La sainteté en famille
François et Jacinthe de Fatima
Une éducation selon le Cœur de Marie
par l’abbé Bertrand Labouche
« Il y aura des saints parmi les enfants »
Saint Pie X
AVANT DE RECONNAÎTRE l’authenticité d’une apparition, l’Église s’enquiert de son effet sur les voyants ; si ceux-ci ne manifestent pas une sainteté de vie suffisante, elle n’engagera pas son autorité et détournera les fidèles de « l’apparition » et de ses « messages ». Tel ne fut pas le cas des apparitions survenues à sainte Marguerite-Marie Alacoque, à sainte Catherine Labouré, à sainte Bernadette et plus récemment aux petits bergers de Fatima. Ces âmes privilégiées ont confirmé par leur vie que le Ciel a vraiment visité la terre.
« La valeur n’attend pas le nombre des années » : cet adage, vrai aussi au plan surnaturel, s’est vérifié chez deux petits Portugais à la sainteté héroïque : Jacinthe et François, qui moururent, respectivement à 10 ans et à 11 ans, et auxquels nous consacrerons ces quelques pages.
Il serait erroné d’attribuer aux seules apparitions de « la belle dame » leur sainteté de vie. Il est clair, en effet, que l’éducation exemplaire reçue dans le sein d’une famille profondément catholique contribua pour beaucoup à préparer le champ de leur âme aux grandes grâces qu’ils recevront à Fatima et auxquelles ils se montreront fidèles jusqu’au bout de leurs forces. D’autre part, il est certain que la pédagogie de Notre-Dame peut et doit inspirer les parents soucieux de donner une éducation chrétienne à leurs enfants.
Ainsi, après nous être imprégnés de l’atmosphère très chrétienne qui régnait chez la famille Marto, nous étudierons les tempéraments respectifs et forts différents de François et de Jacinthe sur lesquels, par l’intermédiaire de Notre-Dame de Fatima, s’est appuyée l’œuvre de la grâce et de leur sanctification. Enfin, nous verrons en eux des modèles que parents et éducateurs peuvent proposer à tous les enfants.
La famille Marto
Le R.P. Fernando Leite, à la recherche d’éléments biographiques sur Jacinthe et François, interrogea sœur Lucie sur leur vie de famille :
Pour parler de l’ambiance de la famille que Dieu a choisie, parmi tant d’autres, pour nous donner cet ange terrestre que fut Jacinthe, je pense qu’on peut souligner l’honnêteté impeccable de cette famille, sa vie laborieuse, le travail des parents dans l’exact accomplissement de leurs devoirs afin de gagner le pain quotidien pour eux-mêmes et pour les enfants que Dieu avait voulu leur donner. Ils recevaient chacun d’eux, non comme un poids ou une charge, mais comme un nouveau don du ciel par lequel Dieu enrichissait leur foyer, comme une nouvelle âme que Dieu leur confiait pour la conduire sur le chemin du Ciel. C’était un foyer modèle de paix et de joie, où tous s’entendaient bien, où tous s’aimaient, où tous savaient se sacrifier pour le bien des autres. Foyer où la foi était vive et intensément vécue, où l’on savait l’inculquer dans l’âme et l’esprit des enfants dès l’aube de leur vie. Foyer où l’on observait très exactement les commandements de la loi de Dieu et de l’Église. Le dimanche on ne travaillait pas ; on assistait avec zèle au Saint-Sacrifice de la messe et les parents y emmenaient leurs enfants. Ils leur enseignaient les vérités de la foi et de la doctrine chrétienne dès l’âge le plus tendre, les faisant assister au catéchisme de la paroisse pour les préparer à la confession et à la sainte communion… Chez eux, les jeûnes et les abstinences, nombreux et rigoureux en ce temps-là, étaient scrupuleusement observés par toute la famille. Après le dîner, le père disait les grâces, il entonnait la prière et tout le monde suivait [1].
Le respect des lois du mariage
Neuf enfants naquirent chez la famille Marto, sept chez la famille dos Santos, celle de Lucie. Les familles nombreuses étaient désirées et si les saintes lois du mariage n’avaient pas été respectées, comme c’est hélas le cas de nos jours chez tant et tant de couples, Lucie (7e enfant), François (8e) et Jacinthe (9e) ne seraient pas nés !… Sœur Lucie, dans son dernier livre, Appels de Fatima, écrit de belles lignes à ce sujet :
Les deux foyers étaient bénis par le sacrement de mariage ; et la fidélité entièrement gardée. Les enfants, que le Seigneur leur avaient concédés, étaient accueillis non comme une charge mais comme un don par lequel Dieu enrichissait leurs maisons, une nouvelle vie qui prolongera la leur, une nouvelle fleur qui s’épanouira dans leur jardin, le parfumera et le réjouira de ses arômes variés et des teintes de la jeunesse fraîche et souriante, une autre âme que Dieu confiait à leurs soins, afin que la guidant sur les chemins du ciel, elle fût un nouveau membre du corps mystique du Christ et un chant de louange à son éternelle gloire [2].
Dès le début de cet ouvrage, sœur Lucie raconte avec beaucoup de simplicité et de poésie combien sa famille et celle de François et Jacinthe vivaient unies dans la foi et l’amour de Dieu. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sont des lignes à lire, à méditer, et à mettre en pratique pour que se multiplient les élus du ciel !
La formation chrétienne
En voici un nouvel extrait, relatif à l’éducation religieuse :
[Les parents] avaient soin de porter leurs nouveaux-nés aux fonts baptismaux, pour effacer de leurs âmes la tache du péché originel et en faire des chrétiens, des enfants de Dieu et des héritiers du ciel. Le baptisé, qui n’avait pas plus de huit jours, était motif d’une grande fête pour toute la famille : tous se réunissaient pour féliciter les parents, qui avaient été honorés par un nouveau don de Dieu.
C’était sur les genoux paternels et au giron maternel que les enfants apprenaient à prononcer le saint nom de Dieu, à lever leurs petites mains innocentes pour prier leur Père du Ciel, et à connaître cette autre Mère qui, serrant dans ses bras l’Enfant-Jésus les accueillait aussi avec la même tendresse, puisqu’elle est aussi leur Mère, plus puissante, sainte et belle que celle qui les berçait sur la terre. Ainsi, dans ces âmes délicates, pures et innocentes, croissait la lumière de la foi avec un tel éclat qu’elle rayonnait ensuite par tous les chemins de leur vie.
[…] Leurs parents se constituaient eux-mêmes leurs catéchistes [afin de bien leur faire apprendre le catéchisme reçu à la paroisse… à noter] à l’heure de la sieste ou le soir avant le coucher.
Cette tâche était généralement accomplie par M. Marto, à la différence de la famille dos Santos où c’était la mère de Lucie qui s’en chargeait. Il est certain que Dieu octroie une grâce d’état particulière aux parents pour transmettre à leurs enfants les vérités de la foi ; un mot de papa ou de maman sur les vertus de l’Enfant-Jésus, la dignité de saint Joseph, les souffrances du crucifié, la bonté de Notre-Dame, restera indélébile pour toute la vie. Cela se déduit aisément de la mission qu’ils ont reçu de les conduire sur le chemin du ciel.
C’est un devoir sacré, insiste la voyante de Fatima, qui fait partie de la mission que Dieu a confié aux parents. […] C’est aux parents qu’il revient de guider les pas de leurs enfants sur les droits chemins de la loi de Dieu et de les confier à des maîtres compétents qui ne les en fassent pas dévier. En vérité, à quoi leur servira-t-il d’acquérir de grandes connaissances, s’ils viennent à perdre leur âme ? Celle-ci perdue, ils perdront tout, parce que la vie terrestre est rapide et véloce comme le temps, alors que l’éternité est irrémédiable.
Poursuivons le récit de sœur Lucie :
Le jour de la première communion de chacun de leurs enfants se revêtait d’une joie solennelle et intime pour toute la famille, parce que Dieu visitait une fois de plus leur foyer, s’unissant en une réelle rencontre avec l’un de ses membres ; l’âme innocente que Dieu leur avait confiée revenait vers lui.
La sanctification du dimanche
Le précepte dominical était entièrement observé, tant les dimanches que les jours de précepte. Le matin, tous assistaient à la sainte messe. L’après-midi était un temps de repos : la jeunesse se réunissait et se divertissait, joyeuse, dans la cour, à l’ombre des grands figuiers, sous l’œil vigilant des parents lesquels, à part, conversaient sur leurs travaux champêtres, jouaient aux cartes, etc. Au coucher du soleil, quand les cloches de l’église sonnaient les Ave Maria (Angelus), tous se levaient, se découvraient, priaient et se quittaient avec le traditionnel « adeus ». C’était l’heure de rentrer à la maison et de dîner en famille, après un jour heureux où tout s’était bien passé, la conscience en paix, pour avoir accompli la loi du Seigneur et récupéré ses forces physiques pour que le jour suivant, très tôt, chacun reprenne ses tâches avec un courage renouvelé. Le dîner terminé, le père entonnait l’action de grâce, et plusieurs Notre Père, Je vous salue Marie et Gloria Patri à toutes les intentions qu’il indiquait. Ensuite, la mère dirigeait le chapelet, ou la couronne des sept mystères de Notre-Dame des douleurs. Puis, suivaient quelques moments de conversation, ou de répartition des travaux du lendemain, et… repos, car la nuit était courte [3].
Une éducation solide
La bonne formation religieuse reçue chez la famille Marto, à la portée de tous les parents chrétiens, s’accompagnait, bien sûr, d’une bonne éducation ; « la grâce ne supprime pas la nature, mais la perfectionne ». Le chrétien et l’homme sont une seule et même personne, on ne peut prétendre sanctifier l’un sans chercher à épanouir l’autre. Un baptisé « mal élevé » n’est pas loin d’être aussi « bancal », sinon monstrueux, qu’un humaniste sans Dieu. Ce n’est pas parce qu’un enfant « est inscrit au catéchisme », va à la messe tous les dimanches et a un chapelet dans la poche qu’il n’est pas tenu de respecter ses parents, de ranger sa chambre et de bien faire ses devoirs de classe. Ce simple bon sens apparaît clairement chez les parents de François et Jacinthe.
Le P. De Marchi eut à ce sujet un entretien [4] avec le chef de famille, « Ti » Marto qui lui dit :
Il y a toujours de la tranquillité dans cette maison, disait-on, il y avait là cependant une bande de huit enfants. Mais je tenais à ce que tout marche droit. Une fois, il arriva que quelqu’un entra à la maison pour traiter de je ne sais quelle affaire. Les petits nous dérangeaient et se disputaient. Je le supportai sans les gronder. Mais dès que le visiteur fut parti, je me tournai vers eux, et, très sérieusement, en les menaçant du doigt, je leur dis : Si cela recommence une autre fois, vous verrez ce qui arrivera ! Cela suffit à les calmer. Depuis lors, quand un étranger venait à la maison, ils s’empressaient de sortir… si un coup d’œil ne suffisait pas à les faire tenir tranquilles, c’était une bonne volée qui arrivait, mais cela très rarement, et quand c’était vraiment nécessaire. Ce n’est pas parce qu’un âne donne une ruade qu’on va lui couper aussitôt la jambe !
[…] Je me rappelle qu’une fois, j’étais avec quelqu’un, et il s’agissait pour mon fils de rendre un service. Mais Francisco s’entêtait à ne pas bouger. Je ne sais ce que je sentis se remuer là-dedans, mais je ne pus me contenir, et je lui criai en colère « Tu vas y aller !… » Cela suffit à le faire partir, en courant comme un trait.
Si je voyais qu’il y avait de la bagarre, continue « Ti » Marto, si les choses tournaient mal, la correction ne manquait pas d’arriver. Ils étaient battus !… Et quand deux d’entre eux se disputaient, et que je ne savais pas qui avait tort ou raison, chacun, sans plus, attrapait une gifle pour se consoler. Pour éduquer une pareille bande, conclut M. Marto, il faut bien être un peu raide. Il ne s’agit pas de planter seulement des choux et des pommes de terre.
…Un Platon se réjouirait d’une telle éducation :
Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors, c’est là en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie [5].
Sœur Lucie poursuit :
Rien ne devait ternir leur innocence. […] Qui donnerait aux vêtements actuels ne serait-ce qu’une ombre de la modestie de ceux que nous portions alors ! […] Le vêtement, ne nous a pas été donné par Dieu comme un ornement au service de la vanité et de la légèreté humaine, mais bien comme une défense contre le péché [6], comme un signe de pénitence et de châtiment pour le péché commis, et pour qu’il nous rappelle les lois de Dieu que tous nous devons accomplir. […] De plus, le vêtement modeste avec lequel nous devons nous couvrir est un signe distinctif qui nous distingue dans l’immoralité régnante et par lequel nous donnons un véritable témoignage du Christ.
L’amour de la nature
Certes, le contexte habituel de travail et de jeux des petits bergers était la campagne :
Initiés dès l’âge tendre à la vie pastorale, raconte Lucie, ils grandissaient et se développaient en respirant l’air pur des champs, l’arôme des fleurs de la montagne, de la bruyère, du romarin et du genêt qui naissent dans le maquis, des pins, des eucalyptus qui couronnent les collines, des chênes et des oliviers qui s’étendent sur les coteaux, des immenses châtaigniers et des arbres fruitiers qui apparaissent dans les campagnes et ornent les jardins [7]… ;
et sœur Lucie d’évoquer ensuite les « chants joyeux des oiseaux, la course vertigineuse des renards et des lièvres »…
La beauté et les réalités de la création ne peuvent que contribuer à l’épanouissement d’un enfant qui, instinctivement, remontera à l’auteur de toutes choses ; le sens du réel, de sa petitesse devant l’univers, la contemplation de l’ordre de la création, lui donneront « la nostalgie du surnaturel, que la grâce lui fait deviner comme étant d’une richesse et d’une beauté plus grandes encore [8] ».
Pauvres enfants de ce siècle, englués en un monde virtuel de jeux électroniques, de créatures informatisées et autres « tamagoshis », dont ils se croient les dieux et les maîtres, alors qu’ils n’en sont que les jouets et les victimes… La nature, du moins ce qu’il en reste, ne les intéresse pas, car elle ne rentre pas dans leur écran, ils ne peuvent la modifier à leur gré, la reconstruire, la défigurer.
Je n’oublierai jamais ces camps d’été pour enfants difficiles, dans la région de Lourdes ; le soir, ils contemplaient la voûte céleste, muets d’admiration, heureux comme ils ne l’avaient jamais été, cherchant à percer du regard les limites de l’univers… Ils ne parlaient que pour compter les étoiles filantes ; une grande question se lisait dans leurs yeux : « Qui ? Qui a fait tout cela ? Qui est-il ?… »
Ainsi, François et Jacinthe ne se lassaient pas d’admirer le ciel immense et les étoiles, « les lampes que Notre-Dame et les anges allument », de s’émerveiller devant le soleil, « la lumière de Notre-Seigneur », surgissant derrière les coteaux. Jacinthe lui préférait toutefois la lune, « la lumière de Notre-Dame qui ne brûle et n’aveugle pas ».
Alors, « leurs âmes pures brillaient comme la lumière du soleil, le sourire de leurs yeux était pur comme l’eau cristalline des sources, et le ciel leur réservait une espérance plus élevée, un regard plus profond que leur inspirait la foi [9]. »
L’esprit de pauvreté
Les parents Marto n’habituèrent jamais leurs enfants à s’attacher aux biens de ce monde ; bien sûr, ils n’étaient pas riches, mais il peut exister, même chez les pauvres, une souffrance de ne point posséder, une avidité d’acquérir, une crainte démesurée de perdre ce qui leur appartient : ils deviennent alors des riches, au sens évangélique, c’est-à-dire des personnes soumises en esprit à la matière. Une des conséquences de l’avarice est l’égoïsme. Or point d’égoïsme chez les Marto, parce que point d’attachement aux biens de ce monde. Au contraire, l’esprit de pauvreté engendre tout naturellement la charité, le prochain comptant plus que le bien matériel. Une charmante petite anecdote illustrera ce propos :
Permettez que je vous raconte un petit fait […] que ma mère, émue, répéta plusieurs fois. Elle savait combien sa petite dernière [en l’occurrence Lucie, mais ses cousins étaient élevés dans le même esprit] aimait les fruits. Un jour elle observa comment elle guettait avec enthousiasme l’apparition des premières figues ; dès qu’elle remarqua que l’une était déjà mûre, elle la cueillit à la dérobée et, en courant, vint à la maison l’apporter à sa mère pour que celle-ci fût la première à la manger. Émue, elle prend alors le cadeau dans les mains, embrasse sa fille et lui dit de le garder pour le partager le soir avec son père et ses frères et sœurs. Une figue pour tous, ce n’était rien, mais l’amour, qui accompagna la petite portion qui revint à chacun de la première figue mûre de cette année, était grand, et c’est cela qui rendait chacun heureux, et donnait de la joie et de la satisfaction.
Il faut prendre ce dernier mot au sens étymologique : « Faire que l’on ait assez », car la charité est plus grande que le don lui-même.
Dans nos foyers, écrit sœur Lucie, il n’y avait pas d’abondance de biens terrestres, que le monde prise tant ; mais, avec le peu de nécessaire pour chaque jour, la paix régnait avec la joie et l’amour, fruit de la compréhension mutuelle, de pardon réciproque et d’oubli des déficiences inhérentes à la faiblesse humaine. Ainsi, tous étaient heureux ; tous se sentaient bien, parce que chacun cherchait à servir et à réjouir ses parents et ses frères. Alors, peu suffisait pour beaucoup, parce que mis en commun : tout était à tous [10].
C’est dans un tel foyer où régnait l’ordre voulu par le bon Dieu, sous la douce et ferme autorité de parents exemplaires, que s’épanouirent François et Jacinthe, deux enfants aux tempéraments bien différents.
François et Jacinthe
Avant les apparitions de Fatima
Ayant souvent pu m’entretenir avec leur frère João, qui était un peu plus âgé que Francisco et Jacinta, je lui demandais un jour ce qui les différenciait. Il me répondit que « François était un bon petit » [« era bomzinho »] et Jacinthe, « pleine de vie » [« cheia de vida »]. João, lui-même, ressemblait beaucoup à son père, M. Marto, parlant peu mais parlant bien et d’un bon sens à toute épreuve. La description qu’il donne de son frère et de sa sœur paraît bien succincte, mais son ton, difficile à décrire, était éloquent ; il évoquait, au-delà des mots, deux enfants très attachants, aux caractères opposés [11], et doués d’une bonne nature, laquelle n’excluait pas quelques petits défauts !
« François, il serait devenu un homme ! »
(Mme Olimpia Marto, sa mère)
François est né le 11 juin 1905. De visage toujours joyeux, il était gentil et accommodant avec tout le monde. Cela se voyait au jeu, qui révèle infailliblement un caractère d’enfant, ses qualités et ses défauts. Il aimait beaucoup jouer, mais cédait facilement aux mauvais perdants : « Tu penses que c’est toi qui a gagné ? Soit, cela m’est égal. » Quelquefois, il se retirait du jeu quand il voyait quelque chose qui ne lui plaisait pas : « Tu ne joues plus ? » – « Non, vous n’êtes pas gentils. » Peu d’enfants aimaient jouer avec lui… parce qu’il perdait presque toujours. Cela énervait même Lucie : « Son tempérament pacifique me portait sur les nerfs [12]. » De même, si disparaissait quelque chose qui lui appartenait – comme ce joli mouchoir que sa marraine lui avait offert, et auquel il tenait beaucoup, et qui fut retrouvé dans les mains d’un autre enfant – il n’en faisait pas une histoire : « Qu’il le garde, que m’importe du mouchoir ! »
Cela ne voulait pas dire que François fût un garçon sans énergie, de volonté faible, bien au contraire, nota le P. De Marchi [13], suite à un entretien avec M. Marto :
Il était plus rude et plus remuant que sa petite sœur. Il n’était pas si patient. Pour un rien, il regimbait… On aurait dit un petit veau ! Il n’était pas peureux du tout. Il allait la nuit tout seul dans le noir, n’importe où, sans appréhension et sans rechigner.
En plusieurs occasions, note Pierre Darnac, il montrera un comportement parfaitement viril, par exemple lors de l’emprisonnement des enfants à Ourem le 13 août 1917, et manifestera de l’autorité sur Jacinthe et un soutien décisif auprès de sa cousine Lucie.
François était sensible aux beautés de la nature, d’une manière toute franciscaine, il aimait à imiter le chant des oiseaux, il ne pouvait supporter qu’on allât les dénicher. Lucie raconte qu’un jour il vit un de ses compagnons avec un petit oiseau dans la main. Ému de pitié, il demanda à celui-ci de le lâcher. Comme l’autre refusait, il lui offrit un « vintém [14] » pour le décider à lui donner l’oiseau. Lorsqu’il l’eut entre les mains, il le laissa s’envoler en disant : « Prends garde une autre fois de ne pas te laisser attraper [15] ! »
« Cette tendresse se retrouve envers les malades, les pauvres et les invalides, dont les souffrances font naître en lui une grande compassion [16]. »
Il aimait même s’amuser avec les lézards et les couleuvres qu’il rencontrait ; il les faisait s’enrouler autour de son bâton, et leur donnait à boire du lait des brebis dans les creux des rochers. Il allait aussi à la recherche des terriers des renards, des lapins et des genettes. Il courait beaucoup après les lézards gris, ajoute Dona Olimpia, et en rapportait à la maison. Je voulais lui faire peur de ces bêtes. Ah bien oui !… Il était très hardi [17].
Son père ne se souvint que de deux méchancetés dans la vie de François : quand il refusa d’obtempérer, comme nous l’avons raconté plus haut, et lorsqu’il voulut commettre la mauvaise farce de mettre une brindille de bois dans la bouche de son frère endormi. Quant à Lucie, elle lui rappela qu’il avait dérobé un jour un « tostão » (quelques centimes) à son père pour acheter un petit orgue de barbarie et qu’il avait lancé des pierres à des enfants du village voisin [18].
François était un peu artiste. Il aimait jouer des airs avec sa petite flûte en roseau ; Lucie et Jacinthe l’accompagnaient de leurs chants et de leurs danses.
Il était enclin, comme son père à méditer et à contempler.
Nous verrons combien cette heureuse nature saura répondre merveilleusement aux graves demandes de l’Ange et de la sainte Vierge et, comme une terre féconde, produire des fruits de grâce et de grande sainteté.
« Jacinthe, pleine de vie et si douce ! »
Sœur Lucie, dans ses Mémoires, nous révèle l’extrême sensibilité de sa cousine, ainsi que les petits défauts inhérents à sa nature.
A cinq ans environ, on ne pouvait lui parler des souffrances de Jésus sans qu’elle ne s’en attendrît et pleurât : « Pauvre Notre-Seigneur ! Je ne veux faire aucun péché, pour que Jésus ne souffre pas davantage. »
Sa douceur était vraiment étonnante, raconte son père. Elle tétait encore sa mère, elle était déjà ainsi. Si elle avait faim, elle le faisait savoir en pleurnichant un peu, et puis c’était fini, elle ne donnait plus de souci à personne… On pouvait aller ici où là, partir pour la messe… elle ne s’en tourmentait pas. Il n’y avait pas besoin de faire des manières avec elle pour la tenir tranquille. Elle ne se fâchait de rien. Nous n’en avons pas élevé une autre pareille ! C’était chez elle un don naturel [19].
Plus encore que François, sa douceur s’étendait à la création. Elle aimait prendre les agneaux dans ses bras pour qu’ils ne se fatiguent pas et pour faire comme le Bon Pasteur ! Les fleurs l’enchantaient, les étoiles « les veilleuses des anges », la fascinaient ; la lune, « la petite marraine du Ciel » la remplissait de joie.
Une de ses qualités particulières était l’amour de la vérité, même s’il s’agissait de s’accuser d’une faute : « C’est moi qui ai fait cela ; mais je ne le ferai plus ! »
Comme François, elle était douée d’une heureuse disposition pour la musique. Elle aimait beaucoup chanter et ne se lassait pas d’entendre l’écho de sa jolie voix se répercuter au fond des vallées et « le mot qui résonnait le mieux était le nom de Marie » ! Le chant à la sainte Vierge, patronne du Portugal, « Salve Nobre Padroeira » était de ses préférés.
Jacinthe avait une vraie prédilection « et un talent spécial [20] » pour la danse. « Ce don exagéré pour la danse – encore qu’il s’agissait de danses innocentes de village – nous montre qu’elle n’était pas un ange descendu du Ciel », commente avec justesse le P. De Marchi [21]. Et Lucie de noter les défauts qui rendaient parfois sa petite cousine peu sympathique ! « La moindre dispute au jeu suffisait à la faire bouder ; et pour la faire revenir, il fallait lui laisser le choix du jeu et de son partenaire. » Elle était aussi un peu trop attachée à ce qu’elle avait, refusant, par exemple, de rendre à Lucie les boutons gagnés au jeu et que la mère de celle-ci réclamerait ! « C’est seulement en la menaçant de ne plus jouer avec elle, que j’arrivais à retrouver mes boutons ! »
Elle aimait bien prier, mais elle aimait encore mieux s’amuser, quitte à réciter le chapelet en un clin d’œil en ne répétant que Ave Maria, Ave Maria… ; il est vrai que Lucie et François l’accompagnaient volontiers !
Telle était Jacinthe, dont la nature à la fois douce et vive s’enflammera d’amour pour le cœur de Marie et de zèle pour la conversion des pauvres pécheurs.
Après les apparitions de Fatima
Les visites de l’Ange du Portugal en 1916, et de Notre-Dame en 1917, transformeront François et Jacinthe. L’enfant pensif et pacifique deviendra une âme contemplative et un consolateur de Notre-Seigneur. La petite fille vive et douce s’offrira sans réserve pour la conversion des pécheurs et brûlera d’amour pour le cœur de Marie.
Dieu ne violente pas la nature pour sanctifier une âme. Les saints ne sont pas des « êtres devenus bizarres », méconnaissables, vidés de toute personnalité ! « On reconnaît la sainteté au naturel », disait saint Pie X : la vie surnaturelle se greffe harmonieusement – ce qui ne signifie pas sans souffrance – sur une nature toute offerte à l’œuvre de la grâce, comme ce fut le cas pour François et Jacinthe.
François, le consolateur de Dieu
« Consolez votre Dieu… »
Cette parole de l’Ange aux petits bergers, en 1916, impressionna particulièrement le cœur de François. Sa mission sera de « consoler Dieu, si triste à cause de tant de péchés ».
Jacinthe aura, nous le verrons, un cœur d’apôtre, François une âme de contemplatif : « Le désir du Ciel, la contemplation des choses divines, remplissaient le cœur de François, écrit le P. De Marchi [22], au point de le rendre étranger au monde présent. »
Ainsi, un jour, alors que les enfants gardaient leur troupeau, Lucie et Jacinthe n’aperçurent plus leur compagnon, et pensèrent, après plusieurs appels, qu’il s’était perdu. Lucie va aussitôt à la recherche de son cousin, qu’elle trouve prosterné sur le sol, derrière un petit mur de pierres sèches. Elle s’approche, lui touche l’épaule, en l’appelant à haute voix. Elle le secoue et lui demande : « Que fais-tu là ? » Comme il s’éveillait d’un profond sommeil le petit répond : « J’ai commencé à réciter les prières de l’Ange, et ensuite je me mis à penser. – Tu n’as pas entendu Jacinthe t’appeler ? – Non, je n’ai rien entendu »…
Ce fait s’est répété plusieurs fois…
J’ai bien aimé voir l’Ange, et plus encore voir Notre-Dame. Mais, ce que j’ai aimé surtout, cela a été de voir Dieu, Notre-Seigneur, dans cette lumière que la sainte Vierge nous a mise dans le cœur. J’aime beaucoup Dieu… Mais il est si triste à cause de tant de péchés !… Nous ne devons pas faire le moindre péché !
Si la serviabilité et l’humilité caractérisèrent le petit « Francisco », ce fut moins encore que sa dévotion pour celui qu’il appelait : « Jesus escondido », « Jésus caché » dans le tabernacle de l’église paroissiale. Comme il aimait aller rendre visite à Notre-Seigneur, profitant de l’entrée et de la sortie des classes, et passer de longues heures auprès du très Saint-Sacrement ! Et quand, malade, il communia quelques jours avant sa mort, après une longue action de grâces, ses premières paroles furent : « Monsieur le curé ne m’apportera-t-il pas encore une fois “Jésus caché” ? »
Quand les villageois venaient le voir, au cours de sa maladie, ils étaient impressionnés par l’atmosphère de recueillement qui régnait dans sa chambre, bien modeste ; au point qu’un jour, l’un d’eux dit à Mme Marto : « Je ne sais pas pourquoi, mais quand on entre dans la chambre de votre petit François, c’est comme si l’on entrait dans une église !… »
… La cellule de frère Thomas d’Aquin quelques heures avant sa mort, écrit magnifiquement Chesterton, était plus grande que l’univers [23] !…
Les âmes saintes sont si remplies de Dieu qu’elles en rayonnent malgré elles, étendant son règne auprès de ceux qui les côtoient.
« Je ne vis plus, c’est Jésus-Christ qui vit en moi. » Cette phrase de saint Paul s’applique bien au petit berger, comme en témoigne ce dialogue avec des dames, de passage à Aljustrel :
— Tu veux être charpentier ?
— Non, Madame, répondit l’enfant.
— Tu veux être militaire ?
— Non, Madame.
— Tu ne désirerais pas être médecin ?
— Non plus.
— Moi, je sais bien ce que tu voudrais être… Être prêtre ! Dire la messe… confesser… prêcher… N’est-ce pas vrai ?
— Non, Madame, je ne veux pas être prêtre.
— Alors que veux-tu être ?
— Je veux être rien !… Je veux mourir, et aller au ciel.
« C’était là, dit M. Marto, une vraie décision ! »
Oui, celle de « n’être rien », pour être tout à Dieu. N’être rien pour être… quelqu’un… un « autre Christ ». Quelle noblesse d’âme dans cette réponse qui n’est pas sans rappeler la devise de saint Jean de la Croix : « Nada, tudo », « Rien pour moi, tout pour Dieu. » Méditons, à ce sujet, la remarque si profonde de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus à l’une de ses novices qui disait :
Oh ! Quand je pense à tout ce que j’ai à acquérir ! – Dites plutôt… à perdre. Je vois bien que vous vous trompez de route, vous n’arriverez jamais au terme de votre voyage. Vous voulez gravir une montagne, et le bon Dieu veut vous faire descendre. Il vous attend au bas de la vallée de l’humilité… Le seul moyen de faire de rapides progrès dans la voie de l’amour est celui de rester toujours bien petite ; c’est ainsi que j’ai fait [24].
En trois ans, sous la conduite de Notre-Dame, François comprit cela… « On avance plus en peu de temps de soumission et de dépendance de Marie, que dans des années entières de propre volonté et d’appui sur soi-même [25]. »
Il eut bien besoin de l’appui de la sainte Vierge, car les épreuves ne tardèrent pas à arriver :
Dans la deuxième quinzaine de mai, raconte l’abbé Antonio dos Reis qui fut élève à l’école de Fatima avec François de février à juillet 1917, la nouvelle de la première apparition de Notre-Dame à la Cova da Iria s’étant répandue dans la paroisse, les choses s’aggravèrent quelque peu pour lui à l’école. L’instituteur, bon professeur, mais mauvais éducateur, car il n’avait pas la foi, et n’avait aucun respect pour les vérités chrétiennes et les choses de la religion, profitait du peu d’intérêt que montrait François dans les études [26] (il était très en retard, encore dans la classe enfantine), pour le traiter de faux voyant. […] Nous, enfants que nous étions, nous sentant couverts par le jugement de l’instituteur, nous faisions parfois « chorus » avec lui pour humilier le pauvre François. Le pire est que ces humiliations, de la part de ses camarades, ne consistait pas seulement en paroles. Quelquefois, le pauvre garçon était obligé de passer la récréation appuyé à un mur, pour essayer de se défendre des mauvais traitements que des élèves plus robustes et plus hardis n’hésitaient pas à lui infliger.
Comme Jacinthe, François savait qu’il ne vivrait pas longtemps : « D’ici peu, Jésus va venir me chercher pour aller au ciel avec lui, et alors je resterai toujours à le voir et à le consoler. Quel bonheur ! »
— François, souffres-tu beaucoup ?, demanda affectueusement Lucie à son cousin.
— Oui, mais ça ne fait rien. Je souffre pour consoler Notre-Seigneur. Je voudrais souffrir davantage, mais je ne peux pas. […] Je me sens très mal… J’offre d’abord cela pour consoler Notre-Seigneur et Notre-Dame et ensuite je l’offre pour les pécheurs et pour le Saint-Père. […] Il ne me reste plus beaucoup de temps pour aller au ciel.
— Alors, n’oublie pas, lui dit Lucie, de prier beaucoup pour les pécheurs, pour le Saint-Père, pour moi et pour Jacinthe.
— Oui, je prierai, mais ces choses-là, demande-les plutôt à Jacinthe ! J’ai peur d’oublier quand je verrai Notre-Seigneur… et aussi je voudrais surtout le consoler.
Ce désir est une réponse à l’appel de Notre-Seigneur : J’ai cherché des consolateurs et je n’en ai point trouvé [27], pourtant mes délices sont d’être avec les enfants des hommes [28]…
Mais pourrait-on se demander : Pourquoi consoler Dieu, dont le bonheur est infini ; le Sauveur ne jouissait-il pas, en outre, de la vision béatifique, même pendant sa Passion ?… Oui, mais pas dans sa nature humaine ; et soyons bien certains que « de même que notre péché actuel a hélas réellement tourmenté Notre-Seigneur dans sa passion, ainsi nos actes d’amour l’ont réellement consolé [29] ».
« François paraissait ne penser qu’à consoler Notre-Seigneur et Notre-Dame, qui lui étaient apparus si tristes », écrivit sœur Lucie. Et de fait, comme l’observe Pierre Darnac, la réparation prend chez François une forme directement et presque uniquement théocentrique :
Un jour, dit Lucie, je lui demandai : François, qu’est-ce que tu préfères : consoler Notre-Seigneur ou convertir les pécheurs afin qu’il n’y ait plus d’âmes à aller en enfer ? — J’aime mieux consoler Notre-Seigneur. N’as-tu pas remarqué combien Notre-Dame est devenue triste, le mois dernier, lorsque elle nous a dit qu’il ne fallait plus offenser Dieu Notre-Seigneur, car il est déjà trop offensé ? Je voudrais consoler Notre-Seigneur et, ensuite, convertir les pécheurs afin qu’ils ne l’offensent plus.
Les enfants malades sont, en général, facilement capricieux. Chez François, jamais une plainte, comme nous le raconte sa mère, Mme Olimpia :
Le petit acceptait tous les remèdes qu’on lui donnait, il ne faisait pas de manières. Je n’ai jamais pu savoir ce qui lui plaisait. Si je lui donnais un peu de lait, il prenait le lait. Si je lui donnais un œuf, il gobait l’œuf. Pauvre petit !… Même les médecines amères, il les buvait sans faire de mauvais visage. Aussi pensions-nous qu’il arriverait à vaincre le mal. Mais quoi ?… Il répétait sans cesse que tout était inutile, que Notre-Dame allait venir le chercher pour aller au ciel.
Le consolateur de Dieu a un cœur grand et viril. Francisco est de ceux-là : de son lit de malade, il appela un jour sa cousine ; après s’être assuré que la porte était bien fermée, il chercha sous ses vêtements la corde qui lui servait de cilice, et la remit à Lucie. « Prends-la avant que ma mère ne la voie… maintenant, je ne suis plus capable de la garder autour de la taille. » « Je vais me confesser et, ensuite, mourir. Je voudrais que tu me dises, Lucie, et Jacinthe aussi, les péchés que vous m’avez vu faire »…
Le 3 avril 1919, vers dix heures du soir, « le visage de François s’illumina d’une manière surprenante. Un sourire angélique entrouvrit ses lèvres, qui laissèrent échapper son dernier soupir. Doucement, sans agonie, sans aucun indice de souffrance, le petit s’était éteint, et son âme s’envolait au Ciel [30] ».
« Jacinthe est une des âmes les plus généreuses du XXe siècle »
(R.P. Réginald Garrigou-Lagange, O.P.)
La vision de l’enfer, le 13 juillet 1917, impressionna fortement Jacinthe. Ce ne fut pas tant l’horreur du spectacle infernal qui la bouleversa que d’y avoir vu « tant d’âmes, tant d’âmes » y tomber.
Oh, Lucie, pourquoi n’as-tu pas dit à Notre-Dame de montrer l’enfer à tous ces gens ? Que les pécheurs me font de la peine ! Mais qu’est-ce que cela leur coûerait de ne pas dire de vilains mots et d’aller à la messe [31] ?… Ah ! Si je pouvais leur montrer l’enfer ! Et dire qu’il y a là des gens vivants qui, brûlent comme du bois dans le feu !… Oh, Lucie, pourquoi Notre-Dame ne montre-t-elle pas l’enfer aux pécheurs ? S’ils le voyaient, ils ne feraient plus de péchés, pour ne pas y aller [32] !
Alors la petite, s’agenouillant sur le sol, joignait les mains et répétait les paroles que la sainte Vierge leur avait apprises et que nous disons depuis à la fin de chaque dizaine du chapelet : « O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer, et conduisez au ciel toutes les âmes, nous vous prions spécialement pour celles qui ont le plus besoin de votre sainte miséricorde [33]. »
Pour attirer la miséricorde de Dieu, gémir ne suffit pas. Il faut à la prière joindre le sacrifice. Jacinthe le fera constamment et jusqu’à l’héroïsme, durant les trois ans qui lui restera à vivre… Combien de catholiques pourraient en dire autant sur toute une vie ?…
Les Mémoires de sœur Lucie [34], ainsi que l’ouvrage du P. De Marchi [35], que nous vous recommandons, nous décrivent de nombreux sacrifices de Jacinthe : accepter immédiatement l’idée de mourir toute seule, sans Lucie, dans un hôpital à Lisbonne, loin de son village, comme le lui révéla Notre-Dame, supporter sans se plaindre une douloureuse opération sous une quasi-symbolique anesthésie locale [36] ; endurer patiemment des visites et des interrogatoires interminables ; ne pas rechercher, sans nécessité, la présence consolante de son frère ; étant malade, ne réciter « qu’à genoux », et non prosternée, les prières de l’ange pendant la nuit, etc.
Retenons-en un, qui révèle combien la soif que son âme innocente éprouvait jusqu’à l’angoisse pour le salut éternel des pécheurs, dépassait la soif physique la plus cruelle :
Aux heures fraîches de la matinée, succédaient des heures de chaleur suffocante. La soif commençait à se faire sentir, et il n’y avait pas une goutte d’eau à boire. — Tant mieux, disait Jacinthe. J’ai bien soif, mais j’offre tout pour la conversion des pauvres pécheurs. Le soleil devenait de plus en plus ardent. Une heure, deux heures passent. Lucie pense qu’elle doit, sans cesser de faire des sacrifices, fournir au moins le nécessaire à ses petits cousins, et elle va demander une cruche d’eau à une maison proche. Elle offre l’eau d’abord à François, qui répond : « Non, je ne veux pas boire ! Je veux souffrir pour la conversion des pécheurs — Alors toi, Jacinthe, bois ! — Moi aussi, dit-elle, je veux offrir ce sacrifice pour la conversion des pécheurs. » « Je versai alors l’eau dans le creux d’une pierre, raconte Lucie avec simplicité, pour la faire boire par les brebis, et je retournai porter la cruche à sa propriétaire. »
Le sacrifice de Jacinthe touchait à l’héroïsme. La tête entre les mains, elle semblait près de défaillir. Dans les heures les plus chaudes, la campagne s’anime de mille bruits. Les cigales, les grillons, les grenouilles font un concert assourdissant. Jacinthe n’en peut plus, et, avec ingénuité, elle se tourne vers sa cousine en suppliant : « Dis donc aux grillons et aux grenouilles de se taire ! J’ai si mal à la tête ! » Mais, des lèvres de François, aussi sèches qu’un parchemin, jaillit un doux reproche : « Tu ne veux donc pas souffrir cela pour les pécheurs ? — Si je le veux, répond Jacinthe avec décision. Lucie, laisse-les chanter ! »
Le Cœur Immaculé de Marie enflamma le cœur de notre pastourelle. Il le rendit semblable au sien, lui faisant partager ses intentions, spécialement le salut des pauvres pécheurs. Dieu « alluma en son cœur ce feu divin qui embrase d’une manière ineffable le cœur de la bienheureuse Vierge Marie [37] ». C’est pourquoi la générosité de cette enfant est si ardente, car elle procède, de quelque façon, de l’amour même du cœur de Marie.
Lucie, cette Dame a dit que son cœur immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira à Dieu. Cela ne te rend pas toute heureuse ? J’aime tant son cœur, il est si bon ! […] Je suis si triste de ne pouvoir communier en réparation des péchés commis contre le cœur immaculé de Marie ! […] J’aime tant le cœur immaculé de Marie ! C’est le cœur de notre maman du ciel ! Tu n’aimes pas lui dire très souvent : doux cœur de Marie ! Cœur immaculé de Marie ? J’aime tant le lui dire ! Quelquefois, en cueillant des fleurs des champs, elle chantait en improvisant : doux cœur de Marie, soyez mon salut ! Cœur immaculé de Marie, convertissez les pécheurs, préservez-les de l’enfer [38].
La petite voyante ne craindra pas, à plusieurs reprises d’avertir ceux qui disaient de vilains mots : « Si vous continuez, vous irez en enfer ! » Ils se taisaient aussitôt !…
Avant de mourir, Jacinthe dira à sa cousine :
Dans peu de temps, j’irai au ciel. Toi, tu resteras pour dire que Dieu veut établir dans le monde la dévotion au cœur immaculé de Marie. Quand il faudra le dire, ne te cache pas. Dis à tout le monde que Dieu nous concède ses grâces par le cœur immaculé de Marie ; qu’ils les demandent à elle ; que le cœur de Jésus veut que l’on vénère à côté du sien le Cœur Immaculé de Marie, que l’on demande la paix au Cœur Immaculé de Marie, car Dieu l’a confiée à elle. Si je pouvais mettre dans tous les cœurs le feu qui brûle dans ma poitrine et qui me fait tant aimer le cœur de Jésus et le cœur de Marie [39].
Ce n’est pas sans autorité que Jacinthe s’adresse ainsi à Lucie, pourtant son aînée. La Mère Godinho, qui l’hébergea à Lisbonne, le constata : « Elle parlait avec une telle autorité ! Comme si elle ne fût pas un enfant. » Sa propre mère, Dona Olimpia, ne la comprenait plus : « Lucie, demande donc à Jacinthe à quoi elle pense quand elle se cache la figure dans ses mains, restant ainsi si longtemps sans bouger ! Je le lui ai demandé, mais elle ne fait que sourire et ne répond rien ! » Lucie le lui demanda : « Je pense à Notre-Seigneur et à Notre-Dame, et j’aime beaucoup penser. » « Je ne comprends rien. La vie de cette enfant est une énigme », soupira sa mère.
« Super senes intellexi [40] ». « J’ai compris ce que les vieillards ne comprenaient pas », aurait pu dire, avec le psalmiste, la petite bergère d’Aljustrel. En Jacinthe, plus encore qu’en Lucie, les dons du Saint-Esprit, spécialement ceux de sagesse et de force, se développèrent à un très haut degré ; et ce malgré son jeune âge… ou grâce à son jeune âge, Notre-Seigneur, nous ayant affirmé : « Si vous ne devenez pareils à de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux [41] ? » Dieu, révèle ses mystères aux petits [42]…
Voici un florilège de pensées de Jacinthe… Rappelons-nous qu’elle avait alors entre sept et dix ans ! Méditons-les…
L’Église n’a pas de modes ; Notre-Seigneur ne change pas.
Les péchés qui conduisent le plus d’âmes en enfer sont les péchés de la chair.
Viendront des modes qui offenseront beaucoup Notre-Seigneur.
[A Lucie lui demandant pourquoi elle voulait aller à la messe en semaine :] Pour ceux qui n’y vont même pas le dimanche.
Les péchés du monde sont très grands.
Si les hommes savaient ce qu’est l’éternité, ils feraient tout pour changer de vie.
Les hommes se perdent, parce qu’ils ne pensent pas à la mort de Notre-Seigneur et ne font pas pénitence.
Beaucoup de mariages ne sont pas bons, ne plaisent pas à Notre-Seigneur, et ne sont pas de Dieu.
Il ne faut pas s’obstiner dans le péché.
Les guerres ne sont que des châtiments pour les péchés du monde.
Pauvre Notre-Dame ! J’ai tant de peine pour Notre-Dame, tant de peine !
Marraine, prie beaucoup pour les pécheurs ! Prie beaucoup pour les prêtres ! Prie beaucoup pour les religieux ! Les prêtres ne devraient s’occuper que des choses de l’Église.
Notre-Dame ne veut pas que l’on parle à l’église.
Malheur à ceux qui persécutent la religion de Notre-Seigneur !
Les prêtres doivent être purs, très purs.
Si ceux qui gouvernent [la société] laissaient en paix l’Église et donnaient la liberté à la sainte religion, ils seraient bénis de Dieu.
Il ne faut pas vivre dans le luxe, mais fuir les richesses.
Marraine, aime beaucoup la pauvreté et le silence !
Aie beaucoup de charité, même avec les méchants ; ne dis du mal de personne, et fuis ceux qui disent du mal.
Aie beaucoup de patience, parce que la patience nous conduit au ciel.
Il faut s’approcher du confessionnal avec confiance et joie. Sans la confession, il n’y a pas de salut.
La Mère de Dieu veut davantage d’âmes vierges, qui se lient à elle par le vœu de chasteté.
J’aimerais beaucoup aller au couvent ; mais j’aime encore plus aller au Ciel.
[Sais-tu ce que veut dire : être pure ?, lui demanda sa marraine :] Oui, je sais. Être pure dans son corps, c’est garder la chasteté ; et être pur dans son âme, c’est ne pas faire de péchés : ne pas regarder ce que l’on ne doit pas voir, ne jamais mentir, dire toujours la vérité même si cela nous coûte.
Les médecins n’ont pas de lumières pour guérir les malades, parce qu’ils n’ont pas d’amour de Dieu.
Mais, qui t’a enseigné toutes ces choses ?, lui demanda encore sa marraine :
C’est Notre-Dame ; mais certaines choses, c’est moi qui les pense, j’aime beaucoup penser.
Parlant avec enthousiasme de Notre-Seigneur et de Notre-Dame :
J’aime tellement souffrir pour leur amour et pour leur faire plaisir ! Ils aiment beaucoup ceux qui souffrent pour la conversion des pécheurs.
Écoutons-la dire les raisons profondes de tous ces sacrifices :
Patience ! Nous devons tous souffrir pour aller au ciel !
Je n’irai plus danser parce que je veux offrir ce sacrifice à Notre-Seigneur. [Nous devinons combien cela a dû lui coûter…]
Il nous faut faire beaucoup de sacrifices, disait-elle, et prier beaucoup pour les pécheurs, afin que personne n’aille plus dans cette prison de feu où l’on souffre tant !
O Jésus, maintenant vous pouvez convertir beaucoup de pécheurs, parce que je souffre beaucoup.
O mon Jésus, je vous aime, et je veux souffrir beaucoup pour votre amour.
J’offre tout pour les pécheurs, et en réparation pour le cœur immaculé de Marie.
Jacinthe savait le jour et l’heure de sa mort.
En ce soir du vingt février 1920, rapporte le docteur Lisboa, vers six heures, la petite dit qu’elle se sentait mal, et qu’elle désirait recevoir les derniers sacrements. On appela le curé de la paroisse voisine, M. l’abbé Pereira dos Reis, qui l’entendit en confession vers huit heures du soir. On m’a dit que la petite avait insisté pour qu’on lui apportât le viatique. Mais M. l’abbé Pereira dos Reis, la voyant apparemment bien, ne voulut pas le faire, et lui promit seulement de lui apporter Notre-Seigneur le jour suivant. De nouveau, la petite insista pour recevoir la communion, disant qu’elle allait bientôt mourir.
De fait, vers dix heures et demie du soir, elle s’éteignit tranquillement, mais sans avoir pu communier, ce fut sans doute son plus grand sacrifice : ne pas avoir pu recevoir, avant de mourir, celui dont elle disait :
C’est Jésus caché ! Je l’aime tellement ! Qui me donnera de le recevoir à l’église ? [Le curé de Fatima, en effet, était encore réticent à appliquer les récentes prescriptions de saint Pie X sur la communion des enfants dès l’âge de raison.] Communie-t-on au ciel ? Si on peut y communier, j’y communierai tous les jours ! Ah ! si l’Ange venait à l’hôpital m’apporter de nouveau la sainte communion ! Comme je serais contente !
Belle illustration de ce que saint Pie X prophétisait en promulguant son décret sur la communion :
Il y aura des saints parmi les enfants.
Trois jours et demi après sa mort, le corps de Jacinthe exhalait un parfum exquis de fleurs odoriférantes : à chaque exhumation, le 12 septembre 1935 et le 1er mai 1951, on constata que son visage était resté intact, parfaitement reconnaissable [43]. Sœur Lucie écrivit, après l’avoir vu en photographie :
Je ne me sentis plus de ce monde tant était grande ma joie de revoir ma plus intime amie d’enfance. Elle n’était une enfant que par le nombre de ses années. Elle sut si bien pratiquer la vertu et montrer son amour de Dieu et de la très sainte Vierge Marie par sa vie de sacrifice.
François et Jacinthe de Fatima,
des modèles pour les enfants
Les enfants sont tous très sensibles aux exemples des pastoureaux de Fatima. Pourtant, rares sont ceux qui suivent vraiment et durablement leurs traces. Serait-ce parce que François et Jacinthe ont vu la sainte Vierge et que cela rend leur sainteté inaccessible ? Mais il ne s’agit certes pas de les imiter en tout ! Il est clair que leurs vertus héroïques correspondaient à une vocation privilégiée. Dieu et Notre-Dame leur ont donné les grâces d’une sainteté proportionnée aux lumières reçues au Cabeço et à la Cova da Iria : La prière de l’Ange adorateur, la beauté et la bonté de la Mère de Dieu, les souffrances de son cœur immaculé, la vision de l’enfer…
De fait, le Ciel a bien suscité ces enfants pour que leur exemple illumine les chrétiens et les encourage sur la voie de la sainteté à laquelle ils sont appelés. Les messages de Notre-Dame à Fatima nous concernent tous, y compris les enfants : La réparation des outrages faits à la très sainte eucharistie, la récitation quotidienne du chapelet, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, en particulier lors des premiers samedis, la pratique du sacrifice, ne sont pas des demandes exclusivement réservées aux enfants de Fatima. Si nous ne sommes pas appelés à leur degré de sainteté, nous ne pouvons néanmoins demeurer sourds aux appels de Notre-Dame ; il nous faut mettre en pratique ses demandes, au moins individuellement et en famille. Hélas, la demande de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie et la révélation de la troisième partie du secret de Fatima, qui concernent la hiérarchie de l’Église, ont fait et font encore l’objet d’incroyables difficultés ; mais ceci est un autre sujet…
Nous ne pouvons demeurer indifférents aux blasphèmes qui meurtrissent le cœur de notre Mère. Nous ne pouvons indéfiniment nous contenter de ces faux prétextes invoqués habituellement pour ne pas réciter notre chapelet tous les jours. Nous ne pouvons effacer la terrible réalité de la perte éternelle de milliers et de milliers d’âmes, dont nous sommes plus ou moins responsables par relation de cause à effet : « Priez, priez beaucoup, faites des sacrifices pour les pécheurs ; car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles », a averti Notre-Dame.
— Par conséquent, la première condition pour que les enfants qui, plus encore que les adultes, ont besoin d’exemples, suivent l’exemple de François et de Jacinthe, est que leurs propres parents et éducateurs répondent généreusement aux appels de Fatima. Est-ce vraiment le cas ?…
— La deuxième condition est que les enfants puissent s’épanouir dans un contexte qui facilitera leur sanctification : Le souci d’une bonne et solide éducation avec, entre autres, la prière en famille, un éloignement des plaisirs trompeurs de ce monde (musique rock et danses qui l’accompagnent, jeux informatiques, audiovisuel, téléphone portable, etc.), l’esprit de pauvreté sans lequel les enfants seront gâtés et égoïstes, l’amour de la nature [44], une scolarité véritablement catholique [45], de bonnes compagnies, le mépris du « qu’en dira-t-on » ; en un mot : tout ce qu’ont vécu François et Jacinthe et qui a permis que la grâce ne travaillât pas en vain dans leurs âmes. Il ne s’agit évidemment pas de faire, de tous les enfants, des bergers, mais d’écarter résolument de leur vie tout ce qui pourra constituer un obstacle à la grâce.
« Notre éducation moderne est lamentable, dit un jour Mgr Lefebvre lors d’une conférence spirituelle aux séminaristes d’Écône, les parents se sont mis au service de leurs enfants, ils n’ont jamais l’idée de faire faire un sacrifice aux enfants. »
Combien de parents se montrent inconscients des effets désastreux de leur souci d’être à la mode, de leur attitude critique sinon insultante à l’égard des prêtres et de leur vie plus mondaine que chrétienne, qui se perd en bavardages et en frivolités ! Ils en cueilleront les fruits amers : une jeunesse désabusée, de mauvais mariages, des vocations perdues.
On ne fait pas pousser des fleurs sur du béton, même avec du soleil et de l’eau ! Jamais un enfant ne se sanctifiera, et encore moins sanctifiera son prochain, s’il n’est pas élevé selon de bons principes et dans un contexte profondément chrétien, même si papa et maman assistent chaque dimanche à la messe traditionnelle.
— La troisième condition est que les parents et les éducateurs mettent en évidence ce qui a motivé la sanctification de François et Jacinthe et encouragent, patiemment, dans cette même direction, les enfants qui leur sont confiés. La sainteté ne peut être que le fruit d’un combat, avec et par la grâce de Dieu, bien sûr. En pratique, ne pas hésiter à leur expliquer, sans respect humain, les souffrances de Notre-Seigneur pendant sa passion, la bonté de la sainte Vierge, de son cœur douloureux, ce qu’est le ciel, l’enfer (sans en parler continuellement, évidemment), la tristesse du bon Dieu,… Les parents, les catéchistes ont une grâce d’état pour cela. Les enfants, qui, moins compliqués que les adultes, vont droit à l’essentiel, comprennent vite et sont facilement émus par ce qui a bouleversé François et Jacinthe. La sainte Vierge le sait bien, aussi pourquoi ne pas suivre sa pédagogie, toute de bonté, mais aussi d’exigence : n’a-t-elle pas montré l’enfer aux enfants ? Qui peut vouloir le bien des enfants mieux que Notre-Dame, la meilleure des mères ?
Il est important, également, que les enfants sachent faire de petits sacrifices, avec pureté d’intention et de bon cœur. Les occasions ne manquent pas d’en offrir « pour l’amour de Jésus, la conversion des pauvres pécheurs et en réparation des offenses faites au Cœur Immaculé de Marie ». Il ne s’agit pas bien sûr, de copier les héroïques mortifications des pastoureaux de Fatima, mais de leur montrer la valeur du renoncement, qui leur procurera « une joie qui dure », disait la petite Anne de Guigné, bien différente de celle qui accompagne leurs caprices : une fausse joie qui passe et se transforme en remords.
La Croisade eucharistique des enfants, surtout si elle s’inspire des Messages de Fatima, pourra aussi faire beaucoup de bien. Ne pas hésiter à y inscrire ses enfants, surtout s’ils se montrent généreux.
Mais, encore une fois, si le contexte de vie des enfants n’est pas bon et conforme à la deuxième condition, les parents peuvent s’attendre, sauf miracle, à de graves désillusions. Ce n’est pas la peinture qui rend un édifice solide, mais ses fondements.
Enfin, n’en doutons pas, le souci de guider les enfants sur les pas de Francisco et de Jacinta ne pourra que favoriser l’éclosion de belles vocations sacerdotales et religieuses.
Nous est-il permis, en ce monde sans Dieu et sans croix, ce monde qui salit l’honneur de Notre-Dame, et qui met tout en œuvre pour corrompre l’enfance, de ne pas susciter la générosité et la sainte réaction des enfants, précisément, afin que Notre-Seigneur et le cœur de Marie soient consolés et que beaucoup d’âmes soient sauvées pour l’éternité ?
« Le message de Fatima peut se résumer en ces termes : La manifestation du Cœur Immaculé de Marie au monde actuel pour le sauver ». Notre-Dame a choisi pour cela des témoins : trois enfants, trois enfants qui authentifièrent ses apparitions par la sainteté de leur vie, et qui appellent tous les enfants du monde à les suivre sur le chemin du Ciel.
Doux Cœur de Marie, soyez notre salut !
Jacinthe et François de Fatima, priez pour nous !
[1] — Fernando Leite, Francisco de Fàtima, Brage, 1986, p. 13.
[2] — Sœur Lucie, Appels de Fatima, l, 1.
[3] — Sœur Lucie, Appels de Fatima.
[4] — P. de Marchi, Témoignages sur les apparitions de Fatima, éd. Missões Consolata, chap. 2, p. 32.
[5] — De República, livre VIII, 563, a-e.
[6] — Gn 2, 16-17 ; 3, 6-21.
[7] — Mémoires.
[8] — Ibid.
[9] — Appels de Fatima, l, 1.
[10] — Ibid.
[11] — « François ne semblait pas être le frère de Jacinthe, sinon par les traits du visage et la pratique de la vertu ; il n’était pas comme elle, capricieuse et vive, mais il était, au contraire d’un naturel pacifique et condescendant. » Sœur Lucie, Quatrième Mémoire, l.
[12] — Mémoires.
[13] — Témoignages sur les apparitions de Fatima, ch. II.
[14] — Environ deux sous d’avant la Seconde Guerre mondiale.
[15] — Mémoires de sœur Lucie, citées par le P. De Marchi.
[16] — Pierre Darnac.
[17] — Témoignages sur les apparitions de Fatima, P. De Marchi, ch. ll.
[18] — Sœur Lucie, Quatrième Mémoire, 16.
[19] — P. De Marchi, Témoignages, ch. III.
[20] — Sœur Lucie, 1er Mémoire.
[21] — Témoignages, ch. III.
[22] — Témoignages.
[23] — G.K. Chesterton, Saint Thomas du Créateur, Grez-en-Bouère, DMM.
[24] — Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Conseils et Souvenirs.
[25] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la Vraie Dévotion, nº 155.
[26] — Il est vrai que le petit savait que Notre-Dame viendrait bientôt le chercher…
[27] — Ps 68.
[28] — Pv 8, 31.
[29] — Un Chartreux, Amour et Silence, p. 54.
[30] — P. De Marchi, Témoignages, III, 7.
[31] — Elle n’imaginait pas, bien sûr, les effroyables dérèglements de la société actuelle !…
[32] — Sœur Lucie, Troisième Mémoire.
[33] — Ibid.
[34] — Spécialement les 1er, 3e et 4e Mémoires.
[35] — Témoignages sur les Apparitions de Fatima, éd. Missões Consolata.
[36] — Le docteur Castro Freire, qui l’opéra, témoigna de sa patience héroïque.
[37] — Voir la secrète de la fête du Cœur Immaculé de Marie, au 22 août.
[38] — Sœur Lucie, 3e Mémoire.
[39] — 3e Mémoire.
[40] — Ps 118.
[41] — Mt 18, 3.
[42] — Voir Mt 11, 25 ; Lc 10, 21 ; Jc 4, 6 ; 1 P 5, 5.
[43] — Une photo est éditée au début des Mémoires de sœur Lucie.
[44] — Ce n’est certes pas sans raisons que Mgr Lefebvre, lors de son jubilé sacerdotal à Paris, le 23 septembre 1979, disait : « Et je souhaite que, voyez-vous, dans ces temps si troublés, dans cette atmosphère si délétère dans laquelle nous vivons dans les villes, vous retourniez à la terre quand c’est possible. La terre est saine, la terre apprend à connaître Dieu, la terre rapproche de Dieu, elle équilibre les tempéraments, les caractères, elle encourage les enfants au travail. »
[45] — Nous ajouterions volontiers, pour éduquer la sensibilité, une formation à la musique, au dessin…
Informations
L'auteur
Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Bertand Labouche a exercé durant plusieurs année son apostolat à Fatima et au Portugal
Le numéro

p. 220-241
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