Annexe
Consécration de la Russie :
Chronique d’une résistance à la grâce
Nous présentons ici les événements-clés de la longue histoire d’un grand et terrible paradoxe : alors que le Ciel offre à la hiérarchie catholique un moyen facile de vaincre les ennemis de Dieu coalisés pour anéantir le christianisme sur terre, les hommes d’Église ne cessent de résister à ce plan de salut depuis presque un siècle, se précipitant eux-mêmes et précipitant le monde entier dans le malheur.
Le Sel de la terre.
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13 juillet 1917. — La Vierge Marie annonce aux trois enfants de Fatima qu’elle viendra demander la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé et la communion réparatrice pour obtenir la conversion de la Russie, la paix du monde et le salut éternel de beaucoup d’âmes, mais que pour le moment il ne faut le dire à personne.
Sous le pontificat de Pie XI
13 Juin 1929. — Douze ans après ses premières apparitions à Fatima, et comme elle l’avait promis le 13 juillet 1917, Notre-Dame apparaît de nouveau à soeur Lucie à Tuy en Espagne, pour lui dire que le moment est venu de faire l’acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie à son Cœur Immaculé.
Entre septembre 1930 et août 1931. — Pie XI a connaissance des demandes du Ciel. Il s’est cependant engagé depuis 1922 dans une politique d’ouverture à l’Est, et ne répond que par le silence aux demandes du Ciel. Il cesse même de faire allusion à Fatima à partir de ce moment.
Mais à Rianjo, en août 1931, Notre Seigneur dit à sœur Lucie dans une communication intime :
Fais savoir à mes ministres, étant donné qu'ils suivent l'exemple du roi de France en retardant l'exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur. Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie [1].
13 mai 1931. — Les évêques du Portugal consacrent leur pays au Cœur Immaculé de Marie [2]. Dès lors, le pays va connaître (jusqu’à la fin du gouvernement de Salazar en 1968) un renouveau religieux et politique miraculeux. Le Portugal devient ainsi « la vitrine de Notre-Dame », et le monde entier est témoin des grâces que le Ciel est prêt à accorder aux nations qui se consacreront au Cœur Immaculé de Marie.
1932. — Le châtiment des hommes d’Église se met en place : cette année-là, le père de Lubac, futur inspirateur de Vatican II, élabore sa nouvelle théologie ; le père Congar commence à suivre des cours dans une faculté de théologie protestante ; le père Chenu est nommé recteur des études au Saulchoir ; Karl Rahner suit les cours d’Heidegger à Fribourg. L’année suivante, Maritain expose ses nouvelles idées politiques.
C’est aussi à ce moment que Moscou donne des directives à tous les partis communistes pour qu’ils envoient des sujets dans les séminaires pour infiltrer l’Église et la miner de l’intérieur.
1er août 1935. — Notre-Seigneur demande à une mystique portugaise, Alexandrina Maria da Costa, d’écrire au Saint-Père pour lui demander de consacrer le monde au Cœur Immaculé de Marie. Le Ciel tente par là d’obtenir un acte moins grandiose que la consécration de la Russie, mais qui pourrait la préparer.
19 mars 1937. Éclairé par ses échecs dans le « triangle rouge de la terreur et du sang [3] », Pie XI écrit sa magnifique encyclique Divini Redemptoris où il déclare le communisme « intrinsèquement pervers ».
Fin mars 1937. — Pensant le moment favorable, Mgr Correia da Silva, évêque de Leiria-Fatima, écrit directement au pape pour lui demander de consacrer la Russie. Un silence semblable à celui de 1930-1931 est la seule réponse.
25-26 janvier 1938. — Réalisation de la prophétie faite par Notre-Dame le 13 juillet 1917 : une sorte d’aurore boréale couleur rouge-sang est aperçue cette nuit-là dans toute l’Europe, l’Afrique du Nord et l’Amérique du Nord, où elle cause stupéfaction et inquiétude. C’est le signe que la guerre qui va punir le monde est proche.
Juin 1938. — La retraite annuelle des évêques portugais à Fatima est prêchée par le père Pinho, confesseur d’Alexandrina Maria da Costa. Il suggère aux évêques d’écrire une lettre collective à Pie XI pour demander la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie. Le pape ne répond pas . Il meurt le 10 février 1939.
Sous le pontificat de Pie XII
Avril 1940. — Le père Gonçalves, confesseur de sœur Lucie, transmet à Pie XII la demande de consécration de la Russie. Mais rien ne vient de Rome.
2 décembre 1940. — Sœur Lucie écrit au pape que la guerre sera abrégée s’il consacre le monde au Cœur Immaculé de Marie avec mention spéciale de la Russie. C’est un moyen de rattrapage qui n’obtiendra pas la conversion de la Russie mais abrégera l’épreuve de la guerre. C’est la première fois que Lucie met sur le papier les deux demandes de la communion réparatrice et de la consécration de la Russie. Elle ajoute que la protection promise par Notre-Seigneur au Portugal pendant la guerre est la preuve des grâces qu’il accorderait à d’autres nations si elles étaient consacrées au Cœur Immaculé de Marie.
Juillet 1941. — Alors qu’il avait conclu un pacte avec Hitler en 1939, précipitant le déclenchement de la guerre, Staline passe maintenant dans le camp des alliés. Cela va donner à la Russie une influence considérable dans le monde.
Août 1941. — Sœur Lucie reçoit l’inspiration divine de faire connaître publiquement les deux premières parties du grand secret du 13 juillet 1917 afin d’avertir le monde du danger qui le menace [4].
Septembre 1941. — Sur pression de Roosevelt qui voulait s’engager dans la guerre aux côtés de l’Angleterre et aussi de Staline, Pie XII accepte que la hiérarchie catholique se taise sur la perversité intrinsèque du communisme. Mais il n’en refuse pas moins énergiquement toute ombre de collaboration avec Moscou.
Au cours de l’année 1942, selon Mgr Roche, Mgr Montini passe un accord secret avec Staline sans en informer Pie XII.
6 septembre 1942. — Dans une lettre au père Gonçalves, sœur Lucie écrit que, lors de leur retraite à Fatima, les évêques portugais ont envoyé à Rome une supplique pour que le monde soit consacré au Cœur Immaculé de Marie.
31 octobre et 8 décembre 1942. — Pie XII consacre le monde au Cœur Immaculé de Marie. La Russie n’est pas mentionnée explicitement, mais d’une manière voilée. — La guerre connaît dès lors un tournant décisif : le 3 novembre, Rommel est battu à El Alamein ; le 8, les Américains débarquent en Afrique du Nord. Le 2 février suivant, la VIe armée allemande du maréchal von Paulus capitule devant Stalingrad.
4 mai 1944. — Pour rappeler le souvenir de la consécration de 1942, Pie XII fixe la fête du Cœur Immaculé de Marie au 22 août, au rang de fête de deuxième classe. — Cette même année 1944, un jésuite belge, le père Édouard Dhanis, publie une thèse qui met en doute l’authenticité du secret du 13 juillet 1917. L’année suivante, il prétendra qu’il est moralement impossible de consacrer la Russie en raison des réactions que cela susciterait.
4-11 février 1945. — A la conférence de Yalta, Roosevelt livre à Staline toute l’Europe centrale et orientale. Puis il lui abandonnera d’immenses régions d’Extrême-Orient, préparant l’invasion de l’Asie par le communisme.
15 juillet 1946. — Dans un entretien avec William Thomas Walsh, sœur Lucie redit clairement que la Russie doit être consacrée au Cœur Immaculé de Marie par le pape et tous les évêques, sinon elle répandra ses erreurs dans le monde entier.
13 mai 1947. — Une statue de Notre-Dame de Fatima est portée triomphalement depuis la Cova da Iria jusqu’au congrès marial de Maastricht aux Pays-Bas. C’est le début de la « route mondiale » au cours de laquelle la Vierge pèlerine parcourra les cinq continents, y produisant de nombreuses conversions et attirant les non catholiques. Pendant cinq ans, le monde entier va être témoin de la puissance du Cœur Immaculé de Marie.
Octobre 1947. — A la suite d’un long entretien avec sœur Lucie, l’abbé Colgan et John Haffert fondent l’Armée Bleue. Le but est de faire vivre le message de Fatima aux fidèles au jour le jour, et de travailler pour obtenir la consécration de la Russie. L’Armée Bleue se répandra rapidement dans 110 pays.
8-14 décembre 1947. — La très sainte Vierge empêche un coup d’état soviéto-communiste en France en apparaissant à quatre petites filles à L’Île-Bouchard.
1949. — Le père Dhanis est nommé professeur à l’Université Grégorienne à Rome. Son influence ne va cesser de grandir bien que sa thèse ait été magistralement réfutée par le père da Fonseca.
1950. — Le châtiment de Dieu sur les hommes d’Église se poursuit : les années 1950-1953 voient une montée alarmante du progressisme dans l’Église, avec des soutiens puissants. — Le 6 juin, Mgr Roncalli, futur Jean XXIII, alors nonce apostolique à Paris, écrit à Mme Marc Sangnier, une lettre qui réhabilite le fondateur du Sillon [5]. Cette lettre circule dans les milieux politiques français. — Le 8 septembre, dans un entretien avec le philosophe Jean Guitton, Mgr Montini, futur Paul VI, relativise beaucoup les condamnations de l’encyclique Humani generis, pour rassurer les théologiens français visés par l’encyclique [6]. — Sur le front politique, c’est le début de la décolonisation, livrant au communisme d’immenses territoires où l’Église perd son influence missionnaire et civilisatrice.
30 octobre-8 novembre 1950. — Dans les jours encadrant la définition solennelle du dogme de l’assomption, Pie XII voit se renouveler pour lui seul, dans les jardins du Vatican, le miracle du soleil du 13 octobre 1917.
Mai 1952. — Notre-Dame apparaît de nouveau à sœur Lucie pour dire qu’elle attend toujours la consécration de la Russie.
7 juillet 1952. — Sans doute à la suite de ce message, et parallèlement à la démarche de catholiques russes désireux de voir accomplies les demandes de la sainte Vierge, Pie XII écrit la lettre apostolique Sacro vergente anno, dans laquelle il « consacre et voue d’une manière très spéciale tous les peuples de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. » La Russie est nommée dans le texte, mais il n’y a eu aucune cérémonie publique et solennelle et les évêques du monde entier n’ont pas été appelés à s’y unir. « Je suis peinée que [la consécration de la Russie] n’ait pas été faite comme Notre-Dame l’avait demandé », écrit sœur Lucie au cours de l’été. A partir de ce moment, Pie XII parle de moins en moins de Fatima et ordonne que les visites à sœur Lucie soient restreintes.
29 août au 1er septembre 1953. — A Syracuse en Sicile, une statue de plâtre du Cœur Immaculé de Marie se met à pleurer et à opérer de nombreux miracles qui bouleversent le monde entier. Pie XII, apparemment, ne fait pas le lien avec Fatima.
Automne 1954. — Pie XII découvre avec stupéfaction et douleur la trahison de Mgr Montini, substitut à la secrétairerie d’État, qui continuait ses relations secrètes avec le Kremlin. Il l’éloigne de Rome en le nommant archevêque de Milan, mais sans le créer cardinal.
9 Octobre 1958. — Mort de Pie XII. Des papes à l’esprit libéral et moderniste accèdent au siège de Pierre. Plus que jamais allait se réaliser l’avertissement de Notre-Seigneur :
Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur. [Notre-Seigneur à sœur Lucie, août 1931.]
Sous le pontificat de Jean XXIII
L’Église entre dans une crise qui n’a connu aucun précédent dans toute l’histoire [7] ; c’est le châtiment de sa hiérarchie. Imbus des idées modernes, les nouveaux papes ne peuvent qu’être très mal à l’aise avec le message authentiquement catholique de la Vierge Marie à Fatima.
Août 1959. — Jean XXIII prend la décision de ne pas publier la troisième partie du secret de Fatima, alors que la Vierge Marie voulait cette publication en 1960. Mais rien n’est annoncé encore.
Septembre 1959. — Lorsque la Vierge pèlerine arrive triomphalement à Rome, Jean XXIII manifeste une indifférence glaciale. Cette même année, il prend des mesures pour qu’il ne soit plus possible de voir sœur Lucie sans une licence de Rome. — Il ne sera jamais question de la consécration de la Russie pendant ce pontificat.
8 février 1960. — Le Vatican fait savoir que la troisième partie du secret ne sera probablement jamais révélée. L’immense élan de dévotion pour Notre-Dame de Fatima, suscité par l’attente de la révélation du secret et par la route mondiale, est coupé net.
12-13 octobre 1960. — A l’initiative de Mgr Venancio, évêque de Leiria-Fatima, un pèlerinage de prière et de pénitence est organisé à la Cova da Iria en réparation pour les offenses envers les saints cœurs de Jésus et de Marie, et pour obtenir du Ciel une vraie paix par la conversion de la Russie. Le cardinal Cerejeira est présent ainsi que des milliers de pèlerins. Les évêques du monde entier ont été invités à s’y joindre dans leurs diocèses. Plusieurs centaines répondront, mais Jean XXIII restera réservé. Le pèlerinage se déroule au milieu d’une tempête de vent et d’averses violentes. — Le résultat ne se fait pas attendre : alors que nous sommes à l’un des sommets de la guerre froide et que Khrouchtchev se montre de plus en plus arrogant et menaçant, ce mois d’octobre voit des échecs catastrophiques dans les expérimentations aérospatiales et nucléaires des soviétiques. Le 12 octobre, à l’O.N.U., Khrouchtchev se déchausse pour taper sur son pupitre avec sa chaussure, car il vient d’apprendre que le lancement de la première sonde sur Mars a été un fiasco. Le 24 octobre, sur la base de Baïkonour, un missile R-16, dernier cri de l’armement stratégique russe, explose au cours d’une démonstration, tuant le maréchal Nédéline (commandant en chef des unités de fusées soviétiques et vice-ministre de la Défense) et 164 militaires.
1962. — Pour obtenir l’envoi de deux représentants de l’Église orthodoxe russe au concile Vatican II, Jean XXIII, par l’intermédiaire de Mgr Willebrands et du cardinal Tisserant, négocie avec Khrouchtchev et s’engage à ce que le concile Vatican II ne condamne pas le communisme. Rome inaugure une politique radicalement opposée aux demandes de Notre-Dame de Fatima. Khrouchtchev n’en continue pas moins ses persécutions contre l’Église.
Sous le pontificat de Paul VI
6 juin 1963. — Le Saint-Siège fait parvenir aux évêques français et supérieurs majeurs des religieux résidants en France une note du cardinal Wyszinski les mettant en garde contre les activités du groupement Pax qui n’est qu’une courroie de transmission de Moscou pour noyauter et asservir l’Église [8].
29 octobre 1963. — Pour des raisons œcuméniques, le concile Vatican II refuse de faire un schéma particulier sur la sainte Vierge Marie. L’abbé Berto écrit : « La sainte Vierge encombrait le Concile. [...] Elle est sortie discrètement [...] et les destins de la deuxième session ont été scellés. [...] Pendant ce temps-là, l’Esprit-Saint [...] attend dans le paradis [9]. » Pas un seul passage de ce concile « pastoral » ne fera même allusion à la récitation du chapelet pour l’encourager parmi les fidèles. Cette même année 1963, Paul VI nomme le père Dhanis recteur de l’Université grégorienne à Rome.
3 février 1964. — Mgr de Proença Sigaud remet personnellement au pape une requête signée de 510 évêques de 78 nations demandant que le Concile renouvelle la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie avec une mention spéciale de la Russie.
21 novembre 1964. — Dans son discours de clôture de la troisième session du Concile – est-ce à la suite de la pétition ? – Paul VI « confie » le genre humain au Cœur Immaculé de Marie. Mais il s’agit d’un discours et non d’une cérémonie solennelle, et la Russie n’est pas nommée.
Octobre 1965. — Mgr Lefebvre porte au secrétariat du Concile une supplique signée de 450 évêques, et demandant la condamnation du communisme. La pétition disparaît dans un tiroir, le Vatican s’étant engagé à ne pas condamner le communisme.
1966. — Mgr Venancio charge le père Alonso, clarétain, d’établir une histoire critique complète des apparitions de Fatima pour défendre le message contre ses opposants, spécialement contre le père Dhanis.
13 mai 1967. — Pour le cinquantenaire des apparitions, Paul VI fait un voyage-éclair à Fatima. Il ne va pas prier à la Capelinha, refuse de parler à sœur Lucie et fait un sermon où il exhorte l’humanité à travailler pour la paix, sans aucune allusion au message de Notre-Dame. Il confie plus tard à Jean Guitton que ce voyage lui a été une pénitence. — Les idées de Paul VI sont en effet bien loin du message de Fatima. C’est à cette époque qu’il inaugure officiellement son Ostpolitik avec les gouvernements communistes de l’Est de l’Europe. Le maître d’œuvre en est Mgr Casaroli.
1969. — Dans sa réforme liturgique, Paul VI fait descendre la fête du Cœur Immaculé de Marie au rang de simple mémoire.
1973-1975. — A la conférence d’Helsinki, la délégation vaticane obtient la reconnaissance explicite de la liberté religieuse dans les pays de l’est. — En réalité, déclare Mgr Hnilica, la situation des catholiques ne fait qu’empirer dans les pays communistes. Les évêques concédés à l’Église catholique sont les instruments du parti [10].
Sous le pontificat de Jean-Paul 1er
Ayant rencontré longuement sœur Lucie en 1977 lorsqu’il était archevêque de Venise, Jean-Paul 1er confia à l’un de ses conseillers qu’il voulait consacrer la Russie selon les demandes de Notre-Dame de Fatima. De fait, son très court pontificat ne lui laissa pas le temps de faire quoi que ce soit. Il n’est pas certain qu’il aurait eu le courage et les convictions nécessaires pour faire un tel acte, étant lui-même acquis aux erreurs de Vatican II.
5 septembre 1978. — Jean-Paul 1er reçoit Mgr Nikodim, métropolite schismatique de Leningrad, qui meurt subitement au cours de l’audience, après, semble-t-il, s’être converti. Le 22 mai 1975, il avait fait un pèlerinage privé à Fatima [11].
Sous le pontificat de Jean-Paul II
16 Octobre 1978. — Élection du pape Jean-Paul II qui continue immédiatement l’Ostpolitik de son prédécesseur.
1980. — Après trois ans seulement d’une vaste campagne, le cardinal Josef Slipyj apporte au Vatican trois millions de signatures demandant la consécration de la Russie. La même année, en présence du cardinal Wyszinski, Mgr Hnilica affirme à Jean-Paul II que la chose la plus importante qu’il aurait à faire pendant son pontificat serait de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie en union avec tous les évêques [12]. Le pape répond qu’il ne veut pas s’ingérer dans les affaires russes, et qu’il ne pense pas avoir juridiction pour faire un tel acte.
13 mai 1981. — Attentat contre Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre. Le pape comprend le lien de cet événement avec Fatima. A l’hôpital, il se fait apporter les Mémoires de sœur Lucie.
7 juin 1981. — Le pape, encore à l’hôpital, fait lire à Sainte Marie-Majeure un texte remettant « toute la famille humaine » entre les mains de la « Mère des hommes et des peuples ». Ce n’est pas la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie.
21 mars 1982. — A la suite d’une intervention de l’abbé Caillon, Mgr Sante Portalupi, nonce à Lisbonne, visite sœur Lucie qui lui dit que la Russie n’a toujours pas été consacrée et qu’il faut le faire.
13 mai 1982. — Jean-Paul II est à Fatima où il s’entretient avec sœur Lucie pendant 25 minutes. Puis il renouvelle la consécration dans les mêmes termes qu’en juin 1981. Sœur Lucie fait aussitôt savoir au nonce que ce n’est pas ce que la sainte Vierge demande.
Juillet-août 1982. — Le Soul Magazine de l’Armée Bleue prétend que, selon sœur Lucie, la consécration de la Russie aurait été accomplie par la cérémonie du 13 mai 1982. Le combat de l’Armée Bleue n’a désormais plus lieu d’être. Elle adopte peu à peu les thèses modernistes sur Fatima et prend pour nouveau nom « L’Apostolat Mondial de Fatima ».
8 décembre 1983. — Jean-Paul II écrit à tous les évêques catholiques du monde entier, leur demandant de se joindre à lui le 25 mars suivant, jour où il consacrera le monde à Notre-Dame.
8 juin 1983. — L’abbé Caillon réussit à aborder Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre lors d’une audience générale. Demandant au pape quand il consacrera la Russie, il reçoit pour seule réponse : « C’est fait, c’est fait. On recommence toujours. » Avec beaucoup de persévérance, l’abbé Caillon approchera le pape plusieurs autres fois et se fera congédier de la même façon.
25 Mars 1984. — Devant 250 000 personnes à Rome, Jean-Paul II offre et consacre le monde à la « Mère des hommes et des peuples », sans aucune mention de la Russie. Le matin même, il avait déclaré qu’il ne voulait rien faire de plus que ce que ses prédécesseurs avaient fait ; et le soir, dans une prière à Marie, il dit : « Tu attends toi-même notre acte de consécration. » Trois jours avant la consécration, sœur Lucie avait confié à Mme Pestana que cette consécration ne saurait avoir un caractère décisif.
Septembre 1985. — Dans Sol de Fatima, sœur Lucie confirme que la Russie n’est toujours pas consacrée comme la sainte Vierge l’a demandé.
1er février 1986. — Mgr Luciano Guerra, directeur de Voz da Fatima, écrit dans la même revue : « Pour nous qui écrivons à Fatima, Gorbatchev est l’homme choisi par Dieu pour faire le premier pas vers la réalisation de la prophétie de Marie en ce lieu sacré. »
27 octobre 1986. — Jean-Paul II réunit les fausses religions à Assise pour prier pour la paix du monde, ce qui est diamétralement opposé à ce que la Reine du Ciel avait demandé à Fatima. — Cette même année, le cardinal Gagnon demande à Jean-Paul II l’autorisation de rencontrer sœur Lucie. « Ah ! non ! répond le pape. Ce n’est pas la peine. La consécration, c’est fait, c’est fini [13]. »
20 juillet 1987. — Rapidement interrogée hors du couvent, alors qu’elle va voter, Sœur Lucie confirme au journaliste Enrico Romero que la consécration de la Russie n’a pas été faite.
22 août 1987. — La crise dans l’Église ne cessant de s’aggraver en châtiment de la désobéissance de la hiérarchie, Mgr Lefebvre se rend en pèlerinage à Fatima avec ses principaux collaborateurs. Il vient demander des lumières à Notre-Dame pour savoir s’il doit sacrer des évêques pour réaliser « l’opération-survie de la Tradition ». Après la messe célébrée devant 2000 fidèles, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X lit un texte de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie [14].
1989. — Plus de 350 évêques répondent à une lettre du père Nicholas Grüner, pour confirmer leur volonté de consacrer la Russie avec le pape selon la requête de Notre-Dame de Fatima. Le père Grüner diffuse sa revue Fatima Crusader dans tout le monde anglophone pour répandre le message de Fatima. Depuis 1980, encore un million de signatures supplémentaires demandant la consécration de la Russie ont été reçues par le Vatican.
Mai 1989. — Sœur Lucie dit au cardinal Law (archevêque de Boston), à propos de la consécration de la Russie :
Le Saint-Père considère qu’elle a été faite, au mieux des possibilités, selon les circonstances. Faite sur le chemin étroit de la consécration collégiale que [Notre-Dame] a demandé et qu’elle désirait ? Non, cela n’a pas été fait [15].
C’est (semble-t-il) la dernière fois que sœur Lucie affirme que la Russie n’a pas été consacrée comme la sainte Vierge l’a demandé. A partir de juin, elle dit que « la consécration est bien faite ».
9 novembre 1989. — Chute du Mur de Berlin.
1er décembre 1989. — Mikhaïl Gorbatchev, président du soviet suprême de l’URSS, est reçu au Vatican. C’est le sommet et le triomphe de l’Ostpolitik.
13 Mai 1991. — Jean-Paul II est de nouveau à Fatima. Il rencontre sœur Lucie pendant une demi-heure, mais rien ne filtre de l’entretien.
8 décembre 1991. — Fin de l’Union soviétique (URSS) remplacée par la C.E.I. (Communauté d’États Indépendants).
8 octobre 1992. — Le père Nicholas Grüner réussit à faire venir 65 évêques à Fatima pour leur parler de la consécration de la Russie. Mais près de 35 ont été dissuadés de venir ; deux jours plus tard, le père Grüner est frappé violemment par des employés du sanctuaire.
11 Octobre 1992 et 11 octobre 1993. — Deux entretiens sont organisés entre sœur Lucie et plusieurs prélats et laïcs. M. Carlos Evaristo sert d’interprète. — Plus tard, Evaristo publie un compte-rendu extravagant des conversations ; il fait dire à sœur Lucie que les demandes de Notre-Dame ont été accomplies par toutes les consécrations que les papes ont faites, et que la conversion de la Russie a commencé [16].
23 juin 1993. — Les accords de Balamand, entre l’Église catholique et les orthodoxes schismatiques, « excluent pour l’avenir tout prosélytisme et toute volonté d’expansion des catholiques aux dépens de l’Église orthodoxe (n° 35). » Rome s’oppose ainsi directement à la conversion de la Russie.
Octobre 1994. — Le secrétaire d’État et le nonce apostolique du Portugal écrivent aux évêques du monde entier, leur donnant pour directive de ne pas assister à la seconde conférence pour la paix organisée par le père Nicholas Grüner, et qui doit se tenir au Mexique. Des visas sont refusés et beaucoup d’autres obstacles sont mis sur la route de 100 évêques catholiques qui ont accepté l’invitation à cette conférence.
18-24 août 1996. — La commission théologique du congrès mariologique international de Czestochowa et une note de l’Académie pontificale mariale rejettent la demande de définition dogmatique de Marie corédemptrice, médiatrice et avocate. De nombreuses pétitions étaient parvenues à Rome en faveur de la définition de ce nouveau dogme [17].
Novembre 1996. — A Rome, une troisième conférence pour la paix, organisée par le père Grüner, réunit 200 évêques malgré toutes les pressions exercées.
1997. — La nouvelle loi sur la liberté religieuse en Russie place l’Église catholique dans une situation aussi précaire que les sectes.
12-18 Octobre 1999. — Nouvelle conférence pour la paix organisée par le père Grüner à Hamilton aux États-Unis (Ontario). Mais il est devenu de plus en plus difficile d’atteindre les prêtres et les évêques à cause des pressions du Vatican. Quelques évêques et prêtres seulement sont présents, et 300 laïcs.
13 Mai 2000. — Jean-Paul II est à Fatima pour béatifier François et Jacinthe. Au cours de la cérémonie, le cardinal Sodano annonce que la troisième partie du secret va être publiée sur ordre du pape.
5 Juin 2000. — Le cardinal Castrillon-Hoyos envoie une lettre au père Grüner le menaçant d’excommunication.
26 Juin 2000. — La congrégation pour la Doctrine de la foi publie la troisième partie du secret de Fatima. Dans le texte de présentation, Mgr Bertone rapporte des paroles de sœur Lucie disant que la consécration de la Russie a été faite comme Notre-Dame le demandait. Il ajoute que, désormais, toute discussion ou nouvelle pétition est sans fondement. Dans le même document, le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, se réfère explicitement au père Dhanis et dit que la dévotion au Cœur Immaculé de Marie est une notion « surprenante pour des personnes provenant de l’aire culturelle anglo-saxonne et germanique ».
8 Octobre 2000. — Sur la place Saint-Pierre, en présence de 76 cardinaux et de 1400 évêques rassemblés pour le grand jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II prononce un « acte de confiance » à la Vierge Marie : « Nous sommes ici devant toi pour confier à tes soins maternels nous-mêmes, l’Église et le monde entier. » La statue de Notre-Dame de Fatima a été apportée de la Cova da Iria pour cette occasion.
Décembre 2000. — Parution du dernier livre de sœur Lucie, Appels du message de Fatima, qu’elle avait achevé d’écrire le 25 mars 1997. Non seulement elle ne fait aucune allusion à la consécration de la Russie, mais le tableau qu’elle dresse de la situation du monde prouve à l’évidence que la Russie n’a toujours pas été consacrée.
12 septembre 2001. — L’office de presse du Vatican publie une mise en garde contre le père Grüner à propos d’une nouvelle Conférence pour la paix dans le monde qui doit se tenir à Rome du 7 au 13 octobre. Le texte est signé par le cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé, et déclare que le père Grüner est suspens a divinis [18]. .
17 novembre 2001. — Mgr Bertone visite sœur Lucie au carmel de Coïmbra. Le compte-rendu de sa conversation d’une heure et demie à deux heures avec la voyante comporte seulement quelques dizaines de mots. Il fait dire à la voyante que la consécration de 1984 a été acceptée au Ciel, et qu’elle confirme tout ce que contient le document publié par la congrégation pour la Doctrine de la foi en juin 2000.
13 février 2005. — Sœur Lucie est rappelée à Dieu dans son carmel de Coïmbra.
2 avril 2005. — Décès du pape Jean-Paul II à Rome. Les médias le saluent comme « le tombeur du communisme ». Mais lui-même avait déclaré en 1994 que le communisme était tombé tout seul, sans même une intervention directe de la Providence. — Il est mort un premier samedi du mois, alors qu’il n’avait jamais encouragé la dévotion réparatrice des premiers samedis.
19 avril 2005. — Le cardinal Ratzinger est élu pape, il prend le nom de Benoît XVI. C’est de lui que dépend maintenant l’accomplissement ou le refus des demandes de Notre-Dame à Fatima.
*
[1] — En 1936, sœur Lucie précisera que Notre-Seigneur lui avait dit aussi : « Ils le feront [cet acte de consécration] mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. »
[2] — La consécration sera renouvelée le 13 mai 1938 et sauvera le Portugal de la révolution communiste espagnole et de la deuxième guerre mondiale.
[3] — Russie, Mexique et Espagne.
[4] — Sa lettre de 1940 à Pie XII était restée secrète.
[5] — La lettre est reproduite dans Itinéraires, novembre 1980, p. 152-153.
[6] — Voir Jean Guitton, Dialogues avec Paul VI, Paris, Fayard, 1967, p. 26-32. Jean Guitton s’empressera de diffuser la nouvelle auprès du gratin du modernisme français dès après son entretien (voir le frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 3, p. 234).
[7] — Le pape saint Pie X l’a démontré magistralement dans son encyclique Pascendi où il constate que le modernisme est l’« égout collecteur de toutes les hérésies. »
[8] — Voir L’affaire Pax en France, supplément au n° 86 de la revue Itinéraires (3e trimestre 1964).
[9] — Voir Le Sel de la terre 43, p. 29-30.
[10] — Voir l’ouvrage d’Ulisse Floridi, Moscou et le Vatican, Paris, France-Empire, 1979.
[11] — Voir le frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul Ier, le pape du secret, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2003, p. 399-404. — Jean-Paul 1er a voulu garder secret les propos échangés avec Mgr Nikodim. Rien ne permet de confirmer l’idée avancée par Vladimir Volkoff dans son roman L’Hôte du pape (2004) selon lequel cet entretien aurait été centré sur Fatima.
[12] — Voir le frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul Ier, ibid., p. 410.
[13] — Voir le frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul Ier, ibid., p. 449.
[14] — Le sermon de cette messe et le texte de consécration sont reproduits dans le présent numéro du Sel de la terre.
[15] — Voir le frère François de Marie-des-Anges, Fatima, joie intime, ibid., p. 374.
[16] — Voir la recension critique du livre d’Evaristo, Fatima, sœur Lucia témoigne, le message authentique, par M. l’abbé Delestre, dans Le Sel de la terre 35, p. 72-88. Voir aussi les réflexions de M. Paul Chaussée à ce sujet dans Le Sel de la terre 39, p. 250-254 . — Citons juste deux faits qui permettent de juger du manque de sérieux de cet ouvrage. Pour faire croire que la Russie a bien été consacrée bien qu’elle n’ait pas été nommée, Evaristo fait dire à sœur Lucie : « Ce qui importe est l’intention, exactement comme quand un prêtre a l’intention de consacrer une hostie. » Mais si le prêtre ne prononce pas les paroles de la consécration, l’hostie n’est pas consacrée ! Sœur Lucie aurait aussi raconté que Gorbatchev, au Vatican, se serait agenouillé devant le pape pour lui demander pardon. Ce dernier propos a dû être démenti publiquement par le porte-parole du Saint-Siège le 2 mars 1998. — Le livre, paru en portugais en 1998, n’en a pas moins été traduit et diffusé par les éditions Fleurus-Mame en 1999, avec une présentation de 45 pages par Yves Chiron.
[17] — Voir Le Sel de la terre 35, p. 207 et 222-225.
[18] — ORLF, 25 septembre 2001, p. 11. Voir Le Sel de la terre 39, p. 249.

