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Saint Louis-Marie de Montfort,

Un saint romain, un saint pour tous

 

 

 

par l’abbé Guy Castelain

 

 

 

Plan :

Introduction : Présentation brève du saint.

 

I — Romanité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

 

II — Universalité de la sainteté de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

 

1°) saint Louis-Marie Grignion de Montfort, sulpicien ;

2°) saint Louis-Marie dominicain ;

3°) saint Louis-Marie Grignion de Montfort, franciscain ;

4°) saint Louis-Marie Grignion de Montfort, spiritain ;

5°) saint Louis-Marie Grignion de Montfort, ignatien.

 

III — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, docteur de la médiation mariale.

Conclusion : Un modèle pour tous.

 

 

Introduction

 

« NULLUS BERNARDO SIMILIOR [1] » : personne n’a mieux ressemblé que lui à saint Bernard surnommé « le chantre de Marie ». Après saint Bernard, tout vrai dévot de la très sainte Vierge est amené, dans sa quête mariale, à rencontrer un jour ou l’autre « l’apôtre marial » par excel­lence : saint Louis-Marie Grignion de Montfort, esclave indigne de Jésus en Marie.

Ce missionnaire apostolique breton est né en 1673 à Montfort-la-Cane, au­jourd’hui Montfort-sur-Meu, près de Rennes. Ordonné prêtre le 5 juin 1700, il a rendu son âme à Dieu le 28 avril 1716 à Saint-Laurent-sur-Sèvre, après dix ans de missions paroissiales dans l’ouest de la France : de Saint-Lô à La Rochelle en pas­sant par Saint-Brieuc, Dinan, Rennes, Nantes, Pontchâteau, Poitiers, Rouen, Paris, Luçon etc.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort est surtout connu pour son célèbre Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge découvert par Providence en 1842 [2]. Cependant, après une étude plus détaillée, un constat s’impose : ramener la grandeur de ce saint à une particularité mariale pourrait engendrer, chez le pieux admirateur, une vision réductrice du saint personnage, très incomplète, voire déformée.

 

 

Romanité de saint Louis-Marie de Montfort

 

La statue du « bon père de Montfort » figure parmi celles des fondateurs d’ordres qui peuplent la grande nef de Saint-Pierre du Vatican [3] : fait embléma­tique qui nous fait comprendre, du premier coup d’œil, que notre saint est avant tout un « saint romain ». Non par ses origines, certes, mais par l’universalité de sa spiritualité, de sa doctrine et de sa pastorale. En un mot de sa sainteté. Quelques faits marquants justifient parfaitement cette présence auprès du tombeau du Prince des apôtres : son voyage à Rome (pour connaître sa vocation définitive) auprès du pape Clément XI [4] qui lui a donné le titre de « missionnaire aposto­lique » tout en approuvant sa méthode, savoir « le renouvellement de l’esprit du christianisme par le renouvellement des promesses du baptême [5] ». Le deuxième fait significatif est l’usage du bréviaire romain qu’il prescrit dans la Règle des missionnaires de sa Compagnie de Marie, au beau milieu d’une France gallicane et janséniste : « Ils récitent en commun leur bréviaire, qui est le romain. » « Consigne exceptionnelle en ce début de XVIIIe siècle » affirme son meilleur bio­graphe [6] ! Le troisième fait n’est autre que son zèle pour la romanité dans la doctrine : « Les ecclésiastiques […] trouvent gênant ce prêtre hardi qui prêche un Évangile intégral, qui se fait le champion des doctrines romaines [7]. » L’éloge est de taille !

Grignion de Montfort est donc un saint « romain » et, en conséquence « catholique » c’est-à-dire un « saint pour tous », ou encore « universel » – c’est la même chose – parce qu’il a assumé ce qui, dans l’Église, pouvait non seulement contribuer à sa sanctification personnelle, mais aussi à la sanctification de tous et chacun.

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort était l’enfant de l’Église catholique : c’est la doctrine traditionnelle qu’il s’efforce de communiquer aux âmes, sans aucune altération : de là son insistance à appuyer sa dévotion sur l’Écriture et les saints Pères [8].

 

Ainsi, ses contemporains « […] vénèrent en lui la sainteté ; ils reconnurent en sa doctrine l’Évangile lui-même, dégagé de tous les alliages mondains et poli­tiques, le catholicisme éternel, avec toutes les richesses de ses dogmes, toute l’armature de ses pratiques et de sa discipline [9] ».

Il importe donc pour cerner cette « catholicité », c’est-à-dire, cette « universalité » de faire un tour d’horizon des grandes spiritualités dans lesquelles il a puisé tout au long de son itinéraire spirituel.

 

 

Catholicité ou universalité

de saint Louis-Marie Grignion de Montfort

 

1°) Saint Louis de Montfort, sulpicien

 

Louis Grignion est tout d’abord réputé « fils spirituel de Saint-Sulpice ». Même si c’est trop peu dire, il faut reconnaître que c’est de ce saint établissement qu’il a reçu la science et la vertu. Cependant, constate Georges Rigault : « Il ne donnera toute sa mesure qu’en se séparant d’eux [10]. » C’est aussi des messieurs de Saint-Sulpice qu’il reçoit la pièce maîtresse de sa spiritualité : la dévotion à Jésus vivant et régnant en Marie dans le mystère de l’incarnation. A ce titre, il se rattache bien à ce que l’on apppelle l’École Française de spiritualité [11].

Finalement, il faut bien l’avouer, Saint-Sulpice n’aura été qu’une étape dans son parcours, même si ce fut une étape « obligée ». Si Louis Grignion était resté dans les « normes » de Saint-Sulpice, il est fort à craindre que nous n’aurions au­jourd’hui qu’un pieux missionnaire « mort en odeur de sainteté », mais non pas un saint canonisé par l’Église catholique romaine. M. Rigault ne semble pas être le seul à tenir cette opinion.

 

2°) Saint Louis de Montfort, dominicain

 

L’apôtre de la future Vendée militaire a aussi beaucoup reçu de l’Ordre des Prêcheurs de saint Dominique. D’ailleurs, ce sont « les pères dominicains [qui] en souvenir du pieux tertiaire qu’avait été M. de Montfort, prirent soin de sa cause [de béatification] [12]. »

Dès 1710, il avait voulu faire partie du nombre de ceux qui « comme autant de saint Dominique, aillent partout, le flambeau luisant et brûlant du saint Évangile dans la bouche et le saint rosaire à la main, aboyer comme des chiens, brûler comme des feux et éclairer les ténèbres du monde comme des soleils [13] ».

 

Grand prédicateur du rosaire , il voulut s’affilier à la famille dominicaine en entrant dans le Tiers-Ordre. Il fit profession […] le 10 novembre 1710. Cette pro­fession, où il puisa un élan nouveau pour propager sa chère dévotion [au rosaire], lui fut une source de grâces spirituelles, et le gage d’une protection encore plus vigilante de la part de sa « bonne Mère » [14].

 

Le rosaire de saint Dominique fut la grande arme mariale de son apostolat :

 

Pour moi, dit-il, je ne trouve rien de plus puissant pour attirer le règne de Dieu […] au dedans de nous, que de joindre l’oraison vocale et la mentale, en récitant le saint rosaire [15].

 

 Son affirmation est corroborée par l’expérience :

 

[…] Les uns, ayant quitté la pratique du chapelet et du rosaire, étaient retombés dans leurs péchés ; les autres pour l’avoir conservée, s’étaient conservés dans la grâce de Dieu et augmentaient tous les jours dans la vertu [16].

 

Si bien qu’il refuse de rentrer à nouveau dans un village qui a abandonné son rosaire :

 

[…] En 1714, l’homme de Dieu se rendant de Roussay à Nantes fut invité à passer par Vallet, qui du reste se trouvait sur sa route. Il s’y refuse énergiquement : Non, non, dit-il : ils ont quitté mon chapelet [17] !

 

En 1712, il écrit au maître général des dominicains à Santa-Maria-sopra-Minerva de Rome :

 

Mon très Révérend Père, permettez au dernier de vos enfants de vous prier de lui accorder par écrit une permission de prêcher, partout où je serai, le très saint ro­saire, et d’enrôler dans ladite Confrérie […] tous ceux que je pourrai [18].

 

Surnommé familièrement « le Père au grand chapelet [19] », le R.P. Besnard, troi­sième supérieur général de la Compagnie de Marie et biographe du saint n’hésite pas à affirmer :

 

Jamais homme ne fût, sur la dévotion du rosaire, un plus fidèle disciple de saint Dominique […]. Il en recommandait à tout le monde la pratique, et il a fait lui-même confidence à quelqu’un de ses amis, qu’il avait obtenu de Dieu, par l’entremise de la sainte Vierge, la conversion des pécheurs les plus obstinés. Il avait un livre des merveilles du saint rosaire. Il les expliquait avec tant d’onction que tout le monde en était charmé. Je crois qu’il y a engagé plus de cent mille personnes [20].

 

Peut-être faudrait-il aussi affirmer que cet apôtre du rosaire a, d’une certaine manière, retrouvé le « secret » de la récitation et de la méditation fructueuse du rosaire. Témoins, ces « Méthodes saintes pour réciter le saint rosaire et attirer sur soi la grâce des mystères de la vie, de la passion et de la gloire de Jésus et de Marie [21] ». Méthodes ajoutées en appendice à son fameux livre trop méconnu : Le Secret admirable du très saint rosaire pour se convertir et se sauver [22]. Des mé­thodes surprenantes à redécouvrir.

Ce saint apôtre du rosaire reçut, comme « récompense dominicaine », l’inscription de sa fête au calendrier liturgique des fils de saint Dominique (28 avril).

 

3°) Saint Louis de Montfort, « franciscain »

 

Par son amour de la pauvreté et de la croix, saint Louis de Montfort se place aussi dans la ligne de la spiritualité franciscaine.

Pratiquer la sainte pauvreté dans un monastère n’est certes pas chose aisée. Mais cette pauvreté monastique reste une pauvreté « confortable » en comparai­son des exigences de pauvreté que Montfort s’est imposée dans son labeur de vie apostolique. Il ne se déplaçait qu’à pied et a toujours voulu vivre « à la Providence ». La première chose qu’il faisait après son départ était de se dépouil­ler de tout argent. Déjà, en route vers Paris pour entrer au séminaire, il fait vœu de ne rien posséder en propre ! Désormais, il se fait appeler « de Montfort » afin de se dépouiller de son nom de famille. De nombreux faits de sa vie prouvent largement que comme saint François, il avait épousé « dame pauvreté [23] » ce qui semble plus ardu pour un missionnaire isolé que pour un religieux. Cette pau­vreté réelle, qu’il a pratiquée, s’enracine dans sa consécration mariale totale qui engage à vivre intégralement et réellement la pauvreté d’esprit contenue dans la première béatitude évangélique.

Mais les différentes spiritualités, même si elles se distinguent, ne se contredivi­sent pas : la sainteté est un sommet sur lequel les saints se rejoignent par des chemins divers qui se croisent, se suivent, ou se prolongent en parallèle.

C’est ici qu’il faut signaler, à titre d’illustration, l’expérience caractéristique d’une illustre tertiaire de saint François : madame Lefebvre, mère de Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint‑Pie X. La vie de cette fille de saint François a été écrite par le R.P. Le Crom, le meilleur biographe de notre saint :

 

Si j’ai accepté de présenter cette esquisse biographique [de madame Lefebvre], écrite d’après des témoignages directs et irrécusables, c’est que je crois à la sainteté de madame Lefebvre [24].

 

Cette sainteté, madame Lefebvre l’a atteinte, certes, dans la spiritualité francis­caine, mais au moyen de la spiritualité montfortaine :

 

[…] Dans la spiritualité montfortaine, Marie reste un moyen, parfait d’ailleurs, mais un moyen de s’unir à Jésus. C’est bien ainsi que le comprenait ma­dame Lefebvre [25].

 

La mère du futur fondateur de la Fraternité Saint-Pie X était supérieure laïque d’un Tiers-Ordre franciscain domicilié chez les montfortains à Tourcoing. Cependant, elle a été dirigée dans les voies spirituelles par les grands montfor­tains du XXe siècle, en particulier par le R.P. Henri Huré, qui fut supérieur géné­ral de la Compagnie de Marie [26], et par le R.P. Le Crom, son biographe, qui fut supérieur du Tiers-Ordre franciscain à Tourcoing et son dernier directeur spirituel [27].

Elle avait fait sa consécration mariale selon la formule du bienheureux Grignion de Montfort :

 

En mai 1909, elle se consacra totalement à la sainte Vierge, dans l’esprit de la vraie dévotion, s’engageant à faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie, pour Marie afin de les faire plus parfaitement par Jésus, avec Jésus, en Jésus et pour Jésus [28].

 

Elle vivait de la spiritualité montfortaine, ses notes personnelles en témoignent :

 

Je me mets, ô mon Jésus […] sous la protection de ta sainte Mère […] je lui re­nouvelle, par ma consécration, mon désir, ma volonté de lui appartenir toujours à titre d’esclave d’amour : qu’elle me donne bien ses directives, qu’elle me fasse en­tendre bien clairement ce que Jésus désire de moi [29].

 

Elle puisait chaque jour à la source montfortaine une nourriture qui devenait l’aliment nécessaire au soutien de son apostolat tout marial :

 

Chaque matin, elle méditait quelques lignes du Traité de la Vraie Dévotion qu’elle trouvait bien instructif et qu’elle désirait recommander à ceux qui veulent mieux connaître la sainte Vierge. Aussi, le souvenir de Marie était toujours au fond de son cœur. Ses lettres en témoignent [30].

 

Il ne fait donc aucun doute que l’exemple de madame Lefebvre illustre parfai­tement le rôle que peut jouer la dévotion mariale montfortaine dans l’acquisition de la sainteté à travers toutes les spiritualités. Dans le cas de madame Lefebvre, ce rôle particulier, le bon Dieu l’a poussé aussi loin que possible, et même au-delà des lois ordinaires de la sanctification des âmes. Un fait mystique extraordi­naire le démontre : « Sous l’action divine elle se transformera et parviendra, par le privilège de la stigmatisation, à la ressemblance même extérieure de Jésus cruci­fié [31][…] » Ainsi, à l’exemple de sainte Catherine de Sienne, madame Lefebvre a bénéficié de la faveur extraordinaire de la stigmatisation invisible : « La lecture des lettres du père Huré ne laisse aucun doute sur son existence » affirme le père Le Crom [32].

Il est donc tout à fait conforme à la réalité de dire que madame Lefebvre a imité aussi parfaitement que possible saint François, patron de son Tiers-Ordre, et cela par le biais de sa vie mariale montfortaine. Cette conclusion s’impose.

La consécration montfortaine n’est-elle pas, en outre, placée à la fin du livre de saint Louis de Montfort intitulé L’Amour de la Sagesse éternelle [33] ? N’est-elle pas présentée comme un des quatre moyens privilégiés pour acquérir la divine sagesse [34] et donc arriver à la conformité parfaite avec Jésus-Christ ? En effet, un des fruits particuliers de cette dévotion est la transformation des âmes en Marie à l’image de Jésus-Christ [35]. C’est bien le terme que madame Lefebvre a réussi à at­teindre dans la spiritualité franciscaine grâce à la spiritualité montfortaine. La vie de saint François annonçait déjà en son temps, comme en figure pour ainsi dire, cette possibilité :

 

Saint François d’Assise comprit un jour par une vision que ses fils s’efforçaient vainement d’atteindre Notre-Seigneur par une échelle abrupte qui montait immé­diatement vers lui ; Jésus lui montra alors une haute échelle de pente plus douce au sommet de laquelle apparaissait Marie, et lui dit : « Conseille à tes fils de prendre l’échelle de ma Mère [36] ».

 

Cependant, il faut bien préciser, d’accord avec la théologie mystique qu’il n’y a pas de lien nécessaire entre la consécration mariale montfortaine et cette grâce de la stigmatisation invisible. Saint Louis de Montfort, pourtant grand ami de la Croix, n’a pas bénéficié de la grâce de la stigmatisation. Son biographe, cepen­dant n’hésite pas à écrire : « Il a été l’homme de la croix, volontairement. Il cher­chait la croix [37]. » Tout son amour de la croix transparaît dans cette anecdote de la dernière mission à Saint-Laurent-sur-Sèvre :

 

Au moment de la procession des Rameaux, lorsque la croix passa devant lui, dans un élan d’amour pour elle, il la saisit des mains de celui qui la portait et la conserva le reste de la procession. Ce geste […] le peint tout entier [38].

 

Son parcours temporel suivra toujours, en parallèle, son parcours spirituel : le jour de son expulsion définitive de Poitiers (1713), « le soir, même, il était hors de la ville, dans le petit ermitage des pères capucins ». Il a simultanément rencontré saint François au spirituel et les fils spirituels de saint François.

Tout son désir se porte vers les croix, qui, pour lui, ont toutes été taillées dans celle de Jésus-Christ [39]. Et tandis que nous faisons, nous, dire des neuvaines pour en être délivrés, il en fait dire pour en obtenir [40]. Son amour pour la croix est puissant et convaincant :

 

Résolvez-vous […] à souffrir toutes sortes de croix, sans exception et sans choix[…] préparez-vous donc à être délaissés des hommes et des anges, et comme de Dieu même […] et qu’avec tous ces maux extrêmes Dieu vous laisse comme en proie à toutes les tentations des démons, sans verser dans votre âme la moindre consolation sensible. Croyez fermement que voilà le souverain point de la gloire di­vine et de la félicité véritable d’un vrai et parfait ami de la croix [41].

 

Il y a, dans ces paroles, de véritables accents de saint François !

Tout son désir de la croix se résume dans la formule lapidaire et laconique qu’il a laissé échapper à l’occasion d’une mission qui se déroulait sans histoire : « Point de croix, quelle croix [42] ! »

Son amour de la croix s’est incarné dans plusieurs « monuments » célèbres : Le calvaire de Pontchâteau, près de Nantes, qui devait devenir dans son esprit un centre d’attraction spirituel [43]. Il avait résumé toute sa doctrine de la croix dans la célèbre « Croix de la Sagesse de Poitiers », œuvre d’art « à la Montfort », sur la­quelle il avait peint et commenté cette phrase : « Si vous rougissez de la croix de Jésus-Christ, il rougira de vous devant son Père [44]. » Et pour « planter » plus pro­fondément dans les cœurs de ses disciples sa dévotion, il demandait un acte concret :

 

La première chose qu’il faudra faire dans cette maison [les Incurables de Nantes] ce sera d’y planter une croix […] C’est le premier meuble qu’on y apportera [45].

 

Mais toutes ces manifestations extérieures ne sont pas de simples effets de style de vie : « Ah ! bonne croix, venez à nous à la plus grande gloire du Très-Haut ; c’est ce que mon cœur dit souvent malgré mes faiblesses et mes infidéli­tés. Je mets, après Jésus, notre unique amour, toute ma force dans la croix [46]. » Cet amour de Montfort reste bien mystérieux pour le commun qui, généralement, fait prier ses amis pour être délivré de ses croix et non pour en obtenir. « Continuez, redoublez même à demander pour moi […] une croix très pesante […] Ô quelle richesse, ô quelle gloire, ô quel plaisir, si tout cela m’obtient la di­vine Sagesse, après laquelle je soupire nuit et jour [47]. »

Saint Louis de Montfort a résumé toute sa doctrine de la croix dans sa célèbre Lettre aux Amis de la Croix qui n’est autre qu’un commentaire des versets de saint Matthieu (Mt 16, 24) et de saint Luc (Lc 9, 23) ramassant toute l’essence de l’Évangile : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa croix, et qu’il me suive [48] ! »

Finalement à force de chercher à condenser sa pensée dans une concision op­timale, il résumera tout dans cette maxime : « La Sagesse est la Croix et la Croix est la Sagesse [49]. »

 

4°) Saint Louis de Montfort, « spiritain »

 

On admet communément que le vénérable Libermann (1802-1852) est le fon­dateur des pères du Saint-Esprit (dont Mgr Lefebvre a été supérieur général de 1962 à 1968). En fait, Libermann ne fut que le second fondateur de la congréga­tion : « En 1848, il réalise la fusion de sa Société du Saint-Cœur de Marie avec celle du Saint-Esprit et devient, à Paris, le supérieur général de la Congrégation du Saint‑Esprit et du Saint-Cœur de Marie [50]. » C’est lui qui a donné à la société l’impulsion missionnaire africaine.

Qui fut donc le premier fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit ? Un ami de jeunesse et compagnon d’études à Rennes de Louis Grignion : Claude-François Poullart des Places (1679-1709).

Pour aller à l’essentiel, disons que le père de Montfort a recruté ses premiers missionnaires dans le séminaire de son ami, et que les premiers montfortains étaient des spiritains. Trois dates-clés doivent être relevées : en 1703, Poullart des Places avait fait une promesse à Louis Grignion : « Si Dieu me fait la grâce de réussir, vous pouvez compter sur des missionnaires. Je les préparerai, et vous les mettrez en exercice ; par ce moyen vous serez satisfait et moi aussi [51]. » Une deuxième date : 1713. « Dix ans plus tard [1713], après avoir évangélisé tout l’ouest de la France, le saint reprend la route de Paris, pour rappeler à M. Bouic, successeur de Poullart des Places, la promesse faite par le fondateur du séminaire du Saint-Esprit. Il y eut alors une sorte de contrat verbal entre les spiritains et M. de Montfort [52] […] » A la troisième date, en 1715, M. Vatel sera le premier spiri­tain devenu montfortain.

Les « échanges de bons procédés » entre les deux familles spirituelles ont été réciproques : le père de Montfort est redevable envers les spiritains, mais ils sont aussi redevables du père de Montfort, plus encore peut-être : en 1703-1704, Montfort « fut invité à adresser la parole aux séminaristes de cette communauté » du Saint‑Esprit. « Besnard a rapporté un condensé de ces conférences qui avaient pour thème le détachement et la donation totale à la divine Sagesse : c’est la sub­stance même de L’Amour de la Sagesse éternelle », un des maîtres-livres du saint, clef de voûte de toute son œuvre écrite. Les spécialistes émettent même « l’hypothèse que l’écrit était destiné aux étudiants du Saint‑Esprit […]. Il semble donc que L’Amour de la Sagesse éternelle soit le fruit de conférences données par Montfort aux séminaristes de Poullart des Places pendant son séjour à Paris en 1703-1704 [53] ».

Ce lien très étroit entre l’œuvre de notre saint et Claude Poullart se traduisait jusque dans des détails très pratiques : « Il n’y a pas lieu de distinguer entre la Compagnie de Marie et la Communauté du Saint-Esprit dans les actes du père de Montfort : les deux expressions sont équivalentes » affirme le père Le Crom [54]. Comment justifier une telle assertion ? Il suffit de voir « le testament du saint, et aussi les contrats dûment conservés, où le père écrit : Je, soussigné […] mission­naire de la Compagnie du Saint‑Esprit […] Louis-Marie de Montfort Grignion, prêtre de la Compagnie du Saint‑Esprit. 3 janvier 1716 [55]. » Saint Louis-Marie Grignion de Montfort serait-il un saint spiritain ? Il est étonnant que la Congrégation du Saint‑Esprit n’ait pas revendiqué l’honneur de compter parmi les siens ce grand saint !

Par la suite « sans doute, à cause des destinées diverses des deux œuvres, la convention du début tomba peu à peu dans l’oubli : mais les relations entre les deux communautés restèrent toujours fraternelles, comme l’amitié des deux fondateurs [56] ».

Quoiqu’il en soit, force est de constater que l’apôtre de la Sagesse Éternelle a eu une réelle influence spirituelle sur les spiritains de la première heure et que cette influence doit faire partie du patrimoine spirituel qui s’est transmis à travers l’histoire de la congrégation jusqu’au jour où elle parvint à S.E. Mgr Lefebvre qui fut supérieur général de cet institut de 1962 à 1968. Ce fait explique ces paroles un peu énigmatiques que le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X adressait un jour à ses séminaristes à l’occasion d’une conférence spirituelle :

 

Notre ministère pourrait toujours être celui qu’a rempli le bienheureux de Montfort, c’est-à-dire : des missions paroissiales, des retraites, soutien aux prêtres, retraites sacerdotales […]. Il va falloir faire cela ; faire ce ministère-là pour redonner la vie chrétienne à tous les pauvres gens qui l’auront perdue, qui l’auront abandon­née. Il va falloir prêcher des missions comme le faisait – encore une fois – le bien­heureux de Montfort [57].

 

Un peu avant sa mort, dans son Itinéraire spirituel, qui est considéré comme son testament spirituel, il relance le message : « Nous lirons avec profit les livres de saint Louis-Marie Grignion de Montfort [58]. »

En définitive ce que l’évêque a appelé mystérieusement son « rêve de Dakar [59] », ressemble étrangement à ce que l’on pourrait appeler le « rêve de Montfort » :

 

Ce fut pendant une retraite qu’il [saint Louis de Montfort] se détermina à for­mer incessamment sa nouvelle société, et à lui donner un règlement qui le mit en état de joindre l’étude assidue et réfléchie de la perfection sacerdotale avec les tra­vaux d’un zèle apostolique [60].

 

On retrouve dans ces quelques lignes, dépeintes toutes les saintes aspirations que le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X a résumées dans la préface de son testament spirituel :

 

[…] Devant la dégradation progressive de l’idéal sacerdotal, transmettre, dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire, le sacerdoce catholique de Notre-Seigneur Jésus‑Christ, tel qu’il l’a transmis à ses apôtres et tel que l’Église romaine l’a transmis jusqu’au milieu du XXe siècle [61].

 

Un dernier indice de la filiation spirituelle de la Fraternité Saint-Pie X avec le père de Montfort à travers Mgr Lefebvre réside dans le choix du saint patron de cette pieuse union. Saint Pie X, connu surtout pour sa lutte contre le moder­nisme, fut aussi un dévot et un propagateur du saint esclavage :

 

La doctrine du traité [de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge] du bienheureux de Montfort, et quelquefois même ses expressions ont été du reste reprises par Pie X dans son encyclique Ad diem illum du 2 février 1904, sur Marie Médiatrice universelle [62].

 

C’est ce que faisait déjà remarquer un autre auteur plusieurs années auparavant :

 

Quand le pape Pie X composa en 1904, l’Encyclique pour le jubilé de l’Im­maculée Conception, il relut le livre du grand théologien de la Vierge, et on a pu dire qu’il s’en imprégna au point d’avoir conféré aux pensées et aux paroles de Montfort la souveraine autorité de son magistère [63].

 

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est donc, d’une certaine manière, héri­tière de la pensée de Montfort !

 

4°) Saint Louis de Montfort, « ignatien »

 

Un autre aspect trop peu remarqué et jamais complètement développé, c’est celui de l’influence des jésuites dans le parcours spirituel et pastoral du père de Montfort. Cette influence a été continuelle et déterminante. Constat historique et objectif qui ressort de la lecture de l’excellent ouvrage du R.P. Le Crom. Sauf du­rant la période « Saint-Sulpice », il faut dire qu’il a parcouru les étapes de sa for­mation et de sa sanctification sous la direction des jésuites. C’est une constante de sa vie.

Saint Louis-Marie a suivi sa scolarité au collège Saint-Thomas-Becket tenu par les jésuites à Rennes [64]. C’est là que se sont formées ses habitudes pieuses et se sont développés ses talents. Il s’exerce surtout à la charité envers ses camarades et aux œuvres de miséricorde en visitant les malades. C’est là aussi qu’il pose les premiers fondements de sa dévotion mariale [65].

Le père G. Mucci, S.J. [66], n’omet pas de le rappeler : « En l’an 2000, on célé­brait le tricentenaire de l’ordination sacerdotale de ce remarquable élève des pères de la Compagnie de Jésus (5 juin 1700) [67]. » Il précise également l’influence qu’ont eue, sur le jeune Grignion, « trois saints prêtres : François Gilbert (1658-1697), Philippe Descartes (1640-1716) et Julien Bellier. Les deux premiers, jé­suites, saint Louis-Marie les a rencontrés au collège de Rennes : du premier il a appris que, dans la vie, la culture vient après les valeurs religieuses ; du second, neveu du célèbre philosophe du même nom, le radicalisme demandé par le Seigneur à ses disciples [68] ».

Certes le père de Montfort a reçu sa grande dévotion à Jésus vivant et régnant en Marie dans le mystère de l’incarnation à Saint-Sulpice. Il se rattache, dans cet aspect, à l’École Française. Cependant, il est peut-être bon de préciser que les R.P. jésuites prenaient soin de diffuser aussi la dévotion du saint Esclavage. Le père de Montfort en fait la mention explicite dans son Traité de la Vraie Dévotion [69].

D’ailleurs la mariologie des jésuites a eu un poids considérable dans la syn­thèse mariale du Métaphysicien de Notre-Dame [70] : « N’oublions pas les auteurs de mariologie de la Compagnie de Jésus : le père Jean Crasset (1618-1692) […] le père Poiré […] le père Paul de Barry [71]. » Le père Poiré mérite une mention spé­ciale : son livre intitulé La Triple Couronne bénéficie d’une réminiscence insigne dans « la consécration à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle incarnée ». Le père de Montfort fait hommage à la triple couronne de la Vierge : un hommage à sa cou­ronne d’excellence, ensuite un à sa couronne de puissance ; enfin, le dernier, à sa couronne de miséricorde [72].

Tout au long de sa vie, le saint, a eu des confesseurs jésuites. A l’occasion des témoignages de sa sainteté, son biographe écrit : « Écoutons les confesseurs du missionnaire. On remarquera que ce sont tous des pères jésuites [73]. » Tandis que presque tous, jusqu’à son ami M. Blain [74] ont eu des doutes à son sujet, « partout soutenu et encouragé par eux (les jésuites), M. de Montfort leur confiait son âme et se plaçait sous leur conduite [75] ».

Ce sont les jésuites également qui le dirigeaient, et c’est auprès d’eux qu’il prenait conseil aux grandes étapes de sa vie : lorsqu’il reçoit l’ordre de quitter le diocèse de Poitiers, en 1706,

 

son premier soin fut d’informer son confesseur le père de la Tour (S.J.) […] pour lui demander conseil et lui faire part d’un projet qui depuis longtemps le pour­suivait […] de porter l’Évangile chez les païens, pour mériter la couronne du mar­tyre […] mais avant de prendre ce parti, il désirait accomplir un pèlerinage à Rome et soumettre ses aspirations au jugement du vicaire de Jésus-Christ. Le père de la Tour approuva ce plan [76].

 

Aux grandes épreuves, il ne manque pas non plus de faire retraite « aux jé­suites » : après l’interdiction de bénir le calvaire monumental de Pontchâteau construit par des centaines de personnes sous l’impulsion de son enthousiasme, il alla se recueillir « aux jésuites [77] ». En arrivant à Luçon, en 1711, chez Mgr de Lescure, connaissant « la sûreté de leur doctrine : c’est chez eux qu’il descendit pour consulter Dieu dans la retraite [78] ».

A l’occasion de ses missions il prend aussi des jésuites comme collabora­teurs [79] et finalement, à y regarder de près, en fondant sa « Compagnie de Marie », il se place résolument dans un sillage marial à la suite de saint Ignace :

 

Je ne puis m’empêcher, vu les nécessités de l’Église, de demander continuelle­ment, avec gémissement, une petite et pauvre compagnie de bons prêtres qui exer­cent (le ministère des missions) sous l’étendard et la protection de la sainte Vierge [80].

 

Et le père Le Crom de bien préciser :

 

C’est la société de missionnaires placée sous le patronage de la Vierge Marie, qu’il veut donner à l’Église, comme Ignace de Loyola lui a donné la Compagnie de Jésus [81].

 

Il faut également exposer quelques considérations sur les réminiscences « ignatiennes » dans les œuvres du père de Montfort. Un père montfortain inter­rogé sur le sujet répond :

 

Pour ce qui concerne les jésuites : […] a-t-il suivi les exercices spirituels de Saint Ignace ? Aucun historien pour l’heure n’est à même de le dire […] Il a fait plusieurs retraites aux jésuites, mais les Exercices ? […] L’influence ignatienne sur ses écrits ? Je n’en sais rien, sauf ce que je viens de vous dire [82].

 

Certes, on ne trouve nulle part, en termes explicites, ni dans les œuvres ni dans la biographie une réponse claire sur le sujet.

Et pourtant, une lecture attentive des œuvres complètes du R.P. de Montfort laisse transparaître ce que l’on pourrait appeler de nombreuses « réminiscences ignatiennes ». Il faut signaler, à titre d’exemples significatifs, celui du « Décret de l’incarnation [83] » que le saint a contemplé et admirablement décrit dans L’Amour de la Sagesse éternelle [84], et celui des deux étendards [85] parfaitement mis en lu­mière dans la Lettre aux Amis de la Croix [86], et dans l’exhortation Aux Associés de la Compagnie de Marie [87]. Il y a là des évidences.

Le R.P. Mucci, confirme l’observation :

 

[…] Ses références au monde et à ses dangers ont comme source ou bien le nouveau Testament, ou bien les Exercices de saint Ignace de Loyola [88].

 

Déjà à propos du nº 62 du Traité de la Vraie Dévotion [89], ce jésuite aime « retrouver et ressentir ici l’écho d’un célèbre autre texte [90] des Exercices spirituels ignatiens [91] ».

Est-il si surprenant de retrouver ces belles « réminiscences » dans l’enseigne­ment du père de Montfort ? Le pape Pie XI affirme que « dans la retraite de Manrese, saint Ignace apprit de la Mère de Dieu elle-même comment il devait combattre les combats du Seigneur [92] » et que « ce fut comme de ses mains qu’il reçut ce code si parfait [les Exercices spirituels], dont tout bon soldat de Jésus-Christ doit se servir ». Quoi d’étonnant, dès lors, que saint Louis-Marie Grignion de Montfort, cet « Apôtre marial », puisât abondamment dans la « source ignatienne » ? Il y puisa si bien qu’il est permis de dire qu’il « fut formé et soutenu par Les Exercices qui étaient la base de ses missions » et « qu’il y a un lien étroit entre le Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge et le livre des Exercices [93] ». Un montfortain donne cette précision : « Une chose est certaine, c’est qu’il a calqué le mois de préparation à la consécration à la Sagesse éternelle sur le mois des Exercices [94]. » Dès lors, la grâce des Exercices se présente bien à nous comme une grâce toute mariale dans son origine et, par leur usage, un approfondissement de la spiritualité mariale. Le père de Montfort dévoile les Exercices sous un nouveau jour.

Il faut donc conclure que c’est bien sous la direction et la protection des fils de saint Ignace, avec leurs encouragements, que saint Louis-Marie Grignion de Montfort parcourut sa carrière de géant de la sainteté : « Si l’homme de Dieu a été discuté, les pères jésuites ne s’y sont jamais trompés [95]. » D’ailleurs, « ils restaient toujours les amis des missionnaires [96] » tandis que son ami d’enfance, Jean-Baptiste Blain, pendant plus de dix ans « s’était heurté au mystère de Montfort [97] ».

Monsieur G. Rigault, résume bien l’ensemble de ces quelques considérations inédites :

 

A ses éducateurs de la Compagnie de Jésus, Montfort est toujours demeuré fi­dèle. Et les jésuites n’ont jamais renié Montfort, aux temps mêmes où il rencontrait dans le clergé de France, hostilité et persécution. Ils l’ont accueilli dans leurs mai­sons, soutenu dans leurs conseils, ils ont collaboré à ses prédications errantes. Ses allures, ses méthodes pouvaient être fort différentes des leurs, se l’agréger leur eût vraisemblablement paru chose étrange, impossible. Mais ils vénérèrent en lui la sainteté [98].

 

Ceci est tout à l’honneur des fils spirituels de saint Ignace de Loyola.

 

 

Saint Louis de Montfort, docteur de l’Église

 

Saint Louis de Montfort a donc assumé la Tradition catholique dans ses nom­breuses « facettes ». Depuis longtemps, des hommes d’Église ont eu le désir de le voir promu au rang de « docteur de l’Église ». Ce fut, par exemple le cas du car­dinal Mercier, qui, dans une prière composée par ses soins, appelait le bienheu­reux de Montfort « l’illustre prédicateur et le remarquable docteur de cette Médiation [universelle de la très sainte Vierge, NDLR] [99] ».

Aujourd’hui, on parle à nouveau d’une « doctorisation [100] » du père de Montfort, « doctorisation » qui devrait se faire dans une « optique conciliaire ». Dans ce contexte elle n’est pas vraiment souhaitable.

Quelle est la place exacte du père de Montfort dans la piété mariale ? Affirmons simplement qu’il est à la dévotion mariale, ce qu’Aristote est à la philo­sophie, ce que saint Thomas est à la théologie, ce que saint Grégoire le Grand est au chant liturgique et ce que Palestrina est à la polyphonie ! C’est un « maître » en son domaine.

 

L’héritage de ses devanciers, le père de Montfort l’a exploité et enrichi, au point de devenir chef d’école. Son grand mérite est d’avoir dégagé l’importance du rôle de la sainte Vierge dans la vie surnaturelle [101].

 

C’est pourquoi « il importe de plonger un regard plus attentif dans l’âme de Montfort et d’examiner sa spiritualité. Mettre en pleine lumière sa sainteté, souli­gner l’importance de sa doctrine », car « il s’est affirmé comme porteur d’un mes­sage nouveau, l’apôtre, d’une doctrine où de nos jours viennent s’abreuver une multitude d’âmes. Un grand courant de spiritualité dérive de lui [102] ».

Quel fut le génie du bienheureux de Montfort ? Il peut se résumer en trois points :

— Il a, premièrement, réalisé un véritable travail de « définition » de la dévo­tion appelée « saint esclavage [103] ».

 

— Il a, secondement, défini l’objet propre de la donation totale à Jésus par Marie pratiquée dans cette dévotion [104] :

 

Ici tout est donné et consacré, jusqu’au droit de disposer de ses biens intérieurs, et les satisfactions qu’on gagne par ses bonnes œuvres de jour en jour : ce qu’on ne fait pas même dans aucune religion [105]. On donne à Dieu dans les religions les biens de fortune par le vœu de pauvreté, le biens du corps par le vœu de chasteté, la propre volonté par le vœu d’obéissance, et quelquefois la liberté du corps par le vœu de clôture ; mais on ne donne pas la liberté ou le droit qu’on a de disposer de la va­leur de ses bonnes œuvres, et on ne se dépouille pas autant qu’on peut de ce que l’homme chrétien a de plus précieux et de plus cher, qui sont ses mérites et ses satisfactions [106].

 

Et le théologien commentateur de préciser :

 

Même les religieux qui auraient déjà fait les vœux solennels de pauvreté, chas­teté et obéissance, peuvent évidemment faire cet acte [de consécration montfortaine] qui les introduira plus profondément dans le mystère de la communion des saints [107].

 

C’est ainsi que saint Louis de Montfort invite le religieux à « dépasser » sa pro­fession religieuse !

 

— Troisièmement, il a défini les « pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint‑Esprit appelle à une haute perfection. C’est, en quatre mots, faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus et pour Jésus [108] ». En un mot : c’est la « vie mariale ».

 

Avec cette triple définition de la dévotion mariale, il faut redire et affirmer que saint Louis-Marie a conduit la piété mariale à son « sommet insurpassable [109] » :

 

Le père de Montfort ne reste jamais à mi-route. Il cherchera donc à mettre en pleine valeur cette dévotion, à la pousser jusqu’à ses extrêmes limites et il aboutit au saint esclavage, qu’il affirme être le sommet de la dévotion mariale [110].

 

 Et de fait ce sommet est « insurpassable » car, cette donation totale des mé­rites, impétrations et satisfactions opérée dans la consécration montfortaine, « c’est le maximum de ce que l’on peut donner : au-delà, il ne reste plus rien. Cet acte comporte donc la dépendance la plus radicale [111] ».

Ce trait de génie du père de Montfort, curieusement, semble occulté par un des grands « experts » montfortains actuels qui a eu l’audace de mettre en relief « la faiblesse de sa théologie de la grâce et du mérite [112] » et précise, en parlant de l’expression « saint esclavage », que « l’orientation des historiens de cette spiritua­lité qui sont portés à éviter cette formulation, en lui substituant une terminologie plus adaptée à la mentalité actuelle […] semble très opportune. Le pape lui-même en a donné l’exemple [113] ». En clair, cela revient proprement à « gommer » tout le travail de définition du père de Montfort [114] !

 

 

Conclusion : un saint pour tous

 

Ainsi, saint Louis-Marie Grignion de Montfort fut bien un saint aux multiples facettes, facettes qui s’unifient merveilleusement dans la romanité [115] qui a fait de lui « un saint marial pour tous ». Pie XII l’affirmait dans l’homélie de sa canonisation :

 

Il n’y a pas que ceux qui ont été admis dans les instituts religieux fondés par lui qui aient beaucoup à apprendre et à imiter de leur fondateur : tous les chrétiens aussi, à l’époque actuelle surtout, alors que la foi catholique s’affaiblit, que les mœurs sont très relâchées ou même perdues, et que les discordes s’élèvent de tous côtés. Plaise à Dieu que la figure si lumineuse et si douce de ce saint du ciel apparaisse de­vant les yeux et dans l’esprit de tous les hommes [116].

 

Concluons avec le cardinal Mercier, dans sa prière à Notre-Dame :

 

Plus Montfort sera honoré dans l’Église, plus les âmes se tourneront vers vous et vers le Dieu d’amour pour l’aimer, le servir et chanter l’éternelle louange de gloire à la Trinité Sainte [117].

 


[1] — Extrait de l’épitaphe gravée sur le tombeau de saint Louis de Montfort à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Voir l’ouvrage du père Louis Le Crom, montfortain, Un Apôtre marial, saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), Librairie mariale, Pont-Château (Loire-Inférieure), 1942, p. 378. C’est la meilleure biographie du saint. Elle a connu une seconde édition aux Traditions Françaises (Tourcoing, 1946), avant d’être rééditée cette année par Clovis (voir la recension dans ce numéro du Sel de la terre). Toutes nos références sont tirées de l’édition de 1942. L’édition de 1946 comporte le même nombre de pages que celle de 1942 (480 p.) en dépit des différences de typographie et de quelques légères précisions dans les notes. Noter que la plaque de marbre sur laquelle était gravée l’épitaphe n’est plus sur le tombeau. Le texte a été reproduit en français au lieu de la mort du père de Montfort, où se trouve sa châsse, chez les Filles de la Sagesse, à Saint-Laurent-sur-Sèvre.

[2] — Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge [VDM]. nº 114, note 2. Saint Louis-Marie Grignion de MONTFORT, Œuvres complètes (désormais notées : O.C.), Paris, Seuil, 1966, p. 557.

[3] — Revue Le Règne de Jésus par Marie, nº 4, avril 1997, photographie de 4e de couverture.

[4] — R.P. Le Crom, ibid., chap. VIII, « L’année décisive », 1706, p. 152 à 167.

[5] — Introduction aux Œuvres Complètes, Seuil, 1966, p. 9.

[6] — R.P. Le Crom, ibid. p. 387, note 1.

[7] — R.P. Le Crom, ibid., p. 387.

[8] — R.P. Le Crom, ibid. p. 462 et 463. Cette assertion est parfaitement illustrée dans le Traité de la Vraie dévotion [VDM] Voir par exemple les numéros 40, 66, 159 à 163 (O.C., p. 509, 543, 588 à 594). « Montfort tient à s’enraciner dans la Tradition », O.C., p. 486.

[9] — Georges Rigault, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Tourcoing, Les Traditions Françaises, 1947, p. 33-34.

[10] — Georges Rigault, ibid., p. 48. Cité par Le Crom, ibid. p. 69, à partir d’une autre édition (1930, p. 40).

[11] — « […] Sa filiation spirituelle est plus complexe, se situant au confluent de plusieurs courants de spiritualité du XVIIe siècle français. Dans le Traité [de la Vraie Dévotion] s’exerce l’influence de Bérulle, Olier, Jean Eudes, Boudon, de Renty… qui font partie de ce qu’on est convenu d’appeler “L’École Française” ou du moins sont dans sa mouvance… » O.C., p. 486, introduction au Traité (M. Olier était à l’origine de Saint-Sulpice – Le Crom, ibid., p. 56). « Le testament spirituel, que le fondateur de Saint-Sulpice a légué à ses disciples, peut se résumer en ces paroles : la vie de Jésus en Marie […] » Le Crom, ibid. p. 57. Cependant le biographe note cette différence : « Au XVIIe siècle, on dissertait bien sur la Sagesse ; c’était même une des idées fondamentales de l’École Française. Cependant aucun auteur n’en imprègne totalement sa doctrine ; ce n’est pas à cette lumière que l’on réglait sa vie spirituelle. Dans les écrits de notre saint, la Sagesse occupe une place prépondérante », ibid., p. 466.

[12] — R.P. Le Crom, ibid. p. 390.

[13] — Prière embrasée « Memento », nº 12 (O.C., p. 679).

[14] — R.P. Le Crom, ibid., p. 245-246.

[15]L’Amour de la Sagesse Éternelle [ASE] nº 193. O.C., p. 198-199.

[16] — Le Secret admirable du très saint Rosaire [SAR] nº 113 (O.C., p. 357).

[17] — R.P. Le Crom, ibid., p. 210. Le biographe répète plus loin : « Au mois de juin (1714), après la mission de Roussay, Montfort se dirige donc vers Nantes, en évitant de passer par Vallet, qui avait délaissé son Rosaire », ibid., p. 318. Et l’auteur de préciser : « Les paroissiens en furent mortifiés ; mais ils comprirent la leçon et reprirent la récitation du Rosaire. Ils y resteront fidèles pour longtemps : et le père Mulot, successeur du père de Montfort, fut heureux de trouver cette pratique en honneur, lors d’une mission donnée à Vallet en 1729 », ibid., p. 210.

[18] — Lettre nº 23 (O.C., p. 59-60).

[19] — R.P. Le Crom, ibid., p. 333 : « On ne perdit pas le souvenir de son chapelet, qu’il portait ostensiblement à son côté et qui était composé de quinze dizaines ; aussi l’appela-t-on le Père au grand chapelet. »

[20] — R.P. Le Crom, ibid., p. 311.

[21]O.C., p. 392 et sq.

[22]Ibid., p. 263 et sq.

[23] — Voir Le Crom, spécialement l’histoire des pauvres à l’hôpital de Poitiers (ibid., p. 89). Autres références, ibid. p. 52, 61, 86, 89, 129, 157, 303, 304, 312, 326 et 371. A l’occasion du récit de son pèlerinage à Rome (1706), le R.P. Le Crom émet l’hypothèse d’un passage à Assise en ces termes : « On peut croire que le pèlerin voulut faire ce détour par vénération pour saint François : il y avait entre eux si grande parenté d’âme. Comme François, Montfort suivait l’Évangile à la lettre ; comme François, il chérissait dame pauvreté ; comme François, il s’était épris de Jésus et de Jésus crucifié. S’il est allé à Assise, ce ne fut pas en quête de sensations artistiques, mais uniquement pour puiser dans la méditation et la prière, une vie spirituelle plus profonde, sous l’influence du Poverello », ibid. p. 159. Ailleurs, le père Le Crom donne ce commentaire de l’épisode de Saint-Hilaire-de-Loulay (1711) à l’occasion duquel le curé lui refusa la mission en l’accablant de reproches et en lui fermant la porte : « Après les opprobres du Calvaire, c’étaient les humiliations de Bethléem ; notre saint pouvait à son tour savourer la joie parfaite, telle que François d’Assise l’avait décrite à son disciple frère Léon, petite brebis du bon Dieu : la joie d’être chassé de partout et rebuté comme le doux Sauveur », ibid. p. 253.

[24] — R.P. Le Crom, note liminaire de sa biographie de madame Lefebvre. Cette biographie a été repoduite dans Un père et une mère [désormais noté UPUM], Bulle (Suisse), Tradiffusion, 1993. Cette note liminaire (datée du 31 octobre 1948) y figure page 9. L’auteur y précise qu’il n’entend pas « préjuger des décisions de l’Église », mais se demande s’il n’est pas « permis d’exprimer nos sentiments d’admiration pour des âmes qui semblent avoir réalisé l’idéal de perfection chrétienne » (ibid., p. 9).

[25] — R.P. Le Crom, UPUM, p. 73.

[26] — Le Père Henri Huré fut supérieur général jusqu’à sa mort, survenue à Saint-Laurent-sur-Sèvre le 17 juin 1935 (il était alors âgé de 54 ans, et avait 24 ans de profession religieuse).

[27] — Après avoir exercé plusieurs années la charge de supérieur provincial (à Paris), le père Louis Le Crom fut directeur spirituel au scolasticat de Montfort-sur-Meu. Il est décédé à Saint-Laurent-sur-Sèvre le 23 mai 1958, âgé de 69 ans, après 49 ans de profession religieuse.

[28] — R.P. Le Crom, UPUM, p. 73.

[29]UPUM, p. 73.

[30] — R.P. Le Crom, UPUM, p. 74.

[31] — R.P. Le Crom, UPUM, p. 72.

[32]UPUM, p. 61. Le même fait mystique semble s’être produit pour madame Acarie, la bienheureuse Marie de l’Incarnation.

[33]ASE nº 223 à 227 (O.C., p. 214 à 216).

[34]ASE nº 203 et sq (O.C., p. 190 sq).

[35]VDM nº 218 à 221 (O.C., p. 635 à 637).

[36] — Rapporté par le R.P. Garrigou-Lagrange dans La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, Paris, Cerf, et Ottawa (Canada) Éd. du Lévrier, 1945, p. 323, note 1.

[37] — R.P. Le Crom, Un Apôtre marial, p. 473. Et aussi : « C’était Jésus-Christ lui-même qui parlait par sa bouche », Jean-Baptiste Blain, Abrégé de la Vie de Louis-Marie Grignion de Montfort, dans Documents et recherches du Centre International Montfortain, Rome, 1973, vol II., p. 164.

[38] — R.P. Le Crom, ibid. p. 366.

[39] Lettre circulaire aux Amis de la Croix [LAC], nº 18 (O.C., p. 231).

[40]LAC nº 35. O.C., p. 244. Lettres nº 16 (O.C., p. 48).

[41]LAC nº 54 (O.C., p. 254).

[42] — R.P. Le Crom, ibid., p. 215. C’était à Vertou, près de Nantes.

[43] — R.P. Le Crom, ibid. p. 226 à 250.

[44] — Voir la photo dans O.C., Seuil, 1966, entre les pages 2 et 3. Cette croix se trouvait à Rome depuis 1950. Elle a été rapportée chez les Filles de la Sagesse à Saint-Laurent-sur-Sèvre en 1993 à l’occasion de la béatification de Marie-Louise Trichet. Elle se trouve actuellement dans la chapelle dite « des Fondateurs ». On peut en voir une belle copie dans la grotte du père de Montfort chez les Filles de la Sagesse de Montbernage à Poitiers.

[45] — Lettre du 4 avril 1716 à mademoiselle Dauvaise (O.C., p. 77).

[46] — Lettre nº 13, automne 1702 à une religieuse du Saint-Sacrement (O.C., p. 39).

[47] — Lettre nº 15 à mademoiselle Louise Trichet de 1703 (O.C., p. 41 sq).

[48]Lettre circulaire aux Amis de la Croix (O.C., p. 221 à 261).

[49] ASE nº 180 (O.C., p. 190).

[50] — Image du vénérable F. M-P. Libermann comportant une gravure du R.P. d’après un daguerréothype de 1845, un résumé de sa vie et une « prière pour obtenir la béatification » avec imprimatur du cardinal Amette. Sur ce sujet : Mgr Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, Étampes, Clovis, 2002, p. 41-42.

[51] — R.P. Le Crom, ibid., p. 302.

[52] — R.P. Le Crom, ibid., p. 392. Noter que le R.P. Besnard, troisième Supérieur général de la Compagnie de Marie (ibid., p. 13) avait été séminariste chez les spiritains de Cl. Poullart des Places à la rue Sainte-Geneviève à Paris (ibid., p. 392). Le R.P. Besnard a laissé, après le chanoine Blain, ami d’enfance du saint, la source manuscrite la plus importante et la plus précieuse qui « commandera toutes les biographies postérieures » (ibid., p. 13). Ouvrage disponible au Centre International Montfortain, Secrétariat : Via Prenestina, 1391 00010 Roma-Colle Prenestino. Titre : « Documents et Recherches IV et V », Vie de M. Louis-Marie Grignion de Montfort par Charles Besnard, 1981.

[53] ASE, introduction (O.C., p. 86-87).

[54] — R.P. Le Crom, ibid., p. 353, note 1.

[55]Ibid.

[56] — R.P. Le Crom, ibid., p. 392.

[57] — Conférence du 22 mars 1977 aux séminaristes d’Écône, COSPEC 40, B.

[58] Itinéraire spirituel à la suite de saint Thomas d’Aquin, Écône, 1990, p. 74, note 1.

[59] Itinéraire spirituel, préface, ibid. p. 3.

[60] — R.P. Le Crom, ibid., p. 393.

[61] Itinéraire spirituel, préface, p. 3.

[62] — Réginald Garrigou-Lagrange O.P., La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, p. 316, note 1 et p. 317.

[63] — G. Rigault, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Les Traditions Françaises, 1947, p. 195.

[64] — R.P. Le Crom, ibid. p. 13 à 33, Le collège de Rennes, 1685-1693.

[65] — R.P. Le Crom, ibid. p. 26 et sq.

[66] — Giendomenico Mucci, S.J, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, docteur de l’Église ? Paris, Téqui, s.d. [2001, semble-t-il]. Recueil de deux articles du père Mucci parus dans la Civilta Cattolica : 1 – « San Luigi Maria Grignion di Montfort, Un maestro per il nostro tempo », paru le 16 janvier 2001 ; 2 – « San Luigi Maria Grignion di Montfort, La dottrina cristologico mariana », paru le 3 février 2001. Traduction française du père Henri Derrien. Présentation du père Marcel Gendrot, ancien supérieur général des Montfortains. Cette brochure exige des réserves. Néanmoins, elle énonce des vérités qui viennent confirmer les affirmations du présent article.

[67] — Mucci, ibid. p. 5.

[68] — Mucci, ibid. p. 12. Au sujet du radicalisme, le père Le Crom rapporte ce témoignage du saint recueilli par M. Blain : « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste, comme il y a plusieurs voies pour aller au ciel. Aussi je ne condamne pas ceux qui prennent un chemin différent… pour moi, je m’efforce de prendre l’Évangile tout entier. Qu’on me laisse marcher dans ma voie : elle est celle de Jésus, elle est donc la plus courte, la plus sûre, la plus parfaite » R.P. Le Crom, ibid., p. 328.

[69] VDM n º 161. Œuvres Complètes, Éd. Le Seuil, 1966, p. 591-592.

[70] — R.P. Le Crom, ibid. p. 456.

[71] — R.P. Le Crom, ibid., p. 464.

[72]ASE nº 224 (O.C., p. 215).

[73] — R.P. Le Crom, ibid., p. 383.

[74] — Voir le très beau chapitre dans Le Crom, ibid., p. 326 à 332.

[75] — R.P. Le Crom, ibid., p. 384.

[76] — R.P. Le Crom, p. 150-151.

[77] — R.P. Le Crom, p. 240, aussi p. 254 et p. 319 : C’est « aux jésuites » qu’il a rédigé sa fameuse Lettre aux Amis de la Croix (O.C., p. 217 à 261). Noter aussi la remarque du biographe : « Son agir est bien l’agendo contra de saint Ignace », Le Crom, ibid. p. 461.

[78] — R.P. Le Crom, ibid., p. 254.

[79] — R.P. Le Crom, ibid., p. 208, 256, 275.

[80] — Lettre du 6 novembre 1700 à M. Lechassier, R.P. Le Crom, ibid., p. 391. La transposition mariale de l’exercice des « Deux étendards » est claire. Exercices spirituels nº 136 à 148. Le premier colloque est d’ailleurs un colloque à Notre-Dame : « […] Pour qu’elle m’obtienne de son Fils et Seigneur la grâce d’être admis sous son étendard […] » (Exercices spirituels, nº 147).

[81] — R.P. Le Crom, p. 398.

[82] — Lettre du 13 février 2001 du R.P. Henri Derrien S.M.M. (directeur de la rédaction de la revue montfortaine Le Règne de Jésus par Marie) à l’auteur de l’article.

[83] Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola, nº 101 à 109 spécialement nº 102 et 107, Éd. de l’Orante, p. 57 à 60, Paris, 1959.

[84]ASE nº 42 à 46 (O.C., p. 113 à 115).

[85]Exercices spirituels, nº 136 à 148, spécialement nº 137, ibid., p. 70 à 75.

[86]LAC, nº 7 à 12 (O.C., p. 225 à 228).

[87] — Aux assciés de la Compagnie de Marie [ACM], nº 1 et sq (O.C., p. 715 sq).

[88] — « San Luigi Maria Grignion de Montfort, Un maestro per il nostro tempo », Article du R.P. Mucci S.J. paru dans Civilta Cattolica du 16 janvier 2001. Sur les articles du père Mucci, voir la réserve générale posée plus haut.

[89] — « Si donc nous établissons la solide dévotion de la très sainte Vierge ce n’est que pour établir plus parfaitement celle de Jésus-Christ… » VDM nº 62 (O.C., p. 524).

[90] Exercice spirituel nº 104, ibid. p. 58.

[91] — Article du R.P. G. Mucci S.J., intitulé « San Luigi Maria di Montfort, La dottrina cristologico-mariana » paru dans la Civilta Cattolica du 3 février 2001. Même remarque que ci-dessus.

[92] — Pie XI, Meditantibus nobis, 1922.

[93] — Tract publicitaire des Exercices Spirituels prêchés à Notre-Dame du Pointet, B.P. 4, Escurolles F. 03110 Brout-Vernet.

[94] — Lettre du 13 février 2001 du R.P. Henri Derrien à l’auteur de cet article.

[95] — R.P. Le Crom, p. 18, note 1 in fine.

[96] — R.P. Le Crom, p. 165.

[97] — R.P. Le Crom, ibid. p. 326.

[98] — Georges Rigault , Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Tourcoing, Les Traditions Françaises, 1947, p. 33.

[99] — Image-feuillet de dévotion comportant une « Prière composée par S.E. le cardinal Mercier pour obtenir du Ciel la proclamation dogmatique de la Médiation Universelle de Marie et la canonisation de son grand apôtre et docteur, le bienheureux Louis-Marie de Montfort ». Prière indulgenciée par le cardinal Mercier, mais sans aucune mention de date. Bureau du « Règne de Jésus par Marie » à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée).

[100] — Sur ce sujet, consulter les études suivantes : 1°) H.-M. Manteau-Bonamy, O.P., Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, théologien de la Sagesse Éternelle au seuil du troisième millénaire, Éd. Saint Paul, Paris-Fribourg, 1986. 2°) Les articles déjà cités du R.P. Giandomenico Mucci S.J., parus dans la Civilta Cattolica. 3°) Le livre intitulé Louis-Marie de Montfort, théologie spirituelle (Centre international montfortain, Rome, 2002), regroupant quatre articles des R.P. P. Gaffney s.m.m., F.-M. Léthel O.C.D., A. Bossart s.m.m. et H. Hemery s.m.m., précédés d’une présentation du R.P. B. Cortinovis s.m.m., lui-même auteur d’une étude intitulée « Dimensione ecclesiale della spiritualita di san Luigi Maria de Montfort », Rome, Éd. Montfortaines, 1998. Cette dernière étude n’est pas encore éditée en français. Précisons que ces études, tout en comportant de très belles considérations sur la doctrine et la spiritualité montfortaines, exigent des réserves.

[101] — R.P. Le Crom, ibid., p. 466. Aussi : « C’est par lui [le Traité de la Vraie Dévotion], peut-on dire, que Montfort devient chef d’école », ibid. p. 457.

[102] — Avant-Propos du R.P. Le Crom, ibid., p. 19.

[103] VDM, nº 68 à 77 (O.C., p. 530 à 536). Lire spécialement le nº 71 commençant par ces mots : « Il y a une totale différence entre un serviteur et un esclave… » (O.C., p. 532).

[104]VDM, nº 120 à 133 (O.C., p. 562 à 571). Lire spécialement VDM nº 122 et 123 où il explique que l’objet particulier de cette consécration sont les valeurs satisfactoires, impétratoires et méritoires de nos bonnes actions faites en état de grâce, autrement dit de nos biens spirituels ayant rapport à notre salut.

[105] — Lire « dans aucun ordre ou institut religieux », VDM nº 123, (O.C., p. 565, note 1).

[106]VDM nº 123 (O.C., p. 565). Le père Le Crom donne ces précisions : « C’est la dévotion à la sainte Vierge, sous sa forme la plus parfaite : le saint Esclavage. (…) Parmi les dévotions à la sainte Vierge dont il donne les marques, Montfort nous explique celle qu’il dénomme la plus parfaite. (…) Rien de plus profond que cette consécration : elle atteint les facultés mêmes de notre âme ; rien de plus étendu : Elle va plus loin que la profession religieuse, car elle livre jusqu’aux mérites intérieurs », ibid. p. 458.

[107] — Garrigou-Lagrange, La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, p. 317, note 1, .

[108]VDM nº 257 à 265 (O.C., p. 659 à 666). Voir l’application que le saint fait de sa doctrine à la sainte communion : VDM nº 266 à 273 (O.C., p. 666 à 671).

[109] — « Nous trouvons aussi la consécration chez Bérulle, Olier, Boudou, saint Jean Eudes, mais elle n’est qu’accessoire à leur spiritualité ; Montfort en fait le centre de sa méthode », R.P. Le Crom, ibid. p. 467.

[110] — R.P. Le Crom, ibid., p. 474.

[111] — R.P. Le Crom, ibid. p. 468.

[112] — R.P. Baptiste Cortinovis, ibid. p. 217.

[113] — R.P.Cortinovis, ibid. p. 216.

[114] — Voir ce sujet VDM nº 68 à 77 (O.C., p. 530 à 536). Le père de Montfort pose plusieurs distinctions. En VDM 68, il explique que nous devons être esclaves et pas seulement serviteurs ; en VDM 69, il définit séparément la servitude et l’esclavage ; en VDM 70, il distingue trois « sortes d’esclavages ». En VDM 70, il fait bien ressortir cette affirmation : « Il y a une totale différence entre un serviteur et un esclave. » Il donne ensuite les cinq points qui différencient ces deux états de vie. En VDM 72 il montre le caractère extrême de la dépendance de l’esclavage. En VDM 73, il conclut : « Je dis que nous devons être à Jésus-Christ et le servir, non seulement comme des serviteurs mercenaires, mais comme des esclaves amoureux, qui par un effet d’un grand amour, se donnent et se livrent à le servir en qualité d’esclaves. » On voit l’attachement du père de Montfort à l’expression elle-même (« esclavage ») et au contenu de l’expression qu’il a définie. Pour l’exégèse du Traité de la Vraie Dévotion, lire l’excellent ouvrage du R.P. A. Plessis s.m.m. intitulé Commentaire du Traité de la Vraie Dévotion, Pont-Château, Les Traditions Françaises, Librairie mariale, imprimatur de 1943.

[115] — Outre les grandes spiritualités qui ont été abordées, il faudrait mentionner la multitude des congrégations religieuses que le saint a fréquentées. Signalons sa proximité toute spirituelle avec les bénédictines du Saint-Sacrement, fondées par mère Mechtilde du Saint-Sacrement (1614-1698) qu’il a visitées à plusieurs reprises.

[116] — Pie XII, Homélie lors de la canonisation de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, 20 juillet 1947. Documents pontificaux de Pie XII, texte latin des A.A.S. 39, 1947, p. 330 ; traduction française de la Documentation Catholique, t. 44, col. 1423.

[117] — Image du cardinal Mercier, ibid.

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Guy Castelain est un spécialiste de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 46

p. 78-97

Les thèmes
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Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

Vies de Saints : Modèles de Sainteté Traditionnelle

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