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La dévotion réparatrice

des cinq premiers samedis du mois

 

 

 

par l’abbé Fabrice Delestre

 

 

 

Le 16 juin 1675, à Paray-le-Monial, Notre-Seigneur apparais­sait à sainte Marguerite-Marie, de l’ordre de la Visitation, alors qu’elle était en adoration devant le Saint-Sacrement :

« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épar­gné jusqu’à s’épuiser et à se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froi­deurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. »

Le parallélisme entre Paray-le-Monial et Fatima, frappant sous de nombreux aspects [1], apparaît encore davantage lors­qu’on considère leur rapport commun à la sainte eucharistie.

A Paray-le-Monial, Notre-Seigneur vient demander de répa­rer les ingratitudes, irrévérences et sacrilèges envers le Saint-Sacrement ; il promet qu’il « accordera, à tous ceux qui com­munieront neuf premiers vendredis des mois, de suite, la grâce de la pénitence finale [2] ».

A Fatima, à l’automne 1916, l’Ange du Portugal vient ap­prendre aux enfants une prière à réciter en réparation des « outrages, sacrilèges et indifférences » par lesquels Notre-Seigneur est offensé dans le sacrement de l’eucharistie, puis il communie les enfants.

A Pontevedra, le 10 décembre 1925, la très sainte Vierge vient révéler à sœur Lucie la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis de chaque mois, qu’elle avait annoncée à Fatima dès le 13 juillet 1917. Au cœur de cette pratique se trouve la réception de la sainte communion. Et Notre-Dame promet à ceux qui embrasseront cette dévotion « de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme ». Il s’agit de réparer les offenses au Cœur Immaculé de Marie, mais les apparitions de l’ange indiquent clairement que le message de Fatima invite aussi les âmes à réparer les offenses envers le Saint-Sacrement.

Jésus-Hostie se trouve donc au cœur des apparitions de Fatima comme de Paray-le-Monial. Fatima montre même que c’est la Vierge Marie qui conduit à l’eucharistie, parce que son rôle est de conduire à Jésus : c’est après les apparitions de Notre-Dame que les enfants ont eu pour le Saint-Sacrement cette dé­votion extraordinaire que n’avait pas pu donner à elle seule l’ap­parition de l’ange [3].

Le rosaire agit de même. « Le rosaire, disait le père Vayssière, c’est la communion de tout le jour, qui traduit en lumière et en résolutions fécondes la communion du matin [4]. »

Loin de faire dévier la piété eucharistique, comme certains l’en ont accusée, la communion réparatrice demandée par l’in­termédiaire de sœur Lucie contribue au contraire à la ramener à l’essentiel : le cœur eucharistique de Notre-Seigneur, tellement uni au cœur de Marie que, en un sens, ils ne font qu’un.

M. l’abbé Delestre retrace ici l’histoire de cette dévotion ; il en précise les modalités, répond à une objection courante et, surtout, met en valeur ce qui doit en être l’âme : l’intention ré­paratrice.

Le Sel de la terre.

 

 

Préambule

Les deux demandes du 13 juillet 1917

 

LE 13 JUIN 1917, la très sainte Vierge dit à Lucie : « Jésus veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. » Puis les trois petits bergers virent Notre-Dame tenant dans sa main droite un cœur entouré et percé d’épines. Ils comprirent que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation.

Le 13 juillet, la reine du Ciel répéta les mêmes paroles puis les explicita en faisant deux demandes concrètes très précises : « Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et l’on aura la paix. [...] Je viendrai de­mander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la dévotion répa­ratrice des premiers samedis (du mois). »

De fait, Notre-Dame réalisa parfaitement sa promesse :

— Elle vint demander expressément la consécration de la Russie à sœur Lucie à Tuy, en Espagne, le 13 juin 1929 :

 

Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen. Elles sont si nombreuses, les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens de­mander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie.

 

— Quant à la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, Notre-Dame vint l’expliquer à Lucie le 10 décembre 1925, à Pontevedra en Espagne, où la voyante était jeune postulante à la vie religieuse chez les sœurs Dorothées. En décembre 1927, sœur Lucie écrivit le compte-rendu de cette apparition, sur ordre de son confesseur, mais par humilité, elle écrivit ce texte à la troisième personne :

 

Le 10 décembre 1925, la très sainte Vierge lui apparut et, à côté d’elle, porté par une nuée lumineuse, l’Enfant-Jésus. La très sainte Vierge mit la main sur son épaule et lui montra, en même temps, un cœur entouré d’épines qu’elle tenait dans l’autre main. Au même moment, l’Enfant lui dit : « Aie compassion du Cœur de ta très sainte Mère entouré des épines que les hommes ingrats lui en­foncent à tout moment, sans qu’il n’y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. » Ensuite, la très sainte Vierge lui dit : « Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, rece­vront la sainte communion, réciteront un chapelet et me tiendront compagnie pendant 15 minutes en méditant sur les 15 mystères du rosaire, en esprit de répa­ration, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces néces­saires pour le salut de leur âme. »

 

Remarquons bien que si l’acte de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie dépend directement du bon vouloir de l’autorité hiérar­chique dans l’Église (pape et évêques), la dévotion réparatrice des premiers sa­medis du mois est demandée à tous les catholiques. De cette pratique dépend le salut de beaucoup d’âmes et même la paix du monde. D’où l’importance pour tout baptisé de savoir exactement en quoi elle consiste.

Mais auparavant, voyons comment la divine Providence a préparé les âmes à recevoir cette dévotion.

 

 

Prémisses d’une dévotion

 

En venant demander à sœur Lucie, le 10 décembre 1925 à Pontevedra, la pra­tique de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, Notre-Dame n’innovait pas : cette demande céleste apparaît au contraire comme le point d’orgue de tout un mouvement de piété né longtemps auparavant et en­couragé par le Saint-Siège à partir de 1889.

 

Le samedi, jour consacré spécialement à la très sainte Vierge

 

Cette tradition immémoriale date très certainement des tous premiers siècles de l’Église : la présence des Messes de Notre-Dame le samedi [5], dans le missel ro­main de saint Pie V de 1570, montre l’antiquité de cette pratique qui consiste à honorer spécialement la sainte Mère de Dieu ce jour de la semaine, après avoir consacré la journée du vendredi à commémorer la passion de Notre-Seigneur et les souffrances de son Sacré-Cœur.

C’est en s’appuyant sur cette pieuse tradition, que les membres des confréries du rosaire prirent l’habitude de consacrer spécialement à Notre-Dame quinze samedis consécutifs de chaque année liturgique : durant ces quinze samedis, ils s’approchaient des sacrements et accomplissaient des exercices de piété parti­culiers en l’honneur des quinze mystères du saint rosaire. En 1889, le pape Léon XIII accorda pour tous les fidèles une indulgence plénière à gagner durant l’un de ces quinze samedis.

 

Le premier samedi du mois

 

Ce fut avec le grand pape saint Pie X que la dévotion des premiers samedis du mois se trouva approuvée et encouragée par Rome. Le 10 juillet 1905, il in­dulgenciait pour la première fois cette dévotion :

 

Tous les fidèles qui, le premier samedi ou le premier dimanche de douze mois consécutifs, consacrent quelque temps à la prière vocale ou mentale en l’honneur de la Vierge immaculée dans sa Conception gagnent, chacun de ces jours, une indulgence plénière. — Conditions : confession, communion et prières aux in­tentions du souverain pontife.

 

La dévotion réparatrice des premiers samedis du mois

 

Le 13 juin 1912, saint Pie X concédait de nouvelles indulgences à la dévotion des premiers samedis du mois, en insistant très fortement sur l’intention répara­trice avec laquelle elle devait être pratiquée :

 

Afin de promouvoir la dévotion des fidèles envers la très glorieuse et immacu­lée Mère de Dieu, et pour favoriser le pieux désir de réparation des fidèles (et ad fovendum pium reparationis desiderium) devant les blasphèmes exécrables proférés contre le très auguste nom et les célestes prérogatives de cette même bienheu­reuse Vierge, Pie X, pape par la divine Providence, a daigné accorder une indul­gence plénière, applicable aux âmes des défunts, le premier samedi de chaque mois, pour tous ceux qui, ce jour-là, se confesseraient, communieraient, accom­pliraient des exercices particuliers de dévotion en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, en esprit de réparation comme indiqué ci-dessus (in spiritu repara­tionis, ut supra) et prieraient aux intentions du souverain pontife [6].

 

Remarquons bien la providentielle coïncidence des dates : 13 juin 1912, c’est cinq ans jour pour jour avant la deuxième apparition de Notre-Dame à Fatima, au cours de laquelle les trois pastoureaux furent témoins de la première grande manifestation du Cœur Immaculé de Marie qu’ils virent « entouré d’épines qui semblaient s’y enfoncer. » « Nous avons compris, écrira Lucie à ce propos en 1941 dans son quatrième Mémoire, que c’était le Cœur Immaculé de Marie qui demandait réparation. »

Les termes employés par saint Pie X annoncent presque exactement ceux de la demande précise de Notre-Dame à Pontevedra en 1925 : dans les deux cas, est soulignée l’extrême importance de l’intention réparatrice, seule capable de dé­tourner et d’apaiser la colère de Dieu.

A Fatima et Pontevedra, Notre-Dame n’est donc pas une innovatrice : elle est venue donner la ratification du Ciel et une nouvelle impulsion à tout un mou­vement de piété mariale enraciné dans la plus pure tradition catholique, pour nous encourager à y participer tous.

 

 

L’intention réparatrice, clé de cette dévotion

 

Répondons d’abord à une objection que l’on entend parfois de la part de per­sonnes peu éclairées dans le domaine de la foi. Ces personnes contestent cette dévotion en affirmant qu’elle s’oppose à la persévérance dans la vie chrétienne : en effet, disent-elles, il suffirait donc de pratiquer une seule fois dans sa vie la dévotion réparatrice pour être assuré de son salut éternel ; ensuite, les âmes pourraient faire ce qu’elles voudraient, y compris cesser toute pratique reli­gieuse et tomber dans les pires péchés, elles seraient tout de même sauvées pour l’éternité ! Il est facile de réfuter cette objection : une âme qui accomplirait la dévotion réparatrice dans un tel esprit n’obtiendrait pas la grâce de la persé­vérance finale, attachée par Notre-Dame à cette pratique, puisqu’elle ne la ferait ni avec l’intention droite (condition indispensable à tous nos actes de religion et de dévotion, pour recevoir les bénédictions et grâces de Dieu) ni dans le souci de réparer et consoler le Cœur de Marie ! Une telle pratique équivaudrait au contraire à abuser gravement de la miséricorde de Dieu, en utilisant la pro­messe du salut éternel faite par Notre-Dame pour légitimer tous les péchés qui seraient accomplis ensuite ; c’est là le péché de présomption de son salut qui est l’un des sept péchés contre le Saint-Esprit !

 

Réparer pour les pécheurs

 

Les âmes qui veulent pratiquer la dévotion des premiers samedis du mois conformément à la volonté du Ciel doivent l’accomplir avec l’intention générale de réparer et de consoler Notre-Dame, en se substituant aux pauvres pécheurs qui l’outragent et lancent des blasphèmes contre elle : il s’agit, par charité fra­ternelle, « d’implorer le pardon et la miséricorde en faveur des âmes qui blas­phèment contre Notre-Dame parce que, à ces âmes-là, la divine miséricorde ne pardonne pas sans réparation [7]. » C’est ce qu’a bien précisé Notre-Seigneur à Lucie le 29 mai 1930, après lui avoir révélé les cinq espèces d’offenses et de blasphèmes qu’il s’agit de réparer (infra) :

 

Voilà, ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation et, en considération de celle-ci, d’émouvoir ma miséricorde pour pardonner aux âmes qui ont eu le malheur de l’offenser. Quant à toi, cherche sans cesse, par tes prières et tes sacrifices, à émouvoir ma miséri­corde à l’égard de ces pauvres âmes.

 

Cette intention réparatrice, mue par la charité fraternelle, devrait nous don­ner un très grand zèle pour accomplir la dévotion des premiers samedis non pas seulement cinq fois dans notre vie, pour assurer notre salut personnel, mais chaque premier samedi, afin de permettre le salut éternel du plus grand nombre possible de pécheurs. Car c’est bien là l’un des grands objectifs de la dévotion réparatrice envers le Cœur Immaculé de Marie : « sauver les âmes, beaucoup d’âmes, toutes les âmes [8]. »

Or, l’ensemble des événements surnaturels de Fatima, Pontevedra et Tuy nous montre très clairement, et à plusieurs reprises, que les âmes condamnées pour l’éternité sont très nombreuses :

 

— Le 13 juillet 1917, les trois pastoureaux ont la vision de l’enfer, qui est loin d’être vide :

 

Notre-Dame nous montra une grande mer de feu [...] et, plongés dans ce feu, les démons et les âmes [...]. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes, qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retom­baient de tous côtés, comme les étincelles retombent dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, avec des cris et des gémissements de douleur et de dés­espoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur [9].

 

— Le 19 août 1917, à la fin de l’apparition, Notre-Dame dit aux trois voyants :

 

Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles [10].

 

— Le 13 juin 1929, dans l’apparition de Tuy, Notre-Dame concluait la théo­phanie trinitaire dont fut gratifiée Lucie par ces paroles terribles et saisissantes :

 

Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie.

 

Sœur Lucie elle-même a toujours affirmé que le nombre des âmes damnées était très grand. A un jeune homme tenté d’abandonner le séminaire, elle conclut ainsi sa lettre : « Ne soyez pas surpris si je vous parle tant de l’enfer. C’est une vérité qu’il est nécessaire de rappeler beaucoup dans les temps pré­sents, parce qu’on l’oublie : c’est en tourbillon que les âmes tombent en enfer. Eh ! quoi ? Vous ne trouvez pas bien employés tous les sacrifices qu’il faut faire pour ne pas y aller et pour empêcher que beaucoup d’autres y tombent [11] ? » Et au père Lombardi qui, en octobre 1953, l’interrogea sur l’enfer, elle répondit : « Père, nombreux sont ceux qui se damnent. […] Père, beaucoup, beaucoup se perdront. »

 

Obtenir la conversion d’un pécheur

 

Il est même très louable et fructueux de pratiquer cette dévotion pour obtenir la conversion de tel ou tel grand pécheur de notre entourage. La lettre de sœur Lucie à l’évêque titulaire de Gurza, du 27 mai 1943, déjà citée, nous éclaire très bien sur la puissante efficacité surnaturelle de la dévotion aux très saints Cœurs de Jésus et Marie :

 

Les très saints Cœurs de Jésus et Marie aiment et désirent ce culte [envers le Cœur Immaculé de Marie] parce qu’ils s’en servent pour attirer toutes les âmes à eux et c’est là tous leurs désirs : sauver les âmes, beaucoup d’âmes, toutes les âmes. Notre-Seigneur me disait, il y a quelques jours : « Je désire très ardemment la propagation du culte et de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie parce que ce Cœur est l’aimant qui attire les âmes à moi, le foyer qui irradie sur la terre les rayons de ma lumière et de mon amour, la source intarissable qui fait jaillir sur la terre l’eau vive de ma miséricorde.

 

Mettant toute leur confiance dans le Cœur Immaculé de Marie, beaucoup de catholiques portugais ont pratiqué la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois en faveur d’un proche, grand pécheur et bien éloigné d’une ligne de vie chrétienne. Voici, entre autres, le beau témoignage d’une dame de Guimarães (nord du Portugal), paru dans le bulletin d’août 2001 de la Croisade eucharistique des enfants du Portugal : cette femme raconte qu’elle avait un frère rapatrié du Mozambique, qui était un révolté et un blasphémateur. Il avait abandonné son épouse légitime pour vivre avec une autre femme, dont il avait deux enfants. Pour obtenir du Cœur Immaculé de Marie sa conversion, sa sœur fit, pour lui et à sa place, la dévotion des cinq premiers samedis du mois :

 

Au début d’août 1981, mon frère allait très mal. Quand on lui demanda s’il voulait voir un prêtre, il proféra des blasphèmes contre les prêtres. Comme la maladie s’aggravait, il fut admis à l’hôpital de Braga. Les autres malades disaient qu’il n’avait pas un moment de repos, ni de jour, ni de nuit, et qu’il ne laissait personne en paix. A la grande stupéfaction de tous, le 18 août 1981, il demanda plusieurs fois un prêtre. Deux prêtres vinrent, qui lui administrèrent les derniers sacrements. A peine étaient-ils partis qu’il pencha la tête sur le côté et mourut immédiatement. Ce fut, sans aucun doute, le Cœur Immaculé de Marie qui sauva mon pauvre frère, qui avait été si pécheur. Je ne voulais pas le regarder une fois qu’il fut mort, craignant qu’il n’eût le visage aussi déformé qu’il ne l’avait durant sa maladie. Mais je ne pus résister et m’approchai durant la messe, qui eut lieu à la chapelle de l’hôpital [12]. Il ne paraissait plus le même homme ! Il était très beau, souriant. Il semblait que son amertume s’était transformée en joie.

 

 

Ce qu’il faut accomplir

 

L’âme chrétienne qui désire accomplir parfaitement la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois doit faire, durant cinq premiers samedis consé­cutifs, dans l’intention générale de réparer, pour ses propres péchés et ceux de toute l’humanité, auprès du Cœur Immaculé de Marie, quatre actes différents de piété :

 

l. La confession, qui peut être anticipée, même de plus de huit jours, s’il est impossible ou difficile de se confesser le premier samedi. Le plus important, c’est d’avoir bien l’intention, en se confessant, de faire réparation au Cœur Immaculé de Marie. (Il faut aussi, bien sûr, être en état de grâce le premier sa­medi du mois afin de faire une bonne et fructueuse communion.) L’intention réparatrice doit-elle être explicitement signalée au confesseur ? Sœur Lucie n’a jamais mentionné qu’il faille dire quelque chose au prêtre. Une formulation in­térieure, purement mentale, suffit donc. Notre-Seigneur a même précisé que ceux qui oublieraient de formuler l’intention réparatrice « pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’ils auront pour se confesser [13]. »

 

2. La récitation du chapelet : Notre-Dame, à Fatima, a beaucoup insisté sur la récitation quotidienne du chapelet. C’est même la seule demande qu’elle répète aux enfants lors de chacune de ses six apparitions, du 13 mai au 13 octobre 1917 : ce jour-là, elle révèle d’ailleurs aux pastoureaux son identité : « Je suis Notre-Dame du rosaire ». Il n’est donc nullement étonnant de retrouver le cha­pelet inclus dans la dévotion réparatrice des premiers samedis. De plus, comme il n’existe pas de prière vocale plus mariale que le chapelet, il convient que ce­lui-ci soit intégré à cette dévotion puisqu’il s’agit de réparer les offenses faites à Notre-Dame et à son Cœur Immaculé.

 

3. Les 15 minutes de méditation sur les 15 mystères du rosaire : il s’agit de « tenir compagnie à Notre-Dame pendant 15 minutes, en méditant sur les 15 mystères du rosaire, en esprit de réparation ». Cela ne veut pas dire que l’on doit méditer chaque premier samedi sur les 15 mystères dans leur totalité, en passant une minute par mystère. Au contraire, chaque âme est libre d’organiser son quart d’heure de méditation comme elle l’entend, pourvu que l’objet de la méditation soit les mystères du rosaire. Certaines âmes préféreront donc méditer le même mystère pendant plusieurs premiers samedis, d’autres un mystère différent chaque premier samedi, d’autres encore trois mystères chaque premier samedi (cinq minutes par mystère), etc. Les âmes étant différentes les unes des autres, il est normal qu’elles aient des goûts et des besoins spirituels différents ; c’est pourquoi l’Église a toujours eu le grand souci de laisser aux fidèles une grande latitude pour organiser leur vie spirituelle.

 

4. La communion, qui est l’acte essentiel de la dévotion réparatrice. Pour en comprendre toute la portée, il convient de la mettre en parallèle avec la com­munion des neuf premiers vendredis du mois demandée par le Sacré-Cœur à Paray-le-Monial, et avec la communion miraculeuse des trois pastoureaux de Fatima, à l’automne 1916 : l’Ange gardien du Portugal donna alors à cette communion un esprit éminemment réparateur, en répétant six fois aux enfants (trois fois avant la communion, et trois fois après) les paroles de ce que l’on ap­pelle la deuxième prière de l’Ange :

 

Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre les très précieux corps, sang, âme et divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et in­différences dont il est lui-même offensé ; et par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.

 

Dans le contexte de la crise actuelle dans l’Église, il est sûr que cette intention réparatrice prend une nouvelle dimension : de combien d’irrévérences, de sacri­lèges la réforme liturgique de Paul VI est-elle la cause : par la communion non seulement donnée dans la main, mais aussi distribuée à tous les assistants sans plus jamais rappeler la nécessité de l’état de grâce ; par la suppression des marques d’adoration envers le Saint-Sacrement, etc. Aujourd’hui, la commu­nion des premiers samedis doit aussi être faite pour réparer toutes ces profana­tions.

Une dernière remarque bien importante : la pratique de la dévotion répara­trice dans son ensemble « sera acceptée le dimanche qui suit le premier samedi, quand mes prêtres, pour de justes motifs, le permettront aux âmes [14]. » C’est donc à ses prêtres et non à la conscience individuelle de chacun, que Jésus confie le soin d’accorder cette facilité supplémentaire, si miséricordieuse. Par cette concession, peut-être Notre-Seigneur faisait-il allusion à l’avance, à ces temps où nous sommes, où il n’est pas toujours facile aux fidèles de pouvoir as­sister à la vraie messe un autre jour que le dimanche, car autrefois il était très facile de trouver une messe le samedi. En tous cas, cette disposition rend plus facile la pratique de la communion réparatrice aujourd’hui pour les catholiques fidèles.

 

 

Dispositions d’âme requises

 

La dévotion réparatrice des premiers samedis du mois est très simple à prati­quer. Elle est à la portée de toute âme qui met un minimum de générosité à la base de sa vie chrétienne, d’autant plus que le Ciel a donné une assez grande latitude pour la confession et la communion. Malheureusement, bien souvent, ignorance, tiédeur spirituelle et négligence se conjuguent pour éloigner les âmes, même les plus fidèles, de cette pratique pourtant si salutaire puisque Notre-Dame y a attaché la grâce de la persévérance finale et du salut éternel : « Je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces néces­saires à leur salut [15]. »

La disproportion entre la petite dévotion réclamée (les premiers samedis de cinq mois consécutifs, une seule fois dans sa vie !) et la grâce promise (le salut éternel de son âme) illustre de manière éclatante la très grande puissance d’in­tercession concédée à la Vierge Marie pour le salut de nos âmes : Notre-Dame est vraiment, en vertu de sa maternité divine, notre avocate et notre médiatrice auprès du cœur de Dieu. Le Père Alonso, clarétain espagnol qui fut le grand spécialiste de Fatima jusqu’à sa mort en 1982, écrit d’ailleurs à ce sujet :

 

La grande promesse [du salut éternel] n’est rien d’autre qu’une nouvelle ma­nifestation de cet amour de complaisance de la Sainte Trinité envers la Vierge Marie. Pour celui qui comprend une telle chose, il est facile d’admettre qu’à d’humbles pratiques soient attachées d’aussi merveilleuses promesses. Il se livre alors filialement à elles d’un cœur simple et confiant envers la Vierge Marie [16].

 

En quelques lignes, le Père Alonso nous dévoile donc quelques-unes des bonnes dispositions nécessaires pour bien accomplir cette dévotion :

— une grande simplicité et humilité de cœur ;

— une dévotion mariale toute filiale et pleine de confiance.

L’Enfant Jésus, en apparaissant à Lucie le 15 février 1926, nous donne la troi­sième disposition nécessaire :

— une profonde ferveur.

En effet, ce jour-là, Lucie adressa ces paroles à l’Enfant Jésus :

 

Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas dé­faut dans le monde, parce qu’il y avait déjà beaucoup d’âmes qui vous recevaient chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du rosaire.

 

L’Enfant Jésus lui répondit :

 

C’est vrai ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout ; et celles qui persévèrent, le font pour recevoir les grâces qui y sont pro­mises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.

 

Pour parler maintenant de la quatrième disposition requise pour cette pra­tique, il faut rappeler que le Ciel nous demande cinq premiers samedis de cinq mois consécutifs, et non neuf, douze ou quinze. Pourquoi ce nombre ? Lucie posa la question à Notre-Seigneur durant une heure sainte, le 29 mai 1930, à Tuy, et voici ce qui lui fut répondu :

 

Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie :

1. les blasphèmes contre l’immaculée conception ;

2. les blasphèmes contre sa virginité ;

3. les blasphèmes contre sa maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme mère des hommes ;

4. les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère immaculée ;

5. les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.

Voilà, ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation.

 

Comment ne pas avoir non plus en pensée aujourd’hui, les atteintes à la di­gnité, aux privilèges, aux honneurs dus à la Vierge Marie, perpétrées par les hommes d’Église eux-mêmes ? On se rappelle ce qui s’est passé au concile Vatican II où, loin de définir la médiation universelle et la corédemption de Notre-Dame comme le demandaient plusieurs, les pères progressistes ont réussi à faire rejeter le schéma sur la Vierge Marie pour le mettre en simple annexe au schéma sur l’Église, et ceci pour plaire aux protestants [17] ; triste concile où pas même un seul texte ne cite le chapelet comme dévotion à encourager auprès des fidèles. Il s’en est suivi une diminution considérable du culte marial dans toute l’Église. L’impiété de la nouvelle religion envers Notre-Dame est certainement à inclure dans l’intention réparatrice de ceux qui pratiquent la dévotion des pre­miers samedis.

Notons encore que les trois premières sortes de blasphèmes qu’il s’agit de ré­parer vont contre trois dogmes de foi définis. L’on peut donc ajouter une qua­trième disposition aux trois déjà énoncées :

— il convient de faire cette dévotion réparatrice avec esprit de foi, et pour demander à Notre-Dame la grâce insigne de conserver la vraie foi catholique dans nos âmes, jusqu’à l’heure de notre mort, au milieu de l’apostasie générale du monde qui nous entoure, tout entier pétri d’utopie malsaine, de révolte et d’impiété.

 

*

  

 

Ayons à cœur de réparer l’honneur de Notre-Dame, si outragé par l’ingrati­tude des hommes, et pour ce faire, utilisons la dévotion qu’elle-même est venue nous indiquer, en lui demandant avec insistance et persévérance les bonnes dispositions d’âme pour bien la pratiquer.


[1] — Fatima vient couronner le développement de la dévotion au cœur de Marie comme Paray-le-Monial celle au Sacré-Cœur. Des deux côtés, le Ciel insiste sur l’aspect réparateur de ces dévotions, en un temps où la charité se refroidit. Cette réparation trouve son expression privilégiée dans les neuf premiers vendredis du mois à Paray-le-Monial et dans les cinq premiers samedis à Fatima. — Enfin, Notre-Seigneur demande à sainte Marguerite-Marie, le 17 juin 1689, une consécration de la France à son cœur sacré (le non-accomplissement de cette demande entraînera, un siècle plus tard, la Révolution) et à sœur Lucie, le 13 juin 1929, une consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Notre-Dame (le non-accomplissement de cette demande entraînera l’expansion mondiale du communisme et l’extension de la subversion au sein même de l’Église, jusqu’aux plus hauts sommets).

[2] — Lettre de sainte Marguerite-Marie à la Mère de Saumaise, mai 1688.

[3] — Le lien entre l’Immaculée et l’eucharistie est aussi manifesté dans un célèbre songe de saint Jean Bosco (en mai 1862). Il vit, au milieu d’une tempête, le bateau de l’Église venir s’attacher à deux colonnes dont l’une portait l’Immaculée, l’autre une hostie rayonnante. Dès que le navire s’y amarra, le calme revint sur les flots.

[4] — Marie-Étienne Vayssière O.P. (1864-1940), cité par Marcelle Dalloni, Le père Vayssière, Paris, Alsatia, 1957, p. 165.

[5] — De Beata Maria Virgine in sabbato.

[6] — AAS, t. 4, 1912, p. 623.

[7] — Lettre de sœur Lucie, du 31 mars 1929.

[8] — Lettre de sœur Lucie, du 27 mai 1943 à l’évêque titulaire de Gurza.

[9] — Troisième Mémoire de sœur Lucie, 31 août 1941.

[10] — Quatrième Mémoire, 8 décembre 1941.

[11] — Cité par A. M. Martins, Cartas da Irma Lucia, Porto, 1979, p. 122 ; et reproduit par le frère François de Marie-des-Anges dans Jean-Paul 1er, le pape du secret, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2003, p. 50.

[12] — Au Portugal, la messe de funérailles a toujours lieu en présence du cercueil ouvert, et l’on peut ainsi voir le visage du défunt durant la cérémonie. C’est une coutume très enracinée dans la population, à tel point que la messe de funérailles est appelée communément « messe du corps présent » (en portugais : missa de corpo presente).

[13] — Apparition de Notre-Seigneur à sœur Lucie le 15 février 1926.

[14] — Apparition de Notre-Seigneur à sœur Lucie, dans la nuit du 29 au 30 mai 1930.

[15] — Notre-Dame à sœur Lucie le 10 décembre 1925.

[16] — Père Joaquin Maria Alonso, La gran promesa del corazon de Maria en Pontevedra, Madrid, Centro Mariano, 1977, p. 45.

[17] — On peut se reporter aux lettres poignantes que l’abbé Berto a écrites à ce sujet pendant le Concile, reproduites dans Le Sel de la terre 43, p. 23 (lettre du 29 octobre 1963) ; p. 29-30 (lettre du 30 novembre 1963).

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Fabrice Delestre a exercé son ministère en France et au Portugal, notamment à Fatima.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 53

p. 242-253

Les thèmes
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