Textes choisis
La formation d’une
paroisse chrétienne :
Les hommes et les femmes
Voici comment le biographe du père Emmanuel décrit les sentiments qui occupaient l’âme du père lorsqu’il s’attela au ministère paroissial :
« Par l’intervention de la sainte Vierge […], le jeune curé […] comprit tout ce qu’il y a de richesses latentes dans une âme baptisée : esprit de prière humble et ardente, résignation courageuse dans les épreuves, endurance invincible à l’égard des persécutions du monde, charité infatigable vis-à-vis du prochain. Il se dit qu’il lui appartenait de mettre ces richesses au jour. Il se voua à ce travail avec l’énergie du mineur qui sait qu’il y a une mine d’or dans les entrailles du sol, et qui veut à tout prix la découvrir pour l’exploiter.
« Il se dit : “Il me faut des chrétiens tels que le baptême les a faits. Ils existent en germe ; je les cultiverai et je les obtiendrai. Il me les faut tels, parce que c’est ainsi que Dieu les veut : et je suis le coopérateur de sa grâce. Je ne tolérerai pas le mélange de l’esprit du monde qui déforme le chrétien, qui le diminue, et même, sous certaines apparences religieuses, le tue tout à fait. Chrétiens de toutes pièces, chrétiens de l’Évangile, chrétiens qui, loin de s’envelopper dans des ignorances calculées, cherchent la lumière, afin de se mettre en tout d’accord avec la lumière : voilà mon programme.”
« Il se dit encore : “Il me faut, non pas seulement des chrétiens, mais une paroisse. Une paroisse non chrétienne n’est pas une paroisse. Il me faut une paroisse, c’est-à-dire un organisme collectif, tout entier vivant de la vie chrétienne […]. Cette paroisse, je l’aurai, parce que Dieu le veut, parce que la sainte Vierge le veut.” […]
« Nous ne traduisons ici qu’imparfaitement les saints enthousiasmes pour le bien de l’abbé André. Dieu lui avait donné une belle intelligence, une volonté de fer et un cœur d’or. Mais ces grandes qualités ne lui eussent servi de rien, sans le grand esprit de foi dont il était pénétré, et que la grâce de la Sainte-Espérance avait surexalté en lui. Dans cet esprit de foi il estimait que rien n’est impossible à Dieu ; et il ne reculait jamais d’un pas quand il y allait de l’honneur de Dieu et du salut des âmes. […]
« Un jour, nous exprimions, timidement, au père Emmanuel, le désir d’apprendre quelle avait été sa méthode. Il nous regarda d’un regard que nous ne saurions oublier, et nous dit : “Ma méthode ! Elle est tout entière dans ces mots de saint Paul : Je supporte tout pour les élus afin qu’eux aussi arrivent au salut qui est en Jésus-Christ avec la gloire céleste (2 Tm 2, 10). Voilà ma méthode, et je n’en ai point d’autre.” » (Dom Bernard Maréchaux, Le Père Emmanuel, pages 73-74.)
Avec de telles dispositions d’âme, on ne s’étonnera pas que le père Emmanuel ait obtenu de si beaux résultats, et si durables. Il parvint réellement à rétablir le christianisme dans les chrétiens, comme il disait.
Deux ennemis étaient particulièrement à combattre : le respect humain chez les hommes et les vanités mondaines chez les femmes.
Au sujet des hommes, l’auteur de la brochure intitulée Les Vieux saints signale quelques points qu’il est intéressant de noter [1] : Le père Emmanuel, dit-il, se souciait « de ne pas limiter la paroisse à l’élément féminin », disant que la Sainte-Espérance était aussi bien pour les garçons que pour les filles. Il tenait à ce qu’ils prient, qu’ils communient et qu’ils s’instruisent. « C’est qu’Adam est le chef de la création. » C’est pourquoi il voulait que les jeunes filles et les femmes ne soient pas pour les garçons et les hommes des tentatrices comme au paradis terrestre, car seuls des hommes chastes et forts pouvaient faire de vrais chefs de famille chrétiens. « Son catéchisme donne un rôle important au père dans l’instruction chrétienne. A un moine qui prêchait une mission et qui se désolait qu’il n’y vînt que quatre hommes, il répondit : Prêchez les quatre hommes ! L’homme étant la tête, c’est à lui de donner l’élan pour toute pratique de piété. D’où les familles solides qu’il inspira ; les garçons étant purs, pieux et instruits, ne buvant pas, ne jurant pas, sachant travailler, étant avertis de leurs devoirs, pouvaient être des chefs de famille, ou se consacrer à Dieu s’il y avait des marques de vocation. »
Le Sel de la terre.
— I —
Le chapelet des hommes
et la modestie des femmes
par Dom Bernard Maréchaux
Ce texte est tiré du Bulletin, tome IX, pages 484-486 (juillet 1903).
Le Sel de la terre.
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Le père Emmanuel voulait l’intégrité du chrétien. Il n’admettait pas le chrétien diminué par le respect humain, altéré et gâté par l’esprit du monde.
Il voulait que les hommes fussent chrétiens jusqu’à dire publiquement leur chapelet ; que les femmes fussent chrétiennes jusqu’à garder une parfaite modestie.
Aussi peut-on dire que les deux particularités saillantes de son œuvre paroissiale furent : le chapelet fréquenté assidûment par les hommes ; l’antique modestie chrétienne conservée religieusement par les femmes.
Il n’obtint pas sans peine ces deux résultats.
Pour que les hommes prissent ainsi en main le chapelet comme une arme, il fallait qu’ils fussent convertis à fond. Mais du jour où publiquement ils dirent leur chapelet, le respect humain fut vaincu dans la paroisse, et leur conversion se trouva assise sur des bases durables.
Évidemment, le chapelet n’est pas d’obligation : néanmoins, le jour où les chrétiens rougiraient de dire publiquement leur chapelet, la religion serait en voie de se perdre dans la paroisse, cela ne fait doute pour personne.
Des chrétiens qui rougiraient ainsi de leur Mère la sainte Vierge ne mériteraient plus de s’appeler les chrétiens de la Sainte-Espérance.
Il en arriverait de même le jour où les modes mondaines, faisant invasion, supplanteraient l’antique modestie chrétienne. Ce jour-là, que Dieu le détourne à tout jamais ! On aurait le sentiment aigu et douloureux, que quelque chose est fini, perdu, évanoui ; et ce quelque chose, ce serait l’esprit chrétien dont la disparition amènerait peu à peu la ruine des pratiques les plus essentielles de la vie chrétienne.
Le père Emmanuel avait conscience de cette situation : aussi maintint-il, avec une suprême énergie, les habitudes de modestie chrétienne qu’il trouva en vigueur dans sa paroisse ; il en fit des habitudes éclairées et réfléchies.
Est-il besoin de justifier sa conduite ? Il ne fit qu’inculquer à ses fidèles des préceptes apostoliques. Saint Paul n’a-t-il pas enjoint aux femmes chrétiennes de se « voiler la tête », velet caput suum (1 Co 9, 6) ? Le prince des apôtres n’est-il pas entré en des détails singulièrement suggestifs, en prescrivant aux chrétiennes de ne pas mettre « leur chevelure en dehors », non sit extrinsecus capillatura (1 P 3, 3).
Ces textes scripturaires nous dispensent de citer ici les protestations indignées des Pères de l’Église à l’endroit des chrétiennes qui s’habillaient en païennes, ou des fulgurants anathèmes des grands prédicateurs du Moyen Age – et aussi des temps modernes – contre le luxe et la frivolité des femmes.
Le père Emmanuel tenait que « il y a parenté entre luxe et luxure » ;
que « là où la vanité entre, la piété s’en va » ;
que « la crise de la vanité chez une femme est décisive ; est-elle heureusement surmontée, pour elle c’est le salut » ;
que « les hommes ne sauraient – en général – être chastes, si les femmes – en général – ne sont pas modestes [2] » ;
que « c’est une nécessité que l’on puisse distinguer les chrétiennes des mondaines, et comment les distinguer autrement que par leur modestie [3] ? »
Il tenait également que « la modestie est une des marques de la présence du Saint‑Esprit dans une âme [4] » ;
que « le renoncement à la vanité et aux vanités fait partie intégrante des promesses du baptême [5] ».
Fort de tous ces principes, il institua, pour sauvegarder la modestie, avec l’approbation empressée de Mgr Cortet, la « Société de Jésus couronné d’épines ». De cette société on ne peut dire qu’un mot : c’est une œuvre sainte. Il faut s’incliner devant une conception si haute et si pure.
Appeler les femmes chrétiennes à prendre pour leur miroir « Jésus couronné d’épines » ; faire pour elles du culte de la modestie un acte de religion envers Notre‑Seigneur crucifié, en faire un sacrifice à unir au sien : il y a, dans cet énoncé, de quoi porter les âmes à tous les sommets de la sainteté.
Le père Emmanuel ne fut peut-être pas aussi compris qu’il aurait dû l’être ; il le fut néanmoins, et il l’est encore. La « Société » sauva la paroisse de la contagion de l’esprit du monde ; elle comprend la bonne majorité des femmes et filles de Mesnil‑Saint‑Loup. Les sociétaires apprennent à aimer la modestie, bien loin de la subir. Elles savent qu’en la gardant elles plaisent à Jésus, et sont les vraies filles de Notre‑Dame de la Sainte‑Espérance.
Ah ! sans doute, l’observation des règles de la modestie est pour elles un assujettissement, elles s’exposent même à être raillées. Mais se lier ainsi envers Notre‑Seigneur, encourir pour lui quelques moqueries, n’est-ce pas le lot des vraies chrétiennes ? N’est-ce pas leur mérite ? N’est-ce pas leur gloire ?
Mon Dieu, conservez le chapelet des hommes, conservez la modestie des femmes, dans la paroisse de Notre‑Dame de la Sainte‑Espérance ; et suscitez de nombreux imitateurs du zèle apostolique que le regretté père Emmanuel déploya pour l’intégrité des âmes.
— II —
Un sermon manuscrit
du père Emmanuel
Alors que le père Emmanuel était déjà âgé et exténué, il constatait certains symptômes de décadence qui se manifestaient dans sa paroisse.
« Il devait parler, écrit Dom Maréchaux ; lui qui ne transigeait jamais avec son devoir, il parla ; c’était en 1898, à une date que nous ne pouvons préciser. Il était très fatigué ; il écrivit son sermon, ce qu’il ne faisait jamais, depuis longtemps au moins. » Voici ce sermon manuscrit, tel que Dom Maréchaux le publia dans le Bulletin de mai 1903 (tome IX, pages 452-453), « sans en retrancher une syllabe […] ni, comme on dit, arrondir les angles ».
Le Sel de la terre.
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M |
es frères,
Je ne peux plus parler, mais je puis penser et écrire ; et j’écris aujourd’hui pour vous dire ma pensée.
Eh ! bien, je pense donc que le Mesnil fait mine de vouloir se perdre. Il y a longtemps, il y a des années que je vous ai dit cela pour la première fois, je vous le dis encore aujourd’hui, ce sera peut-être pour la dernière.
Quand une paroisse marche vers sa perdition, règle générale, on s’éloigne de la sainte communion, on s’éloigne de l’église, on s’éloigne de ceux qui tiennent à la communion et à l’église.
1º On s’éloigne de la sainte communion : vous ne voyez cela que trop souvent et trop facilement. Qui ne voit que s’éloigner de Notre-Seigneur, c’est s’éloigner de son salut ? Car tout chrétien sait que nous n’avons qu’un Sauveur, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
2º Quand on a perdu l’amour de Notre-Seigneur, on s’éloigne de l’église ; combien d’entre vous ne viennent plus à l’église, ou n’y viennent plus que quand il y a péché mortel à y manquer ! Ce n’était pas comme cela il y a quelques années. Qu’est-ce donc que l’on a appris de si nouveau, pour changer de conduite ?
3º On s’éloigne de ceux qui tiennent à la sainte communion et à l’église. Il semblerait que nous sommes devenus ennemis les uns des autres. Est-ce là une position vraie pour des chrétiens ? Est-ce là un état sûr ? Et comment irait-on communier avec cela ?
Je sais bien que l’on a une amusette pour occuper les chrétiens qui sont dans cet état-là. On leur fait, on leur fait faire de la politique, – non pas de la grande, car qui d’entre nous est sénateur ou député ? Mais il y a la petite politique, la politique de village qui consiste à vous animer les uns contre les autres : ce qui suffit bien pour vous éloigner à tout jamais de Notre-Seigneur, et à vous jeter dans la damnation.
Réfléchissez-y bien, fidèles du Mesnil, et voyez si vous n’avez pas fait déjà bien du chemin dans la mauvaise voie.
Voilà ce que je pense pour les hommes, mais je suis le curé de tous et de toutes : voici donc ce que je pense pour les femmes.
Il y a aussi un mouvement qui tend à les séparer de Notre-Seigneur et de celles qui font bien : c’est la même chose que pour les hommes ; mais, de même qu’il y a une amusette pour les hommes, il y en a une aussi pour les femmes. Pour celles-ci donc, l’amusette, c’est la vanité, le luxe et surtout les modes mondaines.
Vous savez, mes chères filles, dans quelle pensée a été fondée la Société de Jésus couronné d’épines. Cette société nous a sauvés de la vanité pendant bien des années.
Malheureusement, quelques-unes n’ont pas marché fidèlement dans la voie où toutes marchaient depuis longtemps. Elles ont trouvé bon de se rapprocher un peu des mondaines ; elles ont donné un funeste exemple, et nous ne savons guère où cela s’arrêtera.
Il est grand temps que ce mouvement-là s’arrête.
Je vous le dis en vérité, si vous vous livrez à ces modes mondaines, vous n’aimez pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, vous n’aimez pas la sainte Vierge. Qu’est-ce donc que vous aimez ? Le monde. Mais le monde ne sauvera pas vos âmes.
Et puisque j’en suis là, vous me permettrez bien encore un mot : ce sera à l’adresse de celles qui ont visé à satisfaire le bon Dieu et le monde. On a donc une toilette à peu près modeste pour aller communier le matin. La communion faite, on s’habille en mondaine pour la grand-messe.
C’est vouloir servir deux maîtres, ce que Notre-Seigneur a déclaré impossible. Il faut donc que cela finisse. C’est un véritable scandale, absolument insupportable [6].
Voulez-vous une preuve bien sensible de ce mouvement antichrétien ?
Depuis deux ans et plus qu’il est commencé, combien de filles ont demandé à s’associer à la confrérie du Sacré-Cœur de Jésus ? Pas une. — Combien se sont associées à la Prière perpétuelle ? Pas une. — Combien, au contraire, ne sont plus fidèles au Cœur de Notre-Seigneur ? Il le sait. — Combien ne disent plus la Prière perpétuelle ? La sainte Vierge le sait [7].
Ce que je sais, moi, c’est que nous sommes moins chrétiens et moins chrétiennes. C’est là un mal dont je prie Notre-Seigneur de nous délivrer. — Pensez-y, quand vous dites à Dieu : Délivrez-nous du mal !
Ou quand nous disons à la sainte Vierge :
Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous !
— III —
La Société de Jésus
couronné d’épines
Cette notice d’avril 1878 (Bulletin, tome I, page 215) raconte la première réunion de la Société de Jésus couronné d’épines. Cette société, comme on l’a vu, avait pour but d’aider les femmes et les jeunes filles de la paroisse à pratiquer « le christianisme intégral », ou encore à être des « chrétiennes de la Sainte-Espérance », qui ne se contentent pas de « croire de cœur », mais qui « confessent de bouche », comme dit saint Paul, c’est-à-dire qui étendent à tous leurs actes, à toutes leurs habitudes, les pratiques chrétiennes. Or, pour les femmes, avait compris le père Emmanuel, la question de la modestie extérieure est comme une pierre de touche. Le père prêcha sur cette question dès 1868, puis, après avoir beaucoup prié et réfléchi, il conçut le plan d’une petite société qui réunirait les jeunes filles et les femmes résolument modestes et décidées à faire de la modestie chrétienne une pratique d’amour envers Jésus souffrant pour nous.
Mesnil-Saint-Loup n’est qu’à quelques kilomètres de Villeneuve-l’Archevêque, où, le 10 août 1239, arriva la sainte couronne d’épines rapportée par deux frères prêcheurs, les frères André et Jacques, depuis Constantinople. Le roi saint Louis l’y reçut et, de là, il la transporta à Paris où il fit construire pour elle la Sainte-Chapelle.
Le Sel de la terre.
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L’ |
an 1239, au mois d’août, saint Louis, roi de notre France, vint de Paris à Villeneuve-l’Archevêque recevoir la sainte couronne d’épines que Notre‑Seigneur avait portée dans sa passion.
Tous les diocèses que traversa la sainte couronne font la fête de la translation ; et cette fête témoigne non seulement de la piété des fidèles, mais aussi des bénédictions que Notre‑Seigneur versait dans les lieux que visitait sa sainte couronne.
Or, dans un village près duquel est passée la sainte couronne [Mesnil-Saint-Loup], eut lieu en cette année même 1878 ce que nous allons raconter.
Les femmes et les filles chrétiennes, vivement désireuses de s’aimer en Dieu suivant le précepte de Notre‑Seigneur, et de garder dans leurs habits la modestie qui convient à des chrétiennes, formèrent entre elles dans ce double but la Société de Jésus couronné d’épines.
A la première réunion de la société, on promulgua les statuts, on annonça les indulgences accordées par Monseigneur l’Évêque ; et puis d’un commun accord on convint de garder dans les habits une modestie telle que les pauvres n’auraient pas à jalouser les riches, ni les riches à mépriser les pauvres ; on reconnut que c’était nécessaire pour accomplir le commandement de Notre‑Seigneur : Aimez-vous les uns les autres.
La joie des âmes fut telle qu’elle ne put se contenir, et se traduisit par des larmes d’abord, et peu après par la formule indiquée dans saint Paul : Saluez-vous mutuellement par le saint baiser. Une des sociétaires fit spontanément la proposition de s’embrasser comme les premiers chrétiens. Aussitôt dit, aussitôt fait, et chacune embrassa sa voisine de droite et de gauche.
Ce fut là un jour de bonheur qui ne coûta rien à personne ; il était puisé dans le trésor de Dieu, et c’était une des grâces méritées par Jésus couronné d’épines.
— IV —
L’audience de saint Pie X
Le dimanche dix-huit septembre 1904, le curé de Mesnil-Saint-Loup – l’abbé Thiriot, premier successeur du père Emmanuel – avait le bonheur d’être reçu en audience par le pape saint Pie X (voir Bulletin, tome X, pages 145-146 et 165-166, octobre et novembre 1904). Le Saint-Père commença par bénir l’association de la Prière perpétuelle et encourager la vraie dévotion à la sainte Vierge par ces mots :
« Que Dieu bénisse tous et chacun des associés de la Prière perpétuelle ! Oui, dites-leur bien que je les bénis tous. Que les associés prient la sainte Vierge en toute confiance : elle est si bonne Mère, elle nous obtient tant de grâces ! […] Mais, dites-leur aussi que, pour mériter sa protection, il faut se convertir sincèrement, vivre de la véritable vie chrétienne, tendre sans cesse vers la Sainte-Espérance. Oportet omnia ordinare ad Deum ; il faut que Dieu soit le but de toutes nos actions sans exception, que nous cherchions en tout à lui plaire. Nous serons assurés alors que la sainte Vierge touchera le cœur de son Fils et nous serons sauvés. »
Puis le curé présenta la petite Société de Jésus couronné d’épines…
Le Sel de la terre.
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« T |
rès Saint-Père, dans ma paroisse, les femmes et les filles, qui avaient pour curé un saint religieux, l’homme du bon Dieu, ont formé, il y a une vingtaine d’années, au moment où les modes commençaient à se répandre, l’association de Jésus couronné d’épines, s’engageant à renoncer aux modes du monde et à se conformer aux règles de la parfaite modestie : elles conservent leurs petits bonnets blancs ; elles ont toujours les cheveux couverts, les épaules et la poitrine modestement couvertes. Très Saint-Père, je suis heureux de vous parler de cette petite société parce que je sais que votre cœur en sera consolé. » (La joie du Saint-Père se lisait sur son visage.)
[Saint Pie X répondit :]
Dites aux femmes et aux filles de Mesnil-Saint-Loup que je suis consolé, oui grandement consolé du récit que vous me faites de leur Société de Jésus couronné d’épines. Je les bénis de tout mon cœur et je demande à Dieu que cette bénédiction soit un encouragement à persévérer. Oh ! oui, qu’elles gardent bien la parfaite modestie. Que les épines de la couronne du Sauveur impriment profondément dans leur cœur le souvenir de la passion. Ce souvenir les aidera à faire les sacrifices nécessaires pour garder la parfaite modestie ; il les consolera et les fortifiera dans les tribulations de la vie présente et les fera marcher par la voie la plus directe dans le chemin du ciel.
[…] Le Saint-Père a donné à la Société de Jésus couronné d’épines l’encouragement significatif d’une indulgence plénière pour le 8 décembre, sans compter les deux bénédictions papales accordées, l’une pour les associés de la Prière perpétuelle, l’autre pour la paroisse.
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[1] — Les Vieux saints, le père Emmanuel et les premiers moines de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, supplément au Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance de mars 1972, p. 40.
[2] — « Détourne tes regards de la femme parée, dit le Saint‑Esprit dans l’Ecclésiastique… A cause des attraits de la femme, beaucoup ont péri » (Eccli 9, 8).
[3] — « Que votre modestie, dit saint Paul, soit connue de tout le monde » (Ph 4, 5) – c’est-à-dire, soyez reconnaissables à votre modestie.
[4] — « Les fruits du Saint‑Esprit, dit saint Paul, sont la charité… la modestie » (Ga 5, 22).
[5] — « Qu’entendez-vous par les pompes de Satan ? — J’entends les maximes et les vanités du monde. » Catéchisme diocésain.
[6] — Il y a ici une question qui dépasse une simple question de modes. Il s’agit de l’intégrité des âmes, que la vanité entame. Or, une âme ainsi entamée, comme un fruit entamé, c’est une âme qui se gâte. (Note de Dom Maréchaux.)
[7] — Grâce à Dieu, depuis ce sermon, il y a eu plus de quinze demandes d’association à la confrérie du Sacré-Cœur, plus de vingt-cinq à la Prière perpétuelle ; ce qui est assez consolant pour un si petit pays. (Note de Dom Maréchaux.)
Informations
L'auteur
Dom Bernard Maréchaux (1849-1927) fut l'adjoint, puis le successeur du père Emmanuel André en son abbaye bénédictine de Mesnil-Saint-Loup.
Le numéro

p. 150-158
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