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La philosophie politique

de Jacques Maritain

 

 

par Louis Jugnet

 

 

 

« Thomisme et Révolution » : c’est le thème que Louis Jugnet développa, le 11 décembre 1953 – il y a juste cinquante ans – lors d’une conférence aux étudiants du cercle Pie X à Toulouse. Nous ne possédons pas le texte même qu’il prononça mais le canevas détaillé qui lui servit de plan et que, selon son habitude, il diffusa sous forme ronéotypée [1].

Sous une forme à la fois concise (à peine rédigée) et redoutablement inci­sive, cette note livre l’essentiel du sujet. Elle constitue sans doute, dans sa brièveté, une des meilleures synthèses critiques du « maritainisme ».

En 1953, Jacques Maritain (1882-1973) avait déjà écrit la majeure partie de son œuvre politico-sociale : l’analyse de Louis Jugnet n’a donc pas vieilli. L’influence exercée par le « maritainisme », dix ans plus tard, sur le concile Vatican II, n’a fait que renforcer son actualité.

Le Sel de la terre.

 

*

  

 

 

POURQUOI avoir choisi ce sujet, que certains ont cru et croiront secondaire, périmé, ou réservé à quelques philosophes spécialisés ?

 

A cause de l’importance très actuelle du problème posé. La philoso­phie politique de Jacques Maritain a rayonné même très au-delà des milieux thomistes. Des gens qui  n’admettent nullement la valeur de la scolastique s’en inspirent et prennent comme guide sa conception de la Cité et de l’histoire. Exemples : Économie et Humanisme (Lebret, etc.), Témoignage chrétien, certains rédacteurs d’Esprit, et même des mouvements spécifiquement religieux (voir les déclarations dithyrambiques de Mgr Bernareggi, aumônier des Intellectuels catho­liques italiens, à Pax Romana, en 1947). Depuis, les choses ont un peu changé (voir le discours du cardinal Ottaviani contre cette position). Influence en France, en Belgique, en Suisse, en Amérique du Sud, aux États-Unis, etc.

 

C’est un signe de contradiction. On peut citer :

— I. Pour :

• Un éminent thomiste suisse, Mgr Journet, de Fribourg, construit tout un traité de l’Église guidé par les principes de Maritain (L’Église du Verbe Incarné[2].

• Gilson, le célèbre professeur thomiste du Collège de France, fait le panégy­rique de la philosophie politique de Maritain à maintes reprises, notamment dans la communication intitulée Les Intellectuels et la Chrétienté, ainsi que dans l’article « Une sagesse rédemptrice » dans la Revue Thomiste, numéro spécial 1-2 de 1948.

• Les dominicains de Saint-Maximin lui consacrent un numéro curieux – c’est le mot – sorte de canonisation prématurée et de traité d’adulation systématique, avec photo suggestive du Maître, éloges, gloses, commentaires variés, etc.

 

En même temps :

— II. Contre :

• L’évêque d’Astorga (Léon), Mgr Jésus-Merida Perez, dans sa lettre pastorale de Carême, La Restauracion cristiana del orden politico, déclare voir là une doc­trine « contraire à tous les enseignements de l’Église ». Il parle de l’« absurdité du maritainisme » (avril 1948).

• Le doyen de la faculté de philosophie de Québec pulvérise le « personnalisme » de notre auteur. Ceci avec l’appui, la bénédiction et une pré­face du primat du Canada, le cardinal Villeneuve.

• Un prêtre d’Argentine, l’abbé Meinvielle, déclare :

 

Le maritainisme n’est pas une opinion plus ou moins acceptable, c’est une erreur [déjà] pleinement condamnée dans Mirari vos [de Grégoire XVI], Quanta cura [de Pie IX] et la Lettre sur le Sillon [de Pie X] [3].

 

Et l’on pourrait continuer ainsi, nous le verrons tout à l’heure.

 

Nous nous proposerons donc :

  I. – de situer Maritain et son œuvre, au point de vue doctrinal et historique ;

 II. – d’exposer les grandes lignes de sa philosophie politique ;

III. – de la critiquer et de conclure.

 

 

Maritain et son œuvre

 

Un renouveau thomiste s’affirme au XIXe siècle (Léon XIII, etc.) ; les laïcs arri­vent à la rescousse. Maritain est le plus marquant d’entre eux, un peu avant et après 1914-1918. S’il y a du positif dans son œuvre, il n’est pas inutile de rappeler le fait qu’il n’est pas le thomisme. Même là, il y a des réserves à faire (art et mo­rale ; thomisme et philosophie existentielle, etc. [4]).

Petit-fils de Jules Favre, protestant et libéral [5] ; le rôle de Raïssa, sa femme, d’origine juive ; contact avec Le Dantec, etc. Il est bouleversé devant le scien­tisme officiel et la Sorbonne, véritable machine à désespérer les gens qui ont be­soin d’absolu. Bergson, Bloy, le père Clérissac, Psichari, Massis, etc [6]. Il pro­clame son thomisme, appuie l’Action française, il se met à l’abri… pendant la guerre. Ensuite ses variations sont pénibles dans l’affaire de l’Action française : il adopte trois positions successives en peu d’années : a) il donne raison à l’Action française pour sauver ce qui peut l’être ; b) il accepte la condamnation qu’il ex­plique par le pouvoir indirect de l’Église ; c) puis par le pouvoir direct. C’est en­fin la ruée et l’hallali véritable contre ce qui touche Maurras de près ou de loin. (Voir quelques œuvres et textes : l’opuscule moitié-moitié : Une opinion sur Charles Maurras et le devoir des catholiques ; les deux éditions successives des Réflexions sur l’Intelligence [7], le chapitre sur Blondel, avec chacune une note sur l’empirisme organisateur maurrassien, l’une où l’on dit : « M. Blondel ne voit pas que cet empirisme, qui ne se donne pas pour un système du monde, est déjà une œuvre véritable de l’intelligence qu’il appartient à la philosophie et à la théologie de compléter, non de détruire, car il travaille à restaurer sur des points vitaux l’ordre naturel et la santé de la raison » ; la suivante qui dit que cet empirisme dépend fondamentalement des plus graves erreurs doctrinales… ; Primauté du SpirituelPourquoi Rome a parlé, en collaboration avec Bernadot, Doncœur, etc., « ouvrage où quatre pauvres tâcherons, ayant voulu montrer pourquoi Rome avait parlé, n’ont réussi qu’à faire voir pourquoi ils auraient dû se taire », suivant les termes du chanoine Richard.)

Lors de la Guerre d’Espagne (1936-1939), il appuie systématiquement, de concert avec Mounier et Mauriac, les Rouges espagnols contre les Blancs catho­liques (attitude contraire de Pie XI). En 1936, il collabore à l’hebdomadaire Vendredi sous la bande : Gide et Maritain, avec le sous-titre: « D’André Gide à Jacques Maritain, des intellectuels qui ont rallié la Révolution aux intellectuels ca­tholiques qui ont maintenu le parti de la liberté ». Pendant la guerre de 1939, il est réfugié aux États-Unis, joue un rôle d’excitateur à la radio ; il écrit dans Pour la Justice (p. 335) :

 

En voyant l’admirable unité [!] de la Résistance française, nous comprenions que ce qui ferait la force et la nouveauté de la reconstruction serait la réconciliation de la tradi­tion révolutionnaire et de la tradition chrétienne de la France, la coopération du peuple socialiste et du peuple chrétien, unis dans une grande œuvre humaine à accomplir en­semble, et qui s’appellerait pour les uns une seconde révolution française et pour les autres une nouvelle chrétienté.

 

 On voit combien le philosophe espagnol Leopoldo Palacios a raison de défi­nir la philosophie politique de Maritain : « Un bonnet phrygien surmonté d’une croix » [8].

 

 

La philosophie politique de Maritain

 

Ayant ainsi caractérisé l’itinéraire et l’attitude de Maritain, il nous faut exposer méthodiquement les grandes lignes de sa philosophie politique et de sa concep­tion de l’histoire.

On les trouve dans de multiples ouvrages, si nombreux depuis quelques an­nées qu’on ne peut songer à les énumérer tous. Voir : Du Régime temporel et de la liberté, Humanisme intégral (tout à fait capital), Les Droits de l’homme et la loi naturelle, Christianisme et démocratie, Raison et raisons, Principes d’une poli­tique humaniste, etc.

 

Idées maîtresses :

— une conception de l’histoire fondée sur l’application de la théorie thomiste de l’analogie au problème politico-social et culturel ;

— une conception personnaliste de l’homme ;

— le tout entouré d’un contexte, ou suivi de corollaires nettement orientés vers le libéralisme, le démocratisme, l’humanitarisme, l’irénisme (goût ex­cessif de la conciliation), etc.

— d’où un humanisme nouveau, dit intégral.

 

Histoire et analogie

 

Il faut avoir présent à l’esprit le sens des termes : univoque, équivoque et analogue.

Pour Maritain, le Moyen Age et le Saint-Empire ont trop soudé Église et État, ils ont mis la force au service de la vraie religion, ils ont eu tort (confusion de deux ordres distincts). L’âge moderne (Réforme, Révolution) a brisé ce cadre figé, mais, tout en valorisant justement l’homme et la culture profane, il a trop séparé (laïcisme agressif, rationalisme, etc.). La nouvelle chrétienté répudiera comme deux erreurs symétriques la conception traditionnelle et le rationalisme moderne, ou plutôt, elle tâchera de dépasser leur opposition en une synthèse nouvelle : la nouvelle chrétienté sera simplement analogue à l’ancienne, avec de profondes différences de perspectives [9].

Exemple :

 

La philosophie politique et sociale impliquée dans l’humanisme intégral appelle, pour notre actuel régime de culture, des changements radicaux, disons, pour employer analogiquement le vocabulaire hylémorphiste, une transformation substantielle [10].

 

Et :

 

Une chrétienté nouvelle, dans les conditions de l’âge historique où nous entrons, doit-elle, tout en incarnant les mêmes principes (analogiques), être conçue selon un type essentiellement (spécifiquement) distinct de celui du monde médiéval ? Nous répondons affirmativement à cette question [11].

 

Etc.

D’où rejet de la distinction classique entre thèse et hypothèse à propos des li­bertés religieuses ; elle ne vaut rien du tout (voir les attaques très raides contre cette thèse par les disciples de Maritain dans l’ouvrage modernisto-libéral Tolérance et Communauté humaine d’Aubert, Congar, etc.). L’hypothèse elle-même devient un bien (voir plus loin sur le libéralisme).

 

Individu et personne

 

Opposition-slogan, commune à Maritain, Mounier, Mauriac (etc.), entre notre aspect corporel, l’individu, subordonné au bien commun et à la société, et la per­sonne, seule but en soi, fin ultime de l’univers matériel comme de la société hu­maine (personnalisme communautaire, etc.). Ici, textes innombrables, presque à chaque page, impossible de choisir.

Sur ce qui précède, pas de discussion de fait : Maritain revendique lui-même les idées exposées ci-dessus. Il n’en va pas tout à fait de même pour ce qui suit, prétexte à sévères controverses [12].

 

Libéralisme

 

Contre les encycliques en bloc, Maritain soutient que les libertés (libérales) modernes sont bonnes en soi. Exemple :

 

Une cité terrestre qui, sans reconnaître de droit à l’hérésie elle-même, accorde à l’hérétique […] un statut juridique approprié à ses idées et à ses mœurs – non seulement parce qu’elle veut éviter la discorde civile, mais aussi parce qu’elle respecte et protège en lui la nature humaine et les réserves de force spirituelle qui habitent l’univers des âmes […] – favorisera davantage la vie spirituelle des personnes du côté du sujet, dont le privilège d’exterritorialité à l’égard du social […] est porté à un niveau plus élevé [13].

 

De même :

 

Ces libertés sont bonnes et répondent à des exigences foncières de la nature humaine [14].

 

Etc.

On prônera donc un « État laïc chrétien » destiné à remplacer l’État confes­sionnel catholique, à la mode médiévale ou espagnole, pour lequel Maritain professe une véritable haine (« liquidation du mythe du Saint-Empire », etc., à chaque instant). Cet État nouveau s’intéressera plus au « ferment social » du chris­tianisme qu’à son contenu doctrinal. Nous verrons plus loin, à propos de l’iré­nisme maritainien, la curieuse conception du Fellowship (camaraderie de groupe, amitié sociale).

 

Démocratisme

 

Il faut se reporter à Humanisme intégral :

 

La conception politique indiquée […] implique à notre avis : 1. Une démocratie personnaliste (avec suffrage universel à la base […]) où les citoyens n’aient pas seulement droit de suffrage, mais se trouvent engagés d’une manière active dans la vie politique du pays [15] […].

 

Cette conscience civique populaire exclut par suite la domination hétérogénique (même bonne) d’une catégorie sociale sur la masse du peuple considérée comme mineure [16].

 

C’est [au prolétariat] et à son mouvement d’ascension historique que revient le rôle principal dans la phase prochaine de l’évolution [17].

 

Car, de droit comme de fait, la démocratie est d’origine évangélique :

 

Bergson ne nous dit-il pas, dans une formule qui demande à être bien comprise, que « la démocratie est par essence évangélique » [18] ?

 

Et cette perle :

 

De cette forme authentique de démocratie, on pourrait dire ce que Lord Acton di­sait un jour des Whigs [libéraux] : « Ce n’est pas le diable, c’est saint Thomas d’Aquin qui a été le premier Whig. » C’est la philosophie de saint Thomas qui a été la première philosophie authentique de la démocratie [19].

 

Il va, pour soutenir ces vues, jusqu’au contresens historique total, par exemple dire que la Déclaration américaine des Droits (Bill of Rights) vient directement du christianisme, alors que tous les historiens soulignent qu’elle découle en droite ligne du déisme rationaliste de Locke, d’essence maçonnique [20].

Il ne craint pas de dire :

 

Dans la société sacrale, l’hérétique était celui qui brisait l’unité religieuse. Dans une société laïque d’hommes libres, l’hérétique est celui qui brise « les communes pratiques et croyances démocratiques » [21].

 

Il traite alors l’adversaire de totalitaire – n’est-il pas allé jusqu’à qualifier de complice des nazis (!) un théologien argentin de droite qui le gênait beaucoup [22] ?

 

Humanitarisme

 

Voir encore Humanisme intégral (p. 261-263) sur la non-violence, etc.

Voir les deux articles de M. l’abbé Luc J. Lefèvre dans La Pensée catholique, nº 8 : « Une ascétique nouvelle » et nº 9 « Absence de la passion ».

 

Irénisme

 

Dans Du Régime temporel et de la Liberté, Maritain nous dit sans sourire que Voltaire, par sa théorie de la tolérance (et ses attaques contre le fanatisme), « travaillait sans le savoir [oh ! combien !] pour l’article 1351 du Code de droit ca­nonique : “Personne ne doit être contraint à embrasser la foi catholique contre son gré” [23] ». Il tient vraiment à ne pas couper les ponts avec le patriarche (hum !) de Ferney, puisqu’il y revient dans Humanisme intégral :

 

Je veux bien devoir quelque chose à Voltaire en ce qui concerne la tolérance civile, ou à Luther en ce qui concerne le non-conformisme, et les honorer en cela, ils existent dans mon univers de culture, ils y ont leur rôle et leur fonction ; j’y dialogue avec eux [24].

 

Nous passons sur d’autres éléments importants, mais qui nous entraîneraient trop loin, comme la réduction du politique au moral, thèse partagée par Vialatoux et Y. Simon, combattue par le père de Broglie dans les Recherches de Sciences religieuses des années 1930 [25], ou le goût excessif de l’Orient, avec l’anti-occidentalisme catastrophique qu’on trouve déjà dans Primauté du Spirituel et qui n’a fait que s’accentuer. Se sont élevés contre ces positions les meilleurs thomistes, comme le père Joseph de Tonquédec, le père Élisée de la Nativité, carme ; feu Mgr Gillet, ancien maître général des dominicains.

 

D’où l’insolite conception du Fellowship, ou confraternité de l’État socialement chrétien et laïque, où tous œuvreront de bon accord : le matérialiste avec son matérialisme, l’idéaliste avec son idéalisme, le chrétien avec son christianisme, le juif avec son judaïsme, et le communiste – lui aussi ! – avec son communisme !…

 

 

Critique

 

Maritain est un curieux homme, à la fois impétueux et pessimiste, impression­nable et changeant – nous l’avons vu ! –, très influençable par son entourage (Raïssa !), hautain, capable de rancunes et de mépris inconsidéré. Il affecte de ne pas répondre à certaines critiques, prétendues trop faibles ou trop méprisables, en fait gênantes. Il traite l’abbé Meinvielle de nazi, ou peu s’en faut. Il parle de son propre rôle : l’attaquer, lui, c’est attaquer le thomisme ! Car il a cent fois plus fait pour celui-ci que « tous les loups qui hurlent contre moi en espagnol ou en portugais [26]. » Il pourrait ajouter : en français, en flamand, en anglais, en italien, car il a été critiqué et il l’est de côtés très variés, par les jésuites espagnols (Lopez, Guerrero, etc.) et certains évêques de la péninsule comme Mgr Perez, Mgr d’Astorga ; par les jésuites italiens de la Civiltà Cattolica, comme le père Messineo ; par le doyen (flamand) de l’université de Québec, De Koninck ; par les théologiens romains de l’université de la Propaganda dirigée par Mgr Parente, du Saint-Office, dans la revue Euntes docete, etc. Or, en France, les milieux conformistes font un black-out total sur ces critiques, ou les traitent par un sou­rire hautain, sans les avoir vraiment étudiées, heureux quand ils en connaissent le titre !…

Nous allons tâcher de construire la critique rigoureusement, en suivant le plan déjà adopté pour l’exposé.

 

Histoire et analogie : le « mobilisme » de Maritain

 

Relativement au mobilisme maritainien, Don Guénolé, O.S.B., nous dit :

 

La catégorie « temps » que certains reprochent aux anciens d’avoir méconnue n’est pas en réalité une catégorie tellement importante. L’être d’un homme importe bien plus que l’histoire de son devenir, car s’il n’existait pas, il serait bien difficile de raconter l’his­toire de son existence. Ce qui demeure est plus important que ce qui passe, etc [27].

 

A rapprocher de Parodi, Canguilhem, E. Meyerson, Radin, Lalande parmi les incroyants.

On abuse souvent de nos jours de l’excellente théorie thomiste de l’analogie de proportionnalité (voir, sur le plan théoriquement physique et théologique, la remarquable étude du père Garrigou-Lagrange in Angelicum, 1947, Fascicule 4, etc.), ceci contre la théologie nouvelle du père Bouillard, de Mgr de Solages, etc. qui devait finir par être condamnée dans l’encyclique Humani generis de Pie XII (août 1950). Un certain usage vicieux de l’analogie aboutit à introduire l’instabilité et la fluence dans les formules dogmatiques de l’Église.

…Analogiquement, si l’on peut dire, l’usage intempestif de ces notions arrive à introduire une sorte de quasi-hégélianisme, ou évolutionnisme historique, dans l’histoire et la théologie de l’Église.

L’abbé Meinvielle, dans Dos cartas, déclare : « La théorie thomiste de l’analo­gie ne comporte pas d’application dans la présente question [28] » ; il l’a établi ail­leurs, du reste. Pareillement, le père Lopez déclare que cette accentuation du changement historique « est l’erreur moderniste de l’évolution de la vérité [29] ». Voir le décret Lamentabili du Saint-Office, sous Pie X : « La vérité n’est pas plus immuable que l’homme: elle évolue avec lui, en lui, par lui » ; voir aussi autres textes dans notre note sur Hegel, intitulée « Dialectique et vérité ». En effet, sui­vant l’aveu d’un éminent théologien dominicain qui, ami de Maritain, tient à res­ter à l’écart de la controverse et qui, jeune encore, enseigne à Rome, la concep­tion que se fait le magistère romain, dans ses encycliques, des problèmes liberté-Église-État est une conception univoque, en langage scolastique, c’est-à-dire où l’unité et la stabilité du contenu l’emportent très sensiblement sur ce que sup­pose un concept analogique tel que l’entend Maritain. Tout au plus les papes admettent-ils des changements de circonstances concrètes, que personne ne nie, et distinguent-ils la thèse (idéale) et l’hypothèse (soumise aux contingences histo­riques) ; mais précisément, Maritain et son école ne veulent plus de cette distinc­tion et font glisser le registre même des principes directeurs, comme on l’a vu. Les théologiens espagnols et italiens (Lopez, Messineo) n’ont pas de mal à montrer que les papes ont justifié l’armature essentielle de la société chrétienne classique : Léon XIII, dans Immortale Dei, (nº 28), fait un éloge catégorique des principes médiévaux. Pie X, dans la Lettre sur le Sillon, écrit : « La Cité chrétienne n’est pas à inventer : elle a été, elle est, etc. ». Certaines déclarations de Pie XII touchant par exemple le corporatisme rendent le même son. On n’y trouve rien qui évoque le superbe futurisme de Maritain. On comprend donc que le père Messineo, dans ses articles de la Civiltà Cattolica, ait parlé de relativisme, évolu­tionnisme, historicisme à propos de cette nouvelle Chrétienté...

Car enfin, Maritain semble avoir oublié ce qu’il disait jadis dans les Réflexions sur l’intelligence : que si le thomisme admet le rôle du devenir, du changement, il est par-dessus tout une philosophie de l’être ; que ce qui dure est plus impor­tant que ce qui change. Palinodie : ne dit-il pas dans sa lettre, déjà citée, au père Garrigou-Lagrange, à propos de Meinvieille, qu’il trouve « trop brutale » son an­cienne critique contenue dans Théonas contre l’idée de progrès fatal [30] ? N’a-t-il pas rayé de la liste de ses œuvres complètes l’excellent Antimoderne [31] ?

Comme le disait le jésuite Nivard : « Les papes ont véhémentement loué les époques passées » (Summi pontifices præterita tempora multum laudaverunt), tout en en reconnaissant les limites et sans prétendre (en appuyant sur quel mys­térieux tabulateur ?) nous « ramener au Moyen Age ». Maritain se trouve mainte­nant proche de la philosophie des lumières à la manière de Condorcet, voire par­fois de certaines vues évolutives de type marxiste ; il accepte, par exemple, l’ex­plication marxiste du fascisme. Voir Marx : « L’histoire est la transformation conti­nue de la nature humaine » (Misère de la Philosophie).

 

Individu et personne : le personnalisme

 

D’excellents philosophes et théologiens n’ont pas eu de mal à démontrer que la distinction-marotte individu-personne ne repose sur rien de valable. Ses ori­gines historiques sont chez Kant (comme phénomène, nous sommes déterminés, et partie du tout ; comme noumène, libres et indépendants : règne des fins, etc.) et Renouvier, qui emploie l’expression personnalisme. Le père Descoqs a bien montré [32] que la personne, c’est tout simplement l’individu raisonnable : ni dis­tinction réelle métaphysique, ni encore moins opposition entre les deux (voir notre Saint Thomas chez Bordas, p. 219-221). Par ailleurs, Charles De Koninck, le distingué doyen de Québec, a surabondamment montré que, pour saint Thomas, ni l’univers ni la société n’étaient « pour la personne » isolée, traitée en absolu et en idole (De la Primauté du bien commun contre les personnalistes, Montréal, Fides, 1943, avec une préface très catégoriquement anti-personnaliste du cardinal Villeneuve, primat du Canada) [33]. D’innombrables textes cités par lui dans l’étude « In Defence of S. Thomas » (Laval philosophique et théologique, vol. 1, nº 2, 1945) montrent que saint Thomas souligne à chaque instant la primauté du tout sur les parties, de l’univers et du bien commun sur la simple personne, ceci sans tomber nullement dans le totalitarisme, car il y a en l’homme des aspects qui n’appartiennent qu’à Dieu. Au fond, le personnalisme, qu’il soit de Maritain ou de Mounier,

    a) repose sur une erreur métaphysique (voir plus haut),

et b) aboutit à une erreur politico-sociale.

 

Comme l’écrivait en 1936 un jeune pamphlétaire :

 

[Leur] personne désincarnée, soulevée au-dessus de toute discipline, de toute civili­sation terrestre, n’est qu’une hypostase désincarnée […]. Elle n’est au fond que l’indi­vidu de Rousseau, mais travesti en ange.

 

Voir de même les critiques du père G. de Broglie, alors professeur de théolo­gie dogmatique à l’Institut catholique de Paris, depuis professeur à l’université grégorienne de Rome, dans Recherches de science religieuse (février 1935), contre le personnalisme (voir p. 35-37 surtout). Pareillement, De Koninck montre que le péché de Lucifer fut, en somme, une option personnaliste (préférence narcissique de sa propre perfection, surestimée, à l’acceptation d’une hiérarchie ontologique).

Reste le contexte, ou les présupposés et corollaires :

 

Libéralisme

 

Un des griefs fondamentaux formulés par l’abbé Meinvielle contre Maritain était l’analogie, ou même l’identité essentielle, entre ses conceptions et celles de Lamennais (De Lamennais à Maritain [34]). Le père Garrigou-Lagrange essaya d’amortir le coup par amitié personnelle pour Maritain, en rapprochant plutôt ses idées des erreurs – moins graves – de Montalembert dans le Discours de Malines de 1863, blâmé par Pie IX [35]. Mais le père Garrigou-Lagrange a déclaré lui-même: « Meinvielle dit que ma défense de Maritain était faible. Il a raison. Je n’avais pas grand’chose à objecter ! » Dont acte. D’ailleurs, cette idée avait d’abord été suggé­rée à Meinvielle par une déclaration très claire du maritainien père Ducatillon, dominicain assez avancé, qui, dans une conférence, déclara explicitement : « Les lignes générales de l’Humanisme intégral procèdent de L’Avenir ». De même : « Par cet aspect de sa personnalité, Maritain se trouve dans la ligne historique ou­verte par les libéraux du XIXe siècle ». On ne saurait mieux dire (« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ! »).

Si on ajoute que Meinvielle a toujours précisé qu’il comparait Maritain au Lamennais d’avant la rupture avec Rome, et donc encore catholique (1830-1831), on ne trouvera rien d’extravagant à cette imputation. Il souligne, avec une grande abondance de textes curieusement parallèles de Lamennais et de Maritain, l’exis­tence d’idées communes à ces deux auteurs :

1) le Progrès continu, malgré les déceptions inévitables ;

2) le caractère somme toute positif et progressiste de la Révolution française ;

3) corollaire : l’Église doit faire alliance avec les idées nouvelles et le libéra­lisme ;

4) admettant donc pour bonnes les idées modernes (Lamennais distingue presque comme Maritain un mauvais libéralisme, inspiré par le philosophisme du XVIIIe siècle, et un bon, « le libéralisme véritable », éclairé, généreux…) ;

5) avec alliance des catholiques et des incroyants, voire des adversaires du christianisme (voir Correspondance avec le P. Garrigou-Lagrange, p. 73-97).

C’est surtout aveuglant pour quiconque n’est pas déterminé per fas et nefas à soutenir l’infaillibilité de Maritain.

On ne s’étonnera pas qu’un document romain officieux, soigneusement étouffé par la presse catholique française, reproduit chez nous simplement par quelques revues et bulletins comme Verbe, Marchons, La Pensée catholique, etc., soit venu mettre en cause les idées de Maritain. Dans un discours solennel pro­noncé le 2 mars 1953 dans la grande salle du séminaire pontifical du Latran, le cardinal Ottaviani, pro-secrétaire du Saint-Office, sous le titre : Les devoirs de l’État catholique envers la Religion, reprenait catégoriquement la thèse classique des encycliques sur Église, État et liberté. Il citait textuellement, sans en nommer l’auteur, et, en le critiquant véhémentement, un passage caractéristique de Maritain, extrait de Les Droits de l’Homme et la Loi naturelle (ch. 1, p. 40-41 de la première édition), ainsi qu’un texte du libéral père Rouquette, des Études, à la Semaine des intellectuels catholiques (en fait, un petit trust minoritaire de l’adula­tion réciproque). Le cardinal romain louait la solution espagnole du problème culturel et invitait les progressistes à exercer leurs talents critiques sur l’U.R.S.S. et ses satellites. Tout le texte serait à citer, il est du reste d’un solide intérêt intellec­tuel et d’une forte charpente théologique, abstraction faite de l’autorité qui s’y attache.

 

Démocratisme

 

On peut passer assez vite : c’est la confusion de terrain et de perspective entre Évangile et démocratie, cent fois dénoncée, notamment par Pie X dans la Lettre sur le Sillon.

 

Humanitarisme

 

Sa confusion avec la charité (voir notre conférence sur Veuillot et le texte cité de Pie X : « L’aveugle bonté de leur cœur […] »... « Le Christ a été aussi fort que doux : il a grondé, menacé, châtié […]. » Penser aussi à l’histoire de l’Église, avec les Croisades, les Ordres militaires, etc.)

 

Humanisme

 

L’humanisme lui-même, si on le réduit à son essence, est un dada fort sus­pect, comme le montre vigoureusement Leopoldo Palacios, professeur de philo­sophie à l’université d’État de Madrid. Ne confondons pas Humanités et Humanisme : saint Augustin, Melchior Cano, Luis Vives ont cultivé les belles-lettres gréco-latines ; mais de nos jours, on ne parle que d’humanisme (et Dieu sait combien d’espèces il y en a !). Palacios fait remarquer que ce mot vient de la philosophie sceptique, relativiste, anthropocentrique de Protagoras, et que c’est cet esprit qui infecte la Renaissance païenne. Pour lui, ce vocable est lié à une philosophie naturaliste [36]. De même, le célèbre bénédictin allemand Dom Casel, théologien et liturgiste [37], ne disait-il pas : « Humanisme et mystère s’opposent contradictoirement » ? Palacios a beau jeu aussi de montrer que la grande culture, du XIIIe siècle par exemple, n’a nullement prostré ou étiolé l’homme chrétien et qu’elle a laissé à la philosophie comme à la politique sa dignité et sa consistance (voir les remarques de Bainville sur l’indépendance d’un homme comme saint Louis vis-à-vis de certaines prétentions ecclésiastiques excessives !). Amusement : l’expression Humanisme intégral fut employée pour la première fois par un anarchiste, fondateur des « jeunes laïques » à la fin du XIXe siècle.

 

Irénisme

 

Voir les attaques de l’encyclique Humani generis (vers la fin) contre ce goût de la conciliation à tout prix avec les ennemis de la foi et de la Cité chrétienne.

 

 

Conclusion

 

Il s’agit d’une synthèse en soi monstrueuse. Comme le montre encore Palacios, il y a dans l’univers deux courants antithétiques : la Cité de Dieu en marche et la Cité du diable, pour l’appeler par son nom. Comme dit l’Apôtre, Quæ conventio Christi ad Belial [38] ? – « Son posiciones contradictorias sin posible termino medio », dit Palacios [39]. La philosophie politique de Maritain est « une synthèse de termes contradictoires ». Comparaison avec un homme qui ne veut ni se marier, ni rester célibataire (rappel de l’image du bonnet phrygien se terminant en croix). On y opposera l’esprit de la Contre-Réforme, la nécessité de la lutte [40].

Le jugement de la fin sera emprunté à Maritain lui-même :

 

Au milieu des dangers qui viennent, des régions les plus opposées, menacer les âmes, l’Église avance, frappant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Qui a les yeux collés sur l’instant présent pense à chaque fois qu’elle change de route ; c’est le péril qui change de sens, elle avance en ligne droite. Elle ne renie rien, n’efface rien, ne renonce à rien de ce qu’elle a déterminé. L’encyclique Pascendi est toujours là, la bulle Unam Sanctam est toujours là. Le libéralisme est toujours condamné, l’américanisme, le socia­lisme, le sillonisme, le modernisme, sont toujours condamnés. Le laïcisme est toujours et de nouveau condamné […].

C’est une folie […] de trahir ses desseins et de se lancer, comme si c’était la voie in­diquée par elle, vers des erreurs qu’elle a toujours réprouvées. Si des catholiques s’imagi­nent entrer dans l’esprit du pape en pactisant avec l’esprit des « libertés modernes » condamnées par le pape, en relâchant les normes éternelles de la doctrine ou en goûtant la douceur d’accorder leur âme baptisée aux concupiscences du siècle pour espérer un re­tour à l’état d’innocence par la vertu de l’évolution et du progrès humain, leur réveil sera dur [41].


 


[1] — Les copies étaient effectuées par Arcade-Copie, à Toulouse. Ce texte fut ensuite publié, vingt ans plus tard – et après la mort de Louis Jugnet – dans le numéro 176 de la revue L’Ordre français (décembre 1973, p. 25-39). Nous le reproduisons ici en corrigeant quelques coquilles et en complétant les références (pour les citations de Maritain, nous avons systématiquement ajouté la référence à l’édition de ses Œuvres complètes [indiquées O.C.], réalisée conjointement par les Éditions universitaires, à Fribourg, et les éditions Saint-Paul, à Paris. Nous avons également ajouté quelques précisions en note, signalées par la mention : NDLR.

[2] — Louis Jugnet note ailleurs que le cardinal Charles Journet (1891-1975) était « assez large sur plusieurs plans » (Cahier II, p. 77). Après des ouvrages fidèles à saint Thomas, il adopta les principes maritainistes, qu’il utilisa dans sa théologie de l’Église. Il fut, à cet égard, un des préparateurs de Vatican II. (NDLR.)

[3] — Jules Meinvielle, Correspondance avec le R.P. Garrigou-Lagrange à propos de Lamennais et Maritain, Buenos Aires, Nuestro Tiempo, 1947, p. 137.

[4] — Dans ses Notions d’esthétique, Louis Jugnet critique la thèse exposée par Maritain dans Art et scolastique : l’art serait radicalement indépendant de la morale dans l’ordre de spécification (quant à son objet propre ; une intention morale ou idéologique enlèverait à l’œuvre d’art sa valeur), mais non dans l’ordre d’exercice (la morale doit exercer un contrôle externe). A la suite de Charles Ranwez, Louis Jugnet qualifie cette position d’« amoralisme mitigé ». Voir aussi Louis Jugnet, Problèmes et grands courants de la philosophie, ch. III. (NDLR.)

[5] — Sur Jules Favre (1809-1880), un des fondateurs de la IIIe République, voir Le Sel de la terre 16, p. 139-140, note 19. (NDLR.)

[6] — Jacques Maritain et sa future épouse, une jeune fille juive d’origine russe, Raïssa Oumançoff, sont entraînés par Péguy aux cours donnés par Bergson (1859-1941) au Collège de France. En l’écoutant, ils se sentent comme libérés de la chape de plomb scientiste et positiviste qui les étouffait. Attirés par les écrits de Léon Bloy (1846-1917), ils lui écrivent en juin 1905. Il les oriente vers le catholicisme, et sera le parrain de Jacques lors de leur baptême, le 11 juin 1906. En 1908, les deux époux Maritain font la connaissance du père Humbert Clérissac O.P., qui leur fait découvrir saint Thomas d’Aquin ainsi que les milieux catholiques liés à l’Action française (notamment Henri Massis). Maritain était aussi un ami d’enfance du petit-fils de Renan, Ernest Psichari (1883-1914), qui se convertit en 1913 (c’est aussi le père Clérissac qui entend sa première confession, le 4 février 1913). — La condamnation de l’Action française n’occasionne pas, chez Maritain, un ralliement immédiat aux thèses libérales, mais plutôt un renversement des alliances qui entraîne, à terme, ce ralliement. Dès 1927, cependant, Maritain fait paraître, dans la collection Le Roseau d’or, qu’il dirige chez Plon, un ouvrage du penseur russe ésotérisant Nicolas Berdiaeff (1874-1948), intitulé Un nouveau Moyen Age, où l’on trouve, dans un contexte existentialiste, les thèmes de la « nouvelle chrétienté » que Maritain essaiera ensuite d’exprimer en termes thomistes. C’est en 1932 que Maritain rencontre le penseur personnaliste Emmanuel Mounier (1905-1950). (NDLR.)

[7] — Les premières éditions parlent par exemple du « remarquable antidémocratisme » de Maurras (p. 316 dans l’édition de janvier 1926). L’édition de 1930, qui est annoncée comme ayant « subi quelques corrections », a supprimé le passage et ajouté des critiques contre Maurras. (NDLR.)

[8] — Voir Michaud sur Lamennais : « 93 faisant ses Pâques ».

[9] — Voir Humanisme intégral, Paris, Aubier, 1936, p. 99 (§ 2), 103, 151, 152 [O.C., t. VI (1984), p. 394, 398, 449, 450].

[10]Humanisme intégral, p. 99 [O.C., p. 394].

[11]Humanisme intégral, p. 151-152 [O.C., p. 450].

[12] — La réponse de Jacques Maritain aux critiques qui s’étaient élevées contre ses thèses politiques s’exprima principalement dans deux lettres au père Garrigou-Lagrange, datées des 12 et 18 décembre 1946. Ces lettres furent partiellement publiées en 1948 dans son ouvrage Raison et raisons, sous le titre « Sur une forme de fanatisme césaro-religieux », puis intégralement en O.C., t. IX (1990), p. 1102-1117. Une traduction espagnole, accompagnée de la réponse du père Meinvielle, parut dans l’ouvrage de ce dernier intitulé Respuesta a dos cartas de Maritain al R.P. Garrigou-Lagrange O.P. (con el texto de las mismas), Buenos Aires, Ediciones Nuestro Tiempo, 1948. (NDLR.)

[13]Du Régime temporel et de la liberté, Paris, DDB, 1933, p. 80-81 [O.C., t. V (1983), p. 382-383].

[14]Humanisme intégral, p. 195 [O.C., p. 496].

[15]Ibid., p. 188, note 1 [O.C., p. 488-489].

[16]Ibid., p. 215-216 [O.C., p. 517].

[17]Ibid., p. 250 [O.C., p. 552].

[18]Principes d’une politique humaniste, Paris, Paul Hartmann, 1945, p. 51 [O.C., t. VIII (1989), p. 219].

[19]Ibid., p. 41 [O.C., p. 210].

[20] — Voir là-dessus la revue Dieu Vivant, nº 3, p. 107.

[21] — Jacques Maritain, discours sur « The Foundations of Democracy » (Les fondements de la Démocratie) ; version française en Raison et raisons, Paris, L.U.F., 1948 [O.C., t. IX (1990), p. 423].

[22] — « Derrière le général Franco, il y avait le nazisme allemand et le fascisme italien (comme les ferments nazis sont maintenant derrière M. Meinvielle). » Jacques Maritain, lettre du 18 décembre 1946 [O.C., t. IX, p. 1115]. (NDLR.)

[23]Du Régime temporel et de la liberté, Paris, 1933, p. 102 [O.C., t. V (1982), p. 398].

[24]Humanisme intégral, p. 102 [O.C., p. 397].

[25] — « Science politique et doctrine chrétienne », en mars-avril 1932 ; « Malice intrinsèque du péché et péchés heureux par leurs conséquences », juin 1934 ; etc.

[26] — Jacques Maritain, lettre du 18 décembre 1946 [O.C., t. IX, p. 1114].

[27] — Numéro spécial sur Humani generis, oeuvre bénédictine d’En-Calcat, p. 26-27.

[28] —  Respuesta a dos cartas de Maritain al R.P. Garrigou-Lagrange O.P. (con el texto de las mismas), Buenos Aires, Ediciones Nuestro Tiempo, 1948, p. 28.

[29]El Mito de Maritain, Madrid, 1951, p. 52-53.

[30] — Lettre du 12 décembre 1946 [O.C., t. IX, p. 1105].

[31] — L’ouvrage n’est pas omis dans les Œuvres complètes éditées par les Éditions universitaires de Fribourg et les éditions Saint-Paul, mais Maritain omit longtemps de le mentionner dans la liste de ses œuvres figurant dans ses ouvrages. (NDLR.)

[32]Archives de Philosophie, vol. XIV, cahier II.

[33] — Dans sa conférence Le personnalisme : mythe ou vérité (1er mars 1956), Jugnet développe : « De nombreux spécialistes de philosophie scolastique ont montré le contresens ahurissant sur lequel repose l’argumentation fondamentale de Maritain, fondée sur [le commentaire sur les Sentences de saint Thomas] In III Sent. d. 5, 3/2 : “la notion de partie s’oppose à celle de personne”, d’où Maritain conclut que la personne est un absolu autosuffisant qui ne saurait être considérée comme une partie de l’univers ou de la société. Mais le texte parle de tout autre chose : se demandant si l’âme humaine séparée du corps est une vraie personne, saint Thomas répond que non, car l’homme total, c’est l’âme unie au corps, et que la partie, fût-elle spirituelle, d’un tout ne saurait être qualifiée de personne à proprement parler ! Leopoldo Palacios, professeur à l’université de Madrid, dans son livre El Mito de la Nueva Cristiandad, contre Maritain, a donc raison de dire que ce pauvre texte a été arraché de son contexte “pour souffrir la plus extravagante des aventures”, à savoir : servir, grâce à un contresens de basse qualité, de base doctrinale au personnalisme ! »  (NDLR.)

[34] — Ce maître-livre de l’abbé Meinvielle (Buenos Aires, 1945) fut traduit en français par l’abbé Hervé Le Lay pour la revue Verbe (nº 61 à 71), puis édité en volume (Paris, La Cité Catholique, 1956). Il a été réédité en 2001 par DMM (53290 Bouère). (NDLR.)

[35] — Voir Jules Meinvielle, Correspondance avec le R.P. Garrigou-Lagrange à propos de Lamennais et Maritain, Buenos Aires, Nuestro Tiempo, 1947. (NDLR.)

[36] — Palacios, El Mito de la Nueva Cristiandad, loc. div.

[37] Sur Dom Odon Casel (1886-1948), voir Le Sel de la terre 45, p. 66-73. Liturgiste renommé, il a écrit de belles choses ; ses thèses sur les mystères furent, dès l’origine, objet de controverses. Elles ressemblent, par certains aspects, à la doctrine de saint Thomas, et l’on comprend qu’elles aient pu, à ce titre, intéresser Louis Jugnet. Mais elles s’écartent de saint Thomas sur d’autres points, et leur imprécision ouvrait une brèche à certaines réformes post-conciliaires (notamment la « messe » sans consécration : voir Le Sel de la terre 43 p. 9-10, et 45 p. 70-72.) (NDLR.)

[38]Quel accord peut-il y avoir entre le Christ et Bélial ? 2 Co 6, 15. (NDLR.)

[39]Ce sont des positions contradictoires, sans moyen terme possible. (NDLR.)

[40] — Voir Palacios, pages finales sur « Croisades et Catacombes, deux aspects de l’Église ». Lire Jules Meinvielle, Correspondance, texte de la page 80.

[41] — Jacques Maritain, Primauté du Spirituel, Paris, Plon, 1927, p. 126-127.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 47

p. 216-230

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