Le Bulletin de l’œuvre
de Notre-Dame de
la Sainte-Espérance
Parmi les œuvres de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, le Bulletin tient une place à part [1]. Il fut un des grands moyens qu’utilisa le père Emmanuel (et, avec lui, ses fidèles collaborateurs et continuateurs : Mgr Martin [2], Dom Maréchaux, Dom Larcher, etc.) pour enseigner les âmes.
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Il faut dire ici un mot du style du père Emmanuel. De même qu’il « avait le verbe en bouche, écrit Dom Maréchaux [3], il avait à la main une plume bien trempée. Il eût pu se tailler une vraie réputation d’écrivain. Ce qu’il écrivait se reconnaissait sans peine à une saveur originale, à une concision lumineuse, à une hardiesse logique qui amenait parfois des conclusions formidables. Il avait pour principe qu’il fallait à la pensée une enveloppe transparente. Un mot, disait-il, quand un mot suffit. Quel dommage, disait-il encore, qu’on emploie le mot matière (une table des matières) pour désigner les choses de l’esprit. De là ce style lapidaire, de là cette simplicité non cherchée, mais voulue ; de là ces sentences, qui piquaient comme des aiguillons, qui s’enfonçaient comme des clous d’acier, verba sapientium sicut stimuli et quasi clavi in altum defixi (Eccl 12, 11). »
Dans sa biographie du père Emmanuel, Dom Maréchaux y revient. Ce qu’il dit montre combien le père Emmanuel était ennemi de la manière ampoulée et sentimentale des romantiques de son époque : « Son esprit, ouvert sur toutes les grandes questions, était singulièrement vif et pénétrant ; il trouvait sans chercher les mots qui restent, qui à tout jamais gravent dans l’âme une vérité. Son style, concis et nerveux, avait quelque chose de très personnel : par moment, sous sa plume, éclataient, réminiscences le plus souvent de la sainte Écriture, des images grandioses et saisissantes. Il avait horreur de tout ce qui sent l’apprêt, la toilette de la phrase ; il tenait à être correct, mais, écrivant sous l’impulsion d’une pensée forte et abondante, il ne s’arrêtait pas au choix varié des expressions, à la souplesse des tournures. Dans leur forme un peu rigide, ses écrits avaient toujours une singulière saveur [4]. »
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Que de richesses doctrinales répandues dans les vingt-cinq premières années du Bulletin (1877-1903) et même après [5] !
Le père Emmanuel était un passionné de la vérité.
« Comme il gémissait sur le peu de désir qu’ont les chrétiens de connaître la vérité, dit encore Dom Maréchaux. Nul mieux que lui n’a sondé cette plaie d’ignorance résultant du péché originel, et qui est, non pas une simple nescience, mais une difficulté à apprendre, une répugnance à savoir.
« Il ne demandait rien à qui n’est pas instruit ; mais il fulminait contre ceux qui refusent de s’instruire. C’était là pour lui le grand péché : “Ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière” (Jn 3, 19).
« De nos jours, disait-il, on fouette les volontés, on n’instruit pas, ou du moins pas assez. – Avant de chauffer la machine, disait-il encore, il faut la poser sur les rails.
« Comme on lui parlait d’une revue ecclésiastique toute de dévotion : “Cette revue, observa-t-il, est bonne pour des gens à qui on a coupé la tête.” La note intellectuelle y faisait par trop défaut.
« Comment s’y prendre, lui demandait-on, pour faire prier les âmes ? — Il faut les instruire, répondait-il [6]. »
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Jusqu’en mars 1893 exclusivement, le titre complet du Bulletin fut Bulletin de l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance ; puis il fut raccourci en Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance [7]. Nous reproduisons ci-après l’exposé du programme du Bulletin tracé par le père Emmanuel dans le premier numéro. Le père y explique notamment le choix du 25 mars pour commencer sa parution. Nous faisons suivre ce texte de quelques lettres de lecteurs et, pour finir, d’une conférence donnée par le père à ses moines en 1898, où il leur exposait l’intention qui était la sienne en lançant le Bulletin.
Le Sel de la terre.
— I —
Notre programme *
Il y a quelques années, la Propagation de la Foi créa son bulletin hebdomadaire : Les Missions catholiques ; elle le fit en proclamant que c’était là une mesure aujourd’hui nécessaire à toute œuvre qui veut vivre.
Née en 1852, d’une parole de Pie IX, l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance annonce, elle aussi, qu’elle veut vivre ; et elle fait paraître son Bulletin.
Depuis longtemps reconnue nécessaire, et étudiée sous toutes ses faces, l’œuvre du Bulletin a été, pour ainsi dire, mise en demeure de faire acte de vie. Aujourd’hui, dans la lutte à mort entre l’Église et la révolution, lorsque l’ennemi met en ligne toutes ses légions et tente ses suprêmes efforts, il n’est plus permis à aucun soldat de l’Église militante de se tenir éloigné du combat. Quelque infime que soit notre action, ne dût-elle concourir qu’à porter à une seule âme la pensée de la prière et de l’espérance, elle aurait, à nos yeux, un prix inestimable.
Le Bulletin de l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance paraît donc pour la première fois, à cette date heureuse, le 25 mars.
Plaise au Verbe divin, pour nous incarné ce jour-là, inspirer et féconder notre verbe humain, pour lui imprimé ce jour-là !
Sans vouloir faire à nos lecteurs des promesses pompeuses, nous devons cependant leur dire un mot de ce que sera notre Bulletin.
Et d’abord, il sera l’organe de l’Archiconfrérie de la Prière perpétuelle à Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Nous dirons l’origine et l’histoire de cette pieuse union de prières qui déjà groupe en un seul faisceau et réunit devant le trône de la très sainte Vierge plus de cent mille affiliés, tant en France qu’à l’étranger. Nos rangs restent ouverts, et nous inviterons à y entrer toutes les âmes qui ont l’intelligence et le sentiment des besoins présents de l’Église et de la France.
Ensuite, nous inspirant de la pensée la plus intime de l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, notre conversion à tous, nous irons avec nos lecteurs à l’église, et nous leur parlerons de ce qui s’y dit, de ce qui s’y lit, de ce qui s’y fait, de ce qui s’y chante. On devra donc s’attendre à ce que dans nos colonnes il soit question du catéchisme ; oui, mais nous le traiterons sous une forme nouvelle, qui permettra aux pères et mères, non seulement de se faire les premiers catéchistes de leurs enfants, mais encore les répétiteurs des leçons que les enfants auront reçues à l’église. Notre catéchisme ne sera pas sans utilité pour les instituteurs et les institutrices qui ont à cœur de remplir tous leurs devoirs vis-à-vis des enfants.
Allant plus loin dans l’étude des choses de l’Église, nous nous permettrons des excursions dans les offices et les cérémonies sacrées ; nous travaillerons, si besoin est, à réconcilier nos lecteurs avec le latin de la prière liturgique ; nous leur dirons pourquoi il faut chanter du latin, et même comment on peut y comprendre quelque chose. A ce sujet nous pouvons promettre des surprises à plusieurs.
Enfin, sous le titre d’Ephémérides, rassemblant et mettant en regard les épreuves et les consolations de l’Église, nous donnerons un tableau concis qui sera comme le thermomètre du mouvement religieux pendant le mois.
Arrêtons-nous dans la voie des promesses. La meilleure preuve du mouvement, c’est d’aller en avant.
Nous marchons donc, comptant sur le concours de nos associés, de toutes les âmes de bonne volonté, et particulièrement de nos confrères dans le sacerdoce.
Nous avons demandé et obtenu la bénédiction de Monseigneur notre évêque ; nous espérons obtenir celle de NN. SS. les évêques dans les diocèses desquels nous avons des associés, et un jour celle du Saint‑Père Pie IX.
Qu’ainsi Dieu nous soit en aide !
Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous.
— II —
Le Bulletin devant ses lecteurs
Le Bulletin fut-il goûté de ses lecteurs ? Voici quelques témoignages publiés à plusieurs années d’intervalle (les deux derniers sont postérieurs à la mort du père), qui permettent de se faire une idée de l’impact profond que l’enseignement du père Emmanuel produisait dans les âmes. Ces lettres furent l’occasion pour le Bulletin de mieux préciser son but : les commentaires auxquelles elles donnent lieu sont donc très intéressants.
Le Sel de la terre.
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• Rétablir le christianisme chez les chrétiens [8]
Nous avons promis à nos abonnés de leur faire connaître l’opinion de nos lecteurs relativement à notre Bulletin. Nous allons dégager notre promesse, faisant la belle part à la critique.
La critique donc consiste uniquement dans la lettre suivante :
… Je dois vous prévenir que vous allez perdre à peu près tous vos abonnés de… Le Bulletin ne répond pas tout à fait à son titre. Les articles liturgiques, sur la foi, sur l’étude de la langue latine, peuvent également s’adapter à tout autre titre, et peut-être mieux à un autre titre.
L’historique de Notre-Dame de la Sainte-Espérance n’intéresse que médiocrement ceux qui n’appartiennent pas à la Prière perpétuelle.
Le Bulletin a paru également manquer à son titre, en ne disant habituellement rien ou presque rien de ce qui se passe ou doit se passer journellement à La Sainte-Espérance, je veux dire à Mesnil-Saint-Loup.
Bref, ce qui me paraît avoir manqué au Bulletin, c’est de s’être fait une spécialité de lecteurs. Tel lecteur y a trouvé, selon son aptitude ou son goût, des articles à sa convenance, mais l’ensemble ne donne à peu près satisfaction à personne.
C’est tout, mais ce n’est pas peu.
Nous prenons toutefois de là occasion de mieux affirmer la pensée du Bulletin. Le Bulletin ne peut que refléter l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance dont il est l’organe. Or, l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, ce n’est ni plus ni moins que l’œuvre du rétablissement du christianisme à Mesnil-Saint-Loup.
Or, pour rétablir le christianisme chez les chrétiens, il faut leur donner l’intelligence, le goût et l’amour des pratiques extérieures de religion qui par la grâce de Dieu subsistent encore parmi eux. De là nos articles liturgiques, nos lettres sur la foi, notre catéchisme ; de là aussi le commencement de travail pour réconcilier les esprits avec la langue latine qui se chante à l’Église.
Travailler ainsi nous semblait répondre aux besoins des âmes dans le temps présent. Nos articles auraient pu s’adapter à un autre titre : oui, mais c’est uniquement parce qu’ils répondent à un besoin général, et l’on pourrait partout travailler à le satisfaire. Cependant, nous croyons qu’il y a peu de recueils religieux qui visent ainsi à pénétrer les esprits de l’enseignement chrétien dans sa plénitude, dans son intégrité.
Uniquement préoccupés de l’essentiel, nous avons dit peu de choses de ce qui se passe à Mesnil-Saint-Loup. Mais Mesnil-Saint-Loup a toutes sortes de bonnes raisons pour être modeste, et nous ne croyons pas avoir manqué de dire à nos lecteurs ce qui pouvait vraiment les édifier. […]
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• Trop sérieux [9] ?
En terminant sa douzième année, le Bulletin pourrait dire comme l’ancien Jacob : « Les jours de ma vie ont été courts et pénibles ! » Que les jours du Bulletin aient été courts, c’est chose visible à tous, écrite qu’elle est en tête de chacune de nos feuilles : que ces jours aient été difficiles, ce n’est point si évident ; on le sait seulement ici, à Mesnil-Saint-Loup, d’où part le Bulletin tous les mois.
Souvent on nous l’a dit, le Bulletin n’a pas le don de plaire à tous, il est trop sérieux ! Ah ! puissions-nous mériter toujours une pareille critique, et ne jamais parler que pour dire des choses sérieuses ! Être chrétien, pensons-nous, c’est chose sérieuse ; et comme nous nous adressons à des chrétiens, nous croyons ne pouvoir leur dire que des choses utiles et dès lors sérieuses.
Nous prions donc nos bienveillants lecteurs de nous continuer leur charitable concours et de travailler avec nous à faire connaître ce Bulletin dans les familles chrétiennes. Ah ! c’est la place que nous envions le plus, c’est là que nous souhaitons trouver des lecteurs qui nous aideront, non seulement de leur sympathie fraternelle, mais bien plus encore de leurs prières, afin que nous puissions voir à l’œuvre Notre-Dame de la Sainte-Espérance, la voir à l’œuvre pour notre conversion, à l’œuvre pour le rétablissement du christianisme parmi les chrétiens, à l’œuvre pour le salut des âmes et de la société.
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• La lumière, toujours plus de lumière ! [10]
Une appréciation sur l’œuvre du Bulletin :
Il y a quelques années, ayant lu dans le Bulletin des réflexions sur l’agonie de Notre-Seigneur par Bossuet (juin 1897), et mon âme s’étant fortement attachée à ces quelques pages, je voulus pour plus de commodité posséder l’opuscule publié en librairie sur le même sujet ; mais ce n’était pas la même chose ; c’était boire un verre d’eau après avoir bu un verre d’excellent vin. Il en est de même du reste : où trouve-t-on ailleurs les clartés dont la Parabole des dix Vierges est parsemée (juillet-octobre 1901) ? Et le péché contre le Saint-Esprit, qui inquiète tant d’âmes chrétiennes, par qui est-il ainsi expliqué ? (Voir mai, octobre 1898).
Généralement on n’enseigne pas, on ne répond pas au besoin des âmes : car est-ce répondre que de dire à une personne anxieuse : Et marchez donc, et dormez donc en paix ? Au lieu de dissiper sa crainte en l’éclairant, on la coiffe d’un éteignoir.
Aussi, lorsque dans vos colonnes je suis tombée sur saint Anselme, sur La foi qui cherche à savoir (avril-octobre 1902), j’ai été ravie de toute mon âme. Du reste tout me ravit dans le Bulletin : comme je lis très peu, je trouve là condensée, sous une forme agréable et assimilable au plus haut point, toute la vérité de la doctrine chrétienne.
Évidemment cette appréciation est des plus bienveillantes ; mais elle dit beaucoup. Il est certain qu’il se trouve bien des gens pour mettre un chaperon sur les yeux aux âmes qui veulent voir clair, comme si les âmes chrétiennes n’avaient pas droit à la vérité.
Toute la vie pastorale du père Emmanuel s’est résumée en ceci : Donner la vérité aux âmes, les amener à pouvoir porter toute la vérité.
La lumière, toujours plus de lumière ! c’était là son cri.
Il a créé le Bulletin pour faire rayonner la lumière.
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• Une lettre qu’il faut lire [11]
Nous recevons d’un éminent religieux belge la lettre suivante, qu’il faut lire, car elle contient sur le Bulletin et le père Emmanuel […] des appréciations que nous ne pouvons passer sous silence […] :
Je vois dans le dernier numéro du Bulletin qu’il pourrait se faire, à cause des difficultés des temps, que vous deviez cesser de faire paraître votre excellente revue. J’en aurais grand regret. Les revues sans doute pullulent, du moins en notre pays ; mais il en est si peu qui satisfassent ceux qui cherchent, dans ce genre de publication, une nourriture vraiment solide et évangélique pour leur âme. Nous recevons ici au moins une douzaine de revues ; mais, à part deux ou trois, elles ne contiennent guère que du verbiage pieux. La vôtre est sérieuse, pleine de doctrine et vraiment intéressante, j’entends pour de vrais chrétiens. Je la lis, pour ma part, avec grand plaisir et avec profit. Plus vous avancez dans la vie du père Emmanuel [12], plus j’admire, plus je vénère et plus j’aime votre héros. Il est vraiment de la trempe des grands hommes, et ce qui est mieux, de la trempe des saints. Je souhaite qu’après avoir publié sa vie dans votre Bulletin, vous la fassiez paraître en volume. Elle serait lue avec grand profit par les fidèles et surtout par les prêtres ; elle combattrait en bien des esprits le système « du moins possible », avec plus de force que le livre de Monseigneur Isoard ; verba movent, exempla trahunt.
— III —
La doctrine du Bulletin
Le mardi 15 mars 1898, le père Emmanuel exposa à ses moines, dans une instruction faite au chapitre, les principes qui l’avaient guidé dans la création du Bulletin vingt ans plus tôt. Voici le texte de cette conférence monastique, d’après les notes qui furent prises par un des auditeurs. (Les soulignements sont de la rédaction.)
Le Sel de la terre.
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J |
e vous dirai aujourd’hui une chose qui peut-être n’est pas de circonstance, mais qui vous sera utile. Je vous parlerai de notre Bulletin. Le Bulletin n’a pas été créé pour le plaisir d’écrire ; mais pour donner un corps de doctrine solide et bien uniforme. Ce plan, je crois, a été rempli et je défie qui que ce soit de me montrer une page qui soit en contradiction avec une autre. Tous les articles tendent à la même fin : mettre en évidence la doctrine non de telle ou telle école, mais la doctrine de l’Église, qui se trouve renfermée surtout dans les oraisons du missel et du bréviaire. Ce qui fait la solidité du Bulletin, ce qui en fait un corps de doctrine bien compacte et bien uniforme, ce qui en rend la rédaction inattaquable au point de vue doctrinal, c’est qu’il s’appuie non sur les opinions de tel théologien mais sur l’enseignement traditionnel de l’Église, consigné dans ses oraisons. Quand saint Augustin combattait les hérétiques de son temps, il les renvoyait aux prières de l’Église. Et en vérité, c’est la seule voie sûre. Un jour, je le faisais remarquer à notre père Bernard [13] : Voyez, lui disais-je, comme nous pouvons répondre facilement à tous ceux qui seraient prêts à nous chercher chicane, et réfléchissez que nous devons cette grande aisance aux principes, les seuls solides et les seuls vrais que nous avons adoptés. Aussi, depuis la création du Bulletin, jusqu’aujourd’hui, personne n’a pu nous censurer ; sans doute quelques personnes ont trouvé à redire à certains articles ; cela devait être : mais nous ont-ils convaincus d’erreurs sur la doctrine ? Jamais cela n’est arrivé, et jamais le cas ne se présentera. Une fois un prêtre m’écrivit : d’après lui, je devais courir en toute hâte me jeter aux pieds de mon évêque, lui demander pardon… D’après ce monsieur, je n’avais pas lu Suarez. Non, assurément, je n’avais pas lu Suarez. Mais à quoi bon ? Suarez est très volumineux. Si je ne connais pas Suarez, je connais les oraisons de l’Église, le concile de Trente, d’autres conciles encore, et cela me suffit. Avec de tels guides, jamais on ne dévie. Car, d’après la célèbre parole du pape Célestin : Legem credendi statuat lex supplicandi. Si quelqu’un attaquait les articles du Bulletin, je lui répondrais avec les oraisons de l’Église : et ainsi la bouche des détracteurs serait vite fermée. Voilà l’avantage que l’on trouve à n’être d’aucune école, mais à suivre uniquement la doctrine traditionnelle, consignée dans les oraisons de l’Église. Ces oraisons sont une mine inépuisable de doctrine ; je vous engage à vous y rendre attentifs. N’imitez point ceux qui récitent toute leur vie ces oraisons sans les comprendre. Au siècle dernier, on vit même des ecclésiastiques corriger, supprimer les oraisons de l’Église romaine : ils y voyaient sans doute des erreurs. Hélas, quelle vanité ! Leur réforme a passé : il n’y en a plus trace.
Souvenez-vous bien de cela : je vous l’ai dit pour que vous le sachiez et afin que vous compreniez plus clairement quel esprit anime notre Bulletin. Vous trouverez aussi dans ces considérations une grande liberté : Cui æternum Verbum loquitur, a multis opinionibus liberatur [14].
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[1] — Nous aurions pu ranger ces pages sur le Bulletin dans la rubrique suivante, « La restauration d’une chrétienté », qui parle des œuvres de la Sainte-Espérance. Mais, comme le Bulletin était l’organe de l’association de la Prière perpétuelle, nous n’avons pas voulu séparer l’archiconfrérie de son organe.
[2] — Mgr Martin, ancien vicaire général de Troyes au temps de Mgr Delebay – quand l’abbé André n’était encore que séminariste – et grand ami du père Emmanuel, fut le « parrain » du Bulletin : il contribua notamment aux premiers frais d’impression et de diffusion. Il collabora la première année en fournissant le « Catéchisme de la mère chrétienne », qu’il rédigea selon les conseils du père Emmanuel et continua d’assister la revue de ses avis jusqu’à sa mort en 1904.
[3] — Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, t. IX, p. 442 (avril 1903).
[4] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, 1935, p. 189.
[5] — La collection complète de la première série du Bulletin comprend 17 volumes couvrant les années 1877 à 1940. Même après la mort du père Emmanuel (31 mars 1903), le Bulletin continua de publier beaucoup de textes laissés par lui ou provenant de notes prises par des paroissiens ou par des frères de sa communauté, ce qui a permis de conserver un certain nombre de prédications et de conférences monastiques du père. Ces textes ont été collationnés d’abord par Dom Maréchaux et, après la mort de celui-ci (24 décembre 1927), par les moines de Mesnil-Saint-Loup. Une nouvelle série du Bulletin a commencé à reparaître à partir de décembre 1950 (jusqu’en 1983), mais ce n’est plus de la même veine.
[6] — Bulletin, t. IX, p. 500-501 (août 1903).
[7] — Cette modification correspond à un changement d’imprimeur : précédemment imprimé à Bar-le-Duc, le Bulletin fut dès lors confié aux presses de M. Oudin, à Poitiers (l’éditeur des œuvres du cardinal Pie).
* — Bulletin, t. I, p. 1-2 (mars 1877).
[8] — Bulletin, t. I, p. 213-214 (avril 1878).
[9] — Bulletin, t. IV, p. 529 (décembre 1888).
[10] — Bulletin, t. X, p. 549-550 (novembre 1906).
[11] — Bulletin, t. XI, p. 5 (janvier 1907).
[12] — A ce moment, Dom Maréchaux publiait en feuilleton sa vie du père Emmanuel qu’il fit paraître ensuite (en 1909) sous le titre : Le Père Emmanuel. (NDLR.)
[13] — Il s’agit de Dom Bernard Maréchaux, qui secondait le père Emmanuel dans la rédaction du Bulletin. (NDLR.)
[14] — A celui qui parle du Verbe éternel, il sera donné d’être libéré d’une multitude d’opinions.

