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Notre-Dame

du Perpétuel Secours

 

 

 

par l’abbé Nicolas Pinaud

 

 

 

Cet article a d’abord été rédigé par M. l’abbé Pinaud pour Le Donjon (Bulletin de la Fraternité Saint-Pie X du Pays Basque, nº 50, octobre 2000). Il nous en a adressé le texte, revu par ses soins, pour que nous puissions le publier dans notre numéro d’été, de manière à ce que nos lecteurs le lisent à l’occasion de la fête liturgique de Notre-Dame du Perpétuel Secours, fixée au 27 juin.

Le Sel de la terre.

 

*

  

 

 

LE 11 DÉCEMBRE 1865, le pape Pie IX confiait l’image sainte de Notre‑Dame du Perpétuel Secours à la congrégation de saint Al­phonse de Liguori comme palladium en leurs campagnes aposto­liques et il chargea les rédemptoristes d’en répandre le culte à travers le monde : « Faites-la connaître au monde entier » leur ordonna-t-il.

Il est impossible aujourd’hui de chiffrer le nombre de médailles et d’images distribuées. Une seule chose est certaine : c’est l’image de la très sainte Vierge la plus répandue à travers le monde, comme le rappelait le père Michael-Mary Sim [1] lors du congrès marial de 1996, à Lourdes.

Quelques exemples anciens illustrent cette diffusion : en 1877, l’imprimerie Robineau de Paris en avait déjà livré 5 millions d’exemplaires ; une autre de Pa­ris, en 1902, en avait écoulé 2 millions ; à Lyon, l’imprimerie Pénin signalait en avoir vendu plus de 50 millions !

En 1914, le pape Pie X attacha une indulgence partielle de 300 jours à l’invocation : Mère du Perpétuel Secours, priez pour nous [2].

 

 

Histoire de l’image miraculeuse

de Notre‑Dame du Perpétuel Secours

 

Préhistoire !

 

Le père Segalen, dans sa brochure qui a le mérite d’être très bien illustrée, affirme : « Beaucoup ont cru dans les siècles passés que c’était un portrait de la Vierge Marie peint de la main de saint Luc. C’est pour cette raison qu’ils appe­laient cette icône “la Vierge de saint Luc”. Nous savons que c’est une légende. Mais une légende qui s’appuie sur un fait : l’Évangile de saint Luc nous offre le plus beau portrait de la Vierge Marie. »

Nous aimerions savoir comment le père Segalen sait que ce n’est pas saint Luc qui a peint l’original de cette image ! Aujourd’hui, ce que l’homme ne peut expliquer ni vérifier, il en fait « une légende » et non pas dans le sens primitif de ce mot, c’est-à-dire : « ce qui doit être lu », mais dans le sens d’une fable.

Saint Luc, médecin de formation, était un esprit cultivé. Il ne connut pas Notre‑Seigneur, mais il fut en rapport très étroit avec la Mère de Dieu, ce qui lui permit de nous révéler dans son Évangile les secrets dont seule Marie avait été témoin.

Une tradition très sérieuse, sinon absolument certaine, nous apprend que saint Luc était également peintre. De sa relation intime avec Marie, naquit sans doute le désir de transmettre aux fidèles non seulement un peu de l’âme de la très sainte Vierge, mais aussi les traits de son visage. Ce qu’il fit.

La tradition nous rapporte que la sainte Vierge, voyant ce tableau, y attacha cette bénédiction : « Gratia mea eam comitabitur – Toujours ma faveur accom­pagnera cette image. » C’est ce que rapporte notamment le père Henze, l’auteur qui a étudié le plus intégralement toute l’histoire de ce tableau miraculeux [3].

Un autre portrait attribué à saint Luc est vénéré dans une chapelle latérale gauche de l’église Sainte-Marie-Majeure, à Rome, sous le titre « Salus Populi Ro­mani ». Nous remarquons quelques similitudes entre les deux icônes [4].

Deux faits récents accréditeraient la tradition qui reconnaît dans ce tableau un portrait de la sainte Vierge. En effet, lorsqu’on montra cette icône à sainte Bernadette, celle-ci y reconnut les traits de la Dame qui lui était apparue à la grotte de Massabielle : « On ouvrit sous les yeux de Bernadette un carton de gravures qui, toutes, représentaient la sainte Vierge. Au passage de la Vierge de saint Luc, écrit le père Cros [5], Bernadette mit vivement la main dessus en disant : “Il y a quelque chose là !…” Quant aux autres images, elle ne les vit qu’avec in­différence. »

Et sœur Lucie répondit également au père Mc Glynn qui lui demandait quelle était la physionomie de la Vierge : « Son visage est le même que celui de Notre‑Dame du Perpétuel Secours [6]. »

Cette image fut vénérée à Jérusalem durant près de quatre siècles. Le pre­mier document qui atteste l’existence de ce tableau de la Vierge peint par saint Luc date de 444. C’est à cette époque qu’il fut offert à l’impératrice Eudoxie, épouse de Théodose II, empereur très pieux qui régna de 408 à 450 sur l’empire romain d’Orient. Eudoxie confia ce précieux trésor à la sœur de l’empereur, sainte Pulchérie. Cette dernière fit construire une église à Constantinople et y dé­posa la précieuse relique qui y fut l’objet d’une très grande vénération. Chaque mardi, une procession sortait du sanctuaire et la sainte image était portée à tra­vers la ville. Le peuple multipliait ses hommages et Marie, fidèle à sa promesse, prodiguait ses faveurs : « Toujours ma faveur accompagnera cette image. »

Jusqu’à Baudouin II, comte de Flandre, empereur d’Orient (1240-1273), et encore bien après, la sainte image fut mêlée aux événements les plus importants de l’histoire du catholicisme en Orient. La Vierge avait reçu le nom grec de Hodigitria [7], ce qui signifie guide.

Hélas ! des jours sombres s’abattirent sur Constantinople. Le 30 mai 1453, les Turcs s’emparaient de Constantinople et Mahomet II détruisit de sa main la précieuse image qui périt pour toujours.

Heureusement, de nombreuses copies avaient été réalisées, dont une par le moine saint Lazare, mort en 860. Ce religieux, qui vivait au temps de l’empereur iconoclaste Théophile eut les mains brûlées pour avoir peint cette image de la Vierge [8].

L’œuvre de saint Lazare diffère du portrait authentique par l’adjonction des deux anges présentant, de part et d’autre du visage de Marie, les instruments de la Passion qui valurent à cette image le titre de « Vierge aux deux archanges » ou « Vierge de la Passion », appellation la plus répandue en Orient, principalement en Russie où l’on vénère à Moscou l’une des copies de la peinture de Constanti­nople. Cette imitation qui est l’œuvre de l’artiste Grégoire a été l’objet de mi­racles. En 1641, par ordre du tsar Alexis Mikhaïlovitch, elle fut transportée à Mos­cou, et à l’endroit où on la reçut, près de la porte de Tver, on construisit une église en son honneur, puis un monastère. Son nom, « Vierge de la Passion », lui vient de ce que, à droite et à gauche de la tête de la Vierge se trouvent peints deux anges tenant les instruments de la Passion du Sauveur [9]. L’inspiration com­mune des icônes de Notre‑Dame du Perpétuel Secours et de la Vierge de la Pas­sion est évidente comme nous pouvons le constater sur la reproduction jointe.

Mais laissons cette imitation de l’Est pour revenir à celle du moine Lazare qui peut être légitimement considérée comme l’héritière naturelle de la bénédic­tion de la Vierge : l’image miraculeuse de Notre‑Dame du Perpétuel Secours, nom dicté par la Vierge elle-même dans une apparition dont nous parlerons plus loin.

L’antique peinture de saint Luc, qui fut vénérée d’abord à Jérusalem, puis à Constantinople où elle fut honteusement lacérée, se survit donc dans la célèbre copie que nous connaissons tous et qui est vénérée aujourd’hui à Rome dans l’église Saint‑Alphonse, via Merulana, entre Sainte-Marie-Majeure et Saint-Jean-de-Latran, comme le demanda la très sainte Vierge.

 

De Constantinople à l’île de Crète

 

Selon la tradition, le pape Nicolas Ier ayant exprimé le vœu de posséder à Rome une copie de la célèbre image, saint Lazare quitta son monastère pour cor­respondre au désir du pape, mais il n’acheva pas son voyage. Il fut contraint, peut-être par la tempête ou la maladie, de faire escale sur l’île de Crète où il mourut.

Les Crétois recueillirent avec grande piété l’image qu’ils vénérèrent pendant six siècles dans une église qu’ils édifièrent à cet effet.

Le désir de Nicolas Ier n’avait pas été réalisé de son vivant, mais Rome était bien le terme que le ciel avait fixé à cette image ; la suite le prouve amplement…

 

De l’île de Crète à Rome

 

Un manuscrit de 1499, découvert à l’église Saint-Matthieu à Rome où le ta­bleau fut l’objet d’un culte très populaire, nous rapporte très précisément le récit de la translation de l’île de Crète à Rome. Ce document a disparu en 1799, en même temps que l’église, lors de l’invasion de Rome par les Français, mais trois copies distinctes ont survécu au désastre ; elles se trouvent aujourd’hui à la bi­bliothèque vaticane. C’est la source principale de notre étude.

 

1. Le voyage

 

Vers 1496, un marchand de l’île de Crète, poussé par l’esprit de lucre, dé­roba l’image dans l’église où elle était en vénération, avec l’intention de vendre ce tableau à une église d’Italie. Il s’embarqua, mais au cours de la traversée, une formidable tempête s’éleva au point que les passagers crurent vraiment leur der­nière heure arrivée. Plus morts que vifs, ils se confièrent à la sainte Vierge, mais sans soupçonner – le document le mentionne en termes explicites – la présence à bord d’une Madone miraculeuse volée.

Pris de repentir, le voleur aurait-il, sans s’expliquer, suggéré qu’on invoquât celle dont il avait l’image ? Rien ne le laisse supposer. Enfin, le bateau aborda sain et sauf à un port indéterminé d’Italie, grâce à la protection de Marie qui s’y trouvait « clandestinement » !

Puis, sans qu’on puisse recomposer les événements intermédiaires, notre individu arriva à Rome, toujours en possession de son trésor qu’il s’était proposé de vendre à une église. Mais la maladie le surprit dans la ville et il dut s’aliter chez un ami. Son mal, loin de le quitter, s’aggrava et notre voleur sentit que sa fin ne tarderait pas. Contrit, il manda son ami fidèle et le supplia de lui rendre un dernier service. Sur son acquiescement, il lui raconta son vol sacrilège et lui de­manda d’offrir ce tableau à une église de son choix, celle qui lui paraîtrait la plus convenable.

Cet ami s’y engagea et le marchand crétois, sans doute bien disposé par Notre‑Dame du Perpétuel Secours, rendit son âme à Dieu. L’aventure devait s’arrêter là. Il n’en fut rien.

 

2. Enchaînée dans le secret

 

Déballant les effets du défunt, notre Romain trouva facilement le magni­fique tableau et songea à exécuter sans retard sa promesse. Par malheur, son épouse, éprise de la beauté et de la valeur de l’image, s’opposa à la volonté de son mari. « Un tableau miraculeux chez nous, lui dit-elle, mais c’est un cadeau du ciel ! Jamais je ne consentirai à m’en séparer. — Cette peinture ne nous appar­tient pas, lui répondit son mari, nous devons permettre aux autres chrétiens de la vénérer. » Mais l’épouse n’était pas à court d’arguments : « Si nous l’offrons à une paroisse de Rome, les autres en seront jalouses ! Gardons-la ici et nous prierons chaque jour la Vierge pour tous les Romains… »

Finalement, au lieu de le porter dans une église, on suspendit le trésor dans la chambre à coucher, où, durant neuf mois, il fut tenu en réclusion, sans rien de marquant. Mais, un jour, la sainte Vierge apparut au Romain et lui enjoignit d’exécuter les dernières volontés de son ami défunt et l’engagement sacré qu’il avait lui-même contracté au chevet du mourant. L’injonction ne parvint pas à convaincre cet homme. Un second avertissement resta également inefficace. Ma­rie intervint encore une troisième fois auprès du rebelle, accentuant sa visite d’une menace : « Si vous n’obéissez pas à mes volontés, vous mourrez sous peu. » Il allait enfin obtempérer, mais, une nouvelle fois, il fut impuissant devant les in­sistances de son épouse.

C’en était trop ! Une dernière fois, la Vierge se présenta au Romain, non plus pour le menacer, mais pour lui annoncer les châtiments futurs : « Je t’ai pré­venu, dit-elle sévèrement à l’époux sans énergie, tu n’as pas voulu te soumettre de bon gré, eh bien ! tu vas sortir d’ici le premier… Ensuite, je quitterai à mon tour cette maison, et me choisirai une plus digne demeure ! » Effectivement, peu de temps après, notre homme sortait de la maison… dans son cercueil.

La sainte Vierge, qui ne pouvait se fier à l’épouse coupable, apparut d’abord à la fillette, âgée de six ans, et lui manda un message important – le plus important, puisqu’il nous révèle le nom de la Madone : « Avertis ta mère et ton grand-père, dit-elle, que Sainte-Marie du Perpétuel Secours veut être exposée à la vénération des fidèles dans une église de Rome. »

 

3. Vers la libération

 

Dans la dernière monition de la sainte Vierge, le grand-père est nommé, vraisemblablement parce qu’il corroborait l’opposition de l’épouse, sa fille. Quoi qu’il en soit, par l’expérience, la veuve avait appris que la Madone ne profère pas de vaines menaces. A ce message mystérieux qui, de surcroît, cadrait également avec une vision qu’elle avait eue personnellement, apeurée par la perspective du châtiment, elle s’apprêta à se défaire du précieux tableau et à l’offrir à une église, selon la volonté de celle qu’il représente.

Incapable de réaliser son projet en silence, elle en parla à une amie voisine. En pleurant, elle révéla la résistance de son mari, s’accusa avec amertume d’avoir été la cause de la mort de son époux par sa propre insubordination, et lui fit part de sa résolution de remettre au plus tôt la précieuse image dans une église.

La voisine ne crut pas à cette intervention providentielle et rassura la pauvre femme : « Tu te laisses tromper, la Vierge Marie est au ciel, elle ne s’inté­resse nullement à nos images en peinture ; si tu jetais ton tableau au feu, il brûle­rait comme n’importe quel autre, crois-moi. Et si tu es trop craintive, donne-le-moi : je m’en occuperai. » Mal lui en prit toutefois ! Avant la fin de la journée, cette voisine était très gravement malade. Mais ce coup du ciel raviva sa foi, elle comprit sa faute, demanda pardon, formula même un vœu à la sainte image qui la délivra instantanément de son mal.

Enfin, le tableau allait être rendu à la vénération publique. Mais, dans quelle église fallait-il le déposer ? La Vierge elle-même revint manifester ses in­tentions et les révéla à la fillette dans une nouvelle apparition, la septième et la dernière de cette histoire : « Informe ta mère qu’elle doit déposer l’image entre Sainte-Marie-Majeure et Saint-Jean-de-Latran, dans une église dédiée à saint Matthieu. » L’église indiquée était desservie par les pères augustins.

Au Ier siècle de l’Église, sur cette colline de l’Esquilin et dans l’enclos actuel de la propriété des rédemptoristes, s’élevait la maison paternelle de saint Clet, troisième pontife romain, qui reçut les vérités évangéliques de la bouche du Prince des apôtres. Devenu pape, il consacra sa demeure au culte public et en fit une église, qui devint ainsi l’un des premiers sanctuaires de la chrétienté. On lui assigna le titre de Saint‑Matthieu. Elle fut restaurée au XIIe siècle et consacrée alors par le pape Pascal II.

 

4. Le culte public

 

Informés de faits aussi favorables pour eux, c’est avec empressement, on le devine, que les augustins se portèrent acquéreurs de ce trésor céleste. Ils organi­sèrent donc une procession solennelle ; et, le 27 mars 1499, sous le pontificat d’Alexandre VI, le mercredi de la Semaine sainte, ils transportèrent le tableau mi­raculeux dans leur église.

La sainte Vierge n’entendait pas monter sur son trône sans apposer sa si­gnature au contrat passé avec ses enfants. A peine le tableau avait-il franchi le seuil du nouveau sanctuaire, qu’un grand infirme, paralysé du bras et de tout le côté droit, se traîna à l’autel pour y implorer sa guérison, suppliant Dieu et la Vierge de lui redonner le mouvement. Soudain, le sang se remit à circuler, le pa­ralytique était guéri.

Ce miracle, le premier d’une multitude, marquait l’inauguration d’un culte glorieux en faveur de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Pendant trois siècles, dans cette église Saint‑Matthieu, les fidèles en foule et de nombreux visiteurs de marque, tel saint Alphonse de Liguori, viendront rendre hommage à l’image sainte dominant le maître autel sous son baldaquin tout en marbre.

Un siècle plus tard et constamment par la suite, les annalistes qui écrivirent sur la ville de Rome, ne purent taire la gloire de la Madone. Panciroli, en 1600, et Herrera, en 1644, mentionnent le tableau, le qualifiant de « miraculeux » ; Totti, en 1638, renchérit : « absolument (valde) miraculeux » ; Lupardus, en 1618, Marti­nelli, en 1653, le déclarent : « illustre par ses miracles » ; Cancelotti, en 1661 : « célèbre par ses prodiges » ; Brutius, vers 1670 : « très miraculeux » et le cardi­nal Nerli, en 1687 : « resplendissant au loin par la gloire de ses miracles ». Ces témoignages, parmi bien d’autres, sont puisés dans le remarquable ouvrage du père Henze.

 

 

Nouvelle épreuve

De l’église Saint-Matthieu à l’église Saint-Eusèbe

 

Hélas ! en février 1798, les troupes françaises, sous la conduite de Berthier, envahirent Rome. Masséna, succédant à Berthier, fit détruire une trentaine d’églises dont l’église Saint-Matthieu, qui fut rasée de fond en comble le 3 juin, comme nous l’apprend une Bulle de Pie VII du 23 décembre 1801.

Les augustins du monastère, Irlandais pour la plupart, retournèrent presque tous dans leur pays d’origine. Seuls, quelques-uns cherchèrent un refuge dans l’église voisine, dédiée à saint Eusèbe et, pour lors, complètement délaissée à cause de l’extinction des anciens desservants, les pères célestins.

Dans leur fuite, on le soupçonne bien, les augustins emportèrent précieu­sement, de Saint‑Matthieu à Saint‑Eusèbe, le tableau si vénéré de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Où le déposèrent-ils ? Dans l’église même ou dans le monas­tère ? On l’ignore. Tout ce qu’on peut affirmer, c’est qu’il y fut conservé jusqu’en 1819, soit 21 ans. A cette date, en effet, les jésuites, rétablis par Pie VII, reçurent l’église Saint-Eusèbe en partage, et les augustins furent de nouveau transférés, cette fois à la petite église Sainte-Marie in Posterulana. Évidemment, le tableau de Notre-Dame du Perpétuel Secours les accompagna dans cette nouvelle migration.

Cependant, il ne fut pas déposé dans l’église – dédiée déjà à la Vierge sous un autre titre : Notre‑Dame de Grâce –, mais placé dans un petit oratoire secret à l’intérieur du monastère. Et là, petit à petit, il sombra dans l’oubli complet ou presque, car le peuple n’y avait plus accès et, d’autre part, fort peu de moines avaient connu les solennités de Saint‑Matthieu.

Seul, un vieux frère coadjuteur italien, Augustin Orsetti, restait profondé­ment attaché à cette Madone ; car, seul, il jouissait d’informations de première main sur le culte, rendu naguère, à Notre‑Dame du Perpétuel Secours, dans l’église Saint‑Matthieu. C’est là en effet que, encore adolescent, il avait revêtu le saint habit religieux et avait coulé plus de dix ans de son existence religieuse. Devenu un vieillard, il répétait fréquemment, avec chaleur, à un jeune homme mis à son service durant plus de douze ans, Michel Marchi : « Mon cher Michel, ce tableau est celui de Sainte‑Marie du Perpétuel Secours, vénéré si longtemps à Saint‑Matthieu. C’est un tableau miraculeux, ne l’oublie pas ; la chose est abso­lument certaine. » D’ailleurs, le jeune homme avait déjà entendu certaines rela­tions de faits miraculeux, attribués à la Madone du Perpétuel Secours.

Le vieux frère s’éteignit à l’âge avancé de 86 ans et le jeune homme quitta le monastère où il servait. Sans oublier tout à fait la recommandation du vieux frère sur le tableau miraculeux, il n’eut cependant plus l’occasion de ranimer ses souvenirs, ni de parler fréquemment du sujet. Le pauvre tableau fut donc enseveli dans l’oubli et la poussière, pendant près de soixante-quinze ans (de 1798 à 1866).

Plus tard, Michel Marchi raconterait que, dans son enfance, il avait souvent contemplé le tableau dans le petit oratoire du couvent, à Sainte-Marie in Posteru­lana. Tout en servant la messe, il observait que le tableau ne recevait aucun culte ; on n’y allumait pas même une lampe, on n’y déposait jamais la moindre ornementation, on laissait la poussière le couvrir et le ronger : lui, pourtant si jeune, ne laissait pas de l’admirer… Sa mission n’était pas terminée !

Notre‑Dame s’enveloppa une nouvelle fois de mystère et de silence : trois quarts de siècle se passèrent ainsi. Sans doute, des individus devaient encore posséder de petites images de la Vierge et recourir privément au perpétuel se­cours de Marie… Mais c’en était fait des processions et des cérémonies gran­dioses. C’en était fait ? Non pas !

 

Aux mains des rédemptoristes

 

En 1855, pour obtempérer aux pressantes invitations du souverain pontife, la congrégation du Très Saint Rédempteur fondée par saint Alphonse de Liguori s’installe à Rome. L’achat d’un terrain et d’un monastère n’alla pas sans graves complications : que de négociations échouèrent ! Finalement, non sans de nou­velles difficultés, on s’installa sur l’Esquilin, et, remarquez-le bien, sur l’emplace­ment précis de l’ancienne église Saint‑Matthieu. Mais à cette date, on ne soup­çonnait rien. En outre, par une coïncidence curieuse, cette même année, Mi­chel Marchi, l’ancien serviteur et jeune confident du vieux frère Augustin Orsetti, entrait en religion, …chez les rédemptoristes !

Ce n’est pas tout. A quelque temps de là, l’archiviste du monastère signala à la communauté une trouvaille des plus intéressantes. Dans un vieux bouquin, il avait découvert un document révélateur : une église dédiée à saint Matthieu se dressait autrefois sur le terrain de la communauté, à l’angle du jardin ; et on y vénérait un tableau miraculeux de la Vierge.

Le père Marchi, à cette occasion, évoqua quelques souvenirs qu’il gardait de Sainte-Marie du Perpétuel Secours, et dont, une fois ou l’autre déjà, il avait en­tretenu ses confrères. Tous, on le comprend, avaient l’esprit très en éveil concer­nant cette affaire.

Mais un jour, on s’enrichit d’un complément d’information. C’était en 1863. Un jésuite, le père François Blosi, prêchait au Gésu, à Rome, sur les différentes madones vénérées dans la Ville éternelle. Or, un soir, il préluda en ces termes à son sermon : « Je voudrais vous entretenir aujourd’hui d’une image autrefois très célèbre, à cause des prodiges qu’elle opérait. Depuis 70 ans, on n’en fait plus mention, sans doute parce qu’elle est cachée dans quelque maison privée. »

Puis, le prédicateur, s’inspirant d’un sermon prêché dans la même église en 1715 et imprimé dans un ouvrage de 1729, raconta différents traits relatifs à notre glorieux tableau. Il termina son allocution par cet appel enflammé : « Si, dans le vaste auditoire qui m’écoute, quelqu’un savait où se trouve cette image célèbre, je le conjure de le révéler, et de la faire rendre au culte, à l’endroit même choisi par la sainte Vierge : entre Sainte-Marie-Majeure et Saint-Jean-de-Latran. »

L’écho de cet historique discours, de cette prédication providentielle, par­vint aux oreilles des rédemptoristes. Ils y apprirent un détail de souveraine im­portance, et complètement ignoré : la Vierge de Crète a choisi d’autorité l’endroit où elle veut accueillir nos hommages : c’est l’église située entre Sainte-Marie Ma­jeure et Saint-Jean-de Latran. Or, l’église actuelle qui répondait à cette descrip­tion, c’était celle des rédemptoristes, dédiée au Saint Rédempteur et à saint Alphonse.

On soupçonne aisément quel désir et quel espoir de posséder ce tableau s’allumèrent au cœur des fils de saint Alphonse. Ne possédaient-ils pas, d’ailleurs, dans leurs rangs, un témoin de première valeur ?

Le père Mauron, supérieur général, demanda au père Marchi de rédiger en bonne et due forme un document sur la réclusion du tableau, dont son cœur gardait fidèlement le secret. Muni de cette pièce, signée en la fête de l’Immaculée Conception, le supérieur général des rédemptoristes se présenta à Pie IX le 11 décembre 1865. Il lui raconta les faits, précisa les informations désirées, fournit les documents requis, et, séance tenante, le souverain pontife apposa sa signature à un acte authentique, par lequel il enjoignait « à l’institut microscopique des au­gustins de Sainte-Marie in Posterulana » de céder l’image miraculeuse aux ré­demptoristes, afin d’assurer à la Madone un culte public et solennel.

Le 19 janvier suivant, l’image était effectivement remise aux rédempto­ristes [10]. On procéda en hâte à la restauration du tableau quelque peu détérioré ; puis on inaugura le nouveau culte par une procession dans les rues de Rome, le jeudi soir 26 avril 1866, fête de Notre-Dame du Bon Conseil ! C’était également ce jour-là la fête de saint Clet !

« Les fils de saint Alphonse de Liguori (1696-1787), remarquent les Bénédic­tins de Paris, avaient formé dès l’origine une congrégation très dévote à la sainte Vierge. Elle avait adopté comme emblème de cette dévotion l’image de Notre‑Dame du Bon Conseil. Mais elle était aussi en spécial honneur chez les ermites de Saint-Augustin. En 1866, la Vierge confia aux rédemptoristes le trésor d’une de ses images miraculeuses : Notre‑Dame du Perpétuel Secours. »

Les augustins, contraints de céder l’image miraculeuse de Notre‑Dame du Perpétuel Secours, retrouvaient en quelque sorte la propriété sans partage de Notre‑Dame du Bon Conseil ; n’est-ce pas ce que voulait l’inauguration providen­tielle de Notre‑Dame du Perpétuel Secours le jour de la fête de Notre‑Dame du Bon Conseil ?

Des miracles eurent lieu exactement comme lors de la précédente intronisa­tion, quatre siècles plus tôt, dans l’église Saint-Matthieu. Signalons l’une ou l’autre de ces interventions extraordinaires de la sainte Vierge.

Un enfant de quatre ans, brûlé par la fièvre et martyrisé par d’intolérables maux de tête qui le jetaient dans des convulsions semblables à celles d’une mé­ningite, semblait sur le point de mourir. Au passage du tableau miraculeux de Notre‑Dame du Perpétuel Secours, la mère saisit son enfant, ouvre la fenêtre et le présente à la Vierge avec cette prière confiante : « O bonne Mère, guérissez mon enfant, ou emportez-le avec vous en paradis ! » La confiance de la mère ne fut pas vaine. L’enfant ressentit aussitôt un mieux humainement inexplicable et, quelques jours plus tard, il était en parfaite santé.

Quelques maisons plus loin, une autre mère tenait dans ses bras sa petite fille de huit ans qui avait perdu, depuis plusieurs années, l’usage de ses jambes. Le cœur de Marie entend aussi son appel, mais l’enfant, si elle perd de sa rai­deur, ne retrouve pas pour autant la force de rester debout. Quelques jours plus tard, sa mère, encouragée par une amélioration que rien ne laissait prévoir, l’emmène à l’église Saint-Alphonse et la dépose devant le tableau en disant : « O Marie, achevez ce que vous avez commencé ! » A cet instant, la fillette se lève et se met à marcher.

Depuis ce jour, l’image miraculeuse est exposée à la vénération publique dans l’église Saint-Alphonse, via Merulana, entre Sainte-Marie Majeure et Saint-Jean de Latran, où elle ne cesse de répandre ses faveurs sur les foules qu’elle at­tire : « Toujours ma faveur accompagnera cette image. »

Le pape Pie IX ne tarda pas à venir en personne ; le 5 mai 1866, il se pros­ternait devant l’image miraculeuse : « J’ai appris que cette Vierge accorde des grâces qui tiennent du prodige. Elle devrait bien user de sa puissance en faveur du pauvre pape » dit-il, et il chargea les rédemptoristes de « la faire connaître au monde entier ».

Saint Alphonse, leur fondateur, n’avait-il pas écrit : « Marie ne cessera pas de nous secourir, si nous ne cessons pas d’invoquer son secours. »

 

 

Description et symbolisme

de l’image miraculeuse de

Notre‑Dame du Perpétuel Secours

 

« Si, par le saint Suaire, nous pouvons contempler le visage de Notre‑Seigneur, écrit l’abbé Delagneau, on peut dire que par le tableau de Notre‑Dame du Perpétuel Secours, copie du tableau de saint Luc, nous appro­chons également du vrai visage de Marie. »

Le tableau est une peinture sur bois qui n’a guère que cinquante centi­mètres de haut et quarante de large.

Sur un fond d’or assez éclatant apparaissent plusieurs personnages. La Vierge Marie, portant sur son bras gauche l’Enfant Jésus, occupe la place centrale. L’or qui reste toujours lumineux et ne se détériore pas, symbolise la lumière in­créée, le ciel. Marie qui occupe la plus importante place de ce fond céleste nous rappelle qu’elle est la porte du paradis, « Janua Cœli ».

La Vierge est revêtue de la pourpre royale, sa robe est rouge et son man­teau bleu, relevé sur la tête en guise de voile. Les plis du manteau et du voile sont marqués par des traits d’or. L’ancien Testament ne connaît qu’une seule teinte de bleu : le bleu hyacinthe. Les étoffes qui recouvraient l’Arche d’alliance étaient de cette teinte (Nb 4, 6, 12). Or Marie n’est-elle pas justement la véritable Arche d’alliance ? Le grand prêtre appelé par ses fonctions à communiquer direc­tement avec Dieu portait également des vêtements de cette couleur. Marie n’est pas prêtre, mais elle nous donne le prêtre par excellence [11] : puisque Notre‑Seigneur est devenu prêtre par l’acte même de l’Incarnation, il faut dire que la première ordination sacerdotale fut célébrée dans le sein virginal de Marie, que l’ordination ne s’accomplit qu’avec le consentement de Marie, que le sujet de l’ordination a été fourni par Marie.

Sur le voile brille une étoile – « Stella Maris » – l’étoile qui indique la route, celle que suivirent les mages, celle que chante saint Bernard :

 

Marie est cette splendide étoile qui se lève sur l’immensité de la mer, brillant par ses mérites, éclairant par ses exemples. O toi qui te sens, loin de la terre ferme, emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. Si le vent des tentations s’élève, si l’écueil des tribulations se dresse sur ta route, regarde l’étoile, appelle Ma­rie. Si tu es ballotté par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regarde l’étoile, appelle Marie. Si la colère, l’avarice, les désirs impurs se­couent la nacelle de ton âme, regarde vers Marie. Si, troublé par l’énormité de tes crimes, honteux des turpitudes de ta conscience, effrayé par la crainte du jugement, tu commences à te laisser aller à la tristesse, à glisser dans le désespoir, pense à Marie. Dans les périls, les angoisses, les doutes, pense à Marie, invoque Marie [12]… 

 

L’étoile est également symbole de virginité. Sur le voile de l’icône de la Vierge de la Passion, nous en apercevons trois, car Marie est Vierge, avant, pen­dant et après l’enfantement.

L’auréole assez large qui enveloppe sa tête est ornée de dessins artistement travaillés.

Au-dessus de la Madone, on lit ces quatre lettres grecques : MR–QU, ini­tiales et finales qui signifient : « Mère de Dieu » (MªHTHºR  QªEOºU).

Le divin Enfant est assis sur le bras gauche de sa Mère ; il n’est pas habillé comme un enfant, mais comme un homme. Il porte une tunique verte entourée d’une ceinture rouge et couverte en partie par un manteau jaune foncé. Sa tête est aussi entourée d’une auréole un peu moins large et moins ouvragée que celle de la Madone, mais marquée d’une croix. Au-dessus de son épaule gauche, dans la ligne de son regard, nous lisons ces lettres : IÇ–CÇ, c’est-à-dire « Jésus‑Christ » (IªHSOUºS CªRISTOºS).

L’enfant ne regarde pas sa Mère, mais rejette sa tête en arrière et tourne les yeux du côté gauche vers une vision qui, en le préoccupant vivement, répand sur son doux visage un sentiment de frayeur. Quelle est cette vision ? Deux anges : l’un à droite, saint Gabriel, qui lui présente la croix et les quatre clous, l’autre à gauche, saint Michel, qui porte dans un vase sacré les instruments de la Passion : la lance qui percera le côté de Jésus et le roseau.

Ce n’est pas un reportage photographique comme l’écrit le père Segalen, mais une célébration liturgique. Nous pouvons identifier ces deux anges, car chacun porte en grec l’inscription de son nom au-dessus de sa tête : à droite O AR G pour « l’archange Gabriel » (O ARªCAGGELOSº GªABRIHLº, dont le nom si­gnifie : Dieu est ma force) et, à gauche, O AR M pour « l’archange saint Michel » (O ARªCAGGELOSº MªICAHLº, dont le nom signifie : Qui est comme Dieu ?).

C’est toute l’histoire du salut qui est résumée par la présence de ces deux esprits célestes : Gabriel, l’ange de l’Incarnation et Michel, l’ange de la victoire sur le Dragon.

Aux extrémités de l’Arche d’alliance se trouvaient deux chérubins, face à face, dominant le propitiatoire, sorte de grand « couvercle » en or sur lequel le grand prêtre, une fois par an, versait le sang de la victime. Ici, ce sont les ar­changes Gabriel et Michel qui entourent l’Arche de la nouvelle alliance, la « Theotokos [13] », en portant les instruments de l’immolation. Jésus tourne son vi­sage vers le propitiatoire nouveau, la Croix, sur laquelle l’Agneau de Dieu sera immolé comme victime de propitiation.

A la vue de ces instruments de mort, l’Enfant cherche la protection de sa mère et s’empare de sa main droite, symbole de la force. Les deux petites mains qui serrent le pouce de la main de Marie tiennent le centre de l’icône : le lieu le plus important. Jésus demande à sa Mère de lui prêter « main forte » et nous sa­vons qu’elle le fera jusqu’au bout, seule debout au pied de la Croix.

Cette main majestueuse qui tient les deux petites mains de l’Enfant indique la médiation universelle de Marie, mais toute l’attitude de Marie – sa tête penchée au-dessus de son Fils et sa main droite qui le montre – nous rappelle que c’est Jésus notre salut. Merveilleuse représentation de l’Auxilium christianorum, de celle qui est le secours permanent des chrétiens.

Mais ce qui caractérise surtout ce tableau, c’est le visage de la Madone, dont l’expression est parfaitement en rapport avec la scène que nous venons de décrire. Dans le regard de Marie dirigé vers les assistants, comme dans toute sa physionomie, on sent je ne sais quelle indéfinissable et douce tristesse, mêlée à une tendre compassion, commentaire parfait de la parole du vieillard Siméon : « Un glaive de douleur vous transpercera le cœur » (Lc 2, 35). C’est le visage de la co-Rédemptrice, Notre‑Dame des Sept Douleurs.

Elle aussi a vu la croix qu’on présente à son Fils : son cœur souffre, mais avec quel calme, quelle sérénité, quelle céleste résignation ! Il semble que les ter­reurs du divin Enfant, en présence des instruments du supplice qu’on lui montre, ont rappelé à Marie ses autres enfants de la terre, cheminant péniblement dans la tristesse et les larmes, et trop souvent alarmés par l’aspect de leur croix.

Sous l’impression de pitié qu’elle éprouve, sa bouche reste fermée, car le Fiat a été prononcé. Elle reste muette, mais en serrant la petite main gauche – celle du cœur – elle semble confirmer son accord et nous dire à nous :

 

Ego mater pulchrae dilectionis, et timoris, et agnitionis, et sanctae spei. In me gratia omnis viæ et veritatis : in me omnis spes vitae et virtutis. Transite ad me… Qui audit me, non confundetur : et qui operantur in me, non peccabunt… – Je suis la Mère du pur amour, de la crainte de Dieu, de la science et de la sainte espérance. En moi, toute la grâce de la voie et de la vérité, en moi, toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi… Celui qui m’écoute ne sera jamais confondu, et ceux qui agis­sent par moi ne pécheront jamais… (Épître de la messe de la fête de Notre‑Dame du Perpétuel Secours, le 27 juin, tirée du livre de l’Ecclésiastique 24, 23-31.)

 

Il faut mentionner encore un détail à première vue amusant, mais plein de signification : l’Enfant perd la sandale de son pied gauche ! Certains commenta­teurs n’en donnent qu’une interprétation sentimentale de la peur de Jésus. A la vue des instruments de la Passion, Jésus, effrayé, se serait jeté dans les bras de sa Mère, cassant la courroie de sa sandale dans sa précipitation.

Mais un enfant qui a peur détourne les yeux. Jésus, au contraire, face à la Passion qui lui est présentée par son Père à travers les gestes des envoyés cé­lestes, acquiesce du regard.

Or nous savons qu’il existait une coutume juive qui consistait à remettre sa sandale pour symboliser le changement de propriété par héritage ou vente. Ainsi, quand Booz achète une terre mise en vente par Noémie, il enlève sa sandale (Rt 4, 7).

Autrement dit, Jésus semble déclarer ici : « Je détache ma sandale et vous la donne pour bien vous certifier que vous ne me devez plus rien ! Je mets le prix qu’il faut pour vous sauver, pour être aimé de vous. »

On retrouve encore ce geste dans la loi du lévirat exprimée dans le Deuté­ronome 15, 5 : « Lorsque des frères habiteront ensemble et que l’un d’eux mourra sans enfants, la femme du défunt n’épousera pas un autre, mais son frère la rece­vra et suscitera une postérité à son frère. » Si le beau‑frère renonce à son droit, il se déshonore et la veuve « s’approchera de lui devant les vieillards, et lui ôtera sa sandale et lui crachera au visage et dira : ainsi sera traité l’homme qui n’édifie pas la maison de son frère » (Dt 25, 9). A la Passion, Jésus n’a plus ses sandales, on lui crache au visage et l’on se moque de lui.

 

Enfin, le 23 juin 1867, Mgr Louis Antici‑Mattei, archevêque de Constanti­nople, couronnait solennellement le tableau d’un diadème d’or offert par le cha­pitre de la basilique vaticane.

Depuis, les papes n’ont cessé d’honorer personnellement et d’enrichir la dévotion à Notre‑Dame du Perpétuel Secours :

Pie IX, nous l’avons vu, vint se prosterner devant l’image miraculeuse. Les rédemptoristes lui offrirent une copie ; il la plaça dans son oratoire privé et or­donna qu’une veilleuse brûlât continuellement devant elle. Lorsque les Russes de Zotimir lui demandèrent de leur envoyer la Madone la plus vénérée de Rome, Pie IX leur fit parvenir Notre‑Dame du Perpétuel Secours.

Léon XIII l’avait sans cesse sous les yeux puisqu’il conservait sur son bureau une petite image de Notre‑Dame du Perpétuel Secours.

Saint Pie X, recevant le 7 octobre 1907 l’ambassade extraordinaire de Méné­lik II, empereur d’Éthiopie, offrit à son épouse, l’impératrice Taitou, une repro­duction de Notre‑Dame du Perpétuel Secours. Saint Pie X indulgentia de trois cents jours l’invocation : « Mère du Perpétuel Secours, priez pour nous. »

Benoît XV avait une copie de Notre‑Dame du Perpétuel Secours au-dessus de son trône et permit aux rédemptoristes d’ajouter dans les litanies de Lorette, après l’invocation « Mère du Bon Conseil » : « Mère du Perpétuel Secours, priez pour nous. »

Pie XI approuva la neuvaine en l’honneur de Notre‑Dame du Perpétuel Se­cours : il s’agissait d’honorer Notre‑Dame du Perpétuel Secours neuf samedis consécutifs.

Pie XII permit de transférer cette neuvaine des neuf samedis aux dimanches suivants. Après la cérémonie de canonisation de sainte Maria Goretti, Pie XII of­frit à la maman, présente à la canonisation de sa fille, un précieux cadre en ar­gent représentant Notre‑Dame du Perpétuel Secours.

Paul VI permit de transférer la neuvaine de neuf samedis consécutifs à n’importe quel jour de la semaine pendant neuf semaines.

 

« Notre‑Dame du Perpétuel Secours, faites que les saints Noms de Jésus et de Marie soient dorénavant la respiration de mon âme ! »

 

 

Dévotion

 

Sans doute, le monde a toujours été malade et il le sera toujours. Le mal qui le ronge remonte à l’origine des temps ; il n’est pas de ceux que l’on guérit radicalement. L’Église, née pour combattre ce mal, est et demeurera militante ici-bas. Mais, comme pour les malades corporels, il y a, pour ce grand infirme spiri­tuel qui s’appelle le monde, des jours de calme et des jours de crise et, par conséquent, pour l’Église qui a mission de le soigner, des jours plus agités et des jours plus sereins. Son histoire n’est qu’un immense drame où se déroulent tour à tour mille péripéties diverses. Sans doute, dans sa longue carrière, n’a-t-elle rien vu de comparable à la lutte qu’elle soutient aujourd’hui, c’est pourquoi le Secours perpétuel de Notre‑Dame nous est encore plus nécessaire.

 

• Litanies de Notre‑Dame du Perpétuel Secours

 

O Mère du Perpétuel Secours, mon cœur surabonde de confiance en vous à cause du nom que vous portez. Me voici à vos pieds. Je vais vous exposer toutes les nécessités de ma vie et de ma mort ; je vais appeler sur toutes ces misères votre ma­ternel secours ; daignez m’écouter du haut du ciel et m’exaucer, ô ma Mère.

 

Au moment périlleux de la tentation, pour que je résiste, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Quand j’aurai eu le malheur de pécher, pour que je me relève, venez à mon se­cours, ô charitable Mère !

Si quelque lien funeste m’enchaîne au service du démon, pour que je le brise, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si je suis esclave d’une passion tyrannique, pour qu’enfin je triomphe, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si je suis un enfant prodigue, endurci et plongé dans le vice, pour que je re­tourne à mon Père, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si je vis dans la tiédeur, pour que Jésus‑Christ ne me vomisse pas de sa bouche, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si je vis dans le sacrilège, pour qu’enfin j’aie le courage de me bien confesser, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Quand j’oublierai ou que je négligerai de recourir à vous, pour qu’aussitôt je vous prie, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si jamais je me relâche dans votre service, pour que bientôt je me ranime, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Dans le devoir difficile de la confession, pour que je le remplisse toujours assez tôt et toujours bien, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Dans le devoir sacré de la communion, pour que je m’en acquitte dignement et avec ferveur, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Dans tous les exercices d’un chrétien fervent, et notamment durant la prière et la méditation, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que je conserve ou recouvre la chasteté, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que j’acquière l’humilité, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que je parvienne à aimer Dieu de tout mon cœur, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que, par amour pour Dieu, je me conforme en tout à sa sainte volonté, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que j’accomplisse fidèlement mes devoirs d’état, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Quand la maladie fera souffrir mon corps, et abattra mon âme, venez à mon se­cours, ô charitable Mère !

Quand le chagrin et la tristesse s’empareront de moi, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si les hommes me font souffrir, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si Dieu me soumet aux tourments des peines intérieures, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si la Providence m’éprouve par la pauvreté ou les revers de fortune, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Si je trouve dans ma propre famille des sujets de douleur, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Quand je serai humilié, contrarié, maltraité, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que j’obtienne la conversion ou le soulagement de ceux qui me sont chers, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que je procure la délivrance aux âmes du purgatoire, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que je coopère au salut des pécheurs, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que j’obtienne la grâce de la persévérance finale, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que jamais je n’oublie de demander cette grâce de la persévérance, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Quand viendra ma dernière maladie, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Aux approches de la mort, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Dans les dernières tentations qui précéderont et accompagneront mon agonie, venez à mon secours, ô charitable Mère !

A mon dernier soupir, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Quand j’apparaîtrai devant votre Fils qui sera mon juge, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Quand je serai en purgatoire, venez à mon secours, ô charitable Mère !

En tout temps et en tout lieu, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que je vous serve, vous aime et vous invoque toujours, venez à mon se­cours, ô charitable Mère !

Pour que j’aime Jésus‑Christ, venez à mon secours, ô charitable Mère !

Pour que je vous fasse aimer et servir, venez à mon secours, ô charitable Mère !

 

Soyez louée, soyez aimée, soyez invoquée, soyez éternellement bénie, ô Notre‑Dame du Perpétuel Secours, mon espérance, mon amour, ma Mère, ma dou­ceur et ma vie. Ainsi soit-il !

 

• Prière à Notre‑Dame du Perpétuel Secours

 

Prière composée en 1867 par le père Achille Desurmont C.SS.R. (l’auteur des litanies précédentes).

 

O sainte Vierge qui, pour nous inspirer une confiance sans bornes, avez voulu prendre le nom si doux de Mère du Perpétuel Secours, je vous supplie de me secou­rir en tout temps et en tout lieu : dans mes tentations, après mes chutes, dans mes difficultés, dans toutes les misères de la vie, et surtout au moment de ma mort. Donnez-moi, ô charitable Mère, la pensée et l’habitude de recourir toujours à vous ; car je suis sûr que, si je vous invoque fidèlement, vous serez fidèle à me secourir. Procurez-moi donc cette grâce des grâces, la grâce de vous prier sans cesse et avec la confiance d’un enfant, afin que par la vertu de cette prière fidèle, j’obtienne votre perpétuel secours et la persévérance finale. Bénissez-moi, ô tendre et secourable Mère, et priez pour moi, maintenant et à l’heure de ma mort. Ainsi soit-il !

 

• Sainte Thérèse de Lisieux et Notre-Dame du Perpétuel Secours

 

Dans la famille Martin, le tableau de Notre‑Dame du Perpétuel Secours était à l’honneur. Devenue maîtresse des novices, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus composera un cantique en l’honneur de Notre‑Dame du Perpétuel secours, en mars 1887 :

 

Refrain

Vierge Marie, au céleste rivage,

Après l’exil j’irai te voir toujours.

Mais ici-bas ta douce image,

C’est mon Perpétuel Secours.

 

            1er couplet

Mère chérie, dès ma tendre jeunesse

Ta douce image a su ravir mon cœur.

En ton regard je lisais la tendresse

Et près de toi je trouvais le bonheur.

 

            2e couplet

Quand j’étais sage et bien obéissante,

Il me semblait que tu me souriais ;

Et si parfois j’étais un peu méchante,

Je croyais voir que sur moi tu pleurais…

 

            3e couplet

En exauçant ma naïve prière,

Tu me montrais ton amour maternel,

Te contemplant, je trouvais sur la terre

Un avant-goût des délices du ciel.

 

            4e couplet

Lorsque je lutte, ô ma Mère chérie,

Dans le combat, tu fortifies mon cœur ;

Car, tu le sais, au soir de cette vie,

Je veux offrir des prêtres au Seigneur !…

 

            5e couplet

Toujours, toujours, image de ma Mère,

Oui, tu seras mon bonheur, mon trésor,

Et je voudrais à mon heure dernière,

Que mon regard sur toi se fixe encore.

 

            Dernier couplet

Puis, m’envolant au céleste rivage,

J’irai m’asseoir, Mère, sur tes genoux.

Alors je pourrai sans partage

Recevoir tes baisers si doux !…

 

• Le père de Foucauld et Notre-Dame du Perpétuel Secours

 

Le père de Foucauld, qui fit de sa propre main plusieurs copies de Notre‑Dame du Perpétuel Secours pour décorer ses ermitages, vint la prier à Rome le 8 novembre 1896 :

 

Vers Noël 1893, ne sachant où me réfugier, craignant d’être trompé par le diable, je me suis complètement mis dans ses bras, je me suis souvenu de son cœur de Mère du Perpétuel Secours, et je me suis mis entre ses mains, comme un enfant, sa propriété, la suppliant, elle, Notre‑Dame du Perpétuel Secours, de me porter comme elle vous portait quand vous étiez enfant, et de faire de moi, non ce que je voudrais, mais ce qu’elle voudrait elle-même, pour la plus grande gloire de son Fils, selon sa volonté, elle qui lit dans son cœur. Depuis ce temps, je me regarde tout à fait comme vôtre, ô Mère du Perpétuel Secours ! Ma joie est de penser qu’à Rome, le premier édifice dans lequel je suis entré fut la principale église qui vous soit dédiée sur la terre, ô ma Mère, Sainte‑Marie‑Majeure, et le deuxième fut l’église des ré­demptoristes où est exposée votre image miraculeuse, ô Mère du Perpétuel Secours. Je n’oublie pas non plus, ô ma Mère, que, quand j’ai pensé à la possibilité de réunir quelques âmes pour vivre en commun de la vie de Nazareth, je vous avais promis de mettre cette petite congrégation sous votre patronage… de vous dédier toutes ses maisons… La première devait s’appeler Notre‑Dame du Perpétuel Secours.

 

• Verlaine et Notre-Dame du Perpétuel Secours

 

Notre-Dame du Perpétuel Secours inspira également des poètes tel Verlaine dans son « Angelus de midi » :

 

Je suis dur comme un juif et têtu comme lui,

Littéral, ne faisant le bien qu’avec ennui,

Quand je le fais, et prêt à tout le mal possible ;

Mon esprit s’ouvre et s’offre, on dirait une cible ;

Je ne puis plus compter les chutes de mon cœur ;

La charité se fane aux doigts de la langueur ;

L’ennemi m’investit d’un fossé d’eau dormante ;

Une partie de mon être a peur et parlemente :

Il me faut à tout prix un secours prompt et fort.

Ce fort secours, c’est vous, maîtresse de la mort

Et Reine de la vie, ô Vierge Immaculée

Qui tendez vers Jésus la Face constellée

Pour lui montrer le sein de toutes les douleurs

Et tendez vers nos pas, vers nos ris, vers nos pleurs

Et vers nos vanités douloureuses les paumes

Lumineuses, les Mains répandeuses de baumes.

Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien

Dans le chaste combat du Sage et du Chrétien ;

Priez pour mon courage et pour qu’il persévère,

Pour de la patience, en cette longue guerre,

A supporter le froid et le chaud des saisons ;

Écartez le fléau des mauvaises raisons ;

Rendez-moi simple et fort, inaccessible aux larmes,

Indomptable à la peur ; mettez-moi sous les armes

Que j’écrase, puisqu’il le faut, et broie enfin

Tous les vains appétits, et la soif et la faim,

Et l’amour sensuel, cette chose cruelle,

Et la haine encor plus cruelle et sensuelle,

Faites-moi le soldat rapide de vos vœux,

Que pour vous obéir soit le rien que je peux,

Que ce que vous voulez soit tout ce que je puisse !

J’immolerai comme en un calme sacrifice

Sur votre autel honni jadis, baisé depuis,

Le mauvais que je fus, le lâche que je suis.

La sale vanité de l’or qu’on a, l’envie

D’en avoir, mais pas pour le Pauvre, cette vie

Pour soi, quel soi ! l’affreux besoin de plaire aux gens,

L’affreux besoin de plaire aux gens trop indulgents,

Hommes prompts aux complots, femmes tôt adultères :

Tous préjugés, mourez sous mes mains militaires !

Mais pour qu’un bien beau fruit récompense ma paix,

Fleurisse dans tout moi la fleur des divins Mais,

Votre amour, Mère tendre, et votre culte tendre.

Ah ! vous aimer, n’aimer Dieu que par vous, ne tendre

A lui qu’en vous sans plus aucun détour subtil,

Et mourir avec vous tout près. Ainsi soit-il !

(Œuvres poétiques complètes, Paris, la Pléiade p. 305-306.)

 

Certes, Paul Verlaine n’est pas « le plus grand poète dont 1’Église se puisse enorgueillir depuis le Moyen Age », selon l’étonnante affirmation de Huymans ; l’histoire de cet homme est celle, douloureuse, d’un pécheur qui partagea sa vie entre le cabaret et l’hôpital où il mourut à 52 ans. Les quelques vers cités ci-des­sus ne sont pas là pour honorer le poète, mais plutôt pour illustrer ce que dit saint Paul aux Romains (7, 19) : « Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. ». Gide a écrit : « Souvenez-vous Seigneur que j’ai pu vous aimer » ; la Vierge Marie sans doute n’oublia pas non plus ces vers de Verlaine [14] !

 

Bibliographie

 

— Notre‑Dame du Perpétuel Secours, par le R.P. Paul-Émile Vadebon­cœur, C.SS.R..

— The Story our Lady of Perpetual Help, by Raemers-Eustace, C.SS.R.

— Dévotions, Notre‑Dame du Perpétuel Secours, par le R.P. Achille Desurmont, p. 225-235.

— Notre‑Dame du Perpétuel Secours par l’abbé Alain Delagneau.

— « Saint Alphonse et l’image de la Mère du Perpétuel Secours » par le R.P. Henze, C.SS.R., article de la revue Marie, Édition Canadienne de Nicolet.

— L’Icône de Notre‑Dame du Perpétuel Secours, par le P. Jean-Marie Segalen, C.SS.R. – brochure recensée par Y. Chiron dans Présent du 7 août 1999.

— Notre‑Dame du Perpétuel Secours par Françoise Bouchard.

— Maria, études sur la sainte Vierge sous la direction d’Hubert du Manoir S.J., t. II, p. 480, t. IV p. 823, t. III, p. 291, t. V, p. 200-201, 203-204, 121, 215.

— Gloires de Marie par saint Alphonse de Liguori, édition canadienne, 1920, p. 237-262.

— Vie des saints et des bienheureux par les Bénédictins de Paris, t. VI, p. 464.

— Notre‑Dame de la Passion, étude sur son symbolisme du père Jean O.F.M. de Morgon (transmise par l’auteur mais non publiée à notre connais­sance).

— The Catholic Encyclopedia « Perpetual Succour », t. XI, p. 699-700.

 

 


 

4. Église Saint-Alphonse, à Rome,

où se trouve l’image miraculeuse

de Notre-Dame du Perpétuel Secours

(au-dessus du tabernacle).


[1] — Supérieur de la communauté rédemptoriste traditionnelle (Golgotha Monastery, Papa Stronsay, Îles Orcades, Écosse).

[2] — Enchiridion indulgentiarum, 1952, p. 309.

[3] — Le Dr Clément M. Henze C.SS.R. (Ausführliche Geschichte des Muttergottesbildes von der Immerwaehrenden Hilfe, 1939) cite, en faveur de la tradition qui attribue à saint Luc l’image peinte de la Vierge : 1) le témoignage de Theodorus Lector, lecteur à Sainte-Sophie de Constantinople vers 520 ; 2) Un sermon grec prononcé au Xe siècle à Constantinople et publié en 1899 par Dobschütz ; 3) Un écrit du synode de Jérusalem de 836 à l’empereur Théophile « l’Iconoclaste », signé par 3 patriarches, 185 évêques, 17 supérieurs de monastères et 1153 moines. Ces 1358 signatures reflètent la croyance commune de l’Orient. La critique n’a aucune preuve décisive pour renverser cette tradition bien établie. (NDLR.)

[4] — Voir image 2 en fin d’article.

[5] — Dans son Histoire de Notre‑Dame de Lourdes, t. I, page 109.

[6] — Revue Le Perpétuel Secours, avril 1956.

[7] — Ou Hodêgêtria, ÔOdhghvtria, « la Guide ». (NDLR.)

[8] — L’empereur iconoclaste Théophile décida de rendre impossible tout travail à ses mains d’artiste : il ordonna de brûler les mains du saint moine sur des plaques rougies au feu. Lazare supplia la Vierge pour laquelle il était ainsi torturé dans sa chair et la Madone le guérit : il se remit alors à peindre des Madones avec plus d’amour encore ; la Vierge triomphait des iconoclastes. (Voir Boon Joseph C.SS.R., Notre-Dame du Perpétuel Secours, Louvain, 1947, 92 p. (NDLR.)

[9] — Voir image 3 en fin d’article.

[10] — Voir image 4 en fin d’article.

[11] — Voir Marie et le Sacerdoce du père J. Le Rohellec.

[12] — Saint Bernard, sermons « A la louange de la Mère de Dieu » sur le Missus est (2e sermon, § 17).

[13] — « Mère de Dieu ».

[14] — Note sur Verlaine : Paul-Marie Verlaine (30 mars 1844 – 8 janvier 1896) fut élevé dans la foi catholique. Sa correspondance privée atteste d’une pratique religieuse régulière jusqu’en 1869, ce qui semble contredire la thèse selon laquelle il aurait perdu la foi au début de l’adolescence. C’est au contraire au commencement de sa vie d’adulte que Verlaine délaisse, pour un temps, la religion catholique, entraîné par une sensualité mal domptée. Son retour à Dieu, ce que lui-même a appelé sa « conversion » a pour cadre la prison de Mons où, en 1874, il purge une courte peine suite à une violente altercation avec son mauvais génie, Arthur Rimbaud. Dans sa cellule, il a un petit crucifix de cuivre. Il assiste à la messe le dimanche et a de longues conversations avec l’abbé Eugène Descamps, l’aumônier. Il lit le Catéchisme de persévérance de Mgr Gaume. Au terme de trois semaines de méditations, il se confesse. Il lit alors la Bible, saint Augustin, des Pères de l’Église, Joseph de Maistre et compose les sonnets « Mon Dieu m’a dit... » qui formeront le cœur de son premier recueil de poèmes catholiques, Sagesse. Le 15 août, il communie. A partir de cette date, il montrera souvent l’ardeur du néophyte, même si la suite de sa vie n’est pas exempte de rechutes. Avec Sagesse (1880), Amour (1888) et Bonheur (1891), auxquels il faut ajouter Liturgies intimes (1892), Verlaine apparaît comme un grand poète catholique du XIXe siècle, alliant une très grande sûreté de doctrine (formé à l’école de Mgr Gaume, le poète n’est en rien un catholique libéral) à un très haut niveau d’inspiration littéraire. Malheureusement, auprès de ces sommets, d’autres recueils témoignent de ses rechutes les plus humiliantes (Chansons pour elle, Chairs, Élégies). Sentant venir l’heure de comparaître devant son Créateur, Verlaine se confesse, le 7 janvier 1896, à un prêtre de Saint-Étienne du Mont. Il meurt le lendemain, à 19 heures, d’une congestion pulmonaire.

Informations

L'auteur

L'abbé Nicolas Pinaud a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 41

p. 183-204

Les thèmes
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