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Gnose et complot (suite)
Pour permettre à nos lecteurs de se former un jugement juste sur la question de la gnose et du complot, malgré la désinformation produite par La Paille et le sycomore et ses (rares) apologistes, nous continuons de publier quelques textes d’auteurs sûrs : Mgr Lefebvre, le père Garrigou-Lagrange et don Sarda y Salvany.
Le Sel de la terre.
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Mgr Lefebvre et la Contre-Église (suite)
Nous avons cité dans le dernier Sel de la terre Mgr Lefebvre parlant de la Contre-Église. Voici une autre intervention dans le même sens. Nous y ajoutons un troisième texte où il emploie l’expression « cité de Satan » pour désigner la même réalité, et où il parle à nouveau d’un complot ourdi depuis des siècles contre l’Église.
Rappelons que la principale demande que Mgr de Castro Mayer adressa à Rome pour la préparation du concile Vatican II fut précisément la dénonciation par le Concile d’une véritable conjuration anti-chrétienne (voir Le Sel de la terre 37, p. 8-10 et 26).
Le Sel de la terre.
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L’Église est occupée par cette Contre-Église que nous connaissons bien et que les papes connaissent parfaitement, et que les papes ont condamnée tout au long des siècles : depuis maintenant bientôt quatre siècles, l’Église ne cesse de condamner cette Contre-Église qui est née avec le protestantisme surtout, qui s’est développée avec le protestantisme, et qui est à l’origine de toutes les erreurs modernes, qui a détruit toute la philosophie, et qui nous a entraînés dans toutes les erreurs que nous connaissons [1], que les papes ont condamnées : libéralisme, socialisme, communisme, modernisme, sillonisme. Nous en mourons. Les papes ont tout fait pour condamner cela, et voilà que maintenant ceux qui sont sur les sièges de ceux qui ont condamné cela sont d’accord avec ce libéralisme et cet œcuménisme. Alors on ne peut accepter cela. Et plus les choses s’éclairent, et plus nous nous apercevons que ce programme, – qui a été élaboré dans les loges maçonniques – tout ce programme, toutes ces erreurs ont été élaborés dans les loges maçonniques […] [2].
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Et alors pourquoi cette situation d’Écône, qui espérons-le se résoudra bientôt pour le plus grand bien de l’Église ? Pourquoi cette situation ? C’est qu’en face de l’Église s’est dressée la cité de Satan et qu’aujourd’hui ils espèrent bien avoir la victoire, ils en sont tout proches. Tout est organisé, tout est prêt pour écraser l’Église, pour la faire disparaître, pour faire disparaître le nom de Notre-Seigneur, pour faire disparaître le sacrifice, pour faire disparaître le sacerdoce, disparaître la foi. Tout est prêt parce que depuis des siècles Satan prépare cela, il l’a préparé dans ses officines secrètes qui ont donné pour fondement leur législation opposée à la législation de l’Église, à la législation de l’amour, la Déclaration des Droits de l’homme en 1789 et en 1948 [3].
[Fin des extraits de Mgr Marcel Lefebvre]
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Le père Garrigou-Lagrange,
la Contre-Église et la gnose
P |
AUL SERNINE ignore si la gnose constitue un danger pour notre époque, il ignore de même s’il existe une Contre-Église, et il ne sait pas que la principale doctrine enseignée par la gnose est le naturalisme panthéiste.
Le père Garrigou-Lagrange O.P. [4], lui, n’ignorait ni le danger de la gnose, ni l’existence de la Contre-Église, ni leur rapport avec le naturalisme panthéiste.
Dans son ouvrage L’Éternelle vie et la profondeur de l’âme, après avoir exposé la peine principale du purgatoire, le grand théologien termine son chapitre par cette note (nous avons respecté les mises en italique de l’original) :
Nous sommes ici singulièrement loin du ciel tel que le conçoit le naturalisme, tel que le demande la grande Nature panthéiste, où se marient le ciel et l’enfer, « au delà du Bien et du Mal », et où, sans renoncer à rien, on trouverait la béatitude suprême. Ainsi parle l’ésotérisme de la Contre-Église, qui commence avec la Gnose et qui continue dans l’occultisme, en travaillant à l’universelle confusion. Goethe dans son Second Faust s’inspire de ce naturalisme, si éloigné de la foi chrétienne [5].
Remarquons avec un grain de sel que Paul Sernine prétend défendre le père Garrigou-Lagrange contre une critique que lui ferait Jean Vaquié (p. 160 de La Paille… ; la critique n’existe en réalité que dans l’imagination de Sernine). En réalité, le père Garrigou-Lagrange et Jean Vaquié sont bien d’accord… contre Sernine.
Voici un autre texte du père Garrigou-Lagrange qui complète le premier :
La conception des philosophes grecs, qui fait consister la perfection dans la sagesse, se retrouve aujourd'hui mêlée de beaucoup d'erreurs chez ceux qui mettent la culture intellectuelle au-dessus de tout, et aussi chez les théosophes, pour lesquels la perfection se trouve dans « une prise de conscience de notre identité avec Dieu », dans l'intuition de ce qu'il y a de divin en nous [6].
Loin de mettre la créature à son humble place au-dessous du Créateur, la théosophie suppose le panthéisme ; elle est la négation de l'ordre de la grâce et de tous les dogmes chrétiens, bien que souvent elle conserve les termes du christianisme en leur donnant un tout autre sens. Si l'on met le doigt dans cet engrenage, le bras et le corps entier peuvent y être pris. C'est une très perfide imitation et corruption de notre ascèse et de notre mystique. C'est une oeuvre d'imagination où Dieu et le monde sont confondus, et où l'on trouve, comme dans un magasin de bric-à-brac, toutes sortes de vieux objets qui attirent la curiosité et qui détournent l'âme de la vérité divine et de la vie éternelle. Cela fait penser à l'ensorcellement de la niaiserie qui obscurcit l'intelligence, comme il est dit au livre de la Sagesse (4, 12) : « fascinatio enim nugacitatis obscurat bona » [7].
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Don Sarda y Salvany et la Contre-Église
Ce texte de Don Sarda y Salvany [8] montre que l’illustre polémiste catholique, bien connu pour son livre Le Libéralisme est un péché [9], connaissait l’existence de la Contre-Église, et voyait son lien avec le libéralisme, la maçonnerie et les autres forces occultes qui cherchent à diriger le monde et luttent contre l’Église.
Nous prions nos lecteurs de bien vouloir excuser les sigles parfois bizarres qu’ils rencontreront à la lecture de ces lignes. Ils ne les empêcheront pas de comprendre.
Le Sel de la terre.
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I |
L Y A, en face de l’Église du Dieu vivant, qui est la société organisée par ce même Dieu pour ceux qui veulent s’employer à son service, et par ce moyen le glorifier dans ce monde et le posséder dans le ciel, il y a, disons-nous, une autre église, que nous appellerons l’église de Satan, organisée et présidée par Satan, pour unir les efforts de tous ceux qui veulent combattre contre Dieu, afin de diminuer la gloire qui lui est due et d’empêcher l’homme d’arriver à sa fin suprême. La ligue ou assemblée des fils de Satan, armés contre les enfants de Dieu, a atteint en ces derniers temps une perfection dans ses moyens, une audace dans ses projets, une puissance d’action telles que l’on est en quelque sorte forcé à croire qu’elle est l’antéchrist annoncé pour la fin des temps ; antéchrist dont la tâche consiste à faire disparaître de la face du monde, « tout ce qui porte le nom de Dieu », et dont le déplorable résultat sera de séduire et de pervertir presque tous les hommes, de sorte que le temps semble proche où les élus eux-mêmes seraient induits en erreur, s’ils pouvaient l’être ; ce qui est l’abomination de la désolation prédite par nos saints Livres. Celui qui songe, en effet, à quelle extrémité en est venu le monde actuel, à quels plans est subordonnée toute sa politique, à quelles lois obéissent les nations, dans quelle oppression se trouvent tous les intérêts chrétiens, et, surtout, celui qui examine sérieusement par quels chemins on est venu d’une civilisation pleinement et essentiellement catholique à la civilisation actuelle, qui est pleinement et essentiellement anticatholique ; celui qui, en se plaçant au point de vue philosophique, sait voir le progrès graduel et calculé par lequel s’est accompli dans le monde ce mystère d’iniquité ; l’unité de plan grâce à laquelle il a abouti, le programme exact et identique des fins et des procédés qui ont été employés partout dans ce but, celui-là ne tardera pas à deviner que cette guerre impie n’a qu’un moteur universel, unique ; que ce qui parut, il y a un siècle, aux intelligences vulgaires comme une succession de phénomènes isolés, n’est rien moins que cela, mais au contraire, constitue l’ensemble de corps distincts d’une même armée qui manœuvrent avec précision et régularité, obéissant à une tactique infernale, mais manifestement habile et d’une sagesse sinistre. Tel est le sens, dans nos temps modernes, du mot révolution. Il signifie, non pas la révolte de tels ou tels individus contre la loi de Dieu et contre son Église, révolte qui a toujours existé, mais le code de doctrines réduites en système, et prêchées au monde, en opposition directe avec les doctrines divines, et le complot d’efforts organisés et donnés en spectacle au monde contre l’influence de l’Église de Dieu. Eh bien ! le ressort secret de cette immense machine révolutionnaire c’est le Maçonnisme, et le Maçonnisme, au fond, n’est autre chose qu’une dérivation du M, ou plutôt, nous croyons qu’il est le M lui-même en action.
Cette idée émise récemment par des écrivains consciencieux a en sa faveur de puissantes raisons d’analogie qu’il n’est pas permis en bonne philosophie de mépriser. L’histoire officielle du Maçonnisme fait remonter son origine à H…, constructeur du temple de J…, c’est-à-dire qu’elle lui donne pour base une légende M. Le développement de la Maçonnerie en Europe est attribué communément à la perversion de quelques Templiers, non de tous, à qui il fut nuisible de demeurer en Asie, et de se trouver en contact avec les M dont les superstitions se répan-dirent malheureusement en Europe, où elles exercent leur funeste contagion. Ce que nous pouvons appeler les dogmes maçonniques de la solidarité universelle et du culte du grand architecte remonte au M t… et r… sans aucun doute. La loge et la M partagent la même haine contre les autels et les trônes chrétiens ; nous disons chrétiens, car, pour les trônes rationalistes qui sont les plus nombreux aujourd’hui, on sait que la Maçonnerie les érige, les sert, les soutient jusqu’à ce qu’il entre dans ses plans de les détruire ou de les remplacer. Le Maçonnisme est puissant, aujourd’hui dans le monde parce qu’il dispose à son gré de l’opinion et des deniers publics ; des deniers, en ayant à sa disposition les caisses des sommités de la Bourse et des Finances, de l’opinion publique, en monopolisant en grande partie le journalisme libéral qui forme à son gré cette opinion. Les grandes sources de la fortune sont aujourd’hui entre les mains des banquiers, principalement des M, et les souverains régulateurs de l’opinion publique sont les journaux révolutionnaires dont les principaux sont la propriété de sociétés M.
Ainsi, si le Maçonnisme et le M n’avaient pas été la même chose dans leur être et leur substance, ils le seraient devenus dans leurs effets ; au point qu’aujourd’hui, on peut donner comme mathématiquement certaine la formule suivante : le Maçonnisme gouverne actuellement le monde au nom [10] du M, et le M est présentement le maître du monde au moyen du Maçonnisme. Nous entendons ici les mots gouverner et dominer dans le sens purement humain et restrictif ; car Dieu n’a point abdiqué sa souveraineté et n’a point cessé d’être un monarque vivant et agissant ; et par là même l’Église n’a point cessé d’être combattue avec une rage furieuse. Jamais, en effet, on n’a vu, comme aujourd’hui, ce que peuvent l’enfer et ses suppôts ; mais aussi jamais on n’a mieux constaté leur radicale impuissance devant la Croix du Rédempteur. Étant données leur cruauté satanique et leur puissance colossale, c’est un prodige dû uniquement à l’assistance visible de Dieu qu’il y ait actuellement un seul temple debout dans le monde, qu’il y ait un prêtre qui prêche dans ce temple, et qu’une âme puisse publiquement y servir et adorer Dieu. Aussi bien, nous répétons que jamais on n’a vu comme aujourd’hui combien est puissant l’enfer servi avec une ardeur si incroyable par des éléments si nombreux ; mais, en retour, on n’a jamais vu si clairement combien est puissamment assistée et protégée l’Église de Dieu, qui ne cesse de se développer et de vaincre.
On pourrait presque dire que nous vivons en plein M, ainsi que l’a dit d’une façon heureuse un illustre écrivain catholique à qui nous ne faisons qu’un seul reproche, celui de dire ces choses et d’autres également bonnes dans un journal li-béral. La société actuelle vit, ou peu s’en faut, en plein M, comme elle vit en plein maçonnisme ou libéralisme, ce qui est identiquement la même chose. C’est le courant M qui pousse çà et là cette banque agitée de l’opinion publique, qui, dans son orgueil, ne s’est jamais crue plus éclairée et plus libre, et qui, par un spécial et humiliant châtiment de Dieu, n’a jamais été plus esclave des centres ténébreux qui lui dictent chaque jour et sur chaque question ce qu’elle doit penser et ce qu’elle doit entreprendre ; race ilote de libre-penseurs, qui se croient tels, alors qu’ils reçoivent honteusement des loges et des clubs leur libre-pensée arrêtée et décidée d’avance. C’est l’argent M qui circule dans les veines et les artères de cette société matérialiste ; c’est lui qui lève des armées, qui achète et vend les places, qui corrompt les magistrats, qui subventionne les consciences des journalistes, qui facilite la diffusion des mauvais livres, qui empêche les bons livres de se propager et d’être connus, qui laisse dans l’oubli ou fait disparaître ceux qui sont imprimés en faveur de la religion, qui fait baisser ou hausser les fonds de bourse, au moyen d’une nouvelle à surprise, qui provoque au milieu des foules, au milieu de l’Hosanna du jour des Rameaux, le tolle du Vendredi-saint, qui retentit aux jours antiques d’Hérode et de Caïphe.
Que l’on nous dise maintenant s’il y avait, oui ou non, un motif légitime de consacrer à la question présente ces courts paragraphes, en présence de la fameuse M qui, malheureusement, domine aujourd’hui dans le gouvernement de notre malheureuse nation !
[Fin des extraits de Don Sarda y Salvany]
[1] — « Qui est à l’origine de toutes les erreurs modernes, qui a détruit toute la philosophie, et qui nous a entraînés dans toutes les erreurs que nous connaissons », vous avez bien lu : Paul Sernine ne devrait-il pas ranger Mgr Lefebvre parmi les « apologistes » de la « thèse d’Étienne Couvert », et son éditeur le classer parmi les « gnostiques anti-gnostiques » ? (NDLR.)
[2] — Mgr Lefebvre, 21 juin 1978, à Écône.
[3] — Mgr Lefebvre, homélie des ordinations du 29 juin 1979 à Écône, Fideliter 10, juillet 1979, p. 11.
[4] — 1877-1964. Nous sommes heureux d’avoir ici l’occasion d’offrir un hommage à l’éminent théologien pour le quarantième anniversaire de son rappel à Dieu.
[5] — Père Réginald Garrigou-Lagrange O.P., L’Éternelle vie et la profondeur de l’âme, Paris, Desclée de Brouwer & Cie, 1950, p. 236 en note.
[6] — Voir l'ouvrage du P. Mainage, O.P., Les Principes de la théosophie, édition du Cerf, 1912. (Note du père Garrigou-Lagrange).
[7] — Père Réginald Garrigou-Lagrange O.P., Les trois Âges de la vie intérieure, t. 1, Paris, Cerf, 1938, p. 199.
[8] — Extrait de : Don Sarda y Salvany, Le Mal social. Ses causes – ses remèdes, Paris, Lethielleux, 1891, p. 1-5 et 47-54.
[9] — Récemment réédité par Le Sel de la terre. Disponible à nos bureaux pour 14 E + 3,5 E de port.
[10] — Le texte porte « moyen » à la place de « nom ». Mais il s’agit visiblement d’une coquille. (NDLR.)

