top of page

Textes choisis

 

L’œuvre de la

Sainte-Espérance

est-elle toujours possible ?

 

par Dom Maréchaux

 

 

Ce texte est le dernier article et la conclusion de la série que Dom Maréchaux fit paraître sur la Sainte-Espérance dans le tome XI du Bulletin (1907-1909). Nous en donnons les principaux passages.

L’œuvre de la Sainte-Espérance est-elle encore possible ? Oui, incontes­tablement ; mais il faut de saints prêtres, une bonne méthode, beaucoup de prières. Cette réponse de Dom Maréchaux est pour nous pleine d’encoura­gements, dans le malheur des temps actuels. Prions Dieu de nous donner de saints prêtres ! (Bulletin, tome XI, pages 551-553, décembre 1909.)

Le Sel de la terre.

 

*

 

Cette œuvre si belle et si touchante de la conversion des âmes, et dé­terminément d’une paroisse, par la mise en œuvre de l’esprit de la Sainte-Espérance, est-elle toujours possible ? Serait-elle restreinte au seul Mesnil ? N’est-elle pas appelée à se reproduire en d’autres centres ?

Elle est imitable, elle est toujours possible, elle est appelée à se reproduire : c’était là l’intime conviction du père Emmanuel.

 

*

 

[Nous omettons ici un passage qui fait le parallèle entre l’œuvre de conversion entreprise par le saint curé d’Ars et celle accomplie par le père Emmanuel.]

[…] Des deux côtés, c’est la reconstitution d’une paroisse chrétienne défigurée par le malheur des temps, et sa reconstitution par des moyens purement évangé­liques.

[…] On peut, ce nous semble, tracer un parallèle à peu près complet entre le saint curé d’Ars et le père Emmanuel.

Tous deux eurent une foi intense en leur mission de sauveur d’âmes. […]

Ils ont cru à l’efficacité de la prière, et surtout de la prière commune au pied du Saint-Sacrement, pour obtenir de vraies conversions ; et, à cette prière, ils joi­gnaient la pénitence.

Ils ont également cru à la fécondité de la parole de Dieu pour engendrer les âmes à la foi et à la vie chrétienne. […]

Tous deux se proposaient ce but : lutter contre Satan, détruire ses œuvres, qui sont les péchés, rompre ses filets ou ses pompes, qui sont les maximes et les va­nités du monde.

Tous deux ont arraché leurs paroissiens au cabaret, leurs paroissiennes aux danses. Car ils avaient appris du Maître qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois : Dieu et le monde.

Tous deux ont communiqué aux âmes, en les imprégnant de componction et d’humilité, un élan admirable et durable vers la table sainte.

Tous deux ont fortifié la bonne volonté naissante de leurs paroissiens et pa­roissiennes, par l’institution de pieuses confréries.

Ainsi, sur toute la ligne, rien que des moyens évangéliques, ceux-là que l’Église remet entre les mains de tout prêtre, quand elle lui donne une mission.

Ceci nous fait comprendre l’énergique affirmation du père Emmanuel, disant : « Ce que j’ai fait ici, tout prêtre pourrait le faire dans sa paroisse. »

 

*

 

Nous permettra-t-on seulement d’ajouter ceci ? Pour réussir en cette œuvre du salut de nos âmes, la sainteté du prêtre ne suffit pas, la bonté de la méthode est nécessaire. Peut-être des prêtres aussi saints, personnellement, que le père Emmanuel, ont-ils travaillé avec autant de zèle que lui dans le champ du Seigneur ; mais, employant une méthode défectueuse, ils n’ont obtenu que de maigres résultats. Or, quel est le défaut qui, de nos jours, vicie la méthode et pa­ralyse le zèle ? C’est le manque d’énergie dans l’application des principes, c’est la compromission entre Jésus-Christ et le monde, c’est la mise en oubli des néces­saires exigences de la vie chrétienne. Les âmes ont besoin d’une main vigoureuse qui les arrache aux filets de Satan, d’une main ferme qui les empêche d’y retom­ber. Un médecin timide est un pauvre médecin ; un chirurgien qui tremble est inapte à son office ; un prêtre qui n’ose pas tenir tête au mal, fût-il seul, ne sau­vera pas les âmes de la contagion régnante.

« Pour faire du bien, disait le père Emmanuel, il faut deux choses : une tête de fer et un cœur d’or. » Et il laissait entendre que la tête de fer, ou de diamant et de silex, comme Dieu l’avait donnée à son Prophète (Ez 3, 9), est plus difficile à trouver que le cœur d’or, en notre siècle de complaisance et de compromission.

 

*

 

Mais, pourrait-on dire, depuis le curé d’Ars et le père Emmanuel pris aux dé­buts de leur ministère, les choses ont bien empiré. Serait-il possible de faire au­jourd’hui ce qu’ils ont fait alors ? Nous répondons : le bien a toujours été diffi­cile, il a toujours coûté de dures peines, des larmes et même du sang ; aujourd’hui la difficulté a sans doute augmenté ; mais rien n’est impossible à Dieu et à sa grâce ; mais les moyens évangéliques ont leur efficacité quand même, le ministère du prêtre ne saurait être voué à la stérilité.

« S’il n’y a rien dans la paroisse où l’on m’enverra, que ferai-je ? demandait-on au père Emmanuel. — Vous y serez deux, répondait-il, vous et le Saint-Sacrement. Priez, et Notre-Seigneur vous donnera une âme. Priez avec cette âme, il en viendra une seconde. »

Cela revient à un mot de Pie IX : « Le prêtre, disait le saint pape, ne tient pas assez compagnie au Saint-Sacrement ; s’il priait plus assidûment devant le taber­nacle, il obtiendrait des conversions. »

Ce tête-à-tête eucharistique n’est pas contraire à la parole du jour : aller au peuple. C’est comme Jésus-Christ allait au peuple que le prêtre doit y aller : en homme de Dieu, tout surnaturel de pensée et d’action. C’est après s’être identifié avec Jésus au saint sacrifice et dans la prière que le prêtre doit descendre vers la foule : alors seulement, il conquiert, non d’inefficaces sympathies, mais des âmes.

Éliminer le péché des âmes, en chasser Satan, c’est là sa mission : tant qu’il n’a pas fait cela, il n’a rien fait ; et il ne fera cela que s’il est un saint.

 

*

 

Et maintenant, ô prêtre qui lisez cette page, voulez-vous une aide toute-puis­sante ? Appelez à vous Marie, appelez Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Criez-lui : Convertissez-nous, moi le premier, et par moi les âmes. – Et vous verrez des conversions.

Le père Emmanuel a fait tout ce qu’il a fait par Notre-Dame de la Sainte-Espérance.

Le curé d’Ars disait de Marie : « Il faut qu’elle nous convertisse tous. »

Marie a grâce pour convertir et les pasteurs et les troupeaux, pour restaurer toutes choses en Jésus-Christ, pour rétablir le christianisme parmi les chrétiens.

 

 

 

k

k  k

 

Informations

L'auteur

Dom Bernard Maréchaux (1849-1927) fut l'adjoint, puis le successeur du père Emmanuel André en son abbaye bénédictine de Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 44

p. 137-139

Les thèmes
trouver des articles connexes

Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

Vies de Saints : Modèles de Sainteté Traditionnelle

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page