Les relations entre
les sacrements
par l’abbé Victor-Alain Berto
En annexe à l’étude de Dom Maréchaux, nous reproduisons ici les quelques lignes et l’illustration par lesquelles l’abbé Berto présentait, dans ses Éléments de doctrine chrétienne, les relations entre les différents sacrements [1].
Illustration originale d’une doctrine riche d’applications concrètes dans notre vie spirituelle.
Le Sel de la terre.
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LES SACREMENTS n’ont pas tous la même grandeur ni la même importance.
Il y a un sacrement suprême qui est l’eucharistie.
Il y a trois sacrements majeurs : le baptême, la confirmation et l’ordre.
Il y a deux sacrements mineurs : la pénitence et l’extrême-onction.
Il y a enfin un sacrement minime : le mariage.
L’eucharistie, sacrement suprême
L’eucharistie est à la fois sacrement suprême et sacrifice. Elle est sacrifice, parce qu’à l’autel Jésus s’offre lui-même et est offert par nous. Elle est sacrement parce que, cette victime que nous lui avons offerte, Dieu nous la rend, nous la donne à son tour pour que nous puissions nous en nourrir. Et Dieu, n’ayant rien de plus précieux que son Fils lui-même, ne peut pas nous faire une grâce plus grande que de nous le donner.
Il y a donc deux aspects dans l’eucharistie : comme offrande de Jésus par lui-même et par nous au Père céleste, l’eucharistie est sacrifice. Comme réception de Jésus qui nous est redonné par son Père, l’eucharistie est sacrement, et le plus grand des sacrements, puisque les sacrements sont d’autant plus grands qu’ils donnent une plus grande grâce et que la plus grande grâce est Jésus.
Les trois sacrements majeurs
Ce sont les sacrements qui ont avec l’eucharistie les rapports les plus étroits.
Le baptême donne le droit de communier et la capacité de recevoir fructueusement la grâce de la présence de Jésus.
La confirmation nous marque pour augmenter le nombre et la qualité des communions, et pour défendre au besoin et jusqu’à la mort, l’eucharistie.
L’ordre donne le pouvoir de « confectionner [2] » l’eucharistie et de la distribuer.
Ces trois sacrements sont en même temps ceux qui constituent la société chrétienne, c’est-à-dire l’Église.
Le baptême fait les enfants de Dieu qui prennent part au sacrifice de la messe et aux sacrements pour leur compte, sans être chargés des autres. La confirmation fait des adultes, des citoyens qui doivent au contraire rechercher le bien du prochain et faire avancer le règne de Dieu. Enfin l’ordre fournit les chefs de la société chrétienne, soit pour diriger la prière et le sacrifice des baptisés, soit pour diriger le travail apostolique des confirmés.
Les deux sacrements mineurs
L’eucharistie et les sacrements majeurs auraient pu suffire, si les chrétiens avaient dû demeurer tous et toujours en état de grâce. Mais Jésus était bien obligé de prévoir le cas où l’un ou l’autre tomberait dans le péché. C’est donc en prévision du péché qu’il a institué deux sacrements : la pénitence et l’extrême-onction.
La pénitence se rapporte à l’eucharistie précisément parce qu’elle a pour objet d’effacer l’offense du péché, de rétablir l’état de grâce et de rendre ainsi la capacité de communier au chrétien qui a eu le malheur de la perdre.
L’extrême-onction se rapporte à l’eucharistie comme nourriture pour la vie éternelle ; elle achève de nous adapter au paradis promis aux communiants en effaçant en nous, non pas directement le péché, mais les cicatrices du péché, les mauvais plis, les dispositions au mal, tous les enlaidissements de l’âme ; c’est l’onction du rajeunissement, pour arriver tout frais au ciel, avec une candeur retrouvée.
Le sacrement minime
« Minime » ici ne veut pas dire « très petit », mais seulement « le plus petit » par rapport aux autres. Tous les sacrements sont grands et admirables, et le moindre d’entre eux, le mariage, est encore un bienfait inestimable.
Le mariage est donc le moindre des sacrements, parce que c’est celui qui a, avec l’eucharistie, le rapport le plus lointain, et ce rapport lointain n’est qu’un rapport indirect. Le plus lointain, parce qu’il n’est pas rapporté à l’eucharistie par son objet même qui n’est pas de mieux adapter le chrétien à la communion (autrement tous les chrétiens devraient se marier) mais seulement par sa fin, qui est la perpétuité de la race des hommes.
Mais, comme les parents, même chrétiens, ne donnent pas naissance à des chrétiens, mais à des « pré-chrétiens » (les chrétiens comme tels n’ayant d’autre mère que l’Église « si horum quæratur mater, Ecclesia est, dit saint Augustin, si on demande qui est leur mère, c’est l’Église ») il faut dire que le mariage entre chrétiens a été élevé à la dignité de sacrement en vue du baptême des enfants. C’est donc indirectement, par son rapport au baptême, que le mariage sacrement est rapporté à l’eucharistie. Ainsi rapport lointain et rapport indirect.
On peut représenter ce qui précède sous la figure d’une sorte de système planétaire dont l’eucharistie est le soleil :
[1] — Abbé Victor-Alain Berto, docteur en théologie, Éléments de doctrine chrétienne. Mystères, sacrements, morale, Pontcalec, éditions N.-D. de Joie, s.d., p. 9-11.
[2] — Du mot latin « facere », faire, accomplir.
Informations
L'auteur
Prêtre d'origine et de langue bretonne, tertiaire dominicain, fondateur de la congrégation des Dominicaines de Pontcallec, éminent collaborateur des revues La Pensée catholique et Itinéraires, l'abbé Victor-Alain Berto fut également le théologien de Mgr Marcel Lefebvre lors des trois premières sessions du concile Vatican II.
La publication d'extraits de ses lettres du Concile, en 2002, ne passa pas inaperçue. Elle suscita des polémiques mais aussi l'occasion de mieux cerner les positions de ce prêtre très romain que le concile Vatican II fit mourir de douleur (voir la mise au point "Abbé Berto : suites des lettres" dans Le Sel de la terre 45).
Le numéro

p. 126-128
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