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 De Nostra ætate (1965)

à la synagogue de Cologne (2005)

 

Chronologie d’un engrenage

 

 

 

par Michel Laurigan

 

 

 

« C’est une grande contradiction que Jésus ait été juif

et que ses disciples ne le soient pas »

Voltaire (« abbé de Tilladet »), Dialogue du Douteur et de l’Adorateur, 1763.

 

EN 1985, lors d’un colloque sur le vingtième anniversaire de Nostra ætate (déclaration conciliaire sur les religions non chrétiennes), l’un des ré­dacteurs de ce document soulignait combien son adoption par les évêques catholiques avait changé radicalement les rapports entre christianisme et judaïsme (talmudique) :

 

Vingt ans seulement ont passé – écrivait-il – et en quinze phrases seulement, quinze longues phrases latines [1], l’impossible est devenu possible et le possible est passé à l’acte. 2.221 Pères conciliaires ont, par leur approbation, engagé l’Église ca­tholique dans un acte irrévocable, un heshbon-ha-nefesh, une révision déchirante de son âme. Ce texte a commencé à modifier intégralement dix-neuf cents ans de rela­tions entre catholiques et juifs [2] .

 

Vingt ans plus tard (40e anniversaire de la déclaration conciliaire), ce commen­taire n’a rien perdu de son actualité [3]. A Rome, la journée de commémoration du 27 octobre a été l’occasion de plusieurs déclarations, notamment celles des cardi­naux Kasper et Lustiger [4]. Benoît XVI a déclaré dans un message adressé, le 26 octobre, à son compatriote Walter Kasper :

 

En cet anniversaire, alors que nous regardons les quatre décennies de contacts fructueux entre l’Église et le peuple juif, nous devons renouveler notre engagement pour le travail qui reste encore à faire. Dans cet esprit, depuis les premiers jours de mon pontificat [5] et, de façon particulière, lors de ma récente visite à la synagogue de Cologne, j’ai exprimé ma propre et ferme détermination à marcher dans les traces de mon bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II [6].

 

Quelques semaines plus tôt, le 15 septembre, Benoît XVI avait reçu les grands rabbins d’Israël (l’ashkénaze Yona Metzger et le séfarade Shlomo Amaront) dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo. Selon l’Agence France-Presse, les rabbins lui ont demandé d’exhorter prêtres, évêques et cardinaux du monde entier à consacrer une journée par an à l’enseignement de la déclaration Nostra ætate du concile Vatican II. Les deux rabbins ont suggéré de choisir la date du 28 octobre, anniversaire du document. Benoît XVI a déclaré qu’il tenterait de répondre « de façon positive » à ces demandes, selon l’ambassadeur d’Israël au Vatican Oden Ben-Hur [7] . Ces exemples parmi plusieurs autres montrent que, quarante ans après sa promulgation, Nostra ætate suscite toujours un vif intérêt.

 

*

 

Le 20 novembre 1964, présentant aux Pères conciliaires une nouvelle mouture de la déclaration Nostra ætate (encore en gestation), le cardinal Bea déclarait :

 

A cette déclaration pourrait à bon droit être appliquée l’image évangélique du grain de sénevé. Au début, en effet, il s’agissait d’une simple et brève déclaration sur les rapports des chrétiens au peuple juif. Au cours du temps cependant, et sur­tout de par la discussion au sein de cette assemblée, cette graine, grâce à vous, est presque devenue un arbre dans lequel de nombreux oiseaux viennent déjà se ni­cher – c’est-à-dire dans lequel, au moins de quelque façon, toutes les religions non chrétiennes obtiennent une place propre [8].

 

Et ce n’était encore qu’un début. Ce petit texte, qui avait pris de plus en plus d’importance au fur et à mesure qu’on en discutait, et dans lequel, pour raisons diplomatiques, on avait fini par parler de toutes les religions du monde (d’abord des musulmans, afin qu’ils ne soient pas vexés par un texte sur les juifs ; puis des religions orientales, car il n’y avait pas de raison de les taire si l’on parlait des musulmans ; etc.), ce texte n’était lui-même qu’une graine par rapport au « dialogue interreligieux » qu’il allait engendrer dans l’après-Concile.

Au moment du vote, aucun des Pères conciliaires, sans doute, n’imaginait en­core la taille – et la nature – des fruits que Nostra ætate allait produire. La réunion interreligieuse d’Assise (1986) était en germe dans l’ensemble du texte ; mais le simple paragraphe 4 de cette déclaration – le paragraphe traitant des juifs, et cor­respondant donc au noyau initial du document – allait avoir, indépendamment de tout le reste, un développement gigantesque [9].

C’est l’application de ce paragraphe quatrième de Nostra ætate que nous allons retracer ci-dessous. Mais il convient, auparavant, de rappeler brièvement l’his­toire de ce document conciliaire.

 

 

Histoire succincte de Nostra ætate

 

Le texte le plus débattu au Concile, le plus controversé, le plus médiatisé, et pendant l’année 2005 le plus commenté, fut l’œuvre du secrétariat pour l’Union des chrétiens du cardinal Bea. Malgré ce que l’on croit communément, aucun évêque n’avait demandé un texte sur le judaïsme pendant les travaux prépara­toires du Concile. Seul le travail persévérant de Jules Isaac et des organisations juives – accueilli avec bienveillance par Jean XXIII et relayé avec zèle par le cardi­nal Bea – permit d’imposer aux Pères conciliaires un sujet que personne dans le monde catholique – et surtout chez les chrétiens d’Orient – ne voulait voir dé­battu dans l’aula conciliaire.

Le cardinal Bea – ancien confesseur de Pie XII – était d’origine allemande. Contracta-t-il, pendant et après la Seconde guerre mondiale, une sorte de senti­ment de culpabilité qui le disposa à vouloir « réparer » ce que son peuple avait fait subir aux juifs ? C’est en tout cas à lui que Jean XXIII demanda de s’employer à satisfaire les demandes de Jules Isaac. Et l’on doit bien constater que, dans l’ombre comme au grand jour, les hommes du cardinal Bea opérèrent, au Concile, un travail de subversion à peine croyable. Ce travail se fit devant une assemblée sans grande conviction [10], pourtant largement prévenue des menées en cours grâce aux livres, articles, brochures répandus auprès des Pères conciliaires [11].

 

Qui sont ces « hommes du cardinal Bea » ?

Gerhart M. Riegner, ancien dirigeant du Congrès Juif Mondial, raconte :

 

Dès novembre 1961 […] le cardinal Bea avait déjà établi sa propre commission pour l’élaboration du texte sur les juifs. […] Quand je parlais un jour de ce comité au cardinal Tisserand, qui avait un grand franc-parler et un sens de l’humour très fort, celui-ci m’a dit : « Ah, vous voulez parler de cette commission du cardinal Bea qui est composée de deux juifs convertis, d’un sioniste et d’un antisémite ! »

En voici les membres : Mgr John M. Oesterreicher de l’Institute for Judeo-Christian Studies à la Seton Hall University aux États-Unis. C’était un prêtre ca­tholique d’origine juive, né en Tchécoslovaquie. On prétendait que dans sa Slovaquie natale il avait fait partie de l’organisation de jeunesse juive Hashomer Hatzaïr, proche de l’extrême-gauche. Je ne sais pas comment il a été amené à chan­ger de religion [12]. […]

Le deuxième membre de la Commission était également d’origine juive : Gregory Baum, un augustin, pour qui j’ai toujours eu une très grande estime. Il avait fait ses études à Fribourg, en Suisse. Ensuite, il vécut au Canada, à Toronto. Il était l’auteur d’un livre très important sur Les Juifs et l’Évangile. Il a plus tard cor­rigé certaines de ses thèses d’origine développées dans ce livre [13].

Le troisième était l’abbé Léo Rudloff, un prêtre en mission à Jérusalem, où il avait la charge de l’église de la Dormition. C’était probablement le « sioniste » dont parlait Tisserand. Je ne l’ai connu que plus tard à Jérusalem. Il était probablement à la Commission pour introduire dans ses discussions la réalité de l’État d’Israël.

Le quatrième, un théologien dont j’ai oublié le nom, devait être l’« antisémite » dont parlait Tisserand ; je n’ai jamais fait sa connaissance [14].

 

Minoritaires (mais avec le soutien efficace des journalistes, des organisations juives et des médias), les membres du secrétariat pour l’Union des chrétiens vont s’employer pendant les quatre années du Concile (1962-1965), à détruire et à édi­fier [15]  :

 

— détruire le dogmatisme catholique en faisant rejeter tous les schémas prépa­ratoires mis au point sous la direction du cardinal Ottaviani ; leur style était trop « scolastique », c’est-à-dire trop résistant à l’erreur. Ils seront remplacés par des textes au « langage mou », permettant le rapprochement avec les autres « chrétiens ». Car l’unification religieuse du monde doit accompagner son unifi­cation politique, économique, médiatique, culturelle, ethnique [16]. A ce monde uni­fié, il faudra, un jour, une tête. 

— édifier, sur les bases d’une nouvelle théologie (le secrétariat du cardinal Bea, véritable cheval de Troie, introduira ou soutiendra les plus mauvais textes du Concile [17]). La théologie même du salut est touchée, car, en exonérant le judaïsme de sa responsabilité collective dans la mise à mort de Jésus-Christ et en niant le châtiment de Dieu sur ce peuple qui n’a pas voulu reconnaître son Sauveur [18], Nostra ætate ouvrait la porte à la reconnaissance de la permanence du judaïsme (infidèle, talmudique) dans l’économie du salut [19].

 

Paradoxalement, les juifs furent déçus par le contenu de Nostra ætate. En effet, plusieurs projets antérieurs – à commencer par la première mouture sortie des presses de l’atelier Bea – leur étaient beaucoup plus explicitement favorables. L’opposition des évêques conservateurs, regroupés au sein du Cœtus, avait réussi à atténuer, en bien des passages, les audaces de la déclaration [20].

 

Cependant, Nostra ætate, même objet de la déception des organisations juives, avait déverrouillé bien des portes. Mieux encore, le texte appelait à ouvrir ces portes, puisqu’il invitait au dialogue avec les juifs.

Il va de soi que cet appel au dialogue, exprimé en une phrase au milieu du pa­ragraphe 4 de Nostra ætate [21], ne correspondait, dans l’esprit des Pères conciliaires, à rien de bien précis. Ce n’était, pour l’immense majorité d’entre eux, qu’une formule de bienveillance à l’égard d’une communauté qui avait beaucoup souf­fert de la Seconde guerre mondiale, et à laquelle il fallait – plus qu’aux autres – adresser un signe d’amitié. Un « vœu pieux » de plus, dans un concile qui en avait déjà énoncé toute une litanie [22].

On en serait très vraisemblablement resté là, si d’autres n’avaient pas eu une idée très nette de la façon dont devaient évoluer les choses.

Un témoin des négociations au moment de l’intersession, Gérard Israël, alors secrétaire de René Cassin à l’Alliance israélite universelle, a su garder la tête froide après le vote du document de 1965 :

 

Ce fut hélas le texte restrictif qui fut voté mais René Cassin, pas plus que l’Al­liance, ne sombrèrent dans le pessimisme. Il restait en effet que la déclaration adoptée par le Concile, se situait sur le plan des principes et qu’il fallait attendre que des décrets d’application vinssent mettre en œuvre les directions indiquées [23].

 

Des décrets d’application. Rien jusqu’ici ne semblait les postuler ni les annoncer, mais, de fait, ils viendront. Le paragraphe quatrième de Nostra ætate aura même droit à une commission spéciale chargée de son application. Et le rabbin David Rosen, président de l’IJCIC (comité de liaison des organisations juives avec le Vatican), a récemment souligné l’importance de ces textes d’application. Nostra ætate, a-t-il affirmé, était « tombé bien loin » du texte imaginé par le pape Jean XXIII. « Mais cette déclaration avait pris tout son sens, grâce aux directives ve­nues de Rome, aux différentes conférences épiscopales, et surtout grâce aux paroles de Jean-Paul II  [24]. » 

 

Quels furent donc ces décrets d’application et ces gestes qui mirent en œuvre et qui donnèrent « tout son sens » à Nostra ætate ?

 

 

 Application de Nostra ætate:

les constantes d’une chronologie

 

Avant de livrer une chronologie commentée des décrets, documents et actes par lequel le Vatican s’est employé, depuis 1965, à faire appliquer Nostra ætate, on peut déjà souligner quatre constantes de cette histoire :

 

1. — La longue maturation rédactionnelle des textes dont l’application doit s’étendre à l’ensemble du monde chrétien : il faut attendre près de dix ans les Orientations et suggestions pour l’application de la déclaration conciliaire Nostra ætate (1975 [25]) ; dix ans encore Les Notes sur la manière correcte de présenter les juifs et le ju­daïsme…(1985) ; et encore plus de dix ans les textes sur la « Shoah » (Nous nous souvenons, une réflexion sur la Shoah, 1998) et la repentance (le Jubilé de la repen­tance, en l’an 2000 [26]). Chacun de ces textes a demandé des années de préparation. Ces délais indiquent-ils qu’il est difficile de concilier l’inconciliable et de judaïser le catholicisme ? Ils manifestent en tout cas une ténacité digne d’une meilleure cause.

 

2. — Une finalité au long terme (non avoué). Les rédacteurs affichent un souci permanent de « dialogue » entre les chrétiens et les juifs. Mais c’est un « dialogue » à sens unique. Le but est de faire « prendre conscience » de la valeur et de l’importance du judaïsme talmudique en réhabilitant l’ancienne Alliance ; de sensibiliser les chrétiens aux persécutions envers les juifs devenus « frères aî­nés » ou « peuple de l’Alliance » ; enfin de culpabiliser insensiblement les chré­tiens pour obtenir l’esprit de repentance qui va culminer avec la cérémonie du 12 mars 2000 à Saint-Pierre de Rome. Depuis cette date, les acteurs du « dialogue » insistent sur la collaboration pratique et sur l’approfondissement théologique (comment faire cohabiter deux Alliances ?) ; ils posent les jalons d’une « réparation » pour l’Église qui a osé se prétendre pendant vingt siècles le verus Israël.

 

3. — Une pédagogie intelligente : « Il ne suffit pas de bien dire, il faut surtout faire [27]. » Or, ils savent faire. Malgré les difficultés rencontrées, les nouvelles don­nées théologiques des rapports entre christianisme et judaïsme sont systémati­quement appliquées à la liturgie, à la catéchèse, à l’enseignement (séminaires, fa­cultés de théologie) à la prédication (etc.), avec le souci constant de relever les succès, les échecs, les oppositions, les avancées, et d’améliorer ainsi, de décennies en décennies, l’application de cette révolution. La formation d’une élite ensei­gnante est d’ailleurs le premier but de ce travail obstiné [28].

 Le R.P. J. Fischer, acteur enthousiaste du « dialogue » judéo-chrétien, souligne la prudence avec laquelle il est mené :

 

Non seulement la prudence – écrit-il – mais le sérieux marquent l’« irréversibili-té » du processus lui-même. Chaque démarche, chaque tentative est pesée, menée en toute sûreté avant qu’on puisse songer à une nouvelle avancée. Chaque dé­marche tient compte des acquis antérieurs et se fonde sur eux. Si une telle méthode peut sembler désespérément lente à beaucoup d’entre nous qui sommes engagés dans le dialogue, il en résulte cependant une assurance croissante dans la justesse des appréciations. Mais par comparaison avec l’histoire qui précède Vatican II, les progrès réalisés apparaissent au contraire d’une rapidité foudroyante [29].

 

4. — Une efficace répartition des tâches. On notera le rôle-moteur des épisco­pats américain et français (Rome, souvent, ne fait que les suivre, avec des ré­serves et une lenteur qui exaspèrent parfois les « interlocuteurs » juifs). Il faut aussi souligner l’action du Comité International Catholique et Juif de Liaison (CICJL), créé en 1970. C’est lui qui pense les documents qui sortiront ensuite des presses du Vatican.

 

 

— I —

De Nostra ætate (1965) aux Orientations et suggestions (1975)

L’engrenage du dialogue

 

u Rome. 28 octobre 1965.

Promulgation de la déclaration Nostra ætate par le concile Vatican II [30]. Ce texte mitigé ne donne pas autant que les juifs en attendaient, mais il ouvre potentiel­lement toutes les portes par son appel au « dialogue ». Le tout sera désormais de les faire entrouvrir les unes après les autres, de savoir y coincer le pied, et de pousser avec persévérance.

 

u Rome. 1er octobre 1966.

Le cardinal Bea crée, dans le cadre du secrétariat pour l’Unité, un bureau pour les Relations entre juifs et catholiques en vue de l’application de Nostra ætate nº 4 (paragraphe sur le judaïsme).

 

u États-Unis. Mars 1967.

L’épiscopat américain est le premier à faire paraître un texte pour l’application de Nostra ætate 4 : ce sont les « Directives pour les relations judéo-catholiques [31] » qui visent à promouvoir le « dialogue » à tous les niveaux entre juifs et chrétiens. Le texte expose comment mettre en place des groupes de dialogue aussi bien dans les milieux populaires que dans les milieux intellectuels. Il met en garde contre les impairs qui pourraient froisser les interlocuteurs juifs (« Il va de soi que le prosélytisme doit être banni », § 7). Il conseille : « Étant donné que bon nombre des problèmes relatifs aux relations entre catholiques et juifs sont d’ordre intellec­tuel, on doit vivement recommander les recherches individuelles ou collectives entreprises par des intellectuels juifs et catholiques sur le plan de l’histoire, de la sociologie, de la psychologie, de la Bible » (§ 9). — Propos révélateur, car le pre­mier « problème d’ordre intellectuel » entre juifs et chrétiens est évidemment ce­lui de l’acceptation ou du refus de Jésus-Christ. Or le « dialogue » doit mettre la foi en Jésus-Christ entre parenthèses. Il consistera donc nécessairement à se pen­cher sur le secondaire et l’accessoire (« sur le plan de l’histoire, de la sociologie, de la psychologie, de la Bible ») tout en tournant le dos à l’essentiel. C’est préci­sément le propre de la bêtise (stultitia[32]. — D’un point de vue doctrinal, l’avancée la plus importante (et qu’on retrouvera tant dans les Orientations françaises de 1973 que dans les Orientations romaines de 1974-1975) est l’invitation faite aux in­tellectuels catholiques à prendre conscience « de la vie et de la réalité complexe du judaïsme après le Christ, ainsi que de la permanence de l’élection d’Israël, à la­quelle fait allusion saint Paul (Ro 9, 29) » (§ 10 f). Le texte ajoute que ces intellec­tuels catholiques doivent ensuite « insérer leurs conclusions dans la doctrine ca­tholique ». Autrement dit, on les invite à admettre un certain nombre de postulats dont on ne sait pas trop comment les concilier avec la doctrine catholique (ils semblent plutôt la contredire), mais on compte bien sur eux pour trouver une so­lution. Le « dialogue » se trouve placé d’emblée face à son adversaire principal : le principe de non-contradiction. Tout le processus d’abêtissement ainsi mis en route ne sera pas de trop pour réussir à le vaincre [33].

 

u Rome. 16 novembre 1968.

Décès du cardinal Augustin Bea (né en 1881). Sans lui, le concile Vatican II eût été tout autre. Seules son habileté et sa ténacité permirent d’imposer les docu­ments Unitatis redintegratio (sur l’œcuménisme), Nostra ætate (sur les religions non chrétiennes), Dignitatis humanæ (sur la liberté religieuse), tous fruits de son secré­tariat pour l’Unité des chrétiens.

Arthur Goldberg (ancien ambassadeur des États-Unis à l’O.N.U. et président du Comité juif américain) déclare que la mort du cardinal Bea a été ressentie par tous les juifs comme « une perte personnelle » [34] .

 

u Rome. 9-12 avril 1969.

Le Bureau créé par le cardinal Bea réunit et consulte des experts pour la rédac­tion d’un document promouvant Nostra ætate n°4 (ce seront les Orientations de 1975).

 

u Autriche. 23 octobre 1970.

Le synode diocésain de Vienne publie une déclaration sur les rencontres entre chrétiens et juifs.

 

u Rome. 20-23 décembre 1970.

Le Bureau pour les Relations entre Catholiques et Juifs (Bea) et les membres du Comité Juif International pour les Consultations Interreligieuses (IJCIC [35]) proposent la création d’un Comité International Catholique et Juif de Liaison (CICJL) ayant pour but « d’améliorer la compréhension mutuelle, l’échange d’information, et la co­opération dans les domaines communs d’intérêt et de responsabilité entre juifs et chrétiens » [36].

 

u Paris. 14-16 décembre 1971.

1ère Rencontre du Comité International de Liaison Juifs-Catholiques (au Consistoire central de France, à Paris).

Thème de travail : Prise de contact et échanges sur le projet de mise en application de la déclaration Nostra ætate, n°4.

 

u Marseille. 18-20 décembre 1972.

2e Rencontre du CICJL

Cette rencontre est présidée par Mgr Etchegaray (archevêque de Marseille, très engagé dans le « dialogue » judéo-chrétien comme dans le CICJL) et le professeur J. Zwi Werblowsky, de Jérusalem.

Thèmes de travail : Rapports entre les peuples, religion et terre ; Droits de l’homme et liberté religieuse.

 

u France. 16 avril 1973.

Le Comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme (fondé en 1969) publie ses « Orientations pastorales » pour l’application de Nostra ætate nº 4 [37]. Le texte, fruit de deux ans et demi de travail, va très loin, indiquant d’emblée que « la prise de position conciliaire (Nostra ætate) doit être considérée davantage comme un commencement que comme un aboutissement ». De fait, ces Orientations annoncent, en beaucoup de points importants, les idées qui se-ront ensuite reprises par les documents romains.

 

Elles affirment ainsi que le judaïsme, qui reste une réalité religieuse « vivante » (grâce à sa « fidélité collective au Dieu unique, sa ferveur à scruter les Écritures [etc.] ») garde une « mission propre » sur la nature de laquelle, cependant, elles s’interrogent (« Ces signes nous posent à nous, chrétiens, une question qui touche le cœur de notre foi : quelle est la mission propre du peuple juif dans le plan de Dieu ? ») ; elles prônent le dialogue (qui développera « l’estime mutuelle ») et précisent que l’intention de convertir les juifs doit en être absolument exclue : ce serait « vouloir détacher, de manière déloyale, une personne de sa communauté, pour l’attacher à la sienne propre ». L’Église attend « l’unité finale de l’huma­nité », mais ne souhaite pas pour autant la conversion des juifs : « bien loin de vi­ser à la disparition de la communauté juive, l’Église se reconnaît dans la re­cherche d’un lien vivant avec elle » ; elle désire seulement que chrétiens et juifs « entrent enfin dans la voie de la reconnaissance et de la compréhension mu­tuelles et que, répudiant leur inimitié ancienne, ils se tournent vers le Père dans un même mouvement d’espérance qui sera une promesse pour toute la terre. »

Enfin, les Orientations énoncent l’énorme sophisme (riche d’avenir) selon lequel la personne du Messie, à propos de laquelle juifs et chrétiens sont divisés, « est aussi un point de convergence ». En effet :

 

Lorsqu’il considère l’avenir, le peuple de Dieu de l’ancienne et de la nouvelle Alliance tend vers des buts analogues : la venue ou le retour du Messie – même si c’est à partir de deux points de vue divergents […] [38]. On peut dire ainsi que juifs et chrétiens se rencontrent dans une espérance comparable, fondée sur une même promesse […].

 

Tout cela n’est qu’un mauvais jeu de mots, puisque, sous le nom « Messie », juifs et chrétiens n’attendent pas du tout la même chose [39]. Jésus-Christ, dans son second avènement, ne viendra pas instaurer le règne du peuple juif sur la terre, mais au contraire mettre fin à la vie terrestre et condamner ceux qui n’ont pas cru en lui lors de sa première venue. En réalité, l’attente de la Synagogue infidèle est bien plus orientée vers l’Antéchrist que vers le Christ – à qui elle tourne le dos.

 

En définitive – et à part ce dernier point où les évêques français sont en avance sur leurs confrères américains –, les Orientations sont, dans un style très différent, très proches des Directives américaines de 1969. Les idées maîtresses sont les mêmes :

1. — Les chrétiens doivent apprendre à dialoguer sans prosélytisme ;

2. — Ils doivent découvrir la vitalité religieuse du judaïsme post-christique ;

3. — Sans parvenir pour l’instant à l’expliquer, ni même à la concilier avec la doctrine catholique, ils doivent admettre la permanence de l’élection d’Israël.

 

Ces Orientations – qui abordent aussi le sujet brûlant d’Israël et de la Palestine – suscitent de très fortes réactions, pour des raisons tant politiques que religieuses (seules ces deuxièmes nous arrêteront ici).

 

u Alger. 26 avril 1973.

L’assemblée des évêques d’Afrique du Nord, réunie les 24, 25 et 26 avril 1973, dénonce dans les Orientations françaises « une interprétation abusive de la Bible » et « de graves ambiguïtés d’ordre exégétique et théologique [40] ».

 

u Paris. 28 avril 1973.

Le cardinal Daniélou (qui avait participé avec Jules Isaac à la fondation de L’Amitié judéo-chrétienne) réagit à son tour dans Le Figaro des 28-29 avril. Tout en soulignant l’« intention excellente » du document français, il affirme qu’il « s’engage dans une théologie contestable du rôle actuel du peuple juif dans l’his­toire du salut » :

 

Le peuple juif a été le peuple élu durant deux millénaires, en vue d’une mission qu’il avait à accomplir. Mais cette élection était provisoire, au sens où il était ap­pelé à ne pas la retenir jalousement, comme un privilège exclusif, mais à la parta­ger avec tous les peuples. C’est là l’essence même du mystère caché que Paul an­nonce aux Éphésiens. Les nations sont désormais appelées au même titre que les juifs. C’est là ce que certains juifs ont compris et salué avec joie, comme ceux qui ont suivi Jésus. C’est là ce que d’autres ont refusé. L’aîné n’a pas voulu partager avec le prodigue.

La bonne nouvelle du nouveau Testament, c’est, nous dit saint Paul « qu’il n’y a plus ni Juif, ni Grec, mais vous êtes tous un dans le Christ Jésus ».

[…] C’est également tout confondre que d’écrire que « la première Alliance n’a pas été rendue caduque par la nouvelle ». Que signifient alors les termes d’ancienne et de nouvelle Alliance, d’ancien et de nouveau Testament ?

[…] Nous devons le dire clairement et loyalement, comme l’ont dit les premiers apôtres, comme l’a dit l’Église.

Une phrase nous inquiète dans le texte du Comité, où il est parlé « d’un nou­veau regard des chrétiens sur le peuple juif, non seulement dans l’ordre des rap­ports humains, mais aussi dans l’ordre de la foi ». C’est cela précisément que nous ne pouvons pas faire. Nous n’avons pas le droit de changer la foi.

 

u Beyrouth. 2 mai 1973.

Quarante jésuites du Liban publient une déclaration commune affirmant que « les évêques du Comité détournent de leur sens les paroles mêmes de l’Écriture, parlant d’“alliance éternelle” à propos de l’ancienne Alliance, alors qu’Isaïe, Jérémie, Ézéchiel n’emploient cette expression que pour l’Alliance future que l’Épître aux Hébreux montre réalisée en Jésus-Christ (He 8, 7 et 13) !  »

Ils poursuivent :

 

Après un tel contresens, il ne reste évidemment plus qu’à présenter « juifs et chrétiens accomplissant leur vocation suivant des voies distinctes », c’est-à-dire à nier que le Christ soit venu abolir le mur de séparation entre juifs et païens, pour, des deux, ne faire qu’un en supprimant l’ancienne loi (Ep 2, 14). Au contraire, on construit un mur entre juifs et chrétiens : les premiers sont privés de l’accès au Christ […].

 

Le texte s’achève de façon très ferme :

 

[…] Tout bon chrétien, de par le « sens de la foi » reconnu à tout membre du peuple de Dieu, a le devoir d’opposer un refus public et formel à cet enseignement erroné. C’est ce refus formel et public, dont nous mesurons toute la gravité, que nous opposons au texte du Comité épiscopal français [41].

 

u Égypte. Pentecôte 1973.

Les évêques d’Égypte adressent une lettre collective aux évêques de France.

Ils y relèvent la façon dont les « Orientations pastorales » invoquent une cita­tion de saint Paul (« les dons de Dieu sont irrévocables » Ro 11, 29) pour affirmer la vocation permanente du peuple juif :

 

Il est tout d’abord regrettable de voir le document se baser sur un passage qui, à l’aveu de tous les connaisseurs, est l’un des textes les plus difficiles de l’Épitre aux Romains […].

On s’étonne surtout de l’interprétation que donne le document du texte de saint Paul (Ro 11, 29). Le document fait abstraction de tout le contexte de l’Épitre aux Romains, ainsi que des lieux parallèles dans les autres lettres de saint Paul, pour affirmer des idées radicalement opposées à la pensée et à l’enseignement de saint Paul et du Christ […].

 

Quant à l’affirmation selon laquelle on ne saurait reprocher aux juifs actuels ce qui a été commis lors de la passion du Christ (affirmation reprise de Nostra ætate), les évêques égyptiens notent avec finesse :

 

Il serait paradoxal – au moment où Paul VI se déclare coupable des erreurs de ses ancêtres lointains devant le Dr Ramsey, les papes Athénagoras et Chenouda – que les « Orientations pastorales sur l’attitude des chrétiens à l’égard du ju­daïsme », en prônant la vocation permanente du peuple juif, présentent celui-ci ac­tuellement sans reproches, même s’il continue à refuser le Christ Sauveur au­jourd’hui encore [42].

 

u Rome. 15 juin 1973.

Un tel débat public entre évêques, sur un tel sujet, aurait normalement requis une intervention du souverain pontife. Rien ne vint. Seule la publication dans l’Osservatore Romano du 15 juin d’un texte du père André Feuillet sur le judaïsme permit de supposer que le Saint-Siège n’approuvait pas sans réserves la déclara­tion française. Le père Feuillet, après avoir rappelé que les livres de l’ancien Testament gardaient une permanente actualité, affirmait que l’ancienne Alliance était désormais périmée, citant pour le prouver divers textes de l’Épitre aux Hébreux (7, 12.18-19 ; 8, 7.13 ; 10, 9).

 

u France. 1973.

Fondation de la communauté charismatique judaïsante « Le Lion de Juda » (qui deviendra ensuite « Les Béatitudes ») par Gérard Croissant (ancien pasteur protestant, devenu diacre marié et se faisant appeler « frère Éphraïm »). On y étudie le Talmud et l’hébreu, on y respecte le Sabbat, on y utilise le chandelier à sept branches.

 

u Anvers. 4-6 décembre 1973.

3e Rencontre du CICJL

Cette rencontre est présidée par Mgr Charles Moeller (secrétaire du secrétariat pour l’Unité des chrétiens) et le professeur J. Zwi Werblowsky, de Jérusalem. On note, du côté catholique français, la fidèle participation de Mgr Etchegaray.

Thèmes de travail : ceux de 1972, auxquels sont ajoutés : Israël et le Proche-Orient, les juifs d’Union soviétique, les droits de l’homme au niveau international. La sugges­tion est faite de constituer d’une nouvelle commission vaticane pour faciliter l’application de Nostra ætate nº 4.

 

u Rome. 22 octobre 1974.

Paul VI crée la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, placée sous l’autorité du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens [43]. La première publication de ce nouvel organisme sera le texte longuement discuté depuis 1969 et connu sous le titre : Orientations et suggestions pour l’application de la déclaration conciliaire Nostra ætate n° 4  [44].

 

u Rome. 3 janvier 1975.

Promulgation des Orientations et suggestions, dont le texte avait été divulgué dès la fin de 1974 (ce qui explique qu’on le trouve daté tantôt de 1974 tantôt de 1975). Il est divisé en quatre chapitres :

 

Chapitre I : Le dialogue : nécessité et importance.

Chapitre II : Liturgie.

Chapitre III : Enseignement et éducation.

Chapitre IV : Action sociale et commune.

 

On note tout d’abord l’insistance sur la praxis : la réflexion théologique est re­mise à plus tard. Il s’agit pour l’instant de se fréquenter, de se connaître, d’agir ensemble :

 

Le caractère pratique voulu pour le texte trouve sa justification dans le fait qu’il s’agit d’un document d’application. […]

Le Document ne propose donc pas une théologie chrétienne du judaïsme, qui offrirait certainement de l’intérêt pour la recherche et la réflexion des spécialistes, mais demanderait encore de longues études […].

 

La finalité est clairement exprimée :

 

Le Document souhaite une meilleure connaissance, de la part des chrétiens, de la substance de la tradition religieuse du judaïsme et de la façon dont les juifs eux-mêmes se définissent.

 

Le grand moyen pour cela, c’est le dialogue :

 

En vérité, les relations entre juifs et chrétiens, quand il y en avait, n’ont, en géné­ral, guère dépassé le monologue : il importe d’établir désormais un vrai dialogue. Le dialogue suppose le désir de se connaître mutuellement et de développer et ap­profondir cette connaissance. Il constitue un moyen privilégié pour favoriser une meilleure connaissance mutuelle et, particulièrement dans le cas du dialogue entre juifs et chrétiens, pour approfondir les richesses de sa tradition propre. La condi­tion du dialogue est le respect de l’autre tel qu’il est, de sa foi surtout et de ses convictions religieuses.

 

Où en est Rome, en 1975 ?

 

Où se situe doctrinalement ce document de 1975 ? On peut l’évaluer assez pré­cisément en se penchant sur quatre sujets particulièrement sensibles :

 

1. la question centrale : la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sauveur du monde, que les juifs refusent ;

2. la responsabilité des juifs dans la passion du Christ – et le jugement porté sur eux par la sainte Écriture ;

3. la valeur religieuse du judaïsme post-christique ;

4. l’histoire des rapports entre juifs et chrétiens ;

 

Cet état des lieux permettra de comparer avec les positions exprimées dix ans plus tôt (1965 : Nostra ætate) ou dix ans plus tard (1985 : les Notes) voire vingt-cinq ans plus tard (2000 : la repentance).

 

1. — Le paragraphe 4 de Nostra ætate s’achevait en affirmant : « Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de sa grâce ».

Les Orientations en sont assez loin. Elles ne disent pas le contraire, mais leurs auteurs semblent torturés à la seule idée du choc psychologique que l’annonce du Christ risque de causer aux juifs :

 

En vertu de sa mission divine, l’Église par nature doit annoncer Jésus-Christ au monde (Ad Gentes, 2). Pour éviter que ce témoignage rendu à Jésus Christ n’apparaisse aux juifs comme une agression [!], les catholiques auront le souci de vivre et d’annoncer leur foi dans le plus rigoureux respect de la liberté religieuse telle qu’elle a été enseignée par le IIe concile du Vatican (déclaration Dignitatis humanæ). Ils s’efforce­ront également de comprendre les difficultés que l’âme juive, justement imprégnée d’une très haute et très pure notion de la transcendance di­vine, éprouve devant le mystère du Verbe incarné.

 

La dernière phrase sous-entend délicatement que le sens de la transcendance divine est, chez les chrétiens, bien moins développé que dans « l’âme juive ». – Saint Paul a déjà répondu à cette façon de voir les choses : certes, le Christ crucifié est « scandale pour les juifs », comme il est folie pour les païens. « Mais pour ceux qui sont appelés » – et qui se laissent mouvoir par la grâce –, il est, au contraire, la suprême manifestation de « la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24).

 

2. — En ce qui concerne le procès et la mort de Jésus, les Orientations censurent le texte de Nostra ætate. Celui-ci – pourtant déjà timide – affirmait :

 

Encore que les autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps.

 

Les Orientations laissent tomber la restriction (« encore que…») :

 

En ce qui concerne le procès et la mort de Jésus, le Concile a rappelé que « ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps » (Nostra ætate, 4).

 

Le coup de ciseaux est d’ailleurs de bonne guerre : chacun sait que les sen­tences restrictives ou concessives dont Nostra ætate est émaillé (comme tous les textes de Vatican II, qui donnent l’impression d’un mouvement continuel de ba­lancier) n’ont été insérées que pour rassurer les conservateurs. Leur suppression permet d’atteindre le véritable esprit du texte.

De la même façon, Nostra ætate reconnaissait encore (dans le premier mouve­ment d’une phrase à balancier) que la sainte Écriture pouvait parfois énoncer quelques torts du peuple juif :

 

Au témoignage de l’Écriture sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée ; les juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Évangile, et même nom­breux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion. Néanmoins […].

 

Les Orientations n’admettent plus ces torts. Les passages qui peuvent sembler défavorables au peuple juif doivent désormais être interprétés autrement :

 

En ce qui concerne les lectures liturgiques, on prendra soin d’en donner, dans l’homélie, une interprétation juste, surtout quand il s’agit de passages qui semblent placer le peuple juif en tant que tel sous un jour défavorable. On s’efforcera d’ins­truire le peuple chrétien de telle façon qu’il arrive à comprendre tous les textes dans leur véritable sens et dans leur signification pour le croyant d’aujourd’hui. Les commissions chargées de traductions liturgiques seront particulièrement atten­tives à la façon de rendre les expressions et les passages qui peuvent être entendus de façon tendancieuse par des chrétiens insuffisamment informés.

 

Les auteurs sont toutefois conscients que cette règle s’appliquera mal à certains cas. Il est des passages du nouveau Testament qu’il est très difficile de ne pas comprendre comme défavorables aux juifs. En ces situations, une solution vient bien à l’esprit des rédacteurs mais, retenus par des scrupules antéconciliaires, ils l’écartent aussitôt :

 

Il est bien évident qu’on ne peut changer le texte biblique.

 

Évident ? Sans doute, mais plus pour longtemps. Car ces scrupules, on le verra, ne dureront guère.

 

3. — Sur la valeur religieuse du judaïsme post-christique, Nostra ætate restait parfaitement silencieux – et pour cause : toute l’habilité de ce texte était de ne ja­mais distinguer entre le judaïsme de l’ancien Testament et celui d’aujourd’hui, afin de tout confondre sous l’appellation commune de « peuple élu », masquant ainsi la rupture effectuée par les juifs eux-mêmes lorsqu’ils refusèrent de recon­naître le Christ.

Mais une fois l’opération réussie, on passe à l’étape suivante : faire reconnaître la valeur du judaïsme post-christique en tant que tel :

 

L’histoire du judaïsme ne finit pas avec la destruction de Jérusalem, mais elle s’est poursuivie en développant une tradition religieuse dont la portée, devenue, croyons-nous, d’une signification profondément différente après le Christ, de­meure cependant riche de valeurs religieuses. […]

 

On retrouve là une des affirmations-clés des Directives américaines (1967) et des Orientations pastorales françaises (1973) : le judaïsme contemporain possède une authentique vitalité religieuse que les chrétiens doivent apprendre à décou­vrir. Toute l’ambiguïté vient du mot « religieux ». Personne ne niera que le ju­daïsme contemporain puisse porter et entretenir un fort sentiment religieux. Mais cette religiosité est-elle surélevée par la grâce, ou bien purement humaine ? Est-elle vertueuse et réellement orientée vers Dieu, ou bien superstitieuse ? Ce sont les questions essentielles – qu’on se garde bien d’aborder.

 

4. — Quant à l’histoire des rapports entre juifs et chrétiens, on note encore une progression. Nostra ætate avait soigneusement évité – malgré toutes les pres­sions – d’admettre une quelconque responsabilité chrétienne dans les persécu­tions contre les juifs. La déclaration conciliaire se contentait de « déplorer les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les juifs ». C’était déjà une fâcheuse appréciation à sens unique (n’y a -t-il donc pas eu de haines, persécutions et manifestations d’antichristianisme dirigées par des juifs ?), mais au moins ne cédait-on pas aux demandes de repentance.

Les Orientations, elles, font un pas dans cette direction :

 

S’il est vrai que dans un tel domaine il règne encore un climat de suspicion as­sez répandu, motivé par un passé déplorable, les chrétiens, de leur côté, sauront reconnaître leur part de responsabilité et en tirer les conséquences pratiques pour l’avenir.

 

Mais l’essentiel reste le contact concret – à développer toujours davantage – entre juifs et chrétiens : plus que la théorie c’est la pratique qui importe. Il faut que les chrétiens, à tous les niveaux, entrent en dialogue avec le judaïsme. Tout le reste suivra. Car l’engrenage du dialogue deviendra très rapidement, pour eux, l’en­grenage de l’autocensure – en attendant la suite.

 

 

— II —

Des Orientations et suggestions (1975) aux Notes (1985)

L’engrenage de l’autocensure

 

Dix années ont été nécessaires pour faire entrer l’ensemble du monde catho­lique dans le « dialogue » avec le judaïsme [45]. Le dialogue est maintenant bien en­gagé, approuvé et encouragé par le Vatican, il convient de lui laisser le temps de faire son œuvre. C’est la décennie 1975-1985.

 

u Rome. 7-10 janvier 1975.

4e Rencontre du CICJL [46] .

Thème : L’application des conseils et des suggestions de 1974.

La liste des participants à cette réunion révèle du côté catholique, une forte participation française (avec l’inévitable Mgr Etchegaray). Du côté juif, les Américains sont les plus nombreux [47].

 

u Würzburg. 22 novembre 1975.

L’épiscopat d’Allemagne de l’Ouest – avec une dizaine d’années d’avance sur le reste de l’épiscopat mondial [48] – fait acte de repentance pour l’attitude de l’Église face au nazisme :

 

Malgré la conduite exemplaire de quelques individus et groupes, nous avons été en général, à cette époque du national-socialisme, une communauté ecclésiale qui a vécu en tournant le dos au destin de ce peuple persécuté, une communauté obsé­dée par la crainte pour ses institutions menacées, une communauté qui a gardé le silence en face des crimes perpétrés contre les juifs et le judaïsme. Aussi, un grand nombre d’entre nous se sont-ils rendus coupables purement et simplement parce qu’ils ont eu peur de risquer leur vie. […] La sincérité réelle de notre désir de re­nouvellement dépendra de l’aveu de ces fautes et de notre disponibilité à nous laisser douloureusement instruire par l’histoire des forfaits de notre pays et de notre Église [49].

 

Des déclarations analogues seront renouvelées en novembre 1978, janvier 1979, octobre 1989, etc.

 

u Jérusalem. 1-3 mars 1976.

5e Rencontre du CICJL.

Thème : Dix ans de relations entre l’Église catholique et le judaïsme.

 

u Venise. 28-30 mars 1977.

6e Rencontre du CICJL.

Thème : Mission et témoignage de l’Église.

Lors de cette réunion, le professeur Tommaso Federici (professeur de théologie à Rome) déclare que l’Église catholique a la mission « de faire connaître le nom du Dieu unique parmi tous les peuples », mais non de convertir les juifs :

 

Les tentatives pour mettre sur pied des organisations de tout genre […] pour la “conversion” des juifs doivent être rejetées. Au contraire, il faut encourager tous les efforts pour parvenir à connaître l’histoire et la mission d’Israël, sa survivance dans l’histoire, son élection et son appel, et ses privilèges qui sont reconnus par le nouveau Testament [50].

 

Les catholiques, dit-il, doivent affirmer de façon plus explicite « la permanence du judaïsme dans le plan de Dieu » et « le changement d’attitude irréversible de l’Église catholique touchant ses relations avec le judaïsme ».

 

u Madrid. 5-7 avril 1978.

7e Rencontre du CICJL.

Thème : Comment les Traditions éduquent-elles chacun au sujet de l’Autre  ?

Pour empêcher tout retour en arrière, pour tenir l’avenir, il faut maintenant définir le « catéchétiquement correct ».

 

u Rome, 16 octobre 1978.

Élection de Jean-Paul II.

 

u Regensburg. 22-25 octobre 1979.

8e Rencontre du CICJL.

Thèmes : Liberté religieuse ; Éducation au dialogue dans une société pluraliste.

 

u Mayence. 17 novembre 1980.

Jean-Paul II, dans son allocution aux représentants de la communauté juive de l’Allemagne fédérale affirme que l’ancienne Alliance n’a jamais été révoquée [51].

On se souvient qu’une affirmation analogue des Orientations pastorales fran­çaises (1973) avait suscité une levée de boucliers à laquelle avait même participé le cardinal Daniélou. Rien de tel, cette fois-ci. Le « dialogue » a bel et bien pro­gressé.

 

u Paris. 27 février 1981.

Jean-Marie Aaron Lustiger succède au cardinal François Marty comme arche­vêque de Paris. 

Il déclare :

 

Pour moi, la vocation d’Israël est que la lumière soit portée aux goïms [non-juifs]. C’est mon espoir, et je crois que le christianisme est un moyen d’y arriver [52].

 

Inversion caractéristique : le christianisme devient une sorte de sous-judaïsme à l’intention des goïms. On est parfaitement dans la conception juive – que le grand rabbin Kaplan exprimait en ces termes, quelques années auparavant :

 

L’espérance d’Israël, ce n’est pas la conversion du genre humain au judaïsme, mais au monothéisme. Quant aux religions bibliques, elles sont, déclarent deux de nos plus grands théologiens, des confessions qui ont pour tâche de préparer avec Israël l’avènement de l’ère messianique annoncée parmi les prophètes. Alors nous souhaitons ardemment travailler en commun à la réalisation de cet idéal essentiel­lement biblique […]. Par là, nous pourrons hâter l’ère messianique, qui sera celle de l’amour, de la justice, de la paix […] [53].

 

En conséquence, selon Mgr Lustiger, l’Église ne doit pas chercher à convertir les juifs :

 

Ce serait une infidélité. La foi juive et la foi chrétienne sont l’une et l’autre une vocation de Dieu. Si l’on se trouve devant un juif croyant, si Dieu l’appelle à ob­server les commandements, on ne peut aller contre la volonté de Dieu. – [Question du journaliste : ] Toutefois, il existe une mission de prosélytisme de l’Église ? – [Réponse de Mgr Lustiger : ] Je tiens à vous dire qu’à l’égard d’Israël, elle n’existe pas [54].

 

u Londres. 31 mars-2 avril 1981.

9e Rencontre du CICJL.

Thème : Le défi adressé à nos communautés religieuses par la sécularisation.

 

u Rome. 6 mars 1982.

Les délégués des conférences épiscopales (et autres « experts ») se réunissent pour étudier la progression du « dialogue » judéo-chrétien. Une attention spéciale est portée à la catéchèse. Jean Paul II déclare aux participants :

 

Vous vous êtes préoccupés, pendant votre session, de l’enseignement catholique et de la catéchèse par rapport aux juifs et au judaïsme […]. Il faudrait arriver à ce que cet enseignement, aux différents niveaux de formation religieuse, dans la caté­chèse donnée aux enfants et aux adolescents, présente les juifs et le judaïsme, non seulement de manière honnête et objective, sans aucun préjugé et sans offenser personne, mais plus encore avec une vive conscience de l’héritage commun aux juifs et aux chrétiens.

 

Cet important discours papal contient par ailleurs deux nouveautés de taille [55] :

 

1. – L’appel à une « étroite collaboration » avec les juifs (« étroite collaboration à laquelle nous pousse notre héritage commun, à savoir le service de l’homme »). Nostra ætate parlait seulement de « dialogue », de « connaissance et estime mu­tuelles ». Les Orientations de 1975 introduisaient l’idée de « collaboration » . Voici maintenant l’ « étroite collaboration ». On verra plus tard l’importance de cet appel.

2. – L’idée selon laquelle chrétiens et juifs auraient une foi commune en un seul Dieu :

 

Notre patrimoine spirituel commun est surtout important au niveau de notre foi en un seul Dieu ; unique, bon, miséricordieux, qui aime les hommes et se fait aimer d’eux, maître de l’histoire et du destin des hommes, qui est notre Père et qui a choisi Israël, l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sau­vage que sont les gentils.

 

Nostra ætate évoquait déjà un « grand patrimoine spirituel commun aux chré­tiens et aux juifs » ; Jean-Paul II va plus loin en parlant de « notre foi en un seul Dieu ». Dans le contexte (celui du « patrimoine spirituel commun ») l’expression désigne une foi qui serait commune aux juifs et aux chrétiens. Or une telle foi commune n’existe pas. Nous autres, catholiques, avons la vertu théologale de foi, qui atteint Dieu tel qu’il est (même si c’est encore dans l’obscurité), faisant parti­ciper à la connaissance qu’il a de lui-même. Notre intelligence, élevée par cette vertu surnaturelle, est rendue capable d’atteindre réellement la vie intime de Dieu, inaccessible à la seule raison.

Les juifs de l’ancien Testament avaient aussi cette foi, même si la révélation dont ils bénéficiaient était beaucoup moins précise. Mais ceux qui refusent Notre-Seigneur Jésus-Christ ne peuvent avoir la vertu théologale de foi [56] ; ils peuvent sans doute, par la raison, jouir d’une certaine connaissance vraie de Dieu, mais c’est une connaissance d’ordre philosophique, qui reste très éloignée de son ob­jet ; quant à leur croyance, même si elle a pour objet des vérités révélées par Dieu, elle n’y adhère pas de façon surnaturelle ; c’est une « foi » purement humaine (comme on croit au récit de tel ami ou tel historien) qui est de plus faussée sur un certain nombre de points essentiels (foi en un Messie, mais encore à venir ; foi en un Dieu unique, mais en refusant expressément la sainte Trinité). Cette « foi » éloigne donc de Dieu bien plus qu’elle n’en rapproche, elle n’a – essentiellement – rien de commun avec la foi chrétienne.

 

u Milan. 6-9 octobre 1982.

10e Rencontre du CICJL.

Thème : Sainteté et signification de la vie dans l’actuelle situation de violence.

 

— Rome. 4 octobre 1983.

Annonce de l’étape suivante : le cardinal Etchegaray appelle le synode mondial des évêques à se repentir, demander pardon et faire pénitence pour « notre atti­tude séculaire » envers le peuple juif [57]. (Le cardinal Etchegaray recevra en 1985 le prix international de l’œcuménisme, à l’université David Ben Gourion de Beersheva.)

 

u Amsterdam. 27-29 mars 1984.

11e Rencontre du CICJL.

Thème : Jeunesse et foi.

 

u Cité du Vatican. 24 juin 1985 [58].

La Commission vaticane pour les Relations Religieuses avec le Judaïsme publie un important document faisant suite aux Orientations de 1975 : Notes sur la ma­nière correcte de présenter les juifs et le judaïsme dans la prédication et l’enseignement de l’Église catholique romaine [59]. 

Ces Notes sont le fruit des dix années de « dialogue » qui ont suivi les Orientations de 1975. Les « experts » ont planché sur le matériau éducatif catho­lique existant, matériau auquel le Comité international de liaison a toujours atta­ché une grande importance [60]. Par ces Notes, le Vatican présente un relevé des points sur lesquels l’enseignement religieux catholique – la catéchèse et la prédi­cation – doit être attentif lorsqu’il traite du judaïsme. Les assertions théologiques de ce document vont dans le sens de la pérennité du judaïsme (infidèle) et de son rôle à jouer auprès des nations. Le document est divisé en six chapitres :

 

1) Enseignement religieux et judaïsme

2) Rapports entre ancien et nouveau Testament

3) Racines juives du christianisme

4) Les juifs dans le nouveau Testament

5) La liturgie

6) Judaïsme et christianisme dans l’histoire

 

Où en est Rome, en 1985 ?

 

La décennie 1975-1985 – qui se clôt ainsi par la définition du « catéchétiquement correct »  – a bien été celle du silence et de l’autocensure. La nouvelle vision du judaïsme est encore très loin d’être unanimement acceptée (tant par « la base » que par le clergé), mais on ne s’y oppose pas publiquement. Jean-Paul II sur le siège de Rome et Jean-Marie Lustiger sur celui de Paris la favo­risent trop visiblement.

Mais précisément, où en est le Vatican, en cette année 1985 ? Que disent ces Notes sur la manière « correcte » de présenter le judaïsme ? Reprenons, pour le constater, les quatre points sensibles déjà évoqués plus haut (1. la nécessité de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; 2. le jugement porté sur les juifs par la sainte Écriture ; 3. la valeur religieuse du judaïsme post-christique ; 4. l’histoire des rap­ports entre juifs et chrétiens)

 

1. — Sur le devoir d’annoncer Jésus-Christ, les Notes restent fidèles aux Orientations de 1975 : l’Église a le devoir d’annoncer Jésus-Christ à tous, mais « dans le plus rigoureux respect de la liberté religieuse ». Elles affirment que « Église et judaïsme ne peuvent pas être présentées comme deux voies parallèles de salut », mais cela ne suffit pas à écarter toute erreur sur ce sujet. Les Orientations pastorales françaises de 1973 affirmaient elles aussi que « Israël et l’Église ne sont pas des institutions complémentaires », tout en laissant entendre, juste après, que le judaïsme gardait malgré tout une valeur religieuse. De fait, les Notes semblent aller dans le même sens.

Par ailleurs, la troisième partie du document insiste pour que la catéchèse et la prédication soulignent l’appartenance de Jésus à la religion juive. La phrase d’in­troduction affirme de façon lapidaire : « Jésus était juif et l’est toujours resté. » C’est une façon subtile de laisser penser que le judaïsme actuel a toute sa raison d’être. Lui n’aurait pas trahi le vrai rabbi Jésus. Au passage, comme dans le texte des évêques français de 1973, on réhabilite les pharisiens : « Jésus partage, avec la majorité des juifs palestiniens d’alors, des doctrines pharisiennes. »

 

2. — Quant au jugement porté sur les juifs par la sainte Écriture, l’évolution est manifeste. Les Orientations de 1975 affirmaient :

 

Il est bien évident qu’on ne peut changer le texte biblique.

 

Les Notes de 1985, elles, s’emploient à relativiser le texte évangélique :

 

Les Évangiles sont le fruit d’un travail rédactionnel long et compliqué […]. Il n’est donc pas exclu que certaines références hostiles ou peu favorables aux juifs aient comme contexte historique les conflits entre l’Église naissante et la commu­nauté juive. Certaines polémiques reflètent des conditions de rapports entre juifs et chrétiens bien postérieures à Jésus.

 

3. — Sur la valeur religieuse du judaïsme post-christique, la nouveauté – d’ordinaire si bien dissimulée – se fait presque agressive. On indique en toutes lettres qu’il faut « se débarrasser de la conception traditionnelle » :

 

La permanence d’Israël (alors que tant de peuples anciens ont disparu sans lais­ser de traces) est un fait historique et un signe à interpréter dans le plan de Dieu. Il faut en tout cas se débarrasser de la conception traditionnelle du peuple puni, conservé comme argument vivant pour l’apologétique chrétienne. […]

 

Pour justifier cette nouveauté, on invoque l’enseignement du pape régnant, qualifié, pour l’occasion, de « remarquable » :

 

Le Saint-Père a présenté cette réalité permanente du peuple juif avec une remar­quable formule théologique dans son allocution aux représentants de la commu­nauté juive de l’Allemagne Fédérale, à Mayence, le 17 novembre 1980 : « Le peuple de Dieu de l’ancienne Alliance, qui n’a jamais été révoquée. »

 

Et encore :

 

On relèvera combien cette permanence d’Israël s’accompagne d’une créativité spirituelle continue, dans la période rabbinique, au Moyen Age, et dans la période moderne, à partir d’un patrimoine qui nous fut longtemps commun, si bien que « la foi et la vie religieuse du peuple juif telles qu’elles sont professées et vécues encore maintenant (peuvent) aider à mieux comprendre certains aspects de la vie de l’Église » (Jean-Paul II, 6 mars 1982).

 

Les Notes vont jusqu’à déclarer :

 

La catéchèse devrait, d’autre part, aider à comprendre la signification, pour les juifs, de leur extermination pendant les années 1939-1945 et de ses conséquences […].

 

Est-ce dire que ce que les juifs appellent « la Shoah » aurait une valeur reli­gieuse ? (Sinon, pourquoi la catéchèse devrait-elle s’y intéresser ?) Un tel passage rappelle la critique que les quarante jésuites du Liban adressaient en 1973 aux Orientations de l’épiscopat français :

 

[…] En liant ainsi le destin de l’humanité à celui du peuple juif, et non plus au Christ, on fait du peuple juif lui-même le Messie, selon une interprétation « collectiviste » qui, même dans la théologie juive classique, n’est pas traditionnelle et n’a pris vigueur que par opposition au christianisme et avec la réalisation de l’idéologie sioniste.

Étrange bienveillance qui vide l’ancien Testament de ce qui fait sa grandeur, l’attente d’un Sauveur et d’une terre nouvelle, pour le réduire à l’autoadmiration d’un peuple […] [61].

 

La sixième partie des Notes aborde aussi la question de la relation d’Israël avec la Terre sainte. C’est la première mention explicite dans un document émanant du Saint-Siège (Nostra ætate et les Orientations de 1975 n’en parlaient pas).

 

4. — Les Notes déplorent enfin la « pénible ignorance de l’histoire et des tradi­tions du judaïsme dont seuls les aspects négatifs et souvent caricaturaux sem­blent faire partie du bagage commun de beaucoup de chrétiens » ; elles recom­mandent :

 

On rappellera combien le bilan des rapports entre juifs et chrétiens durant deux millénaires a été négatif.

 

On ne précise pas de quels côtés étaient les torts, mais cela va de soi.

 

« Au delà du simple dialogue »

 

Le passage le plus important – le plus étonnant même – de ces Notes figure dans le deuxième chapitre. On y indique que le « dialogue » – le fameux dialogue prôné par Nostra ætate, et dans lequel l’Église est maintenant entrée – n’est qu’une étape. Il faut maintenant aller plus loin, « au delà du simple dialogue ». Il s’agit désormais tout simplement d’aider les juifs à « préparer le monde à la venue du Messie ». La chose est dite sans emphase, très placidement, au milieu d’un para­graphe dont rien n’indique, de prime abord, le caractère explosif :

 

Attentifs au même Dieu qui a parlé, suspendus à la même parole, nous avons à témoigner d’une même mémoire et d’une commune espérance en celui qui est le Maître de l’histoire. Il faudrait ainsi que nous prenions notre responsabilité de pré­parer le monde à la venue du Messie en œuvrant ensemble pour la justice sociale, le respect des droits de la personne humaine et des nations pour la réconciliation so­ciale et internationale. A cela nous sommes poussés, juifs et chrétiens, par le pré­cepte de l’amour du prochain, une espérance commune du règne de Dieu et le grand héritage des prophètes. Transmise assez tôt par la catéchèse, une telle conception éduquerait de façon concrète les jeunes chrétiens à des rapports de co­opération avec les juifs, allant au-delà du simple dialogue [62].

 

L’idée, à vrai dire, n’est pas totalement nouvelle : les Orientations de 1975 en­courageaient déjà à la « collaboration » avec les juifs « dans l’esprit des pro­phètes [63] » On ne précisait cependant pas si clairement qu’il s’agissait de s’associer au messianisme temporel des juifs. Le temps est maintenant venu de le dire à haute voix. – Quand on sait que, selon les Pères de l’Église, ce faux messianisme juif tend au règne de l’Antéchrist, on ne peut que s’en inquiéter.

Et néanmoins, cette étape n’est pas immédiate. Avant d’être admis à collaborer à « la préparation de la venue du Messie », les chrétiens vont devoir franchir une étape intermédiaire : celle de la purification par la repentance.

 

 

— III —

Des Notes (1985) au jubilé de l’an 2000

L’engrenage de la repentance

 

« […] Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » Le cœur transpercé par ce discours, ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que ferons-nous ? » Pierre leur répondit : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour obtenir le pardon de vos péchés. […] Sauvez-vous du milieu de cette génération perverse. » [Ac 2, 36-40.]

 

Cet appel à la repentance fut adressé aux juifs le jour même de la Pentecôte, par saint Pierre, au nom de tous les Apôtres (et au nom du Saint-Esprit, qui venait de descendre sur eux) [64]. Depuis deux millénaires, l’Église n’a cessé de le faire reten­tir : Repentez-vous.

La déclaration conciliaire Nostra ætate fut d’abord et essentiellement (c’est son tort principal) un acte de renonciation publique à cet appel à la repentance. La Synagogue n’est plus considérée comme coupable du rejet et de la mort du Christ ; les reproches qui lui sont adressés en ce sens depuis 2000 ans sont sans objet [65].

Mais s’il en est ainsi, c’est l’Église qui a été injuste. C’est elle qui doit, aujour-d’hui, faire repentance. Nostra ætate n’en dit rien, d’autres sauront le dire. Avec acharnement, les juifs vont maintenant exiger vengeance. Et par sa seule renon­ciation au cri de saint Pierre : « Repentez-vous », l’Église conciliaire est entrée dans l’engrenage. Le processus – diabolique – d’inversion des rôles va se poursuivre.

 

u Rome. 28-30 octobre 1985.

12e Rencontre du CICJL.

Thèmes : 20e anniversaire de Nostra ætate ; étude pour la mise en application des Notes du Vatican sur la catéchèse et la prédication.

 

— Rome. 13 avril 1986.

Jean-Paul II effectue une visite historique au rabbin de la synagogue de Rome [66]. Cette rencontre a une forte portée symbolique : c’est l’Église du Christ qui – à travers Jean-Paul II – fait le déplacement à la Synagogue et qui découvre son lien avec le judaïsme (talmudique) en scrutant son propre mystère. Après cette « prise de conscience », les juifs (infidèles) deviennent des « frères aînés »  [67].

 

u 1987.

Décision a été prise d’obtenir de la part de l’Église catholique une déclaration de repentance pour tous ses torts envers le judaïsme depuis vingt siècles (y com­pris, bien sûr, dans la « Shoah » dont le caractère unique et incomparable doit être clairement affirmé à la face du monde). Il faut donc mettre le Vatican sous pression, et, pour cela, tous les moyens sont bons.

Le simple fait que des carmélites prient à Auschwitz ou que Jean-Paul II re­çoive le dirigeant politique autrichien Kurt Waldheim suffit à déclencher des campagnes de protestations. Les participants juifs décident même – pour aug­menter la pression – d’ajourner la 13e rencontre du Comité International de Liaison (CICJL) prévue pour décembre 1987 à Washington.

Le 11 septembre 1987, Jean-Paul II cède et annonce publiquement que la « Shoah » fera l’objet d’études historiques et religieuses au terme desquelles le Saint-Siège publiera un document sur cette question. – Le document arrivera onze ans plus tard, en 1998. Mais il est d’ores et déjà préparé dans une fébrile agi­tation.

 

u Prague. 3-6 septembre 1990.

13e Rencontre du CICJL.

Thème : La Shoah. Rédaction d’un document sur la Shoah. Mgr Edward Cassidy, président de la Commission du Saint-Siège, déclare que « le fait que l’antisémi­tisme ait trouvé place dans la pensée et la pratique chrétiennes constitue un appel à la techouva (au repentir) ».

 

u Suisse. avril 1992.

Les évêques helvétiques et la Fédération des communautés israélites de Berne, publient un document commun affirmant que « L’Église a, elle aussi, péché au cours des siècles par sa propagande antisémite et par son manque de vigilance ».

 

u Espagne 1992.

C’est sur l’expulsion des juifs d’Espagne, il y a cinq cents ans (1492), que l’épis­copat espagnol fait repentance [68]

 

u Baltimore. 4 -7 mai 1992.

14e Rencontre du CICJL.

Thème : 25 ans de dialogue entre juifs et catholiques.

Au cours de la rencontre, on annonce que le document sur la Shoah progresse. Le théologien allemand Hans Hermann Henrix et le père Bernard Dupuy O.P. (français) sont chargés d’élaborer un avant-projet. (Le choix d’un théologien al­lemand va de soi : les évêques allemands ont déjà multiplié les déclarations de repentance depuis 1975. Quant au père Bernard Dupuy  il participe aux ren­contres du CICJL depuis une vingtaine d’années. Il est secrétaire du Comité épis­copal français pour les relations avec le Judaïsme.)

 

u Rome. Octobre 1992.

Publication du nouveau Catéchisme de l’Église catholique, qui reprend non seu­lement les thèses de Nostra ætate mais même les « avancées » postérieures : « l’ancienne Alliance n’a jamais été révoquée [69] » ; nous devons attendre le Messie avec les juifs (retour pour nous, venue pour eux [70]).

 

u New-York. 30 décembre 1993.

Reconnaissance politique de l’État d’Israël par le Vatican.

L’Accord fondamental entre le Saint-Siège et l’État d’Israël signé après une ré­union secrète organisée par Mgr Tauran avec Yossi Beilin à New York [71] est de la plus grande importance pour les milieux juifs qui lui donnent une portée théolo­gique (la mutation des rapports entre christianisme et judaïsme s’accompagne de la reconnaissance du « centre physique de l’Alliance [72]  »). Cette reconnaissance de l’État d’Israël par le Vatican mène à l’établissement, en 1994, de relations diplo­matiques complètes et à l’échange d’ambassadeurs [73].

Léon Askenazi (directeur des Centres d’études juives Yaïr) commente :

 

L’événement majeur est d’ordre théologique : pour la première fois en deux mille ans, l’Église catholique reconnaît que les juifs sont Israël. Elle renonce ainsi à une conception selon laquelle la Chrétienté elle-même formait le nouvel Israël. […] En effet, le peuple juif a vocation de témoigner de ce qu’est le projet de Dieu pour l’humanité ; et les chrétiens sont la diaspora pour les nations. Un temps donc s’achève, celui de l’Église, de la Chrétienté, de la civilisation occidentale sous sa forme actuelle, et cela peut déboucher sur une civilisation universelle, c’est-à-dire messianique [74].

 

u Jérusalem. 1er-4 février  1994.

Comme pour fêter l’établissement de liens diplomatiques entre Israël et le Vatican, une conférence internationale réunit 700 personnalités juives et chré­tiennes à Jérusalem. Le cardinal Ratzinger (qui a fait plusieurs visites discrètes en Israël avant l’établissement des relations diplomatiques) prononce une confé­rence sur « Israël, l’Église et le monde : leurs relations et leur mission selon le Catéchisme de l’Église catholique ». [75]  Dans l’introduction, il s’interroge :

 

La confession de Jésus de Nazareth comme Fils du Dieu vivant et la foi dans la Croix comme rédemption de l’humanité signifient-elles une condamnation expli­cite des juifs, comme entêtés et aveugles, comme coupables de la mort du Fils de Dieu ? Se pourrait-il que le cœur de la foi des chrétiens les contraigne à l’intolé­rance, voire à l’hostilité à l’égard des juifs et, à l’inverse, que l’estime des juifs pour eux-mêmes, la défense de leur dignité historique et de leurs convictions les plus profondes, les obligent à exiger des chrétiens qu’ils renoncent au cœur de leur foi, et donc, requièrent semblablement des juifs qu’ils renoncent à la tolérance ? Le conflit est-il programmé au cœur même de la religion et ne peut-il être résolu que par la répudiation de ce cœur ?

 

La question est toujours la même : comment réussir à concilier la foi en Jésus-Christ avec l’incrédulité juive. L’exposé du cardinal, cependant, n’apporte pas de solution à cet insoluble problème. Il se contente de dire, en conclusion :

 

La présentation de la doctrine du Catéchisme qui, pour sa part, n’entend être qu’une interprétation de l’Écriture, a pris plus de temps que je ne le prévoyais. Je ne puis donc tirer de conclusions détaillées quant à la mission des juifs et des chré­tiens dans le monde moderne sécularisé.

 

u Jérusalem. 23-26 mai 1994.

15e Rencontre du CICJL.

Thèmes : Antisémitisme, éducation et écologie. Un document sur l’écologie est mis en route. – Mais surtout, le théologien allemand Hans Hermann Henrix présente, à titre d’information, et comme pouvant constituer une base pour la déclaration du Vatican, le brouillon d’une déclaration germano-polonaise sur la Shoah. Pour accentuer la pression sur le Vatican, certains participants font parvenir le docu­ment à la presse (renouvelant les pratiques utilisées à Rome, en 1963-1965, durant la préparation de Nostra ætate).

Or le document, d’un ton particulièrement violent, ne dénonce pas seulement les fautes qu’ont pu commettre, factuellement, tels ou tels chrétiens. Il met direc­tement en cause la doctrine traditionnelle de l’Église :

 

Pendant des siècles, ni la prédication ni la théologie n’ont considéré la perma­nence du judaïsme comme une manière de vivre et de croire faisant partie du plan de salut de Dieu […]. Des siècles de théologie et de prédication avaient endormi la conscience des gens et diminué leur capacité de résistance […]. Beaucoup de chré­tiens, croyant que l’Alliance de Dieu avec Israël était rompue, étaient, avec leurs évêques, si aveuglés par les préjugés qu’ils n’avaient pas la clairvoyance nécessaire pour reconnaître le mal dans la persécution antisémite du national-socialisme.

 

Mais l’enseignement traditionnel de l’Église n’a pas seulement désarmé les consciences. Il a aussi produit le mal :

 

La tradition de l’antijudaïsme théologique et ecclésial a été un élément impor­tant sur le chemin qui mène à la Shoah. L’Église et le christianisme ont contribué dans le passé à créer un climat d’indifférence et parfois d’hostilité au peuple juif et au judaïsme qui a frayé la voie à l’antisémitisme moderne […]. L’Église reconnaît un lien entre « l’enseignement du mépris » longtemps préconisé à l’égard du ju­daïsme et le brutal antisémitisme dans le monde occidental moderne [76].

 

En conclusion, l’Église « confesse qu’elle porte une co-responsabilité en ce qui concerne la Shoah et que pèse sur elle le fardeau de la culpabilité ».

 

[Elle] éprouve honte et repentance et reconnaît le besoin de se convertir […]. Nous invoquons le pardon de Dieu et nous demandons au peuple juif d’entendre cette parole de conversion et de volonté de renouvellement.

 

Ce monument d’autoflagellation fait évidemment les délices de la presse. Mais le Vatican, qui apprécie peu la manœuvre, prend ses distances. La partie juive s’en offusque, et – toujours dans sa stratégie de pression – annule la rencontre du Comité International de Liaison (CICJL) prévue pour 1996 à Buenos Aires.

 

u Vatican-Israël. 15 juin 1994.

Établissement de relations diplomatiques complètes entre le Saint-Siège et l’État d’Israël. Le premier ambassadeur d’Israël auprès du Saint-Siège est ac­cueilli à la Cité du Vatican, le 29 septembre (fête de saint Michel, archange).

 

u Lyon. Même année 1994

Exemple – parmi d’autres – de la vague de repentance submergeant les dio­cèses. L’Assemblée synodale du diocèse de Lyon (présidée par le cardinal Decourtray) déclare, dans un message public :

 

L’Église au cours des siècles passés, a péché à l’égard du peuple juif. Catholiques, nous assumons notre histoire, au cours de laquelle nous avons trop souvent voulu exclure nos frères juifs de l’élection dont ils sont l’objet. Un « enseignement du mépris », dénoncé par Jules Isaac, a entraîné des conséquences de haines, de souffrances et de mort d’un poids incalculable. Dans cette ligne, l’ex­termination programmée a atteint un paroxysme dans l’horreur [77].

 

u Rome. 10 novembre 1994.

Annonçant le jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II fait part du thème de la « repentance » qui la caractérisera. Il déclare dans l’encyclique Tertio millennio ad­veniente :

 

Il est donc juste que, le deuxième millénaire du christianisme arrivant à son terme, l’Église prenne en charge, avec une conscience plus vive, le péché de ses en­fants, dans le souvenir de toutes les circonstances dans lesquelles, au cours de son histoire, ils se sont éloignés de l’esprit du Christ et de son Évangile, présentant au monde non point le témoignage d’une vie inspirée par les valeurs de la foi, mais le spectacle de façons de penser et d’agir qui étaient de véritables formes de contre-témoignage et de scandale [nº 33] [78].

 

Le 16 novembre, le cardinal Etchegaray, est nommé président du Comité cen­tral pour le Grand Jubilé de l’an 2000 [79]. Un autre artisan zélé du « dialogue » ju­déo-catholique, le père Georges Marie Martin Cottier O.P., est nommé président du Comité historico-théologique du Jubilé.

 

u Drancy. 30 septembre 1997.

Mgr Olivier de Berranger lit publiquement, au nom de l’épiscopat français, une Déclaration de repentance [80]. Bien conscient qu’elle va choquer beaucoup de gens (« Il est possible que certains soient gênés […] d’autres encore seront peut-être scandalisés »), il estime ce choc salutaire.

Les évêques sont toutefois surpris par l’ampleur des réactions. Mgr Thomas, évêque de Versailles, se dit « assailli de coups de téléphone de fidèles qui ne comprennent pas que les évêques battent leur coulpe ». Un an plus tard, en oc­tobre 1998, Mgr de Berranger devra avouer avoir reçu beaucoup de courrier à la suite de cette déclaration :

 

Les deux tiers [du] courrier étaient composés de lettres négatives et quelquefois agressives. Certains catholiques de France n’ont tout simplement pas intégré les avancées théologiques de Vatican II, qui datent pourtant de plusieurs décennies.

 

On nous permettra une question naïve : si – comme on veut nous le faire croire – ces « avancées théologiques de Vatican II » ne contredisent aucunement la doctrine antérieure mais viennent seulement la développer, comment expli­quer qu’elles choquent si violemment les fidèles, et qu’il faille des décennies d’efforts pastoraux, de propagande médiatique et de manipulation psycholo­gique pour réussir à les leur faire admettre ? La réponse figurait en toutes lettres dans les Notes de 1985 : il ne s’agit pas d’un simple développement ; il faut, au contraire, « se débarrasser de la conception traditionnelle ».

 

u Cité du Vatican. 30 octobre-1er novembre 1997.

Symposium d’universitaires organisé sous les auspices du Comité pour le Grand Jubilé de l’An 2000 et intitulé Les racines de l’antijudaïsme en milieu chrétien.  Claude-François Jullian rapporte ainsi l’objet des débats :

 

Tous les experts ont réaffirmé les origines juives du christianisme et qualifié d’aberration la théologie de la substitution : c’est-à-dire l’Alliance nouvelle dans le Christ annulant l’ancienne Alliance. En ouvrant le symposium, le cardinal Etchegaray (président du comité d’organisation du Jubilé) expliquait de sa voix rocailleuse, sortie des gorges pyrénéennes : « Il s’agit d’examiner les rapports trop souvent in­versés entre judaïsme et christianisme. » Discours repris par l’animateur de la ren­contre le dominicain suisse Georges Cottier, théologien privé du pape (et président du comité théologico-historique du Jubilé) qui rappelait : « Notre réflexion porte sur le plan divin du salut et sur la place qu’y tient le peuple juif, peuple de l’Élec­tion, de l’Alliance et des promesses. L’aberration de la théologie de la substitution est un point essentiel, admis depuis Vatican II, mais difficile à faire passer à la base » disait un participant [81].

 

Et le journaliste de l’hebdomadaire de s’interroger : 

 

Pourquoi Rome doit-elle ainsi réunir des experts des cinq continents pour véri­fier ce qui semble être aujourd’hui une vérité de foi ?

 

En tout cas, Jean-Paul II, qui reçoit les conférenciers au Vatican, encourage la nouvelle doctrine en déclarant :

 

Ce peuple est convoqué et conduit par Dieu, créateur du ciel et de la terre. Son existence n’est donc pas un pur fait de nature ni de culture. […] Elle est un fait surnaturel. Ce peuple persévère envers et contre tout du fait qu’il est le peuple de l’Alliance et que, malgré les infidélités des hommes, le Seigneur est fidèle à son Alliance [82].

 

u Cité du Vatican. 16 mars 1998.

Après onze années de réflexions et plusieurs « repentances » nationales, la commission pour les Relations religieuses avec les juifs publie enfin le document tant attendu par ceux-ci. Il est intitulé Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah [83].

A l’occasion de cette publication, Jean-Paul II envoie au cardinal Cassidy un message que nous reproduisons en son entier. Le Jubilé chrétien devient le Jubilé de la repentance pour les responsabilités des chrétiens dans « les maux de notre temps », en particulier celui de la Shoah :

 

À mon vénéré Frère, le Cardinal Edward Idris Cassidy

En de nombreuses occasions au cours de mon pontificat, j’ai rappelé avec un sentiment de profonde douleur les souffrances du peuple juif lors de la Seconde Guerre mondiale. Le crime connu sous le nom de la Shoah a laissé une marque in­délébile dans l’histoire du siècle qui s’achève.

Tandis que nous nous préparons à entrer dans le troisième millénaire du chris­tianisme, l’Église est consciente que la joie d’un Jubilé est avant tout une joie fon­dée sur le pardon des péchés et la réconciliation avec Dieu et son prochain. C’est pourquoi elle encourage ses fils et ses filles à purifier leur cœur, à travers le repentir pour les erreurs et les infidélités du passé. Elle les appelle à se placer humblement face au Seigneur et à examiner leur part de responsabilité dans les maux de notre temps.

Mon souhait fervent est que le document : Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, que la Commission pour les Relations religieuses avec le judaïsme a pré­paré sous votre direction, contribue véritablement à guérir les blessures provoquées par les incompréhensions et les injustices du passé. Puisse-t-il permettre à la mémoire de jouer le rôle qui lui revient dans l’édification d’un avenir où jamais plus l’indicible injustice de la Shoah ne sera possible. Puisse le Seigneur de l’histoire guider les ef­forts des catholiques et des juifs, ainsi que de tous les hommes et femmes de bonne volonté, dans leur œuvre commune en vue d’un monde véritablement respectueux de la vie et de la dignité de chaque être humain, car tous ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Du Vatican, le 12 mars 1998, Ioannes Paulus PP. II

 

u Cité du Vatican. 23-26 mars 1998.

16e Rencontre du CICJL.

Thème : Que devrions-nous enseigner les uns sur les autres et comment ? Le Comité International de Liaison publie aussi une Déclaration commune sur l’Environne­ment (préparée depuis la réunion de 1994).

 

u Varsovie (Umschlagplatz). 11 mai 1999.

Prière publique de Jean-Paul II aux intentions du peuple juif :

 

Dieu d'Abraham, Dieu des prophètes, Dieu de Jésus-Christ, en toi tout est contenu ; vers toi tout se dirige ; tu es le terme de tout. Exauce notre prière à l’in­tention du peuple juif, qu’en raison de ses pères, tu continues de chérir. Suscite en lui le désir toujours plus vif de pénétrer profondément ta vérité et ton amour.

Assiste-le pour que, dans ses efforts pour la paix et la justice, il soit soutenu dans sa grande mission de révélation au monde de ta bénédiction.

Qu’il rencontre respect et amour chez ceux qui ne comprennent pas encore ses souffrances comme chez ceux qui compatissent aux blessures profondes qui lui ont été infligées, avec le sentiment du respect mutuel des uns envers les autres.

Souviens-toi des générations nouvelles, des jeunes et des enfants : qu’ils persis­tent dans la fidélité envers toi, dans ce qui constitue l’exceptionnel mystère de leur vocation.

Inspire-les pour que l’humanité comprenne par leurs témoignages que tous les peuples ont une seule origine et une seule fin.

Dieu dont le dessein de salut s’étend à tous les hommes. Amen.

 

On note que Jésus-Christ (ravalé au même rang qu’Abraham et les prophètes) n’est pas invoqué comme Dieu, ni comme médiateur. Le peuple juif est présenté comme fidèle à Dieu (il doit seulement « persister » dans cette fidélité) et fidèle à sa vocation (il doit seulement être « soutenu » par Dieu dans cette « grande mis­sion »). Cette vocation est cependant présentée comme un « mystère » (histoire, sans doute, de répondre à ceux qui verraient une contradiction avec l’enseigne­ment antérieur de l’Église et de l’Écriture sainte).

 

u Rome, 12 mars 2000 [84], basilique Saint-Pierre.

Jean-Paul II, lit un « mea culpa » au nom de l’Église catholique, pour les fautes des chrétiens envers « le peuple de l’Alliance et des Bénédictions » :

 

Un représentant de la Curie romaine :  

Prions pour que, dans le souvenir des souffrances endurées au cours de l’his­toire par le peuple d’Israël, les chrétiens sachent reconnaître les péchés commis par nombre des leurs contre le peuple de l’Alliance et des bénédictions, et ainsi purifier leur cœur.

(Prière en silence.)

Le Saint-Père :  

Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples : nous sommes profondément attristés par le comporte­ment de ceux qui, au cours de l’histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authen­tique avec le peuple de l’alliance. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. — R. Amen. 

R. Kyrie, eleison ; Kyrie, eleison ; Kyrie, eleison.

On allume une lampe devant le Crucifix [85].

 

u Jérusalem. 23 mars 2000.

Le texte de repentance est glissé par Jean-Paul II lui-même dans un interstice du Mur des lamentations (vestige du Temple de l’ancienne Alliance). Pour les juifs, persuadés d’être le « peuple sacerdotal », ce Mur attend la reconstruction du Temple dans la capitale religieuse de l’Alliance recouvrée : Jérusalem, qui doit détrôner l’usurpatrice, Rome. Car la terre n’est que pour Jérusalem et Jérusalem n’est que pour le Temple. Or les juifs, depuis la destruction de Jérusalem en l’an 70, n’ont plus ni temple, ni sacerdoce (le sacerdoce d’Aaron et même la filiation de la tribu de Lévi ont été entièrement perdus), ni culte (le culte mosaïque, qui reposait essentiellement sur le Temple et le sacerdoce lévitique, a dû être rem­placé par de simples assemblées de prières dans les synagogues). Tous leurs ef­forts pour rebâtir le Temple ne pourront changer un iota à la prophétie d’Osée, déjà accomplie : « Les fils d’Israël seront sans roi, sans prince, sans sacrifice et sans autel » (Os 3, 5-6). Le seul sacrifice agréable à Dieu est celui de son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui se livre chaque jour sur nos autels.

 

 

— IV —

Après la repentance (« teshouva »)

L’engrenage de la collaboration

 

« Au-delà du simple dialogue », annonçaient les Notes de 1985, vient l’étape de la « coopération » : « préparer le monde à la venue du Messie en œuvrant ensemble pour la justice sociale, le respect des droits de la personne humaine et des nations pour la réconciliation sociale et internationale ».

Le rabbin Kaplan affirmait de son côté :

 

[Les religions bibliques] ont pour tâche de préparer avec Israël l’avènement de l’ère messianique annoncée parmi les prophètes. Alors nous souhaitons ardemment travailler en commun à la réalisation de cet idéal essentiellement biblique […]. Par là, nous pourrons hâter l’ère messianique, qui sera celle de l’amour, de la justice, de la paix […] [86].

 

Après l’étape de la repentance, sommes-nous entrés dans celle de la collabora-tion ? Le recul manque pour l’affirmer, mais certains faits – on le verra – sont si­gnificatifs. En tout cas, la nouvelle doctrine continue à s’imposer dans l’Église.

 

u Rome. 29 décembre 2000.

Le cardinal Ratzinger  fait paraître dans L’Osservatore romano un article intitulé « L’héritage d’Abraham, don de Noël ». Il y affirme :

 

La tâche du peuple élu est de donner son Dieu, le Dieu unique et véritable à tous les autres peuples et, en réalité, nous, chrétiens, sommes les héritiers de leur foi au Dieu unique. Notre reconnaissance va donc à nos frères juifs qui, malgré les difficultés de leur histoire, ont conservé, jusqu’à aujourd’hui, la foi en ce Dieu et en té­moignent devant tous les autres peuples […] La relation entre l’Église naissante et Israël eut souvent un caractère conflictuel. L’Église fut considérée par sa mère comme une fille dégénérée, cependant que les chrétiens considéraient leur mère comme aveugle et obstinée. […] Même si l’ultime et exécrable expérience de la Shoah fut perpétrée au nom d’une idéologie antichrétienne […], on ne peut nier qu’une résistance insuffisante des chrétiens à ces atrocités s’explique par l’héritage antijudaïque, présent dans l’âme d’un nombre non négligeable de chrétiens. C’est peut-être précisément à cause du caractère dramatique de cette ultime tragédie qu’est née une nouvelle vision de la relation entre l’Eglise et Israël, une volonté sincère de vaincre toute forme d’antijudaïsme et d’inaugurer un dialogue construc­tif de connaissance réciproque et de réconciliation. 

 

u New York. 1-4 mai 2001.

17e Rencontre du CICJL

Thème : Repentance et Réconciliation. Le Comité International de Liaison publie deux déclarations : La protection des libertés religieuses et des lieux saints, et L’enseignement dans les séminaires catholiques et juifs et les facultés de théologie. A cette occasion, le cardinal W. Kasper, nouveau président de la Commission Pontificale pour les Relations Religieuses avec le Judaïsme fait la déclaration sui­vante :

 

L’ancienne théorie de la substitution n’a plus cours depuis le concile Vatican II [87]. Pour nous, chrétiens d’aujourd’hui, l’alliance avec le peuple juif est un héritage vivant, une réalité vivante. […] Le document Dominus Iesus n'affirme pas que tout le monde doit devenir catholique pour être sauvé par Dieu. Au contraire, il déclare que la grâce de Dieu – qui, selon notre foi, est la grâce de Jésus Christ - est à la disposition de tous. Par conséquent, l’Église croit que le judaïsme, c’est-à-dire la réponse fidèle du peuple juif à l’alliance irrévocable de Dieu, est salvifique pour eux, parce que Dieu est fidèle à ses promesses [88].

 

Rome n’avait encore jamais été aussi loin. La dernière phrase nie explicitement que les juifs doivent adhérer à NSJC pour être sauvés. Elle est donc formellement hérétique. Mais elle ne fait qu’exprimer de façon claire ce que sous-entendaient déjà nombre d’autres documents.

 

 

u Paris. 28-29 janvier 2002.

Premières Rencontres européennes entre juifs et catholiques, organisées à l’Hôtel de Ville de Paris par le Congrès juif européen, sur le thème : Après Vatican II et Nostra ætate : l’approfondissement des relations entre juifs et catholiques. Près de 700 person­nalités juives et catholiques, venues de toute l’Europe, s’y pressent [89]. — Les deuxièmes Rencontres auront eu lieu au même endroit, les 11 et 12 mars 2003. — Les troisièmes (avec 500 invités) le 4 décembre 2005. « Il y a un avant et un après Vatican II » s’y écriera le grand rabbin de France, Joseph Sitruk, tandis que le cardinal Lustiger affirmera que « l’histoire change de sens ». On y insistera surtout sur l’organisation d’actions communes de solidarité (notamment au Gabon, autour de l’association Convivium[90].

 

u Washington. 13 août 2002.

L’épiscopat américain (Comité épiscopal des affaires œcuméniques et interre­ligieuses) publie des Réflexions sur l’Alliance et la Mission. La préface du document affirme :

 

Un approfondissement de l’appréciation catholique de l’alliance éternelle entre Dieu et le peuple juif, de même qu’une reconnaissance de la mission donnée par Dieu aux juifs de témoigner de l’amour fidèle de Dieu, conduisent à la conclusion que des campagnes qui visent à convertir des juifs au christianisme ne sont plus théologiquement acceptables dans l’Église catholique [91].

 

u Rome. 2002.

La Commission biblique pontificale publie : Le peuple juif et ses saintes Écritures dans la Bible chrétienne [92]. Ce document (préfacé par le cardinal Ratzinger) est très apprécié dans le monde juif, et le R.P. Jean Dujardin explique pourquoi :

 

Titre […] impensable dans la perspective de certains Pères de l’Église pour qui le peuple juif, aveuglé, avait perdu l’usage des Écritures qu’il ne savait plus lire.

 

Qu’apporte ce document ? D’abord, un encouragement à la lecture commune de la Bible avec les juifs. Nostra ætate disait, certes, que la connaissance et l’estime mutuelle entre juifs et chrétiens naîtraient « d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel », mais ne parlait pas explicitement d’étude commune de la Bible, encore moins d’aller chercher dans la tradition talmudique (élaborée par des juifs ayant refusé le Christ) les moyens de mieux comprendre l’ancien Testament. C’est ce qui est fait désormais.

La Commission biblique énonce bien quelques mises en garde :

 

Lire la Bible comme le judaïsme la lit implique nécessairement l’acceptation de tous les présupposés de celui-ci, c’est-à-dire l’acceptation intégrale de ce qui fait le judaïsme, notamment l’autorité des écrits et traditions rabbiniques, qui excluent la foi en Jésus comme Messie et Fils de Dieu [§ 22].

 

Mais que pèse cette réserve toute théorique face à l’encouragement concret de la lecture commune ? Pour changer en profondeur les mentalités, c’est la praxis qui compte, bien plus que les justifications embarrassées qui l’accompagnent. Il suffit, pour le comprendre, d’aller jeter un coup d’œil à l’éventail de cours, ses­sions, journées et autres activités proposés à Paris par le S.I.D.I.C. (Service d’In­formation et de Documentation Juifs-Chrétiens), en collaboration avec l’École cathédrale. Sur la Genèse, l’art, « l’itinéraire d’Abraham », le thème de la réconci­liation entre frères, « Moïse et le don de l’eau », « le bestiaire de l’art roman » , la figure du Messie, etc., bref sur tous les thèmes pouvant se rapporter de près ou de loin à l’ancien Testament, on propose aux bons catholiques soucieux de forma­tion toute une série de conférences faites indifféremment par des religieuses, des laïcs ou des rabbins, mais toujours sous l’éclairage de « la Tradition orale du ju­daïsme ».

Le document de la Commission biblique contient d’ailleurs d’excellentes choses. De nombreux paragraphes rappellent en détail l’interprétation chrétienne de l’ancien Testament. Mais cette interprétation, qui semble réaffirmée, est en même temps minée par le refus de reconnaître l’aveuglement de la Synagogue. Car on ne doit plus accuser les juifs de cécité ou d’infidélité :

 

[…] Les chrétiens doivent admettre que la lecture juive de la Bible est une lec­ture possible, qui se trouve en continuité avec les saintes écritures juives de l’époque du second temple [§ 22].

 

La lecture chrétienne est aussi une lecture possible, et, certes, les juifs devraient l’admettre comme telle (elle « correspond à une potentialité de sens effectivement présente dans les textes », § 64), mais on ne saurait la présenter comme obliga­toire (même si nous sommes persuadés, nous autres chrétiens, qu’elle « fait appa­raître dans les Écritures une plénitude de sens qui, auparavant, ne pouvait pas être perçue » § 64).

 

On ne doit donc pas dire que le juif ne voit pas ce qui était annoncé dans les textes, mais que le chrétien, à la lumière du Christ et dans l’Esprit, découvre dans les textes un surplus de sens qui y était caché [§ 21].

 

Saint Paul semble dire le contraire, mais ce n’est qu’une apparence :

 

Lorsqu’il parle d’un aveuglement des juifs concernant « la lecture de l’ancien Testament » (2 Co 3, 14), ce n’est pas d’une complète incapacité de lecture qu’il veut parler, mais d’une incapacité de re-lecture à la lumière du Christ [§ 19].

 

Aucune des prophéties, en effet, ne se rapportait au Christ de façon immédiate. Seule une « re-lecture » chrétienne a pu donner cette impression :

 

Tous les textes, y compris ceux qui, par la suite, ont été lus comme des prophé­ties messianiques, ont eu une valeur et une signification immédiates, pour les contemporains, avant d’avoir une signification plus pleine pour les auditeurs fu­turs. […] Il y a donc lieu de renoncer à l’insistance excessive, caractéristique d’une certaine apologétique, sur la valeur de preuve attribuée à l’accomplissement des prophéties. Cette insistance a contribué à rendre plus sévère le jugement des chré­tiens sur les juifs et sur leur lecture de l’ancien Testament : plus on trouve évidente la référence au Christ dans les textes vétérotestamentaires et plus on estime inex­cusable et obstinée l’incrédulité des juifs [§ 21].

 

Autrement dit, l’ancien Testament, par lui-même, ne postule pas davantage l’acceptation du Christ que son refus. Rien ne permet de départager les chrétiens et les juifs dans la lecture divergente qu’ils en font, car ces interprétations, quoique contraires, sont toutes deux fidèles au texte (les chrétiens bénéficient seu­lement d’une lumière supplémentaire leur permettant d’atteindre un niveau su­périeur de lecture). On est dans la logique de la « nouvelle exégèse spirituelle » [93] et elle est ici poussée jusqu’à l’absurde. Mais pour les partisans du « dialogue » avec les juifs, cette absurdité est une véritable aubaine : voilà la Synagogue défini­tivement absoute de l’accusation d’« infidélité » et de « cécité ».

Le rabbin David Rosen (directeur international pour les questions interreli­gieuses de l’American Jewish Committee [94]) a bien perçu les implications de cette nouvelle doctrine. Avec une logique que ses interlocuteurs chrétiens ont peut-être trouvée quelque peu intempestive, il dit tout fort ce qu’ils pensent tout bas. Évoquant l’insistance des juifs à affirmer que le Messie n’est pas encore venu, il explique ainsi :

 

[Le document de la commission Biblique] a soutenu que cette position fait aussi partie du plan divin et que le fait que les juifs n’acceptent pas Jésus ne doit pas être considéré comme un acte de rejet de Dieu, mais comme un élément du plan de Dieu pour rappeler au monde que la paix et le salut pour toute l’humanité ne sont pas encore advenus. C’est stupéfiant. Il a pris ce qui avait été la source d’une condamnation majeure du judaïsme et du peuple juif tout au long des âges, et l’a transmué en un facteur théologique positif [95].

 

De fait, le texte ne dit pas explicitement cela, mais il y tend bel et bien. Il af­firme par exemple que « Israël continue à se trouver dans une relation d’alliance avec Dieu, parce que l’alliance-promesse est définitive et ne peut pas être abolie » (§ 42). Il soutient de même :

 

L’attente juive messianique n’est pas vaine. Elle peut devenir pour nous chré­tiens un puissant stimulant à maintenir vivante la dimension eschatologique de notre foi. Nous comme eux, nous vivons dans l’attente. La différence est que pour nous celui qui viendra aura les traits de ce Jésus qui est déjà venu et est présent et agissant parmi nous [§ 21].

 

Surtout, il déclare, dans sa conclusion, que le dissentiment entre juifs et chré­tiens « fait mystérieusement partie du dessein, tout positif, de Dieu ». Qu’est-ce à dire ? Bien sûr, tout ce qui arrive ici-bas est voulu ou permis par Dieu – et Dieu ne permet le mal que pour en tirer un plus grand bien. On peut donc tenir, en ce sens, que la permanence du judaïsme infidèle fait partie du plan divin – mais de la même manière que la trahison de Judas (qui a permis la Passion), les persécu­tions contre l’Église (sang des martyrs, semence de chrétiens) ou les hérésies (occasion d’un approfondissement doctrinal). Or personne n’ira dire que l’acte de Judas fut agréable à Dieu, tandis que la conclusion du document romain est sa­vamment construite pour laisser entendre que le judaïsme actuel, lui, demeure­rait agréable à Dieu (de façon « mystérieuse » dit-elle, car en réalité, après des dé­cennies de recherche, on ne parvient toujours pas à concilier cette nouveauté avec l’enseignement de la Tradition. On cache donc cette contradiction sous le voile du « mystère »).

 

u New York. Février 2003.

A l’invitation (tous frais payés) du Congrès juif mondial, le cardinal Lustiger emmène une douzaine de prêtres et théologiens découvrir le judaïsme américain (parmi eux, le père Patrick Desbois, responsable de la Commission épiscopale française pour les relations avec le judaïsme). Ils sont reçus à la Yeshiva University de New York, au Jewish Theological Seminary, à l’Hebrew Union College – Jewish Institute of religion, au Congrès juif mondial et dans diverses synagogues. Dans son principal discours, le cardinal Lustiger fait de longues allusions élogieuses aux écrits du philosophe et théologien juif Maïmonide (1138-1204) et aux enseigne­ments que les catholiques peuvent tirer de la tradition ésotérique juive : la  Kabbale [96].

 

u New York. 19-20 janvier 2004.

A l’appel du cardinal Lustiger (encore archevêque de Paris) et du rabbin Israël Singer (président du Congrès Juif Mondial), ce sont cette fois-ci une quinzaine de cardinaux et archevêques catholiques (venus du monde entier) et toute une élite de rabbins et intellectuels juifs qui se réunissent pour « approfondir le dialogue judéo-catholique » [97]. « Nous, catholiques et juifs conscients de nos différences, tenons à dire que notre fraternité est plus forte que ce qui nous sépare », décla­rent les participants – auxquels le cardinal Ratzinger envoie un message d’encou­ragement.

 

u New York. 23-28 février 2004.

C’est maintenant une délégation de neuf évêques français  qui est reçue à New York par le Congrès Juif Mondial ; on y remarque le cardinal Lustiger, mais aussi son futur successeur sur le siège de Paris : Mgr Vingt-Trois.

 

u Buenos Aires. Juillet 2004.

18e Rencontre du CICJL.

Thème : Justice et charité. 

 

u New York. 28 février-1er mars 2005.

Comme l’an passé, mais plus nombreux, tout un groupe d’évêques catholiques vient rencontrer à New York la fine fleur du Congrès Juif Mondial. Autour du cardinal Walter Kasper (président du conseil pontifical pour les relations avec les juifs), beaucoup d’évêques de premier plan : cardinal-archevêque de Malines-Bruxelles, cardinal-archevêque de Sao Paulo, président de la conférence épisco­pale française, cardinal-archevêque de Washington, etc.

Les congressistes entendent développer, sous le nom « Alliance de l’espoir », une collaboration de terrain : « Entre juifs et catholiques, nous n’en sommes plus au stade du rapprochement, mais à la mise en œuvre d’actions communes », dé­clare le père Desbois, secrétaire du comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme, l’une des chevilles ouvrières de cette rencontre internationale.

Parmi les actions déjà menées figurent des centres alimentaires co-dirigés par des prêtres et des rabbins (à Buenos Aires et à Sao Paolo) ou des initiatives conjointes de soins aux malades du sida (en Afrique).

Le cardinal Lustiger souligne que c’est la première fois que tant de respon­sables catholiques sont réunis avec autant d’autorités rabbiniques orthodoxes. « Jamais ça n’a eu lieu et nous devons réfléchir pour comprendre comment une telle nouveauté est possible ».

Sur ce point, les pages qui précèdent donnent, nous semble-t-il, un début de réponse.

 

u Rome. 2 avril 2005.

Décès de Jean-Paul II.

 

u Rome. 19 avril 2005.

Élection de Benoît XVI. – Paradoxalement, certains responsables juifs se ré­jouissent de son origine allemande et de son passage (forcé) par les Jeunesses hitlériennes. Le rabbin David Rosen affirme que le passé allemand de Joseph Ratzinger a modelé son attitude envers les juifs et envers Israël. « C’est un facteur significatif de sa compréhension du mal et du danger de l’antisémitisme. Cela a certainement motivé son engagement positif dans les relations entre catholiques et juifs. Il est conscient du fardeau de l’histoire [98] ». (On se souvient que le grand promoteur de Nostra ætate, le cardinal Bea, était aussi d’origine allemande.)

 

u Rome. 20 avril 2005.

Dès le lendemain de son élection, Benoît XVI s’empresse d’adresser un mes­sage au rabbin de Rome Riccardo De Segni :

 

Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse rayonner sur toi son regard et t’accorde sa grâce ! Le 19 avril, les cardinaux de la sainte Église ro­maine m’ont élu évêque de Rome et pasteur universel de l’Église catholique. En annonçant mon élection et l’inauguration solennelle de mon pontificat, le di­manche 24 avril, à 10 heures, je me confie à l’aide du Très-Haut pour continuer le dialogue et la collaboration avec les fils et les filles du peuple juif. Du Vatican, le 20 avril 2005.

 

u Paris. 2 mai 2005.

Rendant visite au Mémorial de la Shoah de Paris, Mgr André Vingt-Trois, suc­cesseur du cardinal Lustiger sur le siège archiépiscopal de Paris, prend un enga­gement public en présence dudit cardinal et de représentants de la communauté juive :

 

Pour l’enseignement des traditions juives auprès des chrétiens, pour le respect des juifs vivant aujourd’hui, pour la recherche d’une expression interreligieuse commune face aux défis du monde contemporain et pour notre coopération envers les besoins des sociétés, j’engage ma responsabilité avec toute la force de ma conviction et de ma foi au Tout-Puissant [99].

 

Il avait précisé auparavant :

 

Avec les rabbins orthodoxes comme avec les responsables des organisations juives, nous sommes entrés dans une alliance séculière envers les autres au nom d’une éthique commune reçue au Mont Sinaï.

 

Et surtout :

 

Cette reconnaissance et ce respect des juifs ne signifient pas pour nous la simple expression d’une tolérance entre religions différentes, mais une véritable recon­naissance religieuse de la mission du peuple juif.

 

u Rome. 24-26 mai 2005.

Premier Symposium international judéo-chrétien, organisé par le mouvement des Focolari [100]. Une cinquantaine de représentants juifs sont salués par le pape lors de l’audience du 25 mai.

 

u Rome. 9 juin 2005.

Benoît XVI reçoit en audience privée une délégation de vingt-cinq membres des principales institutions juives internationales, menée par le rabbin américain Israël Singer (président du Comité juif international sur les consultations interre­ligieuses, IJCIC). Après s’être référé à Nostra ætate, le pape leur donne l’engage­ment qu’ils sont venus réclamer : « Au tout début de mon pontificat, je souhaite vous assurer du fait que l’Église demeure fermement engagée – dans sa catéchèse et dans tous les aspects de sa vie – à mettre en pratique cet enseignement déci­sif. »

 

u Cologne. 19 août 2005.

 Visite officielle de Benoît XVI à la synagogue de Cologne. Vient-il prêcher Jésus-Christ, comme le firent saint Pierre et saint Paul ? En fait, théologien de Jean-Paul II et de la repentance, Benoît XVI s’inscrit dans la continuité. Cette première visite publique effectuée par Benoît XVI – ajoutée de sa propre initia­tive au programme des J.M.J. – pose les jalons pour l’avenir.

Ce sont d’abord les poncifs habituels : le pape fait mémoire du « crime inouï et jusque là inimaginable » de la Shoah, évoque la déclaration Nostra ætate (citant comme elle, et en dehors de son contexte, la phrase de saint Paul selon laquelle « les dons de Dieu et son appel sont irrévocables », Ro 11, 29), exprime son in­quiétude devant la montée de l’antisémitisme, insiste sur l’importance du dia­logue (un dialogue qui ne doit pas « minimiser les différences existantes » mais qui doit cependant « faire des pas en avant dans l’évaluation théologique du rap­port entre judaïsme et christianisme », comprenez : poursuivre toujours cette quadrature du cercle qu’est la conciliation de la foi chrétienne avec l’incrédulité juive). Enfin, le nouveau pape se tourne vers l’avenir (« les tâches d’aujourd’hui et de demain ») :

 

Les adultes ont la responsabilité de transmettre aux jeunes le flambeau de l’es­pérance qui a été donnée par Dieu aux juifs comme aux chrétiens, pour que « plus jamais » les forces du mal n’arrivent au pouvoir et que les générations futures, avec l’aide de Dieu, puissent construire un monde plus juste et plus pacifique, dans le­quel tous les hommes aient un droit égal de citoyen. [101]

 

Comment construire ce monde « plus juste et plus pacifique » ? Par une meil­leure collaboration entre chrétiens et juifs, bien sûr :

 

Notre riche patrimoine commun et nos relations fraternelles inspirées par une confiance croissante nous incitent à donner ensemble un témoignage encore plus unanime et à collaborer sur le plan pratique pour la défense et la promotion des droits de l’homme et du caractère sacré de la vie humaine, pour les valeurs de la famille, pour la justice sociale et pour la paix dans le monde.

 

Cet appel à la collaboration prend tout son sens lorsqu’on le rapproche des deux allocutions par lequel le pape fut accueilli dans la synagogue. Abraham Lehrer d’abord, dans son message de bienvenue, ne put s’empêcher de faire allu­sion aux lois noachides, si chères au rabbin Benamozegh [102] :

 

Les lois noachiques sont les sept lois fondamentales que Noé a reçu de Yhwh après la fin du déluge et la sortie de l’arche, et elles sont expliquées dans le traité Sanhédrin du Talmud. Ces lois sont un exemple d’un bon-vivre ensemble entre les humains. Le judaïsme respecte particulièrement les non-juifs qui vivent et agissent selon ces lois. Ces commandements ont aussi toute leur valeur dans le christia­nisme et constituent une base pour la survie de l’humanité dans la prospérité. […] En conclusion, je cite le président d’honneur de notre conseil communautaire, monsieur Ernst Simons, qui, à la question sur ce que les juifs attendent des chré­tiens, aime répondre : « Soyez de bons chrétiens et laissez-nous être de bons juifs ! » [103]

 

L’allocution du rabbin Netanael Teitelbaum fut plus suggestive encore :

 

Votre visite aujourd’hui, très estimé pape Benoît, est un signe en direction de l’ouverture de la paix dans le monde entier et un pas sur le chemin de la recons­truction spirituelle du troisième Temple à Jérusalem, qui ne peut être construit que si la paix règne entre les peuples [104].

 

 

Conclusion : ce n’est qu’un début

 

Pour les chrétiens, quelle richesse ce sera que d’accueillir comme une donnée fondamentale de l’histoire humaine l’élection d’Israël et par conséquent de considé­rer leur propre vocation à cette lumière. [J.M. Lustiger, 28 janvier 2002 [105].]

 

« L’histoire des relations entre juifs et chrétiens a connu depuis cinquante ans des développements inimaginables. Mais le renouvellement n’en est qu’à ses dé­buts » écrit en 2003 le R.P. Dujardin [106]. L’espoir ne manque pas. D’autant que Benoît XVI manifeste lui aussi un certain optimisme :

 

Le dialogue judéo-chrétien doit continuer à enrichir et à approfondir les liens d’amitié qui ont été développés, quand la prédication et la catéchèse doivent s’assu­rer que nos relations mutuelles sont présentées à la lumière des principes mis en place par le Concile. […] Alors que nous nous tournons vers l’avenir, j’exprime mon es­poir qu’à la fois dans le dialogue théologique et dans les contacts et la collaboration quotidienne, les chrétiens et les juifs offriront un témoignage partagé toujours plus irrésistible du seul Dieu et de ses commandements, la sainteté de vie, la promotion de la dignité humaine, les droits de la famille et le besoin de construire un monde de justice, de réconciliation et de paix pour les générations futures [107] .

 

Pratiquement, le chemin qui reste à parcourir a été tracé par le rabbin David Rosen, directeur international pour les questions interreligieuses de l’American Jewish Committee :

 

Le rabbin Rosen a estimé que la position de l’Église concernant la conversion des juifs doit être éclaircie. Il a aussi indiqué que certains théologiens, résidents en particulier dans des pays arabes, avaient pris leurs distances avec Nostra ætate, dont ils ont attribué la publication à « la culpabilité » de l’Église après la Shoah. Pour éviter les « ambiguïtés », le rabbin américain a souhaité que l’enseignement de Nostra ætate entre dans la formation des prêtres pour prévenir toute forme d’an­tisémitisme : « Les évêques doivent promouvoir une attitude de respect parmi les fidèles. » Ne faisant pas l’impasse sur les difficultés à promouvoir le dialogue ju­déo-catholique dans certains milieux juifs conservateurs, David Rosen a insisté sur la centralité d’Israël, qui a une conséquence sur les relations entre juifs et catho­liques. Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre le Vatican et Israël et le pèlerinage du pape à Jérusalem en 2000, une progression fondamentale a été enregistrée. Malgré toutes ces difficultés, David Rosen a salué ces « quarante ans de redécouverte et de renouveau  » [108].

 

La « centralité d’Israël » est effectivement le nœud du problème. Car il ne peut y avoir deux centres. Et nul ne peut servir deux maîtres. L’Église conciliaire, qui voudrait à la fois servir Jésus-Christ et faire plaisir à ceux qui le refusent, va bien devoir, un jour, choisir clairement entre « la centralité » de Jésus-Christ et celle d’Israël.

En attendant, le « dialogue » et toutes ses suites (autocensure, repentance, col­laboration) préparent au mauvais choix. Sous la pression du Comité de Liaison (CICJL), la nouvelle religion conciliaire se laisse peu à peu transformer en annexe du judaïsme (infidèle), relayant auprès des « goïms » une religion humanitaire et naturaliste [109], qui n’est elle-même qu’une étape vers le culte de Satan.

 

En 1905, saint Pie X approuvait l’Archiconfrérie pour la conversion des juifs. La si­tuation actuelle demande une réponse analogue. Saint Paul – tout à la fois dévoré de zèle pour son peuple, et grand adversaire des judaïsants et ébionites – doit être particulièrement invoqué, à l’heure où son tombeau vient d’être retrouvé sous la confession de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs [110].

Qu’il vienne à notre aide et qu’il nous obtienne les grandes et vraies conver­sions de juifs dont l’Église et le monde ont tant besoin.



[1] — Ces quinze phrases sont celles du quatrième paragraphe de Nostra ætate : le paragraphe traitant du judaïsme. (Cette note, comme toutes les suivantes – même insérées dans des citations – est de l’auteur de l’article. De même certains soulignements en italiques dans plusieurs citations.)

[2] — T. Stransky, « Focusing on Jewish-Christian Relations », Origins, 15 (1985), n° 5, p. 67. — Membre de l’équipe du cardinal Bea (qui imposa au Concile cette déclaration sur les religions chrétiennes, ainsi que d’autres textes sur l’œcuménisme et la liberté religieuse), le père Stransky, religieux pauliste, participa en 1963, à Mexico, à la première conférence mondiale du Conseil Œcuménique des Églises sur la mission mondiale et l’évangélisation. Par la suite, il est devenu recteur du Tantur Œcumenical Institute de Jérusalem. — Voir son dernier article : T. Stransky, « The Genesis of Nostra ætate », in America, New York, 2005, vol. 193, p. 8-13.

[3] — Les commémorations se sont multipliées pendant l’année 2005. A titre d’exemples : Le Centre Cardinal Bea pour les Études Juives à Rome, en collaboration avec quatre universités américaines, a organisé une conférence internationale à l’Université Pontificale Grégorienne du 25 au 28 septembre, réunissant 300 experts des relations judéo-chrétiennes. A Paris, le 20 octobre, eut lieu pour la première fois, une rencontre à l’École cathédrale sous la présidence de Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, avec le grand rabbin de Paris, David Messas et Moïse Cohen, président du Consistoire de Paris, pour fêter ensemble Nostra ætate.

[4] — Voir DICI (Documentation, Information Catholiques Internationales, L’Étoile du Matin, 57230 Eguelshardt), n°124, 12-26 novembre 2005.

[5] — Effectivement, dès le lendemain de son élection, Benoît XVI s’était empressé d’adresser un message au rabbin de Rome Riccardo De Segni.

[6] — Voir DICI, ibid.

[7] — A.F.P., dépêche du 15 septembre 2005. — L’Agence précise que cet entretien a duré 45 minutes et que « les deux parties se sentaient très à l’aise l’une avec l’autre », selon Yona Metzger. « Nous avons réalisé qu’il y avait une oreille attentive. La réponse du pape a été très ouverte et très directe ». Le Saint-Siège n’a pas donné d’informations sur cette rencontre.

[8] — « Huic declarationi jure applicari potest imago biblica de grano sinapis. Primitus enim agebatur de simplici aliqua brevi declaratione quæ respiciebat habitudinem christianorum ad populum judaïcum. Decursu autem temporis, et maxime per discussionem in hac aula habitam, hoc granum, vestro merito, fere arbor evasit in qua multæ aves jam nidum sibi inveniunt id est in qua, saltem aliquo modo, omnes religiones non christianæ locum proprium obtinent […]. » Cardinal Bea, congregatio generalis CXXVII (Acta III, pars VIII, p. 649).

[9] — « Quarante années sont passées. La fécondité de Nostra ætate s'est révélée plus grande que ce qu’on aurait pu imaginer. » Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), dans Le Monde du 6 novembre 2005 (article intitulé « Quarante années qui ont tout changé »).

[10] — A l’exception, évidemment, du Cœtus internationalis Patrum de Mgr Carli, Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, Mgr Sigaud, etc.

[11] — Ces études étaient le plus souvent anonymes (par exemple : La subversion judéo-maçonnique au Concile, sans nom d’auteur, sans date), parfois signés d’un pseudonyme : Les Hébreux et le Concile de Bernardus ; Il Complotti contra la Chiesa de Maurice Pinay (ce dernier ouvrage, distribué à tous les Pères conciliaires, était une œuvre collective réalisée sous la direction du père Saenz S.J.)

[12] — Mgr Oesterreicher fut conseiller du cardinal König (de Vienne), durant le Concile.

[13] — Gerhart M. Riegner précise plus loin que le père Baum venait d’une famille juive complètement assimilée où la religion ne jouait aucun rôle. Enfant, il se réfugia en Angleterre, puis au Canada afin d’échapper aux poursuites nazies. « Je ne sais pas comment il s’est converti au catholicisme, ni comment il est entré dans les ordres. ». — Après avoir enseigné vingt-huit ans au collège St-Michael’s, à Toronto, le père Baum est devenu professeur à l’université McGill à Montréal, Québec.

[14] — Gerhart M. Riegner, Ne jamais désespérer, soixante années au service du peuple juif et des droits de l’homme, Paris, Cerf, 1999, p. 363-364.

[15] — « Le dessein se fait de jour en jour plus manifeste – écrivait l’abbé Berto, théologien de confiance de Mgr Lefebvre, à Mgr Carli, évêque de Segni, en recevant le texte du De libertate proposé par le secrétariat en vue de la troisième session. Il ne s’agit plus désormais de doctrine, de justice, de tradition catholique. Il s’agit d’introduire, d’imposer, sous prétexte d’aggiornamento, un changement substantiel du catholicisme […]. » Lettre du 5 août 1964, Fonds Carli, 15.35, citée par G. Miccoli, « Deux points chauds », dans Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), sous la direction de Giuseppe Alberigo, Cerf, Peeters, 2003, tome IV, p. 148.

[16] — Sur ce sujet, lire : L’unité spirituelle du genre humain dans la religion de Vatican II, Études théologiques, troisième Symposium de Paris, 7-9 octobre 2004 (Paris, “Vu de haut”, 1985). —. Voir notamment la synthèse des travaux par Mgr Tissier de Mallerais : « Si l’on cherchait aux religions un plus grand dénominateur commun qui pût les rassembler toutes, pourquoi ne pas adopter la religion noachique du rabbin Élie Benamozegh, un hébraïsme non salvifique et humanitaire ? Mais les sages intellectualistes et les mages occultistes préféreraient l'unique fondement de la raison et de la gnose, celui de la franc-maçonnerie, du néo-gnosticisme et de la nouvelle théologie… », p. 342.

[17] — « Le Secrétariat se mit au travail avec énergie, il y eut pendant la phase préparatoire six réunions plénières de cinq ou six jours chacune, pendant lesquelles, on prépara cinq schémas : sur la parole de Dieu, sur la nécessité de la prière pour l’unité des chrétiens, sur le mouvement œcuménique, sur les relations avec les juifs et sur la liberté religieuse. » Cardinal J. Willebrands, « La contribution du cardinal Bea au mouvement œcuménique, à la liberté religieuse et à l’instauration de relations nouvelles avec le peuple juif », DC 79 (1982), p. 199-207.

[18] — Nous savons que les juifs se convertiront à Jésus-Christ à la fin du monde et qu’ils reconnaîtront alors l’Église catholique romaine comme leur mère. – Paul VI avait voulu faire ajouter dans le document conciliaire cette annonce de la conversion des juifs, mais le Secrétariat du cardinal Bea s’arrangea pour contourner ses volontés.

[19] — Pour le contenu de Nostra ætate et son accouchement difficile, voir Le Sel de la terre, nº 34, automne 2000, p. 196-215.

[20] — Le R.P. Fischer signale tout ce qui aurait dû s’y trouver : « La déclaration ne mentionne ni la renaissance de l’État d’Israël, ni Auschwitz, qui sont des événements capitaux pour la manière dont les juifs se comprennent eux-mêmes aujourd’hui ; elle n’aborde pas la question du prosélytisme ni celle de la valeur du témoignage juif dans le monde et pour le monde ; elle ne précise pas en quel sens l’Alliance de Dieu avec le peuple juif continue après le Christ. Elle n’a pas exprimé de douleur ou de regret pour la persécution des juifs par les chrétiens au cours des siècles ; elle ne signale qu’en passant le problème du traitement des juifs et du judaïsme dans la liturgie. » Extrait de « L’évolution d’une tradition : de Nostra ætate aux Notes », Christian Jewish Relations, vol. 18, n° 4, 1985.

[21] — « Du fait d’un si grand patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel. »

[22] — Voir en particulier Gaudium et spes : mettre la guerre hors la loi (nº 82) ; « en finir avec l’appétit des bénéfices excessifs, avec les ambitions nationales et les volontés de domination politique, avec les calculs des stratégies militaristes ainsi qu’avec les manœuvres dont le but est de propager ou d’imposer une idéologie » (nº 85, § 3) ; etc.

[23] — Voir l’intégralité du témoignage de Gérard Israël dans Michel Laurigan, L’Église et la Synagogue depuis Vatican II, Éditions du Sel, Avrillé, 2005, p. 77.

[24] — Intervention au quarantième anniversaire de Nostra ætate au palais de la Chancellerie à Rome, 27 octobre 2005 (DICI, ibid. Pour lire la déclaration intégrale intitulée Anniversary Conference of the Holy See’s Commission for Religious Relations with Jewry, consulter le site du Center for Christian-Jewish Learning de Boston College : http://www.bc.edu/research/cjl/.) – Pour Jean-Paul II, Nostra ætate possède l’autorité d’un texte révélé : « L’enseignement de l’Église promulgué pendant le concile Vatican Il dans la déclaration Nostra ætate demeure toujours pour nous, pour l’Église catholique, pour l’épiscopat et pour le pape, un enseignement normatif, un enseignement qu’il est nécessaire d’accepter non seulement parce qu’il est autorisé, mais plus encore comme une expression de la foi, une inspiration de l’Esprit-Saint, une parole de la Sagesse divine. » Allocution aux dirigeants de l’organisation américaine American Jewish Committee, DC 82 (1985) p. 373-374.

[25] — Les Orientations et suggestions ont été publiées à Rome le 1er décembre 1974 et n’ont été promulguées que le 3 janvier 1975.

[26] — Parmi les textes publiés par le Vatican à cette occasion, lire le document Mémoire et réconciliation, l’Église et les fautes du passé, rédigé par la Commission théologique internationale et approuvé par le cardinal Joseph Ratzinger, président de ladite Commission, Paris, Cerf, 2000. « L’hostilité ou la défiance de nombreux chrétiens envers les juifs, au cours du temps, est un fait historique douloureux, cause d’un profond regret de la part des chrétiens […] ». Voir aussi « Techouva : l’Église redécouvre le peuple juif », dans la revue L’Arche, n°485, juin 1998 ou « L’acte de repentance, Rome, le 12 mars 2000 », dans la revue Sens, n°4, Paris, 2000.

[27] — Paul Giniewski, L’Antijudaïsme chrétien, la mutation, Paris, Salvator, 2000, p. 635.

[28] — Dominique Viain note très justement : « C’est ce travail sur le terrain, beaucoup plus que les documents romains, pratiquement ignorés du peuple chrétien, qui vont assurer l’émergence d’une génération philojudaïque dans l’Église », (« Le judaïsme », dans La Tentation de l’œcuménisme, Actes du IIIe congrès théologique de Si Si No No, Courrier de Rome, 1998, p. 219).

[29] — Eugène J. Fischer, « L’évolution d’une tradition : de Nostra ætate aux Notes », dans la revue Christian Jewish Relations, vol. 18, n° 4, 1985.

[30] — Pour les commentaires immédiats de Nostra ætate : R. Laurentin et J. Neusner, « Commentary on the Declaration on the Relationship of the Church to Non-Christian Religions », Paulist Press, 1966 et John M. Oesterreicher, « The Declaration on the Relationship of the Church to Non-Christian Religions : Introduction and Commentary », dans H. Vorgrimler ed., Commentary on the Documents of Vatican II, vol. 3, Herder et Herder, 1969.

[31] — DC 64 (1967), col. 2167-2169.

[32] — La sagesse juge de tout – même les réalités les plus infimes – par les causes les plus hautes, tandis que la bêtise (stultitia) juge de tout – même les réalités supérieures – à partir de points de vue inférieurs. Voir saint Thomas, II-II, q. 46.

[33] — Ces directives de la Conférence épiscopale américaine seront relayées localement par les différents diocèses : ceux de New York, Rockville Centre et Brooklyn publient le 18 novembre 1969 des Directives pour le progrès des relations entre catholiques et juifs ; en 1970, c’est le diocèse d’Albany ; en 1971, l’archidiocèse de Cincinnati ; etc.

[34] — DC 66 (1969), p. 92.

[35] — L’IJCIC comprend les organisations suivantes (on notera la très forte prépondérance américaine) : American Jewish Committee ; Anti-Defamation League ; B’nai Brith International ; Conférence centrale des Rabbins américains ; Conseil juif pour les relations interreligieuses en Israël ; Assemblée rabbinique d’Amérique ; Union des Congrégations hébraïques américaines ; Union des Congrégations juives orthodoxes d’Amérique ; Synagogue unie d’Amérique ; Congrès mondial juif.

[36] — Le site du Vatican (http://www.vatican.va/) présente ainsi la création du Comité : « Au plan de l’Église universelle, outre une prise de conscience plus vive de l’existence du judaïsme dans le monde et de ses affinités et différences avec le christianisme au sein d’une coexistence étroite, il faut noter qu’à la suite de contacts divers entre des autorités de la Curie romaine et des représentants d’importantes organisations juives, il s’est tenu à Rome, du 20 au 23 décembre 1970, une réunion officielle au cours de laquelle a été décidée la constitution d’un Comité international de liaison entre l’Église catholique et le judaïsme. Du côté juif, les membres de ce Comité de liaison, ainsi que leurs suppléants, ont été désignés ou approuvés par l’International Jewish Committe for Interreligious Consultations où sont représentées les principales tendances du judaïsme contemporain de même que ses plus importants groupes géographiques. Du côté catholique, les membres du Comité ont été nommés par le Saint-Père sur proposition du cardinal président du secrétariat pour l’Unité des chrétiens. »

[37] — DC 70 (1973), 419-422. — Le texte intégral est reproduit dans : Michel Laurigan, L’Église et la Synagogue depuis Vatican II, op. cit., p. 87-94. — Commentant ce document, Gérard Israël s’est notamment réjoui de la réhabilitation des pharisiens : « Il est remarquable que les auteurs de la déclaration de l’épiscopat français aient tenu à signaler la perversion de sens du mot pharisien et qu’ils aient tenté de souligner l’importance spirituelle du pharisaïsme. Ils ont compris, semble-t-il, que l’antipharisaïsme pouvait conduire à l’antijudaïsme » (« Vers une modification de l’enseignement catholique » dans Les Nouveaux Cahiers, n°54, 1978, p. 32-35). — De fait, le cardinal Etchegaray s’emploiera activement à réhabiliter les pharisiens, n’hésitant pas, pour les besoins de la cause, à accuser les Évangélistes : « A vrai dire, ce sont les rédacteurs des Évangiles qui ont été sévères à l’égard des pharisiens jusqu’à être injustes en généralisant à outrance. » (Mgr Robert Etchegaray, message à l’intention de ses diocésains, à l’occasion du carême 1980, 2 mars 1980. Texte intégral dans Le Sel de la terre 39, p. 27.)

[38] — Les Orientations se réfèrent ici aux Sussidi per l’ecumenismo du diocèse de Rome, nº 140. — On retrouvera le même sophisme dans le nouveau Catéchisme de 1992 (§ 840).

[39] — On est ici dans la logique conciliaire, qui cherche toujours à mettre en avant ce qui unit plutôt que ce qui sépare. Il suffit donc de trouver un mot commun (même s’il est compris de façon contraire) pour oublier la divergence de pensée. Une formule ingénieuse et assez vague pour être signée par les deux parties permettra ainsi de résoudre tous les désaccords doctrinaux. Cela évoque irrésistiblement ces deux sœurs qui vivaient ensemble et dont l’une ne pouvait supporter les chats tandis que l’autre ne pouvait s’en passer. Pour mettre fin à leurs éternelles disputes, elles s’en remettent au jugement d’un médiateur ; celui-ci les « réconcilie » en leur faisant signer une déclaration commune : « Nous sommes d’accord sur l’essentiel : les chats produisent des émotions fortes. »

[40] — La Semaine religieuse d’Alger du 3 mai 1973, cité en DC 70 (1973), p. 618.

[41] — DC 70 (1973), p. 619.

[42] — DC 70 (1973), p. 785-788.

[43] — La Commission était dirigée par le cardinal Johannes Willebrands. Elle fut présentée au cours d’une conférence de presse au Vatican par le P. Carlo Martini, S.J., avec la participation de Mgr Moeller et du P. Pierre Marie de Contenson, O.P., secrétaire de la Commission.

[44] — Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, Orientations et suggestions pour l’application de la déclaration conciliaire Nostra ætate, n° 4, DC 72 (1975), n° 1668, p. 59-61. L’intégralité du texte se trouve dans : R.P. Dujardin, L’Église catholique et le peuple juif, un autre regard, Calmann-Lévy, 2003, p. 420.

[45] — Il va de soi que la chronologie que nous avons donnée de cette « entrée en dialogue » est loin d’être exhaustive : nous n’avons mentionné que quelques étapes particulièrement importantes. Un processus analogue a par exemple été lancé en Amérique latine, avec les rencontres judéo-catholiques organisées au Pérou (Lima, octobre 1972), en Argentine (San Miguel, mars 1974), au Brésil (Sao Paolo, avril 1975), en Colombie (Bogota, février 1976),…

[46] — La rencontre achevée, Paul VI accorda, le 10 janvier 1975, une audience aux membres du Comité, audience marquée par « une chaleur mutuelle, un caractère de détente, de simplicité et de franchise ». Discours du pape Paul VI au Comité international de liaison entre l’Église catholique et le judaïsme mondial sur le site : http://www.vatican.va/

[47] — Du côté catholique. Membres du Comité de liaison : Mgr Roger Etchegaray, archevêque de Marseille ; Mgr Francis F. Mugavero, évêque de Brooklyn ; Mgr Charles Moeller, vice-président de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme, Rome ; P. Pierre-M. de Contenson, O.P. secrétaire de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme, Rome ; P. Bernard Dupuy, O.P., secrétaire du Comité épiscopal français pour les relations avec le Judaïsme, Paris. — Experts : Mgr Andrea di Montezemolo, pro-secrétaire de la Commission pontificale Justice et Paix ; Mgr Bernard Lalande, expert de « Justice et Paix » ; P. Romano Rossi, expert de « Justice et Paix » ; P. Edward Flannery, secrétaire du Secretariat for Catholic-Jewish relations of the National Conference of Catholic Bishops in the USA, Washington D.C. ; Pr Cornelius Rijk, directeur de SIDIC (Service International de Documentation Judéo-Chrétienne), Rome. — Du côté juif. Membres du Comité de liaison : Rabbi Joseph Lookstein, président de l’International Jewish Committee on Interreligious Consultations (IJCIC) et vice-président du Synagogue Council of America, New York  ; Dr Joseph L. Lichten, consulteur de la Anti- Defamation League of B’nai B’rith, Rome ; Dr Gerhart Riegner, secrétaire général du Congrès juif mondial, Genève ; Rabbi Henri Siegman, vice-président exécutif du Synagogue Council of America, New York ; Rabbi Marc Tanenbaum, directeur national de Interreligious Affairs of the American Jewish Committee, New York ; Pr Shemaryahu Talmon, président du Jewish Council for Interreligious Relations in Israel, Jérusalem. — Suppléants et experts : Dr Fritz Becker, représentant permanent à Rome du Congrès juif mondial ; Dr Ernst Ludwig Ehrlich, directeur pour l’Europe du B’nai B’rith, Bâle ; Pr Louis Henkin, de Columbia University Law School, New York ; Dr Zachariah Schuster, consulteur de l’American Jewish Committee, Paris.

[48] — Mais en retard sur le « Conseil Œcuménique des Églises « (organisme maçonnisant d’origine protestante) qui avait proclamé « la culpabilité des chrétiens » dès 1968. Le C.O.E. ira beaucoup plus loin dans sa déclaration de 1982 en affirmant que « l’enseignement du mépris des juifs et du judaïsme dans certaines traditions chrétiennes s’est révélé comme un bouillon de culture pour le crime de l’holocauste nazi ». — Quelques évêques (le cardinal Cushing, archevêque de Boston, et Mgr Heenan, archevêque de Westminster) avaient déjà demandé une déclaration de repentance au cours du Concile.

[49] — Déclaration du Synode des évêques catholiques de la République fédérale allemande (Würzburg, 22 novembre 1975). — Les Églises devant le Judaïsme. Documents officiels 1948-1978. Textes rassemblés, traduits et annotés par Marie-Thérèse Hoch et Bernard Dupuy, Paris, Cerf, 1980, p. 72-73.

[50] — DC 74 (1977), p. 421-422. Le texte intégral de cette étude (« La mission et le témoignage de l’Église ») a été publié dans la revue Istina XXIV (1979), n° 1, p. 44 et s.

[51] — DC 78 (1981), p. 427 (erratum corrigeant le texte publié en DC 77 [1980], p. 1148). Jean-Paul II a-t-il réellement voulu dire que l’ancienne Alliance demeure sanctifiante, encore aujourd’hui, pour les juifs qui refusent la nouvelle ? Certains veulent montrer que non ; ils affirment qu’ici, à cause du contexte, l’expression « ancienne Alliance » doit être comprise au sens de « ancien Testament ». Peu importe en réalité, car la phrase sera désormais citée hors de son contexte par le Vatican lui-même (notamment dans les Notes de 1985), et toujours au profit de la nouvelle doctrine.

[52] — Mgr Lustiger, DC 78 (1981), p. 240-241.

[53] — Jacob Kaplan (grand rabbin de Paris), Dialogue avec le père Daniélou S.J. le 10 février 1966 au théâtre des ambassadeurs à Paris, Paris, 1966.

[54] — Mgr Lustiger, ibid.

[55] — Jean Madiran, du temps où il osait critiquer publiquement le pape, a relevé ces deux nouveautés dans Itinéraires (301, mars 1986, p. 63) : « Deux idées nouvelles, donc […], deux idées qui sans doute sont dans la ligne de la logique conciliaire (je le soupçonne du moins), mais enfin le texte du Concile était resté sur le seuil et s’était abstenu ; c’est Jean-Paul II qui les fait explicitement entrer dans l’attitude désormais officielle de l’Église, au prix d’une terrible ambiguïté. » — Jean Madiran notait par ailleurs : « Jean-Paul II “précise, surtout pour ceux qui demeurent sceptiques, voire hostiles, que ce rapprochement ne saurait se confondre avec un certain relativisme religieux” et qu’il faut garder “la clarté et le maintien de notre identité chrétienne” : toutefois il est ahurissant qu’il formule cette “précision”, il le dit lui-même, surtout à l’intention de ceux qui restent sceptiques ou hostiles devant un tel rapprochement, ceux-là pourtant ne courent en l’occurrence aucun risque de laisser relativiser ou de perdre leur identité chrétienne. C’est bien plutôt à ceux qui courent ce risque qu’il conviendrait d’adresser une telle mise en garde ; et de la faire d’autant plus explicite et efficace que Jean-Paul II engage les chrétiens à pratiquer avec les juifs “une étroite collaboration […]”. » (Ibid., p. 61-62.)

[56] — La foi, qui est un don de Dieu, est donnée par le baptême d’eau ou par le baptême de désir. On peut concevoir un juif actuel qui aurait le baptême de désir implicite (et donc la foi surnaturelle), mais cela signifie qu’il serait tout prêt à accepter Notre-Seigneur Jésus-Christ s’il le connaissait mieux (comme les justes de l’ancien Testament croyaient implicitement en Notre Seigneur Jésus-Christ en croyant au Messie à venir).

[57] — DC 80 (1983), p. 1001. Cette intervention affirme par ailleurs : « La grande, l’inévitable question qui est posée à l’Église est celle de la vocation permanente du peuple juif, de sa signification pour les chrétiens eux-mêmes. Il ne suffit pas de découvrir la richesse de notre patrimoine commun. Peu à peu, à la suite du concile Vatican II, l’Église, sans rien perdre de son originalité, prend conscience qu’elle est d’autant plus verdoyante qu’elle vit de sa racine juive. La pérennité du peuple juif n’entraîne pas seulement pour l’Église un problème de relation extérieure à améliorer, mais un problème intérieur qui touche à sa propre définition. Cette relation, qui ne peut être vécue que comme une tension sereine, n’est-elle pas l’un des éléments du dynamisme de l’histoire du salut ? Comme dans la parabole, elle rappelle qu’aucun des deux fils ne peut s’emparer de la totalité de l’héritage. […] De telles perspectives sont encore peu familières à nos mentalités, voire à notre ecclésiologie. Mais c’est de ce côté-là, me semble-t-il, qu’il nous faut avancer […]. »

[58] — Pour l’occasion, Jean-Paul II s’est adressé au Comité international de Liaison. DC 82 (1985) 1101-1102. Il accorda plusieurs autres audiences aux juifs cette année-là : allocution aux dirigeants de l’organisation américaine American Jewish Committee : DC 82 (1985) 373-374. Allocution au colloque judéo-chrétien réuni à Rome : DC 82 (1985) 569-570.

[59] — L’Osservatore Romano, 24-25 juin 1985. Voir aussi Origins, 15 (1985), n° 7, p. 102-107 ou R.P. Jean Dujardin, L’Église et le peuple juif, un autre regard, Calmann-Lévy, 2003. p. 427- 439.

[60] — « Des études sur les manuels ont été entreprises dès la fin des années 50 par l’American Jewish Committee. Les résultats de ces études, réalisées à Dropsie University, ont été publiés par B. Weinryb et D. Garnick, Jewish School Textbooks and Intergroup Relations, New York, American Jewish Committee, 1965. L’étude du matériel éducatif catholique a été réalisée sous la forme de trois thèses de doctorat préparées entre 1958 et 1961, sous les auspices de l’Université de St Louis par Sr M. Rita Mudd F.S.C.P., Sr M. Linus Gleason C.S.J. et Sr Rose Thering O.P. ; John T. Pawlikowski, Catechetics and Prejudice, New York, Paulist Press, 1973, donne un résumé de leurs recherches. On trouvera des mises à jour et des analyses importantes concernant le vocabulaire notamment dans les ouvrages suivants : François Houtart et al., Les juifs dans la catéchèse, 3 vol., Louvain, Centre de recherches socio-religieuses, 1969-1972 ; Otto Kleinberg et al., Religion and Prejudice : Content-Analysis of Catholic Religious Textbooks in Italy and Spain, Rome, Sperry Center for Intergroup Cooperation, 1967 ; Claire Huchet Bishop, How Catholics Look at Jews : Inquiries into Italian, Spanish and French Teaching Materials, New York, Paulist Press, 1974 ; Gerald S. Strober, Portrait of the Elder Brother : Jews and Judaism in Protestant Teaching Materials, New York, American Jewish Committee and National Conference of Christians and Jews, 1972 […] ». Ces références bibliographiques sont du R.P Eugene J. Fischer, op. cit.

[61] — DC 70 (1973), p. 619.

[62] — Pour l’intégralité du texte, voir : Michel Laurigan, op. cit., p. 95-107. — Jean Madiran a souligné comment cet appel ahurissant à « préparer le monde à la venue du Messie » était préparé par le discours du 6 mars 1982 de Jean-Paul II : « Une fois rejetée la conception traditionnelle, les deux idées nouvelles du même Dieu et de l’étroite collaboration viennent se conjuguer dans un messianisme : le messianisme juif, qui vient prendre la place de l’espérance chrétienne. [… C’] est l’aboutissement enfin explicite de ce qui était en préparation. » (Itinéraires 301, mars 1986, p. 65.)

[63] — « La tradition juive et chrétienne, fondée sur la Parole de Dieu, est consciente de la valeur de la personne humaine, image de Dieu. L’amour d’un même Dieu doit se traduire dans une action effective en faveur des hommes. Dans l’esprit des prophètes, juifs et chrétiens collaboreront volontiers dans la poursuite de la justice sociale et de la paix, au niveau local, national et international. »

[64] — Alexis Curvers, qui a fait un très pénétrant commentaire de ce passage dans la revue Itinéraires (nº 105, p. 48-50) peut même écrire : « Telle fut, touchant les juifs, la première déclaration conciliaire promulguée par le premier pape. »

[65] — Pour une réfutation plus détaillée des thèses de Nostra ætate (selon lesquelles « les juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits »), voir l’étude de Mgr Carli, dans Le Sel de la terre 54, p. 42-71.

[66] — « L’ampleur du changement, dont nous savons en même temps la lente progression dans le monde chrétien, on doit pour une part essentielle l’attribuer au rôle exceptionnel du pape Jean-Paul II. Non seulement, il a pleinement assumé l’orientation conciliaire, mais il s’y réfère constamment, il en développe les prémisses dans ses multiples interventions (plus de 150). » R.P. Jean Dujardin, « Les relations entre chrétiens et juifs depuis 50 ans, aperçu historique » in la revue Théologiques, 11, 1-2, 2003, p. 31-32.

[67] — C’est dans son discours à la synagogue que Jean-Paul II emploie l’expression pour la première fois (il la reprendra plusieurs fois ensuite). — « Le discours du pape a le mérite de confirmer le caractère irréversible de Nostra ætate, n° 4 et des Observations et suggestions de 1975. […] Il réaffirme en termes clairs la volonté de surmonter, malgré les difficultés, les préjugés millénaires. Plus encore et de façon peut-être inédite, il écarte explicitement la théologie de substitution et celle de l’appropriation. » Jean Halpharin, président du Centre d’études juives auprès de l’Université de Genève, « Un événement historique », dans Juifs et Chrétiens : pour une entente nouvelle, Paris, Cerf, 1986, p. 9.

[68] — DC 89 (1992), p. 438-440.

[69] — § 121. — Comme Jean-Paul II en 1980, le nouveau Catéchisme joue sur l’ambiguïté entre « ancienne Alliance » et « ancien Testament » [première partie de la Bible]. Il affirme : « L’Église a toujours vigoureusement repoussé l’idée de rejeter l’ancien Testament sous prétexte que le nouveau l’aurait rendu caduc. ». C’est exact. Mais cela n’implique aucunement que l’Alliance ancienne (alliance spéciale avec le peuple juif) resterait valable pour ceux qui refusent la nouvelle !

[70] — § 840 — C’est le sophisme déjà énoncé en 1973 par les Orientations françaises. — Voir Le Courrier de Rome (version française de Si Si No No) de septembre 1994.

[71] — « La rencontre, qui eut lieu au siège de la délégation vaticane à New York, dura plus d’une heure. Nous y parlâmes de toutes les questions qui nous empêchaient encore de trouver un accord. J’étais arrivé avec différentes propositions de solution pour chacune des questions et finalement nous finîmes par nous mettre d’accord sur tous les points. C’est alors que l’on aborda le problème des relations diplomatiques. Différentes manières d’arriver progressivement à l’établissement de ces relations avaient été précédemment envisagées. Je dis à Tauran qu’il fallait profiter du bon climat qui régnait dans le monde après l’Accord d’Oslo pour établir de pleines relations diplomatiques et qu’il fallait le faire immédiatement. Et en effet, disais-je, les relations partielles nous mèneraient à une situation telle que toute tentative pour les développer susciterait une levée de bouclier, à l’intérieur comme à l’extérieur, contre le changement. Au contraire, si on prenait la décision sur le champ, dans la situation actuelle, les critiques seraient moins âpres. Le secrétaire pour les rapports avec les États fut d’accord avec moi ». Témoignage de Yossi Beili dans le mensuel 30 Giorni. Voir http://www.30giorni.it/fr/articolo.

[72] — Déclaration de savants juifs américains, septembre 2000. Site www.chrétiens-et-juifs.org.

[73] — Le P Dujardin n’hésite pas à écrire : « Pas plus que la vocation permanente d’Israël n’a été abolie par l’Église, rien dans le nouveau Testament ne nous permet de penser que le don de la Terre au peuple d’Israël a été annulé par Dieu », op. cit. p. 237. (Voir Michel Laurigan, op. cit. p. 32.)

[74] — Léon Askenazi, dans La Croix du 29 décembre 1993.

[75] — DC 91 (1994), p. 184-188.

[76] — Voir : Hans Hermann Henrix, 15e réunion du Comité international de Liaison, 22-24 mai 1994, Jérusalem, SIDIC, vol. XXVII, n°3-1994, p. 20-23.

[77] — « Message de l’Assemblée synodale adressé à toutes les communautés catholiques du diocèse de Lyon ». Voir revue Sens, janvier 1994, p. 24.

[78] — DC 91 (1994), p. 1025. — Voir aussi le discours au consistoire du 13 juin 1994 (ibid., p. 655).

[79] — DC 92 (1995), p. 49. — Le cardinal Etchegaray fut un membre zélé du Comité de liaison judéo-catholique depuis sa fondation jusqu’en 1977, date à laquelle il démissionna pour ne pas cumuler avec la charge de président de la Conférence épiscopale française. On se souvient de son intervention au synode de 1983 pour demander une repentance envers les juifs. Il fut aussi l’organisateur de la réunion interreligieuse d’Assise, en 1986.

[80] — DC 94 (1997), 870-872. — Le cardinal Jean-Marie Aaron Lustiger fut l’un des principaux artisans de cette déclaration de repentance de l’épiscopat français.

[81] — Le Nouvel Observateur, 22-28 février 1998, p. 110.

[82] —DC 94 (1997), p. 1003. — Voir aussi l’intervention de J.M. Garrigues, intitulée : « Le mystère du peuple juif dans le plan du salut, négation théologique de sa permanence et redressement magistériel ».

[83] — Commission du Saint-Siège pour les relations avec le judaïsme : Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, texte publié dans DC n° 2179, 5 avril 1998, p. 336-340. — Malgré l’esprit de repentance présent dans le document, le Comité juif international pour les consultations interreligieuses (américain) fait part de son mécontentement pour quelques lignes qui, selon lui, absolvent trop facilement le passé de l’Église. Voir ce texte, ses arguments et ses exigences incroyables dans Le Vatican et la Shoah ou comment l’Église s’absout de son passé, Paris, Berg International, 2000, p. 127-136. Le document souligne cependant tous les aspects « positifs » du texte de la Commission. Et ce sont bien ces aspects « positifs » qui posent réellement problème.

[84] — Selon les abbés Joseph et Augustin Lémann (convertis du judaïsme en 1854), c’est un douze mars que le Sanhédrin a décidé l’arrestation et la condamnation de Notre-Seigneur.

[85] — Voir l’intégralité du texte sur : http://www.vatican.va/news_services/liturgy. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que c’est le cardinal Ratzinger qui alluma une à une les sept (!) lampes du chandelier – en fait la Ménorah du judaïsme antique. Le symbole s’est donc voulu très fort. Sur la repentance forcée des chrétiens envers les « frères aînés », lire la déshonorante communication de Mgr Jean-Pierre Ricard, au colloque organisé par le Congrès Juif Mondial à New York, les 19-20 janvier 2004, publiée dans Les Études du CRIF, L’Église et l’antisémitisme, n° 7, 2005, p. 17-19.

[86] — Jacob Kaplan (grand rabbin de Paris), Dialogue avec le père Daniélou S.J. le 10 février 1966 au théâtre des ambassadeurs à Paris, Paris, 1966.

[87] — Les novateurs appellent « théorie de la substitution » la doctrine catholique selon laquelle la nouvelle Alliance (destinée à tous les hommes, qu’ils soient d’origine juive ou païenne) s’est substituée à l’ancienne (destinée au seul peuple juif). L’ancienne Alliance n’avait plus de raison d’être depuis la venue du Sauveur, et c’est l’Église qui est désormais le « véritable Israêl » (verus Israël). Saint Paul affirme explicitement cette substitution dans son Épitre aux Hébreux.

[88] — DC 98 (2001), p. 857.

[89] — DC 99 (2002), p. 259-270.

[90] — Rendant compte de ces troisièmes Rencontres européennes entre juifs et catholiques dans Le Monde  du 6 décembre 2005, le journaliste Henri Tincq souligne : « Ces actions communes ne sont pas que symboliques. Pour les cardinaux et rabbins présents à Paris, elles manifestent une étape nouvelle de [la] réconciliation judéo-chrétienne […]. »

[91] — Texte intégral du document dans Michel Laurigan, L’Église et la synagogue, p. 59-75.

[92] — Commission Biblique pontificale ; http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith /pcb_documents/rc_con_cfaith_doc_20020212_popolo-ebraico_fr.html

[93] — Sur cette « nouvelle exégèse spirituelle » inspirée du père de Lubac et de la philosophie herméneutique, voir Le Sel de la terre 12, p. 30-44 et 18, p. 37-40.

[94] — Le rabbin David Rosen est aussi directeur de l’Office israélien de l’Anti-Defamation League (ADL), président de l’Amitié judéo-chrétienne internationale (ICCJ), et ancien président de la Conférence mondiale des religions pour la paix. Il a été grand rabbin d’Irlande et a joué un rôle majeur dans l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et le Vatican.

[95] — Rabbin David Rosen, cité par P. Hirschberg sur le site www.upjf.org (texte mis en ligne le 21 avril 2005 par M. Macina).

[96] — Faits et documents du 15 mars 2003, p. 4.

[97] — En soutane, avec ceinture et calotte, les cardinaux visitent notamment la Yeshiva University de New York où ils dialoguent avec les étudiants juifs. — Admiratif, Henri Tincq s’interroge dans Le Monde : « Avait-on jamais vu, dans les travées d’une yeshiva, pareil cortège de cardinaux et d’archevêques au milieu d’étudiants juifs, expliquant à ces prélats en calotte rouge ou violette quelques clés de lecture du Talmud ? » (Le Monde du 24 janvier 2004.)

[98] — Rabbin David Rosen (directeur international pour les questions interreligieuses de l’American Jewish Committee,), cité par P. Hirschberg sur le site www.upjf.org (texte mis en ligne le 21 avril 2005 par M. Macina). 

[99] —Agence ZENIT.org ; lundi 2 mai 2005.

[100] — Sur ce mouvement, voir Le Sel de la terre 25, p. 62-83.

[101] — Benoît XVI à la synagogue de Cologne, DC 102 [2005], p. 892.

[102] — Le rabbin Élie Benamozegh (1823-1900) exposa en 1884 dans son maître-ouvrage Israël et l’humanité (sous-titre : Étude sur le problème de la religion universelle et sa solution ; réédition abrégée : Paris, Albin Michel, 1961) comment le christianisme devait se rapprocher du judaïsme talmudique et se réformer sur le modèle des lois noachides. A cette condition, il pourrait devenir « la vraie religion des peuples gentils » (p. 18). — Benamozegh s’employa aussi à inverser la croyance chrétienne en la conversion finale des juifs : pour lui, c’est le christianisme qui se « convertira », en reconnaissant la supériorité du judaïsme et en acceptant d’être, quant à lui, un sous-judaïsme à l’usage des goïms. « La réconciliation rêvée par les premiers chrétiens comme une condition de la parousie ou avènement final de Jésus, le retour des juifs dans le sein de l’Église, sans lequel les diverses communions chrétiennes s’accordent à reconnaître que l’œuvre de la rédemption demeure incomplète, ce retour, disons-nous, s’effectuera non pas à la vérité comme on l’a attendu, mais de la seule manière sérieuse, logique et durable, et surtout de la seule façon profitable au genre humain. Ce sera la réunion de l’hébraïsme et des religions qui en sont issues et, selon le mot du dernier des prophètes, du sceau des voyants comme les docteurs appellent Malachie, “le retour du cœur des enfants au cœur de leur père”. » (Élie Benamozegh, ibid., p. 48.)

[103] — Abraham Lehrer, accueil de Benoît XVI dans la synagogue. DC 102 [2005], p. 888.

[104] — Allocution du rabbin Netanael Teitelbaum à la synagogue. DC 102 [2005], p. 889.

[105] — Cardinal J.M. Lustiger, « La volonté de vivre un avenir commun », communication au colloque sur les relations judéo-catholiques, organisé par le Congrès juif européen, le 28 janvier 2002 à l’Hôtel de Ville de Paris. Voir la revue Sens, n° 269, juin 2002, p. 325-328.

[106] — R.P. Jean Dujardin, « Les relations entre chrétiens et juifs depuis 50 ans, aperçu historique », dans la revue Théologiques, 11, janvier-février 2003, p. 32.

[107] — Message de Benoît XVI au cardinal Kasper pour le 40e anniversaire de Nostra ætate. Pour le pape, Nostra ætate a aidé chrétiens et juifs « à reconnaître leurs racines spirituelles partagées et à apprécier leur riche héritage de foi dans le seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, qui a établi son alliance avec le peuple choisi, révélé ses commandements et enseigné l’espoir en ces promesses messianiques qui donnent confiance et réconfort face aux luttes de la vie ». DICI, n° 124, 12 novembre 2005.

[108] — Compte-rendu du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) après la commémoration des quarante ans de Nostra ætate (le 27 octobre 2005, à Rome), sur : http://www.crif.org/. — Le CRIF était représenté par son président Roger Cukierman, accompagné de Haïm Musicant (directeur général), Bernard Kanovitch (membre du comité directeur) et de Édith Lenczner (directrice de la communication). Moïse Cohen, président du Consistoire du Paris s’est également associé à la fête. Toutes ces personnalités ont bien voulu se déclarer satisfaites des efforts faits en leur faveur. « Nous sommes à un moment où les relations entre juifs et catholiques sont véritablement fraternelles, ce qui, après vingt siècles de persécutions [!], crée une sérénité que nous apprécions particulièrement » a déclaré Roger Cukierman à l’issue de la commémoration.

[109] — C’est la fameuse religion noachique fondée sur les sept lois que les rabbins disent avoir été données à Noé. Une éthique dont Jésus-Christ et son sacrifice sont bannis.

[110] — Dépêche de l’agence APIC du 17 février 2005. — Les fouilles ont été menées par Giorgio Filippi, responsable du département épigraphique du Musée du Vatican.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 55

p. 74-122

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