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« Droit de réponse »

Commentaires du monastère de Santa Cruz

 

 

 

L’Administration apostolique Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos nous a envoyé comme à beaucoup d’autres, en juin 2002 – donc avant le sacre de Mgr Rifan –, un document pour justifier l’accord qu’elle a signé avec Rome en janvier 2002 et répondre aux « coups, incompréhensions, offenses et même calomnies que nous avons supportés patiemment par amour de l’Église », dit l’introduction. Comme nous avons parlé de cet accord de Campos (Le Sel de la terre 40, pages 152-180), l’auteur du document nous demande d’en publier les pages en « droit de réponse ». Nous le faisons ci-après en intercalant les commentaires tout à fait pertinents que le monastère de la Sainte-Croix, au Brésil, en a donnés dans son Boletim da Santa Cruz, número especial, 2002.

Pour faciliter la lecture, nous avons distingué le caractère typographique du « droit de réponse » de Campos et celui des commentaires intercalés du Boletim da Santa Cruz. Nous avons respecté la maladresse de style et les fautes d’orthographe du document de Campos (très littéralement traduit du portugais, semble-t-il), que nous reproduisons dans l’état où il nous a été communiqué, ne voulant pas altérer par des corrections intempestives la pen­sée exprimée. Enfin, nous avons ajouté quelques notes, indiquées : NDLR.

Comme nos lecteurs s’en rendront compte, le « droit de réponse » de Campos, rédigé dit-on par le père Rifan, est perfidement dialectique. Loin d’aborder le problème de fond, il opère une sélection et une combinaison spécieuses de citations de Mgr Lefebvre, de Mgr de Castro Mayer, de Mgr Fellay, etc., isolées et sorties de leur contexte, qu’il sollicite comme au­tant de témoignages directs ou indirects en faveur de la solution finalement choisie par Campos. Mais cet effort pitoyable pour couvrir de l’autorité de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer l’accord récent de Campos avec le Vatican, ne convaincra personne : il suffit de (re)lire les déclarations des deux prélats, non seulement celles antécédentes à mai 1988, mais celles qui ont ac­compagné et suivi les sacres de juin 1988, pour constater que leur vraie pen­sée s’opposait à l’actuelle « communion » de Campos avec les autorités conciliaires, négociée dans la hâte et dans le secret, dangereusement ambiguë et en évidente contradiction avec un grand nombre d’affirmations anciennes des « prêtres de Campos » eux-mêmes. (Nous renvoyons nos lecteurs à ce su­jet aux textes que Le Sel de la terre a fait paraître à l’occasion du sacre de Mgr Rangel, numéro 6, page 196 : « Déclaration des prêtres de Campos », et numéro 18, page 190 : « Sacre épiscopal au Brésil, opération survie de la Tradition ».)

Le Sel de la terre.

 

*

 

[Introduction du Boletim da Santa Cruz :]

 

Chers amis et bienfaiteurs,

 

Nous avons reçu de Campos un long document que l’Administration apos­tolique personnelle Saint-Jean-Marie Vianney nous a demandé de publier comme droit de réponse à notre bulletin.

Malgré le fait que cette réponse dépasse de beaucoup les dimensions habi­tuelles de notre petit bulletin, nous pensons qu’il convient d’accéder à la de­mande qui nous a été faite autant par honnêteté intellectuelle que pour mieux exposer notre position. Pour cette raison nous éditons ce numéro spécial conte­nant le texte de Campos avec nos commentaires.

Nous désirons dire bien clairement que, si nous exposons publiquement notre position au sujet des accords, c’est parce que nous estimons que ceux-ci constituent un grave danger pour la foi et que, donc, un silence de notre part se­rait une grave omission.

                                                                    Fr. Thomas d’Aquin O.S.B., prieur.

 

*

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

CONVERSATIONS DES PRÊTRES DE CAMPOS AVEC LE SAINT-SIÈGE

Réflexions « intra muros »

 

1) « Le problème qui nous préoccupe » (Mgr Marcel Lefebvre.)

 

Le fait de ne pas être reconnu comme catholique, être de quelque façon à l’écart de la hiérarchie, bien que pour état de necessité, il doit constituer pour tout bon catholique un état anormal, temporaire, un problème qui préoccupe, dont il doit essayer de sortir le plutôt à la mesure des possibili­tés et se sentir heureux avec la possibilité d’arriver à la fin de telle anorma­lité.

Ainsi c’était la pensée de Mgr Marcel Lefebvre, quand, dans les conver­sations établies avec le Saint-Siège en 1988, il écrivait au Card. Ratzinger :

« Ayant pu accompagner les travaux de la commission chargée de pré­parer une solution acceptable pour le problème qui nous préoccupe, il pa­raît que, avec la grâce de Dieu, nous nous sommes dirigés vers un accord, duquel nous sommes très heureux » (lettre de 15/4/1988 - cf. Fideliter - le dossier complet).

Par conséquent, se sentir satisfait avec la séparation, être heureux avec le caractère anormal, ne pas s’être inquiété avec le problème, n’en vouloir d’aucune façon arriver à une entente, repousser a priori toute tentative d’accord, ce n’est pas un bon esprit ni un sentiment catholique dont nous donne l’exemple Mgr Marcel Lefebvre.

Et c’est bon de remarquer la date : 1988, deux années après la « rencontre d’Assise », une année après la « rencontre de Kyoto » et une année après la réponse aux « dubia » de Mgr Lefebvre. Il ne s’était pas ar­rivée aucune « conversion » des autorités dans l’occasion. Et, malgré cela, Mgr Lefebvre, inquiété avec le problème, cherchait un accord, et il se disait heureux pour sa réalisation [1].

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Nous ignorons de qui veulent parler les prêtres de Campos quand ils écri­vent : « Par conséquent, se sentir satisfait avec la séparation, être heureux avec le caractère anormal… » Ils veulent donc dire que nous sommes contents d’être dans une situation anormale ? Ils attribuent notre attitude à une espèce de satis­faction que nous aurions à être séparés de ceux qui devraient nous confirmer dans la foi ? Écoutons ce que disait le R. P. Fernando Rifan dans ses éclaircisse­ments au sujet du sacre des évêques : « Nous avons toujours désiré l’union et la paix. C’est Mgr Lefebvre lui-même qui a demandé à Rome un visiteur pour son œuvre. Mais l’accord désiré ne pourrait se réaliser que si nous avons une pensée identique sur la doctrine traditionnelle de l’Église. Dans le cas contraire il serait fragile et superficiel. »

Or, nous demandons : y a-t-il eu dans les accords (ou entente) de Campos avec Rome cette identité de pensée sur la doctrine dont parlait le R. P. Rifan ? Malheureusement non.

Quant à nous, nous regrettons profondément la crise actuelle, nous regret­tons de devoir nous séparer de ceux qui devraient nous guider vers Dieu, mais nous déplorons encore plus le sort de ceux qui se soumettent à des autorités qui ne professent pas la doctrine traditionnelle de l’Église, mais bien plutôt des erreurs déjà condamnées par celle-ci.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

2) « La question de la visibilité de l’Église est trop importante pour son existence... » (Mgr Marcel Lefebvre.)

 

L’église catholique n’est pas une société spirituelle invisible, une ré­union de fidèles qui ont la vraie foi. Ce serait un concept protestant d’Église, condamné par le Magistère de l’Église (cf. Hervé, Manuale Theologiæ Dogmaticæ, de Ecclesia Christi, n. 332). La Théologie catholique apprend que l’Église est visible en tant que société hiérarchique, avec unité de foi et de gouvernement.

« La visibilité de l’Église consiste en son organisation externe, manifeste à tous les regards, et à ladite organisation doivent appartenir tous les fidèles par le lien visible de la même foi, externement professée, par le lien de la même obéissance commune à une autorité visible et par le lien de la parti­cipation aux mêmes sacrements institués par le Christ, voilà l’élément vi­sible de l’Église. » (Dictionnaire de Théologie Catholique – DTC, v. « Église ». col. 2144).

Voici ce qu’enseigne le pape Pie XII : « Ils sont, par conséquent, dans l’erreur dangereuse ceux qui jugent pouvoir se joindre à Christ Tête de l’Église, sans s’adhérer fidèlement à son Vicaire dans le terre. Supprimée la Tête visible et cassés les liens visibles de l’unité, l’on tourne obscur et l’on dé­figure tellement le Corps Mystique du Rédempteur, qu’il ne peut pas être vu ni peut être trouvé par tous qui demandent le port du salut  éternel » (Encyclique Mystici Corporis, n. 36). 

Le concile Vatican I a défini que le pape est le « perpétuel principe et fon­dement visible de l’unité de l’Église » (Denz-Scho 3051), en anathématisant ceux qui diraient que saint Pierre n’aurait pas des perpétuels successeurs dans la primauté sur toute l’Église (Denz-Sho 3058). En répétant toujours cette doctrine, Mgr Antônio de Castro Mayer enseignait : « Le pape est le chef de l’Église et, comme tel, le signe et la cause de l’unité visible de la so­ciété surnaturelle, internement commandée et vivifiée par le Saint-Esprit » (Instruction Pastorale sur l’Église, 2/3/1965, chap. II).

Ainsi pensait Mgr Marcel Lefebvre : « La question de la visibilité de l’Église est trop importante pour son existence pour que Dieu puisse l’omettre pendant des décennies » (In Mgr Lefebvre y la Sede Romana, Roma Aeterna, n. 112, p. 5).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Lors d’une conférence, à la fin d’une retraite sacerdotale donnée à Flavigny en 1988 [2], Mgr Lefebvre a expliqué clairement que la visibilité de l’Église est obscurcie à Rome, mais pas dans la Tradition. Nous, nous continuons à garder la doctrine des apôtres, l’unité de la foi et l’intégrité des sacrements, dont les fruits se voient dans les familles nombreuses de la Tradition, dans les écoles, les sémi­naires, les couvents, les monastères, etc.

Or, cette visibilité de l’Église est obscurcie à Rome, où les cardinaux n’ont pas l’unité de la foi, car chacun a des idées propres sur la doctrine, et où il n’y a pas l’apostolicité, car ils ont rompu avec le passé, comme l’illustre la conversation suivante entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre :

 

J’ai dit un jour au cardinal Ratzinger : « — Éminence, il faut que nous choisis­sions : ou bien la liberté religieuse telle qu’elle est dans le Concile, ou bien le Syllabus [3] de Pie IX. Ils sont contradictoires et il faut choisir. » Alors il m’a dit : «  Mais, Monseigneur, nous ne sommes plus au temps du Syllabus. — Ah ! ai-je dit, alors la vérité change avec le temps. Alors, ce que vous me dites aujourd’hui, demain ce ne serait plus vrai. Il n’y a plus moyen de s’entendre, on est dans une évolution continuelle. Il devient impossible de parler. » (Conférence donnée aux médias à Ecône, le 15 juin 1988, et publiée dans la revue Fideliter, numéro spécial, 2e édition, 1988.)

 

Non seulement ils ont rompu avec l’unité et l’apostolicité, mais encore avec la catholicité, car, comme le dit Mgr Lefebvre, chaque évêque a une doctrine dif­férente des autres.

Quant à la sainteté, les faits sautent aux yeux de tout le monde. Les pays autrefois catholiques marchent à pas accélérés vers l’abîme de l’apostasie et de la légalisation de péchés qui crient jusqu’au ciel et appellent la vengeance de Dieu.

En conclusion, nous disons aux prêtres de Campos que nous reconnaissons et respectons la hiérarchie instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais nous ne pouvons pas agir contre la foi pour faire plaisir à ceux qui détruisent l’Église. D’ailleurs le père Fernando Rifan écrivait dans ses éclaircissements sur les sacres de 1988 : « Or, rompre avec qui a rompu avec la Tradition, ce n’est pas un schisme, mais c’est de la fidélité. On ne peut pas être en union de charité avec qui a rompu avec l’unité de la foi de l’Église. »

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

3) « Ni des hérétiques ni des schismatiques : cette-ci devrait être notre attitude dans la crise courante » (Mgr Marcel Lefebvre)

 

C’est cette position d’équilibre que nous devons avoir dans la crise cou­rante par laquelle passe la sainte Église. Ne pas être des hérétiques, ça veut dire, ne pas s’attacher aux erreurs déjà condamnées par le Magistère de l’Église, surtout le modernisme, l’œcuménisme faux, l’indiférentisme reli­gieux, etc ; ni non plus être des schismatiques, ça veut dire, nous séparer de l’unité de gouvernement de l’Église. Et si, par nécessité, il y a une si­tuation de séparation, qu’elle soit temporaire et, pendant laquelle, nous maintenions toujours le vif désir de la normalisation, sans nourrir jamais l’esprit de schisme. 

Et le Magistère de l’Église (Léon XIII, Satis Cognitum) nous apprend que l’unité de régime ou de gouvernement, c’est aussi nécessaire que l’unité de foi

C’est ce qu’enseignait Mgr. Lefebvre : « Je préfère partir du principe qu’on doit défendre notre foi... Si quelqu’un attaque notre foi, nous di­sons : non ! Mais à cause de ça, dire ensuite que, parce que quelqu’un at­taque notre foi, il est hérétique, donc il n’est plus autorité, donc ses actes n’ont plus aucune valeur... Attention, attention, attention!... Ne nous met­tons pas dans un cercle infernal dont nous ne saurons pas comme sortir. Dans cette attitude il y a un vrai danger de schisme... Nous voulons nous mainte­nir attachés à Rome, au successeur de Pierre, mais nous  repoussons son li­béralisme par fidélité à ses prédécesseurs... C’est pourquoi loin de repousser les prières pour le pape, nous  augmentons nos prières et supplions afin que le Saint-Esprit l’éclaire et le fortifie dans le soutien et défense de la foi... C’est pouquoi je n’ai jamais repoussé d’aller à Rome à son appel ou à l’appel de ses représentants. La vérité doit s’affermir à Rome plus que dans toute autre place. Il appartient à Dieu de la faire  triompher... Je crois nécessaire faire ces précisions pour rester dans l’esprit de l’Église... (In Mgr Lefebvre y la Sede Romana, Roma Aeterna n. 112, p. 5 et 6). 

Mgr Marcel Lefebvre connaissait la condamnation des propositions de Wiclef et de Jean Huss, prédécesseurs des hérétiques du Protestantisme qu’affirmaient qu’un pape mauvais perd l’autorité sur les fidèles (Cfr. Denz.-Scho 1158 et 1222), propositions condamnées comme pas catho­liques (Denz,-Scho 1251).

D’ailleurs, c’est un dogme de la foi catholique : « Nous déclarons, nous disons et définissons  être totalement nécessaire au salut que tous les hommes soient soummis au Pontife Romain » (Boniface VIII, Bulle Unam Sanctam, Denz-Sho 875).

Et M. l’abbé Franz Schmidberger, premier successeur de Mgr Lefebvre comme supérieur  de la Fraternité Saint-Pie X, en parlant des conversa­tions actuelles avec le Saint-Siège, a exposé « l’importance de maintenir des contacts avec Rome pour ne pas tomber dans une mentalité schismatique » (conférence aux EEUU, apud Newsletter of SSPX, in the UK, août-sep­tembre de 2001 – Éditorial).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Cette position est exactement la nôtre et nous craignons que Campos ait perdu l’équilibre qu’il avait jusqu’alors maintenu. Pour échapper à un supposé schisme, Campos se met sous l’autorité de ceux qui détruisent l’Église.

Or Mgr Lefebvre disait qu’il est extrêmement dangereux de se mettre sous l’autorité de ceux qui ne professent pas les principes de la foi catholique. Cette expérience a déjà été faite par Fontgombault, Dom Augustin, les séminaristes de Mater Ecclesiæ, Dom Gérard, la Fraternité Saint-Pierre, pour ne citer que les plus connus. Nous pensons qu’avec ces accords, Campos perd la sainte liberté qu’il avait de défendre avec intrépidité la foi, comme autrefois.

Nous ne sommes pas contre des accords ou des contacts avec Rome et bien moins contre une régularisation de la situation de la Tradition. Cependant, nous croyons que l’heure d’une telle régularisation n’a pas encore sonné, car Rome continue à renouveler le scandale d’Assise, le scandale de la nouvelle messe et des erreurs et réformes de Vatican II.

Écrivant au Saint-Père, Mgr Lefebvre disait : « Très Saint-Père. Les colloques et entretiens avec le cardinal Ratzinger et ses collaborateurs, bien qu’ils aient eu lieu dans une atmosphère de courtoisie et de charité, nous ont convaincus que le moment d’une collaboration franche et efficace n’était pas encore arrivé. »

Et Mgr Lefebvre donnait aux journalistes la raison suivante, dans une confé­rence de presse faite à Ecône, le 15 juin 1988 : « Le but de cette réconciliation n’est pas du tout le même pour le Saint-Siège que pour nous. » (Fideliter, numéro spécial, 1988, page 14.)

Quant à la soumission au souverain pontife dont parle Campos en citant Boniface VIII, il est évident qu’elle ne doit pas être pratiquée quand le pape dé­truit l’Église. Voici ce que dit saint Robert Bellarmin, fréquemment cité par les prêtres de Campos avant les accords, dans plusieurs de leurs publications :

 

Ainsi comme il est licite de résister au pape qui agresse le corps, on doit égale­ment résister au pape qui agresse les âmes ou qui perturbe l’ordre civil et, surtout, à celui qui tente de détruire l’Église. Il est licite de lui résister en ne faisant pas ce qu’il commande et en empêchant l’exécution de sa volonté. (De Rom. Pont., lib. II, c. 29.)

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

4) « Qui vous méprise, c’est à moi qu’il méprise » (Jésus aux apôtres et successeurs – Lc 10, 16). Respect des autorités de l’Église.

 

Saint Ignace de Loyola, dans ses Exercices Spirituels, à la 10e Règle pour sentir avec l’Église, enseigne que nous devons être plus prêts à louer les directives et comportement de nos supérieurs qu’à les critiquer. Et que, même quand elles ne sont pas bonnes, en parler contre eux, publiquement ou en conversations, il en proviendrait plus de critiques et de scandale que de profit. On causerait déshonneur à l’autorité. Ce peut être utile de parler aux gens qui peuvent remédier au mal.

Donc, Mgr. Fellay, dans une entrevue à la revue 30 Jours, à la déclara­tion du journaliste : « Soyons réalistes. C’est vraiment difficile que Rome puisse dire : nous nous sommes trompés avec le Concile Vatican II », il a répondu : « Vous avez raison : il nous faut être réalistes. Nous n’attendons pas que le Vatican fasse un grand mea culpa, en disant des choses comme : “Nous avons promulgué une fausse messe”. Nous ne voulons pas que l’auto­rité de l’Église soit diminuée encore plus. Il fut déjà assez : ça suffit… »

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Une chose est de mépriser, une autre de résister. Un ex-séminariste du sé­minaire d’Orléans, en France, a rendu ce témoignage que, dans la Fraternité Saint-Pie X, on prie pour le pape et on manifeste envers lui beaucoup plus de respect qu’au séminaire d’Orléans. (Cf. Nouvelles de Chrétienté, nº 73, pages 14-16.)

Nous ne méprisons pas les autorités, mais nous leur résistons quand elles nous obligent à agir contre la foi.

Mgr Lefebvre a dénoncé ouvertement le péché public qu’a constitué la réunion d’Assise. Et Mgr Lefebvre a agi ainsi parce que le bien commun des âmes était en jeu. Saint Paul a fait de même en résistant publiquement à saint Pierre.

Quant à Mgr Fellay, il désire que l’autorité de l’Église ne soit pas plus dimi­nuée qu’elle ne l’est déjà. Mais cela dépend de Rome et non pas de nous. C’est le Saint-Père qui humilie le Siège Pontifical par ses actes. A l’occasion d’Assise, Mgr Fellay n’a pas hésité à élever la voix pour défendre la foi des catholiques et dire publiquement qu’il ne voulait avoir aucune participation (nullam partem !) à cette abomination.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

5) « Souciez-vous des expressions “deux Romes”, “deux Églises” » (M. l’abbé Michel Simoulin, de la Fraternité St. Pie X).

 

« Les expressions deux Romes, deux Églises, deux religions qui s’oppo­sent et s’affrontent, n’ayant apparemment rien de commun entre elles. Ces formules ... sont suggestives et justes, mais dans les limites de l’analogie. Si l’on en force le sens, elles peuvent en effet devenir source de terribles confusions, et engendrer un manichéisme dont le sens de l’Église, la foi dans sa divinité et le simple sens du surnaturel seront les premières vic­times ». (M. l’abbé Michel Simoulin, supérieur du District d’Italie, de la Fraternité Saint-Pie X, article « Dans la crise de l’Église, un peu de vrai ro­manité », dans Communicantes, mai de 2001).

« ...Monseigneur Lefebvre n’a jamais hésité à se rendre à Rome, ou à demander à la Rome moderniste de laisser faire l’expérience de la Tradition, ou à demander la reconnaissance de la Fraternité et la permission de faire les sacres, etc… parce qu’il croyait que l’Église vivait encore à Rome et pouvait user des organes conciliaires pour faire du bien... »

« ...Ne devons-nous pas l’y aider, si la possibilité nous en est offerte » ?

(M. l’abbé Michel Simoulin, ibidem).

Nous devons nous souvenir aussi de la condamnation des Fraticelli et de sa théorie erronnée des deux Églises (Denz-Scho 911) condamnée comme hérétique et insane (Denz-Scho 916).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Voici ce que disait Mgr. Lefebvre dans la conférence de presse faite à Ecône le 15 juin 1988 (Fideliter, ibid., pages 12-13) :

 

Le cardinal [il s’agit du cardinal Ratzinger] l’a plusieurs fois répété : « Monseigneur, il n’y a qu’une Église, il ne peut pas y avoir d’Église parallèle. » Je lui ai dit : « Éminence, ce n’est pas nous qui faisons une Église parallèle, puisque nous continuons l’Église de toujours, c’est vous qui faites l’Église parallèle en ayant in­venté l’Église du Concile, celle que le cardinal Benelli a appelée l’Église conciliaire, c’est vous qui avez inventé une Église nouvelle, pas nous, c’est vous qui avez fait de nouveaux catéchismes, de nouveaux sacrements, une nouvelle messe, une nouvelle liturgie, ce n’est pas nous. Nous, nous continuons ce qui a été fait auparavant. Ce n’est pas nous qui faisons une nouvelle Église. »

 

Quant à l’expression « deux Églises », il est évident qu’il n’y a qu’une seule Église fondée par Notre-Seigneur. L’autre est comme un parasite collé au tronc de la véritable Église, c’est l’Église conciliaire du cardinal Benelli, qui réunit ceux qui veulent détruire l’Église, mais qui n’y parviendront jamais, car elle possède, et seulement elle, les promesses de la vie éternelle. Comme cette anti-Église pré­sente tous les signes d’un être d’une certaine façon organisé, car, comme disait Corção, il faut nécessairement un peu d’ordre pour semer le désordre, il est licite de l’appeler Église, dans le sens d’une organisation qui s’oppose à l’Église et tente de la détruire, à l’image de la cité terrestre qui combat la cité céleste, dont parle saint Augustin.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

6) « C’est subversion hérétique, à cause de méfiance envers la hiérar­chie, suivre quelqu’un habituellement, non membre de la hiérarchie, comme porte-parole et juge de l’orthodoxie » (Mgr Antônio de Castro Mayer, évêque diocésain de Campos.)

 

En parlant d’un autre sujet, Mgr Antônio de Castro Mayer nous donne les principes qui peuvent servir d’avertissement pour le cas présent : « Il y a aujourd’hui, douloureusement, d’autres marques d’hérésie. Ainsi celle qui va à la recherche d’un prophète, à qui suivre, sous le prétexte que la hiérarchie entière a manqué ! Au cas où la hiérarchie entière vienne à manquer, ce serait le mot de Jésus-Christ qui aurait manqué, car le Divin Sauveur a confié à la hiérarchie le gouvernement et la direction de son Église jusque à la fin des siècles et, plus, son assistance afin qu’elle ne vienne pas à manquer » (Monitor Campista, 26/1/1986).

Le même, saint Robert Belarmin a dit : « Si tous les Évêques s’auraient trompés, l’Église entière se tromperait, car les gens sont obligées à suivre ses Bergers, comme Jésus a dit dans St. Luc 10, 16 : “Qui vous entend, c’est à moi qu’il entend”; et saint Mathieu 23, 3 : “Faites ce quoi qu’ils vous di­sent”. » (Liber III, cap. XIV De Ecclesia Militante).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Qui est ici visé par les prêtres de Campos ? La Tradition ? Dans ce cas, l’accusation s’écroule, car Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer étaient membres de la hiérarchie.

Quant à la citation de saint Bellarmin qui dit : « Si tous les évêques se trompaient, toute l’Église se tromperait… », la réponse est évidente : tous les évêques ne se sont pas trompés, puisque Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer sont restés fermes dans la foi.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

7) « La solution pourra être par étapes, même dans une situation un peu hybride, de paroisses personnelles reconnues à côté de paroisses ac­tuelles » (Mgr Marcel Lefebvre.)

 

Mgr Lefebvre acceptait que la solution pourrait venir par étapes : « Il est possible qu’un jour les évêques conscients de leur charge finissent pour dire : Eh bien, cette paroisse est reconnue désormais ; même, peut-être, dans une situation un peu hybride, je dirais, dans le sens qu’ils diraient : “Les paroisses actuelles continuent dans ce qu’elles ont fait jusque au­jourd’hui, mais nous reconnaissons cette paroisse personnelle pour toutes les persones qui veulent y venir et fréquenter et aller aux prêtres, nous les reconnaissons aussi”. Ce serait une solution peut-être... Je dirais... une étape, peut-être, je ne sais pas le futur... Mais c’est possible. En tout cas, c’est néces­saire d’être dans ses dispositions et pas dans une disposition de rupture ni dans une disposition d’opposition pour opposition, d’opposition à l’Église, pour n’importe quoi de ce monde ». (Mgr Marcel Lefebvre – Ecône, 3/3/1977 – Cf. DICI n. 7, 11/5/2201, p. 17.)

En entrevue à revue 30 Jours, à la question : « Alors, qu’est-ce que le Vatican pourrait faire, concrètement, pour renouer les rapports avec vous ? » Mgr Fellay a répondu : « Dans les affaires pratiques, sur comme faire pour résoudre les problèmes, la sagesse et la capacité de Rome sont très grandes. Par conséquent elle peut trouver les formules appropriées ».

Et sur la proposition de l’Administration apostolique, Mgr Fellay a commenté : « C’est une proposition extraordinaire, et si Rome veut une vraie ré­forme, celle-ci est la route qu’il fallait prendre... » (Entrevue à Pacte, n. 56, été 2001 – Cf. DICI n. 16 - 13/7/2001.)

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Il s’agit de savoir si les accords de Campos sont une étape vers la victoire ou vers la défaite de la Tradition à Campos. Peut-être Dieu veut-il que nous nous trompions, mais tout ce que nous lisons ou que nous voyons nous fait craindre que ces accords marquent le commencement de la diminution de la vigilance doctrinale à Campos, avec toutes les conséquences que cette attitude comporte.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

8) « Laissez-nous faire l’expérience de la Tradition » (Mgr Marcel Lefebvre au pape).

 

Quelquefois, c’est nécessaire dans les conversations de la réconciliation, d’utiliser de l’argument « ad hominem », c’est à dire, utiliser des mots et évoquer des principes qui sont acceptés par les interlocuteurs, afin qu’en bonne logique ils en tirent des bonnes conclusions, sans vouloir avec cela signifier que nous adoptons ces points de vue.

Ainsi Mgr Lefebvre demandait même qu’ils leur laissassent la tradition au nom du pluralisme courant, parmi le grand nombre des « expériences » actuelles : « Le Pape Jean Paul II..., à l’occasion de l’audience qui m’a concedé en no­vembre de 1979, semblait bien disposé, après une conversation prolongée, laisser la liberté de choix dans la liturgie, à me permettre faire, à la fin, ce que je demande dès le commencement : parmi toutes les expériences qui sont faites dans l’Église, l’expérience de la tradition » (Mgr Marcel Lefebvre, Lettre ouverte aux Catholiques perplexes, XX). Cela ne veut pas dire que Mgr Lefebvre était d’accord avec toutes ces « expériences qui se font dans l’Église ».

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Une chose est de montrer à Rome son incohérence et une autre est de faire un accord : Mgr Lefebvre a montré clairement que Rome permettait toutes les expériences sauf celle de la Tradition, mais il n’a jamais fait d’accords avec les modernistes, car il a constaté que les objectifs de Rome n’étaient pas les mêmes que ceux de la Tradition.

« Nous avons donc senti, tout au cours de ces colloques, un désir, une vo­lonté de nous ramener au Concile », c’est-à-dire de faire que Mgr Lefebvre ac­cepte le concile Vatican II (Fideliter, ibid., page 13).

« J’ai toujours éprouvé un sentiment de méfiance et je dois avouer que j’ai toujours pensé que tout ce qu’ils faisaient c’était pour parvenir à nous réduire, à accepter le Concile et les réformes postconciliaires. Ils ne peuvent admettre (notre attitude), et d’ailleurs le cardinal l’a dit récemment dans une interview à un journal allemand : “Nous ne pouvons pas accepter qu’il y ait des groupes, après le Concile, qui n’admettent pas le Concile et les réformes qui ont été faites après le Concile. Nous ne pouvons pas admettre ça.” » (Fideliter, ibid., page 12).

La situation a-t-elle changé depuis ? Je ne crois pas, car L’Osservatore Romano du 26 janvier 2002 écrivait, en présentant la lettre pontificale adressée à Mgr Licinio Rangel et à l’Union Saint-Jean-Marie-Vianney :

« Pendant la célébration (du 18 janvier), Mgr Rangel a fait la profession de foi, a prononcé le serment de fidélité au souverain pontife, déclarant en même temps qu’il acceptait tous les enseignements du concile œcuménique Vatican II. »

Ces textes et d’autres déclarations mettent bien en évidence que Rome a le même objectif que celui qu’elle avait en 1988 : amener la Tradition à accepter le concile Vatican II.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

9) « Tout a son temps... temps de se taire et temps de parler » (Eccl 3, 1 et 7.)

 

Jésus vivait dans le temps où l’esclavage était commun dans la société. L’esclavage est un mal. Et Jésus n’a parlé une seule fois au moins contre l’esclavage. Cela provoquerait une dissolution sociale. Mais Jésus a placé les bases – les vertus chrétiennes de la justice, humilité et charité – qui, avec la pénétration du christianisme dans la société, ont fait abolir l’escla­vage. C’est nécessaire d’attendre le moment opportun quelquefois. C’est nécessaire d’observer les circonstances et la capacité de réception de la cri­tique. Et quelques fois le combat positif est plus fructueux que le négatif.

Ansi la Fraternité Saint-Pie X, lorsqu’a réussi utiliser les Basiliques Romaines au Jubilé de l’année 2000, elle n’a pas profité des microphones pour parler contre les erreurs courantes de la dite « Rome moderniste ». Et les prêtres de la Fraternité, organisateurs du jubilé, demandèrent aux prêtres qui par­leraient dans les Basiliques qu’ils baissassent le ton et qu’ils ne parlassent durement contre les autorités. Et Mgr Fellay, en passant par les Portes Saintes, n’a pas protesté par le fait du pape les avoir ouvertes accompagné de représentants d’autres religions. Et le même Mgr Fellay, quand parlât aux microphones des Basiliques, a utilisé d’un ton bien modéré et il n’a pas critiqué « l’Église Conciliaire », malgré celle fût une occasion singu­lière. Le même s’est passé quand il a célébré la Messe dans la Basilique de Sainte Marie Majeure. Ce ne sont que les gens de mauvais esprit à imagi­ner qu’il a manqué dans la profession de foi en procédant comme ça. « Tout a son temps ».

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Quand Notre‑Seigneur est offensé comme à Assise, il ne nous semble pas que ce soit le temps de se taire, mais bien de parler. Il est bon de se rappeler ici les paroles de saint Hilaire aux évêques qui avaient accepté de signer une profes­sion de foi ambiguë et semi-arienne :

 

Un esclave, disait saint Hilaire, je ne dis pas un bon esclave, mais un esclave médiocre, ne peut supporter qu’on injurie son maître : il le venge, s’il peut le faire. Un soldat défend son roi, même au péril de sa vie, même en lui faisant un rempart de son corps. Un chien aboie au moindre flair, s’élance au premier soupçon. Vous, vous entendez dire que le Christ, le vrai Fils de Dieu, n’est pas Dieu : votre silence est une adhésion à ce blasphème, et vous vous taisez ! [Histoire de l’Église, Fliche et Martin, éd. Bloud et Gay, 1947, t. III, page 168.]

 

Nous craignons que le silence de Campos ne se prolonge et que la réunion d’Assise du 24 janvier ne disparaisse des mémoires, et que d’autres affronts faits à Notre‑Seigneur, comme la déclaration de la validité de l’anaphore d’Addaï et Mari [4] (un canon de la messe sans les paroles de la consécration), ne s’évanouissent aussi dans le silence.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

10) « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés » (Jésus dans Lc 6, 37). « Ne jugez pas avant le temps » (saint Paul dans I Cor 4, 5.)

 

« Toutes les choses ressemblent jaunes aux yeux des affectés par jau­nisse... La malice du jugement irréfléchi, d’une manière semblable à cette maladie, fait ressembler que tout est mauvais aux yeux des ceux qui en sont affectés... Si une action aurait cent aspects différents, nous devrions la regarder seulement sur le meilleur côté... » (Saint François de Sales, Philotée, III, 27).

Et qui enlève injustement la renommée à son prochain, en plus du pé­ché qu’il fait, est tenu à la restitution... » (idem, ibidem, III, 28).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Dom Gérard, en 1988, disait aussi qu’on ne devait pas juger son attitude, qu’il fallait attendre. Or la grave difficulté qui en découle est la suivante : d’ici un an, les positions prises se seront déjà cristallisées, et peu de personnes change­ront de côté, à cause des dérangements et des souffrances qu’une séparation si grave a l’habitude de causer.

Quant à juger, on doit distinguer entre les intentions et l’accord proprement dit. L’accord peut et doit être jugé, car nous ne pouvons pas rester neutres. Les propres prêtres de Campos ont jugé bon de les accepter, et la Fraternité Saint-Pie X, au contraire, a jugé que c’était une erreur de le faire. Tant les prêtres de Campos que le reste de la Tradition ont jugé les accords ; les uns pour les accep­ter, les autres pour les déplorer.

En ce qui concerne les intentions, de fait, seul Dieu les connaît. C’est pour cette raison que la réaction de la Tradition dans le monde entier fut, avant tout, celle de l’effroi, car personne n’attendait cette attitude de la part des disciples (enfants) de Mgr de Castro Mayer.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

11) « Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais elle peut contri­buer à cela » (M. L’abbé Michel Beaumont, de la Fraternité Saint-Pie X, sur l’éloge que le Pape courant a fait au Missel Romain traditionnel, dit de Saint Pie V, et au sujet des bonnes observations du card. Ratzinger sur la Liturgie) :

 

« Devant un mur hostile, toute brèche est bienvenue. Elle manifeste au moins que le combat n’est pas inutile. Une hirondelle vient de traverser le ciel. Elle n’est pas le printemps, elle ne substitue pas le printemps de l’Église que nous apellons de nos voeux, et auquel nous travaillons à notre place. Mais une hirondelle annonce le printemps, elle peut donc donner force et courage pour l’attendre » (Cfr. http ://www.le-combat-catholique.com/). 

C’est dans cette ligne de pensée que Mgr Fellay a dit très bien : « S’il y a une occasion, une seule, afin que les contacts avec Rome peuvent faire revenir un peu plus de Tradition dans l’Église, je pense que nous devons profiter de l’occa­sion » (Mgr Fellay, Fideliter, n. 140, p. 7).

Voilà pouquoi M. l’abbé Pierre-Marie Laurençon, supérieur du District de France, de la Fraternité Saint-Pie X, a consideré comme une grande vic­toire pour la Tradition le fait des fidèles traditionalistes avoir obtenu de célébrer la Messe de Saint Pie V, pour la première fois dans 20 années, à la Basilique (moderne) souterrainne de Saint-Pie X, au Sanctuaire de Lourdes, au pèlerinage du 28 octobre 2001. « C’est peut-être LE miracle de Lourdes pour l’année 2001 ! En tout cas, nos propres fidèles ne pourront plus nous reprocher de nous “contenter des miettes” en laissant les autorités de Lourdes nous confiner dans une salle périphérique du sanctuaire pour nos cérémonies !... Cette belle victoire ne doit-on l’interpréter comme un signe d’espérance pour le retour de Rome à la Tradition ? » (Lettre aux amis et bienfaiteurs, janvier de 2002).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Il s’agit de savoir si cette hirondelle qui a traversé le ciel de Campos est la première qui arrive pour annoncer le printemps ou la première qui part pour an­noncer un hiver rigoureux.

Il s’agit de savoir si Campos a profité de l’occasion ou si ce furent les mo­dernistes qui en ont profité. Nous aimerions être abusés, mais tout porte à croire que ce sont les modernistes qui ont gagné avec les accords.

C’est assez des textes provenant de Campos, et comparons-les avec ceux de Mgr de Castro Mayer et de Mgr Lefebvre.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

12) « Je crois dans la possibilité d’un accord pratique et dans la totale innutilité de discutions doctrinalles dans le moment actuel » (M. L’abbé Philipe Laguérie, Fraternité Saint-Pie X) :

 

« Voici ma conclusion - surprenante, peut-être : je crois à la possibilité d’un accord pratique et à l’innutilité totale des discussions  doctrinalles à l’heure présente...  On perd le temps – et peut-être la propre âme – avec ces discussions qui n’atteignent jamais une conclusion, pour la raison évidente qu’elles n’ont pas la moindre problématique commune. Est-ce que cela veut dire que je suis contre tout accord ? Non, au contraire. Si un accord doctrinal ne sera possible que dans 20 ou 30 années, ce n’est pas une raison pour renoncer à l’accord... » (DICI n. 8, 18/5/2001, p. 12).

La Fraternité Saint-Pie X a demandé au cardinal de Paris une Église afin que ses fidèles pussent visiter pour le jubilé de l’année 2000. Ils leur ont donné l’Église de Saint-Sulpice dans laquelle les fidèles ont prié, conduits par les prêtres de la Fraternité, étant reçus par le curé de la paroisse locale qui leur a donné des paroles de réception. Il fut un accord pratique, fructueux, sans avoir été résolu la question doctrinaire.

Également aussi la même Fraternité Saint-Pie X, pour l’occasion du Pèlerinage à Rome au Jubilé de l’année 2000, fit un accord pratique avec le Vatican, dans le sens qu’on leur donât le permis d’entrer dans les basi­liques. Le Vatican leur a donné l’entrée dans les Basiliques, l’usage des mi­crophones par les Évêques, mais il ne leur a pas autorisés la Messe. Il fut un acord pratique, non totalement satisfaisant parce que la Sainte Messe tradi­tionnelle n’a pas été permise, mais cela eut beaucoup de fruits, même sans avoir été résolue la question doctrinalle.

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Le grand abbé bénédictin, Dom Paul Delatte, disait qu’il n’y avait rien de plus pratique que la doctrine. Je ne vois pas comment on peut converser sans même parler de doctrine et, à plus forte raison, signer un accord avec des devoirs et des droits qui engagent la conscience [5].

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

13) « Le cas de la Fraternité Saint-Pie X c’est différent du cas du dio­cèse de Campos. On ne doit pas lier le cas de Campos à la Fraternité » (Mgr Marcel Lefebvre) :

 

Dieu, dans l’actuelle crise de l’Église, a voulu susciter deux évêques fi­dèles qui résistassent au modernisme courant, de façon particulière, avec ses propres caractéristiques : Mgr Marcel Lefebvre, un évêque mission­naire, pour un apostolat plus universel, et Mgr Antônio de Castro Mayer, un évêque diocésain, pour un apostolat davantage dans un style diocésain. Ainsi ses fils devraient continuer dans le sacerdoce, unis dans la même doctrine mais par des voies propres.

Cela était l’opinion de Mgr Antônio de Castro Mayer avec laquelle Mgr Lefebvre s’accordait, qui ainsi lui a écrit sur le problème d’un éven­tuel sacre :

« Le cas de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X se présente différent du cas du diocèse de Campos. Je pense que le cas du diocèse de Campos est plus simple, plus classique... C’est pourquoi, à mon avis, il ne faut lier le cas de Campos à la Fraternité... Les cas doivent être bien séparés. Ce n’est pas sans importance pour l’opinion publique et pour la  Rome actuelle. La Fraternité ne doit pas y être impliquée et elle laisse toute la responsabilité, légitime d’ailleurs, aux prêtres et aux fidèles de Campos... Voilà  mon opi­nion ; je pense qu’elle s’appuie sur les lois fondamentales du droit ecclé­siastique et  sur la Tradition.... » (Lettre de 04/12/1990, Communicantes, n. 40, janvier 1992.)

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Ceci ne change rien au problème des accords réalisés par Campos. La question est : ces accords (ou ententes) sont-ils bons pour Campos, oui ou non ? Nous estimons qu’ils sont mauvais, indépendamment du cas de la Fraternité. Ils sont mauvais, car ils établissent une situation ambiguë. Ils sont mauvais, parce que leurs fruits, qui ont commencé à se manifester dans les documents rédigés par les pères et dans les attitudes qu’ils adoptent, sont mauvais.

Comme a bien dit le frère Jean-Baptiste, ancien séminariste de Campos au temps de Mgr de Castro Mayer, « les prêtres [de Campos] ont changé ». C’est ce changement qui cause l’effroi et la tristesse dans la Tradition. Que le cas de Campos soit différent du cas de la Fraternité ne change rien au fait que « Campos a changé » [6].

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

14) « Si le pape m’appelle, je vais. par obéissance » (Dom Fellay) :

« Si le Pape m’appelle, je vais, d’ailleurs je cours. C’est certain. Par obéissance. Par filial respect envers le chef de l’Église. » (Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint Pie X, interview à 30 Jours, septembre de 2000.)

 

« Nous voulons rester atachés à Rome, au successeur de Pierre... C’est pour­quoi je n’ai jamais recusé d’aller à Rome à son appel ou à l’appel de ses représen­tants » (Mgr Marcel Lefebvre).

« Le souci avec notre unité et avec notre préservation est essentiel, il ne doit pas nous faire oublier notre obligation de servir à l’Église » (Mgr. Fellay, Fideliter, n. 140. p. 7).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Accourir est une chose, faire un mauvais accord en est une autre.

Un accord avec Rome est quelque chose de souhaitable, mais le temps d’une véritable coopération est-il déjà arrivé ? Assise, les dernières nominations des cardinaux, la déclaration de la validité d’un canon sans les paroles de la consécration, prouvent, à ce qui nous paraît, que ce moment n’est pas encore ar­rivé. Mais nous devons prier pour qu’il arrive un jour. Mgr Lefebvre avait dit : « Préparez-vous à une lutte (un combat) de longue durée. » Rien ne prouve que cette crise en soit à sa fin.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

15) « Et nos credidimus caritati » (Devise de Mgr Marcel Lefebvre) :

 

« Soyons des héritiers de sa charité... Les membres de la Fraternité pouvions être tentés de nous conformer avec ce que nous avons. Pour quoi davantage, si nous sommes bien ? Nous  conservons notre peu de fidèles... Moi, je prendrais la fuite si quelqu’un viendrait m’offrir la paroisse de La Reja... Mais faisons attentions de  ne pas cacher l’argent qui nous a eté donné sans le laisser fructifier, parce qu’il nous en sera enlevé. Oui, au­jourd’hui je le dis surtout pour les contacts que la Fraternité a eu avec Rome. Bien sûr qu’ils nous effraient ! Nous sommes bien, pour quoi nous voulons plus ?! Mais ce n’est pas pour nous, c’est pour tant de prochains dont nous ne pouvons pas oublier sans trahir l’impulse de la charité que Dieu a placé dans le coeur de notre fondateur » (M. l’abbé Alvaro Calderón, Fraternité Saint Pie X, sermon du 25 mars 2001).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

La charité ne consiste pas à cesser de combattre les erreurs, mais au contraire, à les dénoncer pour amener à la vérité ceux qui s’en éloignent, comme l’a fait la Fraternité Saint‑Pie X sur tous les continents de la terre. La Tradition n’a rien à se reprocher sur ce dernier point.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

16) « ...Maître,... nous l’avons interdit, parce que il ne marche pas avec nous. Jésus a répondu : Ne l’interdisez pas, par ce que qui n’est pas contre vous, c’est à votre faveur » (Jésus dans Lc 9, 49-50) :

 

Le commentaire : « Le Seigneur prévient les Apôtres, et après eux tous les chrétien, contre l’exclusivisme et l’esprit de partie unique dans la tâche apostolique qui s’exprime dans le faux refrain : “Le bien, si je ne le fais pas, il n’est déjà bien”. Au contraire, nous devons assimiler cet enseignement du Christ, parce que le bien est bien, même si je ne le fasse pas » (Bible Sacrée, éditions Theologica Braga). (Cf. Phil 1, 15-18.)

C’est l’ouverture de vision qu’avait Mgr Marcel Lefebvre, quand voit l’avantage pour l’Église même dans les « messes de l’indult » lesquelles ont été concédées, d’après lui, sous conditions inacceptables : « Mais ce premier geste - prions afin qu’il y ait d’autres de cette espèce - il enlève le soupçon jeté indûment sur la messe et il libère les consciences des catho­liques perplexes qui encore  hésitent pour assister à elle » (Mgr. Marcel Lefebvre – Lettre ouverte aux Catholiques perplexes, XX).

Également Mgr Bernard Fellay, dans une conférence à Campos en no­vembre de 2000, a dit à nos fidèles, avec bonheur, que la messe tradition­nelle est célébrée approximativement dans cent diocèses des États-Unis. « Messes de l’indult », dans sa grande majorité, encouragées par des autres groupes traditionnels différents de la Fraternité Saint-Pie X.

Aussi Mgr Lefebvre, en lettre aux prêtres du District de France, disait : « Je pense que nous devons aller surtout où on nous appelle et ne pas don­ner l’impression que nous avons une juridiction universelle, ni une juridiction sur un pays ou une région. Ce serait baser notre apostolat sur une base fausse et illusoire. C’est pourquoi également, si les autres prêtres satisfont habituel­lement aux besoins des fidèles, il ne faut pas que nous nous mélangions dans son apostolat, mais oui nous nous rejouir qu’il y a d’autres prêtres ca­tholiques qui se lèvent pour sauver les âmes  » (27/4/1987).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Dom Gérard aussi a usé de cet argument. Aujourd’hui il défend la liberté religieuse et a déjà participé à la messe chrismale avec le nouveau rite, en plus d’avoir concélébré la nouvelle messe [7].

Tous ceux qui se mettront sous la tutelle des autorités modernistes finiront par céder sur l’un ou l’autre point. C’est ce que nous craignons pour Campos.

 

[« Droit de réponse » de Campos :]

 

Ni toutes ces considérations doivent être prises au pied de la lettre né­cessairement, mais elles démontrent bien le « sensus, romanus », le bon esprit catholique qui animait Mgr Marcel Lefebve et Mgr Antônio de Castro Mayer. Que leurs fils dans le sacerdoce gardent le même esprit.

« Et nos credidimus caritati » (Devise de Mgr Marcel Lefebvre).

« Ipsa conteret » (Devise de Mgr Antônio de Castro Mayer).

« In principiis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas » (St. Augustin).

 

[Commentaire du Boletim da Santa Cruz :]

 

Conclusion

 

Le texte de l’Administration apostolique se termine par la maxime de saint Augustin : « In principiis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas. »

 

a) In principiis unitas

Voici le point principal de la question. Combien de temps Campos résistera-t-il aux pressions modernistes ?

En 1988, le père Fernando Rifan écrivait :

« L’impossibilité de recourir aux autorités compétentes est évidente. En ef­fet, on constate douloureusement la coopération de Rome à la destruction géné­rale de la foi catholique. Comme l’a dit Mgr Lefebvre (sermon du 29 juin 1987), Rome favorise actuellement le Panthéon de toutes les religions, comme le firent les empereurs païens. Comment recourir à Rome lorsque c’est Rome qui entretient le mal ? ! Si c’est la Rome actuelle qui a encouragé la fameuse rencontre de toutes les religions à Assise, les invitant inclusivement à invoquer leurs faux dieux, ce qui a été incontestablement une injure à Dieu, une négation de la nécessité de la rédemption, un manquement à la justice et à la charité envers les infidèles, un scandale pour les catholiques et une trahison de la mission de l’Église et de Pierre, comment recourir à elle pour maintenir la Tradition ? La prophétie de Notre‑Dame à la Salette se réalise tristement : “Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist.” » (Déclaration sur le sacre des évêques.)

Or, quel changement a eu lieu à Rome depuis, qui justifie ces accords ? La réunion d’Assise est renouvelée, un évêque qui ne croit pas en la résurrection de Notre‑Seigneur est nommé cardinal (cardinal Kasper), un canon de messe sans les paroles de la consécration est déclaré valide, les accords avec les orthodoxes brisent tout élan missionnaire dans les régions dominées par le schisme d’Orient (accords de Balamand [8]), les erreurs sur la liberté religieuse, l’œcuménisme et la collégialité ainsi que l’expression liturgique de ces erreurs qu’est la nouvelle messe continuent à supplanter l’enseignement de la vraie foi et l’exercice de la liturgie de toujours.

Où est le changement à Rome ? Si quelqu’un a changé, il nous semble que ce n’est pas Rome, et si ce n’est pas Rome, qui est-ce alors ? Campos ? Il nous semble que oui. Nous ne voulons pas dire ici que Campos a perdu la foi ou a adhéré aux erreurs de Vatican II. Mais Campos a ouvert une porte. Nous crai­gnons que, par cette porte, beaucoup de maux entrent dans ce diocèse si pré­servé jusqu’à maintenant.

Où est le « in principiis unitas » ?

Comme dit Mgr Bernard Fellay, parlant des accords de Campos : « C’est l’entrée dans le pluralisme sous apparence de reconnaissance de la part de Rome qui est imposé, ce n’est pas le retour de l’Église conciliaire à la Tradition. » (Nouvelles de Chrétienté, nº 73, page 3.)

 

b) In dubiis libertas

Campos parle d’étudier les questions ouvertes. Quelles sont ces questions ? Peut-être Campos met-il dans la liste des « in dubiis » ce qui a déjà été condamné par l’Église ? La nouvelle messe ? La liberté religieuse ? L’œcuménisme ? La collé­gialité ? Nous pensons que non. Mais alors, de quelles questions s’agit-il ?

 

c) In omnibus caritas

La première charité consiste à prêcher la vérité, car c’est la vérité qui dé­livre les âmes de l’erreur et du péché.

Si Campos garde le silence devant les erreurs et les graves injures faites à Dieu par les modernistes qui occupent Rome, alors ils manqueront à la charité.

 

d) Quant au « sensus romanus », c’est par fidélité à la Rome éternelle que nous refusons la Rome moderniste. C’est par esprit catholique que nous refusons ce que l’Église a déjà condamné et que les modernistes veulent nous conduire à accepter. Nous pouvons terminer avec les mots du père Fernando Rifan en 1988 :

« Or, rompre avec celle qui a rompu avec la Tradition n’est pas schisme mais fidélité » (Déclaration sur le sacre des évêques), et donc, c’est cela le « sensus romanus » [9].

 

                                                   Mosteiro da Santa Cruz

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[1] — Le document oublie de dire que Mgr Lefebvre a finalement dénoncé cet accord dont l’initiative venait de Rome, parce que, justement, aucune « conversion » des autorités romaines n’était visible : dans les motifs qu’il a publiquement donnés pour justifier les sacres de 1988 et l’état de nécessité, Mgr Lefebvre a cité Assise et la réponse romaine à l’envoi des Dubia sur la liberté religieuse. Voyant que, malgré les négociations en cours et le protocole d’accord (mai 1988), Rome ne changeait pas, continuait ses manigances et tentait au contraire de l’amener à assouplir son intransigeance doctrinale, Mgr Lefebvre a rompu les discussions devenues ambiguës et dangereuses.

Voici ce que disait Mgr Lefebvre en juin 1988 : « Oui, c’est vrai, j’ai signé le protocole le 5 mai, un peu du bout des doigts, il faut bien le dire. Mais, quand même, en soi c’est acceptable, sans quoi je n’aurais pas signé, bien sûr. Mais, à la réflexion, et en nous rappelant toutes les réflexions qui ont été faites au cours des conversations par le cardinal [Ratzinger], ou par ceux qui entouraient le cardinal, nous nous apercevons clairement de leurs intentions, et leurs intentions ne sont pas bonnes vis-à-vis de nous. […] Ils restent ce qu’ils sont, ils restent modernistes, ils restent attachés au Concile, comme si le Concile, c’était la Pentecôte. Le cardinal nous a répété je ne sais combien de fois : “Il n’y a qu’une Église, il n’y a qu’une Église, il n’y a qu’une Église… il ne faut pas d’Église parallèle, il n’y a qu’une Église !” Cette Église, évidemment, c’est l’Église du Concile. Alors, si on lui parle de la Tradition, il rétorque : “Le Concile, c’est la Tradition aujourd’hui.” Voilà, vous devez donc vous rallier à la Tradition de l’Église aujourd’hui, pas à celle qui est passée, car elle est passée… il faut vous rallier à celle d’aujourd’hui. Alors, ce sont eux qui font une Église parallèle, pas nous ! » (Conférence de Mgr Lefebvre aux séminaristes, 9 juin 1988).

Au reste, Mgr Lefebvre ne « cherchait pas un accord » à tout prix, mais, vu les circonstances, le subissait plutôt, pour montrer qu’il n’était pas hostile a priori ni de mauvaise volonté : « Moi, je n’étais pas pour ces colloques. On m’a dit : si, si, il faut quand même, essayons toujours, on verra bien… » (Conférence aux séminaristes, 9 juin 1988). (NDLR.)

[2] — Cf. Fideliter 66, novembre-décembre 1988, p. 27-31. (Cette conférence a été en grande partie reproduite dans Le Sel de la terre 40, printemps 2002, p. 175-180. NDLR.)

[3] — Répertoire d’erreurs modernes condamnées par l’Église au XIXe siècle.

[4] — Voir L’Osservatore Romano du 26 octobre 2001 et la Documentation Catholique du 3 mars 2002 dans DICI nº 46.

[5] — Les accords pratiques pris comme exemples par le document de Campos sont des « accords » circonstanciés et limités dans le temps et l’espace (le temps d’un pèlerinage), sans engagements. L’accord signé par Campos est général et implique nécessairement la doctrine.

Ainsi, Mgr Rifan s’est bien gardé de le dire publiquement, mais Rome a demandé qu’au séminaire de l’Administration Saint-Jean-Marie-Vianney, à Campos, soient acceptés d’autres professeurs que les « prêtres de Campos » et qu’un cours soit donné pour étudier le concile Vatican II. Le ver est dans le fruit… C’est ce qui a été fait dans les séminaires de la Fraternité Saint-Pierre, dont les membres, ainsi (dé)formés, sont aujourd’hui divisés en deux camps : ceux qui poussent toujours plus dans le sens des concessions avec les autorités conciliaires et sont prêts à concélébrer la nouvelle messe pour obtenir davantage de « libertés » dans leur apostolat, et ceux qui tentent timidement de résister…

Dom Gérard aussi, en 1988, disait : « Nous avons mis à la signature de cet accord deux conditions : 1) Que cet événement ne soit pas un discrédit porté sur la personne de Mgr Lefebvre […]. 2) Que nulle contrepartie doctrinale ou liturgique ne soit exigée de nous et que nul silence ne soit imposé à notre prédication antimoderniste. » On connait la suite… Le Vatican n’a d’ailleurs même pas eu besoin d’« exiger » une contrepartie doctrinale : elle est venue toute seule avec le temps. Ce furent : la monumentale thèse du père Basile pour justifier la liberté religieuse de Vatican II ; la défense du nouveau Catéchisme de l’Église catholique ; la concélébration de Dom Gérard avec le pape en avril 1995 ; la nouvelle messe déclarée « orthodoxe » par le même Dom Gérard en 1998 ; les articles du père Basile (« Le cardinal Medina dit le droit », La Nef 101) défendant la concélébration (dans le nouveau rite) comme signe habituel de communion, etc. Quant au discrédit jeté sur Mgr Lefebvre, les déclarations privées et publiques venant du Barroux (et des milieux « ralliés » en général) ne manquent pas pour déclarer que la Fraternité Saint-Pie X et ses amis sont schismatiques et hors de l’Église.

Au reste, un simple accord pratique semble impossible, parce que c’est le Vatican lui-même qui réintroduit les questions doctrinales dans le champ d’application des accords pratiques. Ainsi, en 1988, Mgr Lefebvre se plaignait : au moment de la signature, on voulut lui faire signer une note doctrinale et adresser au pape une demande de pardon pour ses fautes prétendues. « On sentait très bien cela dans l’esprit du cardinal [Ratzinger] : ça mettra quelques années, peut-être, mais il faudra nous ramener à l’esprit du Concile, il faudra que nous acceptions. Ainsi, quand il a pris cet exemple, pour Saint-Nicolas-du-Chardonnet ; il a dit : “Vous allez avoir la reconnaissance de Rome, donc il va falloir que vous ayez des relations normales avec les évêques. Non pas que vous ne soyez pas exempts ; il y aura des exemptions, c’est entendu. Mais enfin, vous êtes dans un diocèse, il faut quand même avoir des relations avec l’évêque du diocèse, puisque maintenant il n’y aura plus de problèmes avec Rome. Alors, pour Saint-Nicolas-du-Chardonnet, cette église appartenant au cardinal Lustiger, au diocèse, il est évident que vous serez obligés d’y dire une messe nouvelle”… » (Conférence aux séminaristes, 9 juin 1988). Même si la tactique et la diplomatie romaines se sont affinées, si les demandes savent s’adapter et se faire moins pressantes, le processus de normalisation et d’alignement sur l’Église conciliaire est toujours le même. (NDLR.)

[6] — On peut ajouter que la lettre de Mgr Lefebvre citée par le document de Campos concernait l’éventualité d’un sacre à Campos, pour aider, puis pour remplacer Mgr de Castro Mayer. Ce sacre a eu lieu, on le sait, le 28 juillet 1991, après la mort de Mgr de Castro Mayer. Et, précisément, les évêques consécrateurs de Mgr Rangel ont alors bien expliqué qu’ils n’agissaient pas en tant qu’évêques de la Fraternité Saint-Pie X, mais en tant qu’évêques catholiques, en vertu d’un état de nécessité. La distinction des deux situations a donc bien été respectée.

On devine cependant la teneur de l’argument développé par le document de Campos pour justifier son accord séparé, même si elle n’est pas explicitement énoncée : puisque le cas de Campos n’est pas identique au cas de la Fraternité Saint-Pie X, il est possible d’envisager un accord pour Campos qui ne conviendrait pas à la Fraternité Saint-Pie X, et c’est ce qui a été fait. On se souvient que Dom Gérard avait tenu le même langage en 1988, invoquant sa situation particulière et espérant créer une brèche où pourrait s’engouffrer plus tard la Tradition tout entière. (NDLR.)

[7] — En avril 1995, avec le pape. (NDLR.)

[8] — Dans la conférence qu’il a donnée en avril 1998 au IIIe congrès théologique de Si Si No No, le père Rifan lui-même a vigoureusement dénoncé ces accords de Balamand, « fruit de la nouvelle ecclésiologie et missiologie » post conciliaires : « C’est le plus complet renoncement à l’esprit missionnaire de l’Église, la destruction des missions catholiques, au nom de l’œcuménisme. […] Évidemment, la thèse de la rédemption universelle, de l’union de tous avec le Christ par l’incarnation, des valeurs salutaires des fausses religions, du respect sincère envers les doctrines (non seulement envers les personnes !) des fausses religions, de l’homme comme principe et fin de tout, ne pouvait qu’amener à ces aberrations et à la destruction des missions, c’est-à-dire de la mission de l’Église catholique. » (NDLR.)

[9] — Pour corroborer les commentaires de Dom Thomas d’Aquin, citons ce passage de la plaquette publiée en 2000 par l’Union sacerdotale Saint-Jean-Marie-Vianney, sous le titre : Catholiques Apostoliques Romains. Notre position dans l’actuelle situation de l’Église :

« Quand les autorités ecclésiastiques reviendront, sans conditions, à enseigner et faire ce que l’Église a toujours enseigné et fait, nous, nos séminaristes, nos maisons religieuses, nos églises, chapelles et écoles, tout sera remis à l’entière disposition des mêmes autorités.

« Tant que cela n’arrive pas, le meilleur service que nous pouvons offrir à l’Église, au pape et aux évêques, est de résister et de maintenir notre ministère pour le salut des âmes, suprême loi de l’Église. Continuer ce ministère sacerdotal, en conformité avec l’Église de toujours. »

Faut-il en conclure que, pour Campos, désormais, les autorités ecclésiastiques sont revenues sans conditions ? (NDLR.)

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 43

p. 221-240

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