Confidences de sœur Lucie
au père Fuentes (1957)
Le 26 décembre 1957, le père Fuentes, prêtre mexicain, vice-postulateur des causes de béatification des voyants eut une conversation avec sœur Lucie. De retour au Mexique le 22 mai suivant, il fit part de cette entrevue au cours d’une conférence aux missionnaires du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Guadeloupe. Le texte en fut ensuite publié en sa version originale espagnole et en traduction anglaise, avec toutes les autorisations hiérarchiques, notamment celle de Mgr l’évêque de Fatima.
Malheureusement, ce texte fut gravement déformé par certaines revues de vulgarisation qui y ajoutèrent des prédictions grotesques sur des cataclysmes de fin du monde, et il arriva en cet état à la curie épiscopale de Coïmbre. Celle-ci intervint par une note officielle avec une sévère condamnation :
« Pour tranquilliser tous ceux qui en lisant la documentation de A Voz se sont alarmés, sont restés effrayés par les cataclysmes (qui d'après cet article) s’abattront sur le monde en 1960 et surtout pour mettre fin à une si tendancieuse campagne de “prophétie” dont les auteurs, peut-être sans se rendre compte, font tomber le ridicule sur eux-mêmes et sur les déclarations de sœur Lucie, la curie diocésaine de Coïmbre rend publiques les paroles de Lucie comme réponse à des questions qui lui furent posées. [Réponse de sœur Lucie : ] “Le père Fuentes a parlé avec moi parce qu'il est le postulateur de la cause de béatification des serviteurs de Dieu, Jacinthe et François Marto. Nous avons parlé uniquement de choses en relation avec ce sujet, pour le reste auquel il se réfère ce n'est ni exact, ni vrai, ce que je regrette, car je ne comprends pas quel bien on peut faire aux âmes avec des choses qui ne se basent pas sur Dieu qui est la vérité. Je ne sais rien et ne pourrais donc rien dire sur ces châtiments que faussement on veut m'attribuer”. »
Dans son ouvrage La Vérité sur le secret de Fatima, le père Joaquim Maria Alonso fait, sur cet épisode, trois réflexions importantes :
« — 1° Ce que dit le père Fuentes dans le texte authentique de sa conférence à la communauté religieuse mexicaine en décembre 1957 répond certainement pour l’essentiel à ce qu'il a entendu de Lucie pendant sa visite. Car, quoique mêlés de considérations oratoires de la part du prédicateur, quoique arrangés littérairement, ces textes ne disent rien que sœur Lucie n'ait dit dans ses nombreux écrits livrés au public. Peut-être l'erreur consiste-t-elle à avoir présenté ces textes comme sortant littéralement des lèvres de Lucie, comme un « message d'elle » exprès et formel adressé au monde. Sœur Lucie n'avait certainement pas cette intention.
« — 2° Le texte authentique, le seul attribuable au père Fuentes, en justice, selon moi, ne contient rien qui donne occasion à la note condamnatoire de Coïmbre. Bien au contraire, il renferme une doctrine bien apte à édifier pieusement le peuple chrétien.
« — 3° La curie diocésaine de Coïmbre – et à travers elle, sœur Lucie – n'a pas distingué entre le texte originel, le seul attribuable au père Fuentes, et cette énorme documentation dont il est ici question. On a ainsi commis une erreur de jugement en confondant tout dans une seule et globale condamnation [1]. »
Le père Alonso, qui a eu accès au texte espagnol original de la conférence du père Fuentès, en donne dans son livre les extraits essentiels. Nous les reproduisons ci-dessous [2].
Le Sel de la terre.
[…] Je veux vous raconter seulement la dernière conversation que j'ai eue avec elle le 26 décembre de l'an passé.
Je l'ai rencontrée dans son monastère, très triste, pâle, émaciée. Elle me dit :
Père, la très sainte Vierge est bien triste, car personne ne fait cas de son message, ni les bons, ni les mauvais. Les bons continuent leur chemin mais sans faire cas du message. Les mauvais, ne voyant pas tomber sur eux le châtiment de Dieu, continuent leur vie de péché sans se soucier du message. Croyez-moi, Père, Dieu va châtier le monde et ce sera d'une manière terrible. Le châtiment céleste est imminent. Que manque-t-il, Père, pour 1960 et qu'arrivera-t-il alors ? Ce sera bien triste pour tous, et pas du tout joyeux si auparavant le monde ne prie pas et ne fait pénitence. Je ne peux donner d'autres détails puisque c'est encore un secret. Seuls le Saint-Père et Mgr l'évêque de Fatima pourraient le savoir de par la volonté de la très sainte Vierge, mais ils n'ont pas voulu.
C'est la troisième partie du message de Notre-Dame qui restera secret jusqu'à cette date de 1960. Dites-leur, Père, que la très sainte Vierge, plusieurs fois, aussi bien à mes cousins François et Jacinthe qu'à moi-même nous a dit que beaucoup de nations disparaîtront de la surface de la terre, que la Russie sera l'instrument du châtiment du ciel pour le monde entier si nous n'obtenons pas la conversion de cette pauvre nation (…).
Sœur Lucie me disait aussi :
Père, le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et comme il sait ce qui offense le plus Dieu et qui en peu de temps lui fera gagner le plus grand nombre d'âmes, il fait tout pour gagner les âmes consacrées à Dieu, car de cette manière il laisse le champ des âmes sans défense et ainsi s'en emparera plus facilement.
Dites-leur aussi que mes cousins François et Jacinthe se sont sacrifiés parce qu'ils ont toujours vu la très sainte Vierge très triste en toutes ses apparitions. Elle n’a jamais souri avec nous et cette tristesse, cette angoisse que nous remarquions chez elle, à cause des offenses faites à Dieu et des châtiments qui menacent les pécheurs, pénétrait notre âme et nous ne savions qu'inventer en notre petite imagination enfantine comme moyens pour prier et faire des sacrifices.
L'autre chose qui sanctifia les enfants vint de la vision de l’enfer (…).
Voilà pourquoi, Père, ma mission n'est pas d’indiquer au monde les châtiments matériels qui arriveront certainement si le monde ne prie pas et ne fait pénitence. Non. Ma mission est d’indiquer à tous l’imminent danger où nous sommes de perdre notre âme à jamais si nous restons obstinés dans le péché.
Père – me disait-elle encore – :
n’attendons pas que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier ; n'attendons pas non plus qu’il vienne de nos évêques dans leur diocèse, ni non plus des congrégations religieuses. Non. Notre-Seigneur a déjà utilisé bien souvent ces moyens et le monde n’en a pas fait cas. Maintenant il faut que chacun de nous commence lui-même sa propre réforme ; il doit sauver non seulement son âme, mais aussi toutes les âmes que Dieu a placées sur son chemin (…).
Père, la très sainte Vierge ne m'a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais elle me l'a fait voir par trois motifs : d’abord, parce qu'elle m'a dit que le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge et une bataille décisive est une bataille finale où l'on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou au démon ; il n'y a pas de moyen terme. Ensuite, parce qu'elle a dit à mes cousins, aussi bien qu'à moi, que Dieu donnait les deux derniers recours au monde : le saint rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie ; et étant les deux derniers recours, cela signifie que ce sont les derniers, qu'il n'y en aura pas d'autres. Et enfin, parce que dans les plans de la divine Providence, lorsque Dieu va châtier le monde, il épuise toujours auparavant tous les autres recours. Or, comme il voit que le monde n'en aucun cas, alors comme nous dirions dans notre façon imparfaite de parler, il nous offre avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa très sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n'aurons plus le pardon du ciel, parce que nous aurons commis un péché que l'Évangile appelle le péché contre l'Esprit-Saint, qui consiste à repousser ouvertement, en toute connaissance et volonté, le salut qu'on nous offre. Souvenons-nous que Jésus-Christ est un bon Fils et qu'il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa très sainte Mère. Nous avons comme témoignage patent l'histoire de plusieurs siècles de l'Église, qui par des exemples terribles nous montre comment Notre-Seigneur Jésus-Christ a toujours pris la défense de l'honneur de sa Mère.
Deux moyens pour sauver le monde, me disait sœur Lucie : la prière et le sacrifice (…).
Ensuite le saint rosaire. Regardez Père, la très sainte Vierge en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du rosaire. De telle façon qu'il n'y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se référant à la vie personnelle de chacun de nous ou à la vie familiale, familles du monde ou communautés religieuses ou bien à la vie des peuples et des nations, il n'y a pas de problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint rosaire. Avec le saint rosaire nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, consolerons Notre-Seigneur et obtiendrons le salut de beaucoup d'âmes.
Enfin la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, notre très sainte Mère, en la considérant comme siège de la clémence, de la bonté et du pardon, et comme porte sûre pour entrer au ciel. C'est la première partie du message de Notre-Dame de Fatima ; la seconde partie qui, quoique plus brève, n'est pas moins importante, se réfère au Saint-Père.
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[1] — Père Joaquim Maria Alonso, La Vérité sur le secret de Fatima, Paris, Téqui, 1949, p. 90-96.
[2] — Père Joaquim Maria Alonso, ibid. Nous avons parfois corrigé la traduction, en nous servant de la version espagnole.

