top of page

Du séminaire diocésain

« Saint-Pie X »

à la Fraternité Saint-Pie X

 

Des séminaristes de Bombay témoignent

 

 

 

« Séminaire Saint-Pie X » : il ne s’agit pas ici du séminaire international d’Écône, mais du séminaire diocésain de Bombay, en Inde, qui porte le même nom (sans doute par antiphrase, car, au vu des documents qu’on va lire ci-dessous, ce titre résonne comme une dérision profanatrice).

Au début de l’année 2002, cinq élèves de ce séminaire diocésain de Bombay décidaient de rejoindre la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, pour y recevoir une authentique formation sacerdotale catholique.

Ce n’était pas un coup de tête. Pendant leurs études, ils avaient réguliè­rement fait remarquer à leurs professeurs et jusqu’au cardinal Dias, arche­vêque de Bombay [1], que l’enseignement qui leur était donné n’était pas conforme à la doctrine de l’Église. N’ayant jamais obtenu que des réponses dilatoires, ils prirent contact avec le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X en Inde. Ils restèrent plusieurs mois au prieuré, y étudiant avec application les enseignements du magistère infaillible de l’Église. Ils poursuivent maintenant leurs études au séminaire de la Fraternité Saint-Pie X en Australie.

Nous remercions M. l’abbé Blute, supérieur de la Fraternité en Inde, de nous autoriser à reproduire dans Le Sel de la terre les lettres envoyées par quatre d’entre eux au directeur du séminaire et au cardinal pour expliquer les raisons de leur départ.

Ce témoignage manifeste clairement l’état de nécessité qui sévit aujour­d’hui dans l’Église.

Il montre aussi qu’il ne faut mettre aucun espoir dans les séminaires de l’Église conciliaire. Chaque année, lors de la publication de l’Annuaire Pontifical, on entend le refrain rassurant selon lequel l’actuelle crise du sacer­doce serait seulement occidentale ; les séminaires hors d’Europe et d’Amé­rique du Nord, assure-t-on, et tout spécialement ceux du Tiers-Monde, sont un réservoir prometteur pour le renouveau de l’Église. On vante le nombre croissant des séminaristes. Mais de sérieuses réserves doivent être faites à ce sujet. D’abord il est notoire qu’il faut, dans les pays pauvres, être très vigilant par rapport à l’intention droite des candidats au sacerdoce, beaucoup n’y voyant qu’un moyen de sortir de leur misère et d’aider matériellement leur famille. D’autre part, il serait intéressant de savoir combien d’entre eux per­sévèrent. Enfin, et surtout, quelle formation reçoivent-ils ? Les lettres des sé­minaristes de Bombay, que nous publions ici, sont éloquentes. La nouvelle religion est un cancer qui cherche à arracher la vraie foi de l’âme des fidèles, et qui dans ce but, forme un nouveau clergé qui n’est plus catholique.

Aux prêtres de Campos, le Vatican n’a imposé que deux exigences pour les reconnaître officiellement : qu’ils fassent étudier le concile Vatican II à leurs séminaristes, et que des professeurs extérieurs à leur association sacerdo­tale viennent enseigner dans leur séminaire [2]. Le but inavoué est clair : for­mer un clergé néo-moderniste qui pérennise et répande la nouvelle religion. On pourrait citer aussi le monastère du Barroux qui envoie ses professeurs se recycler à Rome.

La traduction de ces lettres a été faite par nos soins à partir de l’anglais. Toutes les notes sont de notre rédaction.

Le Sel de la terre.

 

*

 

 

Lettre du séminariste

Anthony Alphonso au père Cléo,

directeur du séminaire Saint-Pie X à Bombay

 

Séminaire Saint-Pie X

Aarey Road, Goregaon (East)

Bombay 400 063

 

Le 8 février 2002

 

Cher Père,

 

J’AI REÇU une formation d’environ six ans au séminaire Saint-Pie X. À côté des cours qui nous étaient donnés, j’ai beaucoup prié et réfléchi pour comparer cet enseignement avec celui que l’Église apostolique dispense depuis l’origine.

Les cours du séminaire ont tous trait, uniquement ou principalement, aux ré­formes de Vatican II, comme si l’Église catholique n’existait que depuis quarante ans. Qu’en est-il de ce qu’elle a enseigné à l’humanité depuis les temps aposto­liques ? Qu’en est-il du magistère ordinaire et extraordinaire enseigné ex­plicitement par d’aussi excellents papes que Pie IX, saint Pie X, Pie XI et Pie XII ? Un tel magistère dissipe toute trace d’ignorance et met en lumière la vérité objec­tive de notre unique vraie foi. En fait, les choses sont bien claires : ces mêmes er­reurs et hérésies que de saints papes et de saints conciles avaient condamnées avec le plus grand soin et la plus grande vigilance pastorale depuis les temps apostoliques, ont été favorisées, voire mises en œuvre par l’Église conciliaire (il n’est que de se reporter à l’encyclique Quanta cura et au Syllabus ou recueil des principales erreurs du temps, du pape Pie IX).

L’encyclique de Pie IX mentionnée ci-dessus énumère et condamne les prin­cipales erreurs de notre temps que sont le panthéisme, le naturalisme, le rationa­lisme absolu, le rationalisme modéré, l’indifférentisme, le latitudinarisme, le socia­lisme et le communisme, les erreurs concernant l’éthique naturelle et chrétienne et le mariage chrétien, ainsi que celles inhérentes au libéralisme moderne.

On en trouve la censure également dans les allocutions consistoriales, les en­cycliques et autres lettres apostoliques du pape Pie IX, en particulier Qui pluribus (9 novembre 1846), Quibus quantisque (20 avril 1849), Nostis et nobiscum (8 dé­cembre 1849), Quanto conficiamur (10 août 1863), etc. Ce ne sont là que quelques-uns des  textes qui, reflétant la lumière de la sainte Tradition, dissipent les ténèbres de la confusion et de l’hérésie.

Éclairés par les vrais enseignements catholiques et apostoliques, nous nous disposons à approfondir encore la sainte Tradition de l’Église catholique, afin de nous pénétrer de la vérité et de la proclamer. C’est pourquoi, pour continuer li­brement à étudier la vraie foi apostolique, j’interromps mes études au séminaire Saint-Pie X.

Nous vous remercions pour la formation humaine que vous nous avez don­née. Priez pour nous, car nous aussi, nous vous garderons dans nos prières afin que tous, nous puissions prendre ensemble le chemin de l’unique Vérité : Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

 

Ave Maria

Bien à vous dans le Christ Jésus

Signé : Anthony Alphonso

 

 

Lettre du séminariste Nelson Rodriguez

au même père Cléo

 

Le 8 février 2002

 

Cher Père,

 

Comme vous le savez, j’ai suivi environ huit années de formation au séminaire Saint-Pie X. Pendant tout ce temps, force m’a été de constater que chaque cours était orienté en fin de compte dans une « perspective sociale ». A y bien réfléchir, cependant, nous nous souvenons surtout du cours d’« épistémologie » du père John D’Mello, qui prônait clairement le « perspectivisme » et concluait en parlant de la méthode herméneutique, dont on déduit, à l’évidence, qu’il n’existe pas de vérité ou de morale objective, mais que tout tient à la manière dont « on perçoit les choses ». Autrement dit, la Vérité serait fonction de la perspective dans la­quelle on l’envisage.

Un autre cours dispensé au début du cycle de théologie a trait à ce que l’on nous a nommé la « théologie contextualisée [3] ».

Tel est le résultat de la révolution libérale dans l’Église catholique, due à l’or­gueil des esprits de notre temps, qui croient être parvenus à un nouvel âge où l’homme a enfin compris sa propre dignité et a pris davantage conscience de lui-même, au point qu’on parle à cet égard de « métamorphose sociale et culturelle ».

Pendant un siècle et demi, les saints papes ont condamné le catholicisme libé­ral dans différents textes : la bulle Auctorem fidei de Pie VI contre le synode de Pistoie, l’encyclique Quanta cura et le Syllabus de Pie IX, l’encyclique Immortale Dei de Léon XIII contre le nouveau droit, les actes de saint Pie X contre le mo­dernisme – notamment l’encyclique Pascendi dominici gregis, et en particulier le décret Lamentabili – l’encyclique Divini redemptoris de Pie XI contre le commu­nisme et Humani generis du pape Pie XII.

Tous ces pontifes ont résisté à l’union de l’Église avec la Révolution, qui est un adultère. Or, cette union adultère de l’Église et de la Révolution se trouve ci­mentée davantage par le « dialogue ». Notre-Seigneur a dit « Allez enseigner les nations et baptisez-les » ; il n’a pas dit « Maintenez le dialogue avec elles et n’es­sayez pas de les convertir » comme le cours sur le dialogue interreligieux le laisse entendre, exprimant ainsi une conception nouvelle et hérétique des missions. La vérité et l’erreur étant incompatibles entre elles, dialoguer avec l’erreur revient à mettre Dieu sur le même pied que le démon.

Dans sa bulle Quo primum, en 1570, le pape saint Pie V mettait en garde toutes les personnes titulaires d’une autorité, quels que soient leur dignité et leur rang, et leur commandait d’obéir à un ordre strict, qui était de ne jamais dire ou permettre que soient dites à la messe des prières autres que celles contenues dans la messe tridentine :

 

Qu’absolument personne, donc, ne puisse déroger à cette page qui exprime notre permission, notre décision, notre ordonnance, notre commandement, notre précepte, notre concession, notre indult, notre déclaration, notre décret et notre in­terdiction, ou n’ose témérairement aller à l’encontre de ses dispositions. Si cepen­dant quelqu’un se permettait une telle altération, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul [4].

 

Lex orandi, lex credendi : « notre prière ou notre expression liturgique déter­mine ce que nous croyons pour notre salut ou notre damnation ».

Reconnaissez que ce qu’ont interdit de saints papes se pratique à présent au nom du modernisme, égout collecteur de toutes les hérésies condamnées par l’Église catholique depuis les premiers siècles.

Éclairé par les vrais enseignements catholiques et apostoliques, je me dispose à approfondir encore la sainte Tradition de l’Église catholique, afin de me pénétrer de la vérité et de la proclamer. C’est pourquoi, pour continuer à étudier librement la vraie foi apostolique, j’interromps mes études au séminaire Saint-Pie X.

Nous vous remercions pour la formation humaine que vous nous avez don­née. Priez pour nous, car nous aussi, nous vous garderons dans nos prières afin que tous, nous puissions prendre ensemble le chemin de l’unique Vérité : Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

 

Ave Maria

Bien à vous dans le Christ Jésus

Signé : Nelson Rodriguez

 

 

Lettre du séminariste Gregory Noronha

au père Cléo

 

Le 5 février 2002

 

À l’attention du recteur

 

Objet : Lettre de démission

 

Je, soussigné, Gregory Noronha, étudiant en première année de théologie, prie Dieu pour que descendent sur vous – selon les mots de saint Paul – « grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ » (Ph 1, 2).

Après avoir beaucoup attendu, prié et réfléchi, je désire mettre fin à mes études au séminaire, où la situation actuelle me laisse perplexe à bien des égards. La mise à égalité du catholicisme avec les autres religions, le manque de respect pour l’eucharistie, l’imposition d’idées personnelles sous couvert d’enseignements de l’Église (comme, par exemple, le fait que Jésus ne serait pas le Sauveur uni­versel), et jusqu’à mes convictions personnelles, m’amènent à partir dès l’année en cours.

 

Bien à vous, avec mes remerciements.

Signé : Gregory Noronha

 

Compte tenu du temps limité dont j’ai disposé pour écrire cette lettre, il m’a été impossible de mieux m’exprimer. On trouvera ci-après une liste des erreurs observées tant dans l’enseignement que dans la pratique, et qui sont énumérées au fur et à mesure de mes « années de formation ».

 

I. Année d’orientation (1997-1998)

 

Chaque mardi, il y avait une messe en marathi [5], au cours de laquelle tous les participants portaient des foulards de couleur orange-safran. Le célébrant principal arborait le signe aum [6]. C’est une religieuse en cours de formation qui récitait l’aarti [7]. Le tilak [8] était de rigueur, et l’on chantait des bhajans [9] pen­dant la messe.

Le père Vincent Pereira, qui était chargé de l’année d’orientation, semble beaucoup plus féru de psychologie que de spiritualité. Certains de ses propos sont grossiers et mensongers. Il traite la psychologie à l’égal de Dieu. « Avec la psychologie, j’accomplis des miracles dans ma chambre » dit-il volontiers, rédui­sant ainsi les miracles à néant. Il nous apprenait que nous pouvions résoudre tous les problèmes à l’aide de la psychologie. Il louait les hindous qui, sous le régime portugais, s’enfuyaient plutôt que de se convertir. Il insultait ceux qui s’étaient alors convertis au christianisme. Chaque mercredi, en classe, nous avions une messe. Dans notre classe, il y avait une armoire où étaient rangés tous les accessoires de la messe. Ce qui était choquant et décourageant, c’était de voir, dans cette même armoire, le shivalingam [10]. Lorsqu’on questionnait ce profes­seur sur la conversion, il répondait par une autre question : « Pourquoi voudriez-vous qu’un hindou se convertisse au catholicisme ? »

Le père Oscar Rozarie S.J., chargé de la spiritualité, nous enseignait que tout le monde serait sauvé. « Soyons rationnels, disait-il, pourquoi un bon hindou, qui accomplit beaucoup de bonnes actions, irait-il en enfer ? »

Le père Julian Saldanha, S.J., chargé de l’inculturation et des langues, nous initiait au monde hindou, son principal but étant de nous amener à apprécier la bonté inhérente à l’hindouisme. Il emmenait les frères visiter un temple afin de faire connaissance avec le mode d’adoration hindouiste. En classe, il nous an­nonçait qu’il allait dire une prière de saint Augustin. L’ayant dite, il nous deman­dait si nous pourrions la réciter dans la grande chapelle. Nous répondions que oui. Alors, il nous révélait que cette prière avait été écrite par un fidèle de l’hin­douisme. Un jour, il déclara que dans la prière de l’eucharistie, certains prêtres invoquaient des noms de « saints hindous », par exemple « saint » Tukaram, et il ajouta qu’il ne voyait rien à y redire.

Le père Allwyn D’Silva nous enseignait que notre méthode n’était pas celle de saint François Xavier, qui allait partout convertissant. Les Juifs ont longtemps at­tendu Jésus. De même, nous préparons les gens en leur donnant un enseigne­ment, de la nourriture.

 

II. Première année de philosophie intégrée (1998-1999)

 

Le père Michael Rozaris, qui nous enseignait la philosophie indienne, aimait à dire : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe est “aum” [11] » Aussi Jésus est-il “aum”.

Le père Anicete Pereira donnait un cours de catéchisme. Il disait : « Qu’on nous laisse de l’autonomie. Rome ne doit pas nous commander ». Il prétendait même que le célibat des prêtres était à supprimer et que si cela arrivait, il serait le premier à se marier. Il voulait que la liturgie s’indianise par les moyens sui­vants : 1. « bhajans  » ; 2. « aarti » ; 3. danses indiennes ; 4. lectures du « bhagwad gita [12] »; 5. tilak sur le front. Il critiquait la prière de demande, disant que son pouvoir apparent tient à de simples coïncidences, et concluait à l’inutilité de la prière. Ainsi souscrit-il entièrement à la paganisation de l’Église catholique et à la négation de ses enseignements.

Mgr l’évêque Thomas Dabre donnait un séminaire sur la quête maharas­trienne [13] de Dieu, dans laquelle il voyait une consécration des aphorismes et en­seignements de Tukaram. On est en droit de se demander de qui il est l’évêque : de Jésus ou de Tukaram ?

Le père Jean Mercier, qui vient de Belgique pour enseigner la philosophie, l’anthropologie et la logique, déclarait : « Cela me dérange de parler de Marie comme de la mère de Dieu. C’est anti-philosophique. Cela revient en effet à dire que Dieu aurait une mère ». Le même prêtre nie que l’homme se compose d’un corps et d’une âme. Selon lui, il s’agit là de philosophie grecque. C’est pourquoi, personnellement, il ne prie jamais pour l’âme d’un défunt, mais pour le repos éternel de monsieur X. Cela revient à nier ce que dit Notre-Seigneur : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? Ou que donnera un homme en échange de son âme ? » (Mt 16, 26) Ce sont pourtant ces paroles qui ont converti saint François Xavier et l’ont amené à partir évangéliser des milliers et des milliers d’âmes. A-t-il eu tort, ou était-il un ignorant ?

 

III. Première année de théologie

 

On nous a divisé la théologie en de nombreuses parties : la « théologie contextuelle », l’« éco-théologie », la « théologie féministe », entre autres -, et chaque partie était censée expliquer à sa manière la théologie en général. Par exemple, la « théologie contextuelle » fait de la situation l’élément central pour comprendre la Bible, de sorte que telle ou telle explication de la Bible cesse d’être pertinente si on la place dans le contexte actuel. En fait, la Bible n’a rien à voir avec les circonstances de notre époque.

Le père Gilbert nous enseignait la grâce. Il prétendait que la grâce est pré­sente dans le « karma [14] », le « samskara [15]  » ou les « upanishads [16] ».

Le père John D’Mello nous parlait du péché et de la perversion, en disant que le péché est un concept occidental. Dans la langue indienne, il n’y a pas de mot pour rendre la notion de péché, disait-il.

Le père John nous enseignait comme étant des vérités éternelles les trois axiomes de sociologie suivants :

1. Toute connaissance est à mettre en perspective.

2. Toute connaissance est contextuelle.

3. La théologie se sert de la sociologie.

Le père Julian Saldanha, S.J., qui nous enseignait l’eschatologie, disait qu’il existe un enfer, mais qu’il est vide et que telle est la position de l’Église [17].

 

Autres observations

 

Tous les quinze jours, le mercredi, nous avions dans la chapelle une « Sandhya Vandana [18] », avec « bhajans », et nous lisions les écrits suivants : « bhagwad gita », le Coran, des poésies de Tulsidas [19], entre autres ; nous réci­tions aussi l’« aarti » et nous nous partagions des « prasad [20] ».

Au séminaire, il avait été institué un groupe de modération. Un prêtre y était chargé de douze à quatorze séminaristes. A la fin de l’année, il y eut une fête avec musique amplifiée, repas copieux, danses, le tout pendant le carême. Mais il nous fut dit que le carême était un temps heureux, un temps de réjouissances.

 

 

Lettre du séminariste Lawrence D’souza

au cardinal Dias, archevêque de Bombay

 

Regi sæculorum immortali et invisibili, soli Deo honor et gloria

in sæcula sæculorum. Amen [21]. (1 Tm. 1, 17)

 

Le 5 mars 2002

 

S.E. le Cardinal Ivan Dias

Archevêché, Nathalal Parekh Marg,

Bombay 400 001

 

Votre Éminence,

 

La paix du Christ soit avec vous !

 

J’ai reçu une formation complète de huit années au séminaire Saint-Pie X, à Goregaon. Durant cette période, j’ai réfléchi et prié avec ferveur parallèlement aux cours qui nous étaient dispensés, et durant ces derniers mois, le Seigneur m’a amené à reconsidérer toutes mes études à la lumière de l’Écriture sainte et de la Tradition de l’Église une, sainte, catholique et apostolique.

Le programme d’études du séminaire Saint-Pie X met l’accent sur une forma­tion « intégrale » des candidats à la prêtrise, qui couvre surtout les dimensions personnelle et sociale. La « sainteté » y fait place à un modèle de spiritualité fondé sur l’« entièreté », ce qui donne aux séminaristes une tournure d’esprit « séculière et humaniste » ayant pour but de faire d’eux des hommes meilleurs, capables d’aider les autres à devenir comme eux. Il est à la fois triste et choquant de voir l’objet de la prêtrise réduit à une vision aussi terre à terre de ce monde. De l’année d’orientation à la quatrième année de théologie, la philosophie et la théo­logie elle-même sont colorées de sciences sociales. Chaque cours débouche sur le « perspectivisme », qui se rétrécit à son tour en une simple « perspective so­ciale » ; or, si la « vérité » est tout bonnement « la manière dont on perçoit les choses », l’objectivité de la vérité et de la morale devient un mythe. Dès lors, la « morale de situation » est à la fois recommandée et promue en lieu et place des normes morales objectives et définitives. C’est ce laxisme dans la foi comme dans la morale qui – depuis les quarante dernières années seulement, c’est-à-dire de­puis Vatican II – sème la confusion et l’incertitude chez les catholiques. Il y a peu de temps encore, la voie à suivre était bien balisée, et on la suivait ou on ne la suivait pas. On avait la foi, on l’avait perdue ou on ne l’avait jamais eue, mais celui qui avait la foi savait ce qu’il devait croire et faire. Or, aujourd’hui, beau­coup de gens ne le savent plus. Ils entendent à l’église toutes sortes de déclara­tions inconsistantes, ils lisent des choses contraires à ce qui a toujours été ensei­gné, et le doute s’est insinué dans leurs esprits.

Une telle formation des prêtres, source de confusion, provient de ce qu’on a appelé la « sécularisation ou désacralisation » de la vie religieuse, la doctrine et la morale, qui n’a pas le moindre fondement ni dans l’Écriture sainte, ni dans la Tradition sacrée, les deux sources de la Révélation divine. Cette désacralisation, véhiculée par les cours, a pour référence directe Vatican II, qui était un concile non pas dogmatique, mais seulement « pastoral », comme l’ont souligné plusieurs fois les papes Jean XXIII et Paul VI. En outre, à cause de sa profonde ambiguïté, il a donné lieu à diverses interprétations aboutissant à des hérésies patentes, sous couleur d’appréhender et de citer Vatican II dans son contexte [22].

C’est sous la pression des « nouveautés de Vatican II » que le nombre des dé­votions s’est réduit à son niveau actuel. Le gouvernement ecclésiastique est de­venu démocratique, avec ses multiples conseils cléricaux ou laïques, synodes et conférences, où l’autorité est décentralisée. En ce qui concerne la pensée ca­tholique et la formation des prêtres, les modernistes ont rejeté la scolastique parmi les systèmes obsolètes, semant ainsi dans les jeunes esprits des philoso­phies telles que le rationalisme, l’empirisme, l’analyse linguistique et, plus encore, l’« existentialisme », qui mine et rabaisse le monde spirituel tout entier, non sans exalter cette « vallée de larmes » comme étant « la réalité ». Saint Thomas d’Aquin fait place à l’anthropologie, à la psychanalyse et à Marx (théologie de la justice sociale et de la libération, qui laisse entendre que « l’orthopraxis passe avant l’orthodoxie »), et la théologie en est réduite à devenir « attachée aux racines et contextuelle ». Grâce à Vatican II, des « experts » tels que Yves Congar, Karl Rahner, Edward Schillebeeckx, Juan Segundo, Hans Küng, que Pie XII avait in­terdits d’enseignement quelques années avant le Concile, ont reçu du pape Jean XXIII une spectaculaire promotion. De même, des théologiens brésiliens et hispano-américains tels que Leonardo Boff (auquel le Vatican avait imposé si­lence), des théologiens asiatiques comme Raimundo Pannikar ou George Soares Prabhu, sont perçus avec faveur au séminaire Saint-Pie X. L’« inculturation », le « dialogue interreligieux » et l’« œcuménisme », conséquences de Vatican II, ne sont autres que des perversions et des compromissions par rapport à l’unique vraie foi. Dans l’esprit des prêtres, des séminaristes et même des évêques d’au­jourd’hui, « il est nécessaire non pas de convertir les gens au catholicisme, mais de leur apprendre à devenir de “bons hindous” et de “bons musulmans” ; cela vaut beaucoup mieux que d’en faire des catholiques ». D’où les conséquences perverses de l’œcuménisme. Le dialogue interreligieux et l’inculturation ont rendu l’Église stérile et improductive. Les missions sont devenues « des organisations sociales  de progrès et de développement humains » au lieu de servir à proclamer la foi catholique, et de sauver les âmes. Nos églises aussi deviennent des « agences sociales » comprenant des « cellules civiques », des « cellules d’assistance juridique » et autres, par l’intermédiaire des centres communautaires. Tout cela est le fruit de la désacralisation de l’Église catholique. Comme le souligne le pape saint Pie X dans son encyclique Pascendi dominici gregis [23] :

 

La cause prochaine et immédiate [du modernisme] réside dans une perversion de l’esprit. […] « C’est un spectacle lamentable que de voir jusqu’où vont les diva­gations de l’humaine raison dès que l’on cède à l’esprit de nouveauté ; que, contrai­rement à l’avertissement de l’Apôtre, l’on prétend à savoir plus qu’il ne faut savoir et que, se fiant trop à soi-même, l’on pense pouvoir chercher la vérité hors de l’Église en qui elle se trouve sans l’ombre de la plus légère erreur [24] ».

 

Éclairé par la vraie foi catholique et apostolique, je considère comme étant de mon devoir sacré de signaler les erreurs que j’ai pu constater dans la formation des futurs prêtres au séminaire, principalement dans leurs aspects doctrinaux et pratiques. La foi et son observance doivent reposer sur la juste doctrine, comme Vatican I l’a explicitement déclaré : « La doctrine de foi que Dieu a révélée n’a pas été proposée comme une découverte philosophique à perfectionner par l’esprit des hommes, mais comme le dépôt divin confié à l’Épouse du Christ pour qu’elle le conserve fidèlement et le déclare in­failliblement » (DS 3020).

Vous trouverez ci-joint mon analyse et l’évaluation sincère de toute la forma­tion que j’ai reçue ici. Priez pour moi, comme je vous garde dans mes prières, vous et l’archidiocèse, afin que l’Esprit-Saint nous guide tous, sans compromis­sions, vers l’unique Vérité, qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

Ave Maria

Bien à vous dans le Christ Jésus

Signé : Lawrence D’souza

 

 

Examen de la formation des prêtres

 

Voici quelques exemples du contenu des cours qui nous ont été dispensés au séminaire Saint-Pie X [25].

 

I. Les principes de la christologie

 

Dans cette matière, on nous a enseigné que :

— « Jésus est un, mais les christologies sont multiples » ;

— Les divers éclairages christologiques se fondent dans la « lumière aveu­glante de la proclamation pascale » ;

— L’« événement christique » doit s’interpréter en fonction des divers contextes de l’époque et des besoins de la communauté.

— Vatican II a contribué à la croissance de plusieurs christologies, comme par exemple la « christologie de la libération », la « christologie noire » [pour les noirs], la « christologie inclusive », la « christologie tribale ».

Pour aller plus en profondeur, le raisonnement de fond se développait en trois points :

A. Le théocentrisme, préféré au christocentrisme, place Dieu au centre, et non le Christ. Les théologiens appellent cela une « révolution copernicienne dans la théologie », car selon eux, Jésus ne se prêchait pas lui-même, mais prêchait Dieu et son royaume. C’est donc Dieu, non le Christ, qui est placé au centre, et il en découle que le Christ peut avoir une valeur normative ou représenter l’une des nombreuses voies conduisant à Dieu.

B. Ce déplacement nous aide à comprendre la présence et la révélation de Dieu dans d’autres religions (dans la société multireligieuse). Ceci explique les expressions du concile Vatican II qui parle des « semences du Verbe » (Ad gentes, nº 11 et 15), et du « rayon de la vérité » (Nostra ætate, nº 2) que l’on peut trouver dans les autres religions.

C. Selon le christocentrisme « exclusif » (comme on nous a qualifié la doctrine traditionnelle), le salut n’est possible que par une acceptation explicite du Christ comme unique sauveur, alors que le christocentrisme « inclusif » affirme le Christ comme étant seulement « constitutif du salut » ; manière de dire qu’il n’est plus nécessaire de croire en lui pour être sauvé. Rahner appelle « chrétiens ano­nymes » les fidèles des autres religions.

C’est là, en bref, la christologie qu’enseigne Mgr Agnelo au séminaire, lorsqu’il déclare : « La mort de la christologie monolithique [c’est-à-dire, dans son esprit, la christologie traditionnelle enseignée par les souverains pontifes] est nécessaire à la “véritable résurrection” de nombreuses théologies contextuelles authentiques ».

Ce pluralisme des christologies réduit le Christ – unique sauveur – à n’être plus qu’« une des nombreuses voies conduisant à Dieu ».

 

II. Mort et résurrection de Jésus

 

Ici, on nous apprit que la christologie moderne sépare la signification salvi­fique de la mort de Jésus de sa signification historique : à l’en croire, c’est du domaine de la foi que relève la signification salvifique de la mort de Jésus, selon laquelle il est mort pour nous sauver.

Selon la signification historique de la mort de Jésus, cette mort était politique et religieuse. Jésus étant beaucoup plus radical que les zélotes, il avait prévu sa mort comme étant le sort de tout prophète, surtout après l’exécution de saint Jean-Baptiste. En outre, il est fort peu probable que Jésus ait prévu sa résurrec­tion, car cela aurait « supprimé la souffrance de la mort ». Ce dont il était sûr – et avec une « suprême confiance », c’est que Dieu le vengerait. L’évangéliste a tra­duit cela par une prédiction de la résurrection.

Ceci étant, la résurrection est-elle un fait historique ? Elle doit être dite « trans-historique ». Donc que représente-t-elle ?

a. Pour les évangélistes : ils admettaient la résurrection comme étant une « ressuscitation », car ils ne pouvaient concevoir une « personne sans corps ».

b. Pour nous : nous posons la question suivante : « Est-ce là un bagage sémi­tique que l’on peut mettre de côté ? », car comme le dit Raimundo Pannikar, « nous sommes spirituellement sémitiques, mais intellectuellement hellénistiques ».

 

Difficultés avec la « résurrection » :

1. Elle aurait impliqué un extraordinaire miracle de la part de Dieu.

2. Quels vêtements Jésus aurait-il porté après ?

 

Le message de la résurrection

C’est que nous trouvons Jésus aujourd’hui, c’est-à-dire non pas le Jésus du passé, mais sa présence dans les Écritures, l’eucharistie, les événements de chaque jour, etc.

Selon le cours en question, « Plusieurs prédictions de Jésus qualifiant sa propre mort de rédemptrice reflètent la compréhension “post-pascale” de l’évé­nement dans les communautés chrétiennes primitives. Comme l’opposition à son message et à sa mission s’intensifiait, Jésus se convainquit peu à peu que sa fidé­lité à cette mission le conduisait assurément à sa perte. Cela montre aussi avec quelle aveugle obéissance Il se soumettait à son Père. »

 

III. Notre-Seigneur et la prédication du Royaume de Dieu

 

1. Alfred Loisy a écrit : « Jésus prêchait le Royaume de Dieu, et ce qu’il advint, ce fut l’Église ». D’où il faudrait déduire que Jésus n’a jamais eu l’intention de fonder une Église, celle-ci ayant été fondée par ses disciples lorsqu’après sa mort ils durent affronter le fait que l’établissement du règne définitif de Dieu était re­tardé. D’après l’auteur, cet exemple de « reconstruction erronée » de la pensée de Jésus montrerait combien il importe de redécouvrir son « être véritable ». Alors que Jésus avait prêché le Royaume de Dieu, l’Église apostolique prêchait le Christ. De la sorte, le Christ se trouvait « substitué » au Royaume de Dieu, et le théocentrisme de Jésus était remplacé par le christocentrisme de l’Église primitive. De par l’Église et son processus de « divinisation » de l’Homme-Jésus, le Christ était substitué au Royaume de Dieu en tant qu’objet de la foi catholique.

 

2. Jésus dénonce, par son action missionnaire, tout ce qui, dans la société de son temps, offense les valeurs humaines de « liberté, fraternité et justice ». Cela l’oppose à divers milieux de son propre peuple, et il critique le formalisme op­pressant des rabbins, l’exploitation pratiquée par la caste sacerdotale, l’arrogante certitude qu’ont les pharisiens d’être des justes. Il refuse de respecter les struc­tures corrompues, quoique reconnues, de la société dans laquelle il vit, s’asso­ciant aux pécheurs et aux prostituées, aux collecteurs d’impôts et aux samaritains, à toutes les couches méprisées de la population. Ainsi Jésus marque-t-il sa préfé­rence pour les pauvres.

 

3. Toute la vie de Jésus est tournée vers Dieu, son Père. Il est donc incontes­table que Jésus place non pas sa propre personne, mais Dieu au centre de son message. Il ne commence pas par déclarer qui il est pour authentifier sa mission. Il ne prétend pas être, comme Paul le dira de Lui, « l’unique centre du monde ». Il est venu pour parler non de lui-même, mais de Dieu, pour servir Dieu et l’avè­nement de Son règne. C’est Dieu qui est au centre, non son messager.

 

IV. L’identité de Jésus

 

1. A aucun moment Jésus ne prétend de façon arrêtée être le Messie. Il ne se présente pas non plus ni comme le prophète pressenti par Moïse, ni comme le personnage annoncé dans la prophétie de Daniel. De par l’attitude qu’il adopte vis-à-vis de sa mort imminente, Il semble s’identifier, quoique implicitement, au mystérieux « serviteur souffrant » de Dieu annoncé dans la prophétie d’Isaïe.

 

2. Jésus ne s’applique jamais à lui-même le titre de « Fils de Dieu ». Dans l’an­cien Testament, cette appellation ne désignait rien d’autre qu’une filiation méta­phorique attribuée à ceux qui, en Israël, se trouvaient placés en présence même de Dieu. Les titres messianiques n’occupent qu’une place secondaire dans le té­moignage de Jésus sur Lui-même.

 

On nous fit aussi étudier les christologies d’Édouard Schillebeeckx et de Leonardo Boff.

 

[Fin du témoignage de Lawrence D’souza sur l’enseignement donné au sémi­naire diocésain de Bombay, indignement nommé « séminaire Saint‑Pie X ».]

 

 

A l’autre extrémité de l’Inde

 

Il est intéressant de comparer ce témoignage de séminaristes de Bombay, avec celui d’un prêtre vivant à l’autre extrémité du pays, M. l’abbé Pancras. Ce dernier demeure à Tuticorin au sud de l’Inde, ancien village de pêcheurs évangélisé par saint François-Xavier et devenu maintenant une petite ville.

Depuis plusieurs années, l’abbé Pancras aidait épisodiquement la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X avec un autre prêtre de la ville, l’abbé Xavier-Ignatius. A la fin de l’année 2002, il décida de rejoindre complètement le combat de la Fraternité.

Laissons l’abbé Pancras raconter ce qui s’est passé :

 

Les changements introduits après le concile Vatican II – Novus Ordo Missæ, in­novations imposées aux fidèles de Tamil Nadu [26] (plus d’agenouillement pour la sainte communion, « filles de chœur », lectures par des laïcs, communion dans la main, messes intégralement dites en langue vernaculaire et accompagnées de mu­sique populaire, prières improvisées à l’autel, etc.) – m’ont affecté tout comme ils affectent l’Église ; je me demandais donc si le Vatican et – à sa tête – le pape, fai­saient quoi que ce soit pour protéger la foi, d’une part des idées hérétiques, d’autre part des hérétiques occupés à les propager. La ligne rouge a été franchie pour moi les 8 octobre et 5 décembre 2002, ce qui m’a amené à faire un choix.

Le 8 octobre 2002, à la réunion de tous les prêtres du diocèse de Tuticorin, l’abbé Antony Paul, professeur au grand séminaire Saint-Paul, à Trichy, prit la pa­role devant les prêtres. Avec une audace diabolique, il nia le sacerdoce en lui-même et en Notre-Seigneur, et en conséquence son institution par le Fils de Dieu, l’élé­ment sacrificiel de la sainte messe et la fonction sacrificatoire du prêtre.

Nul ne souleva d’objection. Au contraire, les jeunes prêtres le félicitèrent de leur avoir donné les leçons de toute une année en une seule conférence. Je me levai et po­sai à l’orateur, l’abbé Antony Paul, une seule question : « Vous niez le sacerdoce et le sacrifice de la messe. Luther aussi niait l’une et l’autre. Quelle différence y a-t-il alors entre vous et Luther ? ». L’abbé Antony Paul, confus et déconcerté, réussit quand même à dire : « Il appartient aux auditeurs de trouver la différence ». L’abbé X.D. Selvaraj, chassé du séminaire Saint-Paul, à Trichy (à cause de ses inébranlables idées modernistes), prit le parti de l’orateur. Je devais d’ailleurs apprendre plus tard que c’était l’abbé X.D. Selvaraj qui avait choisi cet orateur et organisé cette conférence à l’intention des prêtres. Le tragique, c’est que l’administration du diocèse de Tuticorin lui a été confiée, ainsi qu’à ses amis modernistes, à cause de la déplorable faiblesse de l’évêque, Mgr Peter Fdo.

Puis, l’évêque vint au micro, et je pensai qu’il allait me défendre en exposant clairement les enseignements de l’Église. Or, à mon complet atterrement, il tressa des couronnes à l’orateur hérétique, le remercia et clôtura la réunion. Quel scandale !

Deux mois plus tard, le 5 décembre 2002, vers 10 h. 30, l’évêque me rendit vi­site à mon domicile, en compagnie de Mgr S. Mariadas, vicaire général, de l’abbé V.P. Oswald et de l’abbé Barnabas, sous prétexte que j’étais tombé malade la se­maine précédente. Après quelques échanges de propos sur mon intervention du 8 octobre précédent à la réunion des prêtres du diocèse, je demandai la permission de participer à la prochaine retraite sacerdotale prêchée en Inde par la Fraternité Saint-Pie X. L’évêque me la refusa. Je parlai alors de la conférence donnée par l’abbé Antony Paul. Je repris l’évêque en termes très vifs, et mis en doute son aptitude à continuer d’exercer ses fonctions alors qu’il s’était lamentablement abstenu de dé­fendre la foi confiée à sa garde ; je connaissais en effet mon droit de résister en pareil cas.

 

L’abbé Pancras décida alors d’écrire au cardinal préfet de la congrégation pour l’Évangélisation, à Rome, Mgr Crescenso Sepe, pour dénoncer son évêque et annoncer son intention de rejoindre définitivement le combat de la Fraternité en s’installant au prieuré voisin, à Palayamkottai.

Ce témoignage, recueilli à l’autre bout du pays, à mille kilomètres de Bombay (et dans un autre État [27]), montre que la situation décrite par les sémina­ristes de Bombay est générale en Inde, et non un simple accident dans un diocèse particulièrement mauvais.

 

 

 





[1] — Le cardinal Ivan Dias s’est fait remarquer en allant allumer un cierge devant le dieu Ganesh (dieu hindou à tête d’éléphant) le dimanche 5 octobre 1997, lors de l’inauguration d’un séminaire international de cosmologie et d’anthropologie hindoue-chrétiennes. La photographie en était parue dans le quotidien The Indian Express du 7 octobre 1997. Nous la reproduisons dans ce numéro du Sel de la terre. Les premiers chrétiens préféraient mourir plutôt que de jeter un grain d’encens aux idoles.

[2] — Mgr Rifan n’a révélé l’existence de cette exigence romaine qu’aux moines du Barroux. Voir Le Sel de la terre 43, p. 205.

[3] — Ce mot est expliqué dans la lettre suivante.

[4] — Une bonne traduction de cette bulle a été publiée par les éditions Sainte-Jeanne d’Arc, Les Guillots, Villegenon, 18260 Vailly-sur-Sauldre. Le texte latin se trouve en tête de tous les missels d’autel du rite romain traditionnel.

[5] — Langue parlée dans la province indienne de Maharastra (capitale : Bombay).

[6] — Le mot latin omne et le mot sanskrit aum dérivent tous deux d’une racine unique signifiant tout. L’un et l’autre termes véhiculent les notions d’omniscience, d’omniprésence et d’omnipotence.

[7] — Prière hindouiste par laquelle on s’efforce d’exalter la gloire du Dieu inexprimable, tandis que l’on s’en remet entièrement à lui.

[8] — Marque sur le front (appelé « troisième œil de Shiva »), qui indique l’appartenance à la religion hindouiste.

[9] — Chants de louange, d’adoration et de dévotion envers la divinité dans toute sa splendeur. Il y a tellement de formes possibles, que chacun peut toujours en choisir une qui lui corresponde.

[10] — Le shivalingam est une pierre élipsoïdale symbolisant la fécondité de Shiva, avec une forte connotation impure et sensuelle. Le mot lingam désigne le sexe masculin. Cette pierre est censée avoir reçu beaucoup d’énergie et de pouvoir cosmiques. Elle sert pour les méditations spirituelles, pour acquérir la paix, le pouvoir spirituel et la prospérité dans la vie.

[11] — Nous avons déjà expliqué ce mot en note plus haut.

[12] — L’un des principaux écrits de l’humanité, selon les Hindous, dont c’est le grand livre « sacré ».

[13] — De la province de Maharastra.

[14] — Dogme central de la religion hindouiste selon lequel la destinée d’un être vivant et conscient est déterminée par la totalité de ses actions passées, de ses vies antérieures. Pouvoir, dynamisme des actes passés, en tant que détermination de l’individu transitoire (dictionnaire Petit Robert)

[15] — Culture.

[16] — Enseignements intérieurs ou mystiques. Le terme upanishad est formé des mots upa (près de), ni (en bas) et s(h)ad (s’asseoir), c’est-à-dire « s’asseoir par terre près de ». Des groupes d’élèves s’asseyent près du maître pour apprendre de lui la doctrine secrète.

[17] — L’exemple vient ici de haut, puisque dans son ouvrage Entrez dans l’espérance, le pape Jean-Paul II écrit : « Dieu qui a tant aimé l’homme, peut-il accepter que celui-ci le rejette et pour ce motif soit condamné à des tourments sans fin ? Pourtant, les paroles du Christ sont sans équivoque. Chez Matthieu, il parle clairement de ceux qui connaîtront des peines éternelles (25, 46). Qui seront-ils ? L’Église n’a jamais voulu prendre position. Il y a là un mystère impénétrable. Le silence de l’Église est donc la seule attitude convenable. Même si le Christ dit, à propos de Judas qui vient de le trahir : “Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né !” (Mt 26, 24), cette phrase ne doit pas être comprise comme la damnation pour l’éternité. » (Paris, Plon/Mame, 1994, p. 272-273.)

[18] — Séance de prières chantées.

[19] — Poète « sacré » indien.

[20] —Du sanskrit (faveur). Dans l’hindouisme, nourriture et eau offertes en adoration à la divinité. Après les avoir partagées (les consacrant par là même), la divinité les restitue aux offrants, qui les mangent et les boivent. Les « prasad » les plus communs sont des sucreries et des fruits frais.

[21] — Au Roi des siècles, immortel et invisible, au seul Dieu, honneur et gloire. Ainsi soit-il.

[22] — Suit ici une citation attribuée à la constitution Auctorem fidei du pape Pie VI. Ne l’ayant pas retrouvée dans ladite constitution, nous avons préféré l’enlever.

[23] — Nous nous sommes référés ici à la traduction donnée dans Documents pontificaux de Sa Sainteté saint Pie X, Versailles, Publications du courrier de Rome, 1993, t.  1, p. 458.

[24] — Encyclique Singulari nos, du pape Grégoire XVI, du 7 juillet 1834.

[25] — Le séminariste Lawrence D’souza fait suivre ses exemples d’une critique à la lumière de la sainte Écriture et de la Tradition catholique. Nous ne publions ici que le compte-rendu de ses cours, sans leur réfutation.

[26] — Il s’agit de l’état indien dans lequel se trouve la ville de Tuticorin.

[27] — Bombay se trouve dans l’État de Maharashtra, Tuticorin dans l’État de Tamil Nadu. Les États indiens, avec leurs coutumes et surtout leurs langues différentes, sont un peu comme des pays étrangers les uns aux autres.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 45

p. 209-224

Les thèmes
trouver des articles connexes

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page