y a plus de catholicité.

 

L’apostolicité ? Ils ont rompu avec le passé. S’ils ont fait quelque chose, c’est bien cela. Ils ne veulent plus de ce qui s’est passé avant le concile Vatican II. Voyez le motu proprio du pape nous condamnant, il dit bien : « la Tradition vi­vante, c’est Vatican II ». Il ne faut pas se reporter avant Vatican II, cela ne signifie rien. L’Église porte la Tradition avec elle de siècle en siècle. Ce qui est passé est passé, disparu. Toute la Tradition se trouve dans l’Église d’aujourd’hui. Quelle est cette Tradition ? A quoi se rattache-t-elle ? Comment se rattache-t-elle au passé ?

C’est ce qui leur permet de dire le contraire de ce qui s’est dit autrefois, tout en prétendant garder à eux seuls la Tradition. C’est ce que nous demande le pape : de nous soumettre à la Tradition vivante. Nous aurions un mauvais concept de la Tradition, parce qu’elle est vivante et donc évolutive. Mais, c’est l’erreur moderniste : le saint pape Pie X, dans l’encyclique Pascendi, condamne ces termes de « tradition vivante, Église vivante, foi vivante », etc., dans le sens où les modernistes l’entendent, c’est-à-dire de l’évolution qui dépend des circons­tances historiques. La vérité de la Révélation, l’explication de la Révélation, dé­pendraient des circonstances historiques.

L’apostolicité : nous, nous sommes rattachés aux Apôtres par l’autorité. Mon sacerdoce me vient des Apôtres ; votre sacerdoce vous vient des Apôtres. Nous sommes les fils de ceux qui nous ont donné l’épiscopat. Notre épiscopat descend du saint pape Pie V et par lui nous remontons aux Apôtres.

Quant à l’apostolicité de la foi, nous croyons la même foi que les Apôtres. Nous n’avons rien changé et nous ne voulons rien changer.

 

Et puis, la sainteté. On ne va pas se faire des compliments ou des louanges. Si nous ne voulons pas nous considérer nous-mêmes, considérons les autres et considérons les fruits de notre apostolat, les fruits des vocations, de nos religieuses, des religieux et aussi dans les familles chrétiennes. De bonnes et saintes familles chrétiennes germent grâce à votre apostolat. C’est un fait, per­sonne ne le nie. Même nos visiteurs progressistes de Rome ont bien constaté la bonne qualité de notre travail. Quand Mgr Perl disait aux sœurs de Saint-Pré et aux sœurs de Fanjeaux que c’est sur des bases comme les leurs qu’il faudra re­construire l’Église, ce n’est tout de même pas un petit compliment.

 

Tout cela montre que c’est nous qui avons les marques de l’Église visible. S’il y a encore une visibilité de l’Église aujourd’hui, c’est grâce à vous. Ces signes ne se trouvent plus chez les autres. Il n’y a plus chez eux d’unité de la foi, or c’est la foi qui est la base de toute visibilité de l’Église.

La catholicité, c’est la foi une dans l’espace. L’apostolicité c’est la foi une dans le temps, et la sainteté c’est le fruit de la foi, qui se concrétise dans les âmes par la grâce du bon Dieu, par la grâce des sacrements. Il est tout à fait faux de nous considérer comme si nous ne faisions pas partie de l’Église visible. C’est in­vraisemblable. C’est l’Église officielle qui nous rejette, mais pas nous qui rejetons l’Église, bien loin de là. Au contraire, nous sommes toujours unis à l’Église ro­maine et même au pape bien sûr, au successeur de Pierre. Je pense qu’il faut que nous ayons cette conviction pour ne pas tomber dans les erreurs que l’on est en train de répandre maintenant.

 

Sortir de l’Église ?

 

Bien sûr, on pourra nous objecter : « Faut-il obligatoirement sortir de l’Église visible pour ne pas perdre son âme, sortir de la société des fidèles unis au pape ? ».

Ce n’est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l’Église. Quant à dire « sortir de l’Église visible », c’est se tromper en assimilant Église officielle et Église visible.

Nous appartenons bien à l’Église visible, à la société des fidèles sous l’auto­rité du pape, car nous ne récusons pas l’autorité du pape, mais ce qu’il fait. Nous reconnaissons bien au pape son autorité, mais lorsqu’il s’en sert pour faire le contraire de ce pourquoi elle lui a été donnée, il est évident qu’on ne peut pas le suivre.

Sortir, donc, de l’Église officielle ? Dans une certaine mesure, oui, évidem­ment. Tout le livre de M. Madiran L’Hérésie du XXe siècle est l’histoire de l’hérésie des évêques. Il faut donc sortir de ce milieu des évêques, si l’on veut ne pas perdre son âme.

Mais cela ne suffit pas, car c’est à Rome que l’hérésie est installée. Si les évêques sont hérétiques (même sans prendre ce terme au sens et avec les consé­quences canoniques), ce n’est pas sans l’influence de Rome.

Si nous nous éloignons de ces gens-là, c’est absolument comme avec les personnes qui ont le SIDA. On n’a pas envie de l’attraper. Or, ils ont le SIDA spi­rituel, des maladies contagieuses. Si l’on veut garder la santé, il faut ne pas aller avec eux.

Oui, le libéralisme et le modernisme se sont introduits au Concile et à l’intérieur de l’Église. Ce sont des idées révolutionnaires et la Révolution, que l’on trouvait dans la société civile, est passée dans l’Église. Le cardinal Ratzinger ne s’en cache d’ailleurs pas : ils ont adopté des idées, non de l’Église, mais du monde et ils estiment devoir les faire entrer dans l’Église.

Or, les autorités n’ont pas changé d’un iota leurs idées sur le Concile, le li­béralisme et le modernisme. Ils sont anti-Tradition, la Tradition telle que nous l’entendons et que l’Église la comprend. Cela n’entre pas dans leur concept. Le leur étant un concept évolutif, ils sont donc contre cette Tradition fixe dans la­quelle nous nous tenons.

Nous estimons que tout ce que nous enseigne le catéchisme, nous vient de Notre-Seigneur et des Apôtres et qu’il n’y a rien à y changer. C’est clair. Les trois parties du catéchisme nous viennent de Notre-Seigneur. Pourquoi en changer ? Nous ne pouvons pas les faire évoluer. Le Credo, les commandements de Dieu, les moyens de nous sauver, les sacrements, le saint sacrifice de la messe et la prière, tout cela nous vient de Notre-Seigneur directement. Tout cela, c’est notre catéchisme, qui nous est donné en général avec notre baptême, qui nous est mis entre les mains. C’est notre charte depuis que Notre-Seigneur a voulu que tout le monde soit baptisé, que tout le monde adopte le Credo, le Décalogue, les sacre­ments qu’il a institués, ainsi que le saint sacrifice de la messe et les prières.

Pour eux, non, tout cela évolue et a évolué avec Vatican II. Le terme actuel de l’évolution, c’est Vatican II. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome. Nous aurions pu, si nous étions arrivés à nous protéger complète­ment comme nous l’avions demandé. Mais ils n’ont pas voulu. Ils ont refusé les membres que nous demandions dans la commission, ils ont refusé le nombre d’évêques que nous demandions, refusé le nombre d’évêques que je leur présen­tais. C’était clair : ils ne voulaient pas que nous soyons protégés. Ils veulent nous avoir sous leur coupe directement et pouvoir nous imposer justement cette poli­tique anti-Tradition dont ils sont imbus.

 

Rome n’a pas changé

 

Un exemple nous montre que rien n’est changé dans l’esprit des Romains : le 1er mai, à Venise s’est tenu un congrès très important sur la liberté religieuse dans les actuelles situations politiques. Il était dirigé par le Recteur de l’Université du Latran, Mgr Pierre Rossano, réputé pour ses idées très libérales, et Mgr Pavan, qui est, lui, l’auteur pratiquement de tous les documents sociologiques publiés depuis le pape Jean XXIII, tous les documents qui regardent la société. Les en­cycliques des papes Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II ont été pratiquement rédi­gées par lui. C’est le grand homme dans la pensée du Vatican.

Ce sont ces deux prélats qui ont fait et dirigé cette réunion de Venise sur la liberté religieuse dans les situations politiques. Il est très intéressant de noter ce qu’ils disent au sujet de la liberté religieuse : « Changement de conception de la liberté religieuse ». Ils ne s’en cachent pas. Ils parlent des influences de la deuxième Guerre mondiale. Ils cherchent des motifs éloignés : « déjà sous Pie XII se réalise une prise de conscience de la liberté religieuse, réalisée dans la tragé­die de la seconde guerre mondiale. Cela a permis, pour user d’une phrase stéréo­typée, le passage du droit de la vérité au droit de la personne. »

Examinons cela un peu plus. Le droit de la vérité nous enseigne qu’il y a la liberté de la vraie religion, mais que l’homme n’a pas la liberté de choisir sa reli­gion, de choisir la vérité. Nous sommes faits et créés avec une intelligence et une volonté libre sans doute, mais cette liberté ne doit servir qu’à adhérer à la vérité et non à autre chose. Car un lien fondamental, essentiel, unit la liberté et la vé­rité. Rompre ce lien pour dire : à partir de maintenant, nous avons compris qu’il ne s’agit plus de lier la liberté à la vérité, mais la liberté à la nature humaine, c’est une erreur fondamentale. Notre nature elle-même, avec l’intelligence et la vo­lonté, est faite pour adhérer à la vérité. Alors que maintenant, et les auteurs du Congrès de Venise l’écrivent dans leur rapport, on supprime le droit de la vérité, ce lien qui unit le sujet par nature à la vérité, pour le remplacer par un droit de la personne, un droit entièrement indépendant. Ce droit serait fondé sur la nature, mais considérée dans sa dignité de sujet libre, c’est-à-dire autonome et sans lien. Et les auteurs précisent que cela doit être particulièrement vrai en matière reli­gieuse qui traite de l’orientation de la vie.

C’est effrayant. Comme si l’on pouvait changer les choses aussi profondes dans la nature. Dieu nous a créés comme cela pour la vérité, il ne nous a pas donné la liberté pour aller à l’erreur. Ce n’est pas possible. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Or, pratiquement, c’est ce à quoi revient le droit à la liberté reli­gieuse : permettre à la nature de choisir librement sa vérité, c’est lui donner un droit à l’erreur.

Et tous les États devraient accepter cela, sans s’y opposer dans les limites de l’ordre public. Mais l’ordre public, c’est très large ! Ces sociétés devraient ac­cepter l’œcuménisme, la laïcisation des États, la liberté des cultes. Elles devraient reconnaître pour directives tout ce que l’homme peut sortir de son propre fond, les idées qu’il peut avoir, les concepts religieux qu’il se forge lui-même.

Depuis que la liberté religieuse a été affirmée, ils réaffirment ce principe absolument révolutionnaire de la Déclaration des Droits de l’homme. C’est vrai­ment un principe satanique : « non serviam », « je ne veux pas servir », je ne veux pas être soumis à la vérité.

Mais si ! Le bon Dieu nous impose une vérité, c’est ainsi. « Celui qui ne croira pas sera condamné ». Qu’il y ait la tolérance, après, parce que les gens se trompent mais le principe de la liberté n’existe pas et ne peut pas exister.

Je tenais à vous le dire pour que l’on voie bien que Rome n’a changé en rien. Ce n’est pas une accusation en l’air, mais cela ressort du rapport officiel de la réunion de Venise, et cela tout récemment : le 1er mai. Le recteur de l’Univer­sité du Latran, c’est la tête de toute la formation universitaire de l’Église de Rome. Ce sont des représentants officiels de Rome. Et voilà ce qu’ils réaffirment. Il n’y a rien de changé. Nous ne pouvons pas suivre des gens comme cela. Ce sont abso­lument des erreurs graves, profondes.

Quoiqu’il arrive, nous devons continuer comme nous le faisions, et le Bon Dieu nous montre qu’en suivant cette voie, nous faisons notre devoir. Nous ne nions pas l’Église Romaine. Nous ne nions pas son existence, mais nous ne pou­vons pas en suivre les directives. Nous ne pouvons pas en suivre les principes depuis le Concile. Nous ne pouvons pas nous lier.

 

« Il n’y a qu’une Église »,… l’Église conciliaire !

 

Je me suis aperçu de cette volonté de Rome de nous imposer leurs idées et leur manière de voir. Le cardinal Ratzinger me disait toujours: « Mais Monsei­gneur, il n’y a qu’une Église, il ne faut pas faire une Église parallèle ». Quelle est cette Église pour lui ? L’Église conciliaire, c’est clair. Quand il nous a dit explici­tement: « Évidemment, si on vous accorde ce protocole, quelques privilèges, vous devrez accepter aussi ce que nous faisons ; et par conséquent, dans l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet il faudra dire une messe nouvelle aussi tous les di­manches », vous voyez bien qu’il voulait nous ramener à l’Église conciliaire. Ce n’est pas possible, car il est clair qu’ils veulent nous imposer ces nouveautés pour en finir avec la Tradition. Ils n’accordent rien par estime de la liturgie tradition­nelle, mais simplement pour tromper ceux à qui ils le donnent et dimi­nuer notre résistance, enfoncer un coin dans le bloc traditionnel pour le détruire. C’est leur politique, leur tactique consciente. Ils ne se trompent pas et vous connaissez les pressions qu’ils exercent. Parmi vous, certains ont déjà été pres­sentis par l’évêque ou par celui-ci ou par celui-là pour quitter la Tradition. Ils font des efforts considérables partout.

Les sœurs de Saint-Pré ont été visitées par le père Philippe qui a essayé de les endoctriner. Mais il s’est fait bien recevoir, je vous l’assure ! L’évêque de Car­cassonne a fait des offres d’amitié et de compréhension aux sœurs de Fanjeaux avec notre père Pozzera. Il s’est fait bien remettre en place aussi. Mais ils conti­nuent. Ils reviendront. Le père Innocent-Marie m’a téléphoné récemment qu’il avait été l’objet de pressions de la part de l’évêque d’Angers. Ils ne cesseront pas maintenant d’essayer de nous avoir. C’est vraiment incroyable cette guerre à la Tradition. […]

 

Je pense qu’il faut peut-être prendre garde d’éviter tout ce qui pourrait ma­nifester, par des expressions un peu trop dures, notre désapprobation de ceux qui nous quittent. Ne pas les affubler d’épithètes qui peuvent être prises un peu comme injurieuses. Cela ne nous sert à rien, au contraire je crois. Personnelle­ment, j’ai toujours eu cette attitude vis-à-vis de tous ceux qui nous ont quittés – et Dieu sait s’il y en a eu au cours de l’histoire de la Fraternité ; l’histoire de la Fra­ternité, c’est presque l’histoire des séparations – j’ai toujours pris comme prin­cipe : plus de relations, c’est fini. Ils nous quittent, ils vont vers d’autres pasteurs, d’autres bergers : plus de relations. Aussi bien ceux qui sont partis comme « sédévacantistes », que ceux qui sont partis parce que nous n’étions pas assez papistes, tous ont essayé de nous entraîner dans une polémique. Je n’ai jamais répondu un mot. Je prie pour eux, c’est tout. […]

 

 

 

 

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[1] — Procédé d’inspiration marxiste, par lequel les propriétés foncières sont occupées illégalement et en définitive volées sous le fallacieux prétexte que ceux qui sont pauvres ont le droit de prendre chez ceux qui sont riches.

* — Publiée dans DICI 39 du 25 janvier 2002, p. 11.

[2] — Cette lettre ne contient pas d’erreur formelle, mais on est frappé par le fait qu’elle semble faire abstraction des circonstances actuelles de la crise dans l’Église. Ainsi, il est certain qu’on doit respect et obéissance au vicaire du Christ. Mais quand le pape donne des scandales aussi graves que ceux donnés par Paul VI ou Jean-Paul II, on est mal à l’aise de voir tant d’obséquiosité. Vraiment Paul VI est-il « d’illustre mémoire » ? Qu’a-t-il fait pour empêcher les fumées de Satan de se répandre dans l’Église ?

Nous préférons le style respectueux mais franc avec lequel Mgr Lefebvre s’adressait à ces papes prévaricateurs.

[3] — Les prêtres de Campos acceptent comme valable l’opinion erronée selon laquelle les censures portées contre eux auraient été valides. Ils ne réclament que le privilège de la « bonne foi ». Évidemment le pape va s’en servir dans sa réponse.

[4] — Là encore, en temps normal, c’est au pape de confirmer ses frères dans la foi. Mais le pape d’Assise, le pape qui embrasse publiquement le Coran et déclare Saint-Jean-Baptiste protecteur de l’islam, est-il vraiment bien placé pour donner un « label » de catholicité ? Les prêtres de Campos ont-ils besoin de cette reconnaissance pour être pleinement catholiques ? Doutent-ils de la catholicité de Mgr de Castro Mayer ?

Après l’excommunication de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer en 1988, les principaux supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X avaient écrit au pape une lettre publique où ils réclamaient d’être associés à cette excommunication, car, disaient-ils avec raison, être excommunié par le pape d’Assise, c’est une preuve de catholicité. Leur démarche nous paraît plus sage que celle des prêtres de Campos.

[5] — Les prêtres de Campos semblent avoir oublié que ce cardinal est celui qui a étranglé la Fraternité Saint-Pierre très récemment.

[6] — Vraiment Jean-Paul II travaille-t-il à propager la foi catholique avec son œcuménisme et ses multiples erreurs gravissimes touchant la foi ? Nos confrères de Campos semblent vivre dans un rêve et ne plus voir la réalité.

[7] — Nous voilà en pleine équivoque. Car la parfaite communion, pour Jean-Paul II, c’est l’acceptation du Concile, d’Assise et de toutes les réformes postconciliaires.

[8] — Demande de pardon que Mgr Lefebvre avait refusé de faire. Elle pourrait se comprendre dans d’autres circonstances. Mais actuellement, les scandales publics contre la foi catholique donnés par le pape sont beaucoup plus graves que d’éventuels excès dans la résistance des catholiques fidèles qui ne veulent pas devenir modernistes. Il est donc incongru de demander pardon pour cela, alors que le pape ne manifeste aucun regret de son attitude, et même manifeste sa pertinacité par la deuxième réunion d’Assise.

[9] — L’humilité consiste avant tout dans la vérité. Or cette lettre a quelque chose qui sonne faux, du fait qu’elle ne tient pas compte de la réalité : la terrible crise dans l’Église provoquée par les membres mêmes de la hiérarchie, en premier lieu par le pape.

* — Traduction de l’ORLF du 29 janvier 2002. On trouve une traduction légèrement différente dans DICI 39 du 25 janvier 2002, p. 12.

[10] — Dès le début, le pape insiste sur l’unité (non pas sur la vérité). Car ce qui compte dans le magma de l’Église conciliaire, c’est de professer la « pleine communion » avec Jean-Paul II. C’est le seul « dogme » qui reste, et le seul lien d’unité entre les « credo » les plus divers.

[11] — Nous croyons volontiers à la « joie suprême », la « vive joie pastorale », « la joie profonde » et l’action de grâces de Jean-Paul II.

[12] — « Redintegrare » signifie certes renouveler, mais au sens de « rétablir, restaurer ». Ce qui donne à penser que les prêtres de Campos avaient une foi imparfaite avant de faire cette profession, et qu’ils ont maintenant « réintégré » la vraie foi.

[13] — Habilement, Jean-Paul II reprend l’offre de « collaboration » des prêtres de Campos, non pas pour qu’ils l’aident à lutter contre les hérésies et le modernisme répandus dans l’Église conciliaire (par lui-même en premier), mais pour défendre « Pierre », c’est-à-dire sa propre personne.

[14] — N’oublions pas que pour Jean-Paul II, ce Seigneur un et trine s’identifie aussi à l’« Allah » des musulmans (comme il l’a dit explicitement) et même aux faux dieux adorés par les fausses religions (comme il le montre implicitement par ses actes).

[15] — Le pape reprend encore habilement la phrase des prêtres de Campos pour leur affirmer qu’ils n’étaient pas dans la pleine communion avec l’Église catholique, ce qui est une double erreur doctrinale : il n’y a pas de communion plus ou moins grande avec l’Église catholique, contrairement à ce que professe faussement l’Église conciliaire ; et Mgr de Castro Mayer (ainsi que les prêtres qui sont ses héritiers) n’ont jamais rompu la communion avec l’Église catholique : ce sont les conciliaires qui s’éloignent de la Tradition, et donc de l’Église, par leur nouvelle théologie, leurs nouveaux sacrements et leur nouveau Droit canon.

[16] — Le texte latin pourrait se comprendre dans le sens « d’approbation de vos biens ecclésias­tiques, par lequel sera confirmé le respect de vos biens particuliers ». C’est le sens qui a été retenu par DICI. Cette ambiguïté était-elle voulue, pour laisser croire à Campos qu’on leur laisserait la propriété de leurs biens, tandis qu’il en sera autrement ? Tout est possible avec la Rome conciliaire, hélas !

[17] — Comme le dit la pancarte de la boutique du barbier : « Demain on rase gratis. » Cependant la pancarte est toujours là, si bien que ce n’est jamais aujourd’hui, c’est toujours demain.

On promet un successeur à Mgr Rangel. Promesse vague qu’on avait déjà faite à Mgr Lefebvre lors des négociations de 1988. Mais quand il s’était agi de préciser les choses, on avait fait comprendre à Mgr Lefebvre que ce successeur devait avoir le « profil » souhaité.

On peut, sans grand risque de se tromper, pronostiquer que le successeur de Mgr Rangel, si successeur il y a, ne sera pas du « profil » de Mgr de Castro Mayer.

[18] — Concession bien insuffisante. Ce point est traité comme une question disciplinaire. Ils n’ont donc aucune garantie qu’on ne leur demandera pas des « gestes de communion » dans le nouveau rite. Pour avoir cette garantie, il faudrait que soient pris en considération les motifs qui font refuser la nouvelle liturgie, à savoir le fait qu’elle est dangereuse pour la foi. Mais cela, Rome n’est pas prête de l’admettre.

[19] — Le texte latin pouvait se comprendre dans le sens d’une absolution conditionnelle : « Pour rendre la pleine communion certaine, je déclare… », mais la traduction de l’Osservatore Romano ne permet plus cette interprétation. Le texte français dit que la levée de la censure est nécessaire pour rendre la pleine communion effective, donc cette pleine communion n’existait pas avant cette absolution.

[20] — Can. 1382 : « L’évêque qui, sans mandat pontifical, consacre quelqu’un évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet évêque encourent l’excommunication latæ sententiæ réservée au Siège Apostolique. » Il est intéressant de noter que le pape ne pense pas à relever de l’excommunication pour schisme prévue au canon 1364.

[21] — Le pape insiste lourdement sur cette levée des censures. Il ferait mieux de s’inquiéter pour tous les prélats modernistes et hérétiques qui, eux, ont bien mérité de recevoir les censures prévues par le droit.

[22] — Là encore le pape est très habile. Il invite les prêtres de Campos à une union plus étroite avec leur très conciliaire évêque diocésain.

Ce dernier, non moins habile, déclare que ce qui le sépare des prêtres de la Tradition n’est qu’une série de détails (latin, soutane) sans, pour l’instant, aucune protestation de Mgr Rangel. Il faut dire que Mgr Rangel et ses prêtres, dans l’attente qu’on leur accorde un « successeur », n’ont pas intérêt à déplaire au Vatican. Il est possible même que leurs interlocuteurs romains leur conseillent de rester silencieux pour ne pas exciter la meute moderniste, ne pas déplaire à la Secrétairerie d’État, etc.

[23] — Mgr Rangel admet qu’il n’était pas dans la « pleine communion » ecclésiale, partageant en ceci l’erreur du pape (voir la note ci-dessus). C’est vraiment triste de la part du successeur de Mgr de Castro Mayer.

[24] — Il est le véritable artisan de cette « réconciliation », et il a eu droit à un remerciement spécial de la part du cardinal Castrillón en ce 18 janvier : « J’adresse un remerciement sincère également au Père Fernando Rifan, interlocuteur patient et généreux » (ORLF du 29 janvier 2002).

[25] — Citer ce Motu Proprio qui prétendait excommunier Mgr de Castro Mayer et Mgr Lefebvre et les accusait d’avoir une notion incomplète de la Tradition (parce que n’incluant pas le concile Vatican II), est un véritable affront à leur mémoire.

[26] — « [L’erreur d’Assise] rejoint le plan maçonnique d’établir un grand temple de fraternité universelle au‑dessus des religions et des croyances, “l’unité dans la diversité” si chère au Nouvel Age et au globalisme mondial » (Mgr Fellay, cité dans ce nº du Sel de la terre).

[27] — Mgr Lefebvre était plus sobre et plus précis dans le protocole d’accord du 5 mai 1988 (dénoncé le lendemain) : « Nous promettons d’être toujours fidèles à l’Église catholique et au pontife romain, son pasteur suprême, vicaire du Christ, successeur du bienheureux Pierre dans sa primauté et chef du corps des évêques. » On doit d’abord obéir à Dieu et à l’Église, avant d’obéir au pape. Car de fait le pape n’est pas infaillible en tout. Ici il n’est question que d’obéir au pape.

[28] — Le pape, lui, voit « Assise à la lumière du Concile ». « Dans l’étude théologique des documents du Concile, il faut en avoir l’ensemble devant les yeux et les rattacher en permanence à certaines idées ou lignes directrices, comme par exemple, l’accommodata renovatio, l’œcuménisme et le dialogue » (Voir Le Sel de la terre 5, p. 185 sq.).

Remarquons que Mgr Lefebvre n’avait pas signé un tel paragraphe dans le protocole d’accord du 5 mai 1988. Il disait simplement dans le deuxième paragraphe : « Nous déclarons accepter la doctrine contenue dans le numéro 25 de la constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II sur le magistère ecclésiastique et l’adhésion qui lui est due. »

[29] — Là encore, Mgr Lefebvre disait mieux : « Nous déclarons en outre reconnaître la validité du sacrifice de la messe et des sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du missel et des rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II. » En effet, dire qu’on célèbre la messe « correctement » est très vague.

Mgr Lefebvre disait lui-même qu’il avait signé ce paragraphe avec réticence, et uniquement parce que dans le paragraphe précédent il s’était réservé le droit de critiquer la nouvelle messe.

[30] — Can. 212 - § 1. « Les fidèles conscients de leur propre responsabilité sont tenus d’adhérer par obéissance chrétienne à ce que les pasteurs sacrés, comme représentants du Christ, déclarent en tant que maîtres de la foi ou décident en tant que chefs de l’Église. § 2. Les fidèles ont la liberté de faire connaître aux pasteurs de l’Église leurs besoins surtout spirituels, ainsi que leurs souhaits. § 3. Selon le devoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes. »

[31] — Dans les principes, l’unité, dans les questions laissées en suspens, la liberté, et, en toutes choses, la charité.

[32] — Là encore le protocole de 1988 était meilleur : « A propos de certains points enseignés par le concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège Apostolique, en évitant toute polémique. »

En restreignant leur possibilité de critiquer le Concile seulement sur les « questions encore ouvertes », les prêtres de Campos se sont fermés la possibilité à bien des critiques. En effet, s’ils veulent critiquer par exemple le texte sur la liberté religieuse du Concile, on leur répondra que l’on ne peut plus discuter la substance du texte, en disant qu’il contient des erreurs, mais qu’on peut simplement lui reprocher d’être imparfait.

* — ORLF du 29 janvier 2002, p. 5. Le même numéro de l’Osservatore Romano rapporte la réunion d’Assise du 24 janvier, où le pape, après un mot d’introduction où il a salué spécialement les « représentants du Judaïsme mondial qui ont adhéré à cette Journée spéciale pour la paix », a déclaré notamment : « Frères et Sœurs venus ici de différentes parties du monde ! Nous nous rendrons tout à l’heure dans les lieux prévus afin d’implorer de Dieu le don de la paix pour l’humanité entière. Nous demanderons qu’il nous soit donné de reconnaître la voie de la paix, des justes rapports avec Dieu et entre nous. Nous demanderons à Dieu d’ouvrir les cœurs à la vérité sur lui et sur l’homme. Le but est unique et l’intention est la même, mais nous prierons selon des formes diverses, respectant les traditions religieuses de chacun. Dans cela aussi, il y a au fond un message : nous voulons montrer au monde que l’élan sincère de la prière ne pousse pas à l’opposition et moins encore au mépris de l’autre, mais à un dialogue constructif, dans lequel chacun, sans verser en aucune manière dans le relativisme ni dans le syncrétisme, prend une conscience plus vive du devoir du témoignage et de l’annonce. Il est temps de dépasser résolument les tentations d’hostilité qui n’ont pas manqué dans l’histoire, même religieuse, de l’humanité. En réalité, lorsqu’elles se réclament de la religion, elles en expriment un aspect profondément immature. En effet, le sentiment religieux naturel conduit à percevoir de quelque manière le mystère de Dieu, source de la bonté, et cela constitue une source de respect et d’harmonie entre les peuples. C’est même dans ce sentiment que réside le principal antidote contre la violence et les conflits. »

Il y a quelque chose de dramatique à voir le pape, sans doute proche de sa fin, s’entêter dans son rêve à saveur moderniste : il fait du sentiment religieux [sentiment naturel, blessé par le péché originel, incapable de nous sauver] un substitut de la foi [qui seule peut nous sauver] et place en lui ses espoirs. Le sentiment religieux naturel conduit autant les hommes à servir le diable que Dieu, autant à adorer des idoles que le Créateur. Même lorsque des fanatiques musulmans précipitent des avions sur les tours de Manhattan sous l’impulsion de ce sentiment religieux en s’écriant « Allah est grand ! », cela ne le réveille pas de son rêve.

Et c’est avec de telles idées que les prêtres de Campos affirment qu’ils sont « en pleine communion ».

[33] — Pour le cardinal Hoyos, comme jadis pour le cardinal Ratzinger lors des discussions avec Mgr Lefebvre en 1988, il n’y a qu’une Église, évidemment l’Église d’aujourd’hui, celle de Vatican II, de la nouvelle messe, etc.

[34] — Les bras du pape sont si grands qu’ils étreignent toutes les religions du monde, comme il est montré deux pages plus haut dans le même numéro de l’Osservatore Romano.

[35] — Si l’Église prévaut contre les portes de l’enfer et si la sainte Vierge écrase la tête du démon, ce n’est pas avec les erreurs du Concile et d’Assise, mais grâce à la réaction de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, et de façon générale de la Tradition, qui refusent de plier le genou devant Baal.

[36] — La première unité de l’Église, c’est l’unité de la foi. Dans la mesure où les prêtres de Campos se rapprochent de la Rome moderniste, ils diminuent le témoignage de la foi et, loin de travailler à consolider l’unité de l’Église (« soutenir la cause sainte de la tunique sans couture du Christ »), ils contribuent à diminuer cette unité et à la diluer dans l’œcuménisme conciliaire.

[37] — Dr. David Allen White, The mouth of the lion, Bishop Antonio de Castro Mayer and the last catholic diocese, Kansas City (USA), Angelus Press, 1ère éd. avril 1993, 4e éd. avril 2000. Malheureusement, à ce jour, l’ouvrage n’a pas été traduit en français.

[38]Le Sel de la terre en a commencé la publication à partir du nº 37 qui était consacré à Mgr de Castro Mayer, et la poursuit depuis dans chaque numéro. (NDLR.)

[39] — Nous l’avons publiée dans Le Sel de la terre 37, p. 29. (NDLR.)

[40] — Rappelons ici le souhait que Mgr de Castro Mayer exprimait à la fin de son « votum » pour le Concile : « Il ne fait aucun doute que la restauration de la chrétienté dépend surtout de l’action des évêques. C’est pourquoi, lorsque les candidats à l’épiscopat sont présentés, il me semble qu’il faut principalement s’assurer, par l’enquête habituelle, de leur esprit face au socialisme, au laïcisme, au néo-modernisme, etc. et, en général, devant les erreurs et les formules dont s’alimente la conjuration antichrétienne ; c’est-à-dire s’ils sont capables et ont la force de combattre fermement, activement et efficacement contre ces erreurs, leurs formules artificieuses et leurs manières d’être » (Voir Le Sel de la terre 37, p. 26). (NDLR.)

[41] — Publié ci-après, p. 181. (NDLR.)

[42] — Mgr Williamson parle ici de cette Église des années cinquante, apparemment traditionnelle et en bonne santé, mais souvent déjà vermoulue, ce qui explique la chute si rapide qui a suivi. (NDLR.)

[43] — A ce propos, on pourra se rappeler ce que déclarait Dom Gérard en réponse aux critiques sur son accord avec Rome (Présent du 18 août 1988) : « Ce que nous demandions depuis le début (messe de saint Pie V, catéchisme, sacrements, le tout conforme au rite de la Tradition séculaire de l’Église), nous était octroyé, sans contrepartie doctrinale, sans concession, sans reniement. Le Saint-Père nous offrait donc d’être intégrés dans la Confédération bénédictine, tels que nous sommes. […] Nous avons mis à la signature de cet accord deux conditions :

« 1) Que cet événement ne soit pas un discrédit porté sur la personne de Mgr Lefebvre. […]

« 2) Que nulle contrepartie doctrinale ou liturgique ne soit exigée de nous, et que nul silence ne soit imposé à notre prédication antimoderniste. […]

« Qu’on veuille bien ne pas s’empresser de porter des jugements hâtifs sur des situations complexes sans avoir tous les éléments en main ; précipitation ou malveillance travaillent pour l’Ennemi. Si l’on voulait patienter quelque peu, on aurait tout loisir de juger l’arbre à ses fruits. […] N’est-ce pas le critère proposé par l’Évangile ? »                                                                          …/…

Le pape a accepté l’offre des prêtres de Campos de combattre l’hérésie dans l’Église. A la suite du renouvellement du crime d’Assise, on devrait s’attendre à ce que Mgr Rangel et ses prêtres condamnent fermement ce scandale, comme l’a fait le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Fellay, dans son communiqué du 24 janvier 2002. (NDLR du Bulletin du Prieuré Marie-Reine).

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 40

p. 152-180

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