Laïcité ou règne du Christ-Roi ?
La laïcité est inscrite dans nos traditions. Elle est au cœur de notre identité républicaine. Il ne s’agit aujourd’hui ni de la refonder, ni d’en modifier les frontières. [Jacques Chirac, 17 décembre 2003].
Quant à ces gens qui sont mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence. [Lc 19, 27].
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il est un passage de l’Évangile qui semble rappeler les rigueurs de l’ancien Testament, c’est bien cette sentence sévère de « l’homme de grande naissance » (Notre-Seigneur Jésus-Christ) envers « ses ennemis qui n’ont pas voulu qu’il règne sur eux » (inimicos meos illos qui noluerunt me regnare super se).
Ces ennemis de Notre-Seigneur semblent aujourd’hui triompher. Ils vont fêter à grand bruit le centième anniversaire de ce qu’ils considèrent comme une insigne victoire : la fameuse loi de 1905 qui réalisa officiellement la séparation de l’Église et de l’État en France [1]. S’ils avaient la foi, et s’ils méditaient la petite phrase de l’Évangile que nous avons rappelée en exergue, ils se réjouiraient peut-être moins.
Deux livres sont récemment parus pour préparer les esprits à cet anniversaire. Présentons-les brièvement.
« Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous ! »
Le Guide républicain
Le premier ouvrage est un « Guide républicain » réalisé par François Fillon, ministre de l’« Éducation » nationale. Ce livre de 433 pages a été diffusé gratuitement à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires auprès du « système éducatif » [2]. Même les écoles de la Tradition catholique en ont reçu de nombreux exemplaires.
Il est introduit par le « discours relatif au respect du principe de laïcité dans la République du président Jacques Chirac » (17 décembre 2003) et une préface de François Fillon.
La fiche de présentation du livre est ainsi conçue :
Pour aider les enseignants à faire face à la montée du communautarisme et à l’antisémitisme, cet outil propose un abécédaire rédigé par des spécialistes pour aborder les concepts clés de la République [3]. Une chronologie et des textes juridiques, une anthologie de textes avec des documents patrimoniaux (Jules Ferry, Condorcet, Rousseau, Jaurès etc.), des textes à débattre et des récits, des poèmes ou des chansons et une filmographie d’œuvres recommandées sont autant d’éléments pour appuyer les débats et les discussions, pour susciter la réflexion personnelle des élèves. Antiracisme / civisme / laïcité / France / république / Éducation à la citoyenneté / Éducation civique [4] […].
1905, La séparation des Églises et de l’État
Le second ouvrage est intitulé 1905, La Séparation des Églises et de l’État. Les textes fondateurs [5]. Il est présenté par Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur.
Voici ce qu’en dit la quatrième page de couverture :
Voilà un siècle, l’une des plus grandes batailles idéologiques et politiques de notre histoire se concluait par un vote exemplaire : la loi de séparation des Églises et de l’État mettait un terme à la guerre séculaire entre deux France ; elle ouvrait la voie à la laïcité qui, comme toute grande idée française, tend à l’universel et marque d éjà de son empreinte la construction européenne. C’est l’établissement et le caractère de cette coexistence pacifique entre l’État et les religions, dans le respect de la liberté de conscience de tous les citoyens, que ce livre retrace.
Introduits par l’historien Jean-Michel Gaillard, biographe de Jules Ferry, choisis et présentés par Yves Bruley, les textes sont puisés à quatre sources : débats parlementaires ; circulaires aux préfets ; archives inédites ; articles de presse de l’époque et mémoires de grands acteurs dont Aristide Briand, rapporteur de la loi, Jean Jaurès, Émile Combes, Joseph Caillaux, Georges Clemenceau, Anatole France, Maurice Barrès...
En ce moment où il ne suffit plus d’affirmer la lumineuse nécessité de cette loi mais d’en défendre aussi le principe, il est naturel et légitime que Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, mais aussi connaisseur de la période, ait tenu à initier ce recueil. Il donne ainsi à cette célébration pédagogique et républicaine son sens contemporain.
Les arguments de la République
On voit que la République tient à son « principe de laïcité ». Si l’on cherche cependant les motifs sur lesquels elle s’appuie pour le défendre, on se rend rapidement compte qu’ils sont très maigres. Essentiellement, ils peuvent se ramener à trois : la liberté, l’égalité, la fraternité.
La grande loi républicaine du 9 décembre 1905 qui sépare les Églises et l’État est le socle du « vivre ensemble » en France. C’est par elle que la laïcité s’est enracinée dans nos institutions.
Les trois valeurs indissociables qu’elle définit en font la pierre angulaire de notre pacte républicain. La liberté de conscience, d’abord, qui permet à chaque citoyen de choisir sa vie spirituelle ou religieuse ; l’égalité en droit des options spirituelles et religieuses, ensuite, qui interdit toute discrimination ou contrainte ; enfin la neutralité du pouvoir politique qui reconnaît ses limites en s’abstenant de toute ingérence dans le domaine spirituel ou religieux [6].
